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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 13:21

Dans le cadre du festival de cinéma espagnol de Montauban nous avons vu ce film qui est une traversée du Mexique par des immigrants et que le compte-rendu du Monde décrit très bien. J'ajoute seulement deux observations : les trois jeunes sont pris au cœur d'un phénomène global, et flics et gangsters provoquent des réactions dont il faut noter la différence.

Ce phénomène global apparaît quand on voit des centaines d'immigrants sur un train (dans le générique le réalisateur donne le nom de 600 personnes) et quand le train est arrêté par la police tout le monde tente de fuir dans une débandade générale. Puis quand le train suivant contient la même foule et qu'il est arrêté par les gangsters alors tout le monde descend sagement. Pourquoi ? Les flics ne tirent pas sur les immigrants, mais les gangsters le feraient sans hésitation contre le moindre des fuyards. Aujourd'hui le Michoacan est à feu et à sang et la question mexicaine n'est pas seulement celle du mur à la frontière. La film permet de vivre au rythme de ce Mexique dramatique mais sans se repaître dans la violence. JPD

 

"La Jaula de Oro" : la traversée de l'enfer, du Chiapas à la Californie

LE MONDE | 24.05.2013 à 09h35 • Par Thomas Sotinel

 Il ne faut surtout pas croire que vous avez vu ce film. Il y a quatre ans, Sin Nombre (sans nom), du cinéaste états-unien Cary Fukunaga, racontait l'histoire de deux jeunes gens qui partaient du sud du Mexique pour gagner clandestinement les Etats-Unis. La Jaula de Oro ("La cage dorée"), premier long-métrage d'un cinéaste espagnol installé au Mexique, Diego Quemada-Diez, suit le trajet de trois adolescents qui quittent le Chiapas dans l'espoir d'arriver à Los Angeles.

La différence entre les deux films ne tient pas tant à la nationalité des réalisateurs qu'à leurs façons respectives de faire. Là où le Californien mettait en scène un spectacle, Diego Quemada-Diez parvient à faire de cette odyssée une fiction qui jamais ne relâche son emprise sur la réalité, un film où le suspense n'est pas le fait des caprices du scénario, mais l'effet naturel de l'histoire banale et terrible qu'on vous raconte.

Originaires du Guatemala, Juan (Brandon Lopez) et Sara (Karen Martinez) ont déjà réussi à passer la frontière avec le Mexique. Pris dans une rafle avec un jeune Indien qui ne parle pas un mot d'espagnol, Chauk (Rodolfo Dominguez), ils sont expulsés vers le Guatemala. Les policiers se moquent bien que Chauk parle tzotzil, ce qui fait de lui un natif du Chiapas, Etat du Mexique. Faute de papiers d'identité, lui aussi est expulsé.

Commence alors la lente remontée vers le nord du trio. Les incidents, les catastrophes qui en sont les stations ne surprendront pas tout à fait. Policiers et gangsters suivent ces groupes de migrants comme les carnassiers suivent les ruminants migrateurs. A chaque étape, les plus vulnérables sont séparés du groupe. Le jeune cinéaste met en scène cette fatalité avec une espèce de naturalisme qui distingue sa manière de faire des adeptes du style semi-documentaire.

Une singularité encore appuyée par le travail des trois acteurs. D'habitude, les metteurs en scène de fictions aussi proches du réel ont à choisir entre le naturel des amateurs et le métier des professionnels. Dans le premier cas, l'épaisseur des personnages en souffre, dans le second, l'impact du témoignage est atténué. Diego Quemada-Diez a trouvé dans son trio des interprètes étonnants de nuances et de profondeurs.

Dans le rôle de Chauk, Rodolfo Dominguez se tire d'une position inhabituelle : il parle souvent, toujours en tzotzil, et ses propos restent incompréhensibles à qui ne parle pas cette langue qui est celle d'un demi-million d'habitants du Chiapas. Pas de sous-titres, pas de traducteur commodément placé sur son chemin par le scénario. Sans comprendre rien de ses paroles, on devine grâce à son expressivité la joie de vivre qui le pousse, le désespoir qui l'a fait quitter les siens. Très sèchement, le film égrène les épreuves que traversent les personnages.

Lors de la présentation du film à Cannes, mercredi 22 mai, Diego Quemada-Diez a expliqué qu'il avait réalisé La Jaula de Oro parce que "les gens (lui) ont demandé de raconter leur histoire". De fait, son histoire à lui colle au plus près de la réalité de ce voyage infernal qui doit mener à l'intérieur de la "cage dorée" du titre.

La force de La Jaula de Oro vient de la confrontation entre ces personnages, qui ont la grâce de l'imaginaire, et la violence extrême que la fermeture de la frontière entre Sud et Nord a engendrée. Sans jamais sombrer dans les excès mélodramatiques (Sin Nombre) ou horrifiques (le récent Heli, d'Amat Escalante, présenté en compétition) d'autres films qui ont exploré ce territoire ravagé, Diego Quemada-Diez parvient à une justesse irréprochable, nourrie de sa colère d'artiste et de témoin.

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17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 20:47

auto-defense.jpg

 

Vous connaissez le principe électoral  : on n'est pas content de l'un alors on prend l'autre et cependant rien ne change. Au Mexique, suivant ce principe le PRI a pris la place du PAN et la guerre des Narcos contre la société continue son chemin. Au Michoacán deux bandes rivales, La Familia Michoacana et Los Caballeros Templarios, sèment la terreur. Les citoyens ont alors décidé de prendre leurs affaires en main en créant des groupes d'auto-défense comme ce fut le cas en Algérie contre les islamistes. Peut-on justifier une telle initiative ?

 Max Weber l'a rappelé : la première caractéristique de tout Etat moderne c'est d'obtenir le monopole de la violence légitime. Mais quand la violence de l'Etat est plus ou moins complice de la violence contre l'Etat ?

 Il faut comprendre qu'au Michoacán les citoyens doivent payer deux fois l'impôt (à l'Etat et aux Narcos), doivent, avant tout candidature demander l'autorisation du crime organisée, et ils constatent que l'institution judiciaire est remplacée par la justice des délinquants. Alors que faire ?

 L'auto-défense ne peut pas avoir les moyens financiers ni de l'Etat ni des Narcos mais juste avant le désespoir, elle soulage. Et face à cette mobilisation l'Etat va peut-être devoir réagir.

 Car, qu'on le veuille ou non, la seule solution réside dans la reconstruction de l'Etat de droit. Bien sûr, il s'agit d'un vieux débat du courant révolutionnaire : le futur communiste, avec ou sans Etat ? mais la nature du débat change avec la réalité. La lutte des classes se conduit aussi au sein de l'Etat et abandonner cet objectif c'est avancer à grand pas vers la barbarie. Oui, mais l'Etat quand on voit ce qu'il fait….

 Dans la fuite en avant vers un individualisme forcené, la bataille pour un Etat de droit est l'ultime bataille politique avant la victoire du capitalisme féodal. Du Mexique nous viennent des signaux inquiétants qui ne sont plus ceux plus enthousiasmants et plus démocratiques du Zapatisme. Jean-Paul Damaggio

 Mon précédent article sur le Mexique évoquait Juan Gelman le poète argentin qui vient d'y décéder. Pour les hispanophones une évocation du poète à partir du Pérou

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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 20:01

gelma.jpg

 

Je ne pouvais laisser partir un poète sans rien dire. Je me réfère à l'article d'une Française tenant un blog à Buenos Aires. Lauréat du prix Cervantes en 2007, il est mort mardi 14 janvier à 83 ans. Le journal mexicain Milenio http://www.milenio.com/, dans lequel le poète tenait une chronique hebdomadaire, a indiqué que Gelman était mort à son domicile, sans préciser  les causes du décès. Jean-Paul Damaggio

 

L'argentine vue par une française

C'est quand on regarde son parcours et les tragédies qu'il a pu subir, qu'on se dit que la force de vie du poète était colossale et ses luttes jamais achevées.

Né en 1930 d'un couple de juifs ukrainiens immigrés à Buenos Aires, Juan Gelman fait montre dès son plus jeune âge de ses talents pour la poésie.

Il fait partie dans les années 50 d'un groupe de jeunes poètes, tous militants des jeunesses communistes. Poésie et engagement ne font qu'un. Les mots doivent changer le monde, et pour cela, il ne faut pas hésiter à changer les mots. Transformer la langue, révéler des formes cachées, innover pour réveiller... Le poète est l'homme du peuple, il en dit les désarrois, les tourments, les passions.

Au début des années 1970, Gelman se signale en tant que journaliste et rédacteur en chef du journal péroniste "Noticias de los Montoneros. Résolument marqué à gauche, Gelman doit fuir lorsque la junte militaire prend le pouvoir en 1976. Débute alors un exil qui ne cessera jamais : Rome, Madrid, Paris, New York, Mexique... Juan Gelman vit loin de sa terre natale, où s'abat une sinistre dictature.

La tragédie le touche personnellement puisque son fils et sa belle-fille comptent parmi les Disparus de la dictature. Ce n'est qu'en 2000 qu'il connaîtra enfin sa petite-fille (née en captivité) adoptée par un couple de policiers uruguayens (le vol de bébés est l'une des particularités de la dictature argentine).

Juan Gelman a dû attendre 1988 avant de rentrer librement en Argentine, puisque jusque-là un mandat d'arrêt pesait sur lui, du fait de ses liens dans les années 70 avec les Montoneros, considéré comme une organisation violente, coupable d'atteinte aux droits de l'homme.

Primé à maintes reprises pour son oeuvre, Juan Gelman avait choisi de rester vivre au Mexique. Il était collaborateur régulier du journal argentin Pagina 12.

Una mujer y un hombre

Una mujer y un hombre llevados por la vida,

una mujer y un hombre cara a cara

habitan en la noche, desbordan por sus manos,

se oyen subir libres en la sombra,

sus cabezas descansan en una bella infancia

que ellos crearon juntos, plena de sol, de luz,

una mujer y un hombre atados por sus labios

llenan la noche lenta con toda su memoria,

una mujer y un hombre más bellos en el otro

ocupan su lugar en la tierra.

Juan Gelman

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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 22:11

Déjà, vingt ans… Pour un clin d'œil au mouvement zapatiste j'ai traduit cet article de La Jornada, écrit par un chroniqueur que j'aime bien et que je défends dans mon livre sur le Bolivar de Marx. J'ai ajouté trois notes. JPD

 

La lutte contre le zapatisme

 Marcos Roitman Rosenmann

 Le 1er janvier 1994 les téléphones n'arrêtaient pas de sonner. Alors qu'avait émergé l'armée zapatiste de libération nationale (EZLN) et que la première déclaration de la Forêt Lacandone était publiée, Carlos Salinas de Gortari commandait aux forces armées de détruire la guérilla et en même temps concevait un profil des insurgés, pour appuyer le lancement d'une campagne de dénigrement international. Il pensait à une escarmouche sans victimes dans ses rangs, suivie d'un démantèlement et de l'emprisonnement et la mort des révoltés. La triade a échoué dans tous ses objectifs : la politique, l'armée et la communication. La société civile se mobilise contre le massacre et impose le cessez-le-feu, les forces armées ne peuvent empêcher l'émergence d'un territoire libre, incarné dans les municipalités rebelles zapatistes sous le contrôle des conseils de la gouvernance, avec le slogan de "commander en obéissant"[1]et enfin la stratégie de communication des service d'intelligence pour discréditer et délégitimer l'EZLN s'est montrée brute et médiocre.

 Des trois sources de combat, la communication met en évidence la politique du silence, la présentation inexacte des faits et la manipulation historique. Un récit historique ad hoc est diffusé pour maintenir la contre-insurrection, dans le cadre de la stratégie de guerre psychologique, en s'appuyant sur un grand nombre de journalistes, de communicateurs, d'idéologues et de stratèges en marketing. Les sociétés transnationales de la presse agissent comme des perroquets répétant le script élaboré pour présenter l'EZLN.

Depuis 1994, ils n'en ont pas changé un iota. Des millions de dollars ont été gaspillés pour cette opération anti-zapatiste. Il suffit de rappeler la campagne financée par le gouvernement d'Ernesto Zedillo, en collaboration avec Televisa, la Prisa d'Espagne et Le Monde en France, pour discréditer le sous-commandant Marcos et par osmose l'EZLN. Ceux qui ont été choisis à cet effet ont été les deux journalistes, Bertrand de la Grange et Maite Rico, qui a compté sur l'aide des services de renseignements non seulement mexicains, mais étasuniens et un groupe de conseillers convoquées expressément à cette fin. Pour masquer leurs points de vue, ils se cachent sous l'apparence de prêtres et d'indiens tzeltales qui sont célébrés pour leur courage à dire la vérité. Publié dans plusieurs langues, ils affirment : "Pour ce qui concerne l'organisation maximale, aucun n'est indigène, nous donnons sauf exception, leurs vrais noms et leurs alliés". Distribué dans le monde entier, leur obsession consista à démasquer le sous-commandant Marcos. Ses objectifs ? identifié comme agent marxiste-léniniste sans scrupules, formé à Cuba comme ses disciples, ils seraient une part d'une conspiration terroriste pour déstabiliser le monde. Intitulé : "Marcos, la grande imposture", est devenu le Vade-mecum des détracteurs de l'EZLN. Heureusement, le temps l'a remis en place : un libelle de prostituées du journalisme au service du pouvoir.

 La chemin pour sa rédaction en 1997 a été bien préparé. La grande campagne pour délégitimer l'EZLN, lancée en 1994 a été appuyée par des alliés d'exception à l'étranger, notamment en Espagne. Le Royaume devait être le diffuseur central de la stratégie diffamatoire. Les échanges entre les deux côtés de l'Atlantique ne pouvaient trouver meilleurs partenaires : le Parti révolutionnaire institutionnel et les socialistes espagnols (PSOE). Ses dirigeants et "intellectuels" se professaient de l'admiration et de la reconnaissance. A quelques jours de l'insurrection, tandis que dans le Chiapas le combat continue - grâce à l'opportune action de la société civile mexicaine, appelée à arrêter le massacre - le futur candidat à la présidence du gouvernement du PSOE, Joaquín Almunia, aujourd'hui commissaire économique à l'UE, avait découvert que derrière l'EZLN était ETA, le véritable penseur de l'insurrection. Une telle déclaration reviendrait à dépoussiérer en 1998, le massacre d'Acteal[2]. Non loin de cette folie, sont inscrits les mots du juge Baltasar Garzón pour disqualifier le sous-commandant Marcos[3]comme un homme ridicule manipulé par la gauche Basque.

 Au cours de ces 20 ans, la campagne médiatique s'est maintenue avec des hauts et des bas, selon la situation. De la diffamation il reste quelque chose. Aujourd'hui, on cherche à rendre invisible l'expérience de l'EZLN, à ignorer sa contribution à la praxis politique du pouvoir démocratique et à la construction de l'autonomie dans le cadre de l'alternative anticapitaliste émancipatrice.

 De nos jours, le groupe du journal Prisa, El País, aux mains du capital étasunien, a publié un article en ce sens. Il n'utilise plus des poids lourds du journalisme, seulement de correspondants. Sous le titre : la révolution stérile, son auteur, Paula Chouza, souligne que rien n'a changé, après 20 ans, sauf le pire. L'EZLN dit-il, a apporté la faim, la pauvreté et le désespoir aux habitants du Chiapas. Elle se moque des panneaux qui annoncent l'entré en en zone de rébellion zapatiste. Les messages ressemblant à ceux imprimés sur les habits de trois touristes étrangers qui attendent un taxi. "Nous sommes tous en rébellion"

Sans nul doute la journaliste suit le guide de lecture préétabli : l'EZLN n'est que de la fumée publicitaire. Stratégie stérile de diffamation démentie par la réalité. La lutte continue.



[1] Commander en obéissant au peuple

[2] Un massacre chez les zapatistes provoqué par des para-militaires.

[3] La référence à juge Baltasar Garzón est ici injuste car sortie de son contexte. En fait à un moment le sous-commandant Marcos a fait une déclaration pour proposer ses services au gouvernement espagnol afin de négocier avec l'ETA. La formulation a même suscité la désapprobation de Vazquez Montalban défenseur permanent du sous-commandant Marcos. Aussitôt ce dernier a précisé clairement qu'il ne soutenait en rien l'ETA.

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 21:51

A prendre seulement les titres d'aujourd'hui de La Jornada mexicaine voici ce nous trouvons :

1 ) Escalade de violences sur tous les fronts dans le Michoacán

2 ) Z-40 un dirigeant des Zetas ayant été capturé le cártel du Golfe en profite pour étendre son pouvoir en s'imposant sur le marché des métamphétamines.

3 ) Le Mexique est en train de devenir le cimetière de l'immigration latino-américaine vers les USA.

 La droite mexicaine a été remplacée à la tête du pays, par le PRI, mais le Mexique s'enfonce toujours dans les drames des mafias en tout genre. JPD

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 20:05

J'ai beaucoup écrit mais rien publié sur le massacre des étudiants qui s'est produit à Mexico afin que, peu après, les Jeux olympiques soient conformes aux pouvoirs de partout. Pour aujourd'hui je reprends ce texte qui vient de paraître sur La Jornada. L'auteur y vante les mérites d'un romancier, journaliste, essayiste, Carlos Monsivais dont le lecteur de ce blog ne s'étonnera pas qu'il ait été si peu traduit en France. Pour Revueltas c'est pareil. JPD

  3 de Octubre de 2013 Adolfo Sánchez Rebolledo

En fouillant dans mes vieux papiers j'ai retrouvé un court texte que j'ai lu dans un groupe de discussion sur la littérature et le mouvement de 1968, peu avant le 30e anniversaire des événements tragiques du 2 Octobre 1968 à Tlatelolco.Encore à cette époque, la vision de ce qui s'était passé, était éclipsé par le silence officiel, le masque préféré pour l'impunité. Mais l'entêtement des témoins, la résistance aux mensonges et la valeur morale et civique de la plupart de la génération 68, comme l'appelle Raul Alvarez Garin, a empêché que l'oubli soit la sépulture des souvenirs des événements tragiques, affirmant ainsi que les leçons de l'histoire de cemouvement de masse sont venues marquer une étape importante de notre société.

Que cela ait été possible, c'est dû, entre autres facteurs, aux livres sur 68 et en particulier, ceux qui fixent la mémoire collective et démêlent pour toujours les épisodes les plus sombres, comme le massacre du 2 octobre qui attribuait aux victimes la responsabilité d'en être les auteurs. 

Je comprends que ce serait long (mais pas inutile) d'établir la riche liste des études, des témoignages et des recensements qui racontent ce qui s'est passé dans cette "année axiale" comme a dit Octavio Paz, pour tenir compte des nombreux interprétations données à l'histoire et des conclusions tirées par les chercheurs assidus sur le sens profond du mouvement. Revenons aux revues qui ont essayé de garder vivante la dissidence, pour savoir assumer pleinement l'actualité de ce mouvement dans son déploiement (et pas seulement son résultat brutal), une actualité comme une source de déclenchement des changements démocratiquesau Mexique, avec toutes ses nuances et ses aiguillage. Nul doute que le 68 marque encore notre présent dans la mesure où le cycle démocratique, en dépit de la lenteur desprogrès dans certains domaines - étendre les libertés civiles et d'autres droits - n'a pas fini de créer une nouvelle relation entre la société et de l'Etat, régie par les principes de l'équité et de la justice, et en mesure d'inverser l'inégalité dévastatrice qui nous fait survivre en tant que pays.

En 1998, c'est à dire avant-hier, la vérité de68 avait encore de redoutables ennemis prêts à empêcher qu'elle soitrendue public. Afin de protéger les représentants responsables ils ont fermé les fichiers ou manipulé les processus. Mais rien ne pouvait arrêter l'œuvre de révoltés modernes qui ont enregistré dans le sang et le feu, les raisons des victimes. Toutefois, dans le texte que j'ai cité, j'ai raté l'émergence du "grand roman de 68". Et il dit : Revueltas nous a laissé quelques textes magistraux écrits pendant le mouvement, puis en prison, son vieil enfer familier, mais il n'a pas pu ou n'a pas eu le temps d'écrire le roman de 68. Beaucoup d'écrivains scrutaient les fenêtres de 68 pour faire des événements, le moment de la fiction, mais la réalité, assumée par la mémoire collective, comme par la mémoire orale, qui à force de répéter a surmonté l'oubli, est encore plus forte, beaucoup plus forte et plus puissante que notre mémoire littéraire. C'est drôle, mais le monde du pouvoir (où les décisions étaient prises) n'occupe guère de place dans le récit. Les personnages officiels sur le terrain sont tous des grotesques, des figures grotesques, mais infiniment grises, minuscules. En eux, est la réalité de la caricature abusive. Leur présence dans les événements qui ont conduit à la tragédie manque de densité, est insaisissable, juste bureaucratique. La mémoire leur est passée dessuset les a effacés et en ce lieuseulement s'entend l'hymne à la dignité qui n'a pas été arrêté à Tlatelolco. Peut-on imaginer les députés qui ont essayé de noyer Barros Sierra jeté comme des personnages dans un drame modérément crédible? Il faudrait beaucoup de talent pour leur donner vie sans les effacer complètement.

 Aussi, la grande littérature du 68 est apparueailleurs, dans la poésie, la poésie et la chronique. Elena Poniatowska a conçu la grande fresque du 2 Octobre, qui donne une voix aux participants par leur nom qui refroidissent l'histoire jusqu'à aujourd'hui. Luis González de Alba nous a dit 68 de l'intérieur (littéralement de la prison Lecumberri), la saga des étudiants. Et surtout, les grands récits de Carlos Monsivais recueillies dans le livre Días de guardar nous offre "avec la force originelle du mot, l'histoire fondatrice». Pour parler sérieusement de quelque chose comme l'esprit de 68, il faut le rechercher dans ces histoires, écrites et publiéespendant les événements.

Monsivaisfixe définitivement les grandes lignes de ce nouveau monde né sous le signe de la contestation étudiante. Puisant dans ses racines, dans l'environnement et, simultanément, dans la mystique pétrifié de l'Etat révolutionnaire, dans l'idéologie et les valeurs, en un mot, dans la culture nationale, il donne les références obligatoires. Dans ces textes apparaissent pour la première fois, les signes de la nouvelle modernité mexicaine, et y sont présentés les protagonistes d'une époque primitive annonçant la fin des tabous, des normes, et des anciennes résistancesautoritaires.

La manifestation du corps est le grand aperçu du mouvement étudiant. «La démonstration serait démocratique. Tel était le caractère du mouvement étudiant et tout était en conformité avec ce plan ". Monsiváis décrit, recrée, mais surtout introduit le lecteur dans un monde qui ne peut être compris à la lumière des autres histoires auxquelles il contribue. La relation dialectique entre les faits et le passé immédiat nous offre, à la fin, un cadre qui peut se regarder sous divers angles, sans concessions simplificatrices ni ajustements auto-complaisants. Là nousreconnaissons la gauche enlevant le masque de la solennité, à la droite, aux chefs de brigade et d'étudiants, au recteur, au cinéma et à la télévision, "les médias" devenant les manipulateurs suprêmes, réduits à la taille de la presse vénielle mais surtout les modernes Monsivais Casasola décrivent les nouvelles images : l'assemblée, le provocateur, le cricket, le jeune, la brigade, le libéral cohérent, le martyr. 

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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 23:17

Voilà que la capture du chef des Zetas, au moment où le pape tonne contre la drogue, fait la Une des journaux. Cette question étant une de mes favorites je voulais écrire quelque chose là dessus mais l’article ci-dessous du journal mexicain Proceso m’en dispense en partie…

J-P Damaggio

  

Los Caballeros Templarios, una pesadilla para Peña Nieto

La ville de Mexico (apro)-Les Caballeros Templarios ont remis en question la stratégie de la « technologie et intelligence » qui a permis au gouvernement de Enrique Peña Nieto la capture hollywoodienne de Miguel Angel Trevino Morales, le Z-40.

Le succès de Peña Nieto a duré seulement quelques jours. La semaine même, où est arrêté à Tamaulipas le principal dirigeant temporaire de los Zetas, des attaques des Caballeros Templarios ont commencé dans le Michoacán contre la Police fédérale (PF) et ensuite contre la population civile, avec environ une cinquantaine de morts et de blessés parmi les policiers, civils et criminels dans les régions de la côte, terres chaudes et dans la propre Morelia, la capitale de l'État.

Si en effet l'intelligence et la technologie guidaient le gouvernement fédéral dans sa lutte contre le crime organisé, il ne serait pas tombé dans le piège posé par l'organisation dirigée par Servando Gómez Martínez et Enrique Plancarte, El Tío La Tuta.

Du moins, tels sont ceux qui furent identifiés par la Police fédérale à l'époque de Genaro García Luna, avec un doute quant à la disparition de Nazario Moreno González, El Chayo, officiellement déclaré mort dans un affrontement avec le PF en décembre 2010.

Peña Nieto et son cabinet de sécurité est tombé dans le piège de l'ordre des Templiers et dans sa première incursion dans l'Etat, ils répètent l'erreur de Felipe Calderón et sa « guerre contre la drogue».

La conséquence est que le Michoacan est confirmée jusqu'ici comme le tombeau de dizaines de policiers fédéraux. Mais dans un scénario beaucoup plus compliquée que celui avec lequel échoua Calderon. Ce qui se passe dans l'État, c'est maintenant un cocktail dangereux, peut-être unique dans le pays. C'est la particularité du Michoacán, bien que la violence soit également présente dans d’autres régions du pays.

Avec la prédominance des Templiers, l'État est la scène de nombreux gardes communautaires et un nombre indéterminé, mais étendu de groupes d'autodéfense, à espionner les autres organisations criminelles, en particulier du Cartel Jalisco nouvelle génération (CJNG).

En une semaine et demie, la Police fédérale a subi une dizaine de blessés. C’est beaucoup pour un groupe armé, dans une seule région et en si peu de temps. Le moral de la Police fédérale est affecté. Ils sont connus pour avoir été une proie facile pour les attaques. Ils ont presque été pourchassés.

Pour la plupart, les Policiers fédéraux ne sont pas mort dans des affrontements, mais dans des embuscades. Ils ont été attaqués de façon surprenante, des collines et des coteaux où des tireurs d'élite étaient postés.

Comme Calderon, Peña Nieto a déployé les forces fédérales sans d’autres objectifs que leur présence, lorsqu'il est démontré partout que les soldats ne sont plus, en soi, dissuasifs.

Au cours du dernier mois de mai, Peña Nieto a fait comme Calderón au début de son gouvernement, il a dit qu’il ne répéterait pas le passé : au mois de mai dernier il a monté un déploiement de propagande pour annoncer l'envoi de 5 000 membres des forces armées et de la Police Fédérale.

C'était la réponse à l'expansion des forces irrégulières, comme les groupes paramilitaires. Mais ce qu'ils faisaient, c’était de désarmer les gardes de la Communauté, sans agir ne profondeur contre le crime organisé de fonds. Comme Calderon, il y a eu une réaction.

L'ordre des Templiers a pris l'initiative. Il s'en est pris à la Police fédérale une fois qu'elle était sur ses terres. Selon le ministère de l'intérieur c’est l'inverse : une réponse du crime à l'action gouvernementale.

Dans l'affirmative, qu’il explique quelles actions sont les siennes. Seulement quelque chose d'important pouvait avoir motivé non seulement la chasse aux fédéraux, mais d'imposer de nouvelles fonctionnalités dans la terreur de Morelia avec l'attaque de mercredi soir à un casino dans un centre commercial avec des cocktails Molotov.

Si l'ordre des Templiers est vraiment les auteurs de cette double offensive, Peña Nieto devra aller au-delà de la réaction s’il ne veut pas que le Michoacan soit le cauchemar et la frustration de son gouvernement, comme c'était pour Calderon.

 

jcarrasco@Proceso.com.MX

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 14:28

A Caracas, les 14 avril, Maduro va être élu président de la République avec un score peut-être plus fort que celui de Chavez. Pour tenter de se défendre, l’opposition pointe le problème de la sécurité, ce à quoi Maduro répond que justement son intention est de mettre au premier plan la lutte contre l’insécurité.

En 2005, j’avais pu constater dans le pays, la gravité du problème mais, encore à ce moment là, la réponse gouvernementale était celle de l’angélisme européen : « Résolvons les problèmes sociaux et la criminalité va disparaître ».

Les efforts sociaux n’ont pas manqué au Venezuela depuis dix ans, et la criminalité a continué d’augmenter, situation qu’il est inutile de nier sous prétexte que l’opposition en fait son cheval de bataille.

Il suffit de répondre à la dite opposition que le problème est quasi général en Amérique latine avec des augmentations plus ou moins dramatiques (et toujours niées) et qu’en conséquence le gouvernement vénézuélien n’est pas le seul responsable. Au Venezuela comme ailleurs la crise sociale est d’ordre général et non local ! Elle s’exprime chez des jeunes par la formule classique : « Il vaut mieux flamber 30 ans que trimer 70 ans ! ». A l’âge de « l’argent facile » et de diverses impunités, le crime devient un sport ordinaire qu’il suffit d’aller sanctifier auprès de la vierge des tueurs comme l’explique à merveille Fernando Vallejo.

Le laboratoire de ce phénomène est au Mexique où le PRI à présent au pouvoir, aussi corrompu que le PAN, tente, pour une part, de sauver la face par la recherche de solutions.

L’article de la Jornada que je joins témoigne d’un état des lieux et nous rappelle que la question consiste, une fois de plus, à pouvoir surveiller « l’argent sale » dont les banques aiment souvent l’odeur. Avec cette question inévitable : Le crime organisé est-il la pointe avancée du capitalisme financier actuel ? Ou alors est-il la planche pourrie que ce capitalisme fabrique contre ses propres intérêts ?

Le combat des progressistes a toujours était de pouvoir légiférer, de pouvoir instaurer des lois : c’est à mes yeux ce qu’on appelle la république. Il n’y a de loi possible qu’avec un Etat présent. Les dites lois sont de moins en moins des lois comme si la légalité avait atteint ses limites aujourd’hui, légalité pourtant plus souvent favorable aux exploiteurs qu’aux exploités.

Bref  le capitalisme a-t-il besoin de la jungle comme phase vers sa reconstruction ?

Les forces progressistes ne peuvent ni s’activer ni se rassembler de la même façon dans un univers légal ou dans la jungle ?

A suivre. Jean-Paul Damaggio

 La Jornada 31 mars 2013 : Le pouvoir des narcos

C’est la cinquième source de main-d'œuvre dans le pays, d’après  le projet de réforme juridique. Les narcos occupent trois fois plus de personnel que la Pemex

Avocats de tueurs à gages, paysans, médecins, secrétaires..

Si on ne s’attaque pas à sa structure financière, toutes les tentatives pour freiner la criminalité seront vaines.

ROBERTO GARDUÑO

La prolifération de la criminalité au Mexique, concrètement le trafic de drogue, place cette activité illégale parmi les principales sources d'emploi. Le transit de stupéfiants a généré du travail, ces dernières années, pour des milliers de personnes, encore plus que Pemex et l'industrie forestière.

Le rapport sur l'initiative de la réforme des articles huit et neuf de la loi fédérale contre le crime organisé, promue par Ricardo Monreal Ávila et Ricardo Mejía Berdeja, révèle que les activités liées au trafic de drogues représentent "le cinquième plus grand employeur du pays."

« Les estimations récentes montrent qu'au Mexique, il y a 468 mille personnes engagées par les narcos. C'est cinq fois plus que le total des employés de l'industrie nationale du bois, et trois fois plus que le personnel de Pemex, la compagnie pétrolière qui a le plus grand nombre d'employés dans le monde. Agriculteurs, voyous, justicier, chefs, avocats, médecins, secrétaires ; le trafic de drogue a besoin de tout le monde. »

 

Les promoteurs de la réforme ont également estimé que face à la participation des réseaux du crime organisé à l'économie, il fallait  un changement substantiel dans les capacités du Ministère Public fédéral, par la création d'un organe technique de renseignement financier capable d'enquêter et de poursuivre les actes ou omissions reliés au blanchiment d'argent.

La réforme vise à endiguer le crime, qui, pendant les 35 dernières années, a multiplié ses efforts pour se soustraire à l'action de la justice.

« L'infiltration des structures gouvernementales est énorme. A cela il faut ajouter les niveaux élevés de l'impunité. La criminalité organisée a réussi à manipuler, par le biais de pots-de-vin, de chantage et de menaces, une grande partie du secteur public.

Cette pénétration du crime organisé en est arrivé à un tel point dans les structures des différents ordres de gouvernement, qu’il n’est plus rare de trouver parmi les diverses polices, des protecteurs des intérêts des criminels.»

Le document fait référence aux revenus provenant du trafic de drogues qui peuvent osciller entre 25 000 et 40 000 millions de dollars par an.

« Bien que les recettes estimées ne représentent pas un gros pourcentage du produit intérieur brut (PIB), cette situation prend une autre dimension lorsqu’on apprend suivant des spécialistes, qu’au Mexique, 78 % des secteurs économiques sont infiltrés par le trafic de drogue, même si le gouvernement ne signale aucun cas de démantèlement de patrimoine dans les secteurs concernés. »

Avec cette plate-forme financière, qui reste intouchable, le crime organisé a dépassé son influence locale pour devenir un dangereux phénomène transnational.

Avec leur capacité financière et criminelle, la pègre a perfectionné ses stratégies et ses mécanismes de transfert d'énormes envois d'armes, drogues et même de personnes.

« En sachant que les réseaux de corruption et d'infiltration se sont imposés sur une majeure partie du gouvernement de l'État mexicain, ils sont ainsi une incitation importante pour maintenir et reproduire l'activité du crime organisé, aussi il est clair que sans s’attaquer aux structures financières complexes, les tentatives pour arrêter ou réduire leur capacité à corrompre seront vaines. »

La proposition d'ajout à l'article huit, vise à ce que l'unité spécialisée dans l'étude et la poursuite des crimes commis par des membres du crime organisé, dépendant du Bureau du Procureur général (PGR), « possède en plus un organisme de contrôle technique sur le renseignement financier pour enquêter et poursuivre les actes ou omissions qui donnent lieu à des opérations de blanchiment d'argent. »

« Ce corps technique ne sera pas soumis à des restrictions concernant l'appel au secret bancaire dans le cadre de l'exercice de leurs fonctions d'enquête, de poursuites ou de contrôle d'actes ou d'omissions constituant des opérations sur les ressources d'origine illicite ».

En ce qui concerne l'article 9, il est proposé d'établir que le Ministère Public fédéral puisse compter sur le personnel du corps technique de renseignements financiers pour l'enquête et la poursuite des infractions sur des ressources d'origine illicite.» 

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 11:44

Le 30 janvier 2013 R. Aída Hernández

Voici un article du journal La Jornada pour mieux comprendre le Mexique. JPD

 

Le 30 janvier 2013 R. Aída Hernández

 Cassez, les paramilitaires d’Acteal et les femmes de Atlacholoaya

 La décision de la Cour suprême de Justice de la nation de révoquer la peine à 60 ans de prison pour l'enlèvement et participation au crime organisé, de la Française Florence Cassez, et ordonnant son immédiate libération, a polarisé l'opinion publique mexicaine et française.

Les images de cette citoyenne française reçue comme une héroïne nationale par le président François Hollande, contrastent avec les images de pleurs et d'indignation des familles des personnes enlevées. Si cette affaire a permis de nous rappellent une fois de plus les inefficacités et corruptions qui caractérisent notre système de justice, nous ne pouvons oublier que la libération de Florence Cassez a été effectuée suite aux irrégularités du procès et non pas parce que son innocence a été prouvée.

La Cour suprême a répété les arguments utilisés pour libérer en février de l'année dernière 20 paramilitaires accusés du massacre de 45 femmes, enfants et personnes âgées, qui a eu lieu en décembre 1997 dans le village d'Acteal, au Chiapas. A cette occasion, l'évêque Raúl Vera, défenseur des droits de l'homme, a fait observer: « C’est ça le rôle si minable d’une Cour suprême ? Réviser un procès, sans résultat probant pour le rétablissement de la Justice ? Et pire encore : Pourquoi on exonère des criminels de toute responsabilité ? Pour alimenter  le chaos dans ce pays bouleversé par la violence, parce que les crimes de toutes sortes auront l'impunité ?"

Dans les deux cas, la décision du Tribunal a été prise en se basant sur l'examen des procédures légales en termes de forme, et en mettant de côté les exigences de la justice pour les victimes.

Si les mêmes critères sont suivis pour consulter les dossiers judiciaires des 222 330 prisonniers qui sont au Mexique, probablement on devrait vider les prisons du pays pour « irrégularités de procédures » !

Quand prend-t-on la décision de reconnaître l'inefficacité de notre système pour libérer l'accusé ? De toute évidence lorsqu'il y a des intérêts politiques et de l'argent derrière. C’est quand l'affaire d'Acteal a été portée devant la justice internationale, accusant l'ancien président Ernesto Zedillo pour sa complicité dans le massacre, que les intellectuels et avocats liés à des groupes de pouvoir ont décidé de « réécrire l'histoire » en effectuant un « litige stratégique » pour libérer les paramilitaires.

De même, maintenant que Enrique Peña Nieto assume le pouvoir dans le cadre d'une dénonciation populaire de fraude électorale et a besoin de se légitimer devant la communauté internationale, il est décidé à nouveau d’examiner le cas de Florence Cassez et d’utiliser sa libération pour améliorer les relations avec le gouvernement français.

Pendant les cinq années que j'ai travaillé sur l'accès à la justice pour les femmes autochtones et que j'ai coordonné un atelier d'écriture au Cercle féminin de Atlacholoaya, Morelos, j'ai découvert de multiples façons d'huiler les engrenages de notre justice, avec de l'argent. Les prisons au Mexique sont remplies de pauvres, et un pays raciste et racialisé comme le nôtre, fait qu’ils ont la peau sombre ou sont d’origines autochtones (même s’ils ne sont pas toujours reconnus comme tels). Les visages clairs de la classe moyenne que l'on retrouve dans les prisons sont là parce qu'ils ont trouvé un ennemi plus puissant qu’eux, qui a décidé de les retirer de leur chemin.

Les histoires de femmes détenues sont aux prises avec des violations de leurs droits humains : femmes torturées et violées au moment de leur arrestation et contraintes de signer des aveux qui les incriminent ; des autochtones sans traducteur, et qui ne savent pas pourquoi elles sont là ; des femmes avec des procès dans cinq ou sept ans qui les maintiennent dans l'incertitude.

Quand je vois la façon de célébrer la libération de Florence Cassez je ne peux pas m’empêcher de penser à Doña Honoria Morelos, nahua de 75 ans, qui a été sept ans en prison, parce que de la drogue a été trouvée dans l'autobus où elle était, et qui se dirigeait vers la ville du Mexico. Les agents fédéraux qui l’ont arrêtée, l’accusèrent sans qu'elle ait compris de quoi elle était inculpée. Elle a passé sept ans en prison et a été ensuite libérée « faute de preuves. » Elle mourut à six mois après sa mise en liberté d’un ulcère gastrique qu’elle a développé pendant sa captivité. Je pense aussi à Florina Cantu Cano et à Caroline Tessier Cantu, mixtèques qui sont prisonnières à Atlacholoaya, à cause de “troción,” m’ont-elles dit, mais je ne sais pas ce que c’est, ni elles non plus ! Elles m'expliquent, avec leur pauvre espagnol, qu’elles ont été arrêtées pour avoir conseillé à une fille de refuser le mariage avec un homme plus âgé, ce à quoi voulaient la forcer leurs parents. Le cas de Marisol Hernandez, poétesse et conteuse également derrière les barreaux, vient aussi à mon esprit. Elle a été emprisonné par son mari après un long chemin de croix de violences à laquelle elle a tenté de mettre fin sans succès. Les officiers de police judiciaire qui l’arrêtèrent étaient des amis de son mari aussi ils la lui «offrirent » pour des violences en plus, avant de rejoindre la prison de Atlacholoaya. Marisol purge une peine de 10 ans pour tentative de meurtre. Son mari n’est accusé de rien. Je peux remplir ces lignes de multiples cas d’irrégularités dans le procès sans qui ne sont pas arrivées jusqu’à la Cour Suprême de Justice. Il faut un refonte générale du système pour qu’il fasse justice. 

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 16:00

Florence Cassez a pu quitter le Mexique car, par rapport à la décision précédente, un juge a basculé. Son retour en France aurait pu être l’occasion de revenir sur la situation du crime organisé au Mexique. Il n’en fut rien et le silence général sur l’évolution du monde, que traduit le drame de ce pays, reste entier. Innocente ou pas, je ne sais, ça va de soi, mais coupable elle l'est, de ne pas avoir dénoncé le crime organisé qui ravage le Mexique. René Merle offre sur son blog des commentaires de lecteurs de la Jornadapour inciter à la réflexion, et en rappelant la nature de ce journal progressiste.

Pour appuyer son effort voici la traduction d’un article publié le même jour dans le même journal. Le nom des trois bandes criminelles peut faire sourire. Il exprime en fait ce retour au Moyen-âge caractéristique de leur projet social. Des « relativistes » puissants dans nos sociétés, me diront que payer un impôt au gouvernement ou à la mafia c’est presque du pareil au même ! Se faire protéger par la police ou par des mafieux, c’est du pareil au même, et qu’entre l’esclavage et le salariat la différence est mince. D’ailleurs, et j’en conviens il serait fâcheux de laisser croire que le Moyen-âge ne fut qu’une période noire !

Le combat politique, et c’est l’héritage des deux révolutions celle des USA et celle de France, permet de concevoir le progrès : le paiement et l’usage de l’impôt, le fonctionnement de la police et de la justice sont dans cette construction de l’histoire, un mouvement vers le progrès possible (incluant de fait les régressions). Le crime organisé tue le politique or ce n’est pas parce que le politique est bien malade qu’il faut l’achever ! Toute position faible sur ce point, signe pour le peuple, son arrêt de mort, car il ainsi renvoyé au servage.

Dans des contextes différents et avec des objectifs variés, le crime organisé au Mexique, le FN en France et tant d’autres phénomènes ailleurs, deviennent les symptômes d’un mal dont la classe politique actuelle porte, chacune à sa façon, la responsabilité. La réception glorieuse d’une femme qui est peut-être une criminelle (rien à voir avec Ingrid Betancourt) va totalement dans le mauvais sens. J-P Damaggio

 Famille Michoacana, Chevaliers Templiers et Guerriers Unies

Du fait de la lutte entre groupes criminels, des patrouilles de l'armée sont à Edomex. La lutte a commencé en septembre de 2012 à Neza soulignent des sources militaires.

Gustavo Castillo Garcia, Samedi 26 janvier 2013, p. 15

Les différends qui opposent les groupes criminels de La Famille Michoacana, les Chevaliers Templiers et les Guerriers unis imposèrent à l’armée l’organisation d’opérations contre le crime organisé dans l'état de Mexico, selon des sources militaires de l'armée. Répondants aux journalistes, les militaires ont fait remarquer que de telles actions de dissuasion et de prévention, correspondent à ce qui est arrivé dans Ciudad Nezahualcóyotl en septembre 2012.

Les affrontements entre ces organisations criminelles qui ont commencé à iudad Nezahualcóyotl en septembre de 2012 puis en décembre, se sont étendues aux municipalités de Tejupilco, Teloloapan y Coyuca de Catalán, Guerrero, Michoacan et l'état de Mexico. Leurs confrontations ont laissé plus de 50 personnes tuées dans le dernier trimestre de cette année, ont déclaré les mêmes sources. Ce qui avait commencé comme un conflit pour le contrôle des drogues de synthèse dans les régions de la production des produits chimiques nécessaires, inclut désormais la distribution de ces drogues au public dans les zones de forte densité de population, où déjà avaient été identifiées et même arrêtées certaines cellules nées d’abord dans le Michoacan, ont indiqué les sources consultées.

 La Familia Michoacana fut à l'origine des Chevaliers Templiers après la mort présumée de Nazario El Chayo Moreno González, en décembre 2010, lors d'un affrontement avec des éléments de la Police fédérale. Le groupe s’est divisé et la plupart des opérateurs se sont joints aux Templiers, dirigé par Enrique Plancarte Solís et Servando Martínez. Les Guerriers unis ont émergé comme un groupe qui a réuni des gestionnaires régionaux de La Familia Michoacana agissant dans l'état de Mexico et des membres de la Beltrán Leyva [un autre groupe mafieux puissant] qui avaient leurs zones d'opérations dans le Guerrero. Parmi eux, Raúl Díaz Román, Commandant El Hierro arrêté le 7 juin 2012 par les autorités de l'état de Mexico.

 Selon les sources militaires consultées, le leader des Guerriers Unis est Mario Casarrubias Salgado, surnommé le Beau crapaud. Ils agissent dans des domaines tels que Luvianos, El Oro, San Felipe de el Progreso, Temascaltepec, Tenancingo, Tejupilco, Zacualpan et Ixtapan de la Sal, Naucalpan, Tlalnepantla, Atizapán de Zaragoza et Ecatepec. Le groupe identifié comme Guerriers Unis est aussi présent à Cuernavaca, Morelos, et le 22 octobre 2012 le Secrétariat de la Défense nationale a arrêté Erasmo Israël Sotelo Hernández, Le Froid, la chef dans la ville du Printemps Eternel.

 

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