Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
La Compagnie des écrivains du Tarn-et-Garonne vient de publier un Florilège qui rassemble les écrits de ses membres. Le livre est très bien présenté et peut s’acquérir au prix de 10 euros. Ici je vous offre la nouvelle que j’ai consacré à un des dessinateurs qui marquèrent ma vie. Il s’appelait Jean-Paul Guiraud et son art mérite toujours notre admiration. Jean-Paul Damaggio
Une image mentale pour enfermer le temps ! Disons, un souvenir que j’écris en chantant. A Montauban by night, nous étions au Dali, un beau café-théâtre. De revoir son visage, au sourire éclatant, je me crus au printemps. Son superbe chapeau masquait sa calvitie et sa gouaille disait son amour de la vie. Que pouvait m’apporter son retour de Paris vu qu’il crachait aussi sur notre capitale ? Nous inventèrent un monde où presque tous les hommes divorçaient de leurs ombres.
On l’appelait Polo, mais il signait Prada. Son Espagne à lui niait l’art de Dali mais son trait en dessin, sans référence aucune, volait jusqu’à la lune.
- Dis-moi, mon cher Polo, c’était comment l’Idiot ?
- L’Idiot International, de Jean-Hedern Hallier ?
- Oui, j’y ai vu parfois, tes dessins si grivois. Le Canard Enchaîné pensa aussi à toi.
- Ils peuvent m’oublier car ils m’ont trop fait chier.
Ce petit provincial ignorait vraiment tout du grand Paris Paname et des mœurs médiatiques. Il comprit que souvent l’ignorance vaut mieux qu’un peu de connaissance. Il fit l’amour tout seul plus souvent qu’à son tour puis abandonna … sa vraie chambre de bonne. « Un Gascon à Paris », tel sera le beau titre, qui lui arrachera un tout petit article. Il pouvait expliquer les guerres féodales que l’on nous préparait, il pouvait dessiner quelques caricatures, à nous faire pleurer.
De retour au Dali, sans geste de héros, il leva son chapeau, à tant d’amours perdus ou jamais rencontrés. A jamais méconnu, ce toujours ingénu, commença une vie d’expédients artistiques. Trois dessins de vendu, à des hebdos sans âmes, quatre cours assurés, dans des écoles amies, pas de quoi s’enrichir pour vivre dignement.
Alors son paradis prit un nom très gascon, Uzeste qu’il s’appelle, au pays de Lubat. Un pays de cabanes pour les rêves d’enfants, où il allait souvent pour voir Patrick Auzier et le savant Minvielle. Par la cultivature, les chemins de traverse, il forgeait, il forgeait, un art sans parenthèse. Il nous souhaita à tous, en quatre-vingt quatorze, une très bonne année, avec un grand dessin. En sortant d’une affiche, à la couleur très jaune, un homme bien doté de chaussures marrons semblait nous inciter à devenir souvent, volontaire du bonheur et courageux partout.
Tout ça c’est une image d’un beau soir au Dali. Pourquoi en dire plus, à l’heure du terminus ?
Buvons à la santé de son dernier retour. Il est mort à présent, il avait quarante ans. C’était un mercredi en quatre-vingt quatorze. Des enfants l’attendaient sur un terrain de sport. Son cœur avait lâché, il l’avait bien trop grand.
A trois pas de sa tombe, gît son pire ennemi, qui fut assassiné : qui le sait aujourd’hui ?
Prada était la vie, celle du populaire, Bousquet était la mort, celle des tortionnaires.
Aujourd’hui.
Polo je pense à toi, car je ne sais comment supporter les fascistes que ton art si savant ridiculisait souvent.
Polo je pense à toi, en écoutant parler à côté de Paris, un Algérien de cœur, un Algérien très fort qui signe de son nom, Mohamed Sifaoui.
Polo je pense à toi, car tous les féodaux, dictent à présent leur loi, dans notre beau pays.
15h11, 11 Février 2007, Paris, Jean-Paul Damaggio
PS : Le dernier livre de Mohamed Sifaoui concerne « l’affaire » des caricatures de Mahomet.