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Un livre sur Léon Cladel

Un livre sur Léon Cladel

 

En 2002 se tenait à Montauban un colloque sur Léon Cladel, dont les travaux furent publiée en 2003 (1). Cinq après, le livre de Thanh-Vân Ton-That (2), semble prolonger plusieurs interventions au colloque dont celle de Hélène Millot : Représentation de la femme révolutionnaire dans l’œuvre de Léon Cladel, ou celle de Yves Reboul, Ecrire la Commune : I.N.R.I. dans tous ses styles.

Il commence par une étude minutieuse d’une nouvelle, Revanche, publiée dans Les Va-nu-pieds, où l’héroïne Léone (tiens, le féminin de Léon ?) se retrouve au cœur de la Semaine Sanglante. A partir de là, l’auteure propose un analyse de la rhétorique révolutionnaire chez Cladel, la nature de son engagement, et le choix de la nouvelle comme forme littéraire.

La deuxième partie confronte cette nouvelle, avec le roman sur la Commune auquel elle a donné naissance mais qui ne sera pas publié du vivant de Cladel : I.N.R.I. (3) Puis une troisième partie étudie le thème de la Commune dans le reste de l’œuvre de Cladel.

Ce livre réalisé par une enseignante de littérature française à l’Université d’Orléans permet un approche importante de Cladel et j’en recommande la lecture. J’espère que nous pourrons engager le débat avec elle dans le cadre d’une réunion publique montalbanaise.

 

L’originalité d’un combat

Léon Cladel m’apparaît comme un tout, un roc même, en conséquence il me semble très difficile de le couper en tranches suivant des catégories classiques : le Régionaliste, le Communard (il utilise communaliste), l’Antique etc. Tranches qui servent ensuite à évoquer les contradictions dans lesquelles se bat Cladel.

« Le portrait de Cladel que les divers articles de cet ouvrage dessinent est celui d’un marginal, écartelé entre des désirs et des voies contradictoires » lit-on à la fin du livre de 2003.

Thanh-Vân Ton-That contourne à merveille ce qui m’apparaît comme une erreur d’analyse :

« Cladel a deux amours : sa province natale et Paris. Les deux côtés de son oeuvre ne sont pas forcément contradictoires et l’amour de la patrie, la petite et la grande, se retrouve chez cet écrivain à la fois communaliste de cœur et régionaliste d’inspiration.»

En ce qui me concerne je vais plus loin encore : « Cladel a deux amours : son Occitanie et Paris, deux amours qui, non seulement n’en forment qu’un, mais s’alimentent l’un l’autre, le lien ayant un nom connu, le peuple ! »

Toute l’originalité de Cladel est dans cette subversion permanente des classements centralistes.

J’écrivais dès 1990 au dos du livre que j’avais consacré à Cladel (4) : « Les bourgeois le considéraient trop révolutionnaire. Les révolutionnaires le jugeaient trop artiste. Les artistes n’admettaient pas son républicanisme outrancier. Les républicains ne comprenaient pas son fédéralisme et les fédéralistes s’étonnaient qu’il soit avec Danton-Robespierre (il aurait voulu que ces deux hommes restent frères) et contre la Gironde. Les militaires le savaient pacifistes. Les pacifistes le classaient parmi les adeptes du terrorisme. Les cléricaux criaient pour combattre son athéisme. Les athées déclaraient qu’il était un traître. Les citadins lui reprochaient d’aimer trop les paysans et ces derniers affirmaient qu’il ne pensait qu’à dénoncer leur tares. Les Français ne pouvaient admettre qu’il veuille appeler notre pays La Gaule et les méridionaux ne retenaient que sa fuite vers Paris et son écriture en français… »

Dans ce contexte je me retrouve tout à fait dans l’analyse que Thanh-Vân Ton-That fait de l’anti-héros cher à Cladel : « Sur le devant de la scène apparaissent des figures héroïques inhabituelles par rapport aux modèles traditionnels masculins : Cladel accorde un rôle important aux femmes, aux enfants, aux vieillards, montrant combien il s’agit là d’une guerre urbaine touchant la population civile. » Et quand Cladel accorde un rôle important aux femmes ce n’est pas pour faire référence aux symboles du genre La Liberté guidant le peuple ou La Marianne chère à la République.

 

Les difficultés de la démarche

Pourtant, malgré cette globalité difficile à découper, pour présenter Cladel, l’étudier, nous sommes contraints de saisir un seul fil et de le suivre. Prendre le fil « écriture de la Commune » m’apparaît judicieux… sans qu’il devienne totalement convaincant.

Hélène Millot a écrit au sujet des héroïnes de la Commune chez Cladel : « L’étude de ces divers personnages permet de dégager trois types principaux constituant des représentations de la femme révolutionnaire cladélienne : quelques-unes ne sont que des victimes ; d’autres, plus nombreuses, se présentent comme de viriles guerrières ; certaines enfin exercent leur fonction révolutionnaire comme gardienne de la mémoire. »

Thanh-Vân Ton-That écrit : « A côté de Sainte Geneviève patronne de Paris et de la Liberté guidant le peuple, la Commune apparaît comme une nouvelle figure de l’héroïsme féminin, allégorie maternelle qu’on retrouve dans les traits de « Mère-blanche », mater dolorosa aux poses de pietà avec « ses grands cheveux blancs roulant épars sur ses épaules » et ses accents shakespeariens « Etre ou ne pas être, voilà le problème ! »). »

Est-ce la Commune qui fait naître cet héroïsme féminin ? La nouvelle « la citoyenne Isidore » montre que cet héroïsme existe avant même 1870. Et de tels héroïsmes seraient dans la prolongation des précédents ? Cladel relate ce qu’il voit, avec son style certes, mais uniquement ce qu’il voit. Si « Mère-Blanche » a quelque ressemblance avec telle ou telle allégorie, il ne retiens pas son portrait pour cela, car il n’a aucun univers littéraire à inventer (ou à vendre). Il écrit la vie imprésentable dans l’univers d’un ordre établi dans lequel Vallès, Zola, Hugo, Daudet peuvent chacun trouver une place, mais pas Cladel. Pas surprenant si I.N.R.I s’appuie sur l’histoire de la commune écrite par Lissagaray, un autre occitan qui subira le même sort que Cladel : destination les poubelles de l’histoire.

10-2-2009 Jean-Paul Damaggio

Notes :

(1)      Léon Cladel Textes réunion et présentés par Pierre Glaudes et Marie-Catherine Huet-Brichard, PUM, 320 pages, 19 euros

(2)      (2) Léon Cladel et l’écriture de la Commune, Editions L’Harmattan, 210 pages, 21 euros

(3)      I.N.R.I. éditions du lérot, 1997 (réédition à partir du manuscrit autographe avec introduction et notes de Luce Czyba)

(4)      Qui a tué Léon Cladel ?, 128 pages, auto-édition, épuisé.

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