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Par éditions la brochure
Tranquille, voire paisible, ce paysan aisé – disait-on en ce début des années 1960 – avait des idées et même des convictions gaullistes. Ne devant rien à personne, il accepta de devenir un candidat très actif aux élections municipales.
Le maire du village, bedonnant jusqu’à devenir inamovible, avait des idées et même des convictions socialistes. Forgeron de son état, ne devant rien à personne, il se rêva même, un temps, siégeant à l’Assemblée nationale mais quand on est d’un modeste village, la concurrence est dure avec quelques citadins plus assis et plus près des dieux de la politique.
Bref, la bataille s’engagea comme pour toute élection municipale, sous la forme d’une guerre en temps de paix, le paysan ayant comme bras droit sa bonne volonté, et le maire, le directeur de l’école.
Les coups bas succédèrent aux coups tordus comme s’il s’agissait de vie ou de mort et l’inamovible confirma de belle manière sa domination sur une commune qui n’était pas, au premier abord, favorable à ses idées.
Après la guerre, les glorieux vainqueurs se doivent toujours d’enfoncer, d’écraser les tristes vaincus afin qu’ils ne recommencent pas, or, cette attitude fait naître un esprit revanchard qui explique pourquoi la guerre appelle la guerre.
Le lendemain de l’élection, le maire rassembla sa garde rapprochée pour chercher un moyen d’enfoncer celui qui ne devait rien à personne. La tâche paraissait impossible tellement le paysan était irréprochable. Envoyer quelqu’un pour séduire sa jeune femme afin de faire exploser le couple ? Il ne fallait même pas y penser. Détourner des clients de son commerce ? Il n’avait pas de commerce. Susciter un redressement fiscal ? Peine perdue.
Comme souvent, la lumière est venue du directeur d’école. Le gamin de ce candidat audacieux, enfant de la campagne, mangeait à la cantine de l’école et, lui en interdire l’entrée, serait du meilleur effet.
Bien sûr il ne fallait pas que ça apparaisse comme une brimade donc il restait au maire à trouver l’astuce finale.
Le hasard avait fait que la propriété de ce paysan jouxtait les limites du village or justement les gamins du village n’avaient pas accès à la cantine, donc il suffisait de prendre un arrêté pour agrandir les limites de la partie agglomérée de la commune.
Ainsi fut fait : au moment même où le panneau d’entrée dans le village était déplacé juste devant le chemin d’accès à la maison du paysan, celui-ci recevait une lettre l’informant que dorénavant son fils était indésirable à la cantine de l’école.
La vie étant plus forte que les mesquineries, quelques années après, l’inamovible fut conduit au cimetière, et quelques années après encore, le gamin exclu de la cantine fut candidat aux élections municipales… et fut élu. Jean-Paul Damaggio
P.S. J'ai la sensation d'avoir déjà écrit cet article mais voilà je viens d'apprendre qu'en 2014 quelqu'un par prudence a décidé de ne pas être candidat par crainte que ses terrains ne soient exclus du secteur "terrains à bâtir"...
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