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Luttes en Tarn-et-Garonne : Le service public de la poste

Luttes en Tarn-et-Garonne : Le service public de la poste

 

 

Depuis plusieurs mois se développe en Tarn-et-Garonne un mouvement important et populaire de défense de la Poste que je trouve réjouissant. Pour en apprécier le contenu, comme toujours il me paraît indispensable de faire un peu d’histoire.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que La Poste développe les agences postales en accord avec les mairies car ce n’est pas d’aujourd’hui que le travail de privatisation se prépare.

Il a fallu d’abord séparer le téléphone de la poste et c’est le gouvernement Jospin qui s’y est employé jusqu’à entamer le processus de privatisation de France-Telecom. Nous savons à présent les résultats avec les zones blanches en matière d’internet. Les zones blanches ce sont celles où les opérateurs et France Télécom se refusent à intervenir pour adapter les réseaux aux nouvelles technologies. En Tarn-et-Garonne, il y a aussi des réunions sur ces questions car le mécontentement est grand. Le Conseil Régional a fondé une société d’économie mixte Terra, pour combler les vides et, qu’elle n’a pas été ma surprise dans une des réunions, en apprenant qu’il s’agissait d’une entreprise de service public ! En effet Terra ne veut laisser personne sur la route, veut s’adapter aux besoins réels des personnes et non demander aux personnes de s’adapter aux règles des opérateurs et travaille avec les élus. Mais peut-on appeler service public une entreprise qui comble les trous laissés par les multinationales ? En faisant observer que ce sont les mêmes élus qui ont privatisé France Telecom et qui, aujourd’hui, aident Terra, il m’a été répondu qu’au niveau national il fallait appliquer les directives européennes. Bonne réponse ! Donc au niveau national il faut des marchés ouverts à la concurrence mais régionalement, Terra étant la seule entreprise capable de fournir le haut-débit à 40 euros par mois sans la téléphonie illimitée, il est possible de fournir un service sans concurrence ! Il faut cesser d’invoquer la concurrence quand trois ou quatre multinationales se partagent mondialement un marché. La question est toujours la même : à l’Etat les services jugés non rentables et aux multinationales les autres services. Aux cliniques les services rentables et à l’hôpital ce qui l’est moins. Etc. J’en appelle à la naissance d’un service public d’internet.

Mais comment définir le rentable ?

C’est là que j’en reviens à La Poste.

Jusqu’à présent, les directions de La Poste avaient procédé pas à pas mais cette fois, sous la pression d’une hiérarchie soumise à la culture du résultat, elles ont pensé pouvoir frapper un grand coup avec 29 Postes visées dans le département. La colère a pu se fédérer, a pu s’amplifier, les élus, du fait de cette pression, ont dû se mobiliser et la réflexion globale a été engagée.

La rentabilité c’est faire du nombre. Tout acte est mis en équation et l’équation dit la réponse : il faut réduire les horaires, il faut allonger les tournées, il faut abandonner le poste de receveur etc.

La Poste ne fonctionne déjà plus comme un service public, pas seulement par le nombre important de travailleurs précaires, pas seulement par la perte d’une grande partie du marché des colis, mais par ses règles les plus cruciales.

Castelsarrasin ferme le lundi matin mais pas Moissac car à Moissac il y a plus d’actes qu’à Castelsarrasin disent les autorités. C’est vrai, le lundi matin était mon jour préféré car c’était calme, mais le reste du temps c’est souvent trente minutes d’attente y compris quand les quatre guichets sont ouverts.

Pour la Banque Postale, que dire de ce monsieur qui vient dans son petit bureau de poste un lundi à 16 h pour retirer 500 euros et à qui l’employée répond : « Mais il faut s’y prendre à l’avance. Je ne peux vous les donner que dans trois jours ! »

Oui, les personnes âgées sont plus lentes, oui la vie n’est pas que du nombre !

Faut-il en conséquence abandonner tout principe de rentabilité ? Pas du tout, la défense du service public c’est aussi tenir compte des réalités, des évolutions, des investissements etc. Voilà pourquoi de mon point de vue, ils sont à réinventés dans la transparence. Non les intérêts des usagers et ceux des employés ne sont pas toujours identiques (pensez à une ouverture le samedi après-midi par exemple), non tout bureau de Poste n’a pas la même légitimité, mais toute politique sérieuse ne peut se construire qu’avec des outils plus sérieux que ceux mis en place ces dernières années.

 

Et les élus ? Prenons l’exemple du conseiller général de Molières. Il lui arriva par le passé de signer de bon cœur un partenariat avec La Poste. Il se félicita en long en large et en travers dans la presse locale. Aujourd’hui il découvre que ça va pas. C’est une prise de conscience utile à condition de bien expliquer comment il a pu être induit en erreur, pour que la même manœuvre de la direction de La Poste ne se reproduise pas. Si le mouvement a pris de l’ampleur c’est souvent parce que des personnes qui ont vécu avec confiance l’installation de leur agence postale ont découvert ensuite tous les services perdus et peuvent donc l’expliquer concrètement aujourd’hui.

Tout en conduisant la lutte défensive il me paraît important de construire des outils capables de rendre la Poste à sa vocation nationale. Quand une lettre met quatre jours pour aller d’un point à l’autre du Tarn-et-Garonne c’est bien la preuve que le système ne peut plus continuer de la même façon.

1-11-2008 Jean-Paul Damaggio

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