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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 13:35

Plusieurs tentent de s'emparer d'un morceau de Camus pour le conduire devant leur porte. La seule chose que je sais c'est que, comme tout un chacun, Albert Camus était habité par quelques contradictions, avec chez lui la sensation que la vie passait avant les arts, que la politique n'était pas une posture et que tout le combat était au présent. Inutile donc d'interpréter la référence ici à l'Espagne politique (j'apprécie bien sûr ceux qui font référence à l'Espagne culturelle chez Camus) comme l'expression d'une volonté particulière. Peut-être s'agit-il de combler une ignorance personnelle ?

 J-P Damaggio

  

Éditorial paru dans Combat, le 7 septembre 1944.

Cette guerre européenne qui commença en Espagne, il y a huit ans, ne pourra se terminer sans l'Espagne. Déjà la péninsule bouge. On annonce un remaniement ministériel à Lisbonne. Et de nouveau la voix des républicains espagnols se fait entendre sur les ondes. C'est, le moment peut-être de revenir à ce peuple sans égal, si grand par le cœur et la fierté et qui n'a jamais démérité à la face du monde depuis l'heure désespérée de sa défaite.

Car c'est le peuple espagnol qui a été choisi au début de cette guerre pour donner à l'Europe l'exemple des vertus qui devaient finir par le sauver. Mais à vrai dire c'est nous et nos alliés qui l'avions choisi pour cela.

C'est pourquoi beaucoup d'entre nous depuis 1938 n'ont plus jamais pensé à ce pays fraternel sans une secrète honte. Et nous avions honte deux fois. Car nous l'avons d'abord laissé mourir seul. Et lors qu'ensuite, nos frères vaincus par les mêmes armes qui devaient nous écraser, sont venus vers nous, nous leur avons donné des gendarmes pour les garder à distance. Ceux que nous appelions alors nos gouvernants avaient inventé des noms pour

cette démission, ils la nommaient, selon les jours, non intervention, ou réalisme politique. Que pouvait peser devant des termes si impérieux le pauvre mot d'honneur ?

Mais ce peuple qui trouve si naturellement le langage de la grandeur s'éveille à peine de six années de silence, dans la misère et l'oppression qu'il avait compris que désormais c'était lui à lui de nous tendre la main, le voilà tout entier dans sa générosité sans peine aucune pour trouver ce qu'il fallait dire.

Hier à la radio de Londres, ses représentants, ont dit que le peuple français et le peuple espagnol avaient en commun les mêmes souffrances, que des républicains français avaient été victimes par des phalangistes espagnols comme les républicains espagnols l'avaient été des fascistes français et qui unis dans la même douleur ces deux pays devaient l'être demain dans les joies de la liberté.

Qui d'entre nous pourrait rester insensible à cela ? Et comment ne dirions-nous pas ici, aussi haut qu'il est possible, que nous ne devons pas recommencer les mêmes erreurs et qu'il

nous faut reconnaître nos frères et les libérer à leur tour ? L'Espagne a déjà payé le prix de la liberté.

Personne ne peut douter que ce peuple farouche est prêt à recommencer. Mais c'est aux Alliés de lui économiser ce sang dont il est si prodigue et dont l'Europe devrait se montrer si avare

en donnant à nos camarades espagnols la République pour laquelle ils se sont tant battus.

Ce peuple a droit à la parole.

Qu'on la lui donne une seule minute et il n'aura qu'une seule voix pour crier son mépris du régime franquiste et sa passion pour la liberté. Si l'honneur, la fidélité, si le malheur et la noblesse d'un grand peuple sont les raisons de notre lutte, reconnaissons qu'elle dépasse nos frontières et qu'elle ne serai jamais victorieuse chez nous tant qu'elle sera écrasée dans la douloureuse Espagne.

Albert Camus

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 16:55

Sur Raouza

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"6. La fin des Brigades

Le 21 septembre 1938, le gouvernement républicain décide le retrait des Brigades Internationales et demande à la S.D.N. de désigner une commission internationale pour contrôler l'application de cette décision. Il espère par ce geste de bonne volonté obtenir une décision analogue de la partie adverse. C'était compter sans la duplicité de Franco, Hitler et Mussolini pour qui, la non-intervention ne fut qu'un « chiffon de papier », en réalité un marché de dupes pour les républicains.

Les 23 et 25 septembre, les cinq brigades sont retirées, alors qu'elles sont totalement engagées en un combat indécis à la Sierra de Caballa. Les volontaires sont rassemblés dans des camps. Les Français à Amella de Mar, Américains et Britanniques à Ripoll, les Polonais à Palafrugel, les Allemands à Bissaura, les Italiens à Callela. Les autres, moins nombreux dans divers camps.

Plus tard, le gouvernement français ouvrira la frontière aux Français et aux volontaires que leur pays d'origine accepte de recevoir : Britanniques, Américains, Belges, Hollandais, Tchèques, etc. Les autres, qui ne peuvent pas retourner dans leur pays, resteront en Espagne. Réarmés et réorganisés ils soutiendront les derniers combats jusqu'à la frontière française, qu'ils franchiront le 8 février 1939. Ils furent les derniers combattants de la République espagnole à rentrer en France. Ils seront internés dans les camps de Saint-Cyprien, Le Vernet, Gurs. Au début de la guerre contre l'Allemagne, en septembre 1939, nombreux sont ces anciens des Brigades qui s'engageront dans l'armée française.

A partir d'octobre 1938, je m'occupe essentiellement du retour en France des volontaires. Les filières mises en place, fonctionneront à rebours. Par ce moyen, seront rapatriés des responsables que l'on ne désire pas voir exposer à des contrôles trop sévères de la part des autorités chargées de surveiller cette émigration massive. La plus grande partie des volontaires sera rapatriée par chemin de fer, via Cerbère, ravitaillée à Toulouse par nos soins et dirigée sur Paris.

En novembre, les volontaires Américains sont encore en Espagne. Etant à Toulouse, je suis informé par Paris, que l'ambassade des U.S.A. demande une entrevue afin de régler l'évacuation de ses ressortissants. On me demande de rencontrer un délégué de l'ambassade à Bourg-Madame, le 17 novembre (je ne suis pas certain de la date) à 22 heures. Parti de Toulouse avec Rivière, à bord d'une voiture qui donnait d'inquiétants signes de fatigue, nous passons le col de Puymorens fermé à la circulation, en détournant l'attention des douaniers. La montée du Puymorens enneigé, dans la nuit, car il n'est pas loin de 20 heures, m'a laissé une vision de cauchemar. Il est certain que si je peux rédiger ces notes aujourd'hui, c'est bien à l'habileté de Rivière, excellent conducteur, que je le dois. A l'heure prévue, j'étais au rendez-vous, dans l'hôtel de Bourg-Madame, où m'attendait le délégué de l'ambassade des Etats-Unis. L'objet de cette entrevue était d'éviter que les volontaires Américains ne soient rapatriés en groupe et de ce fait contrôlés. Leur nombre, assez élevé (ils étaient près de 1 500) pouvait gêner le gouvernement des U.S.A. qui demandait de les faire sortir d'Espagne en utilisant le même dispositif qui leur avait permis d'y rentrer. Par petits groupes, ils devraient être acheminés sur Bordeaux, Marseille, le Havre, où ils seraient pris en charge par les consulats. Un responsable du service de M. Tréand, à Paris, consulté téléphoniquement, m'ayant donné son accord, l'évacuation des volontaires Américains commença dans les jours qui suivirent et à la mi-décembre, elle était totalement terminée.

J'ai soupçonné les Américains d'avoir donné quelque chose en compensation de ce service rendu. Par un camarade rencontré pendant la Résistance, j'ai appris (mais lui-même n'en était pas certain) que les Américains avaient fourni une aide à caractère humanitaire, vêtements et nourriture, pour les nombreux réfugiés arrivés en France en 1939. Je souhaite que ce soit vrai.

Après le rapatriement des volontaires Américains, la filière maintenue à Bourg-Madame, cessa pratiquement de fonctionner et je repris mes activités dans la région toulousaine, au parti et pour le Centre de diffusion du livre et de la presse.

Ce qui fut l'épopée espagnole, s'achevait en tragédie. Les derniers jours de janvier 1939 voyait la fin de toutes les espérances. Ce qui restait de l'armée républicaine se rapprochait de la frontière française, seul refuge désormais possible. Nous ignorions quelle serait l'attitude du gouvernement français face à cette arrivée massive de réfugiés.

Au cours d'une réunion avec des délégations du parti socialiste et du parti radical, qui eut lieu place Wilson à Toulouse, nous avons demandé l'aide active des trois organisations en faveur des réfugiés que nous allions inévitablement recevoir. Si la réponse du délégué socialiste fut encourageante, celle de Galamand, responsable du parti radical, le fut moins. Les radicaux avaient alors, depuis le 10 novembre, quitté le Front Populaire et Daladier (radical) était président au conseil. A ma question : « Que fera le gouvernement pour aider les réfugiés espagnols qui se pressent à notre frontière? », Galamand eut cette réponse que je n'ai pas pu oublier : « Rien et qu'ils s'estiment heureux qu'on les laisse rentrer sans leur tirer dessus ».

Le dimanche 5 février, au plus fort de l'exode, j'étais parti de Toulouse avec un camion de ravitaillement. Un jeune communiste de Toulouse, dont le nom m'échappe, m'accompagnait. Nous arrivons à Cerbère dans l'après-midi. A la gare des marchandises, nous trouvons le futur docteur Marquié et deux infirmiers, mis à sa disposition par le professeur Ducuing; et tout de suite une vision d'horreur.

La gare des marchandises, cependant vaste, est bondée de blessés, malades ou infirmes, allongés sur les quais ou sur les rails, côte à côte, sur une mince couche de paille, et de nouveaux blessés arrivent constamment par le tunnel international. La plupart, opérés de fraîche date, arrivent avec des pansements de fortune. A l'extérieur, les femmes et les enfants sont là entassés par centaines ou par milliers (comment savoir) par un froid glacial, sans nourriture, sans boissons chaudes.

Combien, militaires ou civils, mourront en cette nuit d'apocalypse du 5 au 6 février ? Le saura-t-on jamais? Une chose est certaine et je l'ai toujours proclamé bien haut ils furent assassinés par le gouvernement français qui, sachant depuis des semaines qu'une masse de réfugiés allait se replier sur la France, n'avait rien prévu pour les recevoir, sauf des camps d'internement pour les militaires. Dans la nuit du 5 au 6 février, j'affirme n'avoir vu en gare de Cerbère pas une ambulance, pas un médecin militaire, pas un abri, pas un brasero. Rien, rien qu'une absence délibérément voulue.

Ce n'est que le 6 au matin, qu'arriva UNE ambulance avec un médecin militaire et un infirmier, cela pour évacuer des centaines de blessés et malades. Toute la nuit, nous avons, à cinq, fait de notre mieux, mais que pouvait notre bonne volonté devant cette accumulation de détresses ? Le ravitaillement que nous avions amené fut distribué, il ne nous resta que de l'eau à donner aux blessés. Les plus valides venaient au robinet, nous faisions boire les autres et il m'est arrivé de soulever, pour le faire boire, un mort...

Enfin, dans la journée du 6, le service de santé commença à prendre en charge l'évacuation des blessés. Notre tâche était terminée : notre dernier contact avec l'Espagne s'achevait sur une vision d'horreur. Je reste persuadé que les Espagnols qui sont passés par Cerbère en ces journées et nuits glaciales de février, n'oublieront jamais l'accueil qui leur fut réservé par le gouvernement d'un pays réputé pour ses traditions d'hospitalité. Je m'honore avec les quelques camarades qui nous sommes trouvés sur place d'avoir donné aux réfugiés, une image plus généreuse et plus fraternelle de mon pays, qui allait, pour la plupart, devenir le leur.

7. Ultime hommage

Un dernier mot sur les combattants volontaires des Brigades Internationales ils sont entrés dans la légende non comme des héros, mais comme des militants qui savent que la liberté s'acquiert et que lourd est le prix dont il faut la payer. Toujours au plus dur des combats, animés d'un esprit de sacrifice incontestable, ils firent le sacrifice de leur vie, sans l'espoir d'une récompense, avec la seule volonté de servir la liberté ; c'est pourquoi les Brigades Internationales furent une épopée.

35 000 volontaires internationaux environ ont servi dans les Brigades. Rares sont les survivants qui n'ont pas été blessés. 10 000 environ, dont 3 000 Français, sont ensevelis à jamais dans cette terre d'Espagne qu'ils étaient venus défendre. Les survivants restés en France ou revenus dans leur pays d'origine, prirent une part importante à la résistance à l'Allemagne hitlérienne et lui fournirent des chefs expérimentés.

Décimés en Espagne et pendant la guerre mondiale, les volontaires ont eu également à subir les coups de Staline ou des dirigeants des partis nationaux à sa dévotion. On connaît le sort tragique réservé aux généraux Stem et Kleber disparus dans les purges de 1938, celui de Raik, Kostov et Slansky déshonorés et condamnés dans des procès honteux ainsi que des centaines d'anciens d'Espagne.

Et comment conclure ce chapitre sur les Brigades Internationales sans évoquer la grande figure d'André Marty leur chef d'état-major général. Ne pouvant l’exécuter, le P.C.F. le rejeta de ses rangs en le calomniant et en usant à son égard de procédés abjects. De ses accusateurs de l'époque beaucoup sont morts et les survivants sont disqualifiés à jamais. Mais que penser de ceux qui aujourd'hui encore refusent de lui rendre justice à titre posthume ? Malgré l'anathème, la calomnie, la menace et autres aberrations enfantées par le système répressif stalinien, malgré les interdits dont sa mémoire est encore l'objet, André Marty restera pour toute une génération une des figures les plus marquantes du mouvement ouvrier.

 

Et pour les générations à venir, il appartient aux survivants de la grandiose épopée, de corriger les contrefaçons volontairement faites de leur histoire et de rappeler constamment ce que fut l'aide généreuse du prolétariat international dans la geste héroïque du combat de l'Espagne républicaine."Marcel Thourel

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 16:53

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"5. Le premier convoi

Le premier convoi organisé passa la frontière dans les derniers jours de mai, une partie par l'enclave de Livia, l'autre par Bourg-Madame. J'étais avec ce premier convoi, rassemblés chez Cristofol et à Ur. Nous sommes montés à Puigcerda dans la nuit et par mesure de précaution, dans la rivière, tenant nos habits au-dessus de nos têtes. Pour la petite histoire, il y avait avec nous deux Noires Américaines, infirmières, qui rejoignaient le service de santé des Brigades. Elles montèrent à Puigcerda comme nous, dans le plus simple appareil, mais, noires dans la nuit noire, je n'ai conservé comme souvenir qu'une vision confuse et ténébreuse.

Ce premier convoi était composé de Français, de Canadiens, d'Anglais et d'Allemands. Ceux passés par Llivia nous rejoignirent. J'en confiai le commandement en plus du « passeur » venu, je crois, de Prades, à un Allemand, vétéran de la guerre 14-18, qui avait l'avantage de parler le français et l'anglais. J'ai appris par la suite, qu'après avoir été blessé, il fut tué lors de l'offensive de Téruel d'autres volontaires du convoi, aussi, hélas !

Ici se place un épisode, que j'ai vu se reproduire par la suite, et qui ne s'effacera jamais de ma mémoire. Arrivés à Puigcerda, spontanément, tous les volontaires voulurent nous remettre argent, montres, stylos, tout ce qui avait un peu de valeur, en nous disant « Ce sera pour aider les familles des premiers d'entre nous qui tomberont ». Geste touchant de solidarité, qui se renouvela en Espagne. On cite le cas de volontaires ayant fait don de leur solde pour construire une école pour la population d'un village. Ne pouvant accepter ce dépôt, j'ai conseillé qu'il soit remis au gestionnaire de la formation à laquelle ils seraient affectés ; et je crois qu'il en fut ainsi fait.

Une pratique dont il convient de parler, c'est celle du retrait automatique des passeports aux volontaires. Cette mesure pouvait se justifier pour le cas où, faits prisonniers, il aurait été de ce fait, difficile de prouver leur nationalité et de mettre en cause leur pays d'origine. Lors du rapatriement des volontaires internationaux, Anglais et Américains en particulier connurent des difficultés pour rentrer en possession de leur passeport. Beaucoup n'y réussirent pas, on leur répondait qu'il avait été égaré. On devine que ces passeports ne furent pas « perdus » pour tous.

Pendant la durée de la guerre, j'ai fait de fréquents voyages à Paris pour y rencontrer les responsables nationaux du travail pour l'Espagne. Rue Mathurin- Moreau, j'ai eu un entretien avec un Yougoslave qui s'occupait du recrutement des volontaires d'origine yougoslave, hongroise, roumaine, bulgare, grecque, etc. Je n'ai pas un souvenir précis de cette entrevue, mais beaucoup de points de ressemblance me font supposer qu'il pouvait s'agir de Tito, qui, on l'a su par la suite, s'occupait des émigrés des pays balkaniques dont les volontaires, envoyés par Paris, utilisaient nos filières pour les passages. Ceux-ci se sont poursuivis pendant plus d'une année, sans trop de difficultés. Pas un de nos convois ne fut intercepté ; il est vrai que notre réseau de renseignements fonctionnait à merveille, et que nous opérions de nuit sur un terrain désormais familier.

Une des plus grandes difficultés que j'ai rencontrée, fut celle de la langue. En effet, j'ai vu passer des volontaires de toutes les nationalités, certains venant directement de leur pays d'origine sans aucun rudiment de notre langue, ni d’aucune autre ; c'était le cas pour les Scandinaves, les Asiatiques, les Balkaniques. Certains convois étaient une tour de Babel miniaturisée. Heureusement, il se trouvait toujours dans le nombre quelque émigré, ayant séjourné dans plusieurs pays, qui arrivait à se faire comprendre de l'ensemble. Par la suite, pour pallier cette difficulté, j'avais obtenu de conserver provisoirement en France, cinq volontaires, véritables polyglottes qui, ensemble, pouvaient interpréter toutes les langues ou dialectes parlés.

Cela m'a été fort utile dans l'organisation des convois, car au deuxième passage que je fis, j'avais rencontré des difficultés quasi insurmontables. N'avais-je pas dans ce convoi, outre des Français, des Belges et des Suisses, des Finlandais, des Norvégiens, des Tchèques, des Albanais, des Mexicains, quelques Japonais, un Chinois, et d'autres dont je ne me souviens plus très bien? Cet assemblage hétéroclite donne la mesure de la difficulté. Ce problème se retrouvera dans les Brigades dont les unités seront formées sur des bases linguistiques au niveau de la section, de la compagnie ou du bataillon quand ce sera possible.

A partir de 1937, des Espagnols seront, soit individuellement, soit par unités, versés dans les Brigades Internationales. A mesure que la proportion d'Espagnols augmentera, le castillan supplantera le français, l'allemand et l'anglais, langues les plus utilisées jusqu'alors aux Brigades.

A l'occasion d'un autre séjour à Barcelone, j'ai rencontré Marcel Clouet vieux camarade de Toulouse. Il venait du front Nord. C'était avant qu'il ne perde un bras. Je ne l'ai jamais revu, car il fut fusillé par les Allemands à Lyon pendant l'occupation. En février 1938, à Castellar, près de Téruel, en pleine bataille où les Brigades étaient engagées pour la défense de cette position prise aux fascistes, j'ai rencontré Franz Dalhem, commissaire aux effectifs de la XIe brigade, et Pierre Rebiere, commissaire de la XIVe. Ces deux brigades étaient affectées à la 45e division Hans Kahle, qui allait être engagée à fond, le 14 mars, devant Caspe, sur le front d'Aragon.

Dalhem et Rebière se firent pressant pour que j'envoie, par des moyens accélérés, les volontaires encore en instance de passage en France. L'offensive de Téruel et la défense du front d'Aragon ayant causé d'énormes pertes aux Brigades, les demandes de renforts devenaient de plus en plus pressantes. Elles devinrent angoissantes lors de la bataille de l'Ebre où la XIVe brigade, à Ampasta, perdra 60 % de son effectif. Malheureusement, en 1938, la source d'approvisionnement en France était tarie, la plupart des militants volontaires étant déjà partis. Nos convois ne sont plus que des petits groupes de plus en plus espacés. Les services de recrutement de Paris et d'ailleurs font l'impossible mais on a l'impression que le plein a été fait et le recrutement de cette époque, s'il ne gagne pas en quantité, perd en qualité.

Au cours d'une visite de nuit à Albacete, siège de l'état-major des Brigades, j'ai vu pendant quelques minutes André Marty, inoubliable dans sa haute stature et ses yeux bleus à fleur de tête. Avec lui Pauline, sa femme, que je connaissais de Toulouse elle était la sœur de Taurinya qui aura le rôle que l'on sait, lors de l'affaire Marty.

A partir de mai 1938, la base des Brigades Internationales fut transférée d'Albacete à Barcelone, l'Espagne républicaine étant coupée en deux par l'offensive rebelle. Les Brigades ne seront désormais engagées que sur le front de Catalogne et d'Aragon. Seuls cinq cents volontaires étrangers qui n'avaient pu être rapatriés par manque de moyens de transports maritimes resteront intégrés à l'armée du centre. Aucun de ces hommes n'est revenu, ils furent certainement exécutés par les fascistes après la reddition.

 

A la mi-juin, nous avons participé à l'évacuation de la 43e division, encerclée dans la vallée del Alto Cinco, commandée par le colonel Beltram, surnommé « el esquinazardo » (le renard), acculé à la frontière. Après une résistance héroïque, privé de tout ravitaillement, il rentra en France avec toute sa division et demanda à être immédiatement rapatrié en Catalogne. Le transfert fut fait par chemin de fer, avec ravitaillement à Toulouse par nos soins, car le gouvernement français n'avait rien prévu, ou rien voulu faire." Marcel Thourel

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 16:52

Hier, à Caussade grâce à l’association MER 82 et au cinéma une soirée a été consacrée aux Brigades internationales. Dans le débat une personne a rappelé le cas de Marcel Thourel. Pour appuyer cette intervention voici ce que ce militant écrit dans son livre Itinéraire d’un cadre communiste 1935-1950 du Stalinisme au Trotskysme publié chez Privat en 1980. Son premier voyage évoqué ici se situe après les événements de mai de Barcelone, qui opposent anarchistes et communistes. L’article est en trois partie. JPD

P.S. : Nous avons publié dernièrement de Marcel Thourel son texte sur Razoua

 Sur Raouza

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"4. Mon premier passage

Le 7 mai 1937, je faisais moi-même mon premier passage en Espagne en suivant la filière Toulouse-Barcelone, accompagné de F... qui me servait de courrier. Après une halte chez Cristofol, nous quittions Bourg-Madame et en longeant le torrent, nous remontions jusqu'à Puigcerda. Un bataillon d'un régiment de carabiniers occupait la ville qui venait d'être reprise aux anarchistes après l'incendie de l’église.

Le soir, repas à l'hôtel et premier contact avec la faim, qui sera le lot commun de tous ceux qui ont séjournée en Espagne à cette époque. De ce premier contact avec ce pays dont le seul nom me fait encore vibrer, j'ai gardé en mémoire quelques souvenirs qui, s'ils s'accommodent plus de l'anecdote que de l'histoire n'en sont pas moins révélateurs de situations. Au menu du soir, seulement des haricots bouillis à l'eau. Pour les améliorer, je les assaisonnais d'une huile d'olive d'un goût si détestable qui les rendit parfaitement immangeables. Le lendemain matin, avec les délégués de la commission militaire permanente, maintenant contrôlée par le parti communiste espagnol, nous mettons sur pied un dispositif qui va permettre de réceptionner tous les convois que nous allons faire passer. Il est entendu que le « passeur », responsable du convoi venant de France, assumera sa responsabilité jusqu'aux dépôts des Brigades à Figueras ou Barcelone ; la commission militaire permanente devant seulement assurer la réception. L'irrégularité des horaires des transports ferroviaires nous fit attendre, F... et moi, pendant seize heures, la formation d'un tram. Nous partons le 9 en début de matinée pour atteindre Barcelone dans la nuit. Voyage des plus pittoresques, mais aussi des plus inconfortables, agrémenté d'un contrôle policier de deux « flics » très méfiants à notre égard malgré les laisser-passer dont nous étions pourvus. Il s'agissait, je lesai retrouvés par la suite, de policiers appartenant à la C.N.T. d'obédience anarchiste qui ne voyaient pas d'un bon œil l'arrivée de volontaires communistes dans leur pays, et on les comprend, à la suite des événements qui venaient de se dérouler en Catalogne et de ce que l'on a appris par la suite. Nous sommes arrivés à la gare du Nord, à Barcelone, dans la nuit du 9 au 10 mai. Nouvel interrogatoire au commissariat de la gare par nos deux « compagnons » de voyage. Après vérification téléphonique au siège du PSUC où j'avais été accrédité par Paris, on nous conduit en voiture à l'hôtel Colon, place de Catalogue.

Curieux réveil au matin; une partie du mur de la chambre donnant sur la Place de Catalogue avait été emportée lors d'un récent bombardement. Une couverture masquait l'orifice. Fatigué, la veille en arrivant à l'hôtel, je m'étais endormi sans remarquer ce détail. Heureusement que je n'étais, ni ne suis somnambule ; ma chambre était au sixième étage ! Les bombardements de nuit par l'aviation italienne basée à Majorque, étaient très fréquents sur Barcelone. Il me souvient d’une nuit où, pendant une alerte, je remarquais par le « trou » de ma chambre des signaux lumineux venant du bosquet situé au centre de la place de Catalogue.

Le garde de l'hôtel, avertie, envoya quelques rafales de mitrailleuse vers le bosquet où, le matin, on découvrit trois cadavres. Un exemple du sale travail, d'agents de la « 5éme colonne», signalant le centre de la ville pour un meilleur repérage par les avions ennemis.

Il faisait terriblement faim, à Barcelone, en cette période de mai 37, et par la suite aussi d'ailleurs. Le « Négus », un camarade de Toulouse que j'avais rencontré sur place, où il était en mission, m'avait indiqué un restaurant français, dans la troisième rue à droite, en descendant Las Ramblas de las Floras, où, m'avait-il assuré, on pouvait manger à peu près convenablement. Nous y allâmes, F... et moi, et, en fait de gueuleton, nous eûmes droit à un artichaut et aux cent grammes de pain réglementaires ; c'était peu pour des estomacs affamés. Je revins quelquefois à ce restaurant français. Le menu était invariable, exception faite d'un repas où il me fut servi un œuf et une portion de salade.

Un soir je fus invité à dîner par le colonel et l'état-major, commandant le régiment de carabiniers, cantonné à Barcelone. L'objet de cette invitation : il venait de Valence d'où il ramenait deux mitrailleuses russes, quelques sacs de pommes de terre, et un peu de café. La répartition équitablement faite sans distinction de grade, nous nous régalions de pommes de terre bouillies, lorsque l'alerte aérienne fut donnée. Par discipline, nous avons rejoint les abris, impatients de reprendre le repas interrompu. Moi qui ne suis pas très friand de ce légume, je reconnais avoir fait ce soir-là, un des repas mémorables de ma vie.

Mon séjour devant se prolonger, je renvoyais F... en France, avec des instructions pour les premiers passages qui allaient commencer à la fin du mois. Je fus retardé par l'absence d'Hans Better, qui s'occupait en France du recrutement d'émigrés antifascistes Allemands et Italiens pour les 11e et 12e Brigades Internationales. Nous devions travailler ensemble pour l'acheminement des volontaires Allemands et Italiens par nos filières. Il arriva à notre rendez-vous avec plusieurs jours de retard. Entre-temps, j'avais eu une entrevue avec Juan Comorera, secrétaire général du PSUC (parti socialiste unifié de Catalogne).

Enfin, les 17 et 18 mai, nous pûmes tenir des réunions de travail auxquelles participaient un représentant du PSUC., un représentant de la direction du syndicat des cheminots (pour le transport des volontaires), Hans Better, un délégué du commissaire aux effectifs de l'état-major des Brigades, un délégué des places de Figueras et Puigcerda. En deux jours de travail, nous avions mis sur pied un dispositif qui fonctionnera dans les meilleures conditions, jusqu'en février 1939. Pendant la mise en place de ce dispositif, les envois continuaient par Perpignan ou par mer, tant que les autorités « fermaient les yeux ».

 

Mon travail en Espagne terminé, je rentrais en France. Je profitais d'un camion militaire qui me ramena à Puigcerda. Je fis le voyage avec deux officiers qui, pour m'être agréables, m'offrirent à déjeuner dans une petite auberge de Ripoll. Après une heure d'attente, une vieille dame nous servit un poulet famélique, certainement unique dans son genre ; il n'avait, et l'expression n'est pas imagée, que la peau et les os. La bonne dame s'excusa de cette maigre chère et nous reprîmes la route sur notre faim. De Puigcerda, je passais la frontière, dans les mêmes conditions qu'à l'aller, en fin d'après-midi. A la Tour-de-Carol, j'avais une demi-heure à attendre avant le départ du train pour Toulouse. J'allais au buffet de la gare avec une telle faim à satisfaire, que je n'eus pas la force, lors du départ du train, de me lever de table. Enfin rassasié, je couchais à la gare et ne partis que le lendemain pour Toulouse." Marcel Thourel

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 14:28

Voici un poème de Guillevic extrait du numéor de Commune du 1939. Il fait suite aux derneirs écrits de Machado. Je crains que ce soit la seule référence de ce blog à Guillevic. JPD.

 

POÈME DIALOGUÉ A LA MÉMOIRE DE CEUX D'ESPAGNE

                                                     A ANDRÉ MALRAUX.

— Le vent, le froid, les drapeaux, la nuit,

Le froid, les balles, les drapeaux, la suie,

Crachats rapides entre les cris.

 

— On attend cette nuit dans les cours et les aires

La mort de la menace et la venue des fruits.

 

— Tu sais — ceux qui chantaient quand la ville brûlait,

Ceux qui mangeaient de l'herbe aux rebords des fossés,

Ceux qui tombaient en tas en marchant vers les balles.

 

— La fatigue est venue aux paupières des femmes,

Elles n'accoucheront avant la mort de l'aube

Que si le puits s'emplit des sueurs de l'étable,

Que si ta main presse ma hanche.

 

— Mais dans la nuit,

La marche interminable au bûcher.

 

— Ton sang demande à s'épancher.

Je nie souviens : dans le pré vert où tu marchais,

Le cri impitoyable du coucou

Me rappelait ton cou si chaud

Où le sang ne se plaisait plus.

 

— Soleil mangeur de chair,

Rives criant de faim,

Cri des volailles égorgées —

Font se dresser les arbres aux bords des marécages

Ou les poissons s'écaillent sur la vase assoiffée...

 

Sang qui rumines en toi

La naissance de plus qu'écaille sèche, sable chaud,

Préserve intacte la dureté du ventre.

 

 

GUILLEVIC.

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 13:55

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Elsa Osorio, un pied à Madrid et l'autre à Buenos Aires sera au Marathon des mots à Toulouse aussi voici un entretien avec elle au sujet de son dernier livre dont vous avez ci-dessus la couverture de la version française et celle de la version espagnole. JP D

 

Votre ami, l’écrivain Juan José Hernandez vous a parlé pour la première fois de Mika, cette héroïque Argentine qui avait commandé un bataillon pendant la guerre d’Espagne, en 1986. Vous avez achevé « La Capitana » plus de 15 ans après. Pourquoi avoir tant tardé pour en faire un personnage de roman ?

Elsa Osorio : Que j'ai choisi un roman et pas un essai ne veut pas dire que je pouvais imaginer ce que je voulais ... Je raconte de faits historiques. Sachant que beaucoup de gens y ont perdu la vie, je ne pouvais pas me permettre de raconter ces événements sans avoir de solides bases historiques. Un exemple : beaucoup disent que le POUM [le Partido Obrero de Unificación Marxista, une organisation révolutionnaire espagnole qui a pris part à la guerre] a été exclu de la guerre d’Espagne parce qu’ils étaient trotskistes alors que, pendant mes recherches, j’ai pu lire un article contre le POUM écrit par Trostski et des articles d'un dirigeant du POUM contre la position que Trotski a pris pendant la guerre d'Espagne. J’ai dû beaucoup lire pour pouvoir comprendre la place complexe du POUM durant cette époque et faire de nombreuses recherches personnelles..

Vous décrivez avec de fascinants détails les lieux où Mika a vécu, notamment la Patagonie, où Mika et Hipolito, son compagnon, ont tenté de venir en aide aux ouvriers agricoles réprimés. Avez-vous parcouru vous aussi tous ces endroits ?

Elsa Osorio : Le paysage de la Patagonie m'a beaucoup touché, c’est cette idée d'espace infini que je tente de rendre présent dans mon roman. J'ai parcouru tous les endroits où Mika a vécu : j ai marché sur ses traces à Paris, j'ai visité les mansardes où, avec son compagnon, ils logeaient, j'ai parcouru les rues de Berlin en tentant de découvrir ce qu'ils avaient vécu là. J'ai passé des heures dans le café qui fait face à la "Bulow Platz", aujourd'hui "Rosa Luxembourg Platz", où les nazis défilaient devant le siège du PC. Je lisais les notes qu'ils ont pris et j ai pu ressentir profondément leur angoisse, leur désillusion et leur désespoir.

Le nom de notre cher Juan Carlos Cáceres apparaît à un détour du récit. Qu’écoutiez-vous pour retrouver les émotions de Mika ?

Elsa Osorio : Je parle du musicien Juan Carlos Cáceres mais je ne l’ai pas connu. C'est Guillermo Nuñez, un musicien qui jouait avec Cáceres, qui m'a raconté beaucoup de choses sur la vie de Mika. Ils sont devenus très amis, et son récit, émouvant, m'a permis de visualiser une Mika de 70 ans, vivante, pleine d’énergie, d’humour, et sage.

Justement, bien qu’âgée, Mika a montré aux étudiants parisiens comment dresser les barricades de mai 68. Si elle était encore vivante, elle s’indignerait avec les Espagnols et les Grecs et occuperait Wall Street avec les New Yorkais ?

Elsa Osorio : Je crois que oui. Elle était toujours où il fallait être, cohérente..

Y a-t-il d’autres personnages historiques que vous aimeriez – si, comme les chats, vous aviez neuf vies – faire revivre dans un roman ?

Elsa Osorio : Franchement, non, car je préfère travailler sur des personnages de fiction. Mais dans le cas de Mika, j’ai choisi de travailler sur une personne réelle, car je trouvais que la vie héroïque de cette femme était injustement oubliée. Je devais faire connaitre son nom.

Finalement, Mika fait partie de cette génération de militants qui n’ont pu empêcher ni le nazisme ni le franquisme. Quelle leçon en tirez-vous ?

Elsa Osorio : Beaucoup de leçons. La plus importante : que la gauche perd plus de temps à se confronter à ses proches qu'à voir ses vrais ennemis. Par exemple, en Allemagne, les élections de novembre 1932 montrent que le PC et le PS auraient obtenu ensemble la moitié des voix aux élections, ce qui leur aurait permis d’empêcher la victoire du nazisme. Mais, pour les communistes, l'ennemi sacré était la démocratie, et, pour les socialistes, le communisme. Et voila ! Ils sont devenus la chair au canon de la deuxième guerre mondiale ...

 

Propos recueillis par François Mauger

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 10:35

                                 tombe-gerda-taro.jpg

La tombe de Gera Taro au Père Lachaise, avec une colombe, oeuvre de Giacometti.

Cet article de L’Humanité, au-delà de l’événement, témoigne d’une époque.

 

L’Humanité 2 août 1937

La vaillante journaliste Gerda TARO tuée sur le front de Madrid

a eu hier d'émouvantes obsèques

 

Les obsèques de la vaillante reporter photographe de notre confrère Ce Soir, qui trouva la mort dans un malencontreux accident sur le front de Brunete, se sont déroulées hier matin.

Toute la matinée, la foule, hommes, femmes, vieux, jeunes, groupes de jeunes chrétiens de l'Y. M. C. A., est venue nombreuse, à la Maison de la Culture, 29, rue d'Anjou, s'incliner devant la dépouille mortelle de la malheureuse jeune fille, cependant que des délégations, se relayant, montaient une garde d'honneur.

A 9 h. 30 c'était la délégation de l'Humanité qui assurait cette garde ; Cependant, les couronnes des divers groupes, organisations et personnalités, affluaient. On pouvait noter celles du Syndicat des crieurs de journaux, des Produits chimiques, du Comité international d'aide à l'Espagne, des midinettes, du groupe Art et Travail, de la Fédération du bâtiment, de l'Union des jeunes filles de France, de l'association internationale des écrivains.

La couronne de l'Humanité est particulièrement remarquée, ainsi que celles de l'ambassade d'Espagne, de l'association des volontaires d'Espagne, du personnel et de l'administration de Ce Soir, des porteurs de Paris-Midi et de Paris-Soir etc.

Mais la foule se rassemblait dans la rue d'Anjou, attendant pour conduire la vaillante jeune fille à sa dernière demeure.

L'Harmonie est en tête, des porteurs de couronnes se placent ensuite, puis un char de couronnes et enfin, le char funèbre qui transportera le corps.

Plusieurs milliers de personnes sont présentes quand l'Harmonie entonne une marche funèbre, cependant que des jeunes filles portant des couronnes, se placent autour du char. Le cortège, à travers Paris, va rejoindre le cimetière du Père-Lachaise.

On reconnaît Jean-Richard Bloch et Aragon, co-directeurs de Ce soir, Léon Moussinac, Jeanne Moussinac, Paul et Henriette Nizan, Benson, administrateur de Ce soir, notre camarade Delon, qui conduit la délégation de l'Humanité, Cabrol, dessinateur à l'Humanité.

De nombreux confrères sont également présents.

Tout le long du parcours, tant sur les boulevards que dans le quartier populeux de Ménilmontant, la foule stationnant, sur les trottoirs, attendra le passage du cortège.

Au Père-Lachaise, non loin de la tombe du regretté Henri Barbusse, face au Mur des fédérés, le cortège s'arrête. C'est à cet endroit que reposera désormais Gerda Taro.

Broc, au nom des collaborateurs de Ce soir, prenant la parole, rappelle le courage de la jeune disparue. Bergamin, au nom des écrivains espagnols, apporte le témoignage de l'Espagne républicaine et ajoute : «Je m'engage ici, comme écrivain, comme Espagnol et comme croyant, à apporter un jour ce qui était sa joie, la victoire de l'Espagne républicaine.»

Puis un délégué du syndicat des photographes vient déclarer que « Gerda Taro restera comme le symbole de leur métier.»

Aragon, directeur de Ce soir, apportant ses condoléances à la famille de la victime, rappelle le courage indomptable de cette jeune femme. Il associe son nom à ceux de Guy de Traversay, Delaprée morts en Espagne, à Lina Odéna, la gloire de la jeunesse espagnole, et à tous les martyrs de la guerre civile. Puis le corps est descendu dans la tombe et la foule une dernière fois défile.

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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 14:12

                                              Taro.JPG

Au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris, une expo réunit quatre photographes autour d’un sujet, la guerre d’Espagne. Leurs négatifs ont été retrouvés après des années de recherche et depuis 2007 ils sont entre les mains de l’ICP qui, par cette expo, permet leur découverte. La valise mexicaine (titre de l’expo) présente la guerre seulement du côté républicain mais sur l’ensemble du territoire. J’ai retenu cette photo de Gerda Taro car conformément aux habitudes l’épouse a été éclipsée par son mari, en l’occurrence Robert Capa. J’espère revenir sur son cas. Je donne les biographies des quatre artistes telles qu’elles sont sur le dépliant du musée. JP Damaggio

  

GERDA TARO

Gerda Taro est une des premières femmes à être reconnues comme photojournaliste. Née Gerta Pohorylle à Stuttgart (1er août 1910 — Brunete, Espagne, 26 juillet 1937), elle s'installe à Paris en 1933. Elle rencontre rapidement «André» Friedmann qui l'initie à la photographie ; au printemps 1936, ils adoptent les noms de Robert Capa et Gerda Taro. En août 1936, ils se rendent en Espagne pour leur propre compte, afin de documenter la cause républicaine pour la presse française. La brève carrière de Taro est emplie d'images dramatiques du front de la guerre d'Espagne. Son style tend à se rapprocher de celui de Capa, mais en diffère par un intérêt plus marqué pour les compositions formelles et une intensité particulière résultant du choix de sujets morbides. Elle travaille aux côtés de Capa et tous deux collaborent étroitement. Couvrant la bataille cruciale de Brunete en juillet 1937, elle meurt après avoir été heurtée par un tank. Elle est la première femme photographe à trouver la mort lors d'un reportage sur la guerre.

 

ROBERT CAPA

Robert Capa est l'un des plus fameux photojournalistes du XXe siècle. Né Endre Ernö Friedmann (Budapest, 22 octobre 1913 — Thai­Binh, Viêt Nam, 25 mai 1954), il est contraint de quitter la Hongrie à l'âge de dix-sept ans, en raison de son engagement politique à gauche ; il s'établit à Berlin où il commence des études de journalisme à la Deutsche Hochschule fur Politik. Sans argent, sans emploi, et avec une connaissance limitée de l'allemand, il se tourne vers la photographie pour gagner sa vie. En 1933, il arrive à Paris où il se lie avec Chim, Stein et Taro. Ses clichés de la guerre d'Espagne installent sa réputation ; son travail se caractérise par une proximité viscérale avec l'action, rarement vue auparavant. Au fil des négatifs de la valise mexicaine, on peut voir Capa s'animer avec ses sujets, cherchant à comprendre et à vivre les événements au plus près de leur rythme.

 

DAVID SEYMOUR CHIM

Chim, de son vrai nom Dawid Szymin (Varsovie, 20 novembre 1911 — Suez, 10 novembre 1956), naît dans une famille d'intellectuels et d'éditeurs. En 1933, après des études d'arts graphiques à Leipzig, il s'oriente vers la photographie pour subvenir à ses besoins, tout en suivant des cours à la Sorbonne à Paris. Ses images du Front populaire lui apportent la reconnaissance; il devient un collaborateur régulier du magazine communiste Regards. Comme Capa, il couvre toute la guerre d'Espagne. Mais à la différence de ce dernier et de Taro qui cherchent à photographier le front, Chim livre ses meilleures images en s'attachant à des individus loin du champ de bataille, réalisant des portraits de personnalités, de soldats devant leur maison ou de paysans au travail dans de petites bourgades. Sensible aux conditions politiques complexes issues de la guerre, il empreint ses images d'une tonalité nuancée.

 

FRED STEIN

 

Fred Stein, né à Dresde (3 juillet 1909 — New York, 27 septembre 1967), fait des études de droit. Interdit d'exercice parce que juif, il fuit l'Allemagne pour Paris en 1933, sous le prétexte d'une lune de miel avec sa femme. Là, il travaille comme photographe, s'intéressant aux scènes de rue et réalisant des portraits d'intellectuels et d'amis tels Hannah Arendt, Willy Brandt, Arthur Koestler ou André Malraux (il poursuivit toujours son activité de portraitiste). C'est par l'intermédiaire de Taro, qui louait une chambre dans son appartement, qu'il rencontra Capa. Stein réalise des portraits d'elle à de nombreuses reprises en 1935 et 1936. Il finit par fuir la France via Marseille pour s'installer à New York.

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 20:47

                                 huesca-copie-1.JPG

 

Nous avons des amis à Huesca dont un qui aime la photo

https://picasaweb.google.com/neofato/10MHU#

Alors pour ceux qui veulent quelques images des dernières manifs... JPD

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 22:26

Le poète Jean Malrieu sera bientôt sur CFM. Comme tous les poètes de son époque il a été secoué par la Guerre d'Espagne (il avait 21 ans). Comment pouvait-il en rendre compte. Voici le chemin suivi. JPD

 

 

Jean Malrieu (Montauban 1915-Montauban 1976) instituteur, poète, amoureux de Penne et des Gorges de l’Aveyron et fils d’un contrôleur des P.T.T. En tant que poète il a été à l’origine de plusieurs revues dans le monde marseillais : Cahiers du Sud, Action Poétique en 1951 revue dont il s’écarta rapidement en 1956 pour des raisons politiques. Il était communiste mais à partir de 1956 il prit ses distances jusqu’àç se lier en 1968 avec l’extrême-gauche qui publia plusieurs de ses œuvres chez P.J. Oswald.

 

 

GUERRE D'ESPAGNE

 

Révolte des matins chargés à blanc.

Les mutins ont franchi le delta des noyés.

Les marins fusillés à l'encre bleue des journaux de l'aube

Se cachaient le cœur derrière la main.

 

La fleur du sable éclôt au grenier du vent.

Les gestes étonnés d'une colère oubliée

Saignaient.

 

Toutes les dents dehors.

 

Mange ta faim. Les mots de l'amour sont nus

Et l'avant-bras du peuple, l'avant-garde,

Chasse le philtre des impatiences mystérieuses.

 

La liberté de vivre passe par celle de mourir.

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