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Borredon : Negrin, Le Vernet etc.

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Comme chaque année, Mars est un grand moment de rencontre de la mémoire républicaine espagnole, à la gare de Borredon. Ce lieu fédérateur d’initiatives multiples pour étudier ce passé, a cette année bénéficié de la présence de la petite-fille de Juan Negrín (sur la photo).

"Juan Negrín (Las Palmas de Gran Canaria, 3 février 1892 - Paris, 12 novembre 1956) est un physiologue et homme politique espagnol. De 1937 à 1945, il fut chef du gouvernement de la Seconde République espagnole, puis du gouvernement en exil. Son parcours fut atypique. Il entra tardivement en politique et ce après une carrière de chercheur et de professeur de physiologie. Il s'affilia au PSOE en 1929 et abandonna la recherche. Il parlait plusieurs langues étrangères, ce qui est assez inhabituel pour un homme politique espagnol." (pour reprendre le début de la présentation de Wikipédia)

Aux Canaries, un grand centre vient d'ouvrir avec des milliers de documents conservés par cet homme politique, inauguration à laquelle ont participé les animateurs de MER 82 et donc en retour sa petite fille, au coeur de cet effort, était à Borredon. Inutile de dire l'émotion qui s'est ainsi ajoutée à tant d'autres prouvant que le souvenir de la Guerre d'Espagne n'est pas mort.

 Parmi les émotions, je note la présence de l’association qui s’occupe du camp du Vernet qui veut également sauver la gare qui a accueilli et vu partir tant de victimes du fascisme. Quand j’entends le mot Vernet je repense immanquablement à ce que le communiste Alain Guerin écrivait en dans le livre les Gens de la CIA.

En effet, peut-être qu’au Vernet s’est joué la première étape d’une histoire dramatique des lendemains de la guerre !

Parmi les républicains espagnols internés dans ce camp il y avait Laszlo Rajk qui comme son nom l’indique n’était pas Espagnol mais un Brigadiste international qui n’avait pas quitté l’Espagne au moment du grand départ de ce corps de volontaires. Donc, avec la Retirada, il a subi le sort commun de ses camarades.

Comme beaucoup de Brigadistes, de retour dans son pays, la Hongrie, il va accéder aux plus hautes responsabilités politiques : ministre de l’Intérieur puis ministres des Affaires étrangères et secrétaire général adjoint du Parti communiste. Puis il est dénoncé comme agent de l’étranger et son procès s’ouvre le 16 septembre 1949. C’est le début de procès qui concerneront, dans les pays de l’Est, beaucoup de brigadistes, procès basés sur des aveux forcés ce qui fait qu’après 1956 toutes les victimes seront réhabilités.

 Voici l’aveu de Rajk : « Au camp d’internement[1] du Vernet, un citoyen américain nommé Field, qui, à ma connaissance, était le chef du service de renseignement américain pour l’Europe centrale et orientale, vint me voir après la fin de la guerre civile. Il se référa aux instructions venues de Washington, selon lesquelles il se devait se mettre en liaison avec moi et m’aider à sortir du camp pour rentrer en Hongrie. Il ajouta qu’on voulait me faire parvenir en Hongrie pour que je puisse, en tant que provocateur non démasqué et en travaillant à l’intérieur du Parti, selon les instructions reçues des Américains, chercher à désagréger le parti, m’emparant, si possible, de la direction du Parti. »

 Le dénommé Field sera aussi au cœur de l’Affaire Arthur London. Arrêté ensuite, puis libéré par la déstalinisation, il finira sa vie en URSS sans jamais éclairer de son point de vue la question. Il semble, d’après Alain Guerin, que les services soviétiques furent manipulés et intoxiqués par des faux documents de la CIA, pour ainsi provoquer des divisions, divisions envoyant à la mort des éléments particulièrement efficaces de l’histoire communiste !

 Il est sûr que cette élimination quasi systématique des anciens d’Espagne revenus dans les Pays de l’Est demeure une énigme pas encore totalement élucidée. Elle a eu ses conséquences en France avec l’Affaire André Marty qui a fonctionné presque de la même manière : dénigrer un militant dénoncé comme agent de l’adversaire. Jean-Paul Damaggio

 



[1]Il faudrait vérifier si dans le propos en langue hongroise il s’agissait du terme camp d’internement ou camp de concentration.

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