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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 13:20

 maya.jpg

J’avoue que nous avons été surpris de découvrir la vigueur actuelle de la langue maya dans le Yucatan. C’est vrai, l’heure d’un basculement semble proche si on s’en tient à cette information d’un serveur de restaurant de Mérida : « Le maya fut ma langue maternelle et je le parle encore, mais pour mon fils la langue maternelle ce fut l’espagnol aussi, avec lui, le maya disparaît dans notre famille. »

Ceci étant dans les endroits plus ruraux, le maya continue de jouer son rôle. A Valladolid on trouve cette langue sur des monuments, avec des lectures dans la rue. Si on va dans une ville encore plus petite comme Xocen, l’hommage rendu à Elena Eugenia Larrea Peón actrice, femme de théâtre, le 20 novembre suite à son décès, a été un moment de gloire pour le maya. Elle animait Le laboratoire de Théâtre Indigène et était devenue une personnalité importante du monde culturel.

Cette fête fut « globale ». Un curé maya Fermín Dzib May est venu apporter sa religion et il le fit bien sûr en maya. Le fils Emilio Pellicer Larrea apporta en larmes son témoignage… en espagnol.

Sans chercher à présenter une étude précise nous avons noté combien cette présence linguistique était liée au maintien d’un monde rural pas très puissant au Yucatan (la terre n’est pas fertile) mais très organisé et très actif socialement et culturellement. C’est une association d’Indigènes qui a organisé début décembre à Valladolid une manifestation pour dénoncer la violence au Mexique tout comme les mêmes se retrouvèrent à Cancun pour dénoncer le pouvoir des puissants qui font semblant de lutter contre le réchauffement climatique.

23-12-2010 Jean-Paul Damaggio

 

 

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 20:11

10, 11 novembre 2010 de Valladolid à Mérida

par Marie-France Durand

 

Après le petit déjeuner « régional » à l’hôtel nous nous rendons au terminal de bus pour prendre des billets direction Campeche (conformément au planning fixé la veille). Au café d’à côté, à défaut d’un très bon expresso (cette fois la machine est en panne), nous prenons un jus d’orange pressée avant de nous diriger vers l’église de la Candelaria avec dans l’idée d’aller peut-être voir les ruines de Ek Balam. Devant l’église pimpante et toute de couleur rouge sombre, un téléphone Telmex nous tend les bras pour réserver une chambre à Campeche. Surprise : tout est plein. Nous essayons successivement les hôtels marqués prix moyens sur le guide du routard sans succès. Après une question posée à l’un des hôtels, Jean-Paul croit comprendre qu’il y a une course dans la ville. Comme nous n’avons plus d’unités sur la carte de téléphone nous partons en quête d’une nouvelle. Nos pas nous conduisent vers le zócalo et à une question posée à tout hasard dans une boutique on nous répond de demander dans la pharmacie voisine qui vend, elle, de telles cartes ! Nous voici avec une carte mais avant de téléphoner à d’autres hôtels nous tentons une visite à l’office de tourisme. Très gentiment ils nous indiquent qu’ils ne peuvent faire de réservation pour Campeche mais qu’à côté de l’hôtel San Clemente, il y a une agence de voyage qui devrait nous résoudre le problème. La dame cherche un bon moment mais sans succès. Très étonnée elle nous dit que tout est plein jusqu’à dimanche. Que faire ?

Nous changeons nos plans et nous décidons de nous rendre à d’abord à Mérida pour aller à Campeche ensuite. A l’hôtel San Clemente ils font de la pub pour un hôtel à Mérida : l’hôtel San Juan. On leur demande s’ils peuvent nous faire une réservation ce qu’ils font aussitôt et cette fois nous avons l’hôtel avant le moyen de transport. Je monte dans la chambre me reposer pendant que Jean-Paul repart au terminal pour négocier le changement de billet … qui n’est pas échangeable. La dame hésite, va interroger les chefs et revient en acceptant de changer le ticket pour Campeche (500p), en ticket pour Mérida (250p soit 15,50€), en rendant la somme en surplus. Elle indique que ça ne se fait pas mais que pour une fois … Tout est bien qui finit bien.

Comme le soleil est assez chaud malgré les quelques nuages, une petite nage dans la piscine est toute indiquée. Pique-nique au bord de la piscine dans le patio puis retour plus paisible à la Candelaria que, devant le problème de l’hôtel à Campeche, nous n’avons pu visiter le matin. Mais l’après-midi la porte est fermée. Il sera dit que nous ne visiterons pas l’intérieur. En face, dans un bâtiment de la même couleur rouge sombre bordée de blanc, il y a la bibliothèque publique régionale. Nous entrons pour jeter un coup d’œil sur les livres (voir le texte de Jean-Paul sur les bibliothèques).

De là, par les rues populaires, nous tentons un grand tour afin de voir de jour, la place qui est devant le couvent San Bernardino et que nous avons vue à la nuit tombante. Des enfants, garçons et filles mélangés de l’école voisine, font du sport avec leur prof. Les pros du cerf-volant s’entraînent. Les cerfs-volants sont faits de récupération de sacs plastiques, mais leurs couleurs sont parfois choisies pour attirer l’œil et certains volent très haut. Un groupe mettra un temps fou à faire revenir le sien, un grand cerf-volant blanc avec un rond rouge au milieu, car il faut procéder de manière méthodique pour enrouler la corde d’une longueur phénoménale. Ils se servent d’un lampadaire pour les aider dans leur manœuvre : la ficelle est entourée autour du poteau et après avoir tiré une longueur de ficelle du cerf-volant, ils l’enroulent puis reprennent la manœuvre. Par contre deux jeunes avec un cerf-volant aux plastiques multicolores et plus petit l’accrocheront plusieurs fois aux immenses arbres de la place (des caoutchoucs) pendant que deux autres, plus malins, le font partir très haut tout de suite en utilisant à merveille le vent ascendant à l’intersection de deux rues.

Puis c’est le retour vers le zócalo par des rues encore inconnues et plus populaires. Jean-Paul achète en passant devant une pharmacie un produit contre les hémorroïdes. Au loin nous entendons une fanfare qui répète. Nous arrivons sur le zócalo au moment où cet entraînement s’achève – des garçons et des filles avec tambours et cuivres – pendant que sous les arcades, les lectures continuent, cette fois en langue maya. J’apprends ainsi que cette langue est encore une langue bien vivante ici, tout au moins parmi les vieux. Un vendeur ambulant propose des elotes y esquites c'est-à-dire du maïs, les elotes étant les épis entiers cuits et chauds, les esquites du maïs égréné. J’achète un elote. Le marchand me propose d’y saupoudrer des épices, mais je refuse, car je commence à avoir une certaine crainte des piments, incroyablement forts ici ! Le maïs sur son épi est délicieux. Le bus fiesta tropical stationne sans beaucoup de clients pour l’instant.

Pour le dernier soir à Valladolid nous choisissons le resto de l’hôtel Mesón del Marqués, tout à fait chic. Une très jolie serveuse en robe espagnole rouge nous accueille pour nous mener à notre place dans un patio superbe et sobrement éclairé. C’est le luxe avec goût. Nous décidons de goûter les soupes : de verduras (légumes) pour moi, de cebollas (à l’oignon) pour Jean-Paul. Puis pour moi un poisson magnifiquement cuisiné et présenté, accompagné d’une bière brune Leon negra, tandis que Jean-Paul se lance dans des plats yucatèques : poc chuc (tranches de porc marinées accompagnées d’une sauce) puis un jus de fruits à la couleur vert sombre : ananas, citron, chapaya. Avec, bien sûr, pour tous les deux, des tortillinas bien chaudes. Un régal.

 

Jeudi 11 novembre 2010 : de Valladolid à Mérida

 

Départ pour Mérida par bus ADO à 9 heures, il atteindra Mérida en deux heures. Le bus est toujours très confortable mais trop climatisé. Tout au long du trajet nous avons droit à un film, qui, à notre étonnement, n’est pas un navet étatsunien, mais, doublé en espagnol, un film de la BBC sur le tribunal « Justice et Liberté » instauré en Afrique du Sud pour juger les crimes commis au temps de l’apartheid. Le héros est un ami de Steve Biko, un homme qui fut torturé à mort par la police et dont le corps n’a été retrouvé que plus tard. En même temps la forêt yucatèque défile : que de vert ! Les arbres sont grands sans être immenses (ce n’est pas la jungle) avec principalement le ceiba, arbre sacré des mayas, aux petites feuilles vertes et au tronc tourmenté, et aussi un autre arbre dont les feuilles ressemblent à celles des acacias mais en beaucoup plus petites et les fruits ressemblent à des haricots géants (de 40 à 50 cm) et que l’on a déjà remarqué sur les places dès notre arrivée à Cancún.

A Mérida le terminal est relativement loin de l’hôtel aussi nous prenons un taxi (voir le texte de Jean-Paul à ce sujet). Mérida apparaît aussitôt très différente de Valladolid. Une grande ville (1 500 000 habitants d’après le chauffeur de taxi qui exagère peut-être un peu) où le bruit des voitures et des bus, roulant très vite, est assez infernal par moment. On sent que la ville est très peuplée et les gens différents. A Valladolid, nous étions frappés par la petite taille des gens, preuve qu’ils étaient tous plus ou moins mayas. A Mérida on voit beaucoup de gens plus grands à la peau plus claire.

L’hôtel San Juan est un peu moins cher que le San Clemente (350p soit 22€ la nuit), les prestations sont presque les mêmes : grande chambre avec salle de bain et WC irréprochables, air climatisé, ventilateur et moustiquaire (qui serviront ici car il commence à faire plus chaud), piscine, patio fleuri, avec peut-être la cote en dessous : le patio est étroit, la piscine enserrée dans les deux étages de chambres, le clocher donne sur un immense hôtel de dix étages, le Best Western, alors que les maisons à Mérida n’ont en général qu’un ou deux étages : certains hôtels ont voulu se faire remarquer.

Nous déposons nos bagages pour un tour en ville. Au parque Santa Ana nous faisons une halte pour un pique-nique. Des hommes qui semblent esquintés par la vie (la drogue ?) dorment sur les bancs, nombreux comme à Valladolid, puis nous empruntons le paseo Montejo, l’avenue ultra chic de Mérida, où des grandes maisons, de style parfois très rococo ou néo-classique, ont été construites par des marchands de henequen (ou sisal, tiré de l’agave, une sorte de cactus) qui ont fait fortune en l’exportant. Cette plante, je l’ai rencontrée pour la première fois en Tanzanie où elle est très courante. Elle porte le nom du port proche de Mérida d’où partaient les bateaux remplis de ces feuilles cactées dont on fait la ficelle : je me demande combien de Tanzaniens savent que le mot sisal est celui d’un port du Mexique !

L’une de ces maisons abrite le Musée régional de Antropologia, vraiment très intéressant (41pesos soit 2,50€). Il retrace l’histoire du Yucatan, et principalement le monde

maya : ses connaissances scientifiques comme la numération à base 20 (à laquelle je m’étais intéressée pour la travailler avec mes élèves de terminale) et les notions très sophistiquées qu’ils pouvaient avoir en astronomie, l’écriture constituée de beaux hiéroglyphes toujours inscrits dans des sortes de carrés, le dieu Chac-mool mi-allongé sur les coudes, jambes repliées, la tête tournée vers la droite (regardant ses victimes ?) et un plateau posé sur le ventre dans lequel on déposait les cœurs qu’on avait arrachés aux suppliciés vivants. On y évoque aussi la vie de tous les jours, et un tas d’autres renseignements (en espagnol, maya, et anglais) qui m’ont permis de mieux apprécier ce que nous avions vu à Chichen Itza.

Ensuite retour vers le centre ville et le zócalo, très très peuplé à cette heure, entouré de monuments dont la cathédrale et le palais du gouvernorat du Yucatan. Le Mexique, comme les Etats-Unis d’Amérique est constitué d’Etats relativement autonomes, à la tête desquels on trouve un gouverneur. La presqu’île dite du Yucatan compte trois Etats : le Quintana Roo, capitale : Cancun ; le Yucatan, capitale : Mérida, dont dépend aussi Valladolid ; le Campeche, capitale Campeche. Ce sont deux femmes qui sont à la tête du gouvernorat du Yucatan et à la tête de la mairie de Mérida.

Nous tentons de prendre des billets, sur le zócalo, pour aller dès le lendemain à Uxmal mais apparemment le bureau est fermé alors il faut revenir au terminal de bus. Auparavant l’office du tourisme nous donne un très beau plan détaillé de la ville. Au terminal nous prenons le billet aller-retour Merida-Uxmal (82p soit 5€) puis nous reprenons le taxi pour revenir à l’hôtel : les distances à pied sont plus fatigantes ici car le centre ville est plus étendu et la circulation infernale. Cependant, à chaque passage pour piétons, les voitures s’arrêtent dès qu’elles vous aperçoivent, même de loin pour vous laisser passer.

A l’hôtel petit repos, et bonne douche, avant de repartir chercher un resto le plus près possible. Ce sera Il Caffé italiano, un repas de pâtes à l’italienne pour 300 pesos, soit 19€ à nous deux, boissons comprises. C’est bon, mais des moustiques, les premiers du séjour, me gâcheront un peu la soirée. En rentrant, nous nous arrêtons au Teatro Jose Peón Contreras, un grand théâtre de la ville, pour voir une exposition de peinture et collage de Carina Dumaïs, assez étonnante dans son mélange de thèmes mayas anciens et de thèmes ultra-contemporains. Nous retournons vers l’hôtel, je suis exténuée par tant de marche. Et voici que sur la plaza Santa Lucia, juste à côté, la serenata yucateca démarre. Un orchestre est sur l’estrade et la place s’est remplie pour écouter. D’abord différents morceaux joués pas l’orchestre, puis la troupe folklorique de Mérida vient interpréter quelques danses traditionnelles. Les femmes sont vêtues de huipiles somptueusement brodées de couleurs vives, les hommes tout en blanc avec un chapeau blanc. Ensuite, trois guitaristes joueront quelques airs très agréables, puis une chanteuse viendra interpréter quelques chansons en s’accompagnant de sa guitare, avant que le groupe folklorique vienne clore la soirée. Magnifique ! On en oublierait presque le mal de jambes !

 

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 20:07

8, 9 novembre 2010 : Chichen Itza etValladolid

 par Marie-France Durand

 

Au terminal de bus, après un véritable expresso italien (délicieux) au café d’à côté, nous prenons un billet (21p soit 1,30€) à la compagnie Oriente pour Chichen Itza. Ce n’est pas la 1ère classe, mais c’est très confortable quand même. La différence est que les horaires ne sont pas toujours respectés à la minute près. Ainsi, une sorte de mafioso de l’Oriente, après avoir éjecté des voyageurs de leurs places situées à l’avant (pourtant numérotées), ordonnera au chauffeur d’arrêter le bus devant une gargote pour aller se restaurer, car il a visiblement une petite faim ! Nous attendrons que Monsieur ait terminé son repas.

Après 45 kilomètres de route plate en forêt on arrive à Chichen Itza vers 9h¼. C’est l’un des sites mayas les plus visités au Mexique, et nous avons tenu à arriver tôt pour éviter les hordes de touristes qui déferlent, parait-il, en fin de matinée, venant des hôtels luxueux de Cancún.

Pas de queue pour l’entrée qui est de 167p soit 10€ (116p pour les Mexicains). Heureusement, tous les vendeurs menant au site ne sont pas encore installés, et on peut parcourir les quelques centaines de mètres de forêt sans être trop importunés avant d’arriver à el Castillo, la grande pyramide – qu’on a tous en tête si on a lu Tintin et les Picaros ! C’est aussi celle qu’on trouve dans tous les dépliants touristiques.

Seule au milieu d’une grande étendue d’herbe rase, elle en impose, mais je ne la trouve pas vraiment belle, contrairement aux nombreux autres monuments du site, dispersés dans la forêt : car l’ensemble est vraiment époustouflant. Au milieu de la forêt, des pyramides plus modestes, mais couvertes de bas reliefs, un observatoire astronomique impressionnant, el caracol, dont le dôme est en colimaçon – d’où le nom – où tout a été étudié pour observer les astres, Vénus en particulier, dont les mouvements dictaient les faits et gestes des Mayas, mais pas seulement, puisque le calendrier maya, très compliqué, étonne encore les chercheurs par sa précision dans la mesure du temps. Plus loin un ensemble immense el Edificio de las Monjas (le temple des Nonnes).

Puis la Iglesia (l’église) un bâtiment rectangulaire absolument recouvert de bas reliefs plus ou moins symboliques superbes et de hiéroglyphes. L’écriture maya, comme l’égyptienne comporte des dessins qui ont différents sens suivant le contexte. Il faut parler encore du monument peut-être le plus extraordinaire : el Grupo de las Mil Columnas (le temple aux mille colonnes), presque toutes sculptées. Incroyable ! Et aussi du Cenote : une sorte de puits naturel extrêmement profond, qui permettait d’approvisionner la cité en eau. Les Cenotes, nombreux dans la région, étaient sacrés pour les Mayas. Peut-être parce que c’est très impressionnant, ça ressemble à des puits sans fond que la nature a creusés dans le calcaire. Ils y voyaient le passage avec le monde de l’au-delà.

Proche d’el Castillo, on trouve l’immense terrain de Juego de Pelota (jeu de pelote), muni de grands anneaux de pierre où passer la balle, et couvert de bas reliefs, très figuratifs ceux-là, comme des bandes dessinées de pierre, et racontant le destin tragique des joueurs : les perdants étaient égorgés et leurs têtes mises sur des pieux autour d’un monument proche, très explicite puisqu’il est couvert, sur quatre niveaux, de têtes de morts, toutes plus grimaçantes les unes que les autres.

El Castillo, la grande pyramide était dédiée au dieu Chac-mool. On y faisait monter les 365 marches aux sacrifiés, et, tout en haut, les prêtres leur arrachait vivant le cœur pour l’offrir au dieu avant de jeter les dépouilles au bas de l’escalier. Il parait que vu sous un certain angle, aux équinoxes, les escaliers forment les écailles du dieu serpent Kukulkan (ou Quetzalcoatl) et qu’on a l’impression qu’il se coule dans le Cenote.

Bien sûr tous ces noms : el Castillo, la Iglesia, etc. ne sont pas les noms d’origine que l’on ne connait pas. La civilisation de Chichen Itza avait quasiment disparu lors de l’arrivée des Espagnols. On pense que la ville fut fondée par une tribu maya venue du sud : les Itzaes, vers 450 après Jésus-Christ, et que l’apogée de sa grandeur se situe entre le VIIème et le IXème siècle. Puis, après une sorte de déclin, elle a été repeuplée, peut-être par une tribu venue du nord d’origine toltèque, autour de l’an 1000, avant un autre déclin à la fin du XIIème siècle. C’est pourquoi on peut distinguer nettement deux styles différents à Chichen Itza : le style de la Iglesia et autour, purement maya et plus ancien, avec des représentations symboliques parfois à peine esquissées, qui diffère de celui du Castillo, ou du Juego de Pelota, plutôt d’influence toltèque et où les bas reliefs sont plus figuratifs.

Il faut regretter le nombre impressionnant de guides et « marchands du temple », certains très accrocheurs et bruyants, dans un site qui demande à être visité tranquillement pour goûter le calme de la nature et le chant des oiseaux. La vente de têtes de morts en faïence aux couleurs vives au milieu des monuments est vraiment de très mauvais goût. Au fur et à mesure que le temps a passé, les cars de touristes sont arrivés, le monde commence à s’agglutiner autour des édifices et les guides et marchands deviennent de plus en plus collants. Il est temps pour nous de revenir attendre le bus, qui nous ramène à Valladolid.

Après un petit repos à l’hôtel, nous voici repartis par la calle 41 (rue n° 41) puis la calle 41a (c’est une des rares rues en diagonales à Valladolid, d’où le « a » pour la distinguer des autres : ici, comme à Mérida et à Campeche les rues nord-sud sont numérotées impaires, et les rues est-ouest paires, ce qui n’est pas très romantique mais bien pratique pour se repérer !) qui mène au Convento San Bernardino de Siena. Valladolid a été fondée lors de l’arrivée des Espagnols au XVIème siècle sur une cité maya et fut le théâtre d’affrontements sanglants au XVIIème puis au XIXème siècle entre Mayas et Espagnols. Le couvent est très ancien, c’est l’un des premiers fondés par les Espagnols, et c’est une forteresse de pierre rosâtre qui a un certain charme avec ses arcades, son patio intérieur entouré d’une bâtisse à deux étages de lourdes arcades (comme les anciens caravansérails), son Cenote entouré d’une construction circulaire, son jardin aux plantes et aux arbres exubérants. Dans la chapelle, des statues très naïves et un joli retable. Vu de l’extérieur le bâtiment, très large, est imposant. La nuit est presque tombée et, sur l’immense place, devant le couvent, des enfants jouent au cerf-volant.

Retour vers le zócalo pour un moment à regarder les gens passer. Un bus décoré, avec l’inscription fiesta tropical, à deux étages et à la musique disco tonitruante fait le tour de la place avant de s’enfoncer dans les autres rues de la ville. A l’étage supérieur, des jeunes sont agglutinés et tapent des mains en cadence. On avait vu à Granada (Nicaragua) un bus un peu identique. En fait, c’est une habitude des pays d’Amérique latine pour faire la fête, sauf que, initialement, ce n’était pas de la musique enregistrée mais un véritable orchestre qui prenait place au deuxième étage du bus. Jean-Paul me dit que Claude Sicre avait essayé de faire de même dans son quartier à Arnaud Bernard à Toulouse. Dîner au même endroit qu’hier : arrachera, spécialité yucatèque, bœuf mariné aux épices et entouré de légumes, agrémenté pour moi, d’une bière Montejo negro, et pour Jean-Paul d’orchata (sirop d’orgeat).

Mardi 9 novembre 2010 : Valladolid, piscine, Cenote Zaci

 

Valladolid respire la douceur et la tranquillité. Les gens y sont aimables et souriants, les jardins bien entretenus, les rues aux tons pastel sont propres, les bâtiments aux arcades innombrables sont harmonieux. On est tellement bien ici qu’on décide de rester deux jours de plus, d’autant que la journée extraordinaire d’hier demande un petit temps pour souffler. Aujourd’hui sera une journée tranquille, sans bus. Petit déjeuner à l’hôtel : il sera « continental » pour moi (avec des toasts grillés), « régional » pour Jean-Paul (avec des viennoiseries). Puis nous arpentons les rues pour quelques achats, un passage à internet (4p soit 0,25€ la demi-heure) pour écrire à Vincent et Guillaume et voir les mails, on traîne un peu autour du zócalo avant de retourner au joli Jardin de los Heroes, à côté du musée San Roque, pour y pique-niquer.

C’est une belle rencontre avec le jardinier (voir le texte de Jean-Paul). Puis nous écrivons quelques cartes postales avant de rentrer à l’hôtel pour étrenner la piscine si agréable. Il fait bon, mais pas excessivement chaud, raison pour laquelle peut-être, à part une dame le premier jour, nous n’avons vu personne s’y baigner. Ensuite nous repartons à pied pour le Cenote Zaci qui se trouve à trois rues de l’hôtel, un Cenote aménagé, ce qui casse un peu le côté sauvage mais ce qui permet de s’approcher de l’eau et de voir comme ces lieux sont impressionnants. Un trou circulaire d’une trentaine de mètres de diamètre, taillé par l’érosion dans le rocher, rempli d’eau, dont la profondeur doit être importante, et à moitié recouvert par la voûte de roche qui n’a peut-être pas un mètre d’épaisseur à certains endroits. Au-dessus c’est la terre, les arbres et la végétation luxuriante. Au-dessous les stalactites et une eau vert sombre où deux personnes se baignent. On comprend que ces lieux aient pu alimenter tant de légendes sur le monde souterrain, infernal pour les Mayas. Ils y jetaient de l’or et des pierres précieuses récupérées bien plus tard par les Espagnols.

Au détour de notre promenade nous nous trouvons devant la petite église Santa Ana, peinte en jaune profond, avec des arcades qui rappellent les films mexicains. Il y a un jardin avec un monument de plus à la gloire de révoltés qui furent fusillés à cet endroit (l’inscription est en maya). Enfin retour vers le zócalo pour regarder les gens passer et écouter les lecteurs – qui se succèdent depuis hier devant la bibliothèque – pour lire des passages de livres produits par l’Etat du Yucatan sur divers sujets concernant la région (la révolution, le théâtre, la géologie, etc.). Une façon d’inciter les gens à lire des livres. A cette heure là les bus touristiques font le tour du zócalo déchargeant pour quelques instants des groupes de touristes parfois méprisants envers les petits vendeurs.

Pour le repas du soir, dans un autre resto autour du zócalo (Las Campanas à deux pas de l’hôtel), longanizas pour moi (sorte de saucisses de porc à vrai dire un peu sèches) et poisson pour Jean-Paul.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 20:02

6 et 7 novembre 2010 : de Cancún à Valladolid

par Marie-France Durand

 

Lever vers 7h, petit déjeuner copieux et varié dans une petite pièce de l’hôtel en compagnie de nos voisins de chambre, tous mexicains, puis premiers pas dans la ville et premières démarches pour démarrer :

- visiter la gare routière « ADO » (c’est à dire pour les bus première classe) : elle est vaste, climatisée, nickel, les annonces par haut-parleur ont la voix éthérée de celles des aéroports, la gare routière est à deux pas de l’hôtel (on a choisi l’hôtel en fonction de sa situation pour éviter les trajets fastidieux avec tous les bagages), et achat de billets pour le bus de 9h demain allant à Valladolid, notre prochaine étape (142 pesos soit 9€ par personne) : nous obtenons les meilleures places, numéros 3 et 4, c'est-à-dire à l’avant et à droite, on peut donc voir le paysage devant sans être gênés par le chauffeur- changer des dollars à un petit changeur privé, car les banques visitées Avenida Tulum ne changent pas.

- réparer mes lunettes abîmées chez un opticien (100p soit 6,20€).

- aller à la poste (2 employés aux guichets, pour toute la ville ?) pour acheter des timbres pour la France (13,50p soit 0,85€).

- acheter une revue Proceso qui titre « El poder narco » (« Le pouvoir des narcotrafiquants », qui est devenu malheureusement le problème n°1 de ce pays, principalement dans sa partie nord).

- acheter une carte de téléphone qui nous permettra de retenir les chambres dans les hôtels durant notre voyage. Il y a de nombreuses cabines Telmex un peu partout dans les rues, nous n’aurons donc jamais de mal pour en trouver.

… et bien sûr, se balader tranquillement dans les rues et les places aérées du centre ville, regarder les passants, la végétation, apprécier la douceur du temps, soleil et chaleur légère, avec une certaine langueur due au décalage horaire.

Là, j’écris sur une place ombragée munie de bancs accueillants et d’un kiosque. Aux arbres pendent des espèces de haricots géants (il y avait les mêmes à Piura au Mexique, mais j’ai oublié leur nom), il y a des bougainvilliers mauves et rouges (Jean-Paul se moque un peu de moi car dès que j’en vois, n’importe où au monde, je ne peux m’empêcher d’en faire la photo : je trouve vraiment cette fleur superbe. Et bien sûr, une fois de plus … un petit clic sur l’appareil photo !), des bananiers dans les jardins, il fait bon (25°C environ) avec un vent agréable. A côté du kiosque, un groupe de jeunes filles et deux garçons mettent au point une chorégraphie sur un air entrainant, des enfants se poursuivent en riant et Jean-Paul lit son journal.

Nous continuons notre balade vers le Parque de las Palapas. En fait de Parque, c’est une esplanade bétonnée, genre esplanade des Fontaines à Montauban, avec une immense scène en béton, surmontée d’une phrase en l’honneur de la patrie (dommage j’ai oublié de la noter). C’est bientôt (le 20 novembre) à la fois le 200ème anniversaire de l’indépendance du Mexique et le 100ème anniversaire de la révolution, donc toutes les villes se préparent à fêter ce double événement avec un sigle 2010 où les zéros ont été doublés pour faire 200 et 100 en même temps :  , entouré des couleurs du Mexique (le drapeau mexicain est vert-blanc-rouge comme l’italien, mais avec un aigle enserrant un serpent sur la partie blanche). Ce sigle, on le retrouvera tout au long de notre voyage.

Sur tout un côté de la place, de nombreuses petites tiendas (boutiques) vendent des tacos (sortes de petites galettes remplies d’aliments les plus divers, viande, poulet, légumes, crudités, le tout extrêmement pimenté en général), et devant il y a des tables et des sièges en béton, munis de parasols. Que choisir ? Nous nous décidons pour la tienda tenue par deux jeunes filles qui proposent 2 tacos + 1 agua (en fait de l’eau aromatisée) pour 25p soit 1,55€. Il y a une variété infinie de tacos. Je goûterai ceux au poulet pibil, c'est-à-dire mariné dans de l’orange amère, avec des épices, ail et cumin, et cuit à l’étouffée. Les tacos sont minuscules mais ils sont excellents, comme les galettes.

Après un repos dans la chambre, nous décidons de prendre un bus de la ville (8,50p soit 0,55€) pour – quand même – aller voir la mer des Caraïbes. Nous descendons à Playa Las Perlas, la plage ouverte au public la plus proche du centre ville. Mais si la plage est publique, les accès ne le sont pas : obligés de passer à travers un hôtel ! Nous choisissons Holiday Inn qui semble plus accessible, nous entrons dans le hall comme si nous étions des clients de l’hôtel, pour ressortir du côté piscine privée de l’hôtel, et enfin accéder à la plage et à la mer. La mer n’a pas tout à fait la couleur turquoise tant vantée car le ciel est un peu nuageux, mais elle est cependant très belle, le sable est fin et presque blanc, nous apercevons toutes sortes d’oiseaux, et même un pélican. Plage quasi déserte, pourtant le guide du routard annonçait une plage bondée de familles mexicaines le week-end, mais sans doute ne fait-il pas assez chaud. Je goûte l’eau du pied. Elle est tiède et je regrette de n’avoir pas emporté mon maillot de bain avec moi.

Après avoir bien respiré le vent (assez fort) et la mer, nous décidons de rentrer pour passer la fin d’après-midi au Parque de las Palapas. Cette fois il y a beaucoup d’enfants et une vingtaine de petites voitures électriques alignées. Les enfants sont heureux comme des fous à conduire ces petits engins. Certaines voitures sont même téléguidées par les parents, ce qui permet de redresser la trajectoire zigzagante des plus jeunes ! Nous avions vu un jeu analogue à Maracay au Venezuela.

Egalement, des groupes d’enfants et d’adolescents s’entrainent à faire du sport, des acrobaties, des pyramides humaines et des marches militaires, préparation probable pour le jour du défilé. Ils sont tous habillés de jeans et d’un t-shirt blanc. Ce qui me frappe, c’est que celle qui entraine les autres semble presque plus jeune, mais a cependant l’air d’être obéie au doigt et à l’œil par petits et grands. Les filles et les garçons sont mélangés, ainsi que les grands avec les petits qui font comme ils peuvent. Etonnant.

Le soir est tombé et après quelques recherches de resto pour dîner nous en choisissons un dans la rue piétonne qui donne sur l’Avenida Tulum. Il faudra discuter un peu pour obtenir la carte affichée au dehors et non des propositions de plats valant le double. Les tacos seront très bons finalement (mais plus cher que sur la place, nous nous en sortons pour 240p soit 15€ tout compris).

Il a plu beaucoup pendant la nuit, et nous quittons Cancún sous les nuages. Le bus ADO est très confortable, climatisé (trop ! je suis obligée de mettre un pull) et rapide car il passe par l’autoroute (145 kilomètres, 2H15 de temps de trajet). La région traversée, comme dans l’ensemble de la presqu’île du Yucatan, est plate, et la route bordée de forêt tout le long. Le terminal de bus de Valladolid (70 000 habitants) est à deux pas de l’hôtel San Clemente, lui-même presque au zócalo (la place principale en mexicain) et face à la cathédrale. L’hôtel est vraiment charmant avec son patio fleuri et rempli de plantes tropicales, sa belle piscine, ses arcades, ses escaliers recouverts d’azuleros (influence arabe ?), ses salons aérés aux fauteuils moelleux, et l’accueil est simple et souriant. Nous paierons la nuit 35$ soit 29€, petit déjeuner non compris, pour une grande chambre impeccable avec télé-SDB-WC et deux grands lits. Je ne me souviens pas s’il y avait ventilateur et/ou air conditionné car nous n’en avons pas eu besoin, la chaleur n’étant pas accablante Le zócalo, ombragé par de grands arbres, offre de nombreux bancs et fauteuils de pierre. C’est vraiment agréable. Donc, après quelques achats (tomates et clémentines achetées à des femmes assises sur le trottoir qui vendent quelques produits de leur jardin, chips et rondelles de mortadelle achetées dans une boutique, et pain moelleux au boulanger), nous nous y installons pour pique-niquer.

Des femmes en huipiles (robes traditionnelles des femmes mayas portées encore par beaucoup d’entre elles ici : courtes et blanches, elles ont des motifs brodés de couleurs vives sur la poitrine et au niveau des genoux, et dessous dépasse largement un jupon blanc en dentelle, c’est vraiment très joli), très vieilles et de très petite taille comme tous les gens d’origine maya, nombreux ici, essaient de vendre des pelotes de fil à broder.

Un jeune Indien nous aborde, voulant à toute force nous vendre des peaux tannées et imprimées de motifs qui se veulent mayas. La conversation s’engage avec Jean-Paul. Il fait ce travail depuis sept ans et est employé par le centre artisanal en face. Il cherche à apprendre de nous quelques mots de français pour aborder plus facilement les touristes. Il insistera pour que nous achetions au moins l’une des peintures en descendant le prix de 150 à 50 pesos. Le pauvre n’a pas de chance avec nous, mais il ne nous en tient pas rigueur et nous nous serrons la main en repartant. Nous le reverrons plusieurs fois durant les quelques jours que nous passerons ici.

Retour à l’hôtel car j’ai vraiment besoin d’une sieste : je n’ai pas encore digéré le décalage horaire. Puis vers 15h, nous voici repartis pour le musée San Roque, gratuit et sympathique : situé dans ce qui ressemble à une ancienne église peinte en rose, il présente l’histoire locale et nationale : la culture de Valladolid et sa région, exposition sur le site maya d’Ek Balam, récemment mis au jour, mais qui n’a pas encore dit tous ses secrets (malheureusement, nous n’aurons pas le temps d’aller y faire un tour).

Derrière le musée se trouve le Jardin de los Heroes (Jardin des Héros) très tranquille, à la gloire des grands hommes de la région, rempli de grands arbres et de plantes taillées pour représenter toutes sortes de formes (j’ai pensé à Marthou qui aurait été intéressée, elle qui aime tailler joliment ses buis). Nous y faisons une petite halte avant de revenir sur le zócalo. La cathédrale, encore plus belle avec les illuminations du soir, s’est remplie, les gens dépassent dehors pour assister à la messe. D’une manière générale, et comme partout en Amérique latine, nous serons toujours étonnés par le monde qui assiste aux offices dans les églises. Ce qui n’empêche pas d’ailleurs les différentes sectes évangéliques ou autres de proliférer. Et ce qui n’empêche pas les narcos, hélas, de pousser le cynisme jusqu’à construire de nouvelles églises pour acquérir du pouvoir sur le peuple !

Pour le repas du soir, nous choisissons le restaurant de l’hôtel Maria de la Luz qui borde le zócalo, pour un plat complet à base de porc et de papas francesas (des frites tout simplement !) accompagné de pain moelleux et de petites tortillas (mi-galettes, mi-crêpes) chaudes divines ! Avec la boisson nous paierons 240p soit 15€.

Il y a maintenant beaucoup de monde sur le zócalo. L’ayuntamiento (mairie), bordée d’un double étage d’arcades, est ouverte. Nous y entrons pour visiter le corridor aéré du premier qui donne sur la place et qui contient d’extraordinaires murales représentant l’histoire du Mexique et de la ville : l’attaque des Espagnols au 16ème siècle, la sujétion, l’esclavage, la révolution mexicaine. Etonnant.

Retour en bas où des préparatifs ont eu lieu pour un orchestre qui va jouer ce soir. La route est barrée pour les voitures et des chaises ont été installées. On écoutera d’abord une chanteuse coiffée d’un immense sombrero somptueusement décoré. Puis l’orchestre – une dizaine de musiciens –, embrayant sur des salsas entrainantes, aura tôt fait de pousser les gens à danser sur la piste, c'est-à-dire la rue devant la mairie, jeunes et vieux … et les vieux ne sont pas les derniers à s’en donner à cœur joie. Quel bonheur !

Je ne peux m’empêcher de penser à mes amis du monde arabe et musulman qui ne connaitront jamais la joie de danser, hommes et femmes ensemble et enlacés ; à mes copines algériennes qui ne peuvent plus mettre un pied dehors sans se faire siffler et insulter. Ici, je n’ai pas entendu une seule fois des remarques désobligeantes à l’égard d’une femme qui passe (ce qui ne veut pas dire évidemment que le machisme n’existe pas !). Et s’il y a, bien sûr, des regards admiratifs lorsqu’arrive une belle femme court-vêtue, ils sont toujours discrets. Enfin, ça repose de voir que les femmes ici, même bien en chair, n’hésitent pas à mettre des vêtements moulants et à montrer leurs formes. C’est simple et naturel.

J’espérais que Jean-Paul s’y mettrait : la salsa, il peut difficilement résister ! Mais non, ce ne sera pas pour cette fois, bien que ses pieds et ses mains s’agitent en cadence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 15:54

Depuis 1940 le Mexique aspire à entrer dans « le premier monde » celui qui se caractérise par « la grande surface » en matière de commerce. Mais le Mexique est un pays d’Amérique latine et le centre commercial essentiel reste… le marché. Ce lieu populaire est un des plaisirs de ces pays là et au Mexique ils sont toujours très vivants. Bien sûr, dans la ville neuve de Cancun (née en 1970) quand nous avons vu « mercado » sur le plan nous y sommes allés mais c’est sans surprise que nous avons découvert un marché d’artisanat. Au vendeur de journaux, quand nous lui avons posé la question du lieu d’un marché alimentaire, il nous a regardé avec des yeux ronds en disant qu’il n’existait pas. Nous avons pensé que cette activcité avait été relégué dans les banlieues populaires.

A Valladolid où pourtant nous sommes restés quatre jours, nous n’avons pas pris le temps d’aller à un marché très beau, très bien organisé, que nous avons vu en passant avec le bus, car dans la rue, des vendeurs à la sauvette proposaient les produits que nous cherchions.

A Mérida, la capitale, nous avons pensé que le marché serait loin du centre et finalement nous avons pu le trouver à quelques rues et très actif.

C’est finalement à Campeche que nous avons surtout goûté aux joies du marché. Il faudrait y passer des heures pour y découvrir la forêt de produits originaux. Pendant que Marie-France achetait une montre, j’ai attendu à côté d’une dame qui vendait de la yucca. A Valladolid en achetant des avocats, une Mexicaine nous a recommandés la yucca de la vendeuse, mais nous ne savions pas trop comment la manger, aussi nous l'avons laissé. La vendeuse de Campeche semblait vendre un produit délicieux.

 

Après le marché j’ai envie par gourmandise de m’arrêter sur les boulangers. C’est le seul commerçant spécialisé : il ne vend que du pain et quelques gâteaux dont des « cornets » qui sont des croissants. Celui de Valladolid m’a ému quand, y passant pour la deuxième fois, il m’a demandé d’où je venais. En lui répondant de France, il a écarquillé les yeux et m’a dit son amour de notre langue. Il devait avoir autour de 20 ans et il symbolisait une part du peuple de ce pays. Il m’a dit de demander au gouvernement d’installer plus d’Alliances françaises au Mexique pour que des personnes comme lui puissent apprendre le français. Il m’indiqua que le pain que j’avais pris était de la veille et qu’au lieu de 4 pesos il serait à 3 pesos. La boulangerie de Tulum était la plus belle, la plus garnie : comme dans les autres, on prend une pince, un plateau, on se sert et on va à la caisse. A Mérida, une gamine tenait la caisse mais en fait c’était juste le temps que sa mère revienne d’une course rapide car elle fila en vitesse, jouer dehors, dès qu’elle la vit arriver.

 

Les pharmacies sont comme partout aux Amériques, des lieux qui peuvent vendre bien autre chose que des médicaments. Notre première entrée dans une pharmacie s’est produite à Valladolid. Nous sommes entrés au hasard dans une boutique pour demander où nous pouvions acheter une carte de téléphone et on nous envoya dans la pharmacie d’à côté. Il s’agit toujours de magasins ouverts sur la rue.

 

Parmi les grands magasins, qui existent parfois en périphérie comme chez nous, il s’en trouve aussi un peu en ville mais moins grands qu’en France. Marie-France a raconté notre passage dans un magasin vendant tissus et tout ce qui va avec, et je partage avec elle l’émotion d’une telle rencontre car, de la soie à la plus modeste forme de tissus, tout est là, toutes les couleurs, et tous les compléments possibles (c’était à Campeche).

Pour l’alimentaire, il n’y a jamais de fruits et légumes dans les grands magasins, mais souvent la boucherie-charcuterie au fond avec quelqu’un qui assure le service. Comme dans les boutiques, il faut entrer pour y découvrir des produits imprévus. Une chaîne de petits magasins OXXO fait figure de magasins à la mode nord-américaine, bien organisés, standardisés à souhait, avec le fromage-plastique, et le jambon officiel, et qui se répètent de ville en ville.

 

Il existe bien sûr beaucoup de lieux pour se connecter à internet avec des prix variables mais généralement faibles (autour de 50 cts d’euro de l’heure). Et des magasins dont nous n’avions pas l’utilité comme les vendeurs d’outils ménagers ect.

 

Pour les banques enfin, comme partout en Amérique latine, vous avez deux types de banques, celles qui dès le matin très tôt ont une longue queue, les banques nationales et populaires, et celles où il n’y a pas de queue, comme HSCB, la banque étrangère la plus présente. Nous avons commencé par un mauvais contact avec les banques puisqu’après un peu de queue à Cancun on a appris que la banque ne changeait plus de dollars et ce fut le cas partout. Des petits bureaux se chargeaient de cette activité. Mais à Campeche, pas l’ombre d’un bureau de change à l’horizon, et après un passage au guichet de HSCB ils m’ont confirmé qu’ils ne faisaient pas le change. Heureusement ils m’ont indiqué le seul bureau de change de la ville, ce que le Guide du Routard avait exceptionnellement oublié d’indiquer. A Mérida, un bureau avait une affiche alléchante et après vérification de Marie France, le bureau jouait d’une confusion entre acheter et vendre. Le prix de l’euro n’était pas le prix auquel il achetait l’euro, mais le prix en euro auquel il achetait le peso !

 

Dans l’ensemble le contact avec tout le commerce a été sympathique et honnête. A Mérida, comme après avoir payé on attendait un peu, le serveur nous a rapporté un billet de 100 pesos croyant qu’il avait mal rendu la monnaie, ce qui n’était pas le cas. Par contre à Campeche, après le petit-déjeuner nous avons payé une facture très basse mais ensuite dans la rue la serveuse nous a rattrapé en indiquant qu’il y avait eu erreur et on a payé une autre facture sans avoir le détail.

 12-12-2010 Jean-Paul Damaggio

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 16:43

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A ce jour je n’ai pas vu le film, j’ai seulement confronté deux présentations, celle de la revue d’Utopia et celle ramenée du Mexique de Marianna Rodriguez Sosa dans Por Esto ! Rappelons que le film est une co-production mexicano-espagnole. Etrangement l’un dit du film « un véritable brûlot social digne de Ken Loach ». L’autre dit : « Gonzalez Inarritu continue d’être un cinéaste superficiel, très éloigné et sans remède possible de grands réalisateurs comme Ken Loach, Jean-Pierre et Luc Dardenne et Costas-Gavras. »

Etrange non ?

Inutile ici de raconter le film qui sous un titre cynique braque ses caméras sur la misère à Barcelone.

Pour Marianna le film souhaite parler de tout et ne parle de rien, mais à la sortie le spectateur est sous le choc. Il a été trompé et en même temps émerveillé par des effets de caméra (plans serrés, mouvements manuels de la caméra etc.) qui incite à faire de l’émotion un paravent de la réflexion.

Le film devient donc un commentaire et Marianna invite à ne pas aller le voir.

Bien sûr, la revue d’Utopia qui est là pour faire la promotion de sa programmation va retenir d’autres éléments, ceux qui pour Marianne ne sont qu’effets superficiels. Le film centré sur le portrait d’un seul personnage est « la quête d’une rédemption ». « Course palpitante et spirituelle contre la mort ». Mais où est le regard qui peut avancer une explication sur l’état des lieux ?

Marianna écrit :

« Dans « Es un mundo libre » Ken Loach n’oublie pas de montrer comment le capitalisme sauvage du monde contemporain et sa politique néolibérale ont permis cette chaîne d’exploitation qui atteint aussi bien les salariés légaux qu’illégaux qui travaillent à la pièce. »

Est-on obligé à traiter de la misère de tenter quelques explications ?

Et là vient le cas de la rédemption. C’est une utilisation bien particulière du christianisme, un appel au religieux bien dans le ton actuel qui fait enrager Marianna.

Là où les deux textes sont d’accord : « la présence énorme de Javier Bardem » « l’impeccable et magistral jeu d’acteur de Javier Bardem » mais Marianna ajoute : « ça ne sauve pas le film ». Il termine en indiquant que ce film est dangereux car il laisse croire que si le monde est ainsi c’est sans raison et sans remèdes. Pour évoquer la misère, il ne suffit pas d’ouvrir les yeux, ce qui est véritablement utile c’est d’en chercher les causes et les conséquences.

Après avoir vu le film, je tenterai de dire à partir de ces deux critiques vers quel côté penche mon cœur. Je crains de le savoir déjà. 8-12-2010 Jean-Paul Damaggio

 

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 16:42

Dernièrement, un ami de Vazquez Montalban, Hermann Bellinghausen rappelait l’importance du Mexique dans l’imaginaire nord-américain après l’annonce par Patti Smith du livre qu’elle a en préparation : un livre sur le Mexique où elle dit y avoir eu les expériences les plus importantes de sa vie, sans jamais en avoir parlé auparavant.

Il en profite pour évoquer de Tennesee Williams à Bob Dylan, ce que de nombreux créateurs doivent à son pays. Il indique qu’une chanson de ce dernier Just Like Tom Thumb’s blues pourrait servir d’épigraphe au livre qui vient de paraître, Murder City, de Charles Bowden.

A parler du Mexique le lecteur devine que Murder City n’est autre que Ciudad Juarez, la ville qui, de symbole du grand Juarez (l’homme qui a formé le Mexique en chassant les Français) est tombé dans le symbole de la mort.

Dans un entretien en français cet écrivain explique comment on en est arrivé là :

"L’accord de libre-échange (ALENA) a été très payant pour les investisseurs, mais dévastateur pour la population du Mexique. Du jour au lendemain, le Mexique a été inondé par des produits de l’industrie agroalimentaire américaine, subventionnés à coup de milliards par Washington. Les fermiers mexicains ne pouvaient pas la concurrencer. Ils ont abandonné leurs terres et sont partis travailler aux États-Unis. Pas par choix. Pour manger. Pour faire vivre leur famille. L’ALENA a déclenché la plus grande vague migratoire de l’histoire. Quinze millions de Mexicains ont quitté leur pays pour aller laver de la vaisselle à Chicago, Toronto, Phoenix. Le gouvernement mexicain ne fait rien, car un citoyen qui s’en va est un problème de moins à régler. La solution est de renégocier ces accords. Il faut reconnaître la corruption au Mexique. Il faut la combattre."

Cette analyse de gauche a de quoi convaincre pourtant elle laisse un trou vide dans son raisonnement. Pourquoi, face à cette injustice les populations, plutôt que de reprendre la révolution portée par Juarez et d’autres, plongent-elles dans le crime ?

Face à l’ALENA (le TLC) les zapatistes se sont révoltés par avance dans le Chiapas. Ils pensaient être le détonateur d’une révolte générale. C’était… il y a quinze ans et depuis le Mexique s’est enfoncé de plus en plus dans le crime organizé. Peut-on remplir le trou vide dans le raisonnement ?

L’écrivain a une réponse qui conclut l’entretien, une réponse qui fut la mienne mais qui, à présent, ne me satisfait pas plus que sa première analyse :

"Il faut réformer les lois sur la prohibition. Hillary Clinton dit que ce sont les consommateurs de drogue américains qui causent la violence au Mexique. C’est un mensonge : ce qui cause la violence, c’est la prohibition. La drogue est une substance pourrie qui est très peu coûteuse à fabriquer. Qu’est-ce qui rend le marché si lucratif ? La prohibition. Pourquoi les groupes criminels ne fabriquent-ils plus d’alcool ? Parce que ce n’est pas assez payant. La drogue n’a jamais été aussi accessible et bon marché. Il n’y a pas de rareté causée par la lutte. Le système roule comme jamais. Et le résultat est visible chaque jour à Ciudad Juárez."

C’est le modèle d’Al Capone. Il existe encore la prohibition dans bien des communes des USA mais il n’y a plus Al Capone. Le phénomène mafieux, et la corruption qu’il alimentait, restait dans un monde globalement sous contrôle. Sauf que nous sommes dans une situation très différente. On peut légaliser la drogue mais croire que la violence va en pâtir c’est se tromper d’analyse. Il restera le marché des armes et tant d’autres. Dans le cas du Mexique, Ciudad Juarez est le symbole d’un mal social global. L’idéologie dominante en appelle à l’argent facile gagnée à Wall Street, et les gamins de rue de Tijuana veulent la même chose par leurs moyens à eux. Il y a une conjonction de phénomènes qui s’épaulent, et qui ne peuvent se résoudre par de simples mesures techniques. Ceci étant je me mets pas sur le même plan Wall Street et Tijuana. A Wall Street des hommes se battent pour leurs intérêts. A Tijuana, des jeunes surtout, se battent contre leurs intérêts !

Je ne doute pas un instant que le livre de Charles Bowden soit un livre génial qui, comme le dit le critique mexicain, ose mettre le doigt où ça fait mal (même si l’écrivain vit de l’autre côté de frontière), un phénomène si monumental que personne ne veut le voir car la peur est du côté des démocrates. « Noticias que nadie quiere saber » dit le critique (informations que personne ne veut voir). Hermann Bellinghausen travaille à La Jornada, un quotidien où le sujet, comme dans d’autres journaux, est souvent à la Une. Mais voir l’information c’est tenter de comprendre, et là, on reste en manque. Malgré son livre, je n’ai pas le sentiment que l’auteur ait trouvé les moyens d’analyser. 8-12-2010 Jean-Paul Damaggio

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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 21:26

 Voici : une reprise d'article ancien que j'ai publié ici ou là en 2008. JPD

 

Le Courrier International vient de faire sa Une sur le Mexique. Il n’y a pas si longtemps vous y auriez vu la tête du sous-commandant Marcos. La lettre M ayant été changée en N, ce sont les Narcos qui font événement (avec les commentaires du même observateur très pertinent : Carlos Monsivais). Le journal Le Monde vient d’envoyer une journaliste au Mexique pour y étudier, elle aussi, les Narcos. Pourquoi ? Le gouvernement du Mexique a décidé de lancer une offensive contre la mafia qui s’empare du pays. Il a déjà perdu 500 de ses hommes dans cette guerre d’un nouvel âge.

 

La carte géographique, qui accompagne les traductions d’articles du Courrier International, montre les Etats du Mexique soumis à la « féodalisation ». On y trouve tout le Nord du pays et un seul Etat du Sud : le Chiapas. Le Nord du pays à cause de la frontière avec les USA et le Sud à cause des Zapatistes. Les mafias permettent de livrer bataille sur tous les fronts : celui du droit existant comme celui du droit futur. La drogue n’est pas le seul vecteur de l’illégalité. Les simples cigarettes ou demain les carburants peuvent tomber dans leur escarcelle au même titre que les milliers de contre-façons.

 

Est-ce que les mafias sont un cancer du système capitaliste ou son aliment ? Les USA prétendent livrer une bataille d’enfer contre le narco-trafic (d’où la guerre de Calderon au Mexique) et tendent à montrer ainsi, que les mafias sont un adversaire du système. C’est croire que le système est d’un seul bloc ! Au sein des USA la lutte est très ancienne entre la CIA prête à toutes les compromissions pour défendre la grandeur des USA, et le Département anti-drogue « soucieux » de défendre la santé des Nord-Américains et intransigeant avec les seigneurs du trafic.

 

Dans l’Italie fasciste, Mussolini mena une lutte au couteau contre la mafia sicilienne qui se replia aux USA pour revenir plus forte que jamais avec les bateaux US du débarquement de 1943, comme le démontra si bien Sciascia. La mafia est un outil essentiel du capitalisme anti-étatiste car il fait avancer à grand pas les « lois » de la jungle. Il se trouve que dans le monde contemporain, les mafias peuvent également servir des Etats comme en Russie.

 

Dans le cas Mexicain il s’agit d’en finir avec les vestiges de l’Etat passé (des droits sociaux acquis dans un univers politiquement peu démocratique), comme avec les possibles de l’Etat de demain (ceux de la gauche dans ses diverses variantes). Pour ce faire, l’une des valeurs populaires mise à l’index est celle de « la valeur travail ». Pourquoi se fatiguer une vie durant pour gagner autant en un seul mois ? Et si la mort est au bout qu’importe : il vaut mieux vivre des émotions fortes rapides que pas d’émotions du tout pendant des décennies ! Fernando Vallejo a écrit le chef d’œuvre littéraire représentatif de cette nouvelle génération : La vierge des tueurs. Au Mexique comme en Colombie les sicaires sont très croyants et vont prier la vierge pour qu’elle les aide à accomplit leurs crimes !

 

Ce phénomène n’a malheureusement rien d’original sur la planète et il nous impose une réflexion politique de la plus haute importance. Chez bien des jeunes Français, la tentation de l’argent facile devient naturelle. Et les discours de Sarkozy sur « la valeur travail » n’y changera rien. Pas plus que son souhait de changer la Caisse des dépôts en « fonds souverain » pour faire comme dans les pays comme la Chine ou l’Inde. Il traite toujours de l’écume des jours sans se pencher sur la profondeur des océans. Les mafias modifient les profondeurs de l’océan avec de grands risques personnels pour ceux qui s’y engagent, mais avec l’assurance que l’œuvre entreprise perdurera après leur disparition.

 

La démocratie que nous avons à défendre et à proposer n’a pas comme seul adversaire le capitalisme financier (dit parfois néo-libéral), mais tout autant ce capitalisme féodal qui, avec ou sans Etat, fait reculer le principe même du droit. Lutter contre le seul capitalisme financier peut se retourner contre nous si le capitalisme féodal est le seul à en tirer bénéfice. En conséquence l’information sur les mafias du Mexique n’est à lire ni comme l’objet d’un folklore local, ni comme l’effet d’une marginalité contrôlable par le système. Quand on se souvient que, dans un tel pays, la culture populaire passe par les chansons, le fait que les chefs mafieux soient au cœur d’un style, les corridos, ça confirme l’impact global d’un phénomène qui peut symboliser ce nouveau siècle en construction. 10-07-2008 Jean-Paul Damaggio

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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 21:23

 

Le sujet me paraît trop crucial pour laisser subsister des malentendus par rapport à mon article précédent, aussi voici le commentaire d’un numéro de la Jornada pris au hasard (celui du 13 novembre), un quotidien qui appartient aux forces démocratiques et qu’on peut consulter gratuitement (en espagnol) et facilement sur Internet vu qu’il propose un servicio rare: l’édition avec le seul texte ce qui évite publicités et autres babioles.

 

Eléments de l’actualité face A

Dénonciation d’un chef d’entreprise qui pour faire travailler des femmes la nuit dans ses ateliers textiles avait une méthode radicale : elles étaient enfermées à clef. Un incendie s’est produit et six femmes sont décédées. Un long article dénonce ces pratiques d’exploitation « féroce » des travailleurs.

Les premiers six mois de l’année, 196 mexicains ayant tentés d’entrer aux USA sont morts.

Manifestation à Mexico des enseignants au moment du vote du budget : ils demandent moins d’argent pour les forces de sécurité et plus pour l’éducation.

Présentation de la rencontre nationale des organisations de lutte de l’Autre campagne. Ce mouvement est né en 2005 à l’initiative de l’EZLN pour unir un certain nombre de mouvements divers et la réunion se tient à San Salvador Atenco où des luttes paysannes contre un aéroport avaient affrontés une répression phénoménale. Ces luttes se développement « et la réaction du système capitaliste et du mal gouvernement a été d’essayer de les éliminer ».

L’Union Interaméricaine des Organismes électoraux est réunie à Mérida et demande que les campagnes électorales soient financées sur fond public pour éviter la corruption.

La Sécurité sociale sous le feu de l’actualité après que son dirigeant ait évoqué la possibilité d’une privatisation. Il s’est rétracté aussitôt après les cris de colère de diverses associations.

Des organisations de mineurs réclament qu’on ouvre à nouveau l’enquête sur l’abandon au bout de cinq jours de 63 prisonniers d’un éboulement dans une mine. L’action réussie au Chili est le prétexte de cette réclamation.

Description passionnante d’une lutte puissante contre un barrage à El Zapotillo où les militants bloquent les travaux malgré le froid qui sévit.

 

L’exploitation des travailleurs, la corruption politique et les luttes démocratiques sont donc largement présentes, ce qui témoigne d’un phénomène très réel au Mexique.

 

Eléments de l’actualité face B

Dans l’Etat de Tamaulipas 5000 ranchs ont été abandonnés par leurs propriétaires sous pression du crime organisé (je retiens ce terme le plus fréquent utilisé dans le journal). A présent, malgré le survol des hélicoptères militaires, toutes les richesses des ranchs sont au service des criminels.

Dans le même Etat, l’entreprise pétrolière Pemex bénéficie également de l’attention du crime organisé. Le puits appelé Gigante Uno (comme d’autres) a besoin de la protection militaire, les criminels ayant pris la désagréable habitude de taxer les travailleurs entrant dans le cite, ce qui a eu pour conséquence d’en effrayer quelques-uns, d’où une chute importante de la production. Rappelons que la Pemex me semble être la première entreprise pétrolière nationalisée dans le monde, que les pouvoirs essaient de la privatiser sans succès et qu’à présent une loi sur le Partenariat Privé Public devrait aider la manœuvre.

Dans l’Etat de Sinaloa, un bateau de pêcheurs portant des tonnes de crevettes a été arraisonné et capturé par le crime organisé.

Dans l’Etat de Zacatecas, trois têtes décapitées furent installées à l’entrée d’une mairie, crime signé des Zetas qui vise cependant l’exécution de criminels du cartel adverse et non des hommes politiques. Cependant à la frontière des USA les maires mexicains sont très nombreux à vivre… aux USA !

Dans l’Etat de Morelos, soldats et policiers ont arrêté une bande de sicaires dont un jeune de 12-14 ans qui a été relâché. Or, peu après, preuves à l’appui, ils découvrirent que ce jeune était un des plus actifs de la bande dans un exercice qui lui avait été confié : décapiter les morts et les alléger de leurs organes sexuels ! La police a alors lancé un mandat d’arrêt en publiant la photo de ce jeune, qui sera capturé à nouveau ces derniers jours dans un aéroport où il se préparait à embarquer pour les USA. Les défenseurs des droits de l’homme se sont insurgés car la police a diffusé le portrait de ce jeune alors que la loi, concernant les mineurs, interdit cette pratique.

 

Est-ce que cette donnée peut s’amalgamer à la face A ? Est-ce qu’elle s’ajoute à la face A ? Est-ce qu’elle a pour fonction de faire oublier la face A ?

 

Observations

On a la sensation que les forces démocratiques ne regardent pas la face B, et que le peuple victime dans la face B n’attend rien des forces démocratiques. Quand on ajoute que les « héros » de la face B considèrent les forces démocratiques comme un vestige du passé, vu qu’ils sont les révolutionnaires de demain, que penser ? Avec Marx nous pourrions noter l’alliance classique entre le système capitaliste et le lumpenprolétariat. Sauf qu’ici, ce même lumpen, a ses propres chefs. Nous pourrions noter que, comme on élimina Al Capone aux USA, en éliminant la prohibition, il suffirait de légaliser la drogue et le crime organisé tomberait de lui-même. J’ai eu tendance à le penser mais je ne le pense plus. Pas seulement parce que la drogue est un des éléments du crime parmi d’autres, mais parce que ce crime organisé n’est pas une force isolée du peuple, mais une force qui vit au sein du peuple.

 

Enfin, sans le moindre souci d’amalgame je prétends que les questions posées de manière extrême avec ce cas mexicain touchent également la France. Si je dis que la jeunesse adolescente ne veut plus apprendre, on va me répondre que depuis toujours les vieux disent des jeunes « le niveau baisse » alors que les développements scientifiques, techniques et autres démontrent le contraire. C’est un peu comme si on me disait que le crime organisé n’est qu’une variante du crime qui traverse les âges. Quand 10% des enfants ne veulent rien apprendre nous sommes dans un monde connu. Quand c’est le cas de 80% on change d’échelle, et je sais qu’on va me répondre que c’est là le résultat d’une volonté du système capitaliste qui n’a besoin que de 20% de personnel qualifié pour faire tourner la boutique.

J’ai toujours eu tendance à penser qu’entre le choix économique capitaliste et la réaction citoyenne il n’y a pas toujours eu une relation du donneur d’ordre à l’exécutant (d’où les forces démocratiques). Que le système se contente de 20% devrait conduire une majorité des autres non au « suicide » mais à la révolution ! Je sais : d’où le rôle de l’idéologie pour faire avaler que rien n’est possible autrement que ce qui existe, sauf que celle issue des traditions n’était pas moins forte que l’actuelle…

Bref, pour terminer je prends un exemple au risque de choquer : le livre de Thierry Jonquet, Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte. Malgré des contextes très différents, les questions du livre sont exactement les mêmes que celles que j’évoque ici. Du livre est né un téléfilm qui en a édulcoré le contenu, mais pire que ça, le téléfilm était un prétexte à un débat télé les profs en banlieue, comme pour enfermer les questions posées dans une seule, le rapport maître-élève. Effarant ! Totalement effarant ! Cette manipulation mériterait un article à elle toute seule mais je m’en tiens ici au rôle d’une certaine télévision et de l’usage qui en est fait. Face à ceux qui nous invitent à prendre une lunette astronomique pour étudier l’ensemble de l’univers (merci Galilée), la télé nous pousse le plus souvent à prendre la dite lunette à l’envers pour ne retenir que des miettes de la dite réalité. C’est ce que j’appelle l’organisation de la mort du politique que l’émission en question a pu cultiver en donnant sur le sujet la parole… à un membre du PS et un de l’UMP.

6-12-2010 Jean-Paul Damaggio

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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 21:11

 

Grâce à l’ami Pierre Ortavent, depuis des années je réfléchis autour du phénomène Téléthon conjonction connue des mots télévision et marathon.

Quelle ne fut ma surprise au Mexique de découvrir des jeunes avec un coeur, comme boîte servant à demander de l’argent pour le Teletón. Je croyais naïvement que l’entreprise était française.

Au Mexique il s’agit d’une “entreprise d’unité nationale basée sur les valeurs d’amour, de générosité et de solidarité. Une façon de pousser à l’intégration des handicapés.”

Si le Mexique a un téléthon c’est que le systhème est né aux USA me suis-je dit.

 

Et en effet après vérification le principe est né localement aux USA (pays dont tout le monde connaît la décentralisation) dès les années 50 avant de devenir une entreprise nationale en 1966.

Après les USA, ce fut le tour du Canada, un an avant le pays en pointe en Amérique latine que fut le Chili de Pinochet qui organise sont premier téléthon en 1978 avec comme présentateur Mario Kreutzberger. Le modèle chilien “Don Francisco” est repris au Mexique seulement le 12 décembre 1997.

 

Avec le cas du Pérou il est facile de vérifier que la réalité du Téléthon est soumis aux aléas des luttes entre chaînes de télé. Si au Mexique depuis 1997 le Téléthon suit sa route c’est que Televisa domine la télé sans concurrence d’importance.

Au Pérou la lutte a toujours été rude en RBC Television puis América Television et Frecuencia Latina qui prendra sa revanche en 2003 et 2004 (cette chaîne avait pris une position très opposée à Fujimori jusqu’à être interdite). Cependant un intérêt supplémentaire intervient : la Hogar Clínica San Juan de Dios.

 

Au Brésil il y a deux Téléthons importants pour deux télés majeures. Le premier est le « Criança Esperança », diffusé par Rede Globo depuis les années 1980 sous l'auspice de l’UNESCO. Pendant plusieurs jours du mois d'août, des fonds sont récoltés pour aider les enfants désemparés et pour améliorer l'éducation dans le pays. Le deuxième est le « Teleton de AACD », diffusé par SBT et d'autres chaînes publiques depuis 1998. Les fonds récoltés sont destinés aux enfants handicapés selon une formule semblable à celle du Téléthon chilien.

4-12-2010 JPD

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