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Naissance du Front de Gauche (I)

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Ce bilan sera réalisé en trois temps, un quatrième prendra toute sa place dans un an après les législatives qui achèveront un cycle de cette opération. Nous aurons donc la naissance, l’installation dans le paysage, et les limites, en attendant de parler en juin 2012 d’échec ou de succès. Je rappelle que depuis le printemps 2009, après avoir participé à l’organisation, à Montauban, de la venue de Martine Billard (au nom de l’AMP 82) avant qu’elle n’entre au PG, j’ai interrompu toute intervention politique directe, en conséquence, même si je garde mes engagements, ce bilan est celui d’un simple observateur.

 

La victoire du NON en 2005

La tentative visant à créer une nouvelle force politique à gauche est très ancienne et ne concerne pas que la France. Pour ce bilan, nous commencerons seulement en 2005 puisque, Chirac, en faisant un nouveau cadeau à la gauche (après celui de la dissolution) a permis avec le référendum sur le TCE, à toute une mouvance de gauche de se retrouver aux coudes à coudes sur les tréteaux.

Nous prenons pour référence cette photo significative sur tous les plans, du dernier meeting du NON à Toulouse. Vous y remarquez au centre Jean-Luc Mélenchon qui se considère comme le mieux placé pour unir la mouvance à la présidentielle de 2007 (son obsession de la présidentielle est aussi grande que celle de Chevènement, l’autre dissident du PS).

Sur un côté, Olivier Besancenot semble un peu à l’écart par rapport aux autres qui l’aiment bien… mais pas trop. De l’autre côté Yves Salesses qui se verrait bien lui aussi en candidat à la présidentielle.

En fait, dès les lendemains de la victoire du NON, la cause est entendue parmi les initiés, M        arie-George Buffet et Olivier Besancenot se préparent pour 2007. Olivier Besancenot sera le premier à « briser » l’unité de façade car Marie-George espére jusqu’au dernier moment (décembre 2006) un plébiscite comme candidate des collectifs antilibéraux (elle en fera fabriquer beaucoup nés en octobre 2006 et mort en janvier 2007). Mélenchon, ayant compris qu’il n’avait pas de place pour 2007, est donc resté sagement au PS à soutenir, bien qu’il ait dit le contraire, une candidate du OUI. Tandis que Bové finira par obtenir les 500 signatures et viendra jouer sa partition… en attendant de rejoindre quatre ans après Nicolas Hulot !

Tout le monde connaît le résultat de 2007 : les glorieux victorieux de 2005 voient venir le bulldozer Sarkozy après leur cuisante défaite, surtout pour M-G Buffet passée sous la barre du 2% alors qu’elle se voulait depuis son arrivée à la tête du PCF, une représentante d’une mouvance allant au-delà de son parti. Inversement Besancenot permet à la LCR de devenir la référence de la gauche de gauche et lance avec d’autres la création du NPA.

 

La préparation des Européennes de 2009

Après l’échec des présidentielles, les municipales et cantonales de 2008, élection par essence fragmentée, ne pouvaient impulser la nouvelle force politique. Par contre, les européennes devenaient le moment idéal comme l’ont démontré au cours des années 80, le FN et les Verts, et en 1993 Chevènement !

D’un côté, M-G Buffet pour sortir de l’impasse avait besoin de Mélenchon, et de l’autre Mélenchon qui ne souhaitait pas lancer dans le vide sa tendance interne au PS (le PRS) a préféré vérifier auprès de Marie-George qu’une entente était possible. Naissance du Parti de Gauche (PG) et du Front de Gauche dans la foulée. Marie-George ne cessera de le répéter : c’est grâce à l’initiative du PCF, or, pour un mariage il faut être deux ! En fait cette répétition obsessionnelle signifie clairement qu’il y a un chef et un vassal !

Dès le début, le PG à une épine dans le pied : il manque d’image propre, confondu qu’il est avec un Front de gauche, sous contrôle du PCF de M-G Buffet. Depuis 2002 les classiques divergences internes du PCF sont devenues des affrontements et pour régler cette bataille, si autrefois Robert Hue pouvait appeler à l’aide le PS, cette fois M-G Buffet appelle à de ses vœux le PG (la Gauche unitaire est plus dépendante du PCF).

Après 2008, le PG voit partir du PCF diverses tendances dites « rénovatrices » (entre 2004 et 2010 le PCF a perdu environ 40% de ses membres), mais il ne peut les retrouver en son sein puisqu’il est d’accord avec M-G Buffet qui, dans son parti, par dans un souci d’équilibre, donne des gages à la tendance identitaire qui refuse l’entente avec Mélenchon, en marginalisant la tendance « rénovatrice ».

A partir de ce moment, le simple citoyen se dit : soit le PG va manger le PCF, soit le PCF va stériliser le PG.

Si Die Linke, l’exemple allemand, est souvent cité par le PG, n’oublions pas une différence profonde : outre-Rhin, ils ont construit un SEUL parti alors qu’en France se met en place un face à face aux airs unitaires pour masquer les différences d’intérêt. Des airs d’autant plus unitaires que les ambitions de Mélenchon pour la présidentielle (donc le besoin de 500 signatures) sautaient aux yeux depuis 2005.

En 2007 Buffet est candidate car il faut sauver le parti, Bové est candidat car il lui faut user son succès médiatique, et aujourd’hui Mélenchon est candidat, pas pour le PG qu’il ne cite presque jamais, mais pour une œuvre « nationale » qu’il se juge le seul capable de porter.

Bref, avec les élections européennes le sénateur PS Mélenchon devient le député européen FdeG.

Cette fusée FdeG est lancée au moment opportun : le nouveau mode de scrutin de cette élection ne permet pas de comparaisons avec les résultats précédents ; il ne nécessite pas une tête de liste nationale et Mélenchon sera parachuté en Midi-Pyrénées (comme Picquet en TetG l’année d’après pour les Régionales) ; et le fonctionnement pyramidal de l’élection évite quelques troubles.

 

La contradiction interne au PG

Face aux divers PCF, le PG a décidé d’exister comme une forteresse assiégée. D’un côté va naître l’idée de « révolution citoyenne » et de l’autre le PG fonctionne comme la plus solide pyramide centraliste de la France ! D’un côté le PG correspond à un espoir réel de la population (comme nous le verrons dans le prochain article) et de l’autre, les maîtres de la maison (les anciens du PRS) voudraient que tout le monde s’aligne derrière le chef, comme si le chef était d’une clairvoyance parfaite. En conséquence, pas plutôt créé, le PG a eu ses déçus. Ceux qui situaient ce parti entre le PCF et le PS (comme Claude Desbons) alors que Mélenchon a fait le choix d’un positionnement entre le NPA et le PCF. Ceux qui croyaient en sa fibre écolo grâce à des figures importantes de l’écologie que Martine Billard va rejoindre, et qui ont vite compris que sauf sur le nucléaire, il ne fallait pas, sur le reste, faire trop de peine à l’allié majeur, le PCF. Cette contradiction serait à la limite bénéfique si elle trouvait un espace d’expression mais toute critique est vite dénoncée au nom du fait qu’il faut serrer les rangs.

 

La contradiction interne du PCF

Le PG pourrait être plus créatif s’il admettait que le Front de Gauche n’est que passablement soutenu par le PCF (60% pour Mélenchon candidat avec un forcing de la direction en sa faveur et des cadeaux aux législatives) qui espère seulement obtenir les suffrages d’un électorat PG (nous constaterons dans l’article II son existence) en donnant le minimum en échange. La contradiction du PCF tient dans cette simple équation : ou renaître ou végéter. Tout a été tenté depuis 1981 pour sortir de l’ornière or invariablement, à chaque élection législative (les plus signifiantes en terme politique), c’est la gifle. Après 2002 Marie-George Buffet pouvait répéter « Le PCF est très très affaibli », la responsabilité du phénomène incombant à son prédécesseur (alors qu’elle était ministre de Jospin et que cette participation gouvernementale fut une catastrophe pour la gauche et le pays). Après les législatives de 2007 puis les municipales de 2008, l’échec fut plus cuisant encore, et la stratégie unitaire avec le PS de Robert Hue ne pouvait plus être mis en cause. Donc, difficile de s’allier avec le PS, difficile de compter sur les voix de la gauche de gauche, donc la création du PG est devenue la planche de salut pour la stratégie de Buffet face à ceux qui réclament : « le PCF autonome ». Le talon d’Achille de cette alliance, c’est qu’elle entraîne des négociations sans fin qui aggravent en fait la crise du politique, en décourageant les ultimes militants. Il ne s’agit plus de susciter un grand projet de factice « révolution citoyenne » (factice car invisible au sein du parti qui la porte !) mais de vérifier que le « capital » du PCF actuel ne subira pas l’ombre, d’un futur « capital » du PG ! Marchais aura été le fossoyeur d’un PCF qui faisait presque jeu égal avec le PS ; M-G Buffet, à force de jongler, risque d’enterrer le PCF qui faisait presque jeu égal avec le NPA ! La crainte, que les prochains articles risquent de confirmer, c’est une bérézina générale en 2012, pour le FdeG, le NPA, Chévènement et j’en passe, car les candidats ne vont pas manquer. La réponse est connue d’avance : ce sera la faute du vote utile… qui existe depuis que le vote existe ! A moins qu’une révolution citoyenne ne prenne aux mots les partis en question… mais je ne crois pas à la génération spontanée.

23-06-2011 Jean-Paul Damaggio

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