Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres

Publicité

Benedetto en l'an 2000

 Benedetto2000.jpg

Avec l’approche de Juillet nous nous préparons pour un retour au Festival d’Avignon donc sur ce blog nous allons passer à une série de chroniques estivales en commençant par des références à André Benedetto à qui j’ai consacré un livre. Ici la reprise d’un article de l’Humanité du 12 avril 2000. JPD

 

Le 18 avril à18 heures, au Café du Croissant, à Paris (146 rue Montmartre), là même où fut assassiné Jean Jaurès à la veille de la boucherie de 1914, André Benedetto accueillera les Amis de l'Humanité, organisateurs de la soirée et fera se croiser, se répondre, deux figures admirables de l'esprit de liberté, Jean Jaurès donc et le philosophe et métaphysicien Giordano Bruno (1548-1600), brûlé vif par les soins de l'Inquisition, sur le Campo dei Fiori à Rome.

La figure de Jaurès est familière à l'animateur du Théâtre des Carmes d'Avignon. En 1984 à Carmaux, haut lieu de luttes ouvrières historiques où Jaurès était venu exhorter les mineurs en grève, André Benedetto avait présenté Jaurès la voix, qu'il citera ce 18 avril. Il s'agit de magnifier en Jaurès une espèce de secret perdu, celui du tribun dont la voix porte au loin sans souci démagogique et dont l'âme fraternelle fait vibrer les auditeurs en les menant vers le haut, en somme. Travaillant également sur la vie et l'œuvre  de Giordano Bruno, en cette période anniversaire de son supplice, Benedetto, qui lui a consacré un spectacle auquel on pourra assister au prochain Festival d'Avignon, évoquera le penseur en tous sens, le poète et savant curieux de l'univers entier, le cerveau jamais en repos qui fut la victime des dogmatismes de son temps et dont l'inextinguible soif de connaissance le mit en porte-à-faux avec toutes les vérités admises d'alors.

Homme d'imagination audacieuse, à la verve inventive, humaniste fébrile, écrivain à la langue vive, Giordano Bruno, ces jours-ci à Rome, en plein cœur du jubilé de l'Église, est encore objet de polémiques. Le Vatican, à son endroit, n'est pas prêt à venir franchement à résipiscence. Sa pensée brûle encore.

Voilà au moins quarante ans qu'André Benedetto, dans son repaire -petit de proportions, grand par les ombres qu'il ressuscite et les idées qu'il agite - maintient vive toute l'année la flamme du théâtre, lequel l'été tient le haut du pavé sous l'aspect d'un gigantesque feu de paille festivalier. C'est un choix d'existence, d'exigence. Vivre et travailler au pays, c'est pris chez lui au pied de la lettre. D'où son attachement à l'histoire de la région ainsi qu'aux problèmes de tous ordres qu'elle rencontre. Mais il n'y a chez lui nul sociologisme ni étroit provincialisme. Tout est passé au crible de la poésie, du verbe haut, au fil d'une pensée à la fois ironique et fraternelle. Son Théâtre des Carmes est donc, certes, un repaire, où l'on cultive les repères, ce qui porte la marque d'une conception civique au-dessus de tout soupçon et permet de placer la raison au plus haut prix.

André Benedetto ne cesse aussi de jeter des ponts entre des figures de courage et de résistance qui font partie de l'Histoire et qui, à ce titre, doivent être régulièrement revisitées, auscultées, interrogées. On lui doit, entre autres, une forte évocation de Robespierre, Terminus Thermidor. À propos, avez-vous remarqué que ceux que le destin ou les forces noires de toute réaction, condamne à supprimer les hautes figures de la libération humaine portent comme par prédestination des noms d'infamie ? C'est un gendarme nommé Merda qui fracassa d'une balle la mâchoire de l'Incorruptible déjà passablement affaibli. Quant à Jaurès, c'est un certain Villain qui le tua comme un chien. Et ce Villain, nationaliste fanatique, fut acquitté !

Apprêtons-nous, ce 18 avril, jour anniversaire de la création en 1904 du journal l'Humanité par Jean Jaurès, à vibrer à l'unisson de deux pensées radicales grâce à un artiste pour qui l'utopie ne sera jamais un vain mot.

JEAN-PIERRE LÉONARDINI

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article