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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 14:38

Mexique : Les zapatistes existent toujours

Pour clore cette fausse année du Mexique en France, voici la traduction d’un article de La Jornada suite à un Séminaire tenu à San Cristóbal de las Casas. Entre le crime organisé et les zapatistes, le Mexique est bien le pays des extrêmes. JPD

2 janvier 2012

■ Communautés zapatistes, exemples de formes de gouvernement
■ Indigènes et politiques, pôles opposés à la démocratie institutionnelle

HERMANN BELLINGHAUSEN

San Cristóbal de las Casas, Chis., 1er janvier. Les actuels mouvementes anti systèmes peuvent s’unir par profond dialogue à la marge de l’Etat et de son économie, comme l’ont fait les communautés zapatistes en créant des formes pédagogiques de gouvernement, indiqua Javier Sicilia  pendant la troisième journée du Séminaire International de Réflexion et Analyses qui a lieu dans la ville.

Paulina Fernández et Gustavo Esteva, à partir de talents différents, furent d’accord avec Sicilia quand il a valorisé l’expérience d’autonomie des gouvernements zapatistes, comme un élément de grande exemplarité en ce moment.

A cours de la première session on fit la lecture d’un bref message de Marcos Roitman, envoyé de Madrid, dans lequel il manifeste son  “adhésion” au séminaire, et rappelle son appui à l’Ejército Zapatista de Liberación Nacional (EZLN), “arme de la pensée critique” pour atteindre la justice, la liberté et la démocratie en rendant possibles des alternatives au gouvernement du marché dans le monde.

Paulina Fernández, qui a étudié de près le fonctionnement réel et quotidien des gouvernements autonomes zapatistes , a mis à nu la rapacité des politiques de tous horizons quant à le rôle déformé des partis politiques légaux dans la transformation de la démocratie en affaires louches. Avec des faits et des exemples précis, elle a montré la difficulté à exercer le pouvoir en tant que représentants.
Elle s’est appuyée sur l’expérience du « camarade Jolil » et ses motivations qui l’ont conduit à participer à un conseil municipal autonome, en l’opposant aux chiffres scandaleux que nous coûtent les politiques et les gouvernants avec leurs salaires et leurs bénéfices. Des milliers de millions de pesos, la décomposition du système et l’absence d’engagements nous démontrent de quoi est faite la démocratie qu’on nous a imposée dans un pays profondément inégale.

Contre cet état de fait dominant, il y a donc l’expérience du camarade indigène que Paulina a pu accompagner et connaître pendant ses deux ans de conseiller municipal, comme on appelle dans les communautés zapatistes ceux qui exercent les responsabilités de gouvernement. Sans rémunération économique et sans connaissance en matière de gouvernement, les indigènes participent, suite à une élection dans leur communauté, aux structures de délibération et de décision collectives dont la seule raison d’être est le service.
“Tous les camarades s’occupent de tous les travaux”, précise-t-elle ensuite. Ils construisent un “gouvernement différent”. Jolil, je l’ai vu travailler pendant deux ans “au pouvoir”, où il a grandi comme zapatiste et comme personne, sans se corrompre. Elle attribue ces succès aux objectifs clairs de la lutte de l’EZLN et des communautés qui, sans se rendre, maintiennent la solidité morale de l’organisation zapatiste.

Gustavo Esteva, absent du Séminaire pour des raisons de santé tout comme le docteur Pablo González Casanova et le philosophe Luis Villoro, a envoyé une intervention dans la quelle conformément à ses récentes réflexions sur les pages de La Jornada, pense que nous ne sommes pas au bord de l’abîme mais que nous y sommes déjà tombés et que nous ne voyons pas le fond.

Esteva se demande avec insistance: “¿Pour quoi nous nous laissons conduire à cette situation ?”

En citant le subcomandante Marcos, il montre comment on est en train de détruire le tissu social d’un pays où dominent les scandales des plus riches et celui des plus pauvres. En se référent à Iván Ilich comme auteur majeur ; en lien avec Sicilia et Jean Robert, Esteva pense que l’antidote contre la “croyance fondamentaliste” en une démocratie où “les élections servent pour définir qui sera en charge de faire avaler la couleuvre”, ce sont les nouvelles attitudes alternatives à la wallmartización  du monde”. Ce qui pourrait être « une autre gauche » c’est celle qui peut s’alimenter aux protestations mondiales des occupations et des indignés qu’on a écouté hier.

Le poète Javier Sicilia s’est référé aux “nouveaux pauvres” à partir de la certitude que le changement viendra seulement si on place le vin nouveau dans des vieilles barriques. En comparant les mouvements zapatiste et celui pour la Paix, la Justice et la Dignité [qui suscita d’immenses manifestations à travers le pays], il releva les similitudes, vu qu’ils naissent de l’idée qu’on peut transformer les conditions imposées par l’Etat. Ce sont dit-il, des formes nouvelles qui préludent à ce qui est en gestation, face à l’actuel désastre.

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 09:41

Au Mexique, j’attends mon autopsie

 

En conclusion de l’année du Mexique en France….

 

Quelle obscurité ! Je me sens mal à l’aise. Et l’odeur en plus ! J’essaie de me souvenir, en vain. Puis un filet de lumière entre par une porte qui grince. Je devine un filet car je suis aveugle. Des voix. J’entends clairement des voix horrifiées. J’essaie de bouger le petit doigt mais rien n’y fait. A ma droite, à ma gauche, des corps tout aussi immobiles. Cette fois la porte est grande ouverte. Le bruit de la circulation des voitures couvre toutes les paroles. Je commence à comprendre, je suis un mort au milieu d’autres morts. Mais pourquoi ? Pourquoi se retrouver dans un camion frigorifique à quelques centaines de mètres de l’endroit où va se dérouler un des plus beaux événements d’Amérique latine ? Des hommes nous tirent vers l’extérieur, les uns après les autres. Mon tour arrive. Je voudrais les aider, leur faciliter la tâche mais je ne peux plus rien, je suis un poids mort, c’est le cas de le dire. Pas miracle je suis juste une oreille et un nez.

Au soleil, les odeurs changent, les gaz carboniques prennent le dessus sur les gaz de décompositions. Nous serions vingt cadavres inexplicables. Moi-même je me sens inexplicable ! Qu’ai-je fait ? Un enquêteur passe en revue les visages et, il dit, là c’est un chauffeur, là c’est un vendeur de voitures d’occasion, là c’est un commerçant en boissons gazeuses, là c’est un boulanger.

 

Tout d’un coup la mémoire me revient : le boulanger c’est moi. Je me revois dans mon modeste magasin, devant une petite vitrine pleine de douceurs et devant des pains français, quand entrent trois gaillards aux mines patibulaires. Ils choisissent la plus grosse poche plastique, pour choisir eux-mêmes, comme c’est la coutume dans mon échoppe, les gâteaux qu’ils prennent avec une grande pince en bois. J’essaie de me réjouir en pensant que je vais faire des affaires mais deux des hommes passent derrière la vitrine et se dirigent vers moi. Je suis prêt à leur verser la caisse dans la poche plastique mais eux préfèrent verser la poche sur ma tête de Mexicain minable âgé de 28 ans et au type un peu indien. L’oxygène commence à me manquer puis c’est le trou noir. J’arrive à vous raconter cette histoire en français car j’ai étudié cette langue pour l’amour de mon pain. Les Alliances françaises ont beaucoup fait pour des gens comme moi, mais à présent, elles déclinent, au moment où on a le plus besoin d’elles.

 

A présent, le bruit des ambulances domine le bruit de la circulation. Nous sommes au cœur de Guadalajara, à deux pas des Arcs du Millénaire là où se croisent les avenues Lazaro Cardenas et Mariano Otero. Je l’apprends en écoutant les gens autour de moi, qui commencent à s’amasser, hébétés, écœurés même par le spectacle, parlant révolte et colère. Mais que faire ? Je sens que j’entre dans une ambulance et je devine que nous partons vers la morgue. A mon prof de français, j’avais demandé comment ce mot de morgue avait fini par désigner le dépôt des cadavres : parfois l’étrange évolution des mots laisse un goût de mystère. ET même lui ne savait pas répondre : un mot allant du mépris en général au mépris des cadavres ? Je crains à présent de mourir définitivement sous le bistouri du médecin légiste. Mais bon, profitons des derniers instants et pour le moment des deux infirmiers qui discutent devant moi pendant le trajet sans se douter que mon oreille arrive encore à être aux aguets :

- A trois jours de la Foire internationale du livre, jusqu’où ira l’horreur ?

- Tu as lu la raison sur leur message : « Que le gouverneur de l’Etat cesse de favoriser le clan du Sinaloa » ?

- Et tu crois que c’est la raison exacte de ce massacre revendiqué par los Zetas ? 26 morts pour rien !

- Ici, personne ne nous écoute, alors tu peux bien le reconnaître, notre gouverneur est aussi pourri que tout l’édifice de l’Etat, de la police…

- Je ne porte pas dans mon cœur ce gouverneur, Emilio Gonzalez Marquez, un membre du funeste parti qu’est le P.A.N. mais je ne veux pas tout mélanger…

- Je ne mélange pas le terrorisme d’Etat aux immenses pouvoirs, et celui de bandes clandestines…

- Tu excuses presque le crime organisé ? los Zetas ? Tu en fais presque des Pancho Villa ? Quand, devant la plus grande fête de la culture du monde hispanique, on dépose des cadavres innocents !

- N’exagère pas…

 

J’aurais aimé placer mon mot ; je ne peux que me contenter de regretter mon silence sur le sujet du temps où j’étais encore totalement vivant. A Guadalajara, on pensait, comme hier à Monterrey, que le crime organisé c’était ailleurs. On vient de vivre de magnifiques Jeux Panaméricains dans le calme le plus total. Et voilà, tout s’écroule lamentablement ; avec à la bouche un sentiment d’impuissance, malgré des manifs monstres contre la violence. Les prochaines élections présidentielles où AMLO (Andres Manuel Lopez-Obrador) a fini par être le candidat du PRD (le candidat de gauche) peuvent-elles sauver le pays ? Les deux infirmiers continuent.

 

- Pour arrêter le massacre, un sondage indique que 37% proposent d’en appeler aux forces de sécurité nord-américaines, 33% pensent qu’il faut légaliser les drogues, 32% qu’il faut négocier un pacte de non agression avec les bandes ; tu penches pour le pacte avec le crime organisé ?

- Le crime organisé fait vivre une économie parallèle qui donne des moyens de subsistance à des milliers de mexicains. Pourquoi de tels employeurs ne discuteraient pas d’égal à égal avec les grandes multinationales qui causent leurs propres crimes ? Si entre voyous ils se fixaient un code d’honneur…

- Tu ne peux même pas voir que ce sondage est lui-même l’œuvre du crime organisé ? Puisque tu parles d’emploi, on n’y propose pas comme éventualité, l’augmentation des salaires ! Je ne dis pas qu’il y aurait un automatisme entre une vie meilleure et le recul des clans (voir les cas du Venezuela et du Brésil) mais cette mesure couplée avec d’autres, aussi bien militaires que politiques, ça devrait permettre de battre le cancer qui nous ronge. Nous devons battre le crime organisé… qui est le fascisme des temps modernes qui j’en conviens, a l’appui comme hier de forces dominantes.

 

L’ambulance s’arrête, nous sommes à destination et je crains pour la suite de l’histoire. Heureusement, dans la morgue c’est une agitation générale, et les médecins légistes ne peuvent se précipiter sur mon corps. Aussi j’entends là d’autres conversations de médecins qui se préparent à suivre la foire du livre mais je sens tout d’un coup que je retrouve l’obscurité d’un espace réduit en attendant sans doute des jours meilleurs.

Je repense alors à mes deux infirmiers et je me fais mon propre film. Il faudrait capituler devant le crime organisé alors que nous savons qu’il ne peut que dégénérer toujours davantage. On ne pactise avec le mal qui est à la source du mal. On ne pactise pas avec les banques qui causent une crise financière. On ne pactise pas avec la mort quand elle vous envoie à la morgue.

Je repense à moi, à ma situation : j’attends une autopsie. Comment ce mot a-t-il pu s’imposer en français comme ne espagnol ? Autopsie : action de se voir par soi-même quand c’est le médecin qui veut tout voir par lui-même pour déterminer les causes de la mort…

 

Puis, un, jour ou deux après, les rumeurs de la morgue reviennent, et quelles rumeurs ! Deux médecins sont en grande discussion suite à un premier débat de la Fête internationale du livre (FIL) :

 

- Fernando Vallejo a eu le prix de la FIL. Comment oser célébrer chez nous, l’auteur de l’inoubliable La virgen de los sicarios (La vierge des Tueurs) ? Il a banalisé le crime organisé… qui, de la Colombie son pays, a envahi le Mexique !

- Tout écrivain fait des constats : que des sicaires aillent prier la vierge pour tuer avec plus d’assurance en est un ! Sûr, il ne fait pas dans le réalisme magique mais dans le réalisme sanguinolent.

- Il prétend que c’est le pouvoir du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) qui, en dominant pendant 70 ans la vie politique du Mexique a « semé les cartels de la drogue » ! Et dans sa chère Colombie, ils ont eu le PRI ?

- Tu lui reproches de mettre en littérature le crime organisé, ou de mal l’analyser ?

- Les deux, et son geste, consistant à remettre le montant du prix, 150 000 dollars, à des sociétés protectrices des animaux, dit bien qu’il préfère les animaux aux hommes… Les intellectuels deviennent des catastrophes ambulantes !

- Même l’invité vedette de la FIL, Herta Müller ?

- Elle a fui la Roumanie pour l’Allemagne, je hais les fuyards. Ils passent ensuite leur vie à se justifier ! Tous les écrivains sont des fuyards !

- Même après les 26 morts d’avant-hier ici à Guadalajara, tu ne sais donc pas ce que sont les désastres ?

 

Au mot de désastre, en référence à ce que je suis devenu, j’ai eu comme un éclair de génie : je n’ai bien sûr jamais voyagé en France, ma situation de modeste citoyen mexicain le l’interdisant, mais j’ai souvent interrogé les voyageurs qui sont passés dans ma boulangerie et une fois une femme m’a indiqué, quand je lui ai demandé d’où elle était, qu’elle venait de Castres en France. Comme à chaque occasion, j’ai demandé quelle était l’originalité de sa ville et elle m’a répondu Goya, le dernier Goya, le Goya noir, sombre celui des désastres de la guerre, et Jaurès, le dernier Jaurès la première victime d’un désastre de la guerre. Pour Jaurès j’avais en tête la phrase de Brel, « Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? ». Pour Goya, le lendemain j’ai eu envie de faire en imagination le déplacement à Castres, au Musée Goya. Comment ce peintre a-t-il pu si bien mettre son art au service de la dénonciation des horreurs de la guerre conduite par les Français en Espagne dans le tableau coloré, le dos de mayo, et mourir en France, où il s’était réfugié ? Toujours est-il, subitement, je comprends les désastres de la guerre ; leur noirceur était bien l’annonce de guerres de plus en plus noires. Goya, tu es actuel ! Mais écoutons encore un peu les médecins avant qu’ils n’approchent de moi avec leurs outils.

 

- Je vomis des philosophes comme Fernando Savater qui soutient le système capitaliste et vient conseiller comme mesure de consolation, la dépénalisation des drogues. « La croisade contre les narcos c’est une absurdité née aux USA et les absurdités qui naissent aux USA sont difficile à contrer mais il faut en finir une fois pour toute contre l’idée de croisade anti-drogue. » dit-il. Et Savater, aussi absurde que les croisades lancées des USA, de répéter le cas d’Al Capone ! « Je ne dis pas que de traiter les drogues comme le tabac et l’alcool va faire disparaître les méfaits de la planète mais abolir la loi de prohibition, ça a rendu plus difficile la vie d’Al Capone. »

- Vargas Llosa le soutient… il pense que la lutte militaire contre les mafias, dont il mesure les dangers pour la démocratie, c’est la dépénalisation.

- Comment ne voient-ils pas qu’ici le crime organisé devient de plus en plus populaire car, à la manière de Robin des Bois, il verse des miettes au peuple en galère ! Comment ne voient-ils pas que l’artisanat du crime à Chicago est devenu une industrie ? Dépénaliser, pourquoi pas, mais pas au nom de la lutte contre les mafias qui ont des centaines d’autres marchés à leur disposition !

- Je pense au trafic des immigrés qui traversent notre pays pour aller aux USA : il faut abolir les migrants ?

- Bon, il est temps d’aller chercher la cause de la mort de nos victimes en attente. Sans la cause du mal des mafias, nous ne saurons comment elles ont opéré…

 

J’ai cru que mon heure était arrivée mais un troisième médecin, plus philosophe, lança une autre discussion sur le cas de l’écrivain italien Giorgio Agamben quant un autre tenait à évoquer l’invité vedette de la FIL, Herta Müller.

- Pour Giorgio Agamben, et en tant qu’Italien il s’y connaît en mafias, cette présence du crime organisé est consubstantielle au capitalisme ! Nous vivons dans une guerre civile légale et Bush de décembre 2001 n’est que la version moderne d’Hitler ! C’est le pouvoir actuel qui tue la légalité, un meurtre qui alimente ainsi le crime organisé. Un meurtre qui est la mort même de l’Etat !

- En conduisant la guerre contre le crime organisé nous assisterions à un suicide du pouvoir d’Etat ? Un pouvoir que les forces du capitalisme ont seulement toléré jusqu’à aujourd’hui ? Mais comment en sortir des désastres de cette guerre ?

- La réalité est plus forte que la fiction, la réalité c’est cette mécanique inexorable qui conduit l’homme à son autodestruction.

- A propos de réalité, parlons d’Herta Müller qui an a évoqué une autre. Elle a fui Ceausescu pour écrire des livres ce qui apparaît comme une situation confortable mais elle conteste cette notion de fuite. L’écrivain tout au contraire s’il écrit vraiment se met à côté du réel immédiat pour reconstituer le réel profond. Elle avait des scrupules à laisser les militants s’affronter avec la dictature, mais en même temps elle savait qu’à chaque instant elle remuait en elle-même cette dictature pour lui faire cracher sa propre réalité.

- Comment ose-t-elle ? Elle qui se sert de l’allemand contre le roumain !

- Partout en Europe il existe des minorités linguistiques et l’allemand était sa langue…

- De toute façon sa langue était la littérature et elle a raison de dire que la littérature c’est une boussole qui indique le nord quand on ne sait plus où il est ». Je sais, tu vas me dire que c’est prétentieux.

 

Je me sens mieux, j’écoute et je me sens mieux. Je vais partir avec une lumière dans mon cœur : la réalité ce n’est pas le pain que je fabriquais, c’est la recette du pain à laquelle je finissais par me conformer ; la réalité c’est quand on s’oublie soi-même pour accepter l’histoire ; la réalité nous fait quitter l’enfance quand on comprend le faible poids que l’on a sur sa mécanique…

 

- En écrivant, en écrivant seulement Herta Müller a pu comprendre comment son père est devenu un SS ! Oui, c’est dur à croire pourtant c’est la vérité sinon elle n’aurait pas eu le prix Nobel de littérature même s’il arrive au jury de lire autre chose.

- Oui, Vargas Llosa a raison, la littérature n’est pas un luxe à s’offrir face aux douleurs du monde car ces douleurs sont en nous sinon nous n’écririons pas.

 

Cette fois, c’est ma fin et je devine que je meurs comme Jaurès. En anonyme, certes, mais comme lui ! En anonyme, car c’est le destin des morts d’aujourd’hui, puisque les guerres sont des guerres faites aux civils. Si par miracle cette histoire arrive jusqu’à vous, ce sera la preuve que Jaurès n’est pas mort pour rien, ce sera la preuve que Goya n’a pas peint pour rien. Notre mort à nous les 26,  n’a en rien bousculé le bon déroulement de la FIL. La culture a gagné contre le crime organisé. Nos morts ne témoignent pas d’une avancé de l’autodestruction de l’humanité mais d’une avancée de l’humanité dans sa destruction de l’immonde. Je pars plein d’espoir. Il paraît que c’est fréquent parmi les agonisants. Que cet espoir vous touche à vous les vivants !

 

9-12-2011 Jean-Paul Damaggio

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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 11:12

 

Le crime organisé met le feu de sans froid à un Casino, un acte de barbarie qui s’inscrit dans une histoire noire et la revendication de certains à gauche est la suivante : fermons les casinos, éliminons le président Calderon et tout ira pour le mieux.

Je ne suis pas au Mexique, je n’ai de conseils à donner à personne mais comment ne pas reconnaître un comportement classique de la classe politique, y compris en France : quand un doigt montre un drame, les médias et les autorités se focalisent sur le doigt et oublient le drame…

1 – La Corruption

Que la gauche mexicaine se « rassure » : la corruption n’est pas une originalité nationale ou mieux encore, celle du parti du pouvoir, le PAN. La corruption gagne du terrain partout et à grande vitesse et il y a de bonnes raisons à ça. Parce que le fait est général, ce n’est pas pour excuser Calderon et ses sbires, c’est pour porter le regard sur le structurel en même temps que sur le conjecturel. Si le Mexique était une anomalie et l’assassinat de 52 innocents un fait isolé nous pourrions chercher tout le mal dans l’absence d’une deuxième porte de sortie du Casino…

2 – Le Crime organisé

Le qualifier de « terroriste » ne serait plus qu’un jeu ridicule pour plaire aux USA car ça leur donnerait ainsi le prétexte pour intervenir militairement dans le pays. Un jour au Panama, les armées des USA partirent à la capture d’un de leurs hommes (Noriega) dont ils firent le président du pays car il était devenu un chef de la drogue. Tout le monde sait très bien que le Mexique n’est pas le Panama. D’autant que le Mexique est à présent économiquement lié aux USA. La défense de la souveraineté du pays devrait être d’abord économique.

Au Pérou les USA firent aussi tomber un de leurs hommes à eux (Montesinos) le jour où il a cru que le trafic de drogue lui donnait une quelconque indépendance.

Le Mexique n’est pas le Pérou. La crainte majeure n’est plus la possible intervention US mais la domination de criminels très organisés. En 2012, il suffit que la gauche gagne les élections, qu’elle démontre sa capacité à rétablir l’autorité de l’Etat et une page sera tournée ?

3 – La démocratie demain

Pourquoi au Mexique, des phénomènes internationaux y ont pris une telle ampleur que le pays est devenu le moins sûr d’Amérique latine ? Car si le crime et la corruption sont partout, ça serait ajouter au crime que de banaliser la situation. C’est en dix ans que les phénomènes sont devenus gigantesques, c’est-à-dire depuis le multipartisme, les élections libres, la liberté de la presse, autant de phénomènes qui ont fait que le pouvoir politique est passé des mains du PRI à ceux du PAN.

Par sa main de fer, le PRI réglait en interne des conflits qui sont devenus des drames humains quotidiens. Quand la mafia achète le pluralisme, la démocratie repose en quelques mains éparses qui peuvent faire des cortèges de 500 000 personnes, l’impuissance est au bout. Je ne vais pas en revenir aux oppositions chères à la guerre froide, la démocratie bourgeoise face aux démocraties populaires, les deux démocraties ayant pour le compte de forces différentes jouer de divers masques, mais nous en sommes toujours au même point : la démocratie comme mot miracle revient encore et toujours à donner à manger au renard pourtant libre dans le poulailler. Les Mexicains et les Mexicaines sont face à un défi qui a été souvent le leur : comment inventer enfin une révolution démocratique ? Avec ou sans Casino, avec ou sans double porte de sortie aux casinos, avec ou sans double peu des pouvoirs en place.

3-09-2011 JPD

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 18:27

 

L’actualité c’est le drame libyen mais je reste les yeux fixés sur le Mexique. Je ne vais pas là où on veut me conduire, mais là où je suis accroché. Et malheureusement, ce n’est pas de gaieté de cœur : le drame mexicain n’est pas moindre que celui de Lybie !

Chaque jour, le jamais vu franchi un pas de plus vers l’enfer. Et quand l’action se passe à Monterrey, quand le crime organisé frappe, comme jamais, dans cette ville phare du pays qui avait pensé vivre à l’extérieur des tueries, les superlatifs dépassent les superlatifs. De quoi s’agit-il ?

En plein jour, à visage découvert, les criminels descendent de quatre voitures arrêtées devant le casino Royale. Ils jettent de l’essence, ils craquent une allumette, deux minutes et demi plus tard, 52 personnes sont prises dans les flammes et meurent asphyxiées avant même d’être brûlées. A l’arrivée des sicaires, plus d’une centaine de personnes ont pu s’échapper mais voilà, 52 civils, surtout des femmes n’auront jamais pu comprendre ce qui arrivait. Froidement, méthodiquement, la dizaine d’assassins, exécutèrent leur plan. Pourquoi ?

Pour faire peur à tous ceux qui refusent de payer « l’impôt » clandestin, celui que la mafia exige en échange de la sécurité. Deux feux identiques s’étaient déjà produits mais sans morts à la clef. La menace n’avait pas dû suffire. Cette fois le gouvernement a décidé trois jours de deuil national dans le pays. Ce casino avait quatre étages et une seule sortie, la où le feu a été provoqué !

Criminels, sicaires, assassins ? Au Mexique ils disent à présent : « terroristes ». Dans un pays en paix, à la frontière des USA, il y aurait donc des terroristes ?

Tous les feux de l’actualité sont braqués depuis des années sur le Moyen-Orient ou le Proche-Orient. Dans la fausse guerre Occident-Orient, où est la Tunisie ? Israël ? Et où est le Mexique ? Comment se fait-il que pendant qu’on regardait ailleurs le Mexique est devenu le pays le moins sûr des Amériques ? Avec l’enchaînement que cela provoque : chute phénoménale du tourisme qui est une des grandes sources de revenus, approfondissement de la crise, sortie de crise par la criminalité…

Le président Calderon qui, présomptueux, avait promis que son mandat de cinq ans signerait la fin du crime organisé et il arrive au bout de son mandat avec des tueries sans équivalent ! Il vient de se tourner sévèrement vers les USA en dénonçant le fait que le peuple de ce pays en se fournissant en drogue fait le malheur du sien. « S’ils sont décidés et résignés à consommer des drogues, qu’ils cherchent alors des alternatives au marché qui suscite des gains stratosphériques de la criminalité, où qu’ils établissent des points de passages clairs et précis à la frontière, car la situation ne peut pas continuer ainsi. »

Monsieur Calderon, la tuerie c’était au sujet de la drogue ? Les barrages sur les routes qui détroussent les voyageurs c’est au sujet de la drogue ? Les enlèvements avec demande de rançon c’est… ? La drogue est à présent un élément du crime organisé, un crime qui vise plus haut que le marché de la drogue, il vise TOUS les marchés. Le Mexique serait-il annonciateur d’un retour aux féodaux ? Je le pense et c’est pour ça que je suis l’évolution du pays.

L’échec de Calderon, c’est aussi l’échec de ceux qui le combattent et ont suscité d’immenses manifestations populaires pour arrêter le crime organisé. La société mexicaine n’est pas pleine de truands, elle est comme la nôtre, elle est représentative de la moyenne. Si les événements prennent une tournure dramatique c’est comme pour un volcan, le pays se trouve sur la ligne de fracture. Des armes proviennent à la pelle des USA qui sont aussi les consommateurs de drogue ; ce double phénomène devient explosif à partir du moment où petit à petit nous avons des êtres sans morale. Même la mafia italienne avait un code de l’honneur : ne jamais s’attaquer aux femmes !

Il y a plus de dix ans, un scénariste avait présenté un film avec des individus ne respectant rien mais le film était sous l’angle comique. A présent, le tragique dépasse l’entendement !

Et je dis « le tragique » car à suivre les dix dernières années du pays, il est facile de deviner que la plongée vers l’enfer devient irrésistible et va gagner des tas d’autres pays. Au Mexique beaucoup reconnaissent qu’il n’est plus question de faire reculer le crime organisé, il faut vivre avec et limiter la casse.

Quand les pompiers sont arrivés dans le local incendié, des téléphones portables sonnaient… et personne pour répondre. 29-08-2011 Jean-Paul Damaggio

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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 11:19

 Downs-justicia.jpg

Mercredi 15 juin, 20h, le soleil est impeccable sur la Prairie des Filtres à Toulouse, le concert de Lila Downs peut commencer. Nous sommes en plein air, les gens vont et viennent, téléphonent, mangent, parlent, ils sont de plus en plus nombreux et loin sur la scène la « diva » danse de tout son corps et chante de toutes ses voix. Elle n’est plus la femme svelte d’il y a dix ans mais qu’importe les rondeurs elle porte en elle une énergie à faire bouger la condition humaine. Elle peut jouer la chère « palomba » mexicaine (elle cherche la traduction qui pourrait être le vulgaire pigeon mais qui devient la belle colombe) ou le simple poulet, chaque chanson est un spectacle en soi et je pense par bien des côtés à Juliette qui pousse plus loin ses projets : c’est tout le spectacle qui est conçu comme une chanson !

Lila Downs porte toujours ses bottes de cow boy que les caméras montrent parfois avec précision sur le grand écran bien pratique en la circonstance et comme la plupart des chanteurs des Amériques elle offre un répertoire reprenant des classiques de la chanson mexicaine, et ses créations personnelles. Les musiciens chantent avec elle. De toute la programmation sur cette scène du Rio Loco elle est la seule femme comme Nathalie Natiembé (de la réunion) est la seule femme sur la scène village. Là comme ailleurs la place faite aux femmes est minime, ce qui fait que les femmes sont rares à se lancer dans une pareille folie, donc on ne peut que leur faire une place minime… Parmi les musiciens de Lila, une femme, l’accordéoniste qui, autant que la harpe ou le cajon, apporte un son mexicain.

Quand on ne connaît pas un répertoire, il est difficile de tout suivre aussi je vais m’en tenir au moment où elle se met la casquette nord-américaine et prend en partie le ton du rap ou du slam pour chanter Justicia, un morceau que vous découvrirez sur internet sous mille formes.

Comme avant chaque morceau, Lila Downs s’empare d’un signe distinctif, un châle, une bouteille de mezcla en l’honneur de sa région d’Oaxaca et cette fois elle met la casquette typiquement nord-américaine. Une musique réduite à quelques coups secs de batterie, une voix de rap mais là aussi c’est le mélange, le métissage, au bout d’un moment revient la douce mélodie, la subtilité d’une voix qui n’est plus martelée un peu comme si à la dureté de la révolte il fallait ajouter mes merveilles de l’espoir.

Justicia est le moment le plus politique de la soirée et comme pout les autres chansons le texte n’est pas linéaire avec le rythme classique couplet, refrain. Comme avec tant d’autres artistes des Amériques, les mélodies prennent le pas sur les textes aux refrains répétés à haute dose. Son interpellation de la Justice, comme Eluard interpella la Liberté dans un poème fameux, déroute l’auditeur. On comprend quand arrive une sorte de refrain : « ¡Justicia! / Te busqué en la calle, / te busqué en el diario, / la televisión, / en las voces sordas de los tribunales. » (Justice ! je t’ai cherché dans la rue, sur le journal, à la télévision, dans les voix sourdes des tribunaux.). Mais on a l’impression qu’il y en a un autre : « Sigo creyendo, que lo malo acaba, / que lo bueno viene, / la conciencia te llama. » (je continue de croire en la fin de mal, et en l’arrivée du bien, et que la conscience fait appel à toi. » ; un peu comme si le texte était double avec d’un côté le rapport de la chanteuse à la quête de justice et de l’autre le fait des autorités qui refusent la justice.

Le 16 octobre 2009 dans sa ville de Tlaxiaco qui avait décidé de lui rendre un vibrant hommage, la version de Justicia est différente car la chanson peut évoluer, se donner un couplet de plus et au Mexique le cajon n’est pas le seul élément sud-américain de la batterie. Mais, dans la bouche de l’artiste, la même rage, le même corps en mouvement, et la même espérance en de rêves de justice.

Que l’évocation de ce moment du concert n’efface pas le reste et que l’artiste n’efface pas la qualité de ses cinq musiciens, du Venezuela, Chili, Mexique qui à chaque moment ont fait cœur avec la chanteuse.

17-06-2011 Jean-Paul Damaggio

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 17:22

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L’idée de ce dessin de Rosendo Li fut ma dernière contribution au journal Point Gauche ! en décembre 2006. Peu de temps avant j’avais dû publier sur un site internet cette chronique que je ressors telle quelle car Lila Downs est à Toulouse le Mercredi 15 juin à 20 h dans le cadre de Rio Loco. J’ai le plaisir de relire des noms et des luttes qui restent l’honneur du peuple.

 

Avec Lila Downs à Oaxaca

 

Le 11 septembre 2006

 

Si j’étais Alexandre Adler je vous expliquerais que toute l’histoire actuelle du Mexique se réduit à l’opposition entre la civilisation venue du nord (les USA, la droite, Felipe Calderon), face à l’archaïsme venu du sud (les paysans, les indiens, Lopez Obrador). Ayant vu à l’œuvre notre grand savant journaliste quand il se voulait le conseiller du prince George Marchais, j’ai ainsi compris comment éviter la réduction du monde à de tels schémas, aussi, dès que j’apprends le passage à Paris de Lila Downs, je lui envoie une place pour qu’il aille au concert.

Dans ce nom, Lila Downs (née à Tlaxiaco), vous découvrez sans mal le Sud et le Nord mais vous n’imaginez pas la puissante originalité de ce métissage, une originalité à la gloire de « l’archaïsme », autant le dire de suite. Lila Downs, de mère indienne, une chanteuse mistèque, et de père nord-américain, parle aussi bien l’anglais (elle a étudié le chant et l’anthropologie sociale à l’université du Minesota) que la langue natale d’Oaxaca. Son art mêle toutes les musiques pour un succès international (du moins à suivre les concerts à Genève, Londres, Madrid etc.). Chaussée de bottes nord-américaines, et portant des habits traditionnels de son village, elle mêle sans mal les mariachis et le hip hop. L’ami Diego a eu le plaisir de la croiser à Cuernavaca, Mexique, en novembre 1985 pour 300 pesos seulement. Dans le Zocalo de cette petite ville charmante (rien à voir avec la vie folle dans la capitale si proche), ils étaient 7000 à reprendre les chansons de son dernier disque Una sangre, chansons chargées de tous les rythmes latinos, et porteuses de la joie des chansons de l’isthme de Tehuantepec. Un frisson a traversé les corps aux premières notes de Dignamente, une chanson en l’honneur de l’avocate Digna Ochoa sauvagement assassinée, et défendue en permanence par le sous-commandant Marcos. Naturellement, Lila Downs vient de manifester son soutien aux révoltés d’Oaxaca et son indignation devant la manipulation des résultats électoraux.

Felipe Calderon est président comme l’est Bush aux USA ou Oscar Arias au Costa Rica, trois scrutins aux résultats très serrés où les conservateurs révélèrent leur faible respect de la démocratie électorale. L’histoire du Mexique ne s’arrête pas là. Nous savons qu’après le trucage électoral la répression va s’amplifier mais les conditions de la révolte restent identiques : le fossé s’agrandit entre la majorité à qui on vole les richesses, et la minorité qui pense pouvoir s’en servir, sans comptes à rendre.

A Oaxaca la révolte conduite par l’APPO (Assemblée populaire des peuples d’Oaxaca) s’ajoute à tant d’autres révoltes exemplaires. Pour éviter les amalgames inutiles, précisons que l’APPO avait reçu la caravane du sous-commandant Marcos, sans adhérer au mouvement mis en place sous le nom de « l’autre campagne ». Mais les tenants du pouvoir ne font pas dans la nuance : tout est fait pour détruire l’image du leader Enrique Rueda Pacheco, tout est fait pour susciter la division, l’usure, et cependant, après plusieurs mois d’actions ininterrompues pour demander la démission du gouverneur, l’organisation reste solide, démocratique et inventive. Une auto-organisation massive à travers tout l’Etat permet à la fois d’éviter l’isolement de la lutte armée, et le risque d’échec. Dès à présent, un « Etat » parallèle s’est mis en place pour se substituer à l’Etat ordinaire. Phénomène rendu possible par l’historique insertion des enseignants dans les communautés rurales à partir d’Ecoles normales rurales que le pouvoir tente d’éliminer (lire le roman de Carlos Montemayor : Guerre au paradis). Ces instits avaient perdu un peu le contact avec le peuple depuis quelques temps à cause d’un découragement devant le travail à accomplir, mais cette énergique lutte a retissé les liens solidaires. Après des manifestations de près de cent mille personnes, le système n’a pas cédé, tentant en permanence de réduire le mouvement à quelques agités. Or, le peuple tout entier apprend en de telles circonstances les ressorts du pouvoir qu’il tient entre ses mains (blocages les plus divers de la vie du pays par des barricades, des occupations, des réunions) et la nature des armes de l’ennemi, la télévision étant encore plus féroce que les fusils.

 

Ce combat héroïque des peuples du Sud (deux morts tués par des paramilitaires) a une autre dimension quand on regarde celui de Mexico où plus de deux millions de personnes manifestèrent pour défendre l’élection de Lopez Obrador. Là aussi, une organisation se met en place, une organisation démocratique qui risque de développer une révolution que Lopez Obrador n’avait pas prévue. Dans ce contexte de radicalisation, les forces démocratiques du Mexique risquent d’être contraintes à inventer un nouveau rapport au pouvoir. Pour le PRD, le parti de Lopez Obrador, il y avait la voie électorale classique, et de l’autre côté, pour les Zapatistes, il fallait se tenir loin d’un pouvoir sur lequel on n’avait pas les moyens de peser. Une convergence peut-elle surgir ? Le métissage pourrait-il être aussi une forme nouvelle de la révolution ?

 

Alexandre Adler ne le comprendra pas, même s’il acceptait d’écouter Lila Downs, car son souci n’est plus de comprendre (parfois on vieillit mal) mais se trompant lui-même, il développe seulement des trompes l’œil ! Pour mémoire, la sinistre ville mexicaine aux centaines de femmes disparues est au Nord. Cher Alexandre, Ciudad Juarez symbolise le Nord et l’avenir inhumain qu’il prépare à tous les Mexicains (mais un Nord qui n’est pas géographique pas plus que la révolution serait au Sud). Lila Downs, la Woody Guthrie mistèque, et tous ses amis n’ont pas dit leur dernier mot …[1]

11 septembre 2006 Jean-Paul Damaggio



[1] Malheureusement, par la suite, une terrible répression s’est abattue sur Oaxaca et depuis, Enrique Rueda s’est exilé en Bolivie.

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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 23:27

 

Toulouse, petite réunion autour du cas du Mexique. Non le crime organisé n’est pas venu jusque là, mais à écouter les uns et les autres j’ai senti le souffle de la pieuvre sur mes épaules. Je l’affirme sans hésiter, j’aurai refusé le renvoi dos à dos d’Hitler et Churchill. Et j’entends alors une voix : "Mais pourquoi choisir ? voilà une fausse question !"

Quand j’entends que le crime organisé au Mexique, c’est un épiphénomène, une manipulation du régime pour faire oublier sa nature, une simple augmentation d’un crime ordinaire etc. je repense à l’art employé par certains révolutionnaires pour dire : « la question ce n’est pas celle du fascisme mais celle de la structure même du capitalisme, le danger fasciste est manipulé pour faire revenir les égarés dans le giron du capitalisme ordinaire ; de toute façon y–a-t-il plus criminel que le régime capitalise ? etc. »

On a le droit de combattre le capitalisme sans être obligé de dire n’importe quoi. Hier le terme « capitalisme » était connoté mais depuis que Sarkozy veut le « moraliser » il a repris sa place dans le langage commun. Pour moi, il a toujours été le lieu d’un mouvement symbolisé par la phrase célèbre du Guépard : « Tout changer pour que rien ne change », preuve que parfois la littérature peut en dire sur le monde autant que l’économie. Donc le capitalisme n’est pas comme le socialisme à la soviétique, un bloc, mais une contradiction où les peuples ont une marge de manœuvre qu’ils arrivent parfois à utiliser à leur avantage. Et cette contradiction peut aller dans certains cas vers une forme fasciste.

Et le Mexique est un très bel exemple.

En 1936, c’est là où pour la première fois dans le monde on a nationalisé… une entreprise US. La proximité des USA n’explique rien, même si depuis des années ce pays, par le TLC a ligoté le pays. Il arrive que la classe dominante se laisse aller à dire : "plutôt le crime que la révolution."

En 1995 le Mexicain vedette c’était le sous-commandant Marcos et aujourd’hui ce sont les Narcos, ou le plus grand milliardaire du monde Carlos Slim.

La classe dirigeante ayant pris conscience de la capacité révolutionnaire du Mexique aurait-elle laissé se développer le crime organisé pour l’anéantir ? Comme en Allemagne Hitler a été l’instrument de l’élimination du parti communiste dont les dirigeants habituels n’arrivaient pas à se défaire ? Je penche pour cette thèse à condition qu’on travaille à élaborer la contre-thèse !

Quand j’entends que le développement du crime organisé c’est la conséquence quasi inévitable du chômage, de la crise, je réponds que le lumpenprolétariat ne date pas d’aujourd’hui et avec une telle analyse parcellaire, il est impossible de faire face.

Quand j’entends que la libéralisation du marché de la drogue permettrait, comme au temps de la prohibition, d’en finir avec le crime organisé, je le répète je sens alors le souffle de la pieuvre sur mes épaules. La drogue est un des marchés du crime parmi d’autres. Il m’est arrivé de participer en 1988 à la campagne de Pierre Juquin qui luttait pour le cannabis en vente libre. Aujourd’hui, présenter la mesure comme un rempart contre le crime organisé, je souffre, je souffre.

Que faire ?

Au risque de choquer j’aime souvent en revenir à Lénine. A la lutte sur les deux fronts qu’il a théorisée dans un livre au titre peu lisible aujourd’hui : « le gauchisme, la maladie infantile du communisme ».

Il conduisait son combat à la fois contre le capitalisme et le gauchisme en différenciant bien les deux ennemis (il ne s’agit pas de faire un parallèle actuel entre gauchisme et extrême-gauche). Et tous les révolutionnaires authentiques (donc démocrates) ont été confrontés aux deux fronts.

En 1938, lutter contre le fascisme et le capitalisme de Churchill étaient deux luttes différentes, aussi indispensables l’une que l’autre, mais à la forme totalement opposée. L’une devenait plus prioritaire que l’autre. Pas pour favoriser le moindre mal (pourquoi ne dit-on pas le moindre bien ?). Mais pour arrêter les faibles mobilisations contre l'estrême-droite. En fixant l’horizon du front populaire, les foules furent au rendez-vous.

En 1935 le PCF, face au fascisme, a accepté de se refonder. Parfois sous les sarcasmes d’amis socialistes qui jugeaient qu’il s’embourgeoisait en acceptant le drapeau tricolore, Jeanne d’Arc, et la République. Il a alors joué un rôle difficile (en son sein les fascistes masqués ont mis les voiles) qui a porté ses fruits, après quelques péripéties, pendant la Résistance.

Il avait compris que celui qui se propose de vous tuer au coin de la rue pour le plaisir de tuer, ne représente pas le même danger que celui qui vous tue à petit feu car il vous exploite.

Le drame du fascisme (et le crime organisé en est une des versions actuelles) consiste à favoriser, y compris chez les démocrates, la confusion entre la vie et la mort. Le slogan de « viva la muerte » n’a pas été un accident de parcours du franquisme.

Non, je n’écris pas un texte abstrait : derrière chaque mot, j’ai des visages que je pourrais présenter plus en détails. Et c’est ça qui me fait peur. A suivre.

21-04-2011 Jean-Paul Damaggio

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 11:10

 Je n’oublie pas le Mexique.

« Notre indifférence tue aussi » ; «Arrêtons la guerre » ; « Assez de sang » ; « Que personne ne vive caché » ; « Chaque jeune qui meurt c’est notre enfant ! » La foule a défilé à Mexico pour crier sa colère, pour pleurer ses morts, pour dire « ça suffit ». « Que Calderon s’en aille s’il ne peut arrêter le crime ! » Le crime organisé a tué le fils d’un poète, Javier Sicilia, et au Mexique le poète c’est un point sensible, un meurtre de trop, et jeunes et vieux, à pied, en bicyclette, en blanc avec des fleurs, tous ont défilé.

A la fin, en guise de discours les orateurs ont lu la lettre du poète publiée par la revue Proceso qui lutte ouvertement depuis des années contre le crime organisé, et les organisateurs de crimes. Puis les poèmes ont succédé aux poèmes jusqu’à ce titre international : Ciudadano, Citoyen, Ciudad, Cité, civilité etc.

La marche à Mexico était l’une des 33 marches dans 27 Etats, marches qui furent cependant peu nombreuses sauf à Cuernavaca où les organisateurs parlent de 35 000 personnes. Je garde un grand souvenir de cette ville rebelle dont nous parlions dernièrement avec une amie qui y a passé quinze jours dans une famille. C’est là que le poète a perdu son fils et Javier Sicilia a décidé de lancer une riposte citoyenne : « Le Mexique a commencé à entrer dans l’enfer à partir du moment où les criminels, à force d’impunité, ont perdu le sens de l’honneur. Les Mexicains sont nus faute de protection politique : ils peuvent être assassinés par n’importe qui comme de simples animaux. »

Son fils Jean-François a été trouvé assassiné dans sa voiture avec ses trois amis et après des scènes de torture alors le poète en a appelé à la jeunesse, la seule force d’espérance de l’humanité, et à Cuernavaca son cri de douleur a été entendu.

Mais les solutions ?

Comme l’expriment les pancartes, la révolte citoyenne est surtout une révolte sentimentale. Tout le monde sait que le départ de Calderon ne peut pas suffire, que le retour des militaires dans les casernes ne règlera rien puisque le crime dans le crime s’appelle l’absence d’alternative. Dernièrement je relisais un texte d’un homme politique de gauche, courageux, qui en arrivant à la tête du District Fédéral annonça en 1978 qu’en trois ans il en finirait avec le crime organisé. Je pense qu’il y croyait Cardenas, car à l’époque beaucoup pensaient qu’il suffisait de mesures politiques énergiques pour arrêter la montée de violence. Nous savons où nous en sommes dans la capitale (dirigée depuis par la gauche) et ailleurs. Et l’avenir est encore plus bouché quand on apprend que pour les présidentielles de 2012 le parti de gauche PRG est prêt à une alliance avec le parti de Calderon pour empêcher le retour du PRI !

Il reste le mouvement citoyen de AMLO (Andres Manuel Lopez Obrador) mais sa force reste encore faible. Ajoutons que ce que vit le Mexique est la face visible d’une lame de fond internationale et on comprendra à la fois, la dignité et l’extrême importance des manifestations qui viennent de se dérouler, mais aussi la fragilité de ce mouvement. Comme le poète Sicilia l’a fait observer, c’est la première fois qu’une riposte est nationale mais elle va devoir grandir et s’organiser pour résister. JPD

 

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 14:43

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Suite à ma présentation à Cayrac de Traces de Réalvillois, mon ami Pierre Caors a mentionné le cas de Jean-André Poumarède, un Réalvillois extraordinaire (1815-1869) connu comme le découvreur des phosphates de Caylus (une industrie qui déboucha sur 2000 emplois), mais dont aujourd’hui je vais mentionner une autre corde qu’il avait à son arc : son action au Mexique !

Pourquoi est-il parti pour ce pays en 1848, date cruciale de l’histoire de France ? Etait-il charmé par le chant des sirènes qui en appelait à la ruée vers l’or en Californie ? J’ai plutôt tendance à penser qu’il y partit en 1851…

Visiblement, le tourisme n’est pas son souci. Il y travaille et son séjour dure sans doute jusqu’à l’arrivée des troupes françaises venues envahir le Mexique en 1863 sur ordre de Napoléon III, ce qui va mettre un terme à son projet grandiose de lutte contre les inondations de la vallée de Mexico.

Son travail a donné lieu à un livre bilingue qui nous permet de vérifier que plusieurs scientifiques se cachaient en la personne de Poumarère. Raymond Pulou qui a présenté le personnage à l’Académie des sciences en sa séance du 29 mai 1980 indique :

« Quand on examine ses publications on est frappé par la diversité des sujets traités. Citons deux études d'eaux minérales aveyronnaises, quatre mises au point de chimie analytique, quatre procédés métallurgiques nouveaux, une étude sur l'explosion spontanée du coton-poudre, trois sur la chimie du bois et enfin un ouvrage sur le Mexique. »

Le livre sur le Mexique est le témoignage émouvant d’un homme profondément généreux, désireux de faire le bien du peuple et soucieux de science appliqué.

Par l’humidité, les habitants étaient soumis à diverses maladies que Poumarède veut éradiquer à moindre frais et le plus sérieusement possible. Il montre son talent à unir à la fois, observation de la nature, expérimentation scientifique, connaissances historiques et souci du bien commun.

« Plus tard on le retrouve propriétaire de plusieurs mines qui, semble-t-il, l'auraient enrichi considérablement. Malgré les charges cumulées d'ingénieur et de directeur cet homme étonnant trouve le temps d'envoyer quatre mémoires à l'Académie des Sciences sur des procédés métallurgiques nouveaux qu'il vient de mettre au point dans ses usines. » ajoute Monsieur Pulou.

 

J’ai lu le livre sur le Mexique et, avec d’autres éléments je vais en publier des extraits. J’avoue ma fascination pour le personnage aux connaissances encyclopédiques que je ne connaissais pas avant le propos de l’ami Pierre Caors ayant échappé à la sagacité de ceux qui publièrent le livre de tous les 800 auteurs du Tarn-et-Garonne. Le chapitre 2 du livre va de la géologie à la gastronomie et le lecteur peut craindre qu’il ne s’agisse d’un chimiste fantaisiste or quatre de ses découvertes reçurent des applications industrielles importantes. Sa générosité lui interdisait de déposer des brevets… que les Anglais exploitèrent sans  lui reconnaître aucune paternité.

 

Le Mexique et la France c’est un historie totalement fabuleuse dont j’avais pris conscience il y a des années, quand René Merle m’invita à visiter le cimetière de Barcelonette dans les Alpes.

A suivre. 10-03-2011 Jean-Paul Damaggio

 

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 15:34

 MAM n’est plus au ministère mais les dégâts sont là : la première expo de l’Année du Mexique en France est envoyée à la poubelle. Nous l’avions annoncé sur ce blog : L’art maya à Paris

 

Article de l’Express :

Nouvelle conséquence de l'affaire Cassez : les autorités mexicaines ont annulé l'exposition Les Masques de Jade mayas prévue à la Pinacothèque dans le cadre de l'année du Mexique.

L'exposition Les Masques de Jade mayas qui devait se tenir du 1er mars au 7 août à la Pinacothèque de Paris est annulée sur décision des autorités mexicaines, a annoncé mardi 22 février l'espace d'exposition privé. Cette annulation fait suite à celles du Festival Rio Loco à Toulouse et du musée de Saint-Romain en Gal à Lyon.  

Le gouvernement mexicain a indiqué le 14 février qu'il se retirait de l'organisation de l'Année du Mexique en raison des déclarations de Nicolas Sarkozy sur l'affaire Florence Cassez. Pourtant, "pendant une semaine", ont précisé les représentants de la Pinacothèque, "le gouvernement mexicain avait prévu de conserver cette exposition remarquable, compte tenu de son degré d'avancement, des excellentes relations entretenues par les musées mexicains avec la Pinacothèque de Paris et par respect pour son public". Les trésors uniques mayas auraient été montrés pour la première fois en France depuis leur découverte. 

Marc Restellini, le directeur de la Pinacothèque, a déploré "le gâchis culturel de l'annulation de l'Année du Mexique en France" et a souligné "les difficultés financières auxquelles les entreprises françaises qui participaient à cet événement culturel risquent de se trouver confrontées". 

L'exposition sur les Masques de Jade mayas, des masques en mosaïque représentent des visages de la divinité, est remplacée par Le voyage imaginaire d'Hugo Pratt (du 18 mars au 21 août), une exposition consacrée au créateur de Corto Maltese initialement programmée pour l'été.

Faut-il juger démesurée la réaction des autorités mexicaines ? Une démesure faisant suite à la réaction démesurée des autorités françaises ? Comment admettre qu’une activité culturelle d’une telle ampleur puisse être balayée pour des raisons politiques ? Est-ce que MAM comme Martine Aubry mesurent l’étendue de leurs propos ? Je pense simplement que cette affaire est symbolique d’une avancée des politiques vers leur nullité. JPD

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