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Par l’intermédiaire du baroque, Guy Catusse a voulu croiser ses interrogations nées au GRIHL (Groupe de recherche Interdisciplinaire d’Histoire littéraire) avec la pièce de théâtre de Benedetto jouée à Montauban en 1974 : le siège de Montauban. J’étais curieux de savoir comment ce prof de français que j’avais connu de 1971 à 1982 avait vu en arriver à cette recherche à la fin de sa vie, lui qui, habitant de Montauban à l’époque… n’a pas vu la pièce ! Il avait alors d'autres impératifs culturels.
Le 28 mai j’ai été invité au séminaire du GRHIL où Jean-Pierre Cavaillé s’efforça de donner corps à ce projet inachevé de Guy Catusse pour cause de décès prématuré. J’ai découvert que tout reposait sur un document : le texte de la pièce édité par PJO en 1976, document analysé avec minutie et que Jean-Pierre Cavaillé a pu présenter en détail.
Le théâtre, art vivant
Du spectacle théâtral il ne reste que le souvenir mais grâce à l’éditeur PJ Oswald, il est aussi resté ce texte. Publié dans Théâtre 1 qui regroupe deux autres pièces de Benedetto, avec annonce en fin de volume de la suite des publications avec Théâtre 2 qui devait contenir : Les miroirs vénitiens, Emballage et Rosa Lux/la peste ; puis Théâtre 3 avec A Bec et à Griffes, Le delta c’est moi, Le marcheur etc… Jusqu’à Théâtre 6 !
En 1976 Benedetto a donc déjà derrière lui plus de dix ans de travail ! S’il a commencé les publications par les drapiers jacobins, pièce jouée aussi à Montauban, puis par Le siège de Montauban et Mandrin, c’est le signe d’une importance toute particulière donnée à ce moment d’histoire, importance renforcée par les outils autour de la pièce (introduction, nombreuses photos et surtout très nombreuses notes).
L’art vivant et le baroque
Guy Catusse a été attiré par cette note de Benedetto :
« (20) Nous le mettions [Castan, le directeur du Festival] sous forme d'une grande photo en médaillon comme une cible. Il s'est toujours demandé ce que ça signifiait exactement. On peut être un spécialiste du baroque, et ne pas comprendre une conduite baroque quand on y est en plein dedans. Ce comportement typiquement carnavalesque reste pour une bonne part hermétique à l'intelligence contemporaine. Grandeur et dérision ! « La perfection classique... C'est la mise en évidence d'une hiérarchie. » (André Gide)
Bienséance. Honnête homme. Harmonie. Discipline. Ordre. Régularité. Belle ordonnance. Equilibre. Rigueur. Fixité de l'odeur, non ! de l'idée. Logique. Rimes alternées. Hémistiche. Jardin à la française. Vertus de la contrainte. Sens de la grandeur. Et réduisit la muse aux règles du Devoir.
Le baroque est presque le contraire de tout cela. Décentrement de l'expression, pluralité des points de vue, perspectives diverses, anti-unitarisme et profusion, révolution copernicienne, voix multiples et égales, dérision du principal et de l'unique autoritaire, démocratie et changement des signes, territoire de la contradiction, force issue des profondeurs de la civilisation en marche et ferment explosif. « Son art et sa pensée (du pays occitan) sont déterminés par un conditionnement rebelle à l'unité interne, et par le jeu des contraires qui en dérive. » (Félix Castan)
Baroque : Terme péjoratif emprunté au portugais barroco qui désigne une perle impure. L'origine du terme se passe de commentaire. Il y a ce qui est dur et pur et il y a tout le reste. Lequel devient de plus en plus remuant. Et qui choque par sa bizarrerie ! Ex. : un bas roque...
D'après le petit Robert, baroque est le contraire de normal, régulier, classique ! »
Pourquoi cette note ? A cause de cette phrase du texte : Faites parler Castan / Mettez-le en plein centre / Pour critiquer le centre ».
Nous sommes à la fin de l’acte 1, une scène que Benedetto a écrite après une grande écoute de malades à l’hôpital psychiatrique. Les acteurs sont des aveugles et le dernier message à diffuser est celui-ci : « Il n’y a pas de projecteurs au-dessus des classes. »
Relire un texte joué ?
La recherche de Guy et le débat à quelques-uns posent la question du théâtre : art éphémère, en quoi sa version écrite peut jouer un rôle ? Jusqu’à inclure le théâtre dans la littérature ?
Voici le titre de l’étude de Guy :
« Captez des yeux et captez des oreilles ». Le Siège de Montauban (A. Benedetto, 1974, 1976)
30 mai 2013 Jean-Paul Damaggio