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Léon Cladel et la Commune

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Nous sommes heureux de pouvoir commenter l’édition présentée et annotée par Fabrice Michaux où il a rassemblé des écrits de Cladel, D’un été à l’autre, à savoir de l’été 1870 à l’été 1871 (dans les faits il déborde un peu).

L’érudition de Fabrice Michaux permet de lire des extraits d’œuvre mis dans le contexte de l’époque. Si Cladel est du côté des communards, il ne faut pas oublier qu’ils furent rares les écrivains à se positionner ainsi. De relire Daudet ou Flaubert sur cette question, c’est une bonne manière d’approcher Cladel qui n’a pas le souci des événements précis mais seulement des êtres, hommes et femmes (surtout les femmes jusqu’à sa réécriture de Paul et Virginie). Faut-il y lire du « sentimentalisme » ? Les revendications des héros cladéliens, « le magique programme de la démocratie militante » (expression que je préfère à la supposée démocratie participative quand on sait que par définition la démocratie est participative) se réduisent à quelques généralités : abolition des oligarchies, souveraineté nationale, paix, . Toutes les bagarres entre les divers courants qui dirigent la Commune apparaissent secondaires par rapport au sacrifice populaire.

Et les femmes ne sont donc pas au dernier rang des sacrifiés aussi Fabrice Michaux a raison de rappeler cette phrase d’Alexandre Dumas fils en bonne ^lace au Musée des horreurs : « Nous ne dirons rien de leurs femmes par respect pour les femmes à qui elles ressemblent – quand elles sont mortes. » En 1793 il y avait eu les tricoteuses, en 1871 ce furent les pétroleuses…

Je ne connaissais par l’opinion de Flaubert : « Je trouve qu’on aurait dû condamner aux galères toute la Commune et forcer ces sanglants imbéciles à déblayer les ruines de Paris, la chaîne au cou, en simples forçats. Mais cela aurait blessé l’humanité. On est tendre pour les chiens enragés, et point pour ceux qu’ils ont mordus. »

Pour conclure donnons la parole à un survivant de la Commune, exilé en Suisse, au moment où le narrateur le quitte :

« Au moment même où ce preux de la démocratie prononçait ces paroles, une corne vachère résonna dans la montagne et presque aussitôt le pâtre suisse qui m'avait conduit à la demeure rustique du proscrit et qui se proposait de me ramener aux abords du chef-lieu du canton, apparut non loin de nous, derrière un nombreux troupeau ; Joseph Eljaênz et moi, nous nous donnâmes alors une fraternelle accolade, et tandis que je m'éloignais sous les claires étoiles, lui, debout entre deux cimes blanches comme les neiges éternelles de la Jungfrau, perdue dans les nues, agitait d'une main son chapeau de feutre, cependant que de l'autre il me montrait à l'extrême horizon, avec un geste fatidique, la France, immense et glorieuse arène prédestinée où, selon lui, vaincu, rejeton de tant de vaincs, le peuple, enfin vainqueur des oisifs et des débauchés qui l'oppriment depuis si longtemps afin de perpétuer dans on ne sait quel farniente leur domination et leur monopole, arborerait sur tous les clochers, sur toutes les tours, sur tous les remparts devenus inutiles, sur les ruines de toutes les bastilles liberticides, au faîte de tous les palais nationaux et municipaux, à jamais radieuse et triomphante, l'oriflamme internationale des travailleurs : ouvriers, artistes et paysans ! »

(Eljaênz, extrait)

Nouvelle parue dans le recueil Raca (1888), datée de février 1879.

 

En une phrase Cladel résume toute une longue histoire….

23-08-2011 Jean-Paul Damaggio

 

D’un été à l’autre, 1870-1871 Sous le regard de Léon Cladel, 180 pages, 15 euros, Editions Arelire, arelire@aol.com

 

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