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Le maçon italien

Editer des livres, c’est d’abord et avant tout rencontrer des hommes, des femmes et leurs histoires souvent grandioses. J’en offre une ici d’un homme chaleureux, qui a écrit plusieurs livres, pour, ainsi, rendre hommage à mon grand-père également maçon italien arrivé sur les bords de l’Aveyron afin d’échapper à la misère et au fascisme de Duce.

 

Le maçon italien

 

En 1935, il avait six-sept ans mais se souvient très bien de l’arrivée de l’Italien dans sa famille. Son père avait besoin d’une grange et embaucha un imposant Calabrais pour accomplir cette tâche en lui donnant pour outil un cheval et une remorque. Cette famille très catholique préféra dans un premier temps tenir à distance ce travailleur connu comme anti-fasciste. Mais nous étions à Laguépie, en Tarn-et-Garonne, une rare commune de France où il y avait la faucille et le marteau sur le Monument aux Morts, et où il était facile de vérifier que le maire communiste n’avait pas le couteau entre les dents. Donc, rapidement, le Calabrais fut admis comme membre à part entière de la famille où il aimait prendre sur ses genoux la petite sœur de l’homme qui me raconte cette histoire.

 

La construction de la grange fut un chef d’œuvre construit pas à pas, au pas du cheval et au pas de l’homme, un chef d’œuvre où l’Italien fit preuve de son immense science. Il fit tout tout seul, jusqu’à la poudre indispensable pour briser les blocs de pierre et qu’il confectionnait en allant chercher le salpètre sous un pont. Vous comprenez ce que ça signifie :TOUT se faire ? Les murs, la charpente, le toit et tout ce qui va avec les murs, la charpente et le toit !

 

Sa famille était en Italie mais il ne disait rien, il travaillait contre le temps et avec méthode. Cependant le bâtiment ne fut pas sa seule œuvre.

 

Son humanité marqua profondément toute la famille si bien qu’à l’achèvement des travaux en plus du salaire mérité le père de famille décida d’offrir un vélo en cadeau, un cadeau pas facile à faire vu les moyens financiers disponibles qui excluaient le fils d’un tel moyen de déplacement si envié, mais un cadeau fait de bon cœur. Et cette humanité eut deux dernières conséquences.

 

La première c’est qu’il décida, avec son vélo, de partir pour l’Italie afin de rejoindre sa famille. Pour revenir en France ensuite ? Personne ne le saura. Grands et petits de cette ferme de Laguépie attendirent en vain des nouvelles qui ne sont jamais venu du Calabrais auquel ils s’étaient tant attachés.

La deuxième conséquence est une simple hypothèse de l’homme qui me raconte l’histoire : son père très catholique, très conservateur est devenu naturellement pétainiste mais jamais il ne tomba dans la collaboration, et cette retenue, qui évita sans doute des drames possibles, c’est au souvenir laissé par l’Italien disparu qu’il l’attribue.

6-12-2008 Jean-Paul Damaggio

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