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Dans mon livre sur 101 femmes on trouve deux Chiliennes évoquées sommairement et qui sont en effet très souvent présentes dans la mémoire collective même si à Chillan, la ville de naissance de Violetta Parra il n’a toujours pas été possible de renommer de son nom un quartier débaptisé par la dictature qui lui a préféré un général, symbole plus fort de « l’unité » du Chili. Je donne les deux textes. Jean-Paul Damaggio
Gabriela Mistral
Chili, 1899-1957, Chili
Chère Gabriela, malgré ma passion ancienne pour le Chili, j’ai eu du mal à te croiser à cause de ce nom, Mistral. Je n’arrivais pas à t’imaginer en Amérique latine or qui mieux que toi as représenté les Amériques toute entière ? Comme le Mistral français, tu as eu le Prix Nobel de littérature et ça ne simplifiait pas mon approche d’autant que Pablo Neruda occupait tout l’espace. Qu’as-tu pensé du poète communiste qui, comme toi, a été ambassadrice ?
Chrétienne et socialiste, je t’ai désignée dans la liste introductive à ce livre comme institutrice alors qu’en fait tu as surtout été poète, ta posture de pédagogue étant la source même de ton art.
Fille d’institutrice tu as de ton côté gravi les échelons et tu es vite devenue prof à San Marco à Lima. Par l’enseignement tu es sortie de ton pays jusqu’à proposer une réforme pédagogique aux Mexicains ! Et c’est un Congrès d’Enseignement à Locarno en 1927 qui te pousse une première fois vers l’Europe.
Je ne dis pas que ta poésie est pédagogique car comme toute grande poésie elle croise plusieurs douleurs et plusieurs joies intimes, dont celle de la perte de l’amour de ta vie à l’âge de seize ans.
Violeta del Carmen Parra Sandoval
Chili, 1917-1967, Chili
Chère Violeta, tu es l’auteure de cette immense chanson, Gracias a la Vida, et pour ce succès, tu es un événement. Membre d’une grande famille d’artistes, grâce à ta passion pour la guitare et le chant, tu composes tes premières chansons à l'âge de douze ans. Tu passeras par l'Ecole Normale de Santiago du Chili pour assurer l’ordinaire mais très vite, tu joues dans de petites salles.
En 1938, tu épouses Luis Cereceda, tu as deux enfants, Isabel et Angel, qui s'orienteront plus tard eux aussi vers une carrière musicale et artistique en prenant ton nom de jeune fille.
À partir de 1952, conseillée par ton frère le poète Nicanor Parra, tu parcours le Chili en enregistrant et notant les chansons folkloriques et traditionnelles de ton pays. Par ce voyage tu prends conscience de la richesse musicale du Chili.
Après les chansons, tu réalises des tapisseries et des sculptures avec ce que tu trouves, au hasard de ton humeur créatrice.
En 1954, ton voyage en Pologne avec tes enfants, tourne une nouvelle page de ta vie : tu visites ensuite l'Union Soviétique et l'Europe ce qui t’incite à t’installer une première fois en France pour deux ans, où tu enregistres tes premiers disques de musique traditionnelle, et des compositions personnelles (dont deux chansons interprétées en français).
Après tes rencontres d’artistes et d’intellectuels européens, tu retournes au Chili, où tu exposes tes tapisseries. Mais le Monde te manque, aussi en 1961, tu démarres une tournée, toujours avec Isabel et Angel, en Finlande, en URSS, Allemagne, Italie et France, puis tu reprends tes habitudes à Paris pour trois ans. Tu te produis avec tes enfants dans des salles du Quartier Latin, et tu passes quelquefois à la radio. En 1964, tu deviens la première sud-américaine à exposer des tapisseries au Musée du Louvre.
L'anthropologue et le musicien suisse Gilbert Favré devient l'amour de ta vie, et tu lui dédies certaines de tes chansons d'amour les plus connues ("Corazón Maldito", "El Gavilán, Gavilán", "Qué He Sacado con Quererte"…).
En 1965, un voyage en Suisse, puis retour au Chili où tu t’installes sous un grand chapiteau dans les faubourgs de Santiago, pour en faire un Centre des Arts, soutenu par tes enfants et d'autres artistes comme Patricio Manns, Rolando Alarcón et Víctor Jara, mais sans parvenir à motiver ou intéresser le grand public. Tu enregistres de nouveaux disques. Dans la Bolivie voisine, tu donnes quelques concerts et, en 1966, tu fais de même au Sud du Chili.
Ta relation avec Gilbert Favré, qui part en Bolivie en 1966 (où il sera co-fondateur du groupe musical "Los Jairas"), se termine. Ce drame personnel t'a inspiré une de tes chansons les plus connues, "Run Run Se Fue Pa'l Norte".
Mais rien, jamais rien ne vaudra Gracias a la Vida que me ha dado tanto… pour dire un grand merci à la vie, et merci au chant qui t’a donné le plaisir de vivre.
Mais en 1967, c’est la fin, le suicide. Triste anniversaire à 50 ans !