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HUBERT DELPONT (*) A LU RENAUD JEAN FEUILLES DE ROUTE
http://www.humanite.fr/2001-09-11_Cultures_-HUBERT-DELPONT-A-LU-RENAUD-JEAN-FEUILLES-DE-ROUTE
Une large fraction des papiers que Renaud Jean, créateur et dirigeant historique du PCF de 1920 à sa mort, a décidé de léguer aux archives départementales du Lot-et-Garonne, vient d’être publiée, sous la responsabilité de Max Lagarrigue (1). Une édition mal construite, mal annotée et mal commentée (pas d’ordre chronologique, des coupures, des insertions arbitraires, pas d’explication sur les choix qui ont présidé à la publication des textes retenus, etc.), mais pourtant indispensable à la connaissance de l’histoire du mouvement communiste, en qu’elle donne la parole à l’un de ses acteurs les plus éminents (2). Ces Carnets constituent en fait l’autoportrait que Renaud Jean a décidé de nous léguer : on y retrouve donc l’expression des multiples désaccords de cet éternel opposant à la ligne de l’Internationale communiste (correspondances avec Zinoviev et altercation avec Trotski au sujet du " problème paysan ", finalement arbitrée par Lénine), on y trouve aussi les traces de son opposition à Pierre Sémard autour de la ligne " classe contre classe ", puis à Maurice Thorez sur les modalités d’action contre la crise et le fascisme entre 1930 et 1934, et enfin son opposition au pacte germano-soviétique d’août 1939, durable ligne de partage à l’intérieur de l’appareil communiste.
À cette correspondance, s’ajoute le journal de détention du député, de 1939 à 1941, qui confirme le drame vécu par Renaud Jean à la suite du " pacte ", et ses vains efforts pour trouver alors comme un " compromis " entre fidélité au Parti et fidélité à sa conscience. Enfin, dans ce qu’on pourrait appeler un " testament ", largement écrit en détention, complété peu après sa libération, en 1942, et sans doute encore dans les années cinquante, Jean nous livre un mélange " d’effusion sentimentale et de programme agricole et agraire ", où se mêlent poésie, grande connaissance du monde agricole du Sud-Ouest, et vues prophétiques qui ont bien mal vieilli. Tous ces textes sont marqués par la grande qualité de l’homme : intelligence des situations, honnêteté et rigueur de son engagement, fidélité à son idéal, malgré toutes les sanctions, que symbolise cet étonnant " bilan de sa vie " en forme de lettre de rupture avec André Marty. Des pages passionnantes, mais desservies, on l’a dit, par cette édition - on peut commencer la lecture de l’ouvrage page 80 - et qui font penser que la grande biographie de Renaud Jean reste à écrire, autour de thèmes jusque là peu abordés : son rôle dans la création et la mise en ouvre de la " ligne " de Front populaire, sa fidélité jusqu’au bout au PCF, par rapport à l’évolution stalinienne du parti, mais aussi par rapport à son évolution personnelle, à la manière dont il se percevait lui-même…
(*) Professeur d’histoire-géographie.
(1) " Renaud Jean, Carnets d’un paysan député communiste ". Éditions Atlantica, 530 pages, 149 francs.
- (2) Soyons justes : Max Lagarrigue a tout de même découvert un épisode jusque là passé sous silence : l’opposition de Renaud Jean à l’intervention soviétique en Hongrie en 1956, seule opposition publique de sa part à la ligne du PCF, et qui eut pour cadre le Conseil général du Lot-et-Garonne.