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Grève le 2 juin 2003

Lundi 2 juin 2003 : Assemblée générale

                

1 ) L’Assemblée générale s’est tenue suite à la double décision du gouvernement concernant la loi de décentralisation. D’une part, le projet de loi ne sera pas devant le Parlement avant la rentrée, et je vois mal comment il aurait pu l’ajouter à son programme déjà chargé avec la loi sur les retraites. D’autre part, dans cette loi, rien n’est tabou, la discussion peut tout changer. Ce mensonge s’ajoute à tant d’autres !

 

2 ) Faut-il répéter que dans cette loi de décentralisation la dimension « éducation et culture » est très limi-tée ? Pour vous amuser je rappelle le titre du premier chapitre : « développement et aides aux entreprises ». Ce point aussi peut se modifier ?

 

3 ) En fait Sarkozy est prêt, mardi prochain, à lâcher un morceau plus ou moins important à partir du moment où le train des retraites est prioritaire. Pour la décentralisation, ce qu’il chassera par la porte entrera par la fenêtre ; nous avons l’habitude. J’ai noté la très juste remarque d’une collègue indiquant que des personnels Education nationale sont prêts à baisser les bras, considérant depuis le début que la « bataille des retraites » est secondaire, il faudrait un effort d’information sur le sujet ! Il lui fut répondu aussitôt que cet effort avait été fait.

 

4 ) Au mois de janvier le SNUipp82 sur les retraites, mais je prétends que depuis le 6 mai, l’info sur la réalité de la loi Fillon a été essentiellement repoussée dans le brouillard. Dire non aux fonds de pension, dire que la décentralisation et les retraites c’était le même choix de société, mais pourquoi dire aux parents : « Non, on ne parle pas des retraites ! ». A qui laisser ce travail d’information ? Certains me diront que la télé en a parlé plus que de la décentralisation. On y a évoqué le mouvement mais pas la loi. Voilà pourquoi je découvre encore tous les jours des personnes qui croient que la loi Fillon se réduit à un alignement du public sur le privé alors que ce point est totalement faux.

5 ) Dernièrement sur internet un collègue qui explique qu’il a trouvé la preuve que 37,5 annuités pour tous c’est possible financièrement, je demande si l’argumentaire a circulé dans nos tracts, dans nos discussions ? Au Lycée Jean de Prades un prof d’économie a proposé un exposé génial sur le sujet qu’il a aimablement diffusé par photocop : qui l’a invité à répéter cet exposé devant des parents- citoyens qui vont tomber sous le coup de la loi, comme leurs enfants d’ailleurs ? (Note du 30 juin : en fin de mouvement, il fut invité dans plusieurs débats !).

 

6 ) J’ai noté qu’en réaction aux communiqué de presse des syndicats il a été demandé de diffuser la plate-forme votée en assemblée générale. Je connais un seul tract qui l’ait reprise, et des personnes qui le distribuèrent craignaient de se faire sermonner sur le marché, pour oser demander les 37,5 annuités pour TOUS.

 

7 ) Nous allons faire les frais d’un slogan syndical répété sans fin : pour garder les parents avec nous, ne touchons pas aux examens ! Une autre collègue a eu la question simple : « Je suis en lycée, si je fais passer le bac, comment je poursuis la mobilisation à laquelle on m’appelle ? » Le Lycée se vide et il reste la participation aux manifs et la distribution de tracts en laissant sur le côté l’arme décisive ! Une proposition a été tentée : demander aux assemblées générales de la quinzaine d’établissements du 82 de répondre à ce type de question : « si la majorité des établissements du département veut retarder les examens quelle serait votre position ? » A suivre.

 

8 ) Nous sommes aujourd’hui au carrefour du conflit. Il reste une dizaine de jours pour faire plier le gouvernement car ensuite les vacances seront là pour démobiliser tout le monde. Si le bac se passe assez bien, le brevet des collèges suivra, et étape par étape chacun se retrouvera seul. En 2003-2004, nous aurons vu les pions se lancer dans une grève dure puis la loi des assistants d’éducation est passée ; nous avons vu les personnels de l’Education nationale se lancer dans une grève dure mais ils risquent d’arriver à épuisement au moment où commence une troisième grève dure ! Personnellement, je n’ai jamais appelé à attendre qui que ce soit, pour lancer la grève, j’ai simplement souhaité que les calendriers se recoupent pour éviter de perdre en ordre dispersé (c’est exactement mon intervention de la première AG du 6 mai). Au lendemain du 13 mai nous avons vu la RATP se mobiliser d’un bloc pour poursuivre la grève. Des responsables syndicaux ont expliqué que pour le moment l’heure était à l’organisation de la manif du 25 et la grève dura 2 jours. Aussitôt le gouvernement lança sa contre-attaque en conséquence, aujourd’hui, un seul syndicat de la RATP se mobilise ! Le 30 juin nous saurons si la stratégie adoptée était la bonne. Pour le moment, je sens l’épuisement chez les enseignants. Depuis le 6 mai, pour des raisons spécifiques, j’ai travaillé 4 jours aussi il me reste de l’énergie mais à la condition que la grève se généralise. Je me souviens très bien, en décembre 1995, un ami cheminot me disait : « Si la grève ne se généralise pas, dans les deux ou trois jours, c’est l’épuisement chez nous ! » J’ai répondu que j’étais incapable de savoir si oui ou non, les enseignants allaient démarrer. Puis, conscient qu’auparavant les étudiants s’étaient battus seuls, le mouvement se généralisa, et en dix jours, Juppé lâcha un morceau en gardant la bombe à retardement dans ses guenilles : l’écart maintenu entre le privé et le public.

 

9 ) Plusieurs intervenants de l’assemblée générale observèrent que si on ne marque pas des points après une telle lutte, alors nous prendrons une gifle pour longtemps. Un collègue a eu la juste comparaison : « C’est comme quand Thatcher a brisé la grande grève des mineurs des années 80. Ce fut une victoire historique ». C’est en effet en ces termes qu’il faut se poser la question des examens, qu’il faut réfléchir à la radicalisation de l’action. A Toulouse le mouvement a envisagé un blocage des entrées de la ville. Cette action me paraît très difficile à réaliser, mais pour ne pas tomber dans le piège de Raffarin qui joue la montre c’est un effort à tenter.

 

11 ) Ma proposition fut plus modeste : des manifs plus régulières ! Le 13 mai une manif monstre avait traversé Montauban. Il aura fallu attendre le 3 juin pour en espérer une autre du même type. Entre les deux, bien d’autres actions utiles eurent lieu, mais pourquoi cet écart de temps ? D’ailleurs la manif du 3 a été annoncé très tardivement. Pourquoi l’annonce publique n’eut pas lieu dès le vendredi 31 mai ou même avant puisque la grève du 3 était connue depuis longtemps ?

On me rappela la manif interprofessionnelle devant le siège du MEDEF qui fut un échec. J’y ai participé un moment et je félicite ceux qui l’organisèrent mais pourquoi cette manif le mercredi et non la veille, jour de la grève ? J’ai pu goûter ainsi aux joies de la manif monstre de Toulouse mais j’aurais préféré être devant le MEDEF à Montauban. Les résultats d’une manif se jugent en lien avec sa préparation. Par exemple l’assemblée d’aujourd’hui des enseignants, je l’ai apprise seulement à 15 h grâce à des collègues instits qui firent l’effort d’aller dans les écoles, pour diffuser l’information. Dans ces conditions, constater une centaine de présents c’est bien.

 

12 ) Pour conclure, j’ai la douleur de vous annoncer à nouveau le décès de Quilca Cruz. Son nom n’aura jamais les honneurs de nos médias de merde. Il voulait devenir maître d’école mais au Pérou les enseignants sont en grève reconductible depuis quinze jours, ils ont entraîné dans la lutte les paysans qui provoquèrent des barrages de route, l’armée a été appelée à la rescousse, elle a tiré et le jeune Quilca Cruz est tombé sous les balles infâmes à Puno. Ce détour par l’étranger me ramène en 1995 quand beaucoup pensèrent à la grandeur du mouvement social français sans voir que l’Espagne connaissait presque le même ! Ah ! si nous pouvions avoir en continu une chaîne télé évoquant les manifestations du monde entier !

 

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