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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 10:13

El Aswany a écouté Obama

 

Depuis la publication en 2004 de L’immeuble Yacoubian en Egypte, la renommée du romancier El Aswany a franchi les frontières. Traduit en français dès 2006 le livre a été suivi d’un autre au titre surprenant : Chicago. En fait, cet écrivain de 52 ans reste dentiste deux jours par semaine, journaliste à tout moment, et artiste à chaque instant, sans jamais confondre ces trois types d’intervention ! Ceux qui ne lisent pas l’arabe devraient découvrir rapidement son travail de journaliste qui vient d’être rassemblé dans un livre en voie de traduction.

Le Marathon des mots de Toulouse était consacré à l’Egypte et incontestablement El Aswany a été au cœur des célébrations : débats (Librairie La Renaissance, lectures (Théâtre Sorano), projection du film L’immeuble Yacoubian.

Ces rencontres se déroulant juste après le désormais célèbre discours du Caire d’Obama, il m’est apparu utile de lui poser une question à ce sujet. Pour préciser le contexte, j’indique que c’était après une lecture d’un passage du roman Chicago qui évoquait la question des Coptes sur laquelle une dame a voulu de plus amples renseignements. Pour El Aswany, les Egyptiens quel que soit leur religion sont victimes de la dictature donc il ne faut pas isoler la question « Copte » des autres questions, même s’ils sont deux fois victimes. Dans un débat précédent, il avait insisté sur cette volonté de prendre en compte la culture égyptienne plus large que la culture musulmane, en précisant que ses deux combats majeurs concernent la démocratie et la récupération des traditions novatrices de son pays.

Ma question fut donc la suivante : « Au Caire, Obama ne s’est pas adressé aux Egyptiens mais aux Musulmans, comment avait-vous jugé son intervention ? »

Les invitations n’ayant pas été gouvernementales (mais celles des deux universités publique et religieuse), El Aswany était présent au moment du discours, et situé entre la rangée des Frères Musulmans et celle des actrices de cinéma. Pour dire que le discours fut un grand discours, il a observé que les deux groupes applaudissaient au même moment. Il ne cache pas son admiration pour le personnage qui représente d’après lui tout ce que les Egyptiens n’ont pas : la possibilité par un enfant de pauvres d’accéder sur la base de ses compétences propres aux plus hautes responsabilités.

Il ne serait sans doute pas d’accord si j’évoquais une fascination pour Obama mais son incapacité, au seul nom du président des USA, d’entendre ma question, me justifie dans cette appréciation. Ma question ne portait pas sur le contenu du discours mais sur le choix consistant, pour la planète toute entière, à mettre en avant les musulmans, quand on est au Caire. Parce qu’en Arabie Saoudite il n’aurait pas pu évoquer ce que certains ont appelé son « islam moderne » ?

Je l’ai déjà écrit plusieurs fois, si, d’ici la fin de l’année, Obama dote son pays d’une loi sur l’assurance sociale et d’une loi sur la régularisation de 10 millions de clandestins, son élection n’aura pas été inutile. Mais de là à tomber dans la fascination, suite à l’écoute d’un discours, ça me confirme dans la force de frappe médiatique de son entourage, surtout quand j’entends par ailleurs El Aswany indiquer que le président Chavez connaît bien la situation des pays arabes !

 

L’écrivain insista par rappeler qu’il ne faut pas confondre ses écrits de romanciers et ceux du journalistes. Le romancier n’est pas là pour défendre une thèse : en tant qu’artiste il donne à voir des situations diverses, il suscite des sentiments originaux, il mobilise des lecteurs. Le journaliste a une fonction totalement différente. El Aswany est donc parmi les hommes les mieux renseignés, les plus ouverts et de plus il connaît bien Chicago y compris le quartier d’où vient Obama. Formé à l’école française il parle à présent en plus de l’anglais et de l’arabe, l’espagnol qu’il a appris pour lire Garcia Marquez. Notons en passant que le boom en France de la littérature latino-américaine autour des années 60 était peut-être la traduction d’une rejet de la littérature française qui avait pris les chemins de l’hermétisme qu’El Aswany digère mal (il propose la lecture de tels livres en guise de torture). De ces considérations, j’en déduis que l’écrivain, plus centré sur les personnages que sur les rapports de force liés à la lutte des classes, a jugé plus l’homme Obama que le président des USA qui proposa au Caire une alliance avec les « musulmans modérés » contre les musulmans extrémistes, sur le dos des femmes.

L’Algérien Ahmed Halli dans Le Soir d’Algérie a su présenter un autre point de vue : « Barack Obama a sorti sa carte maîtresse, son as de pique gagnant : un discours truffé de citations du Coran qui a fait frémir les ventricules. Pour séduire les Arabes, nul besoin de verroteries, de voitures de luxe ou de sandwichs Mac do. Un hidjab à la bonne place et quelques versets du Coran bien choisis et le tour est joué : c'est ainsi que se retournent les opinions, n'en déplaise au Hezbollah et à Al-Qaïda. Tout le monde est tombé sous le charme de cet homme qui a été musulman un jour et qui s'en est bien sorti. En quelques phrases bien senties, Obama a relégué Laurence d'Arabie et Glubb Pacha au rang de reliques d'alcôves, sans rien renier de leurs valeurs. »

Donc affaire à suivre en actes après les discours. 16-06-2009 J-P Damaggio

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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 14:44

Sur la manif du 19 mars, je croise l'ami Bernard Petit qui me rappelle avoir bien connu la famille Davet, alors je mets cet extrait du livre ci-contre, sur le blog.BON DE COMMANDE Editions La Brochure

Quinze ans en 1900

 

Née en 1886, j’ai presque 15 ans et je m’appelle Marcelle. Je vis à Verfeil sur Seye dans un château qui est en fait un très beau bâtiment, le château de Ravaille, construit par mon grand-père, riche propriétaire. Je ne dois pas en parler au passé car pépé Armand est toujours parmi nous, tout comme sa femme qui, avec ses 66 ans, a dix ans de moins que lui.

Pour moi, pas question d’aller à l’école, au collège, au lycée. Notre préceptrice à ma sœur et à moi s’appelle Jeanne Bernadou et fait presque partie de la famille.

Mon père originaire du Rouergue n’a pas repris le simple métier de propriétaire. Il est devenu médecin et s’est marié avec une femme de onze ans de moins que lui originaire de Lomagne, une fille Salat, famille importante à Lavit.

Depuis deux ans, il est veuf, c’est dire que nous avons perdu notre belle Nelly.

Dans la maison, en plus de l’institutrice, nous avons un cocher qui sert de domestique, une cuisinière et une femme de chambre. Les domestiques étaient nombreux autour de nous. De tous les voisins j’aime surtout le meunier, Escaffre Baptiste qui lui n’a plus de père depuis longtemps. Il y a le meunier de Lavernière avec des enfants de mon âge, Monsieur Cadilhac, mais quelle famille nombreuse ! C’est sûr, l’aînée Rachel de 17 ans peut s’occuper de Elie le petit dernier qui a un an ! Quelle vie pour Marie, la femme du meunier !

 

Pas d’école, pas de grande foire, pas de grande fête, je vis loin du bruit et je ne sais si c’est bien ainsi. Détachée des tâches quotidiennes je peux rêver toute à mon aise et mon rêve récurrent a un nom très connu l’amour. Ici, à Verfeil, d’où peut venir le prince charmant ? Je brode sur toutes les hypothèses possibles et je pense à la ville voisine de Saint-Antonin Noble-Val où je suis née, Rue droite qui n’a pourtant rien de droit, et où peut-être il réside. Saint-Antonin exerce sur mon imagination toute son influence en tant que ville de légende et ville d’histoire. Peut-on être ville plus encaissée dans une vallée ? Par l’Aveyron qui traverse aussi la commune de Verfeil j’ai l’impression que le cordon ombilical avec ma cité de naissance n’a jamais été coupé.

 

Avec mon père médecin, je connais tous les malheurs qui peuvent arriver aux jeunes femmes et les récits le soir au coin du feu viennent parfois ternir le monde de bonté que je dresse devant moi. Faudra-t-il en revenir à la réalité ? Notre institutrice est un peu comme une seconde mère et avec Madeleine ma sœur, qui a un an de plus que moi, nous la harcelons de question.

 

Qu’est-ce qui m’est le plus cher dans cet univers fait de simplicité ? Ma chambre et tout ce qu’elle contient. Peut-être ai-je un penchant pour la solitude ? Pour tout vous dire, j’aime écrire et de là vient tout le reste. J’ai montré quelques poésies à Jeanne qui m’encourage. Mais une jeune fille comme moi, a-t-elle le droit d’écrire ? Mon père n’en pense rien. Sa future épouse lui a t-elle envoyé autrefois un beau poème pour gagner son amour ?

            Je finirai par avoir une fille digne de mes Résistances. Demain il fera LITTERATURE.

Jean-Paul Damaggio

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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 14:29

 


BON DE COMMANDE Editions La Brochure
Voici une chron,ique qui date de deux ans mais quireste d'actualité. Elle est extraite du livre ci-contre publié aux éditions la brochure.

Ça sent le gaz !

C’est le moins que l’on puisse dire !

Au détour d’une dépêche de l’agence AFP, nous apprenons que M. Cirelli, Pdg de GDF a annoncé un chiffre d’affaires en hausse de *21 % avec un profit net qui avoisinerait les *2317 millions d’€uros …L’excédent brut d’exploitation serait, d’après des experts indépendants et avant impôt de l’ordre de *5118 millions et des poussières… Les investisseurs ont été déçus par les perspectives annoncées et le titre en bourse a chuté de *0,44%….

100% des familles subissent l’augmentation des prix du gaz et un nombre grandissant d’entre elles ne pourront pas continuer à payer des tarifs aussi élevés. Le prix du gaz s’est envolé à la suite de la poussée financière sur les marchés pétroliers de l’année 2006… Le prix du baril de pétrole s’est stabilisé après une baisse significative, le prix du gaz est resté au sommet.

M. Cirelli assure que l’hiver a été trop doux, par conséquent la demande ayant été moins forte et les tarifs n’ayant pas augmenté,  il précise que le manque à gagner est important (environ 1 milliard*). Le bénéfice net du groupe s’est inscrit en hausse de *29%.

La part consacrée aux dépenses pour l’habitation (impôts, loyer, chauffage, eau…) est en constante augmentation dans le budget des ménages (cf INSEE). Les salaires ont augmenté certes, mais d’une fraction de pourcentage qui n’autorise pas les salariés à faire des investissements autres que ceux du quotidien.

M. Cirelli a terminé sa conférence de presse en rappelant sa confiance dans l’avenir.

Mme T… a refusé pour la énième fois le paquet de bonbons à son fils en passant devant le rayon de la confiserie! L’enfant n’a pas compris pourquoi.

Le chiffre d’affaire total de GDF avoisine les *27,642 milliards d’€uros pour l’année 2006.

C’était le moins qu’il faille dire !

Mais le dire, est-ce suffisant ? Je ne pense pas que cela nous exemptera d’un examen plus approfondi du devenir d’une entreprise, fleuron de l’énergie française, qui est tombée entre les mains des affairistes et autres actionnaires et dont la mission de service public initiale est détournée aujourd’hui au profit de quelques-uns.

Bénéficier d’une énergie à un coût raisonnable relève de la mission du législateur. Va-t on se doter d’un gouvernement, d’une assemblée qui oseront enfin ramener GDF, mais aussi EDF, Airbus et bien d’autres encore dans le giron des entreprises nationales ?

Mme T… n’a pas à choisir entre le chauffage et les bonbons de son fils !

Il se peut que l’ouverture du marché au 1er juillet 2007 décide en lieu et place de Mme T….

Ca sent vraiment le gaz !

 

*sources L’usine Nouvelle, Boursorama, agences Reuters et AFP  

 Le 19 mars 2007

 

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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 14:25

Voici une chronique de Maxime Vivas qui nous paraît d'actualité et qu'on peut lire sur le livre de l'auteur que nous avons édité : Chroniques littéraires et impertinentes.
BON DE COMMANDE Editions La Brochure


Encore le poids des mots, de Maxime Vivas

  

Question de vocabulaire. A la manière du mot du jour d’Alain Rey sur France- inter. Pour commencer, le mot agression.

Agression (dictionnaire) : attaque non provoquée et brutale. Ou encore une atteinte à l’intégrité physiologique et psychologique des personnes, due à l’environnement visuel, sonore. Les bagdadis connaissent ça.

Agression à ne pas confondre avec le mot guerre, guerre dont JL Godard disait qu’elle consiste à faire entrer des morceaux d’acier dans des morceaux de chair. La guerre suppose un certain équilibre des forces en présence.

Si un sumo se laisse tomber sur un bébé, si un ivrogne frappe un enfant, si un caïd de Pigalle tire sur un badaud, si un géant étrangle Lilliput, si un policier tabasse un basané menotté, on ne parlera pas de bagarre, mais bien d’agression. Si, avant de se livrer à ces brutalités, l’agresseur exige que la victime détruise publiquement les quelques armes dont elle dispose, afin de pouvoir balancer impunément et de très loin des bombes qui tuent d’ailleurs davantage de civils que de soldats, on peut même parler de lâche agression. Suivez mon regard. Lâcheté : le courage de l’éléphant qui écrase la fourmi.

De même, sans être un forcené, on doit pouvoir affirmer qu’en Irak, aujourd’hui, il n’y a pas, d’un côté des soldats US et de l’autre des terroristes et des voyous (comme disent les services de com US), mais des envahisseurs opposés à des gens qui défendent leur pays. On doit pouvoir dire ça sans être accusé de complaisance avec une dictature.

On est également en droit de s’étonner d’entendre parler d’un « patriotisme américain » qui s’opposerait à un vulgaire et détestable « nationalisme arabe ».

Les mots sont des pistolets chargés, ce sont toujours eux qui, tuent, en vérité. Un proverbe bédouin dit : « Tu peux mourir du venin, mais c’est le serpent qui t’a tué». Les missiles US ne seraient que des tas de ferraille inertes si quelqu’un, le serpent à la langue fourchue, n’avait pas convaincu Bush et Blair que la majorité des pays représentés à l’ONU et que la population irakienne souhaitaient la guerre.

Oxymoron : Figure de rhétorique qui consiste à allier deux mots de sens contradictoire pour leur donner plus de force expressive : une douce violence, hâte-toi lentement, un goût aigre-doux, un mort-vivant, un silence assourdissant.

Corneille, dans le Cid, nous parle de « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles ».

Molière, dans Le malade imaginaire, nous vante « un beau jeune vieillard ».

On doit à Victor Hugo  « un affreux soleil noir d’où rayonne la nuit ».

Le 21 septembre 2001 à Toulouse, on a remarqué qu’un produit chimique inerte pouvait exploser. Si vous évoquez alors la stabilité explosive du nitrate d’ammonium (hop, vous avez créé un oxymoron et vous avez en même temps énervé Totalfinaelf qui aimerait qu’on parle d’autre chose). En septembre 2001, il n’y a pas eu que AZF, il y a eu le World trade center, les twin tower (de Deubeulyou. A propos, les étatsuniens Alain Rey a parlé de, non pas des marines, mais des troupes bushiennes ou bushiques). Elles se vengent du saoudien Ben Laden par le pilonnage de l’Irakien Saddam Hussein Et là, superbe oxymoron, on parle de Frappe chirurgicale (frappe pour faire éclater les chairs, chirurgie pour les recoudre).

Ne pas confondre oxymoron et euphémisme : Dégâts collatéraux est un euphémisme, comme interrogatoire poussé (la torture à Guantanamo).

Quant à « Plan social », ce n’est ni un oxymoron ni un euphémisme, mais un mensonge.

7 avril 2003. Maxime Vivas

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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 15:10

Voici l'avant-propos de Claude Rossignol au sujet de nouveau livre que publient les éditions la brochure. 200 pages au prix de 17 euros (15 euros pour la souscription jusqu'au 9 décembre).ISBN : 978-2-917154-35-9 Editions La Brochure82210 Angeville 

 

BON DE COMMANDE Editions La Brochure

Avant Propos

 

Au détour d’une réunion à Toulouse de l’Alternative en Midi-Pyrénées, j’ai reparlé de mon intention de ne pas laisser s’évaporer la mémoire d’un projet qui a occupé les 15 dernières années de ma vie de professeur. Jean-Paul m’a vivement incité à écrire « quelque chose » sur le Prix Goya à Castres : les Editions La Brochure publieraient !

L’idée d’évoquer ce « prix littéraire lycéen » avait évidemment campé dans l’esprit de plus d’un membre de l’équipe d’animation, lorsque le Prix Goya était à l’apogée. Un document collectif, d’une centaine de pages illustrées de photos, dessins, documents pédagogiques, a même été rédigé en 1996. Cet ouvrage, dont il doit rester encore deux ou trois versions papier, était intitulé « Le Prix Goya – Expérience de lecture en milieu scolaire » avec pour sous-titre : « Projet pédagogique et aventure humaine (1990-1996) ».

            Je me souviens qu’à cette époque-là, nous ressentions tous la nécessité de faire sortir le Prix Goya des frontières étroites de la ville de Castres et du département du Tarn. Peut-être même pressentions-nous qu’il en allait de la survie de notre projet. Les autorités académiques, recteur en tête, avaient beau nous certifier que le Prix Goya était « LE projet de lecture de l’Académie de Toulouse », nous étions quelque peu sceptiques sur leur volonté d’en assurer une réelle promotion en faisant connaître notre travail dans les huit départements de Midi-Pyrénées.

            Nous avons donc cherché un éditeur pour notre ouvrage collectif.

            Sans doute notre texte était-il trop hybride : mi expérience pédagogique, mi récit d’une aventure humaine. Cela expliquerait qu’une réunion avec un Inspecteur Pédagogique Régional de Lettres, au Centre Régional de Documentation Pédagogique, situé Rue Roquelaine dans la « ville rose », n’ait pas débouché sur sa publication : pas assez pédagogique ! Quant à l’éditeur toulousain Privat, nous ne le lui avons même pas présenté, car il ne pouvait pas davantage le publier : trop pédagogique … et pas assez « régionaliste » !

            Nous avons changé d’épaule pour notre fusil. Nous avons essayé d’attirer l’attention des grands médias nationaux, grande presse écrite, radios et télévisions. En vain ! Notre « petit » projet « à peine régional » n’intéressait pas le grand monde. Une blague circulait au sein de l’équipe : « Demandons à un élève d’assassiner l’un d’entre nous ! Dans l’heure qui suit nous avons les caméras de TF 1 dans le lycée ! » Hélas - mais faut-il le regretter ? - nous n’avons jamais trouvé les deux volontaires pour jouer ces rôles !

            Le Prix Goya, comme la plupart des entreprises humaines, est né, s’est développé avant de décliner dans une vieillesse fatale. Certes, son « petit frère », le Prix Goya Découverte, fonctionne encore à l’heure où j’écris. Grâce à la conviction et aux efforts déployés par nos amis de l’école élémentaire. Malheureusement je ne peux m’empêcher de me demander pour combien de temps encore… Ah ! si seulement sa survie ne dépendait que de leur conviction et de leurs efforts !

            Alors pourquoi souffler sur la minuscule braise qui luit encore au milieu d’un amas de cendres ? Je suis plus un nostalgique de l’avenir que du passé : à quoi bon me re-plonger dans des mètres cubes de documents ?

            Nous le savons tous très bien : ce projet ne peut servir de modèle à personne. La pédagogie, ça s’invente sur le terrain, ça ne se copie pas dans les livres, même ceux édités par le C.R.D.P. et d’autres éditeurs tout aussi honorables ! Au mieux peut-on espérer quelques conseils utiles des inspecteurs pédagogiques… et encore !

            Non, tout simplement, Jean-Paul a trouvé : cette expérience n’est pas transposable, mais elle a existé et mérite d’être connue… pour ce qu’elle vaut, c’est-à-dire une expérience, une alternative pédagogique qui a fonctionné à un moment donné dans un lieu donné.

            C’est donc ainsi qu’il faut lire le récit qui suit. Comme une expérience pédagogique et humaine qui a mobilisé des quantités incalculables d’énergie, tant chez les jeunes que chez les adultes. Car sans être nostalgique du passé, on peut quand même s’en nourrir ! C’est à coup sûr ce que voulait dire Christine Lafon, première lauréate du Prix Goya en s’adressant en 1990 à son jury : « L’essentiel dans la vie, c’est de ne pas la regretter ».

 

Claude Rossignol.

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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 10:16

Une soirée au Bar In Vivo à Montréal

   

BON DE COMMANDE Editions La Brochure

 

Trois amis se sont étonnés, en découvrant sur Train de nuit, le site internet de Jacques Desmarais, des photos où on y découvre le passage des Editions La Brochure à Montréal. Etonnement justifié car il s’agissait d’une aventure peu commune. Nos éditions ne sont pas spécialisées dans la poésie (ni en rien d’ailleurs) en conséquence éditer un auteur québécois c’était comme un rêve. Or l’œuvre de Gaston Miron, poète québécois est une des quatre références essentielles de La Brochure, pour des raisons qu’il serait trop long d’expliquer pour le moment. Je préfère mentionner une coïncidence. Un poète montalbanais Olivier Demazet va présenter à Montauban Vénus Houry-Ghata le 18 février… une personne que nous avons eu la chance d’écouter à Montréal ! Avec l’écriture, les frontières s’effondrent surtout quand on a une même langue en partage.

Mais éditer le livre était une chose, le présenter dans le cadre d’une belle fête en était une autre. Un jeudi, de 17 à 19 h, rassembler autour d’un tronc d’arbre, artistes, amis et curieux, c’était un tour de force dont tout le mérite revient à Jacques. Chacun a ses impératifs dans la vie, mais tous les invités trouvèrent le moyen de les déplacer pour ce détour par le Bar culturel engagé In Vivo situé dans la partie ouvrière de la célèbre rue Sainte Catherine http://www.bistroinvivo.coop/.

A 17 h 30, tout commença sous les bons hospices de Marc-André Delorme (il traduisit en portugais un poème). Beaucoup ne pouvaient arriver qu’après les heures de travail (et en particulier de nombreux collègues de Jacques) d’où ce retard. Mais tout s’enchaîna ensuite à merveille.

A écouter les lectures de poèmes, je prétends qu’en France nous avons un peu perdu l’habitude de cette activité. Je rends hommage à Montauriol Poésie qui, à Montauban, contribue à de telles lectures (nous avons aussi le printemps des poètes) mais je n’ai jamais trouvé la même diversité de ton. De Michel Vincent qui tape du pied sur la scène, à Nina louVe qui d’un geste fait taire les bavards pour les captiver, de Jacques qui mâche chaque mot, à la pause musicale avec Yves Boisseau, j’ai découvert des poèmes comme si je ne les avais jamais lu ! Je suis même allé ensuite vérifier dans le livre pour m’assurer qu’ils y étaient. Or la poésie de Jacques n’est pas facile même s’il la présente comme des poèmes-récits. Entre les lignes il manque des épisodes laissés à l’imagination du lecteur. Chaque vers devient alors plus symbolique. Sa fille remarquait qu’à les entendre, des mots devenant plus forts, pouvaient heurter des sensibilités qui à la simple lecture auraient pris l’histoire autrement.

 

Et le final ? Chacun sait qu’un vrai spectacle se mesure à l’attention portée sur le final. Leonard Cohen fut l’invité indirect avec une traduction en français d’une chanson de ce Montréalais des Etats. Une poésie chantée par une femme grattant sa guitare. Parmi les références des Editions La Brochure j’avais mentionné bien sûr la féministe Flora Tristan et aussitôt cette chanteuse me demanda des références, car elle avait fait des études de féminisme, et le nom lui disait quelque chose mais sans plus. J’espère qu’au festival Alors Chante où nous avons régulièrement la possibilité de croiser des Québécois, nous y entendrons un jour Eve Cournoyer. Paolo Duchesneau n’a pas pu apporter tout son talent car il fallait impérativement clore à 19h pour laisser la place à un groupe de jazz et Jacques lui-même avait imaginé plusieurs autres interventions (des occurrences aux cannibales par exemple) mais globalement le public fut très heureux de ce voyage dans les mots. Je retiens ici ce passage de Tirania un poème-recit qui raconte le coup d’Etat de Pinochet à travers l’histoire de Carmen Gloria Quintana :

« Mais répète encore

Carmen Gloria :

Pourquoi c’est vrai ?

Comment c’est fou ?

la manivelle du coup

les torchons de la magouille

les milices

la peur

les bûcheurs de jeunes

l’essorillement des gorilles

les autodafés

les crevasses dans la tête

les insomnies

le fuckaillage

dans les syndicats en escalope »

 

Sincèrement, la poésie n’est pas au repos. Jean-Paul Damaggio

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2 octobre 2008 4 02 /10 /octobre /2008 15:53

Max Biro publie un roman aux Editions La Brochure. Le titre « Le Fauxscialiste » (10 euros, 120 pages) indique clairement sa dimension politique. Max Biro est devenu Gersois et nous sommes dans le Gers mais toute ressemblance avec des personnes ayant existé ou encore vivantes serait pure coïncidence. Voici le début du premier chapitre.

 

Chapitre 1

 

 

Le commissaire Aymé Cassagnard était dans sa baignoire. Il avait conservé son appartement de fonction une fois parti à la retraite. Cet appartement prêté à son administration par la commune de Villefranche lui fut laissé par celle-ci. Il aimait les sous. La mairie avait pensé que Cassagnard pourrait rendre encore quelques services. Il payait donc un loyer léger, dans le centre bourgeois de la haute ville.

Cassagnard était plutôt gras, gascon aimant le Floc, le Playmont, le Pacherenc qui accompagnait si bien le foie gras. Il aimait la garbure, le confit et cela se voyait dans sa couperose, sa replètude, accentuée par sa petite taille. Le hasard, Dieu ou le grand architecte de l’univers lui avait donné un visage où son âme se reflétait. Ce n’était pas appétissant.

Il se leva, se tourna vers le mur parallèle à la baignoire et se regarda. Il avait fait refaire la salle de bain aux frais de l’administration. Il avait fait poser une glace monumentale qui couvrait le mur.

Il se dit à lui-même et à haute et intelligible voix :

« Ça ferait pas un beau député-maire ça ! »

La baignoire était elle-même sur une plate-forme, un piédestal de deux marches. Le flic en uniforme qui jusqu’à la retraite de son patron était détaché comme homme à tout faire et femme de ménage l’imaginait, tel au lever du Roi convoquant ses collaborateurs les plus proches afin que l’un lui tende la serviette et l’autre le peignoir.

Ce flic (rare) domestique était aussi musicien, il voyait son chef sortant du bain sur une musique de Téléman ou de Lulli.

Cassagnard était socialisant (discrètement). Le Parti socialiste lui avait fait des avances, les radicaux aussi. Il était de gauche, sincèrement laïcard, humaniste petit-bourgeois, et sûrement plus petit bourgeois qu’humaniste.

S’il se croyait de gauche c’est qu’il était laïque, il n’allait pas de la laïcité au social, il en avait du moins les langages et les mots. Il aurait compris de défendre les ouvriers, mais sûrement pas d’aller jusqu’aux précaires qui y sont sûrement pour quelque chose, il n’y a pas de fumée sans feu, salauds de pauvres !

Les courants s’affrontaient, on était Fabiusien ou Rocardien, non par idéal, conviction, non, on était d’un courant par le hasard de voisinages, des services rendus, de renvois d’ascenseur parfois de courant à courant, de droite à gauche.

On rencontrait la droite dans des banquets et on s’affrontait aux élections.

Il avait une femme, elle restait à la maison : il était gascon… à l’ancienne !

«Venir dîner, oui, ma femme… non vous savez, pour la sortir ! »

Cassagnard aimait les sous. On lui promit un fromage, conseiller général d’abord et peut être la présidence du syndicat d’électricité (rien à faire, de vrais jetons de présence !). Le titulaire actuel nouveau sénateur laissait quelques morceaux aux autres.

Il sortit de sa baignoire et ne rompit pas avec l’étrange habitude des flics de se vêtir de bleu, qu’ils soient habituellement en uniforme ou même en bourgeois. Au temps des pénuries on comprenait qu’ils ramènent et traînent vieux pantalons ou chemise venant de leur administration. Il avait donc une chemise bleu clair, un costume bien coupé bleu sombre. Seule la cravate à rayures rouges et grises donnait un aspect haut fonctionnaire.

Dans la salle de bain, vaste, haute de plafond, il y avait une armoire plaquée de citronnier, centenaire, dont les portes fermaient mal, et dont la simple beauté aurait sûrement une place dans un bureau intime, un salon… Elle servait au rangement des serviettes.

Rose Cassagnard aimait les serviettes éponges douces et colorées, elle en avait de toutes couleurs. Elle changeait d’adoucissant, testait les lessives, lisait Femmes actuelles !

Le commissaire sortit entre deux piles d’un tas, une enveloppe en papier kraft. On y lisait : « Ministère de l’Intérieur ». A cette entête sacrée, sa femme s’arrêtait. Elle lui faisait les poches, regardait dans son portefeuille, faisait et défaisait sa valise, mais là «Ministère de l’Intérieur » ! Elle n’y touchait pas. Il dissimulait ainsi en sécurité  argent personnel, lettres de ses liaisons. Liaisons est un bien grand mot : une secrétaire en manque d’avancement ou une relation fatiguée de la ville ! Il disait d’ailleurs : « La mère un tel, je me la saute ! »

Les mâles gascons de l’entourage étaient admiratifs : « Il se les fait toutes ». Il avait aussi une maîtresse permanente, à disposition, en encas !

Il prenait le café avec tel ou tel, écoutant les ragots, les faits divers. Il copinait avec de petits journalistes, des hommes  qui au ras des informations savaient, réfléchissaient, recueillaient, se servaient de tout ce terreau explicatif qui nourrit les événements. Ils avaient souvent une vue claire et sans illusion y compris sur la bienveillance de Cassagnard.

Il n’avait pas de préjugés et tapait la carte avec deux ou trois maquignons qui avaient l’élégance de payer leurs dettes de jeu, pas trop regardant si lui en oubliait !

Il cria sans daigner la voir, à sa femme : « Ne m’attends pas pour manger… ni ce soir».

Elle pensa qu’elle grignoterait des restes avant d’aller à son club de bridge. La municipalité fauxscialiste avait réhabilité un ancien collège, pour y loger les associations. Elle avait donné un local de 30 m carrés à « la maison des ensembles » collectif regroupant une dizaine de groupuscules gauchards et nostalgiques, cent cinquante mètres au «club de bridge », lieu de rencontre de la classe moyenne aisée où l’on voyait femmes de notables, membres de professions libérales, petite bourgeoisie socialiste au pouvoir dans la ville.

La banque alimentaire y avait aussi ses entrepôts. Il n’y avait pourtant pas de risques de promiscuité douteuse, les entrées étaient séparées. Seul le parking était commun et chacun reconnaissait les siens à la puissance  et à  l’âge des voitures.

 

Il passa d’abord à son ancien bureau, il y avait encore des amitiés ou plutôt des suzerainetés. Son successeur le commissaire Baille ne voyait pas cela d’un très bon œil, mais le subissait n’ayant aucune illusion sur le « Gascon ». Il  avait travaillé sous sa direction à Toulouse et l’autre lui avait dès le premier jour joué un grand cinéma : «  asseyez-vous mon vieux. J’ai vu votre dossier… même au-delà…. Vous êtes un républicain intègre… je n’ai pas à le dire… un homme de gauche… Bravo ! Nous ferons bon ménage…. Alors confidentiellement (Cassagnard ouvrit son tiroir), Baille, à vous je peux le dire, mon père a combattu Franco ». Il sortit deux tampons de son tiroir sans vraiment les montrer. « Ce sont les tampons de la CNT. Mon père faisait des actions clandestines en Espagne, jamais ils ne me quittent »

 Cassagnard a toujours la porte ouverte, il écoute tout, promet tout, approuve tout…. On en entend plus parler. Il croit faire des compromis lorsqu’il se compromet… toujours du coté du pouvoir ! Il aime se mettre des plumes de paon sur son croupion de veau ! Plus le singe monte haut plus on lui voit le cul !

Baille ne savait comment se débarrasser de ces visites. Chaque fois il ressentait une irritation acide. Lui n’était pas extraverti, démagogue, bon enfant, compréhensif, magouilleur, clientéliste. 

                                                                                                                                               Max Biro

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19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 14:13

Une autofiction vient de compléter le catalogue des Editions la Brochure. Elle est écrite par Marie-José Colet qui en trois cent pages nous raconte les relations mères-filles et la chasse aux juifs de 1940-1944, jusque dans ses ultimes conséquences. Le livre s’appelle La femme en retard, 20 euros et nous offrons la lettre qui sert de point de départ au récit. 

 

BON DE COMMANDE Editions La Brochure

 

Drancy, le 22 mars 1943

 

                    Mes chers tous

 

Je vous ai déjà écrit et je n’ai rien reçu. Je regrette, j’aurai voulu me rassurer avant de partir, je pense beaucoup à vous et j’espère que vous jouissez d’une parfaite santé. Ne vous faîtes pas de mauvais sang pour moi car je prends tout avec courage. Je me porte bien et chacun a son destin. Il nous reste que de prier le bon dieu pour qu’il nous réunisse et nous permette de nous revoir au complet. Je vous avertis de ne rien envoyer ni lettre ni colis car nous partons pour une destination inconnue demain. Sarah.

(Lettre de Sarah, adressée à sa famille, écrite la veille de son départ pour Sobibor où elle ne devait jamais arriver.)

Point de départ du livre de Marie-José Colet

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19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 14:12

Le prochain livre des Editions La Brochure est un livre de récits-poèmes de Jacques Desmarais, québécois et grand amateur de slam aujourd’hui. Parmi « Poèmes cannibales, Loin dans ma campagne » nous vous offrons l’un d’eux chargé de musique. Nous reviendrons sur la question après la présentation du livre à Montréal au mos d’octobre.

 

NOVA BOSSA

 

Voyageurs de la nuit,

en ces heures complices

où les plumes d’oiseaux

ingouvernables

allument les étoiles,

vos signes de tête

dans le champ magnétique

des alliances perdues

retentissent

au milieu des pierres aimantées

jusque dans la courbure des mots

et traduisent dans ma gorge

les pas,

les rimes normandes

qui n’ont encore jamais dansé

sur les toits.

      Jacques Desmarais

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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 10:14

La Compagnie des écrivains du Tarn-et-Garonne vient de publier un Florilège qui rassemble les écrits de ses membres. Le livre est très bien présenté et peut s’acquérir au prix de 10 euros. Ici je vous offre la nouvelle que j’ai consacré à un des dessinateurs qui marquèrent ma vie. Il s’appelait Jean-Paul Guiraud et son art mérite toujours notre admiration. Jean-Paul Damaggio

 

 

Une image mentale pour enfermer le temps ! Disons, un souvenir que j’écris en chantant. A Montauban by night, nous étions au Dali, un beau café-théâtre. De revoir son visage, au sourire éclatant, je me crus au printemps. Son superbe chapeau masquait sa calvitie et sa gouaille disait son amour de la vie. Que pouvait m’apporter son retour de Paris vu qu’il crachait aussi sur notre capitale ? Nous inventèrent un monde où presque tous les hommes divorçaient de leurs ombres.

On l’appelait Polo, mais il signait Prada. Son Espagne à lui niait l’art de Dali mais son trait en dessin, sans référence aucune, volait jusqu’à la lune.

-          Dis-moi, mon cher Polo, c’était comment l’Idiot ?

-          L’Idiot International, de Jean-Hedern Hallier ?

-          Oui, j’y ai vu parfois, tes dessins si grivois. Le Canard Enchaîné pensa aussi à toi.

-          Ils peuvent m’oublier car ils m’ont trop fait chier.

 

Ce petit provincial ignorait vraiment tout du grand Paris Paname et des mœurs médiatiques. Il comprit que souvent l’ignorance vaut mieux qu’un peu de connaissance. Il fit l’amour tout seul plus souvent qu’à son tour puis abandonna … sa vraie chambre de bonne. « Un Gascon à Paris », tel sera le beau titre, qui lui arrachera un tout petit article. Il pouvait expliquer les guerres féodales que l’on nous préparait, il pouvait dessiner quelques caricatures, à nous faire pleurer.

 

De retour au Dali, sans geste de héros, il leva son chapeau, à tant d’amours perdus ou jamais rencontrés. A jamais méconnu, ce toujours ingénu, commença une vie d’expédients artistiques. Trois dessins de vendu, à des hebdos sans âmes, quatre cours assurés, dans des écoles amies, pas de quoi s’enrichir pour vivre dignement.

 

Alors son paradis prit un nom très gascon, Uzeste qu’il s’appelle, au pays de Lubat. Un pays de cabanes pour les rêves d’enfants, où il allait souvent  pour voir Patrick Auzier et le savant Minvielle. Par la cultivature, les chemins de traverse, il forgeait, il forgeait, un art sans parenthèse. Il nous souhaita à tous, en quatre-vingt quatorze, une très bonne année, avec un grand dessin. En sortant d’une affiche, à la couleur très jaune, un homme bien doté de chaussures marrons semblait nous inciter à devenir souvent, volontaire du bonheur et courageux partout.

 

Tout ça c’est une image d’un beau soir au Dali. Pourquoi en dire plus, à l’heure du terminus ?

Buvons à la santé de son dernier retour. Il est mort à présent, il avait quarante ans. C’était un mercredi en quatre-vingt quatorze. Des enfants l’attendaient sur un terrain de sport. Son cœur avait lâché, il l’avait bien trop grand.

A trois pas de sa tombe, gît son pire ennemi, qui fut assassiné : qui le sait aujourd’hui ?

Prada était la vie, celle du populaire, Bousquet était la mort, celle des tortionnaires.

 

Aujourd’hui.

Polo je pense à toi, car je ne sais comment supporter les fascistes que ton art si savant ridiculisait souvent.

Polo je pense à toi, en écoutant parler à côté de Paris, un Algérien de cœur, un Algérien très fort qui signe de son nom, Mohamed Sifaoui.

Polo je pense à toi, car tous les féodaux, dictent à présent leur loi, dans notre beau pays.

 

15h11, 11 Février 2007, Paris, Jean-Paul Damaggio

 

PS : Le dernier livre de Mohamed Sifaoui concerne « l’affaire » des caricatures de Mahomet.

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