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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 19:17

couvg-rajaud.jpg

95 pages, 10 euros, disponible à partir du 1O mars.


Table des matières

Le Discours de Joseph Gonzalez, p. 5
Introduction, p. 9
1) Qui est Maurice Rajaud ? , p. 11
2 ) Un accident spectaculaire, p. 17
3 ) Maurice devient soldat, p. 19
4 ) Son engagement dans le Secours Rouge, p. 21
5 ) Les élections municipales de 1935, p. 27
6 ) Le départ pour Barcelone en Espagne, p. 31
7 ) La situation de l’Espagne à ce moment-là, p. 35
8 ) L’importance du Front d’Aragon, p. 37
9 ) La forte et diverse présence anarchiste, p. 39
10 ) Maurice Rajaud quitte Barcelone, p. 45
11 ) La situation à Vicién où arrive Maurice, p. 53
12 ) Le fascisme tue le jeune volontaire, p. 59
13 ) Les efforts pour retrouver sa mémoire, p. 77
14 ) Le voyage jusqu’à Vicién, p. 79
15 ) Comment en arriver là ? , p. 85
16 ) Le fascisme est-il mort à jamais ? , p. 89

Annexe
Le témoignage de Martin Armingol, p. 92

Sources, p. 94


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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 19:11

Caylus-Espagne.jpg
Sur la photo, debout Yves Vidaillac, à gauche Joseph Gonzalez, à droite Etienne Poussou qui a mis en image l'inauguration de la rue et le voyage à Vicien.


Grâce à Joseph Gonzalez une trentaine de personnes ont pu écouter à Caylus la présentation des liens qui unissent la France et l’Espagne de 1936 à aujourd’hui à partir du moment où on a une juste conception de la Guerre d’Espagne. Cette guerre est à l’origine une guerre d’invasion, et c’est pour ça que la non-intervention des démocraties est un crime.
Les réfugiés de cette guerre furent accueillis dans des camps de concentration que certains ont voulu ensuite rebaptiser camp d’internement. Malheureusement, tout comme la guerre d’Espagne a été la première phase de la Seconde Guerre mondiale, les camps d’Argelès etc. furent la première phase de camps de concentration qui prendront, certes, une tournure plus dramatique dans la zone allemande, ce qui n’enlève rien cependant à leur origine.
Par la suite, les Républicains espagnols, après avoir vécu une telle histoire, furent un des éléments en pointe dans la Résistance en France : les connaissances acquises dans le maniement de la poudre devenaient précieuses. Voilà pourquoi ils furent parmi les premiers déportés dans les camps nazis.
Mais l’histoire ne s’arrête pas en 1945. Certains Républicains s’armèrent pour, après la chute d’Hitler et de Mussolini, faire tomber Franco, un fasciste au même titre que les autres. Mais une fois de plus c’est, pour Joseph Gonzalez, la deuxième non-intervention : les Guérilleros furent abandonnés par les démocraties qui acceptèrent de conserver Franco.
Reparcourir cette histoire n’est pas seulement un acte de reconnaissance de la mémoire de l’Espagne républicaine que Joseph défend avec l’association M.E.R. 82 et le lieu central de cette mémoire den Tarn-et-Garonne : la Gare de Borredon où arrivèrent plus de 16 000 Réfugiés espagnols. Le 7 avril, grâce à l’inauguration de la gare rénovée, sera un moment très important de cette recherche de la vérité.

A Caylus, Yves Vidallac puis le maire ont accueilli la réunion et un petit film a rassemblé quelques images de l’inauguration de la rue Rajaud et du voyage à Vicien. Une belle soirée (même si je n’ai pu la suivre jusqu’au bout).
Jean-Paul Damaggio

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 12:35

Franco-Juan March après 1940

Nous avons déjà publié plusieurs éléments sur le cas du « pirate de la méditerranée », Juan March. Voici à présent dans l’Autobiographie de Franco par Vázquez Montalbán le Juan March après 1940 quand le banquier découvrit que Franco appliquerait sa propre politique économique sans faire appel à ses services. Ainsi la boucle est bouclée.
D’abord l’antifasciste présente son point de vue, puis la réponse de Franco. Cette question n’est pas seulement celle des rapports entre Franco et Juan March mais celles des rapports du fascisme et du social. Et en retour, on voit l’infâme Juan March passer à gauche… !
Contrairement à quelques idées reçues, le néolibéralisme, à savoir le pouvoir de la banque sur la politique, se heurte au fascisme qui cherche toujours à mettre l’économique à sa botte. Bien sûr, dans le fascisme la banque s’adapte et des fortunes naissent, mais elles naissent plus du lien privilégié au pouvoir politique qu’au pouvoir bancaire strict. JPD



Moi, Franco pages 306-307
 

 

 

« Dès le début des années quarante, le « pirate de la Méditerranée » porta sur vous [Franco] des jugements qui ne vous étaient jamais favorables. Il estima même que «ce dont l'Espagne a besoin, c'est de la restauration de la monarchie avec l'appui des partis de gauche ». Du Portugal, il encouragea les espoirs politiques de Lerroux, son indéfectible homme de paille, et de Gil-Robles. II contribua aussi financièrement en 1943 à l'opération qui consistait à rapprocher de l'Espagne don Juan de Bourbon en le faisant passer de Lausanne au Portugal, d'où il aurait pu projeter son ombre sur le pouvoir obstiné de l'usurpateur. Tel était le destin de March : affréter des avions pour changer le cours de l'histoire espagnole. Il paya les frais de voyage de don Juan et de sa suite, en voiture puis en avion, contractant aussi pour lui une assurance-vie de cent mille francs de l'époque. Mais l'entreprise capota : en Italie, le fascisme vacillait et don Juan, parti de Lausanne en voiture, ne put traverser la frontière italienne. Trois ans plus tard, le prétendant au trône s'installa cependant à l'Estoril, mais entre-temps vous aviez fait parvenir un message à March «Cessez de vous mêler de politique.» A Madrid, il tenait en effet des réunions avec les précoces et courageux conspirateurs de la résistance antifranquiste, chez l'une ou l'autre de ses amantes. En l'une de ces occasions, il remarqua «Il vaut mieux dépenser son argent en femmes qu'en curés, comme le fait mon épouse ! » Ensuite, il ajouta qu'il était prêt à consacrer la moitié de sa fortune pour couler le franquisme, et tendit un chèque en blanc à Regulo Martinez, président de l'Alliance nationale des forces démocratiques, qui n'osa ou ne voulut le remplir.

Au cours de la Croisade, j'avais fait savoir que je n'avais rien contre les riches ni contre les pauvres, pourvu qu'ils soient espagnols, et de bons Espagnols. L'identité nationale transcende les comptes en banque et les niveaux de vie, et n'a donc rien à voir avec la démagogie : le nouveau régime rétablit donc dans leur droit à la propriété tous les entrepreneurs ou propriétaires terriens qui avaient été spoliés par les Rouges. Mais je comprenais qu'un système entièrement nouveau tel que le nôtre, que mes propagandistes présentaient comme un «régime millénaire », avait besoin d'un secteur capitaliste neuf et inconditionnel, ces deux qualités allant justement de pair. [ici un long passage n’a pas été traduit](1). Nous créâmes l’Institut national de l'industrie (INI), instrument d'un capitalisme d'État propre à pallier les déficiences et les contradictions de l'initiative privée. Pour mettre en marche ce système nouveau à l'unisson de l'esprit social de la Phalange épuré de ses prétentions pseudo-révolutionnaires, je devais savoir avec précision qui le servait, et traiter avec une certaine indulgence qui s'en servait, car les fidélités ne se créent pas toujours par génération spontanée. Ma thèse de départ était que l’Espagne était un pays privilégié qui pouvait se suffire à lui-même, qui disposait de tout ce dont il avait besoin s'il travaillait avec constance, et dont la capacité de production garantirait le développement. Les importations étaient à peu près inutiles, mais pour commencer il fallait assurer les ressources énergétiques nécessaires à la reconstruction et au développement, afin d'empêcher la paralysie de nos industries et le dessèchement de nos campagnes. Nous nous consacrâmes donc à un programme complet de création de lacs artificiels, qui produiraient de l'électricité tout en rationalisant l’irrigation. Depuis Primo de Rivera, quasiment rien n'avait été fait dans un domaine aussi fondamental. »

(1)    Pourquoi ce long paragraphe n’est-il pas traduit ? Parce qu’il rappelle la liste des grandes fortunes nées du franquisme : « los Coca, los Arburua, los Banus, Fierro, Blasco, Argillo, Bordegaray.. » ? J’ai constaté mille fois qu’il est plus facile de s’attaquer aux hommes politiques, aux industriels qu’aux banquiers. Ils ont tant de services à rendre aux uns et aux autres.

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 21:40

Guerre d’Espagne : Discours à Paris de Pasionaria

Le 8 septembre, au moment où Rajaud, meurt en Espagne La Pasionaria est à Paris. Les deux disent exactement la même chose : « Et n'oubliez pas — que personne n'oublie — que si, aujourd'hui, c'est à nous de résister à l'agression fasciste, la lutte ne s'achèvera pas en Espagne. Aujourd'hui, c'est nous; mais si l'on permet que le peuple espagnol soit écrasé, ce sera à vous, ce sera à toute l'Europe d'être obligés de faire front à l'agression et à la guerre. ». Oui, les dirigeants politiques ont des responsabilités… JPD



LE PEUPLE ESPAGNOL PRÉFÈRE MOURIR DEBOUT PLUTOT QUE DE VIVRE À GENOUX
Discours prononcé au cours d'un grand meeting de solidarité au Vélodrome d' hiver, le 8 septembre 1936
Travailleurs de Paris ! Démocrates français !
Depuis l'Espagne qui lutte pour sa liberté et pour la liberét den tous les peuples, face à la perfide agression de la .réaction espagnole et du fascisme international, nous sommes venus ici, dans le Paris de la Commune et de la Grande Révolution, pour vous dire dans quelles conditions luttent nos combattants, lutte et meurt notre peuple.
Nous venons vous demander d'être solidaires de la République espagnole, certains que vous allez nous aider; certains que vous, dont l'histoire est riche de tant de luttes glorieuses, vous saurez nous comprendre, vous saurez nous aider.
Le soulèvement de l'armée a laissé le gouvernement républicain sans aucun moyen de se défendre. Mais en nous dressant pour barrer la route au torrent fasciste dévastateur qui ravage nos maisons et détruit nos villes, nous ne nous sommes pas arrêtés à compter le nombre de nos ennemis ni à penser à l'abandon dans lequel le soulèvement militaire laissait la République en la privant des armes absolument nécessaires pour sa défense.
Nous avons seulement pensé, entraînés par un mouvement national spontané et digne, que céder sans résister à l'agression serait une lâcheté ignoble que ni le peuple ni l'Histoire ne pourraient jamais nous pardonner.
Et sans aucune hésitation, unis dans le même sentiment, avec la même détermination de barrer la route au fascisme et de défendre la République et la démocratie, communistes, socialistes, républicains, anarcho-syndicalistes et nationalistes basques, nous nous sommes lancés dans la lutte, prêts à tous les sacrifices, car nous n'ignorons pas ce que représente le fascisme et de quoi est capable la réaction espagnole. La répression dans les Asturies est un exemple récent et éloquent. Et nous ne pouvions, sans abdiquer notre dignité humaine et espagnole, ni nous soumettre au joug fasciste dégradant ni mettre tranquillement la tête sous la hache du bourreau. Sachant ce que cette lutte signifie, le peuple espagnol préfère mourir debout plutôt que de vivre à genoux.
Aux côtés des rebelles, les appuyant dans leur agression contre la République et contre le peuple, participent des forces fascistes étrangères dont les avions bombardent les villes ouvertes espagnoles.
Des femmes et des enfants, victimes innocentes de la haine sauvage de la réaction espagnole, tombent pour ne pas se relever, abattus par la mitraille ennemie, et payent de leur sang et de leur vie le délit de vivre dans l'Espagne républicaine, dans l'Espagne qui refuse d'être convertie en une prison fasciste, en une base d'agression de la réaction internationale.
Nous sommes venus en France au nom du gouvernement républicain et des combattants qui, sur tous les fronts, proclament leur volonté de lutter pour la défense de la liberté de l'Espagne, pour la défense de la liberté de tous les peuples dont le sort se joue dans notre patrie. Nous sommes venus vous dire, à vous, héroïques descendants des combattants de la Commune, des vainqueurs de la Bastille, la profonde inquiétude que ressentent notre peuple, nos combattants, notre gouvernement face au refus du gouvernement français de vendre au gouvernement espagnol les armes dont il a besoin pour se défendre, violant ainsi les accords établis entre les deux pays.
Les frontières entre la France et l'Espagne ont été fermées. Cela signifie qu'on empêche les combattants espagnols de résister. Cela signifie qu'on place le peuple espagnol devant un terrible dilemme : ou bien il se livre lâchement aux agresseurs, ou bien il accepte, sans pouvoir résister, que les bandes fascistes et réactionnaires exterminent les éléments les plus jeunes, les plus progressistes et les plus combatifs de notre peuple. Et nous refusons d'accepter cette alternative qui entraînerait l'horreur de la victoire du fascisme en Espagne. Qui entraînerait, pour le peuple français, la menace d'une guerre d'agression de l'autre côté des Pyrénées.
Camarades et amis français ! Hommes et femmes de la France de la Grande Révolution, des Droits de l'Homme et de la Commune ! Aidez- nous ! Aidez notre peuple à se défendre ! Empêchez votre gouvernement de juguler le peuple espagnol qui lutte pour sa liberté et pour la vôtre !
Mères et femmes de France ! Nous ne vous demandons pas de sacrifier vos fils ou vos hommes ! Nous vous demandons seulement de nous aider à faire changer d'avis le gouvernement français qui nous tient pieds et mains liés face à l'agression fasciste.
L'héroïsme n'est pas ce qui manque à notre peuple, mais l'héroïsme ne suffit pas. Aux armes des rebelles, il faut pouvoir opposer des fusils, des avions, des canons. Nous défendons la cause de la liberté et de la paix. Nous avons besoin d'avions et de canons pour lutter, pour défendre notre vie, notre liberté, pour empêcher que les insurgés attaquent nos villes ouvertes, assassinent nos femmes et nos enfants. Nous avons besoin d'armes pour défendre la liberté et la paix !
Et n'oubliez pas — que personne n'oublie — que si, aujourd'hui, c'est à nous de résister à l'agression fasciste, la lutte ne s'achèvera pas en Espagne. Aujourd'hui, c'est nous; mais si l'on permet que le peuple espagnol soit écrasé, ce sera à vous, ce sera à toute l'Europe d'être obligés de faire front à l'agression et à la guerre.
Aidez-nous à empêcher la défaite de la démocratie, car la conséquence de cette défaite serait une nouvelle guerre mondiale que nous avons tous intérêt à empêcher et dont les premiers combats se livrent déjà dans notre pays! Pour nos enfants et les vôtres, pour la paix et contre la guerre, exigez que se rouvrent les frontières! Exigez que le gouvernement français respecte ses engagements pris avec le gouvernement républicain espagnol ! Aidez-nous à obtenir les armes dont nous avons besoin pour nous défendre ! Le fascisme ne passera pas, ne passera pas, ne passera pas !
La Pasionaria

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 15:58

Guerre d’Espagne : Préface de Vázquez Montalbán

Il s’agit de la préface du livre de Joan Sans Sicart, Commissaire de choc, l’engagement d’un jeune militant anarchiste dans la guerre civile espagnole, traduit par la Montalbanaise Rita Pinot et disponible aux Editions L’Atelier de Crération libertaire au prix de 16 euros.
Vázquez Montalbán, le communiste qui préface le livre d’un anarchiste qui a eu à souffrir du communisme n’est pas étonnant quand on se souvient que l’écrivain catalan avait une tante anarchiste qu’on retrouve dans son très beau poème à la tia daniela, qu’il était en lien, avec sa compagne, avec les anarchistes réfugiés à Toulouse. Et ce texte me semble plus qu’une préface. JPD


Préface à l’édition espagnole
Je me suis souvent trouvé confronté à des mémoires inédites, écrites par des combattants antifascistes qui s'initiaient ainsi à leur condition d'écrivain et se heurtaient à sa difficulté. J'ai presque toujours essayé de les faire publier, de quelque courant antifasciste qu'elles fussent, conscient du fait que les perdants de la guerre civile espagnole devions unifier la mémoire d'une lutte qui fut capable de tenir tête à une armée professionnelle appuyée par les puissances nazies et fascistes. J'ai également fait en sorte que soient publiés les témoignages de la résistance ultérieure, qui fut réprimée et occultée par le franquisme au point de la déformer aux yeux mi-clos d'une majeure partie de la société qui aspirait à oublier tous les désastres, ceux de la guerre ci ceux des années qui ont suivi.
L'intérêt de ces témoignages écrits est de montrer l'engagement individuel d'une génération qui, inspirée par les divers courants philosophiques émancipateurs qui furent sublimés par les classes populaires à partir de la première révolution industrielle, s'est vouée corps et âme à la défense de la République et à la construction d'un monde meilleur. De la quantité de ces ouvrages, en apparence si naïfs , dépendra la qualité de l'historiographie à venir, qui sera nécessairement orientée par tout un faisceau d'expériences personnelles, comme celle qui sous-tend La guerre que je n'aurais jamais imaginée , de Joan Sans Sicart. Sans Sicart fut ouvrier et militant catalan de la CNT dès l'âge de quatorze ans, instituteur et sportif. Il a combattu dans la guerre civile, d'abord comme simple soldat, avant de devenir commissaire politique de brigade, puis de la 72e division, faisant partie des commissaires qui se sont distingués au moment où s'est constituée l'Armée populaire , et qui durent ensuite chercher refuge en France après la défaite de la République.
L'âge des survivants républicains de la guerre civile nous oblige à assumer d'urgence leurs témoignages, d'abord à cause de la stratégie d'occultation et d'oubli que le franquisme a perpétrée contre eux, ensuite parce que la transition n'a pas intégré leur expérience comme partie fondamentale du patrimoine progressiste espagnol. Un des accords implicites de la transition a consisté à ce qu'aucun des deux camps ne se jette à la face la mémoire historique, ce qui a permis aux franquistes de sortir vainqueurs une fois de plus, car ils ont disposé de quarante années pour fixer leur interprétation des faits et mutiler les raisons des vaincus. Des travaux comme celui que je préface ici sont des trésors de la mémoire civile émancipatrice. Grâce à eux, les générations futures pourront connaître en profondeur, au-delà des résumés des dictionnaires, l'une des étapes les plus stimulantes de l'histoire de l'Espagne, quand les couches populaires furent capables de résister dans une guerre qui a duré trois longues années, en défendant des idées d'égalité, de solidarité et de liberté.
Les générations de la République ont dû faire face, en 1936, à un défi en partie inattendu, et qui les obligea à grandir dans l'urgence et à adapter leur jeune musculature à la violence d'une guerre civile qui fut la répétition générale du grand front que serait quelques années plus tard la Seconde guerre mondiale. Dans cet ouvrage, Sans Sicart nous livre le récit des événements tels qu'il les a vécus, un point de vue qui complète la description des scènes, et des faits et des causes tels qu'ils furent interprétés par les officiers supérieurs de l'armée de la République. Ce livre retrace aussi l'histoire d'un engagement éthique qui s'est forgé au sein d'une famille éclairée de Sant Feliu de Guixols, à laquelle l'auteur a déjà rendu hommage dans un premier livre intitulé Escoltant el meu avi, magnifique portrait sentimental du grand-père initiateur du petit-fils, alors enfant et adolescent. Ce récit permet de reconstituer les éléments populaires de la Catalogne d'avant-guerre, cet « oasis catalan », comme la considéraient les leaders catalanistes, contrastant avec les tensions sociales et politiques du reste de l'Espagne qui préfiguraient le coup d'état militaire.
La guerre que je n'aurais jamais imaginée est un titre fonctionnel pour un livre qui décrit au jour le jour la vie d'un combattant républicain. Formé à l'École de commissaires de Pins del Vallès (Sant Cugat del Vallès), Sans Sicart nous offre un témoignage de ses journées de guerre, et une réflexion sur celle-ci où les faits et les anecdotes relient des personnages conventionnels et singuliers, ce qui lui sert à faire une mise au point personnelle. Homme observateur et cultivé, il rend compte des situations avec subtilité, et le lecteur assiste à quelque chose de plus qu'à un déroulement de faits, il assiste à une fine description des conduites individuelles et des attentes de toute une génération, car l'auteur est capable de percevoir des détails infimes ou importants, offrant ainsi un tableau complet des événements, de la base au sommet.
Sans Sicart révèle dans le titre de son œuvre l'évidence que chaque génération doit affronter des défis différents, et que ce sont ces défis qui en conditionnent la réponse. La jeunesse espagnole de 1936 s'est trouvée face à une guerre civile, rien moins que cela, qui traduisait à l'échelle de l'Espagne la lutte de classes internationale, et aujourd'hui, la jeunesse des années 2000 se trouve face à la frustration généralisée, à la perte de l'espoir comme vertu laïque, et à la délimitation d'un conflit entre les partisans de la globalisation et ceux qui la subissent. Des textes comme celui de Sans Sicart permettent de trouver les causes du présent, contre la conspiration culturelle de la droite qui veut construire une histoire sans coupables.
Manuel Vázquez Montalbán

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 18:51

inscription-anarchiste.jpg

Inscription CNT à Vicien

 

Extrait de Albert Minning, Pour le bien de la révolution, CIRA, 2006, p. 27 et 28
Albert Minning est un militant anarchiste suisse qui raconte sa guerre d’Espagne et une coïncidence fait que de Barcelone à Vicien ils ont fait le trajet ensemble à partir du 6 septembre 1936 à 19 h le soir jusqu’à la date de la mort entre le 10 et le 13 mais plutôt le 10 que le 13 septembre. Je reviendrai sur l’ensemble de la question plus tard.

Pour Rajaud voir articles précédents. JPD

« Un camarade va toucher les rations du petit-déjeuner pour tout le groupe et c'est derrière un bâtiment, dans un coin bien abrité, que nous déjeunerons en toute tranquillité. Café, sardines, pain ont vite disparu et chacun raconte sa petite histoire pour passer le temps. Tout à coup, des cris : « Aviation ! » retentissent de tous côtés et mon cousin qui a une bonne vue tend le bras en comptant: il y en a neuf. Ils avancent rapidement dans notre direction et nous nous demandons si ce sont les nôtres. Ils passent sur nos têtes à environ 300 mètres et paraissent ne pas vouloir s'occuper de nous, mais quelle erreur ! Des explosions formidables secouent toutes les maisons. Nous courons voir où sont tombées les bombes. Heureusement aucune n'a touché les bâtiments et un grand Italien nous en montre une, en nous disant: c'est une bombe Ya! Et comme il a fait la Grande Guerre il nous en explique la fabrication et nous recommande la position couchée pour se garer le mieux possible de ces terribles engins. Les avions sont très loin et nous entendons le bruit sourd des bombes lancées sur des villages. L'émoi est vite passé et nous allons reprendre nos discussions derrière la maison. Le bruit des moteurs qui s'était éloigné se rapproche de plus en plus et les trois escadrilles apparaissent à nouveau au-dessus de nos têtes et nous levons un regard interrogateur. Tout à coup de petits filets de fumée bleue se dessinent dans le ciel et avant d'avoir eu le temps de s'interroger, les balles sifflent et s'écrasent contre le mur. Je m'enfuis à quelques mètres dans un angle où je me jette à plat ventre et je suis tout de suite recouvert par mes camarades qui m'ont suivi. Chevalier jure tout ce qu'il peut; il a mis la main en plein dans des excréments, mais chacun rigole parce que personne n'est blessé. Plusieurs balles sont entrées dans le bureau de Garcia Oliver , mais sans faire de victimes. N'étant pas très en sécurité dans ce castillo, nous décidons d'aller un peu plus loin au milieu des oliviers.
À midi, nous venons à la distribution et, à peine le repas commencé, la garde signale à nouveau l'aviation. Ce sont les avions fascistes du matin et chacun court se cacher. Des détonations effroyables secouent les maisons, des femmes hurlent et s'évanouissent. Une cinquantaine de bombes sont tombées tout autour du castillo, un hangar a été démoli et nous courons pour voir s'il n'y a pas de blessés. Des camarades reviennent déjà avec des brancards chargés, un Espagnol a eu la tête arrachée. Nous arrivons vers une petite maison, un homme à demi agenouillé tenant encore son fusil est plaqué contre le mur, il est noirci par l'explosion et il lui manque un bras. Vite un brancard pour le transporter à l'infirmerie. Le docteur regarde: «Il est mort! Vite un autre, laissez la place» et des infirmiers le lavent — stupeur, c'est Rajaud, un Toulousain de notre groupe. La tristesse est sur tous les visages, mais dans les cœurs se réveillent la haine et le désir de vengeance. Le triste bilan de ce bombardement se chiffre à sept morts et dix blessés. »
 (Livre traduit en Italien en 1986 puis en Espagnol en 2005)

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 18:43

Guerre d’Espagne : le banquier Juan March
Dans son imposant livre sur la Guerre d’Espagne , Bartolomé Bennassar parle quatre fois du banquier Juan March . Grâce à lui, les conjurés achètent « avec un chèque en  blanc du banquier Juan March » un hydravion en Angleterre. Plus loin on apprend : « Une stratégie résolument offensive exigeait la participation de l’armée du Maroc. Les émissaires envoyés par Franco e Allemagne et en Italie pour y acquérir les avions destinés au pont aérien firent merveille, avec l’appui du financier majorquin Juan Marc… ». Et enfin un chiffre : « La facture de ces équipements [en armes] atteignait 14 millions de lires, Franco comptait sur l’aval du financier majorquin Juan March, présent à Rome. ». La dernière mention vient du côté des Républicains : « La résidence de Juan March fut placé sous séquestre. »

Je ne sais s’il existe une biographie de Juan March mais les quelques informations glanées sur un manuscrit inédit écrit par M. Peypoc apportent un éclairage bien plus précis à ce qui est toujours une question de fond : le financement. Voyons plutôt.
« Le fameux contrebandier et « homme d’affaires » majorquin, Joan March, apparaît comme une des personnalités les plus étroitement unies au nazisme ; son journal Informacions s’appelle en Allemagne Deutsches Sprachrohr . »
Juan March est à la fois financier mais aussi propagandiste du fascisme international.

« Le 5 août, toutefois, on savait que ces avions – dont peu de jours après, le procès intenté aux aviateurs italiens devait révéler, sans aucun doute possible, qu’ils appartenaient à l’armée de l’air italienne – n’étaient pas les seuls qui étaient envoyés aux insurgés espagnols. Le contrebandier March avait commandé à la maison « Savoia » cinq avions et dans les premiers jours d’août, il en était arrivé à la zone espagnole du Maroc 18 qui avaient violé les pactes internationaux en survolant l’Algérie et la zone française du Maroc. »
Ce ne sont pas seulement cinq avions que paiera le contrebandier…

« Le 4 août, par exemple, parvenait de Lisbonne un télégramme annonçant l’arrivée de Gil Robles et du contrebandier Joan March, dans lequel il était dit, sans ambages, que tous deux s’étaient promenés sur la plage, escortés par des fascistes espagnols. Le 7 septembre, on annonçait que Franco avait établi au Portugal une officine de recrutement et que déjà une troupe était formée qui se composait d’aventuriers de toute espèce. Et, en même temps, arrivait la nouvelle facilitée avec un grand luxe de détails par le journal londonien News Chronicle, que Lisbonne s’était convertie en caserne générale du fascisme espagnol ; qu’on se reporte à l’importante information publiée sur ce point, dans les premiers jours de septembre 1936 par le Daily Chronicle :
« Le Portugal continue d’être la base politique et militaire des insurgés espagnols. » »
Dans cette guerre, il ne faut pas oublier le Poertugal et Juan March est là aussi.

« Radio Club Portugais, dès le début de la campagne subversive, se mit au service intégral des factieux. On dit qu’elle aurait été affermée par Joan March pour 3.000.000 de pesetas. »
La nouveauté de la Guerre d’Espagne c’est l’utilisation de l’aviation et de la propagande mensongère à outrance.

« Les premiers jours d’entrée en vigueur du contrôle, on sut que 50 avions de chasse et de bombardement avaient été envoyés de Milan en Espagne, que 700 officiers italiens partis de la Sardaigne venaient d’arriver à Valladolid et que, à la Spezia, on avait embarqué pour l’Espagne 8 camions « Spa » avec la croix rouge peinte, qui étaient chargés de caisses de grenades à main !
Le jour même où le plan de contrôle entra en vigueur, arriva à Rome March, le principal financier du rebelle Franco, pour avoir une entrevue avec Mussolini, dans le but, dit-on, de demander de nouveaux renforts italiens, ; la nouvelle fut donnée par Dav Wiener Tag.
Au même moment, March réalisa un autre voyage en Italie dans le même but qu’avait eu l’antérieur. On apprit aussi que Mussolini avait envoyé en Espagne les généraux Teruzzi et Bastico, qui jouissaient d’un grand prestige chez les fascistes, pour encourager les troupes italiennes, encore démoralisées par la défaire de l’Alcarria. »
Nous retrouvons ici les liens de March avec l’Italie dont parle Bartolomé Bennassar.

« L’avocat de la défense, Espouey, déclara que la firme italienne « Savoia » fut chargée par Joan March d’envoyer cinq avions aux rebelles espagnols, mais que l’urgence de la commande ne permettant pas son exécution régulière, on avait envoyé des appareils réformés, provenant de l’armée italienne ainsi que quelques autres qui se trouvaient en période d’essai. »
La guerre allait si vite que même l’armée italienne ne pouvait pas suivre malgré les chèques en blanc de Juan March.
Voilà, c’est une contribution à la connaissance de la guerre d’Espagne. JPD

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 10:02



Après le coup d’Etat fasciste, Huesca étant entre les mains des franquistes, tout autour, des colonnes de miliciens ont fait le siège de la ville. Nous avons vu le cas de Vicién et Robres. Aujourd’hui, nous évoquons les cas de Tierz, un site tenu par le POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste). Au cours de notre visite du lieu, nous avons découvert des tranchées remises en état avec des nombreux panneaux explicatifs, tranchées en hauteur d’où la surveillance de Huesca était facile.
La notoriété du POUM fait que les batailles à cet endroit sont mieux connues grâce à la présence de divers écrivains. Les vestiges de la guerre permettent de mieux toucher du doigt la nature des affrontements.
A partir de Tierz, selon le témoignage de Manuel Grossi , militant des Asturias, la ville de Huesca aurait pu être reprise mais une erreur stratégique a fait échouer le projet alors que les troupes républicaines étaient à l’entrée de la ville.
A reprenant Huesca et Saragosse les républicains espéraient sans doute renouer avec les résistants du Pays Basque. Malheureusement le front d’Aragon restera un front stable jusqu’à ce que, par Teruel les Franquistes commencent à prendre le dessus.
La carte ci-dessous montre la situation de l’Espagne le 9 août, un mois avant le décès de Maurice Rajaud et deux mois avant l’arrivée des Brigades internationales.
23-12-2011 JP Damaggio

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 16:18

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Photo : Au cimetière de Vicién cérémonie en l'honneur de Rajaud.

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A l’heure dite, 10 h, en ce 17 décembre, un mini car et une dizaine de voitures s’arrêtent sur la place vide de Vicién. Sous le soleil, les visiteurs commencent à sortir quelques drapeaux peu ordinaires en Espagne. Tranquillement, ils attendent le maire du petit village (160 habitants) avec lequel ils ont rendez-vous. La cloche de l’église sonne, et je m’éloigne pour faire une photo générale. Une jeune s’avance vers moi et me demande ce qui se passe. Etrange situation où un Français de passage se met expliquer à un villageois espagnol, la surprise qui envahit son horizon. En fait, le maire avait cru que la délégation française et espagnole attendue se composerait seulement d’une poignée de personnes or, en plus des dix Français, une vingtaine d’Espagnols dotés des fameux drapeaux sont sur place. Ils ne sont pas des  invisibles. J’explique alors au jeune curieux que des Français viennent se recueillir sur la tombe d’une jeune de leur région, mort en septembre 1936, sur ce petit sommet espagnol, face à Huesca, pour y défendre la République.

Alors tout s’éclaire pour lui, et en particulier les trois couleurs brandis par plusieurs personnes. Pendant que le maire nous fait entrer dans la salle des fêtes, le jeune est allé chercher un appareil photo et il est revenu écouter quelques discours rapides du maire, d’Yves Vidaillac pour la mairie de Caylus, de José Gonsalez pour MER 82 et du Cercle républicain de Huesca : Circulo republicanon huesca. Le maire explique qu’il est né après la guerre, qu’il ne peut donc pas en dire beaucoup sur le sujet, d’autant que les témoins sont à présent tous morts, mais que lui se considère républicain. Côté Français, puis côté Espagnol, les intervenants rappellent ce que nous savons, si bien qu’en conclusion, avant de se diriger vers le cimetière, le maire reprend la parole pour rappeler que Vicién fut en effet un lieu stratégique, que le village très agricole était une place essentielle pour le ravitaillement alimentaire de Huesca et qu’en plus il y a la voie ferrée.

 

En sortant, je vérifie que la nouvelle a circulé parmi la population car le jeune revient ve’rs moi, avec son père, qui m’indique « tenemos familiares en Tolosa ». Sur le coup je ne comprends pas surtout que le nom est Maestre et je ne vois pas ce que vient faire un maestro dans cette affaire. Puis tout s’éclaire : cette famille a un de ses membres réfugié à Toulouse et qui s’appelle Maestre, une famille de républicains très heureuse de cette rencontre villageoise.

Nous nous dirigeons alors vers le cimetière pour nous recueillir sur la tombe de Maurice Rajaud qui, en ce 17 septembre, est revenu à Vicién, par la présence de sa nièce dans la délégation. Nous rallumons publiquement des mémoires. Au cimetière, un carré de tombes sans nom laisse supposer qu’il y a là celle de Rajaud car nous savons que, par principe, les morts des ces lieux stratégiques étaient enterrés dans le cimetière. Nous faisons donc un dépôt de gerbes symbolique avec chansons républicaines, et à la fin, geste important, le maire annonce que ce coin du cimetière sera réhabilité pour signifier la présence de républicains morts en 1936-1937 dans le village.

 

La cérémonie ne s’est pas arrêtée là car, comme vous pouvez le vérifier sur Internet, le village, n’a pas attendu notre visite, pour alimenter les mémoires en balisant un parcours concernant cette guerre que le fascisme fit à l’Espagne, Sentier à la colline des transmissions, Nid de la mitraillette etc. Des refuges, avec un « frigo » traditionnel que les combattants aménagèrent. Là un villageois, étant un peu à l’écart est venu m’expliquer le fonctionnement du frigo : « quand il y avait de la neige, elle était tassée dans ce trou avec des intermèdes de paille, et elle tenait tout l’été pour y garder au frais surtout la viande. »

Avions-nous le temps de voir les autres éléments du parcours ? Le vent ne pouvait ralentir notre envie de toucher du doigt ces traces exceptionnelles d’un des moments décisifs de cette guerre énorme. Nous décidons donc d’aller jusqu’à un monument à la gloire de Dieu et de l’Espagne, monument à la gloire des fascistes qui furent tués par les républicains et mis en place par le franquisme victorieux (inutile de dire que les franquistes reprenant le village tuèrent des habitants sans stèle aujourd’hui).

Ce n’est par sur cette stèle que nous risquions de trouver le nom de Maurice Rajaud, stèle républicaine, que nous pensions présente dans le village. Mais mieux que les stèles nous avons croisé un paysan sur son tracteur qui en nous voyant avec nos drapeaux de la république, se fit un plaisir de lever le poing ! Il ne restait plus qu’à monter sur le nid de la mitrailleuse où inévitablement Maurice Rajaud avait posé le pied puisque nous savons que c’est pour se battre avec cette mitrailleuse qu’il était venu à Vicién.

Là, c’est une dame qui m’a abordé pour m’expliquer la configuration des lieux : avec la colline des transmissions, le lieu de la poudre, le train qui servait d’hôpital où peut-être des médecins tentèrent de sauver Maurice, et cette dame ajouta : un Italien a écrit un petit livre sur cette bataille malheureusement je ne sais plus le nom de l’auteur ni le titre. L’information en elle-même vaut déjà de l’or !

Finalement, c’est le jeune, croisé au départ, qui a souhaité nous conduire devant l’ultime trace de la guerre : l’hôpital qui est un bâtiment fermé où l’on devine encore le sigle C.N.T. Le jeune précise qu’il a des photos du temps où l’inscription était plus visible (en trouve sur internet sur le blog du village).

Une matinée réussie à tout point de vue car elle a démontré que la récupération de la mémoire était possible grâce aux générations suivantes et que cette action n’avait rien du pèlerinage nostalgique mais tout d’une reconquête de la dignité des vaincus.

Jean-Paul Damaggio

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 16:16

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(Sur la photo, des éléments du groupe Los Aguiluchos partant pour le Front de la guerre d'Espagne en Aragon : on pourrait imaginer que l'homme à l' casquette c'est Maurice Rajaud)

 

Le 17 septembre après-midi, après le passage à Vicién, la délégation française était invitée à Robres. Elle s’est d’abord recueillie sur la tombe du père d’un de nos guides, Ramon Hernando (l’homme à la veste marron sur la photo), puis s’installa au restaurant La Plana (le voyage nous démontrera que l’Espagne reste le pays de la plancha). Après le repas, dans les montagnes, nous découvrons les vestiges des tranchées du Front de l’Aragon. Au vaste parc d’éoliennes visible partout, chacun comprendra que nous sommes en plein vent, dans un paysage assez lunaire, et au sommet de zones décisives en 1936. Les Républicains sont venus rapidement de Catalogne pour arrêter le soulèvement qui s’est emparé aussitôt de Huesca et Saragosse grâce aux chefs militaires de ces deux villes.

 

Les Républicains (en l’occurrence surtout des anarchistes) purent occuper les sommets et contenir les fascistes mais ne purent lancer une contre-offensive pour reprendre les villes (manque d’armes, de coordination et de stratèges militaires), en conséquence, pendant plus d’un an, le front est resté stable avec surtout des batailles sporadiques dans tel ou tel endroit. Il n’y a donc pas de grande date comme le passage de l’Ebre… Le lieu est totalement émouvant et nous avons été largement récompensés des efforts de cette petite marche, que les organisateurs ont ajoutée au programme. Une belle façon de digérer un repas copieux. En Espagne, en dehors des grands axes, nous entrons toujours dans des chemins de terre damée sans signalisation, donc nous avons conscience que sans nos amis, conduits ici par Ramon Hernando, nous n’aurions pas pu deviner l’existence de cet endroit.

 

De là, nous sommes revenus au village pour découvrir le centre d’interprétation de la guerre civile (la réouverture date de dix jours !) où nous sommes reçus par un responsable. José Gonzalez en profite pour rappeler, au nom de MER 82 que l’intitulé de guerre civile masque la guerre d’invasion (Portugal, Italie, Allemagne et troupes marocaines), pour mieux faire de l’action de Franco une affaire intérieure, d’où ensuite la décision de la non intervention. Or et l’ultime lettre de Maurice Rajaud, le Caylusien que nous sommes là pour honorer, le démontre parfaitement, cette guerre était la première étape de la guerre fasciste internationale que préparait Hitler. L’histoire a malheureusement donné raison à cette vision de l’événement !

 

Ce centre est très moderne avec un film qui évite justement le terme de guerre civile pour parler de guerre d’Espagne et qui montre les points chauds du Haut Aragon. La signalétique me paraît cependant un peu modeste mais quand on n’a pas le volant pour conduire peut-être échappe-t-elle au voyageur. Le lieu avait une exposition temporaire de photos d’un village emblématique sur ce Front, dans le Bas Aragon, Belchite.

 

La grande guerre mondiale de 1936 à 1945 (certains en fond une guerre civile européenne) a commencé par la destruction de Belchite et s’est achevée à Oradour, deux villages martyrs dont les restes ont été conservées pour des raisons opposées. Belchite a été l’objet d’affrontements acharnés entre Fascistes et Républicains jusqu’à la destruction finale qui a été conservée en l’état par Franco pour faire peur à l’adversaire (voyez ce qu’on peut faire quand on s’oppose à nous !) tandis qu’Oradour a été conservé en l’état par la France pour montrer jusqu’où le fascisme a poussé l’horreur.

 

Salutaire renversement de l’histoire qui montre cependant que si la peur peut changer de camp dans un sens (passer du camp antifasciste en 1939 au camp fasciste en 1945), le retour en arrière n’est jamais impossible même si nous savons à présent ce que signifie les conséquences du cri de « Viva la muerte ».

 

On comprend très bien l’enjeu politique actuel de cet effort de recherches historiques.

19-12-2011 Jean-Paul Damaggio

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