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Les horreurs du « féminisme »

Les horreurs du « féminisme »

 

 

Notre monde n’a rien d’original, en particulier du côté de ses manipulations du féminisme. Hier pour développer la consommation de tabac les rois de la pub firent appel aux revendications des suffragettes sur la base de cette question : pourquoi le femmes seraient-elles dispensées de cet outil d’émancipation nommée la cigarette ?

Aujourd’hui, modernité oblige, je découvre sur Le Monde 2 la photo d’une femme avec en titre : Arabie saoudite les femmes sortent de l’ombre. Comment ? Sous-titre « elles sont plus nombreuses à secouer ce carcan en entrant dans le monde de l’entreprise ».

Dès la première page nous sommes au cœur du sujet, lui-même au cœur de la modernité qui se résume en ce slogan : l’ENTREPRISE est notre mère à tous. L’ENTREPRISE subventionne nos plus beaux spectacles, l’ENTREPRISE nous offre nos salaires, l’ENTREPRISE paie les cotisations sociales (du moins ce qu’il en reste) et donc l’ENTREPRISE en Arabie Saoudite va permettre aux femmes de s’émanciper !

Je crois rêver d’autant que je lis bien cet autre élément du sous-titre : « La loi les maintient dans la condition de sous-citoyennes ». L’ENTREPRISE est plus forte que la loi ! L’économie est plus forte que le politique et l’émancipation des femmes nous le démontre… en Arabie Saoudite.

 

Je n’ai rien contre Le Monde 2 qui, en distillant ce discours, ne fait que reprendre une rengaine passablement lamentable (même pour la France où le slogan travail égal=salaire égal fait si bien la  loi dans l’entreprise). D’ailleurs le reportage est meilleur que ce que laisse craindre le titre, mais il faut des titres accrocheurs alors qu’importe la fidélité au contenu…

 

Pour montrer les miracles nées de l’ENTREPRISE, il fallait montrer les règles politiques du pays qui fixent l’état d’infériorité dans lequel sont maintenues les femmes. Règles politiques sous contrôle religieux bien sûr, grâce à l’infâme police des mœurs, la Mouttawa. Cette partie du reportage, qui concerne 99% des femmes, est d’une réelle utilité, pour enfin montrer que des femmes percent dans les banques et les cabinets d’avocats, réalisant ainsi une révolution silencieuse mais importante.

 

Nous retombons dans les classiques débats du féminisme que l’Europe a connu autour des années 1900-1940 : il s’agissait de revendications propres aux femmes de la bourgeoisie qui, dans leur « grandeur », peuvent s’attarder dans quelques manifestations de rue pour demander le droit de vote. Or le féminisme réel, celui qui touche toutes les femmes, nous pouvons l’étudier à travers un des thèmes traités dans l’article : l’interdiction faite aux femmes de conduire. C’est pied à pied, de l’une à l’autre, que les femmes françaises du peuple ont arraché le droit de conduire, à partir des années 60. Par chance, la séparation des églises et de l’Etat ne pouvait faire de l’interdiction de conduire un principe religieux. Il suffisait pour emporter la décision de convaincre un homme.

 

En Arabie Saoudite, l’article le rappelle : « les militantes s’indignent du fait que les religieux les plus radicaux assimilent ce droit de se déplacer librement à un permis pour une conduite licencieuse et une incitation au vice - même si c’est officiellement pour protéger leur réputation. » Parce qu’en effet, les femmes n’ont pas le droit de conduire POUR LEUR BIEN !

L’article est également utile quand nous apprenons qu’en fait les droits des femmes reculent depuis des décennies et l’image de deux types de voile est parlante. Entre l’ancien (tout blanc) et le moderne (tout noir et cachant le visage) la différence est très grande.

Mais le meilleur est toujours pour la fin dans ce commentaire de l’auteur de l’article qui interprète le point de vue d’une femme :

« Comme toutes les femmes rencontrées à Riyad et à Djedda, Lama Souleiman rejette avec virulence la conception du féminisme à l’occidentale, perçue comme un avatar d’une pensée coloniale : « Je trouve étrange que les Européens et les Américains soient incapables de faire preuve d’un peu de diplomatie à notre sujet, et qu’ils se montrent tout aussi incapables de comprendre les autres. » »

Génial ! Il y aurait, chez l’auteur de l’article une conception du féminisme à l’occidentale ? (Lama distingue Europe et USA) Le féminisme d’Amérique latine où, sauf à Cuba, les femmes n’ont pas droit à l’IVG, est le même que celui de France ou celui de Pologne ? Celui des USA est le même que celui d’Italie ? Je récuse toute idée de féminisme à l’occidentale, il existe plus exactement des féminismes qui, à travers le monde, en sont à des étapes diverses de leur histoire. Partout dans le monde, les religieux sont sans cesse au cœur de cette histoire et de toutes ses régressions - les droits des femmes en France pas plus qu’ailleurs n’étant une donnée irréversible. Bien au contraire, les reculs sont partout.

 

Quand Lama explique : « Ces femmes ont choisi de s’investir dans l’économie, car c’est un secteur jugé pour l’instant plus pertinent que la politique… » je veux bien entendre ce discours mais quand il s’agit d’expliquer que dans l’ENTREPRISE il est possible d’avoir des lieux spécifiques aux femmes pour qu’elles puissent s’émanciper, là nous ne parlons plus du féminisme et pas parce que je suis « occidental ». Des Noirs aux USA ont tenu longtemps ce discours : « vive la ségrégation car au moins nous sommes entre nous et nous pouvons mieux développer notre spécificité ». Ils avaient en partie raison : dans les écoles pour noirs il était fait plus de place à la culture des noirs. Mais ils avaient tort pour l’essentiel : dans la ségrégation toute une couche sociale est fondamentalement une « sous-couche sociale » et les avancées au sein de cette partie seront toujours des avancées infériorisantes. Dans nos écoles françaises, des filles préfèreraient souvent en revenir à une cour de récréation pour les filles où elles se sentiraient protégées (comme des garçons préfèreraient une cour de garçons pour ne pas subir la présence des filles). La solution est toujours et PARTOUT, la lutte contre la ségrégation.

9-12-2008 Jean-Paul Damaggio

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