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A l’initiative du PG, Alexis Corbières dirigeant de ce parti est venu le 10 décembre à Toulouse parler de la situation en Amérique latine (il y a eu aussi une présentation très utile et bien faite du cas palestinien, par un Palestinien). Il a tenu d’abord à bien montrer comment la décision de créer ce parti a aussi été influencée par l’observation des gouvernements sociaux-démocrates ailleurs qu’en France, ce qui montre que l’Internationalisme ce n’est pas seulement la solidarité de Français en faveur des exploités d’ailleurs, mais c’est tout autant les luttes d’ailleurs qui nous obligent à repenser les luttes en France.
La question remise ainsi dans le contexte actuel de l’Internationalisme, il en ressort que le PG a surtout des relations avec divers pays d’Amérique latine et Alexis Corbières peut témoigner, après des voyages sur place, de l’ébullition qui traverse la nouvelle gauche latino. Une intervention à la fois enthousiaste et équilibrée, un apport très utile à la réflexion politique générale. En effet, il ne s’agissait pas d’un débat initié par une association mais bien par un parti politique et les deux enjeux, s’ils peuvent se recouper ne sont pas les mêmes. Comment par exemple Ségolène Royal a-t-elle tenté de tirer vers elle la victoire de Michelle Bachelet à Santiago en 2006 ? Or cette victoire par la personnalité de l’élue (une femme divorcée, agnostique et socialiste), qui avait semblé rompre avec le passé, n’a, comme bilan de fin de mandat, que confirmé le passé ! Le Parti socialiste aspire à la création d’un parti unique avec son allié de vingt ans, la démocratie chrétienne.
Alexis Corbière a apporté des informations sur l’Uruguay (voir son blog), le Venezuela, le Brésil mais fidèle aux principes des rencontres du PG 31, il a largement laissé la parole à la salle, ce souci du débat honore les organisateurs. C’est d’ailleurs en réponse à une question qu’il apporta plus de précisions sur les élections chiliennes du dimanche suivant. Manifestement l’histoire du Chili est celle qui lui tient le plus à cœur et il en connaît les détails à travers films, livres et voyages. Il fait le portrait du milliardaire Sebastien Pinera qui avec la droite semble capable d’accéder au pouvoir. Il est frappant de constater l’engagement des hommes les plus riches des Amériques dans l’arène politique et à chaque fois, c’est le modèle Berlusconi qui est cité. Le candidat démocrate chrétien qui représente la Concertacion, est lui à l’image de la continuité en lui donnant même un visage plus à droite. D’où la crise du PS dont deux de ses anciens membres sont les deux autres candidats « qualifiés pour le scrutin ». Le PG soutient Jorge Arrate et la salle est d’ailleurs décorée avec des affiches de ce candidat. Le hasard fait que d’un côté une affiche représente Pepe Mujica vainqueur avec 51% en Uruguay et de l’autre Jorge Arrate dont Alexis Corbière espère qu’il puisse atteindre 10%. Je dis le hasard car les deux hommes ayant plus de 70 ans, ils représentent les luttes opposées de la gauche des années 70 : celles de la lutte armée des Tupamaros avec Pepe, et celle des luttes électorales avec Jorge. Un hasard paradoxal puisque Pepe, après l’abandon de la lutte armée, accède par les élections au pouvoir de son pays, alors que Jorge fidèle aux luttes électorales va rester loin de la victoire.
Alexis Corbières présente enfin le dernier candidat, un jeune, le fils du légendaire Miguel Henriquez, Mario Enriquez Ollimani (MEO). A l’écouter il semble plus à droite que le démocrate chrétien Frei alors qu’il a le soutien par exemple de l’écrivain Sepulveda. Pourquoi ce portrait ? Par exemple MEO a repris l’idée de Pinochet jamais réalisée visant à octroyer un accès à la mer aux Boliviens. Un clin d’œil lancé aux Pinochetistes ? Je ne suis pas sur place pour apprécier mais il me semble que les Pinochetistes ont un candidat clairement affiché et que moins qu’un clin d’œil c’est une prise de position courageuse car cette idée de justice n’est pas en fait très populaire. Plus grave, MEO veut aggraver la privatisation de la compagnie du cuivre ! Là, en effet, il s’agit d’une position peu à gauche mais Alexis Corbières pouvait en profiter pour la mettre en contradiction avec l’engagement écolo de MEO. Il ne dira rien de cet engagement. MEO est une épine dans le pied de la gauche : il est médiatique, jeune, et porté par les combats sociaux nouveaux ce qui fait d’autant plus de Jorge Arrate le témoin d’un passé qu’il ne faut pas oublier (il a inscrit en fond de son affiche le nom d’Allende) mais qui est peu adapté aux défis d’aujourd’hui. Les deux candidats sont cependant face à un même problème : la fragilité de la coalition qu’ils conduisent et le résultat aux législatives et sénatoriales sera aussi important que le résultat de la présidentielle pour assurer la suite. Un accord entre Frei et Arrate (ce dernier a annoncé début décembre qu’au second tour il appelait à voter Frei) peut permettre le retour d’un élu communiste au parlement. MEO qui, a un moment, pensait pouvoir être présent au second tour est resté plus isolé.
Une autre question a porté sur le rôle des militaires d’aujourd’hui aux Amériques. Parler des militaires, c’est parler des USA et je suis d’accord pour dire avec Alexis Corbière que nous ne sommes plus en 1960 et 1970. Le cas du Honduras a été évoqué où la répression a été vive mais les militaires ont aussitôt confié le pouvoir aux civils qui ont aussitôt organisé des élections pour se donner une fausse légitimité. La tendance dominante pousse les militaires à rester dans les casernes, la classe dominante les ayant remplacés par le matraquage médiatique.
Un participant a tenu à défendre un courant devenu classique dans la gauche : sous prétexte de lutte contre l’impérialisme US, il faut se féliciter du monde multipolaire qui naît grâce à la Chine, l’Iran etc., et c’est ainsi que Chavez lui-même engage sous la bannière de la révolution Poutine, Ahmadinedja, la Chine ou Daniel Ortega du Nicaragua. Ceux qui condamnèrent « le communisme d’état » le couvrent de fleurs quand il prend les couleurs d’une Chine qui serait en train de faire le bonheur de l’Afrique ! Alexis Corbière s’est démarqué d’une telle philosophie mais il semble qu’au PG le débat ne soit pas terminé sur ce point. Un des points pratique à trancher, c’est l’appel de Chavez en faveur d’une Cinquième Internationale, appel que le PG ne semble pas rejoindre lui préférant, sur le plan international, la création de Forum des forces de gauche.
Pour ma part, j’ai tenu à rappeler qu’à parler des Amériques, le soutien aux gauches en mouvement ne pouvait se faire qu’en l’accompagnant d’une mise en garde à propos des droits des femmes, le cas du « droit à décider de leurs corps » étant symbolique, droits qui non seulement n’avancent pas mais reculent dans un contexte où la sexualité des jeunes filles devient de plus en plus précoce avec les drames qui s’en suivent. Alexis Corbière a alors rappelé le cas de l’Uruguay où le président sortant apposa son véto à une loi progressiste accepté par les assemblées donc, un des critères, pour juger de la politique du nouveau président, sera de vérifier si la loi est relancée et si cette fois, le député qui hier défendait la loi, continue de la défendre en tant que président.
13-12-2009 Jean-Paul Damaggio
Note 28-12-2009 : Comme indiqué dans l'article de ce blog "Sepulveda et les élections chiliennes" je dois préciser qu'en fait l'écrivain a soutenu Jorge Arrate et non MEO comme me le fit croire ce lien d'un homonyme :
http://www.luis-sepulveda.com/2009/09/13/proclamacion-de-marco-enriquez-ominami/