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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 13:33

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Ce texte est un chapitre extrait du livre ci-dessus de 1995, dont la couverture reprend une banderole de paysans mexicains à Cuernavaca en 1975. Il raconte l’histoire de plusieurs personnages. Ici c’est le Bastard et son double le Bastard cohérent.

 

 

 

Le Bastard se souvint qu'aux archives, cherchant le mot "paysan" dans le fichier matière, il tomba sur cette note : "voir révolte" et en effet les révoltes de paysans de part le monde furent et sont nombreuses. A part la Commune de Paris (et encore quand on sait que par exemple 80 rouergats y moururent) quelle révolution se fit sans les paysans ? Le Premier Janvier 1994, le sud du Mexique fut secoué par l'une d'elles. Elle fut connue sous le nom de "révolte zapatiste". En choisissant le métis Emiliano Zapata comme emblème révolutionnaire, les paysans du Chiapas ne pouvaient mieux faire pour populariser leurs revendications. Bien des journaux de la planète ne manquèrent pas de faire leur Une avec les hommes au passe-montagne. "0 regresso de Zapata" titre Visao l’hebdo portugais Et le débat allait être vif entre les deux frères ennemis Octavio Paz et Carlos Fuentes. Vraiment, un débat sur la question paysanne ? « Je te demande de ne rien sacrifier, mon fils ni la magie des Indiens, ni la théologie des chrétiens, ni la raison des Européens nos contemporains, le mieux c'est que nous récupérions tout ce que nous sommes, pour continuer à être, et finalement pour être un peu mieux. » Fait dire Carlos à un de ses héros.

Le Bastard Cohérent propose pour une fois un peu de tourisme et le voici sur la belle route vers le Sud-Ouest de Mexico-City (rien à voir avec cette autre route chère à Jacques Desmarais par l'intermédiaire de Kerouac). Après avoir laissé l'Université puis le Popocatepelt sur sa gauche, le voici au bout d'une heure à Cuernavaca, où il aurait très bien pu ne pas s'arrêter pour filer vers Acapulco. Mais, dès l'approche de la ville, il laissa la belle rocade pour la vieille avenue Obregon et la rue Morelos qui le mèneraient sur La Plaza. Morelos, un nom qui sans doute résonne moins aux oreilles du Gradé B. que celui d'Acapulco ! (ce n'est pas le lieu rêvé de Jeanne). Le Bastard Cohérent, en quête du lieu de naissance du premier paysan du monde, croyait trouver son paradis en ce coin du Mexique. Franchement il n'avait pas rêvé mieux que d'arriver sur La Plaza au moment d'une manifestation paysanne ! Et pourtant c'est ce qui arriva : banderoles déployées, quelques ouvriers agricoles occupaient les lieux de manière pacifique et détendue. Le palais d'Hernan Cortès n'avait qu'à bien se tenir ! L'Etat du Morelos a donné naissance à l'homme et à la légende qui s'appelle Zapata. « La géographie façonne le destin » dit Blais en 1991 pour qui le roman Padro Paramo du mexicain Juan Rulfo est le plus important d'Amérique Latine. Il ajoute : « Cette œuvre parle de la mort et du destin d'une manière que les Nord-Américains anglophones qu'on les appelle gringos ou maudits anglais, ne pourront jamais comprendre. »

Né en 1873, au carrefour de tant de cultures, Emiliano sera un combattant incroyable de la cause paysanne. Dès 1909, ses concitoyens l'élisent président du conseil local. A partir de sa contrée, Zapata développera sa revendication majeure : la restitution des communaux aux indigènes. Lutte classique à travers le monde, lutte d'avant la propriété. Suite à la première phase de la révolution, la victoire de Madero en 1910, Zapata se méfie et conserve la direction en chef de la police rurale. Il a bien raison puisque peu après, en guise de réforme agraire, le nouveau pouvoir lance l'armée contre les révoltés. L'ambassadeur des USA, Henry Lane Wilson ne se contentera même pas de cette action puisqu'il soutiendra le conservateur Huerta qui renverse Madero le 9 Février 1913 et l'assassine. Le mérite de Zapata sera de répondre à la fois politiquement et par les armes. Le 25 Novembre 1911, il publie le Plan de Ayala qui revendique toujours le retour des communaux aux paysans dépossédés par les grands propriétaires.

« Considérant que, dans leur grande majorité, les villages et les citoyens mexicains ne possèdent même pas la terre qu'ils foulent, qu'ils ne sont pas en mesure d’améliorer un tant soit peu leur condition sociale, ni de se consacrer à l’industrie et à l'agriculture, les terres, les montagnes et les eaux se trouvant aux mains d'un petit nombre, il est établi ce qui suit : un tiers de ces monopoles sera exproprié, contre indemnisation des richissimes propriétaires, et distribué à ceux des villages et des citoyens qui sont dans l'incapacité de faire prévaloir d'anciens droits sur la terre. »

Le 4 Décembre 1914, Pancho Villa et Zapata se rencontrent pour la première fois. Le premier représente les hommes du Nord, individualistes et solitaires. Le deuxième les villages communautaires indiens. Les deux hommes s'entendent et entrent dans Mexico. N'obtenant pas le soutien du mouvement ouvrier, ils se diviseront à nouveau. Encore un effet du clivage ville/campagne et de clivages campagne/campagne. Pour abattre Zapata il faudra une fois de plus user de la trahison et de l'assassinat et ça se fera le 10 Avril 1919. Zapata et son immense chapeau (aucun conseiller en publicité n'aurait pu lui trouver meilleure image de marque) ne pouvait mourir. Il restera le représentant typique du petit propriétaire en révolte, incompris de la ville, incompris des politiciens et qui n'avait qu'une idée en tête : redonner de la terre aux paysans et c'était une idée en trop ! En même temps que sévissait cette révolution, un caricaturiste (José Guadalupe Posada 1852-1913) ) puis des peintres (Orozco) la mettront en images. En images, comme par hasard ! Et comme par hasard, un dirigeant du PCI puis du PDS, Achille Ochetto appellera son premier enfant Emiliano en souvenir de Zapata (le deuxième Malcom) (ça n'empêchera pas sa première femme de rejoindre le camp de Berlusconi en 1994).

Le Bastard Cohérent se trouve à Cuernavaca pour toucher du doigt un rêve paysan et l'écouter à travers la langue du pays, la langue nahualt qui ne se conserve que dans quelques villages. Les jeunes ont souvent honte de cette mélodie. (Pour combattre la honte, faut-il en avoir honte ?). Il veut aussi le voir à travers les paysages, le discuter en mangeant un taco et le fêter. Lors de la distribution zapatiste des terres, en 1915, Zapata lui-même décida qu'une parcelle reviendrait à chaque chapelle ou église pour que le produit de cette terre contribue au financement des fêtes Et parmi les fêtes, le carnaval, dont la date est éminemment agricole. Le carnaval, se compose des cortèges de danseurs, les chinelos, qui naissent de chaque quartier et que conduisent les auteurs c'est-à-dire les hommes capables de composer des vers facétieux sur leur propre cortège, sur la beauté des femmes ou sur les personnages hauts en couleur du village, tout en pouvant mettre à jour des problèmes collectifs. Les auteurs organisent aussi d'innombrables activités : défilés, bals, banquets. Ils n'avaient pas besoin de Maison de la Culture, puisqu'ils s'appuyaient sur un folklore. Le Bastard Cohérent pense alors, à l'étasunien Seymour Papert qui démontrera de manière fabuleuse, comment le folklore des écoles de Samba brésiliennes l'aidérent à créer son langage informatique, Le Logo. « L’école de Samba. même si elle n'est pas "exportable" telle quelle, présente un ensemble de caractéristiques que tout environnement d'apprentissage devrait et pourrait avoir. Apprendre n’y est pas dissocié du réel L'école de Samba a un but et, si l’on y apprend, c'est pour participer à ce but (le carnaval) Le novice n’y est pas tenu à l’écart du spécialiste, et le spécialiste lui aussi apprend. Le milieu Logo rappelle l’école de Samba sur certains points, il en diffère sur d'autres.» Comme l'école de Samba ressemble à l'école du carnaval de l'état de Morelos ! Comme on retombe encore sur la pédagogie ! La campagne a toujours intégré les immigrés mais aussi les handicapés mentaux car on y trouva une tâche pour chacun.

 

Zapata porteur de la culture millénaire des paysans du Morelos, voulait, par ce don d'une parcelle de terre à la chapelle, assurer le financement des cérémonies ou chacun donnait de la voix : « Je chante pour qu'on m'entende / non pour montrer ma belle voix / Pour qu'on entende ma plainte / Dans mon pays et ailleurs. » Ce simple geste montre plus que tout combien il sut être POLITIQUE ! Que des religieux aient été aux côtés des paysans du Chiapas, le 1 Janvier 1994, apparaît bien comme une tradition ! Déjà du temps de Zapata un des dirigeants était le catholique Diaz Soto y Gama et la plupart des combattants portaient des images de la Vierge de Guadalupe une indienne à ne pas confondre avec la Vierge "blanche".

Ce détour touristique si beau mériterait tant d'attentions et tant de souvenirs ! La pyramide de Teopanzolco pour l'ancienne histoire ! Les autres guérillas récentes pour l'histoire vivante comme celle de 1974 quand 50 avions et 20 hélicoptères matèrent une révolte dans le Guerrero, état proche du Morelos(1). Mais il lui faut revenir en France où, pas plus qu'au Mexique, Le Bastard Cohérent ne retrouvera sa vie. JPD

(1)   Révolte parfaitement bien racontée dans le rare livre traduit en France de Carlos Montemayor : Guerre au paradis, 1999 pour la traduction, Gallimard

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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 13:29

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Du Mexique de drôles d’informations continuent de  nous parvenir. La dernière en date concerne la libération d’un grand personnage du pays qui avait été enlevé au mois de mai. Après sept mois, les ravisseurs ont touché la rançon et jusque là rien de très original en Amérique latine où le sport du rapt contre argent est quotidien.

Diego Fernández de Ceballos, sénateur, ancien candidat à l’élection présidentielle, et millionnaire à souhait aurait été échangé pour une somme variant entre 30 et 50 millions de dollars, mais ce chiffre ne ferait information si la libération comme l’enlèvement n’avaient pas quelque chose de louche. Des commentateurs parlent d’un hypothétique auto-enlèvement pour se faire de la publicité en prévision des présidentielles de 2012 ! Quoi qu’il en soit, vu de France, l’essentiel est encore ailleurs. Sa libération a été accompagnée par deux communiqués des ravisseurs se faisant passer pour la Red de Transformacion Global (RTG) et utilisant le discours révolutionnaire des guérilleros des années 70 à un détail près que nous verrons.

 

L’avocat du diable

Pour expliciter leur discours disons, en se faisant l’avocat du diable, qu’il dénonce le fait que l’Etat est l’organisme le plus violent qui soit et qu’en conséquence contre lui tous les moyens sont bons y compris leur appel à la lutte armée. L’Etat c’est l’addition incroyable de la police, l’armée, la justice, le système fiscal et éducatif, autant d’instrument d’une violence quotidienne sans nom ! Cette violence s’appuie sur un corps de privilégiés que sont les fonctionnaires qui peuvent, par mauvaise conscience, s’opposer parfois à l’Etat, ce qui ne les empêche pas d’exercer la répression la plus féroce dans tous les domaines de la vie. N’avez-vous pas éprouvé de la rage devant un flash de radar, un propos du président de la république, une augmentation infinie des impôts, et l’obligation scolaire qui n’est rien d’autres que l’apprentissage à la soumission. Toute réponse invoquant la légitimité de l’Etat en question quand le gouvernement est issu d’élection ne fait que renforcer la violence étatique quand on se souvient que parfois le droit de vote est transformé en obligation de voter et de voter pour qui ?

 

Contre la « magie du verbe »

Les dangers de ce type de verbiage pseudo-révolutionnaire apparaissent quand on arrive à l’étape des propositions alternatives. Avec le RTG c’est clair : pas l’ombre d’une proposition ce qui a fait réagir un groupe de guérilleros comme l’EPR. Les cinquante millions de dollars vont-ils servir à acheter des armes ? Ou à alimenter internet en communiqués qui renverront aux poubelles des enfantillages ceux du sous-commandant Marcos ? Dès à présent, quinze jours après l’apparition de ce groupe inconnu, vous tapez sur le moteur de recherche Red de Transformacion Global et les liens défilent à l’infini. Que la violence de l’Etat soit infinie, que sa légitimité soit douteuse ne peut conduire les opposants vers l’aventure ! Se placer sous l’angle Etat ou pas d’Etat c’est aller dans le sens des forces dominantes qui aujourd’hui font tout pour se défaire de l’Etat ! Dans le cas mexicain par exemple, l’Etat a joué la carte « d’arbitre » entre classes sociales pour servir l’intérêt des classes les plus puissantes. A un moment il a été un employeur industriel majeur après la nationalisation du pétrole, il a mis en place, avec un syndicalisme de complaisance, des lois sociales pour réguler les rapports entre la petite entreprise et la grande, et il a dû souvent céder aux luttes populaires diverses qui ont défendu le droit à la terre, au travail, au salaire. Aujourd’hui, l’enjeu autour de l’Etat ne me semble pas celui d’hier. Et sur le plan de la violence je prétends qu’il existe une différence entre violence physique qui conduit à la mort et les autres violences d’où le combat spécifique sur la peine de mort. Fondamentalement, la définition d’une mafia c’est sa capacité à porter atteinte à votre intégrité physique. Et cette capacité supporte, moins encore que la violence d’Etat, toute marge de liberté et de démocratie. Entre les cartels il n’existe qu’une « règle », la guerre ! En conséquence, quand l’Etat devient mafieux ce ne sont pas les caractéristiques de l’Etat qui imprègnent les mafias mais l’inverse. Et si l’Etat peut négocier avec les forces progressistes, ce n’est jamais le cas des mafias. Mais, j’en conviens, ces simples remarques n’épuisent pas le débat sur la violence, sa nature, sa fonction et son devenir.

31-12-2010 Jean-Paul Damaggio

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 17:02

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(Garcia Luna est un homme du gouvernement)

 

 

A Morelia, l’avenue Madero conduit à la Place d’Armes - terme qui désigne ici le zocalo - et tout autant au Palais du gouvernement. Gouvernement car il s’agit de la capitale de l’Etat du Michoacán. Pour redorer l’image ternie du pays, le gouvernement mexicain pourrait lancer une grande campagne de communication afin de rappeler qu’il dirige en fait les Etats Unis du Mexique (EUM), initiales qui font moderne et qui rendent la Russie bien ridicule depuis qu’elle n’a pas ce nom grandiose d’URSS. Le Michoacán est donc un des Etats du Mexique qui pourrait tout comme le Salvador aspirer au statut de pays sauf que sa fierté c’est d’avoir donné aux EUM un président glorieux Lazaro Cardenas, l’homme qui fit croire aux USA que l’URSS s’installait à ses frontières.

Je parle là d’un temps bien révolu aujourd’hui, car il s’agit, par ces quelques lignes, d’évoquer un tract (pour ne pas dire un flyer) distribué ces jours-ci non dans l’avenue Madero, mais sur la route à la sortie de la ville qui nous ramène aux EUM actuels. Si je dis qu’il s’agissait par ces « volantes »distribués d’une voiture en marche, d’adresser un joyeux noël et une bonne année à tous les habitants, nous sommes dans un registre banal peu conforme aux traditions mexicaines ; si je dis qu’il est signé « Familia Michoacana » seuls les initiés vont comprendre.

 

Le texte, après avoir souhaité les bons vœux, rappelle : « La Familia Michoacana précise n’avoir aucun lien avec les délits qui viennent de se produire dans l’Etat de Michoacan vu qu’il sont créés de toute pièce par la Police Fédéral Préventive (dirigée par le néfaste Genaro Garcia) qui a fa briqué des coupables pour ensuite les abattre. » Des membres des Zetas sont aussi marginalement mis en cause.

La Familia Michoacana c’est le nom original du Cartel du Crime organisé qui opéré dans le Michoacan, et qui vient de subir une attaque en règle de la police qui a provoqué la mort de son chef le plus connu El Chayo, de son nom : Nazario Moreno González.

 

Alors que mon voyage au Mexique fut totalement paisible, jusqu’à quand cette obsession envers le crime organisé ? Détrompez-vous, là n’est pas mon obsession mais dans le « silence intellectuel » qui entoure le phénomène. Par exemple, j’aime beaucoup la revue Memoria et son directeur Diaz-Polenco, je peux y retrouver avec plaisir le débat classique Marx-Bolivar, le rappel du soixante-dixième anniversaire de la mort de Gramsci, un beau numéro consacré au centenaire de la révolution mexicaine etc. mais rien de rien sur la question du crime organisé ! Et le silence ne vaut pas mieux que la désinformation. Que dire d’un article qui considère qu’en cemoment les USA expérimentent le fascisme au Mexique pour l’imposer à la planète ?

Comme le montre le dessin d’illustration beaucoup pensent que le gouvernement et les narcos c’est du pareil au même mais sans jamais un motpour dire : que ferait la gauche au gouvernement pour combattre le phénomène ? Ouvrir des écoles, donner du travail ? Et qui peut croire un seul instant qu’il s’agit là d’une analyse sérieuse ? Si le Mexique se remet à produire plus de richesses, ces richesses seront un aliment de plus pour la piraterie en place car en aucun cas elles ne pourront automatiquement détruire la dite piraterie.

Or dans l’histoire même du Mexique il existe des écrivains comme José Revueltas qui ont pensé à cette mort organisée de l’homme (car telle est l’appréciation que je porte sur le phénomène : « nous délivrer de l’humain »). Je le répète l’ampleur du phénomène n’a de solidité que parce qu’il s’appuie sur des tendances globales, les mêmes qui font le renouvellement permanent des mafias italiennes. L’histoire du Mexique est traversée de massacres, assassinats, y compris de plusieurs présidents parmi les pluspopulaires, et j’attends qu’on vienne nous expliquer que la vague « crime organisé » est finalement dans les « gènes » de ce pays comme celle qu’a connu l’Algérie aurait été le produit de la colonisation française et des luttes développées pour y échapper. Les particularités nationales me paraissent toujours très fortes et pour longtemps (contrairement à un certain discours sans frontière) mais plus en tant que révélatrices de phénomènes globaux qu’en tant que productrices de l’histoire actuelle. Les événements internationaux de l’année 68 sont sympthomatiques de ce basculement. Les nations ont dessinées le monde de 1789 à 1945 mais depuis, la globalisation dessinent les nations, qui ne disparaissent pas sous une uniformité supposée mais renaissent parfois ! Tous les jours la planète se découvre avec un nouveau pays : prochainement c’est le Soudan qui se divise en deux. Voyez, je suis loin de la seule mafia mexicaine…

29-12-2010 Jean-Paul Damaggio

 

P.S. Je viens de lire sur Libération une enquête concernant le crime organisé à Monterrey, une ville du nord-est du Mexique. Premier mérite de cet article, il évite Ciudad Juarez et deuxième il évite le mot drogue. Ainsi le lecteur comprend que derrière le mot « narco » il y a un univers qui dépasse de loin le simple marché de la drogue pour toucher au quotidien de TOUS les habitants.

J’écoute Chevillier-Gendreau sur France-Inter qui parle de la violence et qui répète que la première de toutes les violences c’est celle de l’Etat qui n’a aucune légitimité. Par trois fois le journaliste lui posera la question de savoir où elle place cette légitimité mais par trois fois elle éludera la réponse qu’elle a fournie au Festival d’Uzeste : dans les institutions internationales comme le tribunal international de la Haye ! C’est pas très crédible je crains ! Elle se penche sur la question en maniant de l’essence. J’espère qu’elle sait que ça brûle.

 

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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 18:29

 Je viens de reprendre des articles que j’ai publiés au fil des années sur d’autres blogs. Je constate que le premier date de 2004 au tout début de mes écrits internet sur un site qui s’appelait « Le Magret diplomatique ». D’autres ont été publiés peu après sur la première version de La Sociale. Ils ne représentent pas l’ensemble de mes écrits sur le sujet. Vous pouvez vous reporter à la liste de mes écrits papier :

http://la-brochure.over-blog.com/article-32015290.html  

En fait mon premier écrit est toujours sous forme de manuscrit (1979) et par la suite le sujet a été récurrent en particulier dans un travail sur les paysans. Tout ceci me donne à moi-même la sensation d’une approche à laquelle je vais pouvoir réfléchir comme si elle était de quelqu’un d’autre. 28-12-2010 Jean-Paul Damaggio

 

http://la-brochure.over-blog.com/article-le-yucatan-face-au-mexique-62003190.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-sur-la-langue-maya-63601359.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-journal-de-voyage-3-62822168.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-journal-de-voyage-2-62821961.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-journal-de-voyage-1-62821783.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-les-commerces-62808487.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-murder-city-par-charles-bowden-62615496.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-un-film-biutiful-62615601.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexico-s-mafia-c-etait-en-2008-62495154.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-una-jornada-au-mexique-62494875.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-teleton-ils-disent-au-mexique-62293649.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-yucatan-et-cerfs-volants-62216899.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-et-religion-62155625.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-le-mexique-face-a-son-devenir-62003477.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-le-yucatan-face-au-mexique-62003190.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-le-mexique-face-a-son-histoire-61795549.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-la-presse-61795383.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-bibliotheques-61675082.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-douleurs-61647236.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-portraits-61625107.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-le-mexique-quel-mexique-60031928.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-et-le-bicentenaire-de-la-revolution-59721195.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-merida-et-sa-cathedrale-59721060.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-et-alberto-ruy-sanchez-59548249.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-comment-visiter-chichen-itza-59476527.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-la-preuve-par-valladolid-mexique-59476390.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mon-troisieme-bicentenaire-57076241.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-dans-ses-yeux-au-mexique-51822301.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-de-cochochi-au-paisito-47987357.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-32015290.html   (mes écrits à propos des amériques)

http://la-brochure.over-blog.com/article-31011299.html (la influenza au mexique)

http://la-brochure.over-blog.com/article-29257553.html (paco ignacio taibo II à Toulouse)

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-france-a-lille-janvier-2005-63808783.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-france-a-sarrant-mars-2007-63808718.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-au-mexique-janvier-2005-63808644.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-au-mexique-septembre-2004-63808581.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-au-mexique-juillet-2006-63808535.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-au-mexique-mai-2006-63808478.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-le-rocambolesque-noir-64031310.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-octavio-paz-64301127.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-cuba-padura-64300749.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-usa-selon-i-ramonet-64190756.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-un-abrege-politique-64137057.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-mexique-et-paysans-64031802.html

 

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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 18:18

Le bonjour de Tina (janvier 2005)

 

En arrivant à Lille, je n’avais pas pensé y rencontrer l’italo-mexicaine Tina Modotti (1986-1942). Pourtant j’aurais dû me douter quel serait au rendez-vous. Avec Marie-France, nous l’avions croisé deux ans avant à Biarritz, le 29 septembre 2002. Pour conserver la mémoire de ce plaisir de la vie, je l’ai mentionné dans une série de chroniques que j’écrivais à l’époque, chaque semaine, en réponse à celles de Vazquez Montalban. Parce qu’il m’arriva de parler de ces chroniques dans une réunion, l’écrivain Jean Real eut l’immense générosité de me communiquer des inédits en sa possession, de l’écrivain catalan. Lui envoyant alors mes chroniques montalbaniennes, il me répondit par divers cadeaux magnifiques dont un livre sur Tina Modotti qui complétait les deux ramenés de Biarritz. Parfois la vie provoque un enchaînement de hasards merveilleux, le merveilleux étant, en ce cas, de pouvoir faire circuler la mémoire de cette photographe étrange.

 

En arrivant à Lille, je savais que j’y rencontrerais les muralistes mexicains puisque nous allions visiter l’exposition Mexique-Europe Allers-retours 1910-1960 dont j’avais lu la présentation dans Marianne et dans Espaces Latinos. Dans Marianne, Jean-Philippe Domecq rendit compte de l’événement avec son sens artistique habituel. J’admire depuis vingt ans son combat culturel et pour cette exposition, il sut dire l’essentiel, la découverte, en cette occasion, d’artistes à la fois populaires et d’avant-garde. « D’avant-garde dans leur formation, leur audace ; populaires par leurs sujets d’inspiration et leur destinataire. Cela a donné la plus puissante école de peinture murale de l’art moderne ». L’auteur de l’article d’Espaces latinos pointe ce phénomène qu’il appelle un « paradoxe » : « Paradoxalement, cette prise de conscience identitaire, loin de rompre définitivement avec l’art européen, s’en inspire pour formuler un art typiquement mexicain, tout particulièrement à travers les grands programmes de peinture murale commandés par le gouvernement révolutionnaire peu après 1920 ».

 

Que suis-je en train de raconter ? Qu’une prise de conscience nationale peut donner un art phénoménal. Que des commandes publiques ne sont pas forcément de nature à tuer l’esprit de création. La Révolution mexicaine casse beaucoup de clichés et la bataille artistique qui s’y déploya mérite notre attention pour comprendre au moins deux phénomènes : celui de la laïcité et celui de la paysannerie indigène.

 

En arrivant à Lille, je découvre un musée moderne, doté d’un vaste jardin, avec peu de gens à l’entrée. Dès la première salle, je croise enfin le graveur José Guadalupe Posada dont l’article d’Espaces Latinos m’avait annoncé la présence. Je dis enfin, car je découvris d’abord son talent dans un livre d’Eduardo Galeano, sans trouver ensuite aucune référence dans les encyclopédies. Cet homme du peuple (1852-1913) est bien un précurseur du muralisme. Il s’adresse au peuple en utilisant la gravure à haute dose et en se créant un style propre qui marquera le Mexique. Le catalogue de l’exposition tout comme le dos de couverture du livre de Galeano nous donne l’image phare : « la calavera Catrina ».

 

Toute l’exposition nous démontre que l’avant-garde et le peuple font bon ménage. Et aujourd’hui je me replonge dans les écrits de David Alfaro Siqueiros. En particulier son éloge de Diego Rivera. C’était en 1945 et David n’oublie pas de préciser qu’il a, avec Diego, « des différences politiques profondes » mais que ces différences ne peuvent l’empêcher de reconnaître l’immense force du peintre. « En 1919 il prévoit l’importance et la nature de la transformation intellectuelle qu’amènerait inévitablement dans notre pays le développement de la révolution mexicaine ». En 1920, il transmet à la jeunesse mexicaine les révoltes anti-académiques. « En 1922, il rend possible par sa culture et sa maturité professionnelle, déjà évidentes à cette époque, le départ de notre art mural du Mexique ». Pour Siqueiros cela vient de son admiration pour l’art étrusque et byzantin. Il précisa ensuite que cet art avait une valeur mondiale : « il démontra que notre mouvement avait une valeur universelle dans ses programmes, même pour les grandes métropoles économiques, malgré le caractère semi-colonial de notre pays ; il démontra qu’un élan surgi d’un désir de révolte nationale est capable de rompre l’étau oppresseur de nature impérialiste dans l’action créatrice de la culture ».

 

Le catalogue de l’exposition de Lille attire notre attention sur les deux éléments de la révolution mexicaine de 1910, la présence de la paysannerie et le rôle de la laïcité. Deux éléments que les penseurs de la révolution russe mépriseront. Seul le combat laïque du pouvoir révolutionnaire permit la cohabitation conflictuelle de Rivera, Siqueiros et les autres. Seul ce pouvoir laïque permit de transformer une conscience nationale en force internationale car la laïcité articule les différences et l’universel. Seul un pouvoir laïque pouvait considérer dès sa naissance le combat culturel comme majeur : la transformation des églises en lieux publics échappant à leur fonction religieuse nécessitait une nouvelle orientation artistique du décor. Il est évident que cette peinture muraliste reprend des symboles religieux classiques mais elle les inverse à chaque fois. Les images italianisantes mexicanisées, le style classique devenant surréaliste etc.

 

Tina Modotti venant de son Italie natale en passant par les USA arriva dans un Mexique de rêves et de réalités en 1923. Je retiens la photo de cette femme portant, en 1928, un drapeau noir de l’anarcho-syndicalisme. Elle tient de la peinture par l’épuration du fond, par la pose, par les symboles. Tina présentera beaucoup de portraits de femmes et je repense à Angeles Mastretta, l’auteure d’un des romans qui me frappa le plus à ce jour, Mal de amores. Il se déroule dans une ville touristiquement insignifiante, Puebla, et nous fait vivre à l’heure du combat féministe mexicain des années 1930. La femme de Tina Modotti est seule sur la photo mais avance en laissant supposer qu’une foule la suit. Son visage indigène nous rappelle le rôle fondamental des paysans dans la révolution, rôle que les dirigeants soviétiques ne voulurent pas imaginer pour avoir trop suivi à la lettre les analyses marxistes.

Bref, dans le Mexique de 1928 le combat entre les factions sera terrible tout aussi terrible que leur dialogue. Le compagnon de Tina sera assassiné le 10 janvier 1929 par les sicaires du dictateur de Cuba, quant à elle, elle passera à Berlin pour y découvrir l’infâme arrivée du fascisme, puis à Moscou pour l’arrivée du stalinisme et en Espagne avec la guerre civile espagnole. Tant d’événements qui l’incitèrent à revenir à Mexico où elle mourut d’un infarctus en 1942. Vraiment un infarctus ? La révolution mexicaine, quant à elle, s’organisa autour d’un parti unique, le Parti de la Révolution Institutionnelle (PRI) qui dériva de jours en jours jusqu’à perdre la présidence de la République en l’an 2000 pour la laisser à un parti plus à droite (PAN). Les élections municipales de ce mois de décembre 2004 indiquent cependant une remontée de son influence suite aux déceptions apportées par Vicente Fox, déceptions qui profitent peu au parti plus à gauche (PRD).. 4-01-2005 J-P Damaggio

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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 18:17

Le Mexique à la croisée des révolutions ?

 

Dans une petite librairie du Gers, à Sarrant, le samedi 24 mars, un des intellectuels les plus importantsdu Mexique présente ses derniers travaux à une assistance attentive. Hector Diaz-Polanco, présent au Festival latino-américain de Pau, a fait un crochet dans la France villageoise. Récemment honoré d’un grand prix, pour son dernier essai : Eloge de la diversité (globalisation, multiculturalisme et ethnophagie), cet anthropologue et sociologue est aussi le directeur d’une revue essentielle : Memoria. Sa première implication politique s’est produite au Nicaragua en 1983, quand il put convaincre les Sandinistes de régler la question des Indiens Miskitos par la négociation, en offrant aux peuples de la côte Ouest une autonomie (une opération totalement réussie même si la Contra trouva d’autres angles d’attaque).

Il rappelle comment, pour le néolibéralisme, le Mexique est une clé de voûte, et pour ce faire, il présente d’abord la voûte, à savoir le premier terme de son analyse : globalisation (nous disons plutôt mondialisation). Sa passion ancienne pour les questions indigènes lui permet de décortiquer deux faces de la globalisation. Elle ne signifie plus seulement « uniformisation » mais en même temps, « communautarisme » (à ne pas confondre avec le sens communautaire). Sa perception du double phénomène vient d’une analyse précédente sur le double aspect de l’indigénisme : s’il apporta des effets positifs (les muralistes mexicains par exemple), il permit aussi d’enfermer les indigènes dans le passé des musées (les Mayas furent une grande civilisation mais seraient inexistants aujourd’hui !). L’indigénisme permit de passer de l’étape « génocide » à celle d’ « ethnocide ». Plutôt que tuer les personnes, le capitalisme trouva plus sage de tuer leurs cultures vivantes. Et aujourd’hui, le capitalisme nous pousse vers une nouvelle phase : l’ethnophagie qui consiste à produire un éloge de cultures bloquées pour tuer tout éloge de la diversité.

Les deux faces du capitalisme actuel, la plus forte qui agit de l’extérieur (l’uniformisation), l’autre qui agit de l’intérieur (le communautarisme), Diaz-Polanco les présente ainsi (je reprends un de ses articles sur internet, les dilemmes de la diversité) : « Le libéralisme dur et le relativisme absolu fonctionnent comme les deux visages de la même médaille ». Comment ? Le libéralisme dur montre du doigt le repli sectaire dans le communautarisme (pour pousser les communautés vers le conservatisme) et le communautarisme, au nom du droit à la différence (qui devient un droit à l’inégalité), montre du doigt le libéralisme dur qui écrase tout sur son passage. Pris dans cette tenaille, les démocrates ne savent trop de quel tranchant se méfier ! La crispation néo-libérale alimente le fondamentalisme ethnique ! Défendre « la supériorité éthique de la civilisation indienne » dénature le juste combat pour l’autonomie des peuples indiens. Pour Diaz-Polanco ce combat autonomiste prend son sens en s’alliant aux combats pour la transformation de l’Etat-nation, les seuls capables de créer des ponts et des dialogues entre les cultures. Si une culture est déclarée supérieure à une autre (l’ethnophagie) alors le combat démocratique ne fonctionne plus. Comme il ne faut pas confondre le communautarisme (qui enferme) et la communauté (qui veut s’ouvrir au monde), voici une autre question fondamentale : l’individu existe-t-il d’abord par lui-même ou par son appartenance à une communauté ? La thèse du libéralisme dur fera de l’individu et de sa liberté le critère majeur de toute action, ou alors il enfermera le membre des communautés dans les prisons de son passé. Perdre une jambe de la démonstration conduit à une grave claudication. 

Donc, le combat pour l’autonomie inscrite dans la nation n’a rien à voir avec le relativisme culturel qui en est l’adversaire. Ce relativisme prétend que toutes les cultures se valent, mais disant cela, il procède à une évaluation que pourtant il récuse en son principe ! C’est le double piège du relativisme : ou il propose des critères pour évaluer les cultures, et alors le relativisme s’effondre, ou il n’y en a pas, et alors le relativisme s’effondre aussi (car c’est tout de même une évaluation). Cet effondrement du relativisme (qui reste cependant fort socialement) ne doit pas dispenser les rationalistes et universalistes d’analyser leurs propres limites quant aux formes proposées de dialogue entre les cultures (la réponse par le métissage peut conduire à l’uniformisation chère au système).

L’autonomie doit donc sortir du piège en liant les questions culturelles, sociales, économiques et politiques dans le cadre de l’Etat, afin de redonner aux communautés, non plus la référence à leurs grandeurs passées, mais les outils pour construire un avenir nouveau. Dès que les Indiens Miskitos gagnèrent un juste statut d’autonomie, ils devinrent plus que par le passé des Nicaraguayens !

Cette analyse conduit Diaz-Polanco à parler d’échec des Zapatistes (il les a pourtant fortement aidés) car ils ont été conduits à se replier dans leurs zones pour mettre en place des institutions illégales, faute d’en avoir gagné des légales. « L’autre campagne » lancée en 2006 par l’EZLN et d’autres à travers le Mexique, a tenté de contourner cet échec mais des événements à Atenco, Oaxaca, et la fraude présidentielle conduisirent à l’impasse. Une nouvelle phase de l’autre campagne vient de redémarrer dans un Mexique de « gauche » qui est à la croisée des révolutions : à côté du chemin zapatiste, il y a le chemin des assemblées du peuple style Oaxaca (APPO) et celui de la Convention démocratique nationale liée au candidat du PRD, AMLO pour Andres Manuel Lopez Obrador.

Tout en parlant, Hector regarde sa montre pour rappeler qu’au même moment, la Convention démocratique travaille à Mexico (résultats décevants dois-je indiquer) puis il emporte les auditeurs vers la Bolivie. Le combat pour l’autonomie démocratique doit s’y différencier clairement de l’action des autonomies oligarchiques (une forme de ce que j’appelle un capitalisme féodal tourné vers l’avenir) qui se mettent en place pour exploiter de manière « autonome », des richesses locales et des indiens locaux. Hector Diaz-Polanco fait alors référence au cas de Santa Cruz en Bolivie où il vient de donner des conférences pour faire avancer dans le bon sens la Constitution en cours de rédaction (voir un de mes articles précédents). Une fois de plus on en vient à regretter l’absence totale de traduction des essais des intellectuels des Amériques, qui, placés au cœur des tempêtes modernes, tentent d’en proposer des analyses vivifiantes pour tous et qui nous éloignent d’un romantisme révolutionnaire souvent paralysant.

Jean-Paul Damaggio 28-03-2007

 

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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 18:16

Une Mexicaine : Le décès de Ramona

 

Aujourd’hui 23 janvier 2005 la presse bolivienne présente la photo d’une femme… la sœur d’Evo Morales. Le visage d’une indienne fatiguée par le travail, à l’ovale parfait, aux cheveux partagés d’un belle raie. Elle a eu la responsabilité de préparer les habits d’Evo pour la fête d’avant-hier et hier (l’accès à la présidence). Elle n’a pas eu de souci avec la cravate : toute la campagne électorale a tourné à un affrontement entre les ponchos et les cravates, et comme il n’est pas question qu’Evo trahisse les siens, il reste sans cravate. Mais laissons les hommes, la dame de cette chronique est une Mexicaine, la comandanta Ramona.

Que dire de Ramona ? Elle vient de mourir à 36 ans. Dans la forêt du Chiapas. Suite à une tuberculose ancienne qui fit souffrir ses reins. En 1996, une greffe lui accorda dix années de plus. Son frère put lui offrir son rein. Une greffe peu ordinaire pour une femme ordinaire. Ordinaire ? Ses doigts en avaient fait une reine de la broderie. Dans la forêt du Chiapas.

En 1994, elle apparut sur la scène politique. Une zapatiste. Déjà très malade. En 1996, à Mexico, se déroula le premier Congrès national indigène. Marcos voulut faire le voyage. Le président de la république exigea un échange : trois autres zapatistes à la place de Marcos. Les zapatistes proposèrent la comandanta Ramona à la place de Marcos. Elle prit l’avion pour la première et dernière fois. A Mexico, après un discours devant cinquante mille personnes, elle disparut : direction une clinique privée. C’était le 12 octobre 1996. Pour une greffe peu ordinaire sur cette femme ordinaire. Dans une clinique privée ? Il y eut débat chez les zapatistes car le président de la république proposa les services gratuits d’une clinique publique. Pour des raisons de sécurité, les zapatistes payèrent une clinique privée (avec un soutien citoyen). Suite à quelques jours de convalescence, retour au Chiapas pour la jeune femme, que les présents à la manifestation de Mexico découvrirent étrangement petite.

La comandanta Ramona, une Tzotzil qui, chez les Tzotzil n’avait pas le droit de s’adresser aux hommes. Trois fois invisible. Aux yeux des maîtres du monde, aux yeux des Mexicains, aux yeux des hommes de sa communauté. Qu’importe, elle osa tout ! Quand elle découvrit à quel point l’injustice était insupportable, elle osa tout ! Elle demanda à tous de prendre les armes. Beaucoup l’écoutèrent.

La comandanta Ramona, une brodeuse de profession, une paysanne en même temps. Toujours avec des fils entre ses doigts. Elle n’avait pas de temps à perdre, ses jours étaient comptés. Et ses chemises (huipiles) parfaites ! Aux couleurs splendides. Celles d’une femme splendide.

La comandanta Ramona, une analphabète qui ne vécut pas assez longtemps pour apprendre l’espagnol. Une voix d’oiseau. Incroyable n’est-ce pas ? Pour elle tout s’acheva le 6 janvier 2006. « Le monde a perdu une des ces femmes qui habillent les nouveaux mondes ». Disant ces mots, le délégué zéro a retenu quelques sanglots. Le délégué zéro, c’est Marcos. Doté d’une moto, il a commencé à sillonner le pays en pensant peut-être au commandant zéro, un Sandiniste d’hier, Eden Pastora qui se bat aujourd’hui avec la droite. Ainsi va le monde.

 

Le 6 janvier le délégué zéro parle devant une foule rassemblée à Tonala. Peu de temps avant, il avait envahi, avec ses amis, les vestiges mayas de Palenque pour dire : nous ne sommes pas des ruines. Des centaines de touristes médusés : les indigènes sont vivants ! A Tonala, quelqu’un lui indique un appel urgent au téléphone. Il s’écarte puis revient devant ses amis. « Le monde a perdu une de ces femmes qui habillent les nouveaux mondes » (ceux chers aux militants sincères). « Elle va nous manquer ». Il annonce qu’il s’en va, oui il reviendra mais là, il ne peut plus rester, il s’en va. Personne ne saura où eut lieu la cérémonie funèbre. Quelque part dans la municipalité rebelle San Andrès Sakam’ chem de los Pobres. Dans la forêt du Chiapas. Le 8 janvier les zapatistes indiquent : « La comandanta Ramona, en plus d’être une de nos dirigeantes, s’était transformée en un symbole de la lutte construite à partir de la base et à gauche. Sa perte a suscité chez nous une grande douleur dont il est difficile de parler ». La vie continue, la moto du délégué zéro a repris la route. Le passe-montagne noir des zapatistes continue d’être leur visage. Il reste une chanson du groupe de musical Quetzal : Nous sommes tous Ramona. Et demain une œuvre littéraire surgira pour mettre en scène cette « femme magique » comme a fini par surgir à la lumière Tina Modotti. Ce jour-là le combat zapatiste sera plus vivant que jamais.

23-01-2005 Jean-Paul Damaggio

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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 18:15

Le Mexique au tournant de juillet 2006

Le 6 juillet, une date que des journalistes mexicains décidèrent de retenir comme nom de leur organisation : canalseisdejulio. Ce groupe vient d’ailleurs de diffuser un DVD sur les événements d’Atenco, Romper con el cerco. Le 6 juillet 2006 va-t-il répéter le 6 juillet 1988 ?

Dans les rues d’Oaxaca les enseignants en lutte ont décidé d’une trêve jusqu’à la publication finale des résultats de l’élection présidentielle. Cependant les rythmes d’une chanson d’Uriel Montiel résonnent toujours dans les rues : Oaxaca pour la liberté. Elle est à la gloire de l’incroyable lutte engagée dans la région. Pour la quatrième mégamarche du 27 juin, 20 000 participants, un nombre bien supérieur à celui de tous les enseignants concernés. Parce que la défense de l’école n’est pas seulement une question corporative. Voici quelques paroles de la chanson : « Je suis écoeuré par la façon dont ils abusent de moi / dont ils maltraitent mon peuple et le font souffrir / je suis écoeuré par la disparition des enfants et des maîtres. ». Le « ils » c’est le pouvoir politique qui écrase l’école, celui régional du PRI et celui national du PAN. Des forces politiques qui prétendent qu’en période électorale, il est impossible de satisfaire des revendications sociales. Conséquence : à Oaxaca le syndicat sans donner des consignes électorales, a décidé d’appeler seulement à sanctionner PRI et PAN.

Résultats locaux

Au soir des résultats Enrique Rueda Pacheco, le leader syndical, était satisfait : le PRI et le PAN n’avaient que 2 députés sur 11 ! La victoire du PRD (les 9 autres députés), obtenue par défaut n’entraîna cependant aucune félicitation envers ce parti dont des dirigeants combattent clairement le mouvement de lutte.

Le PRD était donné pour mort en 2000 quand le PAN réussissait pour la première fois à écarter le PRI de la présidence de la république. Pendant 70 ans, le Mexique fut le pays du parti unique, le Parti Révolutionnaire Institutionnel, issu plus ou moins des révolutions qui traversèrent le pays de 1910 à 1920. Au début des années 70, après la considérable révolte de 1968, deux autres partis firent timidement leur apparition : le PAN pour la droite, et sur la gauche le PRD qui sut rassembler divers petits groupes dont le PCM (le Parti communiste mexicain fut le premier PC à se créer dans le monde, et le premier à se dissoudre dans une organisation social-démocrate). Petit à petit le PAN récupéra l’appui des forces économiques et le PRD des dissidents du PRI.

Pour la présidentielle de l’an 2000 une partie de la gauche pensa : « plutôt le PAN que le maintien du PRI au pouvoir ». Le mode de scrutin (le candidat en tête au premier tour l’emporte), conçu pour un parti unique, provoqua le séisme. Vicente Fox, l’homme des USA, s’installa au pouvoir et les Mexicains découvrirent alors, d’une part qu’il pouvait y avoir pire que le PRI, et d’autre par que pour la ville de Mexico, l’élu PRD pouvait panser quelques plaies. Lopez-Obrador, le maire en question, devint le « sauveur » du PRD.

Résultats nationaux

Dans le cadre de l’élection de 2006 les deux favoris (PRD et PAN) revécurent des luttes qu’ils avaient connues dans l’Etat du Tabasco. Même si les sondages furent régulièrement favorables à AMLO (initiales d’Andres Manuel Lopez Obrador) l’élection fut terriblement disputée. D’un côté les pressions phénoménales de la droite qui s’est radicalisée encore plus jusqu’à employer des méthodes passablement fascistes (le modèle Berlusconi n’est pas loin). De l’autre, les pressions du courant radical en construction avec « l’autre campagne » qui rappela sans cesse le virage social-libéral du PRD. Ce parti s’est distingué par un soutien aux OGM, un alignement sur les valeurs du FMI, un mépris envers les mouvements sociaux « archaïques » (même si AMLO a bénéficié du soutien de la manif la plus phénoménale du Mexique – 1 million de personnes - quand le pouvoir tenta de l’écarter de la course à la présidence à partir d’accusations mensongères). L’expérience des gouverneurs PRD n’est pas de nature à rassurer les gens de gauche. Dans le même temps, Hugo Chavez décida de soutenir AMLO contre le parti de Vicente Fox, le pilier de Bush aux Amériques ; un soutien beaucoup plus discret que dans l’élection péruvienne.

Que peut penser du résultat Enrique Rueda Pacheco ? Si localement PRI et PAN furent sanctionnés, nationalement tout indique que l’éventuel succès du PRD va lui être confisqué. En 1988 la confiscation fut opérée par le PRI, aujourd’hui par son successeur. En l’an 2000, Vicente Fox gagna en sachant que la droite radicale avait été seulement un des atouts du succès. Aujourd’hui, face à un candidat de gauche favori de l’élection, Felipe Calderon risque d’installer au pouvoir un clan qui va allier la mafia et le fascisme (le groupe qui s’appelle Yunque est le pivot de cette stratégie : il allie intégrisme religieux catholique et pratiques politiques anti-démocratiques). Mais comment expliquer qu’AMLO qui se présenta comme le candidat des pauvres et des humbles (80% de la population du pays) n’ait pas pu l’emporter largement ?

La classe moyenne s’est férocement mobilisé tandis que les pauvres se sont largement abstenus pour diverses raisons. Certains ont même été sensibles à la peur suscitée par le PAN (avec une aide sans faille des médias télés les plus diffusés) à partir de luttes comme celles des enseignants d’Oaxaca ou des paysans d’Atenco. Les animateurs de « l’autre campagne », conduite à travers le Mexique par le délégué Zéro (le sous commandant Marcos), devront s’interroger sur leurs capacités à résister face au nouveau rouleau compresseur. Marcos a déclaré après les événements d’Atenco qu’il ne quitterait la capitale qu’avec la libération de tous les détenus politiques. Or, même si l’incarcération des dirigeants paysans est injuste, la puissance du mouvement de solidarité n’a pas pu les libérer et le nouveau pouvoir va sans doute maintenir dans les quartiers de haute sécurité Ignacio del Valle, le leader paysan qui en 2001-2002 bloqua le projet de méga-aréoport à Mexico, et qui en 2006 est tombé après une ignoble provocation médiatico-policière. Pour sept fleuristes interdits de vendre sur le marché, les militants du FPDP sont intervenus en soutien, la police a riposté puis a été dépassée par les paysans. Des caméras purent filmer des révoltés frappant un policier, images passées en boucle à la télé pour susciter la colère et ce résultat : 3500 policiers s’attaquèrent ensuite sauvagement à 300 civils (un enfant fut tué par balle). Il s’agissait de viser des soutiens de « l’autre campagne » pour radicaliser la situation. A présent, soit la gauche révolutionnaire gagne par la lutte et elle prouvera qu’elle est plus forte que les tenants de la démocratie électorale, soit elle échoue et alors la division risque de s’accentuer au sein de la gauche mexicaine. Dans La Jornada, Elena Poniatowska qui pendant longtemps a soutenu les zapatistes, montre déjà du doigt l’irresponsabilité de « l’autre campagne ». Comment le sous-commandant Marcos qui s’est « enfermé » lui-même dans une maison de Mexico va-t-il sortir de l’ornière ? Le tournant de juillet 2006 risque d’être crucial dans l’histoire de toute l’Amérique latine. Les prochains jours sont de la plus haute importance par rapport aux prochaines échéances électorales de la région dont la présidentielle brésilienne d’octobre. 6 juillet 2006 Jean-Paul Damaggio

 

Note décembre 2010 : Juillet 2006 fut le double échec de la gauche radicale et de la gauche électorale et en effet, depuis, la situation est devenue plus dramatique pour toute la gauche. Le développement du Crime organisé n’apparaît comme un des outils pour tuer la gauche.

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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 18:15

Le bonjour les zapatistes (septembre 2004)

 

Les tours operators des journalistes « révolutionnaires » sont connus. Les Miskitos pendant les années 80, puis le Chiapas la décennie suivante, et Porto Alegre à présent (avec des étapes régulières dans les eaux chaudes des piscines de Miami). Puisqu’aujourd’hui ils oublient les zapatistes, allons les retrouver.

Enfants du néant, pour sortir de la nuit où ils étaient enfermés, ils se cachèrent le visage et se désignèrent du nom d’un paysan mexicain. Dix ans après, les zapatistes se seraient-ils endormis sur leurs lauriers médiatiques ? Après un coup d’éclat militaire, ils proposèrent une guérilla sans guerre, signèrent des accords de paix sans suite puis réalisèrent un voyage à travers le Mexique pour demander au nouveau président de respecter la parole de l’Etat. Toujours ignorés, ils décidèrent, à partir d’août 2003, de créer eux-mêmes les institutions qui leur sont refusées. Concrètement, des Juntes de bon gouvernement (JBG) virent le jour (sans bruit) pour prendre en charge la vie sociale, l’EZLN se gardant seulement un rôle militaire. A partir du 20 août 2004 et pendant huit jours, le journal La Jornada publia le bilan de cette surprenante initiative politique présentée par Marcos.

Sur le territoire contrôlé par l’EZLN, comment allaient cohabiter les institutions officielles et celles des zapatistes ? Etrangement, chaque institution se trouva une place.

Côté ONG ; leurs membres furent par contre désarçonnées par la nouveauté car la rotation des mandats imposées dans ces juntes, pour éviter toute professionnalisation des autorités, rend plus difficile la continuité des projets. A cela, les zapatistes répondent qu’ils ne renonceront jamais à cette démocratie et qu’il faudra donc du temps pour que la pratique progresse. Cet effort est un des éléments de lutte contre la corruption : la continuité du pouvoir étant un des impératifs des corrupteurs (que l’on évoque moins souvent que les corrompus). Par contre Marcos reconnaît deux justes critiques : sur le rôle des femmes et celui de l’EZLN. « La participation des femmes dans les tâches de direction organisatrice reste faible et dans les JBG pratiquement inexistante ». A la base, elles occupent 33% des postes et aucun au sommet ! Plus grave : « Alors que les femmes zapatistes ont tenu et tiennent un rôle fondamental dans la résistance, le respect de leurs droits reste, dans bien des cas, une simple déclaration de papier. La violence dans les familles a diminué, c’est vrai, mais plus du fait des limitations de consommation d’alcool, que grâce à une nouvelle culture familiale prenant en compte le genre féminin ».

Autre critique justifiée : « l’EZLN avait considéré son rôle comme un moyen d’appuyer la construction de l’autonomie des peuples. Souvent elle joue un rôle de direction ». Ce souci de l’autonomie des peuples (tous d’origines indigènes) est au cœur du projet zapatiste sans la moindre remise en cause de la nation mexicaine considérée comme vitale face au géant voisin mais aussi face à l’histoire réelle.

Je ne peux détailler l’ensemble des informations précises que donne Marcos (en particulier sur le contrôle des finances où les chiffres sont noirs sur blancs) car l’exemple féministe permet à lui seul de saisir la nouvelle mutation des luttes au Chiapas. Les zapatistes, en refusant de poursuivre la lutte militaire jusqu’à la prise du pouvoir à Mexico ou jusqu’à la mort (cette dernière étant plus probable), laissèrent entendre qu’ils refusaient de se mêler d’affaires politiques, comme c’est souvent le cas du mouvement social. Dernièrement Sergio Ramirez vice-président au Nicaragua de 1985 à 1990 disait : « Le zapatisme a mis une sorte de bride à la révolution ». Pour lui, en se limitant à l’horizon du Chiapas, la révolution se réduisit à une négociation ! (ceci en prévision d’un clin d’œil aux indigènes Mosquitos du Nicaragua).

Si, en effet, la révolution zapatiste n’entre pas dans le jeu de partis qui leur échappe, il n’en demeure pas moins que les accords obtenus à San Andrès se voulaient un exemple permettant d’aller vers un nouveau Mexique démocratique. Aujourd’hui, par l’autogestion mise en place, sans attendre le feu vert de personne, non seulement ils entrent dans la bataille politique autour des institutions mais, qui plus est, ils créent des institutions. Les JBG sont une activité politique authentique qui implique ensuite analyses, rectifications, développements. Pour qui ne l’aurait pas compris, les JBG ne gèrent pas la vie sociale au profit des zapatistes mais au profit de tous, y compris les antizapatistes. Ils acceptent d’aider les autorités pour tous les processus électoraux. Marcos indique que les zapatistes ne peuvent soutenir aucun parti politique mais tous les électeurs doivent pouvoir accéder au droit de vote. D’autres activités sont sous la surveillance des JBG : la protection permanente de la forêt ; le refus de toute culture, consommation ou trafic de drogue ; la surveillance de la circulation des véhicules, basée sur des autorisations précises ; le combat contre les trafiquants de vie humaine (les passeurs pour les USA).

Le hasard a voulu que le 20 août un livre d’Ambar Past, poète du Chiapas, sorte en librairie (un recueil titré « Quand c’était un homme » où l’écrivaine se fait homme avant de redevenir femme). Elena Poniatowska relèvera cette coïncidence heureuse et suggérera au «Sub » (Marcos), de « manière modeste » d’inclure parfois, dans ses communiqués, des poèmes des nombreux artistes du Chiapas. Pour vous faire rêver, j’aligne les noms de ces autres enfants du néant : Rosario Castellanos, Jaimes Sabines, Oscar Oliva, Eraclio Zepeda, Elva Macias, Carlos Jurado, Juan Bañuelos, Miguel Angel Hernandez. Vous ne les connaissez pas et moi non plus, mais vous savez à présent qu’ils existent. Si les médias oublient les luttes du sud-ouest mexicain, peut-être comprenez-vous mieux pourquoi. Dans un passage que j’ai gardé pour la fin, Marcos explique que si des ONG ont travaillé et travaillent avec les zapatistes « ce n’est ni par charité, ni à cause d’une mode politique ou pour se faire de la publicité, mais parce que, sous une forme ou sous une autre, ils ont fait leur, une cause qui à nous seuls reste une grande cause : la construction d’un monde où restent possibles tous les mondes, c’est-à-dire un monde qui se charge du cœur de tous ». Si nous ne savons pas très bien où ces mondes là nous mènent, nous savons parfaitement ce qu’ils ne seront pas, et par exemple un monde fait de suprématies masculines. 07-09-04 Jean-Paul Damaggio

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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 18:13

3 mai 2006 Au Mexique, ils cultivent des fleurs

Une étudiante chilienne à Mexico, voilà un fait banal pour débuter cette histoire banale. En ce 3 mai 2006, quand Valentina Palma se décide à prendre le métro direction Texcoco, ça n'a rien d'original : elle connaît bien la ligne qui conduit à l'aéroport de la capitale qu'elle utilise pour rentrer dans son pays. En quittant son appartement, elle s'est munie de sa caméra, et a suivi la ligne jusqu'à Pantitlan en direction de San Salvador Atenco.

Atenco ?

Au Mexique, dire « Atenco » c'est comme dire « Larzac » en France sauf qu'à 20 km d'une capitale, on ne peut pas supposer que des paysans empêchèrent l'installation d'un camp militaire. La lutte débuta dès l'annonce des expropriations pour la construction du nouvel aéroport, c'est à dire le 1 décembre 2001, et ne s'arrêta même pas le jour de la victoire, le 11 juin 2002. Puisqu'en effet victoire il y eut : le président Vicente Fox opta pour l'abandon du projet. Autant dire que la réussite de ces quelques paysans, ayant pu faire céder les multinationales les plus imposantes, révèle une organisation en béton du FPDT.

FPDT ?

El Fente del pueblo en defensa de la tierra engagea une lutte sur tous les plans sans laisser à l'adversaire plus de trois de jours de repos. Actions en direction de la justice, des hommes politiques, blocage de rues, émeutes. A un moment 3000 policiers furent mobilisés pour déloger les paysans. Les dirigeants furent arrêtés. Les révoltés prirent des otages qu'ils ne relâchèrent que contre la libération de leurs amis. Vicente Fox, le renard suivant son nom, comprit que face aux militants de Ignacio del Valle il fallait user d'un stratagème que Peter Handke analysa dans un essai brillant : la fatigue. Ignacio del Valle ? Aussi connu que le sous-commandant Marcos, ce paysan a vécu en prison, a subi des menaces de mort et même le découragement, surtout aujourd'hui, 3 mai 2006 au moment précis où Valentina quitte le métro pour emprunter le métro-train jusqu'à La Paz et de là, avec l'aide de collectivos, rejoindre enfin San Salvador Atenco. Valentina est étudiante en vidéo-documentaire aussi, quand elle a appris qu'à Atenco les forces de l'ordre avaient tué un enfant de 14 ans, elle s’est décidé à suivre sa tendance naturelle : partir sur les lieux du drame pour pouvoir témoigner. D'autant qu'elle venait de vivre un premier mai mobilisateur avec le délégué zéro à l'écoute des étudiants et au cœur des manifestations.

Le délégué zéro ?

Le Mexique se prépare à élire son président, un acte qui se produit tous les 6 ans avec chaque fois un nouveau candidat car le président n'est pas rééligible. En l'an 2000 le PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) perdait enfin le pouvoir après 70 ans de règne de parti unique, un règne de plus en plus éloigné des intérêts du peuple. Pour ne pas être absent de ce grand moment électoral les zapatistes auraient pu proposer la candidature du sub, mais la démarche zapatiste est opposée à toute entrée dans la mascarade politicienne. Toute élection étant devenue une lutte de personnes sur le marché électoral, les zapatistes proposèrent au mouvement social de profiter de l'occasion pour lancer « l'autre campagne », celle qui pouvait fédérer les luttes sociales. Après 3 mois de réunions d'organisation (de septembre à décembre 2005), le délégué zéro (le sous-commandant n'a pas fait que changer de nom comme on le verra plus loin) est parti à l'écoute du pays. Depuis, les médias disent que partout où Marcos passe, il sème la révolte.

Marcos ?

Marcos était à Atenco peu avant les événements dramatiques qui viennent de se produire mais il n'est le déclencheur de rien car à Atenco comme ailleurs, les mobilisations sont bien antérieures à son passage. Pourtant le 3 mai, en décidant la plus vaste opération policière engagée depuis des années (la précédente date de la prise de l'université occupée pendant 6 mois), la question de « l'autre campagne » n'était pas absente des préoccupations gouvernementales. En faisant d'Atenco un point de fixation, il s'agissait de faire payer aux paysans de ce village l'enterrement de « l'autre campagne ». L'enjeu dépasse à présent la construction d'un aéroport. Il s'agit de la construction d'une révolution ! Ou « l'autre campagne » réussit à faire libérer les 200 prisonniers emportés par la police et sa gloire est assurée (jusqu'à présent elle était traitée de manière folklorique), ou la guerre sociale engagée est perdue, et Marcos sera obligé de se replier une fois de plus dans la forêt Lacandona.

200 prisonniers ? L'intervention de la police fut d'une férocité exceptionnelle et Valentina Palma en est la preuve, non par ses films qui lui firent confisqués mais par ses cris . qu'elle pousse de Santiago du Chili. Quand elle arriva à Atenco vers huit heures du soir, elle commença par filmer l'organisation des gardes populaires que le FPDT mettait en place en prévision des luttes à venir. Puis, peu de temps après, toutes les cloches de la ville se mirent à sonner pour annoncer l'entrée en action de la police. Elle continua de filmer ici ou là avant de se protéger en se réfugiant dans la bibliothèque située face à l'église. Valentina ne pouvait imaginer la suite. La police entra partout captura tout le monde et après des coups sur tout le corps, la confiscation de son matériel, elle fut conduite en prison, un temps immensément long car sur tout le trajet ce furent viols, attouchements et coups divers. Le transfert des personnes dura de huit heures du matin à quatre heures du soir ! Après un cour passage en prison, elle fut conduite à l'aéroport, où elle retrouva son compagnon et avec lui, elle fut expédiée au Chili. L'horrible répression lui laissa le goût d'une immense colère.

Colère ?

Ignacio del Valle ne sait plus ce qu'est la colère. Il ne plonge pas pour autant dans la résignation. Il tient seulement à avouer son impuissance. Son mouvement est décapité. Soit la peur cloître les paysans chez eux, soit ses amis sont en prison. Le 6 mai une assemblée générale des révoltés a eu lieu au siège du FPDT, sous l'oil attentif d'un grand mural représentant l'inoubliable Zapata. Après d'infinies discussions, un plan de contre-attaque a été élaboré. Mais que va-t-il donner ? La solidarité va-t-elle fonctionner ? La présence de Marcos est-elle un atout ou un handicap ? Pour les uns, il s'agit d'un atout et Marcos a déjà indiqué qu'il ne quittera pas les lieux tant que les prisonniers ne seront pas libérés. Pour d'autres, il s'agit d' un handicap car le pouvoir pouvait céder localement face au FPDT, mais il ne le peut plus face à « l'autre campagne » sauf à donner à tous les révoltés un bol d'oxygène.

L'oxygène ?

Pour la première fois depuis 5 ans Marcos a accepté de répondre aux questions d'un journaliste de La Jornada, son ami, Hermann Bellinghausen. La médiatisation d'Atenco ne peut pas être plus grande (au Mexique, car les luttes sociales sont indignes du moindre article sérieux de politique internationale). Que dit le délégué zéro ? Qu'Atenco confirme des observations déjà faites partout sur la planète : hier les pouvoirs publièrent des journaux à leur botte, puis les journaux devinrent un pouvoir à eux seuls (le quatrième disait-on parfois) et à présent, les médias commandent les pouvoirs politiques. Conséquence : les médias n'ont plus à parler du réel, ils parlent de ce dont parlent les médias. Ils y perdent alors toute crédibilité et risquent de ne plus rien pouvoir. Mais le journaliste insiste : « Vous, Marcos, ne cherchez-vous pas en premier lieu à occuper les médias ? » « Mais, comment pourrais-je vouloir occuper des médias fondamentalement opposés au combat que nous menons ? ». Alors le journaliste insiste : « Atenco est devenu une grande affaire médiatique ! ».

Marcos précise : « J'ai vu TV Azteca, j'ai écouté la radio. Comme partout les médias mettent en avant la violence des paysans à laquelle les policiers auraient répliqués. Peut-être, dans certains cas, va-t-on considérer que la police a exagéré mais sur le fond, on veut faire croire que les premiers responsables, ce sont les paysans. S'ils se soumettaient à l'ordre ambiant, l'ordre serait sans problème ».

L'ordre ambiant ?

Depuis le grand texte « oxymoron » les zapatistes démontrent les transformations profondes du système : c'est au nom du droit à manifester, du droit de vote, au nom de la liberté d'expression, de l'écologie, au nom de la démocratie et des droits de l'homme qu'on assassine le droit à manifester, le droit de vote, la liberté d'expression, l'équilibre de la nature, la démocratie et les droits de l'homme. Ce faisant, on peut répondre que le système continue d'être ce qu'il a toujours été. Non, car, pendant longtemps, le système a considéré que la liberté d'expression était dangereuse, le droit de vote un pouvoir donné aux ignorants etc. puis il a été obligé de lâcher des droits sociaux qui deviennent le prétexte pour en finir avec les droits sociaux ! On comprend mieux le rôle des médias, car il faut de forts moyens d'intoxication pour faire avaler de tels oxymores. L'ordre ambiant est le désordre organisé !

Organisé ?

« L'autre campagne » se veut une organisation révolutionnaire nouvelle. D'abord le mot organisation. Pour les zapatistes pas question de se battre sans organisation. Quand on construit une armée, l'EZLN, le bavardage est limité. Quand on sort d'une stratégie militaire, il encore plus réfléchir à l'organisation. En conséquence, toutes les forces sociales se sont rencontrés, pour des réunions dont l'ordre a été fixé par l'EZLN afin d'élaborer un comité, avec des adhérents, des directives etc. Rien de militaire puisque l'autonomie de chacun est respectée mais au nom de ce respect pas question de défendre n'importe quoi, n'importe où et n'importe quand. Les bureaucrates syndicaux pourraient noyauter le mouvement. Et, à Atenco, la condamnation des violences policières ne dispense pas de toute analyse critique de l'organisation de l'action de lutte. Marcos ne dit pas que le FPDT n'a pas été à la hauteur de ses responsabilités mais que le contexte présent oblige à revoir les formes de lutte. Ce qui ne signifie pas qu'il ait la réponse aux questions posées.

La réponse ?

Le dimanche 7 : actions d'information et de collecte de fonds pour le soutien aux victimes.

Le lundi 8 : blocage d'une avenue essentielle de Mexico.

Le mardi 9 : diffusion nationale d'un tract à 500 000 exemplaires pour informer.

Le mercredi 10 : achat massif des produits des marchands de fleurs d'Atenco

Le jeudi 11 (aujourd'hui) : blocage national des routes là où les membres de l'autre campagne le peuvent.

Le vendredi 12 : journée nationale en faveur de la libération des prisonniers politiques avec décompte des disparus avec le même jour une grande marche à Mexico.

Le samedi 13 : nouvelle réunion du collectif d'action pour fixer les dates et moyens de la grève générale.

Libérer les prisonniers ?

Les médias ont plusieurs objectifs. Raconter des salades est le plus basique mais il n'est pas très nourrissant. Pour l'essentiel, il faut appuyer les révoltes qui conduisent vers des impasses. Les médias savent glorifier des révolutions orange, rose, bleu, verte et j'en passe. Ici au Mexique, avec le cas des zapatistes, les médias jouèrent sur toutes les cordes. Médiatiser le sous-commandant pour faire oublier les sans commandant. Echec. Ignorer le Chiapas pour parler de femmes assassinées à Ciudad Juarez. Echec. Théoriser le combat zapatiste dont l'aspect glorieux serait qu'il ne vise pas la prise du pouvoir. Des Atenco, le Mexique en connaît des dizaines et si aujourd'hui celui des cultivateurs de fleurs est médiatique c'est parce qu'il peut influencer le résultat de l'élection. Valentina a été le témoin d'un piège à plusieurs entrées (la municipalité de gauche a collaboré avec la droite pour réprimer les paysans). Le délégué zéro ne veut pas entrer dans l'un d'eux : laisser entendre que la riposte à la violence peut se faire les armes à la main. Les zapatistes ont déposé les armes et le délégué zéro indique même que si une « autre campagne » avait eu lieu en 1993 jamais l'EZLN n'aurait surgi militairement de la forêt. Alors qu'il propose de rejeter les riches du pays, une violence extrême envers les puissants, il pense que c'est possible par l'effet du nombre. Libérer les prisonniers n'est qu'une facette du plan révolutionnaire général. Et quand le journaliste lui demande comment il peut penser possible de faire vivre un pays sans l'appui de la grande finance, il répond par l'exemple du Chiapas : dans les fermes, dans les usines (rares cependant) l'auto-organisation du peuple a donné des résultats économiquement plus rentables et socialement plus humains. Les gens vivent mieux à tout point de vue. Et si la ville de Mexico, même si c'est une jungle, est différente de la forêt Lacandona, encore une fois, un autre type d'organisation, fondé sur la satisfaction des besoins premiers des êtres humains, y est totalement possible. Pour le moment, « l'autre campagne » est organisée dans tous les états du Mexique. Il s'agit d'un mouvement national en cours de constitution. Le soutien à ceux d'Atenco est une belle occasion « offerte » par Vicente Fox, pour tester l'état du réseau. Les coups reçus ne représentent rien de plus que ceux déjà reçus depuis des décennies. La qualité de la riposte est par contre du jamais vu. Les prochains jours risquent de transformer l'élection présidentielle en camp retranché. La droite dure du PAN pense ainsi arrêter la possible victoire de la gauche institutionnelle (celle qui a voté pour Monsanto et contre des droits favorables aux indigènes). « L'autre campagne » suit sa propre logique, son propre calendrier. Aujourd'hui, ils auront été des milliers à acheter les fleurs de la victoire. Car de toute façon le peuple aura le dernier mot. JPD

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