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Ne laissons pas croire un seul instant que les maires sont sans pouvoir et qu'ils ne servent que de façade à des pouvoirs extérieurs. Bien sûr, sur le plan macro-économique ils ne dirigent rien mais ils ont des fonctions locales donc c'es par rapport à ça qu'il faut s'interroger.
Dans la plupart des communes, la mairie est le premier employeur et le maire n'aurait aucun pouvoir ? La mairie est le premier employeur car c'est aussi le plus fort budget.
J'ai été instit et j'ai pu vérifier par exemple que Castelsarrasin a été la dernière commune, et non des moindres, à accepter l'installation de photocopieur dans les écoles. Pour avoir des photocopies il fallait aller le mercredi à la seule machine à disposition, celle de la bibliothèque municipale.
Car les simples détails de la vie font aussi la vie.
Si le maire décide que l'eau est privatisée c'est sa responsabilité et ce n'est pas la moindre…
Bref, il ne s'agit ni d'exagérer ni de minimiser les pouvoirs réels que le maire peut en effet confier à d'autres que lui comme le percepteur, le président du Conseil général, son directeur de cabinet ou la (le) secrétaire de mairie.
Bien souvent la quête première du maire s'appelle d'un mot magique : "les subventions".
Je me souviens d'un président d'intercommunalité présentant son bilan et comme il n'était pas du genre bavard il le limita à la somme des subventions obtenues.
La chasse aux subventions
L'administration avait décidé que l'Ariège devait perdre trois postes d'enseignants mais grâce à Jean-Pierre Bel, président du Sénat les politiques sont passés derrière, et l'Ariège aura 3 enseignants en plus (gain donc de six postes). Faut-il donc élire un élu qui a le bras long ?
Si l'importance du pouvoir se mesure à la longueur du bras, les municipales n'ont alors plus aucun intérêt et la tendance au monolithisme devient majeure. Il suffit d'élire le président, qui désigne ensuite toute l'infrastructure du pouvoir et basta !
La réalité prouve qu'en fait il y a parfois moins d'écart entre deux amis du parti du président qu'entre deux maires de partis adverses !
Je découvre un candidat PS qui pour s'opposer à la maire UMP dénonce un PPP qu'elle a réalisé alors que le candidat PS, conseiller général par ailleurs a mis en place un PPP plus important encore au niveau départemental !
La chasse au bon directeur de cabinet
En fait, l'élu quel qu'il soit n'a pas les moyens de tout diriger donc il a besoin d'un entourage très professionnel dont le directeur de cabinet est la clef. Aux USA nous dirions "un city manager". Les municipales partout aux Amériques ne sont que le décorum de la décision politique. Assister à une réunion du Conseil municipal aux USA est un acte qui vous marque à jamais en tant que français. Les élus, peu nombreux, ne constituent pas une liste mais sont désignés à titre personnel et indépendamment les uns des autres. Le maire est élu par l'ensemble de la commune mais seul. Et les conseillers sont élus par des districts tout aussi seuls. Un conseil municipal consiste à écouter les citoyens, à répondre à leurs propositions, à enregistrer leurs revendications.
Côté court (donc côté citoyen) il s'agit d'une démocratie maximum.
Côté jardin (donc côté administration) c'est le domaine du city manager qui est en fait le maître du budget. S'il est nommé par le Conseil municipal aussitôt après il échappe à ce conseil et est en place pour des années quand les élus ne font que passer.
Le maire devient alors le simple organisateur du débat public alors qu'en France le public n'a pas droit à la parole publique. Il peut aller voir le maire en délégation mais pas publiquement devant le Conseil.
Si on s'en tient à la question de la privatisation de l'eau, les Conseils municipaux qui en ont confié la gestion au privé sont très rares aux USA et très nombreux en France. Je n'en déduis pas qu'un système est meilleur que l'autre mais que la question de qui à le pouvoir n'est pas simple.
L'oligarchie
Pour la première fois en France, les municipales de 2014 sont celles aussi de l'élection des conseillers communautaires. Cette dernière élection passe à la trappe alors que la nouvelle oligarchie n'est pus celle des maires mais celles des intercommunalités. Martin Malvy, président du Conseil régional Midi-Pyrénées espère bien rester président du Grand Figeac, un mandat qui ne compte pas dans le cumul des mandats ! Cette mutation, dans le fond et la forme est très inquiétante.
Pour fabriquer les nouvelles oligarchies nous avons assisté depuis trente ans au même phénomène.
D'abord les élus régionaux furent choisis par les élus au Conseil régional puis à partir de 1986 les citoyens eurent leur mot à dire… quand une oligarchie était en place.
D'abord les conseillers communautaires ont été choisis par les conseillers municipaux puis à partir de 2014 les citoyens ont leur mot à dire… quand une oligarchie est en place.
Ce fut bien sûr la même chose pour les élus européens.
En conséquence, le titre de l'article n'aura plus de raison d'être après le mois de mars. La commune sera de moins en moins un lieu de décision au profit de l'intercommunalité. JP Damaggio