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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 11:54

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Année du Mexique en France : Les Editions La Brochure ont décidé de la soutenir à leur façon, avec la sortie d’un premier livre et d’autres surprises. Avec Victor Hugo au Mexique nous avons découvert comment Napoléon III se trompa lourdement sur ce pays. Sarkozy en est l’indigne continuateur ! Cet événement a été décidé au cours du voyage de Sarkozy au Mexique à un moment où Florence Cassez était déjà en prison. La décision d’abord d’Alliot-Marie soucieuse d’attirer les regards ailleurs puis celle du président sont d’un ridicule à couper le souffle. Le texte ci-dessous que René Merle a eu l’amabilité de me passer, j’en ai lu des échos dans a presse mexicaine. Il dit des choses simples qui nous font douter de la bonne santé mentale de nos dirigeants politiques. Nous allons revenir sur le sujet avec des documents toujours plus surprenants.  JPD

 

 

Le fiasco diplomatique entre la France et le Mexique provoqué par l'intervention du Président de la République en réaction au refus d'extrader Florence Cassez, fait des vagues dans les milieux intellectuels concernés par les relations franco-mexicaines. Marianne2 publie la lettre ouverte qui circule actuellement dans les facs et les centres de recherche.

 

Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy

La décision de la justice mexicaine concernant le jugement de Florence Cassez a déclenché depuis quelques jours en France une série de réactions de la part du gouvernement, des partis politiques et des médias qui viennent d’aboutir à un énorme fiasco. Nous avons assisté à une montée en puissance de prises de position, depuis la déclaration de la ministre des Affaires étrangères refusant de participer aux manifestations prévues pour l’Année du Mexique en France et l’appel de Martine Aubry demandant aux collectivités locales socialistes de boycotter ces mêmes manifestations et d’annuler celles qui dépendent d’elles. Le 14 février, en dédiant l’année du Mexique en France à Florence Cassez, Nicolas Sarkozy a pris une lourde responsabilité. On ne peut demander à des artistes, des écrivains et des scientifiques français, aussi bien que mexicains, d’accepter d’être utilisés comme moyen de pression dans des affaires qui relèvent de la justice et de la diplomatie. Ce n’est pas acceptable pour nous français, pas plus que pour nos collègues mexicains. C’est un mélange des genres inadmissible qui a débouché sur la décision, logique, du gouvernement mexicain de se retirer.

 

L'année du Mexique est un événement destiné à mieux faire connaître ce pays. En aucun cas, elle ne peut être instrumentalisée par les gouvernements comme moyen de pression sur une affaire qui relève du pouvoir judiciaire mexicain et de la diplomatie française. Nous réaffirmons notre attachement aux relations scientifiques, culturelles et humaines avec des partenaires qui nous ont toujours accueilli avec respect, attention et amitié et dont beaucoup d'entre eux ont choisi de faire leurs études en France et de travailler ensuite avec nous.

 

Nous demandons au président de la République française de revenir sur sa décision de dédier l’Année du Mexique en France à Florence Cassez et réaffirmons notre amitié au Mexique.

 

Danièle Dehouve, directeur de recherche CNRS, directeur d’études EPHE

Marie-France Fauvet-Berthelot, Musée de l’Homme

Alain Musset, directeur d’études EHESS

Françoise Lestage, Professeur Université Paris-Diderot

Marguerite Bey, IEDES-Université Paris I

Claude Bataillon, CNRS

Jean Rivelois, IRD

Helios Figuerola, EREA

Gregory Pereira, CNRS

Olivia Kindl, El Colegio de San Luis, Mexique

Joëlle Chassin, Professeur Université Paris III

Julie Devineau, sociologue

Anne-Marie Vié-Wohrer, Ecole du Louvre/EPHE

Patrick Menget, directeur d’études EPHE

Anne-Marie Losonczy, directeur d’études EPHE

Marie-France Prévôt Schapira, Professeur Université Paris 8-Creda

Anath Ariel de Vidas, CNRS-EHESS

Gilles Bataillon, directeur d’études EHESS

François Lartigue, CIESAS, Mexique

Danielle Zaslavsky, El Colegio de Mexico, Mexique

Marc Thouvenot, directeur de recherches CNRS

Eliane Daphy, ethnologue, ingénieure CNRS

Valentina Vapnarsky, directrice du Centre EREA-CNRS

Karine Tinat, professeur chercheur, El Colegio de México, Mexique

Michel Tibon-Cornillot, EHESS

Irène Bellier, directrice du Laboratoire Anthropologie des Institutions et des Organisations Sociales-EHESS

Claude Stresser-Péan, ethnologue

Serge Gruzinski, directeur de recherches CNRS, Directeur d’Etudes EHESS

David Robichaux, professeur, Universidad Iberoamericana, Mexique

Brigitte Faugère, professeur, Université Paris I

Philippe Macaire, anthropologue

Martine Dauzier, professeur Université Paris Est Créteil

Hélène Rivière d’Arc, CNRS

Guilhem Olivier, UNAM-IIH, Mexique

John Landaburu, directeur de recherches CNRS

Charlotte Arnauld, directeur de recherches CNRS

Bernard Vincent, directeur d’études EHESS

Sophie Fisher, EHESS

Patrice Melé, professeur Université de Tours

Jean Meyer, CIDE, Mexique

Claudia Cirelli, UMR CITERES-Université de Tours

Chantal Cramaussel, El Colegio de Michoacán, Mexique

Isabelle Rousseau, Professeur, El Colegio de México-CERI Sciences Po Paris

Pascal Mongne, Cours Arts des Amériques, Ecole du Louvre

Nadia Prévost Urkidi, Université du Havre

Nicolas Ellison, EHESS, Toulouse

Eric Taladoire, Professeur, Université Paris I

Kali Argyriadis, IRD-CIESAS Mexique

Maria Eugenia Cossio-Zavala, professeur, Université Paris III

Annick Lempérière, Université Paris I

 

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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 17:57

Je suis bien sûr très sensible aux événements du monde arabe. Je n’ai pas traduit l’article ci-dessous de La Jornada pour détourner les regards mais pour continuer mon travail à la gloire de l’année du Mexique en France. Il y a trois jours, 79 personnes ont été tuées par le crime organisé dans trois villes. JPD

 

 

20 février 2011

Récemment ils ont tué un frère du fondateur du PRD, et un neveu a été séquestré dans le Nouveau Léon.

« Les narcos ont supplanté l'Etat, et je n’attends rien de la justice », dit Lucas de la Garza

La plupart des municipalités rurales du pays sont contrôlées par le crime. La police a été dépassée.

 

Monterrey, NL.

Lucas de la Garza a perdu un frère, un neveu a été enlevé et son ranch a été envahi. Il n’attend rien de la justice parce que, dit-il, « la plupart des municipalités rurales au Mexique sont contrôlés par le crime organisé. »

Il ne veut pas davantage de réparation des dégâts, parce qu’il sait que dans ce pays, « les narcos ont supplanté l'État», et il refuse aussi une protection car nous savons très bien que "tous les flics" sont véreux.

« Que faire? » Demande celui qui est l'un des fondateurs du Parti Démocratique Révolutionnaire (PRD) et idéologue de la gauche mexicaine. « Il n'ya pas de solution. Le gouvernement a échoué », a-t-il répondu « et militaires et forces de police n'ont pas réussi à développer un travail d'intelligence qui leur permette de résoudre le problème. Les narcos savent où sont tous les policiers et militaires, mais ces derniers ne savent pas où sont les criminels. Ils se rattrapent en capturant des seconds rôles. »

Lucas est assis dans son salon de sa maison. Il reste silencieux quelques minutes tout en regardant à l'infini. C'est une belle journée. Par la fenêtre, se détache sa roseraie. La passion pour la politique ne se compare pas à son amour de la culture des roses, dont il vous régalera avec finesse. Il vient juste d’offrir à sa femme un bouquet de boutons de fleurs "la paix rose" qu'il a coupé avec la rosée du matin.

Son visage reflète les tristes conséquences causées par l'assassinat de son frère Arthur, le 28 janvier. La veille, l’homme politique et homme d'affaires a été pris lors d'une réunion avec les agriculteurs. Il a été otage pendant des heures, puis ils ont jeté son corps dans un fossé sur la route de Reynosa, au kilomètre 98, à seulement 700 mètres de l'intersection avec la municipalité de Los Herrera, route utilisée pour aller à son ranch. Le corps avait un message : « Ce qui va arriver à tous ceux qui soutiennent Los Zetas. Cordialement CDEG ( Cartel del Golfo) ».

Fils de l'ancien gouverneur Arthur Boniface de la Garza

Il s'agit d'une mort inexpliquée, «  Je ne comprends toujours pas. Il n'avait de querelles avec personne, sur des problèmes fonciers ou autres, terres qu’il avait déjà laissées à ses enfants. » Le gouverneur Rodrigo Medina, qui nous a invités à le rencontrer, ne s’explique pas davantage cet assassinat. Ils ont laissé un narco message étrange. « Si mon frère avait été maire ou chef de la police, mais il n’était même pas agriculteur. Le président du syndicat, c’est son fils. »

Lucas et ses quatre frères sont les fils de l'ancien gouverneur Arthur Boniface de la Garza y Garza, un proche du général Lazaro Cardenas del Rio. Lucas a été secrétaire du gouvernement Jorge Treviño, en 1985, puis s'était éloigné du PRI pour fonder le PRD, le parti pour lequel il a été candidat au poste de gouverneur, son frère Arthur est resté au PRI, et a été deux fois député fédéral de ce parti et député local.

La proximité inhabituelle de la mort s’est installée autour de la vie d'Arthur. Il a écrit l'histoire de l’union syndicale des éleveurs des animaux et au moment de notre rencontre il écrivait un texte sur l'histoire des agriculteurs dans l'état. Nuevo León n’avait pas de propriété privée : jusqu'au XIXe siècle, 90% des terres étaient communales. Et les histoires qu'il racontait à Lucas sont intéressantes : «Il n'avait pas d'ennemis. Il aimait boire du café avec ses amis de la vieille garde politique, qui étaient célèbres dans les années 80. J'ai cherché partout qui avait pu être offensé par lui. Si ça a été, comme nous le pensons, un crime ordonné par quelqu'un, ça devrait être pour un fait grave ? Mais rien. Il n'avait de querelles avec personne. »

Arthur a été enlevé à 19 heures 30 et à 3 heures du matin il a été tué : « Il a été attaché. Il n’y avait pas de signes de torture ou de cordes ou de bandes, rien. Deux balles dans la tête, rien de plus. »

Les hypothèses vont et viennent. Certains ont dit qu’à assassiner son frère, les narcos ont voulu impliquer les autorités, mais Lucas a déclaré que ces autorités sont dépassées : «Il n’y a ni éléments sur les enquêtes ni sur la récupération des corps. Lorsque vous tuez 18 personnes par jour, qui les prend en charge ? Où les prendre ? Où vont-ils mettre autant de morts ? L'État est dépassé. Ces barbares des cartels sont les mêmes à La Laguna, Michoacán, Chihuahua, Durango ... ils sont partout. »

Régions rurales du Mexique

À 76 ans, Lucas de la Garza est un ami des amis de son frère, certains d'entre eux conservés depuis l'enfance et la jeunesse. Il est toujours entouré de gens qui l’apprécient et aiment ses conseils. Ils sont célèbres pour leurs dîners avec les intellectuels. Il est généreux, loyal et un lecteur vorace à la recherche de nouveaux livres. Sa plus grande faiblesse est d'aimer ses petits-enfants.

Il est très déçu par la direction prise par le PRD et il se lamente sur ses tentations suicidaires : où en sommes-nous arrivés ? dit-il sans ambages. Il maintient une étroite amitié avec Cuauhtémoc Cárdenas qui reste la référence importance pour la modeste gauche du Nuevo León.

L'assassinat d’Arturo n'est pas un incident que l’on peut isoler de la violence des narcotrafiquants secouant le pays: «Ce qui est arrivé à mon frère est très triste, mais la famille avait déjà subi quelque chose de plus grave. Un neveu avait été enlevé 11 jours.»

Ils le capturèrent pour lui voler la camionnette. Elle leur a été donnée sans résistance. Les criminels ont été heureux, mais l'un d'eux a réussi à dire: « Ne pleurnichez pas, vous avez une assurance ». Un autre se retourna et demanda: «Où alliez-vous ? » Il a répondu qu’il allait au ranch de son père situé dans une zone aux ordres du cartel du Golfe, en Nuevo León. À ce moment-là, les ravisseurs ont appelé par téléphone leur «commandant» qui ordonna : « Amenez-le ». Ce sont les Zetas qui l’ont enlevé. Pourquoi l’ont-ils enlevé? Ils pensaient qu’il était du cartel opposé. Ils ne demandèrent aucune rançon, ce fut une angoisse terrible. Nous avons parlé avec beaucoup de monde pour savoir s’ils savaient quelque chose, si on pouvait avoir un contact avec ces personnes pour connaître le montant de la rançon et où ils étaient. L’armée de terre l’a finalement libéré grâce à ses groupes de sauvetage. Par hasard. Il a été libéré avec d'autres éleveurs. »

Les Zetas avaient 43 camions, dont 18 abandonnés parce qu'ils ne pouvaient gravir la montagne. Les otages qui étaient attachés à ces camions furent abandonnés : «Deux camions de l'armée arrivèrent, aussitôt ils s’enfuirent. Les ravisseurs avaient été prévenus juste avant l’arrivée de l’armée et ils se mirent à courir. »

La mère de Lucas est née à Los Herrera et le père à Général Bravo. Il se souvient encore de la façon dont cette région près de la petite frontière appelée Tamaulipas était pleine de gens qui vivaient dans leurs huttes, en semant et en élevant des bovins. Il se rappelle également le monde sur les trottoirs le week-end à quête de bals à Ciudad Mier, sur la route de la frontière avec le Texas.

Ne pas céder signifie la liquidation physique

Maintenant, la zone est déserte. L'exode des personnes n'a pas cessé, les tueries sont quotidiennes, les enlèvements et l'extorsion sont chose courante, « la domination des narcos dans les régions rurales du Mexique est absolu. Qui est maître de tout ? Le cartel qui domine dans chaque région. La façon dont ils exercent le pouvoir direct, c’est en obligeant les autorités de chaque municipalité à se replier. Ne pas céder à ce qu'ils veulent ça signifie votre liquidation physique. Et personne ne peut protéger les gens. Je ne raconte pas une supposition mais une réalité sur le terrain. Dans la majeure partie de Tamaulipas et Nuevo León presque toute la puissance des narcos est plus grande que celle de l'État. C'est extrêmement grave, c’est la disparition de l'Etat en tant que tel. Dans cette usurpation d'identité, la puissance des narcos est absolue. Ils font payer des impôts y compris aux vendeurs ambulants. Dans les villes de moins de 5 000 habitants, ils font payer des impôts à tout le monde : les bars, les commerces, les entreprises. Et personne ne s'y oppose parce que les gens savent que de jouer avec eux, c’est mortel. »

Lucas a un ranch à Altamira, Tamaulipas, une autre zone contrôlée par le cartel du Golfe. Il y a deux mois, un groupe de 20 hommes est entré dans sa propriété et est resté deux semaines : «Mon ranch a été occupé à plusieurs reprises. Ils brisent les serrures et ils reviennent sans voler quoi que ce soit, sans toucher au gestionnaire. »

Il y a un mois ce fut un convoi de deux douzaines de camionnettes qui entra dans un restaurant local. L'un d'eux a demandé, « avez-vous du chocolat ? Faites-moi 20 litres ». La propriétaire a dit qu'il n'avait pas beaucoup de lait, mais qu’elle pourrait aller en chercher, « Combien de personnes avez-vous pour avoir besoin de 20 litres de chocolat ? » Ils sont une armée.

Catastrophe à la campagne

La zone de Tampico, Altamira et Soto la Marina est pire encore. Los Zetas dominent Veracruz, Huasteca, Valles, Ebano, tandis que dans le sud de Tamaulipas c’est le Cartel del Golfo: «Ici, pendant que les gens du cartel du Golfe sont là, tout est calme. Ils ne se mêlent pas avec la population civile, ils ne relèvent pas de taxes, et ne pratiquent pas l'extorsion de fonds. Les Zetas oui. Ils viennent prendre tout en main. Au moment où l'armée arrive, il n'y a personne. Qui les avertit ? L'Armée de terre s’en va et alors ils reviennent et marchent dans les rues comme si de rien n’était ! »

« Si quelque chose a été démontrée par l’échec de cette guerre, dit Lucas, c’est l'inefficacité de l'armée : la seule chose qu’a démontré l'armée c’est son incompétence, en dépit de toutes les ressources reçues. La militarisation serait dangereuse si nous disions que les soldats font ce que le pouvoir civil ne peut plus faire. Ce n'est pas le cas au Mexique. Je ne vois pas ce danger. L'inefficacité de la police et des forces de l'armée est absolument évidente. On a augmenté les dépenses mais existe-t-il une relation entre les dépenses excessives et les résultats ? Aucun. Aucun résultat. Les cartels sont encore intacts et les organismes qui, avec l'augmentation du budget aurait dû améliorer leur efficacité, ne l'ont pas fait. »

La nouvelle réalité rurale du Mexique est à l'origine d'une catastrophe, dit Lucas, « Ici la vie est interrompue. Les progrès économiques de l'organisation du pays sont cassés et très sévèrement touchés. Il ya une paralysie totale à la campagne. Ils peuvent dire que Nuevo Leon n'est pas une zone d'agriculture, or une grande partie de l’Etat a vécu de ça et de l’élevage. Ils provoquent des dégâts dans d’autres secteurs car les produits doivent être transportés or maintenant le transport est arrêté. Il faut payez un impôt pour le transport. Il n'y a pas de transport en commun gratuit. Il y a un réel pouvoir des narcos.»

La Barbarie

Un des problèmes est précisément la liberté de mouvement. Les prises d’otages du cartel du Golfe et des Zetas sur les routes secondaires, sur les autoroutes ou sur les trottoirs sont monnaie courante. Après la mort d’Arthur, ils arrêtèrent un autre frère de Lucas sur la route de Reynosa. «Ils le gardèrent quelques heures. Ils le libérèrent. Il leur a dit qu'il allait au ranch. Ils demandèrent l’ouverture du coffre de la voiture. Il y avait les aliments apportés et les sodas. Ils discutèrent entre eux puis ils conclurent : « Va-t-en tu n’es pas celui que nous recherchons. » »

L'Etat ne peut plus assurer la sécurité sur la route de Reynosa qui est de 200 km : « Dès que les forces de sécurité s’en vont, après un certain temps les camionnettes du cartel arrivent, comme cela s'est produit à China après l’assassinat de mon frère. »

Les prises d’otages du crime organisé sont bien structurées et elles ont frappé plusieurs cousins de Lucas : « il ya quelques jours ils ont arrêté un cousin venant à Soto la Marina. Il m’a dit: "Il y avait vingt camionnettes. Je pensais que c'était un accident mais rien à voir, c’était une prise d’otages du cartel du Golfe. » De plus, ce qui préoccupe les citoyens, c’est le niveau de la barbarie de la narco-violence : «La sauvagerie est sans explication et sans équivalent. Je ne pense pas que la lutte des cartels dans d'autres parties du monde ait nos caractéristiques. Soudain, un ennemi d'un autre groupe vient d'un quartier pauvre d’Apodaca, San Nicolas et de Guadalupe, où cinq jeunes sicaires vendent des agrafes – qu’est-ce qu’ils peuvent vendre dans de tels quartiers si marginalisés ? - et alors ils arrivent avec une rafale de mitraillette et tuent cinq, six garçons.

« Dans le narcofosa de Villa Juarez 80% des 54 morts avaient été battus à mort. Tuant plus de 40 personnes à mort, torturé, mutilé, pour vendre de la drogue dans les quartiers. Quel bon sens? Est-ce que ça peut se produire ailleurs? Non, répondit-il. »

Apparemment, l'escalade de la terreur, non seulement tue, mais découpe les cadavres, les dissout dans l'acide ou les mutile pour augmenter la terreur. Ils disent que c’est pour faire comprendre ce qui peut t’arriver à vendre des petites grappes de cocaïne. Je ne comprends pas. Ils sont à un bal et tuent 16 personnes en lançant une grenade dans un lieu public plein de pauvres innocents ... Cela n'a aucun sens. »

En Nuevo León, dit Lucas, l'État est absolument dépassé : «Alors, tout investissement public dans la sécurité a été inutile ? » L'échec n'est pas seulement celui de Rodrigo Medina, mais celui du président Felipe Calderon. Alors que Medina a 30% dans les sondages, Calderon est à 60%. Comment expliquer ce paradoxe ?

Citant José Saramago, Lucas nous dit au revoir :

«La victoire et la défaite ont un avantage en commun, elles ne sont jamais définitives. J'espère que l’échec de l’Etat est temporaire. »

- Est-ce qu’il passera à l'histoire, Felipe Calderon ?

- Non, cela n'arrivera pas, il ne passera pas à l’histoire.

Sanjuana Martinez

 

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 18:23

 VH au mexique

Le hasard fait que je viens de publier un livre où j’étudie trois moments des rapports entre la France et le Mexique à partir des visites à ce pays de, de Gaulle, Mitterrand et Sarkozy. L’actuel président de la République française peut demander à ses ministres de passer leurs vacances en France, il se trouve qu’il a donné l’exemple au moment de son séjour mexicain qui a suscité une première polémique entre lui et le président Calderon (sur le plan politique ils se valent). Je rappelle ainsi les faits dans le livre en quesiton :

« Quant à Nicolas Sarkozy il a fait le voyage exactement 45 ans après de Gaulle (mars 2009) dans un contexte totalement différent. Du séjour est né une polémique entre l’Etat mexicain et l’Etat français, le premier indiquant que le séjour a été payé par de gros entrepreneurs mexicains et le second qu’il a été payé par l’Etat mexicain. Comme le séjour a d’abord été un séjour privé, il est peu probable que l’Etat mexicain ait déboursé un peso. D’autant qu’un hôtel à 3500 dollars la nuit, ça ferait désordre dans les finances d’un pays pas très riche ! Qui plus est, le propriétaire de l’hôtel, le banquier Roberto Hernandez Ramirez, ancien PDG de la banque Banamex et membre du conseil d'administration de Citigroup, a de quoi payer ! Au cours des années 1990, Hernandez a été soupçonné de faire transiter par ses propriétés de la cocaïne sud-américaine et de participer au blanchiment de l'argent de la drogue. Dans le Boston Phoenix, en 1999, le journaliste Al Giordano, (spécialiste reconnu du trafic de drogue) résumait ainsi une enquête menée par le journal mexicain Por Esto ! :

« D'après le journal et ses sources, les propriétés côtières au Yucatan, acquises par Hernandez à la fin des années 80 et au début des années 90, étaient le point d'entrée de quantités massives de cocaïne livrées dans des vedettes rapides colombiennes. De là, des tonnes de drogues étaient chargées dans des petits avions et envoyées vers le nord depuis l'aérodrome privé de Hernandez. Hernandez, écrivait le journal, blanchissait l'argent de la drogue à travers des installations hôtelières d'éco-tourisme vides. »

Encore en 2007 le même journaliste a évoqué l’organisation par le même homme qu’il appelle un narco-banquier, de la rencontre Bush-Calderon dans son hacienda du Yucatan, habituée à recevoir des personnalités comme Clinton et Zedillo. Pour Carla et Nicolas Sarkozy ce ne fut pas le Yucatan qui servit d’accueil mais l’hôtel El Tamarindo, une autre propriété du même homme. »[i]

 

            Déjà en 2009 Sarkozy se faisait fort de ramener la Française dans ses bagages mais il n’a pas compris que la diplomatie a d’autres moyens que les déclarations tonitruantes et l’arrogance des puissants. En arriver aujourd’hui à utiliser des activités culturelles comme moyen de pression politique c’est une invention néfaste pour tous. Aujourd’hui le journal mexicain de gauche La Jornada, mentionne surtout les réactions d’intellectuels français qui s’insurgent contre le bâton sarkozien à l’efficacité aussi nulle que son ultimatum lancé à Gbagbo qui devait avoir quitté le pouvoir avant la fin de la semaine…

J’ai été sensible à l’indignation de Marc Restellini qui, à la Pinacothèque débute l’Année du Mexique en France avec une magnifique expo sur les mayas, le 28 février : Les Masques de jade mayas. Par « chance » son musée n’appartient pas à l’Etat et j’espère que le projet ne sera pas entravé même si à ce jour tout semble fragile. Un catalogue est en cours d’impression, les invitations pour l’inauguration sont lancées, les espaces publicitaires réservés pour une exposition sans comparaison avec tout ce que Paris a eu en matière de connaissance du Mexique, or le directeur n’est plus sûr de rien.

Suis-je insensible au cas de Florence Cassez ? Absolument pas, au contraire : je pense que l’interconnaissance entre les peuples des deux pays pourra seule permettre de comprendre à la fois l’injustice possible de sa condamnation, et la difficulté pour sortir de l’imbroglio. Je sais très bien que le polémique ministre mexicain de l’intérieur, Genaro Garcia Luna est peu fréquentable, lié, d’après divers sources (dont le spécialiste John Ross) aux mafias, aussi je crains que Florence Cassez ne soit contrainte d’attendre 2012 pour voir s’améliorer son sort, 2012 l’année des présidentielles en France comme au Mexique, année d’un apaisement possible. 

Plus qu’à une annulation de l’année du Mexique en France, cette polémique devrait conduire à des réflexions approfondies sur la question cruciale et mondiale du crime organisé.

 

Le même journal La Jornada donne la parole à Vilma Fuentes, journaliste mexicaine qui vit en France et qui commence ainsi son propos : « Entre le “marchemos la mano en la mano” de 1964 affirmé à México par De Gaulle [en espagnol], du balcon du Palais National, et l’arrogance des politique de la France actuelle il n’y a pas de comparaison : la stature politique de ces derniers diminue au fur et à mesure que croit leur ignorance de l’histoire. » Elle tente de rétablir l’équilibre entre explications mexicaines et explications françaises (l’évolution de la classe politique mexicaine n’est pas meilleure que celle de France) et elle en appelle à la culture, moyen pour survivre aux siècles. Florence n’a sans doute plus aucun goût pour les siècles, elle n’a cependant aucune compétence pour diriger une opération diplomatique.

17-02-2011 Jean-Paul Damaggio



[i] Victor Hugo au Mexique, Jean-Paul Damaggio, Editions la Brochure, 58 pages, 5 euros ISBN 9782917154632

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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 21:06

Traduction d'un article de La Jornada d'aujourd'hui. JPD

 

Paco Ignacio Taibo II reçoit en Italie le Prix Corsaire noir

«J'ai eu la chance de trouver des lecteurs dans ce pays", a déclaré l'écrivain mexicain

NOTIMEX

Rome, 28 Janvier. L'écrivain mexicain Paco Ignacio Taibo II a reçu vendredi dans la ville de Vérone (nord), le prix Corsaire noir pour son livre Le retour des tigres de la Malaisie , prix inspiré de l’œuvre de l'Italien Emilio Salgari.

"J'apprécie que les associations salgarianas me donne un prix pour un roman cuisiné au Mexique," a déclaré Taibo II dans une interview.

Avec cette attribution à Vérone, la ville natale de Salgari, a commencé la commémoration des 100 ans de la mort (par suicide) du célèbre écrivain d'aventures.

"Le retour des Tigres de Malaisie est le produit de mon amour pour Salgari, qui a dominé mes lectures enfantines. Le récit d'aventure m'a beaucoup attiré et j’ai décidé d'en écrire un situé en Malaisie dans le troisième quart du XIXe siècle », a déclaré M. Taibo II.

Il s’agit d’un roman où les vieux pirates sont confrontés avec les empires de la région et il m’a fallu 12 ans pour l'écrire.

L'auteur a confirmé que c'est un remake modernisé de romans d'aventure. « Mon point de départ ce sont les personnages de Salgari, mais 20 ans après ».

"Salgari est le grand maître des romans d'aventures du XIXe siècle. Les romans sont guidés par l’action, avec un contenu anti-impérialiste fort, très savoureux, très chargé de tension, avec tout le style de l’écrivain du XIXe siècle qui cultivait le feuilleton avec des personnages très mémorables », dit-il.

Le retour des tigres en Malaisie a été publié au milieu de l'année dernière au Mexique (où il en est à sa troisième édition), puis en Argentine. Cette semaine, le roman est sorti en Europe, en particulier en Espagne, en Italie et en Suisse, pays où il a visité la promotion Taibo.

L'auteur a noté l’intérêt que son nouveau roman a suscité en Italie, où jeudi il est en vente dans le pays qui a traduit 30 de ses titres.

"J'ai 30 livres publiés ici. J'ai eu la chance de trouver des lecteurs en Italie, le pays, après le Mexique, où je vends le plus de livres", dit-il.

Il a indiqué que cette année il va terminer son nouveau roman, un roman qui est une histoire-récit sur le fameux mythe de la bataille de Fort Alamo, au Texas, qui a été montré à plusieurs reprises par Hollywood.

"C’est un livre qui passe de la pommade sur le mythe de la bataille de Fort Alamo présenté comme un acte héroïque par les Texans. Ce n’est pas le cas et le livre examine aussi le désastre de l'armée mexicaine qui a combattu au Texas", dit-il.

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 18:03

La situation mexicaine continue de passionner les USA. Sur le cite internet de gauche Contrapunt John Ross qui est l’auteur de " El Monstruo - Dread & Redemption à Mexico " a publié en février l’article ci-dessous traduit en partie. Ce journaliste dans la tradition de John Reed, aujourd’hui très vieux connaît très bien le sujet. Il montre les liens historiques entre un pouvoir qui pense manipuler les mafias et des mafias qui pensent manipuler l’Etat. Il me semble faire l’impasse sur l’essentiel : la situation au sein du peuple. JPD

 

 

Qu’est-ce que la guerre des narcos Mexique?

Par JOHN ROSS

 

L’infiltration des appareils de la sécurité du Mexique par les gangs narco est une vieille histoire. Au milieu des années 80, la Direction de fédérale de la sécurité (DFS), comme la principale agence de police le gouvernement fédéral, ont donnés des autorisations de sortie de prison à des gangsters comme Rafael Caro Quintero et Miguel Angel Félix Gallardo - le DFS a ensuite été dissout et ses agents répartis dans d’autres forces de sécurité.

Pendant les années 1990, le Tsar de lutte contre la drogue au Mexique Jésus Rebollo a été pris la main dans le sac quand il a accepté des pots de vin somptueux pour la protection des voies de transport d'Amado Carillo AKA "Le Seigneur des Cieux" et condamné à 40 ans de captivité.

Depuis que le président Felipe Calderon a déclaré la guerre aux cartels nationaux de la drogue, six jours après sa chaotique inauguration du 1 décembre 2006, l'infiltration des agences de sécurité du Mexique a grimpé si prodigieusement que les chefs de l'armée US sur la question caractérisent le Mexique comme un «Etat en échec potentiel ».

Parmi les agences infiltrées par les narcos il y a : l'armée, la police fédérale (une juridiction - la Federale Investigation Agency est devenue si corrompue qu'elle a été liquidée), le Bureau du Procureur général, le Bureau du Procureur spécial pour le crime organisé (SIEDO), la branche mexicaine d'Interpol, et des dizaines de forces de police nationales et municipales (la liste est donnée à partir des rapports des poursuites fédérales en cours).

A présent, par une initiative audacieuse d’inverser les rôles, l'armée mexicaine s’est lancée dans la formation d’espions pour infiltrer les gangs de la drogue et s’y incorporer profondément. Le seul défaut de cette stratégie innovante, c'est que l'unité de l'armée à partir de laquelle les espions sont sélectionnés et formés, les groupes spéciaux des forces spéciales Aéro Mobile ou GAFES, a été elle-même compromise par les cartels de la drogue.

Formé au Centre des forces spéciales pour les stratégies de guerre de la drogue installé à Fort. Bragg en Caroline du Nord, à la fin des années 1990, des dizaines de GAFES ont déserté et rejoint les gangs de narco en refaisant surface dans les premières années de la décennie avec «Los Zetas», responsables de la guerre contre le Cartel du Golfe, qui bénéficient aujourd'hui d’un véritable statut.

Les cartels n'ont pas limité leur entrée dans les services de police mexicaine. US Homeland Security Border Protection and Customs Enforcement a découvert au moins huit cas soupçonnés d’implantation de cartels de la drogue dans leurs rangs. Mandaté par le Congrès pour accroître le nombre d'agent à 20.000 d'ici 2010, la Sécurité intérieure a lancé une campagne de recrutement agressive le long de la frontière, largement axée sur les Mexicains-Américains, offrant aux gangs de la drogue une occasion en or pour infiltrer leurs opérateurs. A un agent double en service à un poste frontalier américain, c'est comme donner aux narcos "les clés du royaume" a déclaré un agent anonyme ex-FBI au New York Times. Dans un effort pour éliminer les mauvais acteurs, la sécurité intérieure a introduit dans enquêteurs et triplé les poursuites pénales, mais les enquêteurs sont eux-mêmes susceptibles d'être compromis par les cartels.

Au sud de la frontière, au Mexique, l’infiltration militaire des cartels narco a rencontré un succès mitigé. Deux infiltrés, des Marines de la Navy, ont été exécutés l'été dernier dans le port d'Acapulco où leurs identités ont été divulguées par des inconnus. Mais d’autre part, l'arrestation en Janvier 2008 d’Alfredo Beltran Leyva, "El Mochomo", un membre d'un clan de drogues, tant redouté, a été attribuée à l'information recueillie par un espion militaire qui a passé deux années en tant qu'opérateur infiltré chez Beltran Leyva. C'est une bonne nouvelle. Sur le plan négatif, quand El Mochomo été placé en détention, il aurait eu un document SIEDO classée dans sa poche qui détaillait les manœuvres de la police fédérale contre son gang !

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 11:31

Après Mexico où elle a été visitée par 185 mille personnes, après Naples l’exposition Visages de la divinité : les mosaïques maya de pierre verte sera présentée à Paris à la Pinacothèque au mois de février. Elle réunit 147 pièces constituées de magnifiques offrandes funéraires dont 12 masques en jade. La collection comprend aussi le corpus des masques de temples pré-hispaniques découverts dans les villes de Palenque, Calakmul, et Oxkintok Dzibanché (tous les lieux sont du Yucatan et du Chiapas). Ils datent d’un période allant de l’an 900 à l’an 1200 approximativement soit l’âge classique de la civilisation. L’objectif de l’exposition consiste à faire toucher du doigt la jonction entre le vivant et le religieux puisque ses richesses reposent sur des œuvres réalisées à partir des visages des gouverneurs et présentées comme des offrandes religieuses. Il s’agissait de transformer en dieu du maïs des hommes pour qu’en arrivant dans l’inframonde ils plaident la cause des peuples. Les éléments utilisés pour arriver au résultat (leur rassemblement est unique) témoignent d’un savoir faire et de diverses autres caractéristiques de la civilisation maya. Par sa géographie cette civilisation réunissait trois zones très différentes que le commerce a su rendre complémentaires : les hautes montagnes (qui fournissent le jade et l’obsidienne par exemple), les plateaux (pour assurer l’alimentation) et les plaines du Yucatan qui vont jusqu’à la mer d’où arrivent les coquillages. Sur les 13 masques huit correspondent donc aux visages des dignitaires de la période classique (200-900 AD) qui ont contribué au développement des dynasties Maya, y compris celle issue de Pakal K'inich Janaab, qui a dirigé la ville de Palenque au Chiapas, entre 615 et 683. Il est possible de découvrir toute la symbolique utilisée par les mayas.

6-01-2011 Jean-Paul Damaggio

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 22:08

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Le 11 octobre 1990 la communauté mexicaine de Nueva York était aux anges. Leur pays était honoré d’une exposition dans l’imposant Metropolitan Museum qui est sans le doute le seul au monde à pouvoir présenter Mexique : 30 siècles de splendeur. Trente siècles ! Et cerise sur le gâteau, Octavio Paz qui en assurait la présentation recevait au même moment le Prix Nobel de littérature ! A l’époque j’apprenais l’italien en lisant sa presse quotidienne que je pouvais acheter à la Maison de la Presse de Montauban.

Une page a été consacrée à l’événement sur La Stampa avec cette affirmation donnée sur la photo de l’écrivain : Poésie égale liberté. Un an après Camilo José Cela la langue espagnole était à l’honneur mais non sous la forme d’un romancier mais à partir de l’œuvre d’un poète et essayiste. Aussitôt devant l’exposition Octavio s’est exclamé : « C’est une victoire du Mexique, un pays puissant doté d’une grande tradition, c’est aussi une victoire de la langue espagnole ! En fait c’est une victoire de la poésie.» Une victoire de la langue espagnole venue pour la quatrième fois par les pays colonisés !(1) Toujours cette contradiction encore plus forte au Mexique… pays de grande tradition mais qui utilise la langue des conquérants !

Octavio Paz (1914-1998) est un des plus grands poètes de son siècle, un siècle poétique. Peut-être parce qu’il s’est trouvé à tous les carrefours de l’histoire ? Son évolution politique classique dans son pays (et aussi ailleurs) l’a conduit du communisme aux bras de Televisa, le consortium de droite qui dirige la télé mexicaine. Il a donc croisé tout l’éventail politique mais aussi historique puisqu’il a un lien étroit avec les révolutions mexicaines, russes, le Front populaire espagnol qu’il est allé soutenir physiquement et les événements de l’après-guerre. Pour la géographie, en tant qu’ambassadeur de son pays, il a couru le monde jusqu’à ce jour crucial du 2 octobre 1968 qui l’a conduit à cesser toute relation avec l’Etat mexicain pour s’auto-exclure du pays pendant trois ans en travaillant chez les Gringos.

Le discours qu’il prononça à Stockholm que je viens de comparer avec celui de Vargas Llosa, vingt ans après, fut d’une immense clairvoyance politique et littéraire. Si Vargas Llosa souhaita placer de belle manière sa vie au centre du discours (il avait en tête le discours de Camus qui lui a semblé le meilleur de tous), Octavio Paz préféra s’en référer à l’histoire du monde dont il n’a cependant pas balayé les trente derniers siècles, mais le dernier seulement.

Voici un des éléments de sa conclusion juste après la chute du mur de Berlin :

« Pour la première fois de l'Histoire, les hommes vivent dans une sorte de désert spirituel et non, comme autrefois, à l'ombre de ces systèmes religieux et politiques qui, simultanément, nous opprimaient et nous consolaient. Les sociétés sont historiques, mais toutes ont vécu sous le patronage et l'inspiration d'un ensemble de croyances et d'idées métahistoriques. Notre époque est la première qui s'apprête à vivre sans une doctrine métahistorique ; nos absolus - religieux ou philosophiques, éthiques ou esthétiques - ne sont plus collectifs, mais privés. L'expérience est risquée. Il est impossible de pronostiquer si les tensions et les conflits dus à cette privatisation des idées, des pratiques et des croyances qui relevaient traditionnellement de la vie publique ne finiront pas par ébranler l'édifice social. Les hommes peuvent à nouveau se laisser posséder par les anciennes fureurs religieuses et par les fanatismes nationalistes. Il serait terrible de voir la chute de l'idole abstraite de l'idéologie annoncer le renouveau des passions enterrées des clans, des sectes et des Églises. Malheureusement beaucoup de signes sont inquiétants. »

 

Comment ne pas saisir la part de lucidité dans cette analyse ?

Par contre je suis moins d’accord avec lui quand il analyse le rapport au présent. J’y reviendrai. 4-01-2011 JPD

(1)   Voici les quatre Prix Nobel d’Amérique latine antérieurs à Octavio Paz :

1947, Gabriela Mistral ; 1967, Miguel Angel Asturias ; 1971, Pablo Neruda ; 1982, Garcia Marquez.

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 22:02

 En 1867 les USA achètent l’Alaska. A la même époque l’idée circule d’un achat du Yucatan. Les USA pensent qu’ils vont pouvoir mettre la main sur Cuba et en possédant le Yucatan ils devenaient maîtres des Caraïbes. Aujourd’hui encore, au Yucatan, Cuba est regardé avec intérêt et souvent avec sympathie. La sortie cette semaine du nouveau livre de Léonardo Padura, L’homme qui aimait les chiens, un roman qui, à partir du cas de l’assassinat à Mexico de Trotski, met un pied à Mexico tout en restant à Cuba où est mort l’assassin du célèbre russe, m’incite à revenir sur le cas de cet écrivain que j’ai croisé pour la première fois en 1999 dans un journal… mexicain. Voici cet entretien qui, dix ans après, prend un parfum nouveau. JPD

 

 

La Jornada Semanal. 17 octobre de 1999

Anayanci Fregoso

Entretien avec Leonardo Padura

Délinquants au col blanc°

 

Leonardo Padura est une des nouvelles voix de la littérature cubaine. Les romans qui composent son quartet contiennent le même sceptique détective, le lieutenant de police Mario Conde. Avec le réalisateur de Fresa y chocolate, Senel Paz, il est déjà considéré par beaucoup de personnes comme un personnage emblématique de la réalité cubaine des années 90. Ici, Anayanci Fregoso discute avec Padura sur la revalorisation d’un « genre mineur ».

 

 

Le sentimentalisme est-il une des caractéristiques du nouveau roman policier latino américain ?

Non ce qui se passe c’est que nous vivons dans un monde où les projets collectifs ont échoué, donc la quête d’une solidarité entre les personnes est très importante. Pour les personnages des romans policiers latino américains cette solidarité leur est fondamentale. Cuba traverse une transformation très profonde un peu nébuleuse pour moi et s’il y a quelque chose à sauver c’est précisément la solidarité entre les personnes. Paysage d’automne, mon dernier roman aborde l’amitié qui est la première forme de solidarité que je défendrais.

Dirais-tu qu’il existe un roman policier latino américain différent des autres ?

Oui, il est plus engagé et plus citadin, tournée vers la parodie, citant des textes et ce citant lui-même. Il passe de la fiction au témoignage avec un naturel absolu. C’est un roman également marqué par la violence des processus politiques et sociaux qui se sont produits en Amérique Latine : seul le cas cubain a été comme une île à part. Ce qui est arrivé c’est que dans le roman noir latino américain qui s’est écrit chez nous entre les années 70 et 80 est complètement à part du reste du roman policier latino-américain.

On dit que le genre policier est un sous-genre avec des règles définies. Ont-elles conditionnées tes choix ?

Cette idée que le genre policier est un sous-genre, a été inventée par des théoriciens de la littérature. Des romans comme Le faucon maltais, La solitude du manager, La Pierre lunaire, si ce ne sont pas des grands romans, qu’est-ce ? Les coupables de cette vision du roman policier comme un sous-genre est aussi le fait d’écrivains qui ont cultivé ce type de littérature en se centrant exclusivement sur la solution d’une énigme et firent que toute la concentration dramatique et la définition des personnages furent basées sur un mystère à résoudre. Ils créèrent une série de schémas qu’ils répétèrent et de là a surgi le fait que le genre policier a été considéré comme un sous-genre. Il a des caractéristiques propres, tout comme la littérature de science fiction ce qui permet de la définir et de la classer. Mais les nouveaux auteurs nord américains, les continuateurs de l’œuvre de Hammett et Chandler créent un type de romans où parfois il n’y a ni enquête, ni policier, ni délit. Ils ont rompus les règles ce qui permet au roman policier de pénétrer dans la société de manière extraordinaire.

Quelle différence y a t-il entre ton roman policier cubain et celui des années 70 ?

Le roman policier cubain fut d’abord un roman promu, publié et dirigé par une organisation aussi peu littéraire que peut l’être le Ministère de l’Intérieur et tout ce qu’il représente. La vie cubaine n’entrait pas dans de tels romans mais y entrait le désir de montrer une société parfaite et ce fut fatal pour la littérature. La littérature policière cubaine s’emprisonna, en se remplissant de clichés. Les personnages furent absolument faux sauf dans les romans de Daniel Chavarria et deux ou trois autres. Quand j’ai écrit Passé parfait, la première aventure de la tétralogie je voulais faire un roman policier qui ne ressemble pas aux autres. La première action consista à rompre avec de tels personnages schématiques : de ce fait dans les trois premières pages du livre, j’ai présenté ce détective qui se réveille d’une terrible cuite, c’est un écrivain frustré, un type très septique et très désespéré. Par ailleurs, le roman policier cubain s’appuyait sur deux centres d’intérêt : la délinquance interne et l’espionnage de la CIA. J’ai inversé cette situation en évoquant les délinquants aux cols blancs, la corruption dans les hautes sphères du gouvernement cubain, et ainsi je me démarquai du roman précédent. De plus je me suis efforcé de donner un style à mes romans.

Pourquoi les histoires de tes quatre romans se passent en 1989 ?

La première raison c’est que j’ai commencé à les écrire en 1990 donc 1989 est mon passé immédiat. La situation économique était à Cuba très tendue, il y avait eu Ochoa et De la Guardia qui avaient été fusillé et on découvrait des procès de narco trafiquants. Une possibilité se faisait jour que le gouvernement puisse tomber, l’économie était à zéro, on parlait de la possibilité que tous les citoyens partent à la campagne et tout ça c’est le fond de mes histoires, mais je ne vais pas me mettre à faire le bilan de cette année parce que je ne connais pas pleinement cette histoire qu’à Cuba seulement quelques personnes maitrisent, et je ne voulais pas tomber sur le terrain politique, mais seulement raconter combien les états d’âme des cubains de ces années là avaient changé.

La censure t’a permis d’aborder dans tes romans des thèmes interdits aux journalistes ?

J’ai abordé beaucoup de thèmes qu’il aurait été impossible d’aborder en tant que journaliste. La presse à Cuba appartient au gouvernement et à partir de là il est très difficile à Cuba de faire un journalisme approfondi. Dans le roman, il y a plus d’espace. Quand j’ai écrit mes romans je ne savais pas s’ils pourraient être publiés à Cuba, et ceci m’a donné un espace de liberté plus grand encore. Par ailleurs, la politique culturelle cubaine est devenue plus flexible. Ce n’est pas que ce soit le paradis de la création, mais au cours des années 80 les artistes conduisirent une série de batailles qui ouvrirent des espaces. Je précise que les journaux officiels ne m’ont jamais rien dit sur mes romans. Je sais qu’il s’agit de visions assez critiques de la réalité cubaine et qu’à un certain niveau elles peuvent ne pas être appréciées.

Les marginaux sont les héros de tes romans ?

Je ne m’étais jamais posé la question ainsi… Tu me pousses à y penser. Mais c’est sûr, Conde est un type qui est ors de tout, ses amis vivent de l’économie parallèle, ils veulent immigrer aux USA et ils sont estropiés de la guerre en Angola. C’est évident que j’ai provoqué une inversion : alors que Conde et ses amis sont des marginaux vu leur vision de la vie, ceux qui ne sont pas apparemment des marginaux ce sont les délinquants, les coupables que je présent dans mes romans.

En conclusion, tes romans reflètent-ils la fragmentation de la société cubaine ?

Les marginaux ne le reflètent pas d’un point de vue politique mais je parle des minorités religieuses qui se convertissent en majorité. Vu la crise, ces dernières années la religiosité à Cuba a augmenté parce que quand les gens cesse de croire en quelque chose ils commencent à croire en autre chose ; de plus il y a eu beaucoup de mutations idéologiques. Ce qui m’intéresse c’est de présente la diversité à Cuba pour qu’on ne voie pas le pays comme un bloc homogène. Je ne sais si je le fais bien ou mal, mais je suis convaincu que c’est un projet important parce qu’il est arrivé quelques chose d’assez absurde et terrible pour la littérature cubaine, c’est qu’elle a été artificiellement divisée entre les écrivains de l’intérieur et ceux de l’extérieur. On qualifie les uns et les autres d’un point de vue politique et je crois qu’il est important de dépasser cette situation par permettre à tous les écrivains cubains de donne leur vision de la réalité qui n’a pas à coïncider avec leur place.

L’image extérieure de Cuba a toujours été homogène car il n’y avait que la voix officielle. De l'intérieur ça nous a poussés à paraître homogènes alors qu’en réalité nous ne l’étions pas. On a enlevé la voix de Virgilio Pinera, Lezama Lima, Renaldo Arenas ; beaucoup furent obligés de vivre à Cuba sans publier ou à s’exiler, mais il n’y a jamais eu d’homogénéité. A Cuba, il y avait beaucoup de croyants qui pratiquaient leur religion discrètement, pour obtenir certaines positions à l’intérieur du système : être franc-maçon à Cuba pouvait provoquer des problèmes.

Quand j’écris mes romans je pense que je suis plus révolutionnaire que d’écrire des louanges au système cubain. Je pense que si quelque chose peut sauver le pays c’est une critique profonde venant de l’intérieur. On ne peut limiter les visions de la réalité et ceci s’est beaucoup produit à Cuba pendant les années 70 et c’est ce que j’essaie de raconter dans Les masques. Que sur ce point écrivains de l’intérieur et écrivains de l’extérieur puissent se rapprocher…

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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 11:14

Ignacio Ramonet n’écrit plus sur la version française du Monde diplomatique mais j’ai trouvé sur la version chilienne (que je préfère) l’article ci-dessous dont j’offre une traduction vu qu’il concerne le sujet sur lequel je travaille en cette année 2011.

La politique de Calderon

Dire que l’armée mexicaine conduit une guerre contre le peuple me semble une triste demi-vérité. Cette armée qui depuis 1929 s’est limité à exécuter les ordres du pouvoir politique civil (contrairement aux autres armées d’Amérique latine souvent aux commandes du pouvoir) a, ce faisant, conduit une guerre contre le peuple jusqu’au point de tirer sur une foule de jeunes sans armes en plein Mexico, le 2 octobre 1968, causant 250 morts, des milliers de blessés pour laisser une ville « propre » au moment des J.O. La guerre actuelle continue d’être une guerre contre le peuple… mais aussi contre le crime organisé et ne pas mentionner cet aspect ce n’est pas rendre compte de la réalité.

Ce même crime organisé est divisé en deux par Ignacio Ramonet : d’un côté les infâmes Zetas et de l’autre des cartels qui se battent entre eux. Les cartels imposent eux aussi une guerre contre le peuple, guerre qui est la condition de leur existence car ils se doivent d’imposer la peur. Les Zetas ne se différencient en rien de la Famille Michoacane, des Cartels, du Golfe, de Tijuana, du Sinaloa, de Juarez, de Colima et du Milenio.

Si avec Ignacio Ramonet je condamne la politique de Calderon, je ne peux oublier que l’augmentation du nombre de morts provient de l’affrontement entre armée et narcos. La politique des pouvoirs précédents (du PRI puis du PAN) consista à laisser faire. Dans ce cas les narcos vivent plus tranquilles sans avoir à riposter à l’armée, tranquillité qui n’avait pas permis d’analyser la force de frappe militaire qu’ils possèdent ! Il est clair que l’offensive de 2006 a été conduite sans préparation, sans réflexion, en pensant qu’il suffisait de taper sur la table pour imposer sa loi. Or dès cette époque, les autorités savaient qu’en matière financière les narcos étaient très puissants, l’un d’eux est aujourd’hui sur la liste Forbes des plus grandes fortunes ! Si l’armée rentre dans les casernes le nombre de morts va baisser… et le pouvoir narco se développer…

 

La politique des USA

Dire en conclusion que de toute façon les responsables sont les USA c’est là aussi une demi-vérité. J’ai déjà condamné la déclaration d’Hillary Clinton et tous les autres arguments sont justes. Mais à suivre le raisonnement d’Ignacio Ramonet, les USA étant la source du mal, les Mexicains ne peuvent rien faire sauf s’inquiéter que des citoyens mexicains obtiennent aux USA des décorations en matière de défense des droits de l’homme !

Ramonet aurait pu même ajouter que la signature de l’ALCA (traité de libre commerce) était une des armes supplémentaires des USA pour imposer leur loi au Mexique. Quand 11 000 militaires brésiliens vont mettre de l’ordre dans un quartier de Rio (imaginez si la guerre déclenchée avait été dans toutes les villes) Lula est-il Calderon ? Les Narcos brésiliens sont-ils les mêmes qu’au Mexique ? Et pourquoi les mafias étasuniennes ne sont-elles pas en guerre entre elles vu que le gâteau à partager est neuf fois plus colossal ? Je suis d’accord les conseils des USA seront toujours des mauvais conseils mais Ramonet, sans dire lamarche à suivre aurait-il des propositions de solution ?

 

Les solutions

Depuis toujours le Mexique lutte pour une souveraineté que les USA veulent contrôler. Au moment du Centième anniversaire de la révolution c’était le moment pour rappeler d’une part le constant interventionnisme US (je m’étonne que Ramonet mette sur le même plan Zapata et Villa ce dernier ayant été souvent manipulé par les USA) et d’autre part la capacité du Mexique à imposer sa loi, par exemple au moment des négociations des compagnies pétrolières nord-américaines en 1938.

Le peuple mexicain est engagé dans une longue lutte à la fois contre le grand voisin, contre sa classe politique et contre le crime organisé. En privilégier une au détriment des autres c’est s’assurer de tomber dans les bras d’un des trois adversaires, le jour où l’un des deux autres est à terre. Pour dénoncer le crime organisé (il n’emploie pas l’expression) Ignacio Ramonet préfère citer des Mexicains, que s’exprimer lui-même, comme si cet aspect de la lutte lui paraissait secondaire. On s’étonnera ensuite que le peuple se désintéresse des propositions des démocrates ! Cette approche de Ramonet n’est pas que la sienne mais représente bien une posture « de gauche » (je mets les guillemets comme il les met à offensive contre le trafic de drogue) qui, face à la nouveauté du phénomène, préfère s’en tenir au discours altermondialiste classique. Je prétends que contre le crime organisé seule l’armée peut jouer un rôle même si je conteste radicalement le rôle que Calderon lui fait jouer. Et sans prétendre avoir les solutions je considère que la question n’étant pas que celle du Mexique, nous avons tout intérêt à nous en mêler. Parmi les postures de « gauche » il y a pire que la réduction du problème à la lutte entre mafias. J’ai lu sur le site Rebelion la reprise sans commentaire des communiqués de presse du fantomatique « Réseau pour la Transformation globale » qui en appelle, comme solution, à la lutte armée du peuple après avoir reçu la rançon de l’enlèvement de Diego Fernandez de Ceballos. Des cyniques peuvent dire : Le plus simple serait en fait de rentrer tous chez les Narcos… et l’infâme pouvoir mexicain tomberait en ruine ! L’horreur semble appeler l’horreur et toute complaisance envers le crime organisé est la porte ouverte à de nouvelles barbaries (je n’oublie pas les actuelles propre au capitalisme). 3-1-2011 JPD

 

Guerre au Mexique par Ignacio Ramonet

 

Le 20 novembre 2010 a marqué le centenaire de la Révolution mexicaine. La première grande révolution sociale du XXe siècle. Un mouvement conduit par deux héros légendaires et populaires, Emiliano Zapata et Pancho Villa, qui ont gagné pour les travailleurs et les paysans, les droits sociaux, la réforme agraire, l'éducation publique, laïque, et de la sécurité sociale.

Une centaine d'années après, paradoxalement, la situation au Mexique, "est analogue à bien des égards, à celle qui prévalait à la fin de 1910 : les niveaux de concentration de la richesse sont d’une ampleur insultante alors qu’on a des retards sociaux importants, une volonté populaire bafouée, des violations des droits des travailleurs et du travail, le négation de garanties de base par l'autorité, l’abandon de souveraineté au capital international et financier oligarchique patrimonial, technocratique et insensible pouvoir politique »(1).

A ce catalogue très déprimant s’ajoute une guerre. Ou plutôt, trois guerres : les cartels de la drogue entre eux pour le contrôle des territoires, les groupes Zetas (organisations criminelles composées d'anciens militaires et policiers) qui pratiquent l'enlèvement et le vol contre la population civile, et les forces militaires et d'exception contre leurs propres citoyens.

Depuis le 1er décembre2006, quand, sous la pression de Washington, le président nouvellement élu, Felipe Calderon, a lancé son « offensive contre le trafic de drogue », la violence dans le pays a provoqué environ 30.000 morts ...

Le Mexique ressemble de plus en plus à un « Etat en faillite » pris dans un piège mortel. A travers ses régions touchées, circulent toutes sortes de bandits armés, des forces spéciales des commandos d'élite de la police, des groupes paramilitaires et parapoliciers, des bandes de tueurs "légaux" et "libérés", des agents américains de la CIA et DEA, et enfin les Zetas qui se font remarquer en particulier par leur action contre les émigrés d’Amérique centrale et Amérique du Sud en route vers les États-Unis. Ils sont sans doute les auteurs de l'assassinat odieux de 72 émigrés trouvés le 24 août dans l'État de Tamaulipas.

Chaque année, environ 500.000 Latino-Américains passent par le nord du Mexique. Dans leur périple, ils sont soumis à toutes sortes d'abus : arrestations arbitraires, pillages, vols, assassinats, viols ... Huit femmes émigrées sur dix sont victimes d'abus sexuels, beaucoup sont réduites en esclavages comme servantes de gangs criminels, ou forcées à la prostitution. Des centaines d'enfants sont soumis au travail obligatoire. Des milliers de migrants sont soumis à des enlèvements. Les Zetas demandent aux familles (dans le pays d'origine ou aux États-Unis) le paiement de rançons. "Pour le crime organisé, il est plus facile de piéger quelques jours 50 étrangers qui ont payé entre 300 et 1.500 dollars de rançon chacun, qui kidnapper un entrepreneur à succès" (2). Si les otages n'ont personne pour acheter leur liberté, ils sont assassinés. Chaque cellule Zeta a son propre boucher en charge des décapitations et de l’équarrissage des victimes dont les cadavres sont brûlés dans un baril en métal (3). Dans la dernière décennie, quelque soixante mille sans papiers, dont les familles ne pouvaient pas payer, ont «disparu» ...

Le Président Felipe Calderón a annoncé régulièrement des succès dans la lutte contre le trafic de drogue et l'arrestation des seigneurs de la drogue. Il se félicite d'avoir eu recours à l'armée. Une opinion non partagée par de nombreux citoyens. Les militaires, dépourvus d'expérience dans ce type d'intervention, ont multiplié les «dommages collatéraux» et exécuté à tort des centaines de civils ...

Par erreur ? Abel Hernández Barrera, qui vient de remporter le Prix de droits de l'homme Robert F. Kennedy, obtenu aux États-Unis ne le croit pas. Il estime que la guerre contre la drogue est utilisée pour criminaliser la protestation sociale : «Les victimes de cette guerre, dit-il sont les plus vulnérables : autochtones, femmes, jeunes. On utilise l'armée pour intimider, démobiliser, semer la terreur, réprimer la protestation sociale, perturber et criminaliser ceux qui luttent"(4).

Pour sa part, à Washington, l'administration Obama estime que le bain de sang que vit le Mexique est une menace pour la sécurité des États-Unis. La chef [l’espagnol a le féminin : la jefa] de la diplomatie, Hillary Clinton, a déclaré: "La menace des narcos est en mutation et, dans certains cas elle s’associe à l'insurrection." Elle a ajouté que le Mexique actuel « ressemble à la Colombie des années 80".

En fait, les États-Unis ont une énorme responsabilité dans cette guerre. Ils sont le plus grand adversaire de la légalisation des drogues ; le premier fournisseur (90%) (5) des armes aux combattants : tous les cartels, comme les Zetas, l'armée et la police... ; et également ils sont la principale puissance narco, producteur massif de la marijuana et premier fabricant de drogues chimiques (amphétamines, ecstasy, etc.). Et surtout ils sont le premier marché de la consommation de drogue du monde avec plus de sept millions de personnes qui sont accros à la cocaïne ... Et les gangs opérant sur leur territoire sont ceux qui obtiennent le meilleur rendement dans le trafic des drogues soit 90% du bénéfice total, environ 45.000 millions d'euros par an ... Alors que tous les cartels latino-américains se partagent seulement les 10% restants ...

Plutôt que de donner aux voisins de mauvais conseils qui ont plongé le Mexique dans une guerre infernale, Washington devrait balayer devant sa porte.

Notes : (1) La Jornada , Mexique, 20 novembre 2010. (2) Lire l’exceptionnel livre-témoignage d'Oscar Martinez, Les migrants qui ne comptent pas. Sur le chemin de sans-papiers d'Amérique centrale, au Mexique , Icaria, Barcelone, 2010. (3) Processo, le Mexique, le 29 août 2010. (4) La Jornada , op. cit. (5) El Norte , Monterrey 9 septembre 2010.

Source: http://www.lemondediplomatique.cl/Mexico-en-guerra.html

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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 14:47

 le-PRI.jpg

Voici un abrégé de la vie politique mexicaine d’hier à aujourd’hui. En 1975 j’avais ramené un document politique (photo ci-dessus) dont je n’ai pas trouvé l’équivalent en 2010.

 

Parti Révolutionnaire Institutionnel PRI

C’est le parti historique né en 1929. Il se prétend l’héritier des révolutions de 1910 à 1920. Dominant toute la vie politique pendant 70 ans, il sera ébranlé par le mouvement de 1968, par la crise économique profonde de 1980 et bousculé par la révolte du Chiapas en 1994 au moment où le président de la république Salinas de Gortari conduit une politique totalement néo-libérale et aux fortes odeurs de corruption en particulier sous couvert du frère du président, Raoul. Cependant sa perte du pouvoir en l’an 2000 n’est pas un effondrement. L’absence d’appuis nationaux ne l’empêche pas de sauver une classe politique locale au clientélisme bien en place. Les échecs du PAN semblent lui apporter une nouvelle jeunesse. Membre de l’Internationale socialiste, ce parti se divise surtout en deux tendances liées aux anciens présidents, les salinistes (Salinas) et les zédilistes plus propres (Zedillo).

 

Parti d’Action Nationale

Ce parti est né les 14 et 15 septembre 1939. Si on se souvient qu’en 1938 c’est la nationalisation du pétrole on comprend tout de suite qu’il s’agit d’une réaction de droite qui va réanimer l’opposition catholique. Le parti va s’appuyer sur des forces économiques (la gente décente). Monterrey sera sa ville dès le départ. Premier parti a être reconnu comme important par le PRI, il va vivre au fil des ans, présenter des candidats, gagner mais perdre par trucage jusqu’à ce jour de 2000 où Vicente Fox réussit enfin à accéder à la présidence de la république, victoire répétée en 2006. Rappelons ici cette originalité qui vient de la constitution de 1917 : le gagnant est celui qui arrive en tête au premier tour (il n’y a pas de second tour) et le gagnant ne peut pas se représenter. Une façon de vérifier que la limitation du mandat peut être le contraire du développement de la démocratie.

L’histoire récente du PAN répète l’histoire du PRI. L’ancien président Fox se démarque de l’actuel Calderon et chacun des camps tente de se préparer pour la prochaine élection présidentielle. L’affrontement entre personnalités recoupe un affrontement entre tendances politiques allant de l’extrême-droite – actuellement puissante avec son organisation le Yunque – et le catholicisme social.

 

Hier : PPS – PARM – PCM

La brochure de 1975 indique qu’il y avait quatre partis nés pour perdre, PAN, PPS, PARM, PCM. Nous venons de voir que le PAN n’est pas né pour perdre mais qu’il a fini par gagner. Sa patience a été récompensée. Pour les trois autres partis de « gauche de la gauche » ils sont en effet nés pour perdre.

Le plus ancien de tous est le Parti Communiste Mexicain (PCM) qui sera la matrice des deux autres. Ce parti a été le premier parti communiste du monde. Au Mexique il n’a jamais été reconnu par le PRI et a donc longtemps vécu dans la clandestinité. C’est un Allemand de Toluca qui tente dès 1911 de fonder un parti marxiste. Le parti va naître le 25 septembre 1919 (plus d’un an avant celui de France). Il est reconnu par l’I.C. le 24 novembre 1919. Mais ce parti est d’abord dirigé par des étrangers or ils n’ont pas le droit de faire de politique au Mexique (du même un candidat à la présidence ne peut pas avoir de parents étrangers). Le PCM a donc du mal à débuter. Il s’implante d’abord à Veracruz. Puis il va établir un lien précieux avec les peintres Rivera et Siqueiros (le premier passant ensuite au trotskysme et le deuxième restant communiste). A partir de 1929 on ne compte pas les luttes de fractions, les expulsions et les réconciliations. L’histoire du PCM se joue à Moscou. A un moment le parti a compté plus d’expulsés que de membres en son sein comme à l’extérieur. Si tout le monde connaît l’expulsion de Rivera pour trotskysme rare sont ceux qui savent qu’il est redevenu membre autour de 1945 à un moment où un des anciens dirigeants Vicente Lombardo Toledano crée avec d’autres le PPS. Le tournant du PCM se produira en 1968 quand il condamnera clairement et fermement l’invasion de la Tchécoslovaquie en 1968. A partir de ce moment-là le PCM va tenter de s’unir avec d’autres groupuscules de gauche pour fonder une nouvelle formation qui à son tour rejoindra pour une bonne part le PRD (tendance réseau de la gauche révolutionnaire).

Le parti populaire socialiste (PPS) sera un parti de gauche alibi du PRI qui lui accordera quelques marges de manœuvre. Son dirigeant phare est un intellectuel venu du communiste et sera présenté en son temps comme le meilleur connaisseur de Marx : Vicente Lombardo Toledano. D’une famille d’origine italienne il a été un militant syndical important chez les profs. Ce partie né en juin 1948 sur des bases anti-américaines lance Lombardo Toledano comme candidat à la présidentielle en 1952.

Le Parti Authentique de la Révolution Mexicaine (PARM) est un jouet que le PRI offrit à d’anciens généraux révolutionnaires en fin de vie puisque le parti est né seulement en 1957.

 

Parti Révolutionnaire démocratique PRD

Le troisième parti important du Mexique est le plus récent. Fondé le 5 mai 1989 il a été conçu pour poursuivre le mouvement né pendant l’élection présidentielle autour du candidat Cuauhtémoc Cárdenas Solórzano, un dissident du PRI, qui a en fait gagné l’élection volée par une fraude électorale. Ce parti est une fusion de partis anciens plus ou moins minuscules qui acceptent de s’unir : Partido Mexicano Socialista (PMS), Partido Mexicano de los Trabajadores (PMT), Partido Socialista Unificado de México (PSUM), Partido Patriotico Revolucionario (PPR), Movimiento Revolucionario del Pueblo (MRP), Partido Socialista de los Trabajadores (PST).

A lire cette liste, il est facile de retrouver un phénomène classique : la division au sein de ce qu’on appelle « la gauche de gauche ». Cardenas a permis de dynamiser cette union et comme toujours l’union a été bénéfique au parti. Mais pouvait-elle durer ?

Aujourd’hui ce parti est divisé en multiples courants aux effets dévastateurs mais moins dévastateurs que la corruption qui va frapper divers dirigeants.

Neuf courants

Movimiento por la Democracia, Movimiento Cívico, Red de Izquierda Revolucionaria, Unidad y Renovación, Nueva Izquierda, Izquierda Social, Izquierda Democrática Nacional, Alternativa Democrática Nacional, Foro Nuevo Sol.

Les truands

C’est en 2004 que par des vidéos, les mexicains ont découvert que ce parti de l’honnêteté de la gauche était dirigé en partie par des truands. Comme toujours, c’est par les élus que le drame est arrivé. Des fonctionnaires du District fédéral dirigé depuis des années par le PRD et à ce moment là par Andres Manuel Lopez Obrador, sont pris la main dans le sac. Il est évident que les autorités du pays membres du PAN qui s’appuient sur l’’essentiel de la télévision ont pu aisément faire connaître cette infamie, tout en se gardant d’en montrer venant du PRI et du PAN. Etrangement, comme en 1988 quand il a fallu unir PRI et PAN contre le PRD pour obtenir le droit de brûler les bulletins de vote, on trouve en 2004 pour conduire l’opération anti PRD, Diego Fernández de Cevallos. C’est l’homme qui avait été enlevé et qui vient d’être libéré dans des conditions louches.

Aujourd’hui

Une tendance projette de s’unir avec le PAN dans l’Etat de Mexico pour ainsi battre le PRI. AMLO a assuré que si ce choix était maintenu il quitterait le PRD et créerait son propre parti pour 2012. Autant dire que le parti est au bord de l’explosion.

 

Autres mouvements

Il existe à ce jour quelques mouvements faibles mais ayant tout de même des élus comme les Verts, une Convergence démocratique et un autre petit parti de gauche.

 

2012

Tous les regards sont fixés sur la prochaine présidentielle devenue plus incertaine que jamais. AMLO sera sûrement candidat mais ne va-t-on pas réussir à le présenter, du côté du PRD, comme le diviseur de la gauche ? Il bénéficie d’un soutien populaire important (sa trajectoire est sans tâche) mais a peu de relais locaux surtout dans le nord. Les trois autres partis finiront pas s’unir derrière un candidat en masquant le temps d’une élection les multiples divisions internes. Quel rôle vont jouer des narcos en mesure de bourrer les urnes dans bien des endroits ? Une partie de l’Amérique latine est passée à gauche au moment où le Mexique s’ancre à droite, alors qu’avant 1968, ce pays faisait figure de leader de la gauche. Suite à l’importante aide apportée aux réfugiés anti-franquistes, suite au soutien solide dont a bénéficié Castro, le pays a eu une tradition intellectuelle à gauche qui se vérifie dans bien des revues actuelles. L’Université Nationale Autonome de Mexico et celles d’autres villes sont connus comme des repères du marxisme. Le mouvement social reste très fort. Mais l’avenir semble très sombre avec une crainte d’intervention nord-américaine pour mettre un peu « d’ordre ».

2-01-2011 JPD

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