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Le titreur a eu beau choisir de l’italien (Basta cosi, Bunga Bunga), la dernière chronique de Mathieu Lindon du 18 juin sur Libération n’est qu’un exposé d’ignorance crasse, et donc révoltante au plus haut point. On a beau avoir écrit des tonnes de livres, être chroniqueur depuis des décennies dans le quotidien d’une gauche perdue, le fait est impressionnant.
Ignorance crasse ?
« Berlusconi peut dire tout simplement : «Je voulais savoir si le peuple était d’accord avec ces projets, eh bien il ne l’est pas, maintenant je le sais.» » Berlusconi n’est pas à l’origine du référendum, il ne voulait rien savoir, et maintenant ce n’est pas qu’il sait, c’est qu’il est OBLIGE d’appliquer. Oui, Monsieur Lindon, à présent l’eau ne sera pas privatisée. Ce n’était pas une « consultation » comme les sondages savent le faire, mais un référendum qui DECIDE et visiblement, ça vous tue que le peuple puisse décider.
Le mépris sur un plateau d’argent
Et votre ignorance s’accompagne d’un mépris écœurant pour la démocratie, le peuple, les Italiens et les Italiennes. Je le reconnais, le style ne manque pas au rendez-vous ! Mais savez-vous que les questions sont sous contrôle du Conseil constitutionnel ? Vraiment vous confondez le matraquage de sondages parfois ridicules (cette démocratie du micro trottoir) et l’expression d’un peuple qui, après un débat contradictoire, public et argumenté, doit d’abord obtenir 500 000 signatures avant d’avoir le droit de poser la question contrôlée. Quand vous écrivez : « Dans l’appel de Silvio Berlusconi à boycotter le vote, on peut voir un hommage à la démocratie. », je comprends que vous n’avez pas encore digéré le référendum français sur le TCE. Il faudrait se soucier du comment ! Quand Sarkozy et Berlusconi s’unissent pour relancer le programme nucléaire, eux répondent par OUI mais en plus ils se préoccupent du comment ! Quand un Conseil municipal répond par Oui ou par NON à la privatisation de l’eau, il a le droit car il est le Conseil municipal ! Et le sommet du mépris c’est avec cette phrase : « Mais, peut-être grâce à l’affaire Strauss-Kahn, la parole des Italiennes (et Italiens) se libère. » DSK n’est à l’origine d’aucune affaire, ce qui n’est pas le cas de la plaignante ! Franchement si elle n’avait rien dit, cette femme du peuple, le monde ne serait-il pas plus simple, et les Italiennes moins libérées ? D’un côté on nous présente un peuple italien décervelé, aliéné à une télé poubelle (« Silvio Berlusconi s’en va, ça leur semblera tout vide, leur pays, aux Italiens »), puis de l’autre un peuple qui se prend en main, argumente, fait sortir de la nuit de la dictature démocratique ses concitoyens, et il est encore ridiculisé à croire en cette démocratie référendaire. Les mêmes ont toujours tort…
L’ironie comme guillotine
« Dans tous les pays, pour étouffer la démocratie, on noiera le peuple sous les référendums. » Qui est le « ON » ? Quel est ce souci du peuple que Mathieu Lindon veut sauver par le bouche à bouche ? Que le peuple soit noyé sous d’enfoirées chroniques comme la sienne ne le frappe sans doute pas (il n’est pas seul sur son créneau malheureusement) ! Que le peuple italien ait demandé le maintien de l’eau comme bien commun, le passage de tout citoyen devant les tribunaux, la poursuite de l’absence de tout programme nucléaire… c’est comme si demain on décidait de choisir sa météo ! Les abrutis ne sont pas toujours là où on le croit… 20-06-2011 J-P Damaggio
P.S. N’étant pas un adepte de l’info par petite phrase (comme le veut la coutume en cours) j’offre ci-dessous l’article en entier.
Basta cosi, Bunga Bunga Mathieu Lindon 18 06
Le printemps italien fera-t-il tache d’huile ? On ne comprend pas bien ce que signifie la raclée subie par référendum par Silvio Berlusconi. Est-ce comme nous avec celui sur la Constitution européenne ou cela signifie-t-il que l’eau ne sera vraiment pas privatisée ? Silvio Berlusconi est-il désormais aussi dépourvu d’immunité qu’un malheureux candidat de Koh-Lanta ? En tout cas, les indignés italiens ont, eux, choisi le référendum pour se réunir. Silvio Berlusconi s’est pris dans les gencives un score à la soviétique mais à l’envers, un score à l’anticommunisme primaire. Rien ne l’oblige à quitter le pouvoir pour autant. Il peut dire tout simplement : «Je voulais savoir si le peuple était d’accord avec ces projets, eh bien il ne l’est pas, maintenant je le sais.» On se réjouit à l’idée que la Ligue du Nord le fasse tomber mais la Ligue du Nord, c’est encore pire que Silvio Berlusconi. C’est comme si, sous prétexte qu’on n’aime pas notre voisin, on se frottait les mains que son chien méchant se soit échappé. Et puis, si Silvio Berlusconi s’en va, ça leur semblera tout vide, leur pays, aux Italiens, s’il part avec tous ses meubles et autres grands groupes.
Ça faisait vingt ans que les Italiens appuyaient sur les boutons et que les programmes ne changeaient pas, ils pourraient bien avoir trouvé la zapette, cette fois-ci. Mais on sait que, dans les référendums, tout dépend de la façon de formuler la question. Nous, on ne répondrait pas pareil sur le nucléaire selon qu’on nous demande «Souhaitez-vous une augmentation massive du prix de l’électricité ?»ou «Etes-vous favorable à un Fukushima en bas de chez vous ?» (seul le nombre de «ne se prononcent pas» resterait peut-être stable). Rien qu’en famille, la question «Dîner avec ou sans soupe ?» recevra une réponse différente selon que les mineurs aient ou non le droit de vote. On pourrait organiser des référendums sur l’éventuel massacre des banquiers comme sur la castration chimique ou l’état de santé mentale de Liliane Bettencourt. Et qu’on ratatine tous les affreux, d’accord ou pas d’accord ? L’avantage des référendums est que ce n’est pas difficile de répondre : c’est oui ou c’est non. On ne se soucie jamais du comment, question toujours prématurée.
Dans l’appel de Silvio Berlusconi à boycotter le vote, on peut voir un hommage à la démocratie. Le plus efficace contre la démocratie, c’est l’absence de démocratie. Il a dit aux électeurs : «Ne vous prononcez pas.» Mais, peut-être grâce à l’affaire Strauss-Kahn, la parole des Italiennes (et Italiens) se libère. Ce doit être frustrant pour les opposants d’en rester là, ils doivent être avides de nouveaux référendums. Dans tous les pays, pour étouffer la démocratie, on noiera le peuple sous les référendums. Chaque foyer aura un bouton oui et un bouton non et, le soir, il faudra répondre avant d’avoir le droit d’aller se coucher. Il y aura le référendum crèches, le référendum ramassage des ordures et aussi qualité de l’eau, cantines scolaires, signalisation routière. Sans compter l’Afghanistan et la Libye. Et la météo, il y a des jours où elle aussi mériterait un bon référendum.