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Marcelle Davet a quinze ans

Sur la manif du 19 mars, je croise l'ami Bernard Petit qui me rappelle avoir bien connu la famille Davet, alors je mets cet extrait du livre ci-contre, sur le blog.BON DE COMMANDE Editions La Brochure

Quinze ans en 1900

 

Née en 1886, j’ai presque 15 ans et je m’appelle Marcelle. Je vis à Verfeil sur Seye dans un château qui est en fait un très beau bâtiment, le château de Ravaille, construit par mon grand-père, riche propriétaire. Je ne dois pas en parler au passé car pépé Armand est toujours parmi nous, tout comme sa femme qui, avec ses 66 ans, a dix ans de moins que lui.

Pour moi, pas question d’aller à l’école, au collège, au lycée. Notre préceptrice à ma sœur et à moi s’appelle Jeanne Bernadou et fait presque partie de la famille.

Mon père originaire du Rouergue n’a pas repris le simple métier de propriétaire. Il est devenu médecin et s’est marié avec une femme de onze ans de moins que lui originaire de Lomagne, une fille Salat, famille importante à Lavit.

Depuis deux ans, il est veuf, c’est dire que nous avons perdu notre belle Nelly.

Dans la maison, en plus de l’institutrice, nous avons un cocher qui sert de domestique, une cuisinière et une femme de chambre. Les domestiques étaient nombreux autour de nous. De tous les voisins j’aime surtout le meunier, Escaffre Baptiste qui lui n’a plus de père depuis longtemps. Il y a le meunier de Lavernière avec des enfants de mon âge, Monsieur Cadilhac, mais quelle famille nombreuse ! C’est sûr, l’aînée Rachel de 17 ans peut s’occuper de Elie le petit dernier qui a un an ! Quelle vie pour Marie, la femme du meunier !

 

Pas d’école, pas de grande foire, pas de grande fête, je vis loin du bruit et je ne sais si c’est bien ainsi. Détachée des tâches quotidiennes je peux rêver toute à mon aise et mon rêve récurrent a un nom très connu l’amour. Ici, à Verfeil, d’où peut venir le prince charmant ? Je brode sur toutes les hypothèses possibles et je pense à la ville voisine de Saint-Antonin Noble-Val où je suis née, Rue droite qui n’a pourtant rien de droit, et où peut-être il réside. Saint-Antonin exerce sur mon imagination toute son influence en tant que ville de légende et ville d’histoire. Peut-on être ville plus encaissée dans une vallée ? Par l’Aveyron qui traverse aussi la commune de Verfeil j’ai l’impression que le cordon ombilical avec ma cité de naissance n’a jamais été coupé.

 

Avec mon père médecin, je connais tous les malheurs qui peuvent arriver aux jeunes femmes et les récits le soir au coin du feu viennent parfois ternir le monde de bonté que je dresse devant moi. Faudra-t-il en revenir à la réalité ? Notre institutrice est un peu comme une seconde mère et avec Madeleine ma sœur, qui a un an de plus que moi, nous la harcelons de question.

 

Qu’est-ce qui m’est le plus cher dans cet univers fait de simplicité ? Ma chambre et tout ce qu’elle contient. Peut-être ai-je un penchant pour la solitude ? Pour tout vous dire, j’aime écrire et de là vient tout le reste. J’ai montré quelques poésies à Jeanne qui m’encourage. Mais une jeune fille comme moi, a-t-elle le droit d’écrire ? Mon père n’en pense rien. Sa future épouse lui a t-elle envoyé autrefois un beau poème pour gagner son amour ?

            Je finirai par avoir une fille digne de mes Résistances. Demain il fera LITTERATURE.

Jean-Paul Damaggio

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