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La décroissance que je défends

Voici une partie de la conclusion de la brochure : Décroissance de la marchandisation (évoquée déjà avec le cas de Carlos Slim)

La décroissance que je défends

 

La croissance dans notre système économique étant une croissance du fait «marchandise», c’est la décroissance de ce fait qui, en s’installant au cœur du capitalisme permet de le contester radicalement.

L’esclavagisme fit de l’homme lui-même une marchandise puis le capitalisme se contenta d’attribuer ce rôle au seul «travail » grâce à l’exploitation (l’homme produisant plus qu’il ne consomme une partie de la richesse créée est ainsi volée).

Le capitalisme ne pouvait se développer qu’autour de la généralisation du fait marchand. L’Etat y trouvait son compte car il est plus facile de percevoir les taxes d’une multinationale que de 500 000 artisans.

Pour inverser la tendance, un nouvel Etat social doit trouver son compte dans une autre démarche. Oui, l’augmentation de la productivité est un bien social immense qui tue à juste titre les nostalgies les plus ridicules, mais souvent les mieux partagées. Les citoyens constitués en force sociale organisée doivent pouvoir se saisir de cette augmentation de la productivité sans tuer la poule aux œufs d’or. Ils ne peuvent donc être organisés qu’avec la «complicité» d’un Etat nouveau et non contre l’Etat en général. Les citoyens organisés ne peuvent plus être seulement dans les conseils municipaux et encore moins des «conseils communautaires » terme affreux qui veut contourner la démocratie pour fabriquer des autocrates.

Le retour à la souveraineté du peuple fait peur à certains «décroissants » car, dans leur imaginaire, le peuple qui n’a rien est le premier à demander « toujours plus » et, si on lui laisse la parole, il emballera tout le système. N’est-ce pas le beau slogan de la Révolution évoquant un peuple qui voulait TOUT ? Et TOUT ce n’était pas toute la consommation mais TOUT le pouvoir.

Je me retrouve donc dans la formule de Vincent Cheynet «la décroissance démocratique ». Il y faudra de la pédagogie pensent les uns. Il y faudra du réalisme ai-je plutôt envie d’ajouter ! Le peuple a toujours été mis devant le fait accompli. J’ai la faiblesse de penser qu’il peut accomplir quelques hauts faits ! Je ne l’écris pas au nom d’une mythologie dépassée du peuple souverain, mais au nom des grands faits de l’histoire où il fut le premier à relever la tête, pendant que d’autres nageaient dans le désespoir en attendant de pouvoir à nouveau se servir du peuple (entre 1939 et 1943).

J’appelle ici réalisme le fait d’inscrire sur la table toute la face cachée du monde et alors oui, les choix à opérer deviendront plus cruciaux, oui une partie du peuple sera tentée par les démagogues, mais le peuple ce n’est pas une «communauté » mais une lutte des classes.

 

            Concrètement, pour prendre un exemple, cette décroissance de la marchandisation c’est le développement de la gratuité qui tue ainsi «la marchandise ».

            La gratuité n’est pas une utopie. Elle fonctionne par exemple dans la plupart des bibliothèques municipales pour les livres. Dernièrement à Toulouse l’Autre liste a défendu le principe de la gratuité des transports en commun en ville. Certains décroissants ont pu crier au scandale car pour eux c’est la meilleure façon d’augmenter le nombre de déplacements, de déresponsabiliser les citoyens et de renforcer le rôle des institutions, ici les conseils municipaux (le système fonctionne à Colomiers une commune assez riche sans l’apparition de ces phénomènes). Aux bords de la Garonne comme ailleurs, le combat pour la gratuité n’est pas un long fleuve tranquille. Les critiques sont justes mais les ripostes possibles. Il est évident que, dans une bibliothèque, il faut un service assurant strictement la surveillance du prêt et fixant une amende pour tout retard ou toute perte quant aux livres à rendre. Dans les transports en commun, il me semble plus simple de surveiller les installations que de s’acharner à faire payer les récalcitrants. La gratuité des transports en commun en ville, c’est, bien sûr, pour faire décroître les transports individuels et tous les inconvénients qui vont avec : embouteillages, perte de temps, gaspillage de carburants, places de parkings, etc. Et il s’est avéré que la lutte politique sur ce thème suscitait des échos, y compris à droite !

            Un des inconvénients du combat pour la gratuité c’est qu’il croise la contre-offensive du système avec les journaux gratuits par exemple. En fait, rien n’est gratuit et ce n’est pas seulement à cause du marché, mais c’est un effet de toute production. Le journal gratuit est payé par la publicité tandis que les transports en commun gratuits en ville sont forcément payés par la collectivité publique donc par l’impôt. Aussitôt, dans notre société individualiste certains vont dire : «je vais payer alors que je n’utilise jamais les transports en commun ». Combien sont ceux qui paient pour les écoles sans avoir d’enfants, pour les ports sans avoir de bateau, pour les stades sans jamais y aller etc. ? Le combat pour la gratuité, pour le don, pour le bénévolat, pour la solidarité c’est relancer le combat de la gauche de toujours : le combat pour l’égalité. Dans ce contexte, l’impôt sur le revenu est un point d’appui à condition que l’Etat soit celui de tous.

            La décroissance de la marchandisation peut relancer les combats perdus. Mais peut-elle aboutir à l’espoir de quelques-uns, la décroissance de la consommation ? Je n’ai jamais cru un seul instant que le moteur de la production économique soit le désir de consommer. Bien sûr, si le consommateur n’achète pas telle voiture, le constructeur va modifier sa production mais la modification est sur la marge. Dans nos sociétés le moteur de la production économique c’est le profit. Les transports en commun gratuits en ville, ça ne rapporte rien à aucune compagnie donc ils ne peuvent naître de la «consommation ». Les découvertes techniques sont plus décisives que les besoins des consommateurs et elles se développent suivant les profits rapportés plus que suivant les bienfaits chez chacun. L’apparition de l’ordinateur, outil incomparable, n’est pas le résultat d’un besoin populaire.

Pour preuve, toute la production de merde qu’il faut produire pour qu’elle se renouvelle vite.

Faire décroître la marchandisation ce n’est pas détruire le marché. C’est le détruire seulement là où l’union des institutions, des usagers et des techniciens le permettent. Quand l’eau est vendue par des institutions c’est le résultat de cette union ! Qu’il existe un secteur privé concurrentiel n’est pas forcément négatif pour les régies municipales qui doivent ainsi rester en éveil pour améliorer leur gestion. Mais l’eau pourrait-elle à terme être gratuite ? Après un calcul du minimum vital par personne, une certaine quantité pourrait en effet être gratuite, et les dépassements seraient alors facturés plus chers. Les instruments techniques existent à présent pour ajuster la gestion à tout un tas de facteurs.

            J’ai la conviction qu’en abordant la décroissance par «la marchandisation » il est possible, à la fois, d’éviter les dérives attendues par le système dont on connaît les capacités récupératrices, de réactiver des combats perdus de la gauche, et de renouveler les combats futurs qui se doivent d’unir la question sociale et la question écologique. J-P D.

 

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Reste aussi à articuler la problématique de la décroissance avec une théorie du changement et une véritable réflexion sur les modalités de transition. Sur ce point, voir http://yannickrumpala.wordpress.com/2008/09/01/questions-sur-la-decroissance/
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