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Le Marathon des mots de Toulouse est devenu pendant quelques jours le lieu d’un immense forum divers, surprenant, culturel, politique sous ce titre : « Chronique d’un printemps arabe ». La programmation a fait que cette aventure ne pouvait pas apparaître comme de la récupération : les années avant, sans les événements, les écrivains égyptiens, algériens et autres avaient été au rendez-vous et leurs propos semblaient loin des réalités quotidiennes de leurs pays. Qui pouvait imaginer la suite ? La première définition d’une révolution tient dans la surprise qu’elle crée. L’Egyptien Khaled Al-Khamissi l’a déclaré sur la scène du Sénéchal : de tous les festivals littéraires croisés dans le monde celui de Toulouse est le plus magnifique.
La foule a été au rendez-vous comme jamais avec pour une fois, un espace arabe qui n’était plus à la marge mais au cœur de l’actualité. Dans le nouveau monde multipolaire le petit pays nommé la Tunisie devenait un des grands ! Mais que nous réserve l’avenir ? C’était la question sur toutes les lèvres.
Parmi les Tunisiens de référence il fallait compter avec Abdelwahab Meddeb. Sur France Culture va-t-on remettre son émission à son heure ancienne (18h) ? Pour le moment ce monument de culture travaille à 22 h ! En tant que journaliste il a suivi concrètement d’un même pas les révolutions tunisiennes et égyptiennes !
Pour la Tunisie, thème de cette chronique donnons quelques informations : la loi électorale est en place quasi unanimement ! Bien sûr « les surenchéristes » sont montrés du doigt, eux qui veulent, sans attendre la mise en place des nouveaux cadres politiques qu’on résolve les problèmes économiques ! Ces nouveaux cadres sont pourtant l’expression d’une réelle révolution : parité sur toutes les listes, proportionnelle intégrale au plus fort reste, pas de nécessité de créer un parti pour constituer une liste, aucun leader n’est attendu etc. Il s’agit d’une loi électorale qui souhaite aboutir à une assemblée constituante capable de refléter toute la diversité du pays et plus sur la base individuelle que partidaire. Pour éviter l’ère du monarque, ne risque-t-on pas de tomber dans l’instabilité parlementaire ? Le risque est évident mais il est considéré indispensable pour garder toute la créativité populaire des moments de la révolution.
Cette loi me fait penser à celle mise en place juste après la révolution de 1848 en France qui a donné lieu à une multitude de candidatures et qui a gagné : souvent les noms de l’ancien régime, qui étaient des gens connus. Mais il n’y avait pas de proportionnelle (ceux qui arrivaient en tête étaient élus) et en Tunisie les membres de l’ancien régime ont été interdits de candidature.
La photo de Ben Ali au chevet de Bouazizi (reprise d'El Pais de ce jour), que j’ai retenu pour illustrer cet article, a signé la fin d’une forme de conseillers en communication et prouve que parfois l’histoire s’accélère (non pas l’histoire technique mais bien l’histoire politique, la seule réelle…). Au premier plan comme une momie, et au second plan, l’ex-président en veste sombre devant le personnel médical les yeux braqués sur lui.
Par rapport à la Lybie voisine la Tunisie est riche d’une classe moyenne qui est le fruit indirect de la passion de Bourguiba pour l’éducation. Elle peut travailler à un après Ben Ali démocratique ; avec la riche agitation actuelle, comment ce passage tant rêvé allant d’un épanouissement des individus à une prise de décision collective, peut-il inventer notre futur ? 28-06-2011 JPD