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Lecture du JOURNAL II de Roger Martin du Gard

Lecture du JOURNAL II de Roger Martin du Gard

(Nrf Gallimard)

 

  par Marie-José Colet auteure de l'auto-fiction La femme en retard
  BON DE COMMANDE Editions La Brochure

 P.15 : « Travaillons, travaillons, et laissons la parole aux bavards ».

 

P.25 « Nous sommes tous des fleurs de musées et de bibliothèques, il faudrait nous refaire une virginité de sauvages. Peut-être la guerre n’a-t-elle pas assez détruit de passé ?... »

 

Et donc je divague.

 

Je suis une fleur de musées et de bibliothèques. J’ai grandi sur des pages poussées par des phrases. Toute mon élaboration de maintenant je la dois aux mots des autres que j’ai aimés, caressés du regard. J’ai cherché avec eux mon présent, j’ai inventé mon écriture et mon savoir. Non, je ne veux pas me faire une virginité sauvage car je veux être une fleur de transmission. C’est par la transmission que je vis ; quand je renonce à mes espérances, ce sont les livres de tous qui me sauve du désespoir car les livres sont des longs fleuves tranquilles. Ils sont toujours là, prêts à être ouverts, prêt à dire et à redire leurs vérités. Ils ne s’étiolent pas, ne se fanent pas. Les livres peut-être c’est pour cela qu’il faut faire tant d’efforts pour les conserver. Mais les textes non. Ils chantent nos plaintes, nos découvertes, nos engagements, notre humanité. Ils perdurent à nos désespoirs d’hommes si impuissants parfois, ils écrivent notre humanité. Comme Mowgli, nue et abandonnée j’ai grandi parmi les livres. Les livres m’ont protégée, ont pris soin de moi, ont crée mon intelligence, m’ont appris mon humanité, m’ont fait découvrir la société et le passé.

 

Je suis une fleur de musées et de bibliothèque, une femme de présent et d’avenir. Une femme d’utopie, une femme de mouvement, une femme en mouvement. Je suis née de mon immobilité devant les livres, de ce calme immense que demande la lecture ; les livres ont inventé ma sérénité de femme qui à tout jamais a perdu sa virginité. Je suis une femme fécondée par les livres et en route vers l’éternelle  création.

 

Je suis une fleur de musées et de bibliothèque. Je suis née à partir de Léonard de Vinci, de Matisse, de Picasso et de tant d’autres. La peinture m’a  appris la douceur et le bonheur. La peinture m’a appris l’Histoire et les livres m’ont conté des histoires. Je suis une femme de récits et le récit c’est la vie. Raconter une histoire, rien n’est plus beau. Nous ne sortons jamais de l’enfance et c’est le seule espoir de l’humanité. Je sais Gaza, je sais les guerres, je sais que trop souvent je perds mon combat pour la paix. Je sais tout cela. Mais je sais notre  travail à tous, fleurs de bibliothèques et de musées. Nous nous appliquons à tracer nos jardins, à continuer d’écrire nos livres et nos articles, nous nous appliquons à annoter nos textes préférés, à copier nos citations, à tourner nos pages, à conquérir l’immobilité de la lecture et de la peinture, à écouter Mozart et La Callas, à sculpter nos jours ; Nous nous appliquons à sublimer cette terrible pulsion de mort, nous inventons la vie dans nos jours et dans nos nuits. Il n’y a pas d’autres solution que le travail de création face à la destruction. C’est terriblement dur de continuer à affirmer la paix alors que la guerre explose de partout. Mais je sais, j’en ai la certitude, je ne suis pas la seule fleur de musées et de bibliothèque. Cette espèce existe depuis des siècles, depuis Spartacus et même avant. Cette espèce florale ne s’éteindra jamais. Elle dépend de nos livres et de nos arts. Elle dépend de nous. Elle doit être plus forte que les bombes et que la haine.

 

Je suis une fleur de musées et de bibliothèques et grâce à la transmission je ne m’éteindrai jamais. Je le sais.

 

Que le monde malgré la mort et le feu demeure, malgré l’injustice et la misère continue d’être par la force quotidienne de nos créations. Inventons nos bouquets comme des feux d’artifice dans la nuit de notre désespérance humaine.

Inventons nos couleurs et nos odeurs, caressons les visages en pleurs. Je sais, c’est si dur mais essayons. Les guerres ne doivent pas détruire le passé. Soyons des fleurs de musées et de bibliothèques et continuons d’inventer un possible humanisme. Continuons ! Continuons !

 

Marie-José Colet Le 11 janvier 2009

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