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Ben Hameda à La Renaissance

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Rendez-vous annuel à la Librairie de la Renaissance où cette année nous retenons parmi les nombreux invités, le Libyen Kamal Ben Hameda. Normalement il devait débattre avec l’Egyptien Gamal Ghitany mais, par chance à mes yeux, il s’est retrouvé seul, l’autre écrivain ayant eu à souffrir d’un retard d’avion. Bien sûr une discussion entre les deux aurait apporté quelques lumières mais le cas lybien, à lui seul, a largement rempli l’horaire.

 

L’homme politique

Il faut reconnaître que l’expérience de Kamal Ben Hameda est peu ordinaire. Il crie et il écrit depuis des décennies mais il a fallu une catastrophe pour qu’enfin on daigne l’écouter un peu. Son engagement démocratique est clair, si clair que dès le début de l’ère Kadafi il a dû fuir son pays pour la France. Le titre de la rencontre l’a surpris : « L’islamise, danger ou épouvantail ? ». L’islamisme, dont Ben Hameda sait très bien qu’il se prépare à prendre le pouvoir en Lybie - comme il marque plus que jamais l’ensemble de l’espace arabe – serait un épouvantail ? Il insiste, il dit « espace arabe », car parler par exemple de révoltes arabes c’est encore mettre les arabes au centre d’un univers bien plus complexe.

A Tripoli Ben Hameda a tout connu, les Berbères, les Turcs, les Touaregs, les Juifs, les noirs descendants d’esclaves, et même les arabes. Son pays fils de Mussolini est-il un pays ?

Quant à la religion musulmane il sait très bien comment elle est devenue le pivot obligé de la constitution passée, présente et avenir. Kadafi se plaçait même au-dessus de l’Islam mais lui comme les autres dictateurs ont utilisé l’Islam pour imposer leur folie.

Il paraît qu’ils étaient au pouvoir au nom du rempart qu’ils opposaient à l’islamisme radical ! Eux tous, de Ben Ali à Kadafi, se sont solidement installés au pouvoir avant l’arrivée de l’Islamisme radical, à l’aide de l’Internationale socialiste pour l’un, à l’aide du petit livre vert pour l’autre.

Et voilà ce que Ben Hameda découvre en arrivant en France - lui le témoin, le démocrate - pas le plus petit espace pour crier sa colère. De ce fait il en déduit que les révolutions de l’espace arabe devraient être l’occasion d’interroger l’état de la démocratie en France. Quelqu’un lui répondra que notre démocratie, vivant sous le règne de l’argent, n’est pas une démocratie. Il n’y a pire sourd que celui qui ne veut entendre ! Bien sûr que cette démocratie du fric, il la condamne, mais Ben Hameda ne parlait pas de celle là, il parlait de celle conçue dans les officines de gauche, de toute la gauche. J’aurais aimé indiquer que le sort de Ben Hameda fut aussi celui de Chahla Chafiq arrivant d’Iran et découvrant en France un PCF en admiration devant la révolution des ayatollah , ou celui de démocrates algériens qui n’avaient pas noté que l’islamisme était un épouvantail…

Et au sujet de notre démocratie une personne présente a tenu à rappeler qu’à Bamako une bibliothèque était pleine du livre vert, des commentaires du livre vert, de colloques sur le livre vert et toute cette « littérature » était l’œuvre d’intellectuels français de référence...

 

S’il s’agit de rappeler que partout dans le monde les forces capitalistes se sont servies et se servent de l’islamisme (comme elles savent user de tant d’autres manipulations), c’est une vérité, mais qui écarte encore une fois le peuple pour réduire la réalité aux effets de la domination. Et les peuples ? Et les peuples qui ont fait tomber l’URSS ? Nasser, Boumédienne, Kadafi c’est l’ère de l’influence de l’URSS dans la zone, c’est la victoire de l’idéologie du parti unique. Les révolutions d’aujourd’hui c’est encore l’effet de la chute du communisme en Pologne puis en RDA. Il se trouve que l’islamisme est un désir populaire profond, la religion étant comme l’expliqua Marx à la fois opium du peuple et protestation du peuple contre la misère réelle. Il ne suffira pas d’arracher l’épouvantail pour contraindre les Frères musulmans et tant d’autres confréries à tenter d’imposer leurs volontés. Pour l’Egypte, un autre écrivain expliqua (voir prochain article) que les Frères musulmans pour mieux passer pour modérés savaient aussi mettre en avant des extrémistes ! Un autre type d’épouvantail !

 

Ben Hameda n’a pas été contre Kadafi seulement (1) quand celui-ci est venu à Paris à l’invitation de Sarkozy, mais quand il était aussi l’idole de l’anti-impérialisme, idole qu’il est encore à écouter Chavez. L’ignominie de Kadafi comme celle du PCUS c’est qu’à l’heure de leur effondrement, ils n’ont laissé aucune autre porte de sortie pour les peuples obligés de se jeter dans les bras du capitalisme… ou de l’islamisme. Pire, dans des pays où la référence aux tribus s’était estompée, voilà que toutes les divisions ont été réactivées… pour mieux régner.

 

 

Au sujet des événements Ben Hameda a rappelé que le déclenchement a été antérieur aux événements tunisiens avec un appel de l’opposition à manifester le 17 novembre puis le 7 avril. Des manifestations faisant suite aux actions régulières et très anciennes des femmes de Bengazi demandant le retour des corps des disparus. Et pourquoi le 7 avril ? Car ce jour-là suivant une tradition bien établie, il y avait des cérémonies nationales avec à la télévision le reportage sur les pendaisons d’étudiants réalisées en direct !

 

A quelqu’un qui souhaitait qu’on en revienne aux questions économiques, Ben Hameda a eu cette réponse : « Bien sûr que la Lybie est extrêmement riche, c’est une caverne d’Ali Baba et on sait où sont les quarante voleurs. Kadafi dans son cynisme habituel aimait répéter que le peuple pourrait être très riche mais que voilà, au nom de la révolution il fallait souffrir encore avant d’atteindre le paradis. » Et la question retombe… dans la religion ! Tout comme Dieu a décidé de doter les pays arabes du pétrole, il les a dotés de la patience pour attendre les succès complets des révolutions des années 60.

 

L’écrivain

Nous avons retrouvé le même auteur, le lendemain,  à la Cave poésie où Boris Terral a lu de larges extraits de La Compagnie des Tripolitaines. C’est justement un extrait de ce livre qui avait aussi été lu à la Librairie la Renaissance. Une autobiographie à partir de l’enfance de l’auteur, avant que la circoncision ne le renvoie dans le monde des hommes.

Un autre article va donner une vision littéraire du personnage. En attendant il est frappant de constater que de nombreux écrivains des pays arabes affichent tous un engagement politique.

26-06-2011 JP Damaggio

(1) mot que j'ai ajouté suite à un commentaire qui a fait aparaître son absence. Désolé

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S
<br /> Kamal Ben hameda était contre la visite du dictateur libyen en France. Il voulait manifester contre cette visite avec d'autres opposants libyan mais Sarkozy a envoyé des cars de CRS et l'écrivain<br /> libyen a été emprisonné durant la journée de 10 décembre 1970. Donc votre information est une contre vérité absurde.<br /> <br /> <br />
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É
<br /> Observation tout à fait juste qui tient à un mot qui a sauté dans mon article et que j'ai rajouté. "Ben Hameda n’a pas été contre Kadafi seulement quand celui-ci est venu à Paris à l’invitation de<br /> Sarkozy,..." Pour le reste tout les lecteurs ont bien compris que contrairement à des grands écrivains lybiens en cours dans la tente du dictateur, il était un opposant. merci pour le commentaire.<br /> jpd<br /> <br /> <br />