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Concert pour Slimane Azem

Slimane AzemA paraître fin septembre 2008 : Slimane Azem, Le peuple en chansons. Une brochure de 82 pages pour établir un pont entre notre société et ce chanteur kabyle. En attendant voici un écho d’un concert.

 

Slimane Azem, le peuple en chansons

 

Le lieu, un village. L’association qui organise : un certain bout du monde. Sur scène Origines Controlées. Il s’agit de chansons de l’immigration algérienne. La vedette est décédée depuis 1983 et sa tombe se trouve à une dizaine de kilomètres, à Moissac, Tarn-et-Garonne. Elle s’appelle Slimane Azem. S’il avait été là, en ce 6 juin 2008, il aurait ouvert de grands yeux. Comment un public aussi divers peut-il vibrer à sa musique, à ses mélodies ? Pourtant, cheveux blancs et noirs, peaux blondes et sombres, tout le monde danse. Sur des paroles en kabyle ! Bien sûr avec Slimane, on retrouve la grande famille des chanteurs kabyles d’Aït Menguellet à Idir en passant par l’inévitable Matoub Lounès.

La première fois que j’ai entendu parler de Aït Menguellet c’était en 1992 dans un journal algérien, sous la plume d’un journaliste qui comme beaucoup d’autres trouvera ensuite refuge en France : S.A.S. Il racontait un stade plein, 10 000 personnes pour un concert dont les recettes devaient venir en aide aux habitants pour améliorer l’accès à l’eau. Depuis, à suivre ce filon, je retrouve à chaque pas le peuple en chansons.

Mouss et Hakim, les deux chanteurs du groupe Origines Contrôlées, ne diront pas autre chose : Slimane Azem était le chanteur que leurs parents écoutaient sans cesse. Le père maçon leur avait appris un proverbe : ou tu travailles à l’école ou ça sera la pelle et la pioche pour vous ! Et finalement ils chantent le peuple debout, le peuple cultivé même s’il était illettré.

 

Slimane Azem est un homme à l’histoire tourmentée. Fils de paysans, paysan lui-même, il deviendra à un moment propriétaire d’un café à Paris où il chantera pour les siens, pour sa grande famille. Depuis longtemps, il composait, écrivait, chantait mais grâce au café (comme d’autres qui bénéficièrent du café-concert) il peut atteindre un public plus large, toujours plus large jusqu’à la scène de l’Olympia.

 

A Garganvillar le public aura droit à deux chansons de Slimane : Le bœuf et la carte de résidence. La première est une fable d’un admirateur de La Fontaine. Car ainsi vont les cultures : dans un magnifique village de Kabylie un homme à l’école coloniale s’enthousiasme pour le fabuliste français et se sert de ce savoir pour broder sur sa culture populaire qu’il transporte en France !

 

Car les deux chanteurs d’aujourd’hui le répètent partout : quand ils chantent ce répertoire ils chantent une part de la France qui n’a jamais été seulement de langue française. Et si le Kabyle s’ajoute au breton et à l’occitan (Idir a beaucoup chanté avec Alan Stivel) vive la France. Combien de fois Slimane s’est mis à écrire une chanson sur le bon mot d’un de ses amis ? Il portera toujours avec lui son Algérie qu’il chante sans cesse, mais il chante de France et la plupart des immigrés qui s’identifient à lui, qui se retrouvent en lui, sont en France et Français.

 

Et dans ce village de France où le public danse au son de l’accordéon comme au son de djerbouka c’est pas un club de tourisme qui propose un détour folklorique. C’est la vie d’aujourd’hui, la fête forte des rythmes de partout. Mouss aime le répéter : le bal musette dont Garganvillar est un haut lieu, n’est que la rencontre entre une musique populaire d’Auvergne et des accordéonistes italiens. Cette identité de la France enfermée dans un troisième âge historique est elle aussi un croisement. Ne disons pas un mélange car quand on mélange on se perd et le peuple n’a pas à se perdre. Le mélange c’est la culture coca (light ou pas) forme bien connue de cocalisation, c’est le poulet pour tous forme achevée de la gastronomie perdue. Le peuple de partout avait auparavant sa gastronomie même si comme pour le jeune Slimane elle était surtout faite seulement de figues ou d’orge. Ce concert d’un soir je vous propose de le déguster avec un texte d’un écrivain rare Areski Metref qui tient chronique dans le Soir d’Algérie (il fut à Politis pendant toute une époque) et qui publia un texte hautement beau sur Slimane Azem vu cette fois de son pays. 6 juin 2008 Jean-Paul Damaggio

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