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Cladel sur la place publique

cladel montaubanCladel sur la place publique

 

 

Pour cause de naissance d’un parking souterrain (comme partout), Montauban vient de se doter d’une nouvelle place dite esplanade où, faute d’arbres, on trouve de grands lampadaires. Je ne sais qui a eu l’heureuse idée d’accrocher d’immenses portraits aux lampadaires mais l’initiative me semble de bonne pédagogie. Huit personnages ont été retenu : Olympe de Gouges (que la mairie tente de célébrer de manière régulière), Jeanbon Saint-André, Vialètes de Mortarieu, Ingres, Cladel, Bourdelle, Marcel-Lenoir et Hugues Panassié.

On pourrait discuter longtemps sur ce choix. Au chapitre écrivain c’est Cladel qui est honoré alors que nous avions aussi Pouvillon, Perbosc ou Castan.

Léon Cladel contribua à créer cette généalogie qui passe par Perbosc et Castan. Il est le « père » fondateur d’une démarche assez unique : unir l’occitan et le français, l’ici et l’ailleurs, les mots et les actes.  Bourdelle lui-même est un enfant de Cladel aussi, à la mort de l’écrivain, il offrit un buste pour qu’il soit installé, comme un défi, face à la préfecture.

Pourquoi « comme un défi » ? Cladel se voulut l’âme du peuple le plus divers : pas seulement le peuple révolté mais aussi le peuple soumis. Dans son idée, le peuple était la victime des pouvoirs.

Pendant l’Occupation, les Allemands envoyèrent la statue de Bourdelle au musée où elle attend depuis les visiteurs. Il m’est arrivé de demander, en vain, à plusieurs reprises, que la mairie permette à ce buste, de revenir sur le lieu pour lequel il a été pensé.

En conséquence, même si c’est seulement un portrait, je me réjouis de voir flotter au vent, Cladel, sur la nouvelle esplanade toute proche de son lieu de naissance.

Il est bon de rappeler que le visage de Cladel fut toujours pour lui, une part importante de son œuvre. Sa barbe n’était pas celle des « barbus » d’aujourd’hui, mais celle des barbus du 19éme siècle qui avaient à cœur la république démocratique et SOCIALE. Cladel en vit beaucoup qui la coupèrent (ou la taillèrent) en gravissant les marches du pouvoir. Lui resta le communard de toujours, le révolté audacieux. Son audace consista à ne négliger personne : pas plus le mendiant que le riche, pas plus les hommes que les femmes, pas plus les humains que les animaux. Il refusa d’écrire son autobiographie, il préféra écrire l’histoire de sa « Kyrielle de chiens ». En conséquence le lecteur d’aujourd’hui peut retrouver dans son œuvre l’illiade ou l’odyssée, le mythe ou le réalisme, la joie ou la peine. Rien de surprenant si son grand roman sur la Commune s’appelle I.N.R.I. et s’il n’a pu paraître que des années après sa mort grâce à l’action de Cladéliens fidèles.

C’est un Cladélien d’aujourd’hui qui permet au portrait de l’écrivain de flotter sur la nouvelle esplanade. Peu importe son nom, seule l’action compte. Et nous ferons tout pour que d’autres actions de se genre se produisent ici ou ailleurs.

Léon Cladel a inventé une littérature (pour ma part, je défends surtout le nouvelliste) que j’appelle sous-réaliste. L’action continue.

09-09-2008 Jean-Paul Damaggio

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