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Le 7 octobre les Chiliens furent gâtés avec deux grands matchs de foot -dos partidazos-
Le Barça contre Madrid et Colocolo contre les Rangers. Le foot une religion ? Sauf qu’à faire cette remarque a une passionnée de lecture d’Isabel Allende j’ai lu la surprise sur son visage.
En fait si la religion c est la communion des Saints le foot est une religion.
En fait si la religion c est la passion populaire le foot est une religion.
En fait si la religion c’est pour oublier les drames du quotidien et leurs causes, le foot est une religion.
Mais il ne s agit là que des effets et non des causes de cet universel que sont les religions.
Maradona, un dieu ?
Oui, Maradona est adulé au même titre qu’un dieu pourtant entre le joueur de foot et dieu la différence n’est pas mince : l’un est un être vivant et l’autre un être mythique.
Maradona, en dehors des terrains de foot, est un homme qui a traversé les crises que traversent des milliers d’être ordinaires. Il s’est drogué, il a aimé, et qui sait où il est aujourd’hui. Et une fois mort, l’adoration dont il est l’objet s’estompera peu à peu comme pour Pelé et d’autres.
C’est donc par l’effet d’une métaphore dangereuse qu’on fait de Maradona (pour prendre cet exemple) un dieu.
L’éphémère qu’est un but génial
Avec toute la technologie moderne, on conserve l’image magique de celui qui trouve la faille et marque un but, on la repasse sous tous les angles, au ralenti s’il le faut. Mais le propre du geste tient à son effet éphémère qui le rend unique, un geste plus instinctif que réfléchi, un geste, comme l’homme qui le produit, profondément humain. Et quand il est arrivé à Maradona de tricher en marquant un but de la main sans se faire voir, c’est aussi l’effet de l’humain qui ne peut pas toujours subir la morale.
La religion est tout le contraire. Contre l’éphémère du présent, elle promet l’éternité du futur et si elle en appelle à la réflexion non scientifique mais théologique c’est qu’elle est aussi une construction de l’esprit plus qu’un effet du corps. D’ailleurs toutes les religions tentent d’emprisonner les corps.
Et il y a deux camps…
Il n’y a pas de foot sans le partage du terrain entre deux camps. C’est vrai les religions aussi s’affrontent mais parce qu’elles veulent occuper tout le terrain. Aucune équipe ne veut occuper tout le terrain, car elle a besoin de l’adversaire pour étaler sa force… ou sa faiblesse.
Le foot est une compétition pas une consolation.
Le peuple qui se passionne le fait car il a une équipe à laquelle il s’apparente.
Beaucoup de rencontres de foot ont pris et prennent des formes politiques jusqu’à provoquer des guerres. Et le politique, au plein sens du terme, est le contraire de la religion.
Le foot, une religion, c’est presque un blasphème !
Au Chili, la religion sous une forme éclatée, sous une forme ordinaire, sous une forme nouvelle est un fait majeur du quotidien. Combien de fois, sur les places publiques avons-nous écouté des prédicateurs en tout genre ! Cette intrusion de la véritable religion dans la vie de chacun, incite à refuser les amalgames trop sommaires. Finalement, dire comme il m’arrivait de le faire, que le foot est une religion, c’est un peu comme un blasphème inutile car il dévie la réflexion de l’essentiel.
Le foot fils du capitalisme
A bien y regarder, le foot véhicule toutes les valeurs du capitalisme, des valeurs qui obligent les religions historiques à se recycler ou à disparaître. Se recycler en devant des religions marchandises. Se recycler en devenant des religions concurrentes. Se recycler en devenant des religions éphémères même si elles s’appuient sur les textes sacrés.
Une telle situation rallume l’envie de retourner vers les fondamentalismes religieux qui doit nous écarter des péchés du stade. La dévotion envers le présent, la compétition, l’éphémère, la remise en cause constitue la base culturelle de la révolution capitaliste. Tant que cette révolution inventait un futur par le sport et tant d’autres choses, elle était facteur de progrès mais à atteindre ses limites elle se retrouve prête à s’allier avec des fondamentalismes religieux pour se donner l’épaisseur qu’elle ne peut plus avoir. Le capitalisme avançait par la référence au futur du capitalisme. Quand il se tourne vers son passé, il se tire une balle dans le pied.
Les raisons du peuple
Le peuple a raison d’aimer le foot et les autres sports puisqu’ainsi, il se retrouve. Il communie dans une ferveur aux dérives parfois sordides mais globalement il ne cherche pas dans les plaisirs du stade à oublier son quotidien puisque le stade ne lui renvoie rien d’autre que son quotidien. Il voudrait seulement que ce quotidien se fasse plus artistique.
C’est du moins ce que je devine dans les cris de désespoir que les fans de la « Roja » ont poussé dans des bistrots bondés en voyant perdre leur équipe éliminée de la future Coupe du Monde.
Jean-Paul Damaggio