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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 18:22

le-reve-du-celte.jpg
Vargas Llosa continue d’aller à la rencontre de ses adversaires les plus intelligents. Ma vie durant, j’ai pensé qu’il fallait faire de même donc j’ai beaucoup lu… Vargas Llosa dont je ne partage pas les idéaux.
Je rêve d’écrire une confrontation entre Vazquez Montalban et Vargas Llosa !

Je me suis donc plongé dans Le rêve du Celte qui raconte comment Roger Casement serviteur tout d’abord de sa gracieuse majesté, devient un adversaire du colonialisme, d’abord au Congo, puis dans l’Amazonie péruvienne, et comment il se fait champion des indépendantistes irlandais. Tout lecteur honnête du livre découvre une fois de plus une dénonciation sévère non seulement de sa chère civilisation anglaise mais aussi des entreprises multinationales que servent les autorités. Et si comme dans tout roman, nous lisons une fiction, il s’agit de l’histoire d’un homme réel, de compagnies industrielles réelles et d’atrocités sans nom.
Vargas Llosa serait-il un écrivain de gauche et un homme politique de droite ? Absolument pas, il n’y a qu’UN Vargas Llosa, aussi, l’analyser, permet de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons et que nous voulons abattre !
Faire face à la réalité
La première tâche de tout être humain est de faire face à la réalité et en cela Vargas Llosa est un champion. Sa défense du capitalisme n’est pas celle d’un myope. Que ce soit les dictatures, le colonialisme, l’oppression des femmes, son œuvre littéraire a de quoi nous rendre tous de gauche et pourtant… Dans cette réalité – comme dans celle que nous observons nous même – il existe un absent et l’absent systématique chez l’écrivain péruvien s’appelle « le peuple organisé ». Contrairement à l’autre Péruvien qu’est Manuel Scorza, les dénonciations du bon Mario sont l’œuvre de héros. Même quand il fait l’éloge de Flora Tristan qui part à la rencontre du peuple organisé dans son tour de France ultime quand elle veut défendre son livre L’union ouvrière, il s’agit d’une héroïne qui devient davantage la grand-mère de Paul Gauguin que la grand-mère de tant de luttes féministes.
Le capitalisme en devenir
Pour Vargas Llosa, le capitalisme est en devenir d’où le besoin de discuter avec l’adversaire qui est d’ailleurs la condition de ce devenir ! Celui qui le hantera jusqu’à l’écriture de l’utopie archaïque s’appelle José Maria Arguedas enterré après son suicide en décembre 1969 avec sur son cercueil le drapeau de Cuba et aux chants de l’Internationale. Arguedas que Mario rencontra très jeune, avec qui il a correspondu était aussi l’homme d’un grand dialogue, celui entre la civilisation ancienne du Pérou toujours vivante dans les Andes, et la civilisation nouvelle, celle du capitalisme côtier. Ce dialogue culturel, cet affrontement politique entre deux modes de vie, devient sous la plume de Mario, une utopie archaïque car les vestiges de la civilisation paysanne sont historiquement en voie de disparition et qu’en conséquence bâtir un avenir en quechua c’est aller à contre sens de l’histoire. Je l’avoue, à lire Vargas Llosa on a parfois la sensation qu’il est marxiste même si pour lui la classe ouvrière n’est pas l’autre mystique sur laquelle il faut s’appuyer pour dessiner un futur à l’humanité. Il est un anti-utopiste comme Marx refusa le socialisme utopique au nom du socialisme scientifique. Mais il est un anti-utopiste contre tous ceux qui imaginent une révolution anti-capitaliste ! Pourquoi l’auteur du rêve du Celte n’a-t-il pas Balzac comme référence plutôt que Flaubert ou Hugo ?
Le capitalisme sera toujours inachevé
C’est ici que nous arrivons à comprendre une réalité que le courant socialiste n’a jamais voulu admettre : il n’y aura jamais de stade ultime de l’impérialisme ! Le capitalisme qui s’effondrera sera toujours un capitalisme en construction ! Suivant le principe historique que tous les empires naissent, grandissent et meurent, l’image du capitalisme forgé par Lénine et tant d’autres, est celle d’une société qui court à sa fin. Nous savons à présent, sauf déni de la réalité, que l’Empire Etasunien peut s’effondrer, le capitalisme ne manquera pas pour autant de ressources pour continuer ! Marx fut un génie et toute l’historie depuis sa mort en est la confirmation. Il a bien cerné les contradictions entre forces productives et rapports de production mais la croyance d’époque en une science capable de faire enfin le bonheur de l’humanité l’a amenée à imaginer que les forces productives finiraient par rendre obsolète les rapports de production or ces derniers ont été encore moins figé à travers le temps que les dites forces productives. Le capitalisme n’a jamais cesse de révolutionner le capitalisme et il n’a pas fini de nous étonner sur ce point. La finance bousculée par l’industrie, l’industrie bousculée par le commerce, le commerce passant sous le contrôle de la finance etc. Les contradictions du capitalisme ne sont pas qu’un leurre pour masquer un jeu où ce sont toujours les mêmes qui gagnent. General Motors est devenu un nain par rapport à Google ! Les contradictions du système sont le système lui-même ! Il a besoin de l’adversaire pour avancer. La classe ouvrière impose les congés payés, la retraite ; le système en fait la plus grande industrie actuelle, celle du tourisme.
Conséquences pratiques
Une telle conception du capitalisme entraîne de nombreuses conséquences pratiques. Même si elle apparaît choquante je m’en tiens au rapport avec le fascisme.
A l’heure où le capitalisme détruit partout l’Etat, le fascisme a toujours eu besoin de l’Etat comme pilier de son existence. S’il peut se plier à une telle évolution, il lui est difficile par contre de se plier à la suivante : l’acceptation de contradictions mettant en équilibre instable tout un édifice. Je ne suis pas de ceux qui assimilent le stalinisme et le fascisme car l’un et l’autre sont issus de deux courants profondément antagonistes mais l’échec du stalinisme lui-même provient de cette double stratégie : s’appuyer sur un Etat refusant toute contradiction. Le fascisme, en plein développement dans le monde actuel, apparaît pourtant comme une béquille possible du système. L’exemple récent de tous les échecs des dictatures militaires en Amérique latrine prouvent que le capitalisme, qui y est florissant sous une forme « adoucie », sait à la fois se servir des pouvoirs autoritaires, comme il s’en sait s’en débarrasser. Dans les pays arabes, les dictateurs ont cru qu’ils pourraient concilier leur pouvoir, et la création de castes économiques suite aux privatisations imposées par le système capitaliste. Là aussi, ce fut l’échec, mais un échec tel, que l’extrémisme dictatorial ayant alimenté l’extrémisme religieux, ces pays risquent de passer d’un monde fermé à un monde fermé.
Je sais que ce que j’écris peut heurter les opinions de pas mal de mes amis mais l’exemple péruvien est rarement dans leurs analyses. En septembre 1968, j’ai été surpris à jamais par mon journal favori, L’Humanité, quand il annonça un coup d’état militaire de droite au Pérou, alors qu’il s’agissait d’un coup d’état militaire de gauche, et vingt ans après nous découvrons l’erreur inverse, la révolution iranienne devenant, disait-on, une révolution de gauche alors qu’elle était guidée par les futurs assassins de tout l’univers communiste du pays. Au Pérou donc, Vargas Llosa a soutenu en 2011, le candidat de gauche à la dernière présidentielle, un candidat élu qui, six mois après, applique une politique de droite ! Le Pérou, le seul pays au monde, à ma connaissance, à détenir dans ses prisons un ancien président démocratiquement élu et économiquement mafieux, casse en partie les schémas établis. Je considère à partir de son cas, que le fascisme n’est ni l’horizon économique, ni l’horizon politique du capitalisme. Il peut tout à fait apparaître comme une étape utile mais pas comme sa quintessence. Espérer de la part du système, une dérive fasciste pour ensuite le combattre avec plus de facilité, est un leurre dangereux. En conséquence le combat contre le fascisme n’est pas de même nature que le combat contre le capitalisme.
Pour être complet, la conception de ce capitalisme toujours en devenir devrait m’inciter à formuler les conséquences pratiques pour le camp « communiste » mais ça sera pour une autre fois.
9-02-2012 Jean-Paul Damaggio

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 09:43

Christa Wolf née Ihlenfeld

Pologne-Allemagne, 1929-…….. 2011

 

- J’ai écrit ce texte voici quelques jours sur cette femme qui vient de mourir, m’apprend mon journal mexicain, La Jornada. JPD

 

Au cours des années 60, je recevais gratuitement un mensuel venant de RDA, ce qui donnait un lien concret avec cette démocratie populaire : L’Echo d’Allemagne. Pas besoin d’être savant pour deviner qu’il s’agissait d’un journal de propagande qui montrait le pire de la RFA (les agitations de groupes néo-nazis…) et le meilleur de la RDA (la santé, l’éducation le sport…).

 

La propagande, comme la publicité, est un hallucinogène aux mérites bien connus. Quoi de plus agréable que de sentir la perfection du monde ! Donc, très tôt, j’ai cherché à vérifier les merveilles de la RDA chez les écrivains de ce pays, à commencer par ton Ciel partagé, chère Christa. Au même moment j’ai découvert Volker Braum, et à reprendre aujourd’hui son livre de poèmes traduit en 1970, Provocations pour moi et d’autres, j’ai le plaisir de découvrir que les phrases que j’avais souligné à 20 ans seraient celles que je soulignerais à 60 !

« Car vous aussi vous portez en vous le feu de la révolution et le vent contradiction : le feu réclame le vent pour faire de belles flammes. »

 

A lire ces écrivains, j’ai ainsi vérifié que les douceurs de la propagande fondaient plus vite que le chocolat.

Depuis cette époque ancienne, l’Allemagne est redevenue unie, suite à un vent plus fort et moins contrôlé que les autres. L’incendie a révélé que tu avais servi la police secrète de 1959 à 1962. Or, cinq ans plus tard tu fais entendre une voie dissidente au comité central, et ton Ciel partagé te vaudra les premières insultes qui seront un torrent de boues, déversé par d’autres, après 1989, quand on découvrira cette fonction d’informatrice de la Stasi. Pourtant en 1976 tu avais signé la pétition en faveur de Wolf Biermann dont j’ai pu acheter en version italienne, une part de ses œuvres.

 

Chère Christa, tu as décidé de te défendre en donnant une nouvelle version de Médée, la première femme connue pour son infanticide, un infanticide que tu as décidé de nier. Tu as toujours lutté contre l’histoire écrite le plus souvent par les vainqueurs, Médée ayant été victime de leur machination. Tu expliques : « Je donne l’occasion à Médée de s’affirmer en tant que femme, de révéler comment elle a été victime des besoins et des valeurs des hommes. » Pas question d’inverser les rôles et d’en faire une perdante. « Cette classification sous les rubriques de succès et d’échec domine notre vie sociale, et je pense qu’il faut s’y opposer. Est-ce qu’on échoue parce qu’on meurt ? »

 

Chère Christa, j’imagine une réécriture commune avec Volker Braum, du Roman de Hinze et Kunze, de Hinze-et-Kunze. A tous les deux, vous construiriez le temps des mythes nouveaux, à partir d’un dialogue, quant tous les mythes n’ont été que le monologue producteur de toutes les toxiques.

 

La présentation en septembre 1997, dans le Nouvel Observateur, par Ruth Valentini, de ton texte sur Médée, un poème en prose, rappelle qu’il s’agit de onze monologues pour interroger la place des femmes dans l’histoire. Juste à côté de l’article, une publicité des Editions Mille et une nuits où, en surimpression sur un corps nu de femme à la poitrine élégante, nous lisons : «Des livres pour le temps d’une attente, d’un voyage, d’une insomnie… » Preuve qu’il était urgent d’interroger la place des femmes dans l’histoire ! Le critique termine ainsi :

« A la fin du dernier monologue, brisée, bannie, tapie dans une caverne, Médée n’a plus rien. Ni amour, ni douleur, ni désir. Elle est libre. « Y a-t-il un monde, une époque où j’aurais ma place ? Personne, ici, à qui le demander», se désespère Médée. Et avec elle, Christa Wolf. »

 

Et si tu demandais à Volker ? Souvent, entre écrivains les querelles l’emportent parfois sur les nécessités, mais avec ou sans haine, avec ou sans ironie, avec ou sans passion, un dialogue entre vous deux, ça serait la renaissance de la fécondité. Et je ne l’écris pas car il s’agit d’un homme et d’une femme mais à cause de vos vies si parallèles et si différentes ! Le roman de Hinze et Kunze tu aurais pu tout aussi bien l’écrire avec Anna Seghers(1) et ce serait une nouvelle version de sa nouvelle : la rencontre insolite. Le point de départ pourrait être ta réflexion, chère Christa : « Anna Seghers prétendait que ce qui est racontable, c’est ce qu’on a surmonté. Mon expérience est différente : je ne surmonte les conflits qu’à partir du moment où s’enclenche l’écriture. »

Vous partiriez de points de vue opposés et le premier de tous c’est qu’en étant morte en 1983, Anna n’a pas vu la chute du communisme ! Dans L’Humanité, c’est Claude Prévost qui écrivit son éloge en mars 1983 et le clin d’œil lancé à l’adresse des Pyrénées, une montage qu’il aimait tant, m’incite à imaginer ta rencontre avec Anna dans la bibliothèque de Pamiers, Ariège, là où l’immigrée d’hier se lança dans la lecture de tout Balzac, avant de reprendre le chemin de l’exil vers le Mexique. Vous pourriez discuter de cette affirmation de Claude Prévost: « Anna était devenue communiste la même année qu’Aragon, et comme lui, elle avait fait de cette décision de jeunesse une démarche irréversible ; pour elle aussi, la fidélité aux engagements était une valeur. » Le communisme en question, vu son fonctionnement, n’était-il pas condamné de manière irréversible vers sa fin ? Alors qu’il devait être le futur…

« Des groupes de recherche calculent froidement le futur immédiat. »

2-12-2011 Jean-Paul Damaggio

 

(1)   Quand Vladimir Pozner se souvient de 26 personnes de sa vie (en 1989), deux femmes seulement dans la liste, dont Anna Seghers qui mériterait une place dans ce livre ! Comme Anna Akhmatova l’autre figure de Pozner.

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 09:31

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Pour sa fête à Montauban, Vénus Koury-Ghata est sur tous les fronts. Elle se livre corps et âme devant des lycéens, elle lit, explique et intervient. Elle joue la modératrice pour la rencontre avec son invité Pascale Kramer à la Bibliothèque de Montauban. Elle est là autant pour les autres que pour elle.

Je ne connaissais pas Pascale Kramer et j’avoue la découverte passionnante. La discussion a surtout porté sur son dernier livre en faisant vivre les personnages comme s’ils étaient dans la salle. L’homme, son épouse, son quartier, et cet enfant né hors mariage qui vient rencontrer son père avant sa mort annoncé. Pascale Kramer fait dans le noir et pourtant comme elle l’indique, à la voir, elle est sourire et rire ! En fait elle ne cache pas sa tendresse pour des personnages que Vénus trouve peu combattifs et en particulier l’épouse prête à tout accepter. « Le machiavélique, ce ne sont pas les personnages mais les mécanismes de la vie. » Les personnages ont des bons et des mauvais côtés mais leur vie est secondaire face à l’inexorable maladie. Pascale Kramer reconnaît que par deux fois dans sa vie elle a vu mourir des gens très proches et elle a fini par écrire à partir de cette expérience, non pour partager une douleur mais pour susciter la révolte contre la soumission aux mécanismes de la réalité. On oublie ses rêves, on passe des compromis, on se laisse endormir et pendant ce temps les jours passent et arrivent l’heure de la fin, l’heure de dire : « j’ai raté ma vie ». Cette sensation peut cependant toucher des personnes totalement actives pendant des décennies. Je repense à Aragon faisant ce constat à la fermeture des Lettres Françaises. 2-12-2011 JP Damaggio

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 15:58

Petit-Gursel-Muhidine.jpg

 

Sur la photo, Maurice Petit, au milieu Nedim Gursel et son traducteur

Il s’avance à la tribune accompagné de son traducteur Timour Nuhidine… qui n’est pas là pour traduire l’écrivain turc qui vit en France depuis quarante ans. Il est là pour le présenter et lui poser des questions. Invité par Vénus Khoury-Ghata en la ville de Montauban, qu’il croise pour la première fois, Nedim, dans un parler calme, souvent humoristique, nous déroule sa vie car en fait, écrire – ce qui n’est pas pour lui un plaisir – le conduit à s’alimenter à son expérience (du moins à l’écouter).

Il n’est pas en France par plaisir mais suite à une première obligation : au coup d’Etat du 17 mars 1971, il avait 20 ans, il a dû fuir pour échapper à une condamnation des tribunaux causée par ses premiers écrits qui déplurent à l’armée. Il est parti en pensant revenir et ça arrivera en 1979 mais nouveau coup d’Etat le 12 septembre 1980. Alors il est un peu Parisien…

Mais suite à son dernier livre Belle et rebelle la France ce n’est pas Paris que nous visitons mais les régions françaises dont Nedim aime la diversité. Là son complice lui demande s’il pense au lecteur turc en publiant ce livre (car il écrit toujours en turc) mais Nedim Gürsel répond qu’en écrivant il ne pense jamais au lecteur. Il en profite pour fustiger ceux qui écrivent en pensant au marché. Sa position à cheval sur deux cultures fait qu’en Turquie certains pensent qu’il écrit pour les Français et en France d’autres l’imaginent attaché à sa Turquie. En aucune façon il ne fait de l’orientalisme. Il ne nie pas une certaine nostalgie, nostalgie de sa bien aimée Istanbul par exemple. Quand l’ami traducteur lui demande de parler de « la monstrueuse Istanbul » passée en quarante ans de deux à quatorze millions d’habitants, il répond dans un grand éclat de rire qu’il ne permet pas qu’on emploie l’adjectif monstrueuse pour présenter ce site magnifique, même si lui peut l’employer pour décrire sa croissance folle. Ce qui m’inquiète c’est que cette croissance a en même temps tué la ville cosmopolite, comme au Caire, à Alger et dans tant d’autres villes de la Méditerranée. Marseille et Barcelone échappe seules au phénomène, du moins me semble-t-il.

Bien sûr un grand moment de l’échange a porté sur le poète turc Nazim Hikmet qui a occupé la jeunesse de Nedim pour une thèse où il a confronté ce poète à Louis Aragon. Nazim avait une mère peintre, divorcée et à 19 ans, il a croisé le communisme grâce à un Turc qui avait vécu la révolte spartakiste à Berlin avec Rosa Luxemburg. Il est mort en exil à Moscou en 1961 en « bon communiste » précise l’écrivain. Si Gürsel s’étend sur la question, ça tient au fait qu’il vient de publier en Turquie un roman où la vie de Nazim croise celle d’un autre communiste homosexuel… à Berlin, ville emblématique d’après Nedim. Le titre en turc indique Ange, Démon, communiste. Les Editions du Seuil pensent se limiter pour la France à L’ange rouge, pour un livre qui devait paraître en Mars, mais élection présidentielle oblige, c’est reporté en septembre. Un livre qui a dérangé les communistes turcs au nom de leur virilité. Un livre qui va nous faire visiter le vingtième siècle.

 

En fait, pour le moment, ceux qui sont le plus dérangés par Nedim Gürsel, ce sont les autorités de son pays qui n’ont pas aimé Les filles d’Allah. Alors que pour rentrer dans l’Europe, le premier ministre affirmait que son régime ne poursuivait plus les écrivains, Nedim a été accusé de blasphème. Déjà le titre… Nedim aime l’histoire et en particulier l’histoire de son pays qui a existé avant l’islam. Il rappelle que l’Anatolie c’était le pays du vin, le pays de Dionysos or aujourd’hui le premier ministre conseille aux amateurs de vin… de manger du raisin. « Il ne sait pas que le vin c’est une culture » indique Nedim.

Alors le modèle turc pour la Tunisie ? J’ai envie de dire que comme le capitalisme s’attribue des conquêtes sociales aux quelles il s’est opposé, le modèle turc s’approprie des avancées que ne sont pas les siennes. Si les responsables tunisiens veulent imiter le modèle turc qu’ils commencent à faire comme en Turquie… à enlever dans la constitution la référence à l’islam comme religion d’Etat !

26-11-2011 J-P Damaggio

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 14:17

Vénus Khoury-Ghata à Montauban

 

Chaque année l’association Confluences régale tout un chacun avec un programme littéraire qui s’appelle Lettres d’Automne. Cette année l’invitée est Vénus Khoury-Ghata qui amène avec elle ses amis. Il m’arriva de croiser cette poète à Montréal. La retrouver à Montauban disant ses textes avec Maurice Petit et Marc Roger, c’est un immense plaisir. Un musicien surprenant, Alexis Kowalczewski, a apporté une note (et plusieurs aussi) faisant univers avec les textes. Je reprends cet entretien d’un site que vous pouvez rejoindre en cliquant sur la première question, car il me semble très bien résumer ce que je perçois de cette femme. Sur cette même scène à Montauban nous avions eu le plaisir de rencontrer une autre libanaise : May Chidiac. JP D.

 

Vénus, c'est vraiment votre prénom ?

 Vénus Khoury-Ghata : Oui. Je le déteste. Quand j'étais jeune, j'étais très fière de mon prénom mais à présent, je le trouve ridicule. Je signe maintenant mes romans par Vénus Khoury-Ghata. C'est un nom très lourd à porter.

 

Comment vivez-vous votre double influence orientale et occidentale ?

 Je la vis sur le papier. Quand j'écris, ma tête est pleine de phrases arabes. Je veux les transporter en français et je butte sur une sorte de frontière. La langue arabe permet l'émotion, elle est riche en métaphores tandis que le français est beaucoup plus retenu. C'est comme si je payais une taxe. Je suis atteinte de strabisme : je ne perds jamais de vue les deux langues. Si vous me demandiez d'écrire un roman qui se passe en France, j'aurai autant de mal à le faire que j'en ai envie.

 

 Votre roman est bouleversant. Vous écrivez sur des personnes les plus fragiles de cette planète. Je vous soutiens.

 Merci de tout cœur. J'ai porté cette histoire avec une rage incroyable en moi, partout où j'allais. J'ai écris à New York. Dans l'hôtel, je racontais cette femme lapidée. Je l'ai située dans un village frontalier avec des palmiers chétifs. J'ai emporté l'image de ce village dans ma tête à New York et je l'ai couché sur le papier. Je me souviens encore m'être étonnée, en ouvrant la fenêtre, de ne pas voir le sable. J'étais réellement dans ce village. Tout le monde attend sa mort. Elle est enceinte et son ventre grossit au fur et à mesure que le tumulus de pierres grandit. Elle attend l'heure de sa mort et elle se demande si elle va avoir mal avant ou après sa mort.

 

Pourquoi avoir choisi une telle histoire ?

J'étais invitée dans un de ces pays où l'on tue les femmes à coup de pierres quand elles ont un amant. J'allais à l'université. Il y a eu un embouteillage terrible. J'ai cru qu'il y avait un match. Le chauffeur est sorti de la voiture et nous a dit qu'on était en train de lapider une femme. J'étais hors de moi. L'homme a reçu 100 coups de fouets, la femme l'a payé de sa vie. Amnesty International m'envoie régulièrement les noms des femmes qui sont lapidées. Dans le temps, on assassinait avec des grosses pierres. Aujourd'hui, on utilise de petites pierres, donc la mort dure plus longtemps. Autrefois, le corps était exposé 3 jours. Aujourd'hui il l'est pendant 7 jours. Il m'a fallu quitter un mari et un pays pour me sentir libre de parler.

 

Décrivez-nous la relation qui existe entre les deux héroïnes.

Il y a une femme : moi. Elle devient autre chose à travers la fiction. A Paris, elle a perdu la même journée son chat et son amant. Elle s'engage dans l'humanitaire. Dans ce village, on l'envoie auprès d'une femme qui va être lapidée. Elle essaye de la sauver : "tu diras que tu as été violée". L'autre lui réponds que non, qu'elle a joui et qu'elle mérite la mort.

 

Noor, c'est un joli prénom. Pourquoi l'avoir choisi pour votre héroïne ?

C'est la lumière. Mon mari s'appelle Noor Jean Ghata. Ce nom va aux hommes comme aux femmes et il éclaire les esprits enténébrés.

 

Quel personnage vous ressemble le plus ?

 Cette femme envoyée par les associations humanitaires. J'ai écrit ce livre après avoir perdu mon chat Lulu. Je démarre toujours sur le vécu et après la fiction prend le relais.

 

Etes-vous une féministe ?

Je ne savais pas que j'étais féministe. Je me sentais juste ouverte à toutes les tendances. Peut-être que je suis devenue féministe en voyant les exactions commises contre les femmes. En Afghanistan, les femmes deviennent l'équivalent d'objets. Elles n'ont aucun droit. Si c'est ça être féministe, alors je le suis !

 

A propos de la condamnation à mort, quel est votre avis sur la question ?

Je suis contre ce geste barbare. On n'ôte pas la vie de quelqu'un. On le châtie, on le met en prison. On l'enferme très longtemps ou bien on lui trouve un suivi médical qui le rende moins violent.

 

Qu'avez-vous ressenti en sachant que vous étiez sélectionnée pour le prix Renaudot ?

Pas grand chose puisque depuis 20 ans, tous mes romans font partie de beaucoup de sélection, notamment pour mon roman "La maison aux orties" d'Actes Sud. Le Renaudot ira à un jeune homme car les hommes sont plus aimés par les membres du jury. Depuis des années, une femme obtient très rarement un prix. Les femmes sont désaimées. Tout me rend amère à propos des femmes. Les pays où on les lapide, où on leur fait subir l'excision. La condition féminine fait très mal, même ici en Occident. Quand un homme de mon pays répudie sa femme, ici on appelle ça divorcer mais quelle est la différence ? C'est juste une question de termes. Je parle au nom de toutes ces femmes. Mon expérience me sert beaucoup à ce sujet.

 

Les femmes ont la part belle pour le Goncourt. Vous devez être ravie. Quels sont vos pronostics ?

J'aimerais bien que ça soit pour une fois Amélie Nothomb. Je déplore que Sami Tchack n'ait pas été retenu pour les prix mais j'ai adoré "Alabama Song" de Gilles Leroy. C'est un très beau livre.

 

Que pensez-vous de cette rentrée littéraire ?

Il y a de très bons livres comme il y a des romans qui imitent une certaine tendance, une mode de se raconter entre la maison, son bureau et ce genre de littérature dessert la littérature. J'aime beaucoup la littérature étrangère et aussi la littérature francophone. Je fais partie du jury du prix des cinq continents de la Francophonie. Cette année, le prix a été décerné à William N'Sondé, pour son roman "Le cœur des enfants léopards", publié par Actes Sud. Un autre roman qui nous a également beaucoup tentés : "Le soir où la lune ne s'est pas levé", de Dai Sije chez Gallimard. Ces romans vous dépaysent, vous emportent loin tandis que le roman français nous enferme entre quatre murs. Quand ils s'évadent, les personnages se rendent dans un café pour poursuivre la discussion. Le roman français, actuellement, souffre d'enfermement. Pour ma part, je puise mon bonheur non seulement dans la littérature francophone mais aussi dans la littérature traduite. Je lis actuellement un livre fabuleux qui s'appelle "Tout est illuminé", de Jonathan Safran Foer (éditions de l'Olivier) et de Milena Angus "Le mal de Pierre " (traduit du serbe).

 

Vous aimez écrire ?

Je n'aime rien d'autre qu'écrire ! Après vient la cuisine. J'assemble les légumes et les viandes comme je manie des mots. Je cuisine mes textes. J'aime jardiner aussi. Elaguer un texte de ses boursouflures, c'est comme tailler un rosier. Ce sont les mêmes gestes. Mais je suis d'abord poète. J'ai commencé à écrire des romans quand mon amie Régine Deforges m'a demandé d'en écrire un. C'était "Alma, cousue main".

 

Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire ?

A l'âge de 15 ans, mon frère, qui était poète, s'est initié à la drogue. Il est retourné au Liban. Pour le punir, mon père l'a envoyé dans un asile d'aliénés. Il y a passé toute sa vie. J'ai écris à sa place et j'ai raconté son histoire dans "Une maison au bord des larmes", aux éditions Actes Sud Babel.

 

Je vous trouve pleine d'enthousiasme. Ecrire est-il libérateur d'une certaine façon ?

 Certainement. Rien ne m'a consolée de la mort de mon mari (mort à 52 ans) que le fait d'écrire "Morte maison". J'ai pendant un an complètement déprimé mais une fois que vous couchez votre douleur sur une page, vous la partagez avec le lecteur. Pour la guerre du Liban, j'ai écris une trilogie et j'en racontais des choses très drôles. Le rire était libérateur d'une certaine tension.

 

Combien de livres avez-vous écrit?

J'ai publié une quarantaine de livres. La moitié en poésie et l'autre moitié en roman. Le sujet, je commence à l'apprivoiser en poème, qui est une forme d'écriture rapide, comme on prend le TGV et qu'on prend des petits flashes du paysage. Après, je passe au roman, je prends un train d'allure normale et on a le temps de profiter du paysage.

 

Avez-vous jamais pensé vous associer avec un calligraphe pour vos poèmes ?

 J'ai écris moi-même "Alphabet de sable", qui raconte l'histoire de l'alphabet arabe. Chaque signe est dessiné sous la forme d'un objet.

 

Quel est le plus beau compliment qu'on vous ait fait sur un de vos livres ?

 Sur "La Maestra" ou sur mon dernier livre, on m'a dit : "tu nous fais voyager dans des pays que nous n'aurions pas eu l'occasion de visiter". Palper un pays sans l'avoir visité, c'est pour moi le plus beau compliment qu'on puisse me faire.

 

Est-ce difficile d'être auteur aujourd'hui ? Et surtout d'en vivre ?

 D'en vivre, certainement. Je crois que je vis mieux de ma retraite de veuve de médecin que de mes livres. Il faudrait que je publie un roman par année car la poésie ne permet pas d'en vivre.

 

Quels sont les auteurs que vous aimez lire ?

Avant tout les poètes. Claude Esteban, Guy Gauffet, André Velter, Jean Orizet... la langue française en compte de très grands. Actuellement, elle a tendance à se dessécher, à rejeter les images, le lyrisme, les jolies phrases. Faut-il enlaidir pour écrire ? Je ne sais pas. Finalement, il faut une juste mesure. C'est pourquoi les auteurs francophones qui gardent un pied sur le continent et l'autre en France sont très performants.

 

Vous avez rencontré de grands noms de la littérature. Quelle rencontre vous a marquée ?

Les poètes qui sont venus déjeuner chez moi pour les prix littéraires : Alain Bosquet, Jean Rousselot, Guillevic et Claude Esteban. J'ai connu de très grands écrivains que j'aime réunir autour de ma table.

 

Quels sont vos projets ?

 Je suis en train de fignoler un recueil de poèmes pour le Mercure de France. Il s'appelle "Les Obscurcis". C'est une réponse au poème de Claude Esteban, "Je suis le mort". Moi, je lui dis "Nous sommes les morts". J'écris toujours un recueil de poèmes puis un roman.

 

Et pourquoi pas un roman sur les souffrances des palestiniens ?

 Je parle beaucoup de ce peuple dans un de mes recueils de poèmes. Je parle de leur souffrance mais je n'écrirais pas un roman car nous les Libanais, nous avons autant souffert qu'eux. Si, dans une semaine, il n'y a pas d'élection, le pays va partir à la dérive. Ils ont annulé le Salon du Livre parce que si le 23 octobre, il n'y a pas eu d'élection, il y aura une scission du pays ou une guerre civile. Donc le malheur de mon peuple est aussi grand que celui du peuple palestinien.

 

Le mot de la fin de Vénus Khoury-Ghata : Je suis très touchée que vous m'ayez lue et que vous m'ayez posé des questions aussi intéressantes et sincères. Je vous embrasse tous !

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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 22:18

Nous connaissons Philippe Guillen et son talent de dessinateur. Pas surprenant qu’il se soit intéressé au créateur de Pif et de tant d’autres, un homme comme Philippe, lié à l’Espagne républicaine. Avec sa simple signature, C. Arnal, ce dernier se cachait bien derrière ses héros. Pour le moment voici l’article de Libé Toulouse au sujet du livre.

J-P Damaggio

 

BANDE DESSINÉE. Chacun sait que Hergé est l'auteur de Tintin ou peut se souvenir que Franquin est celui de Gaston Lagaffe. Celui qui signait les pages de Pif le chien a toujours été plus discret. Ou n'a en tout cas pas suscité la même curiosité.

Il faut dire que “C.Arnal”, 1909-1982, faisait depuis déjà longtemps déjà partie du paysage quand la vogue de la bande dessinée a déferlé dans les années 70. Comme s'il avait toujours été là et ne méritait donc pas d'être découvert. Il a juste droit à un article dans Wikipédia.

Ce sont les Éditions toulousaines Loubatières qui réparent le mal. Philippe Guilllen y publie une biographie qui nous apprend que l'inventeur du glop-glop de Pifou s'appelait en fait José Cabrero Arnal. Lequel a exercé sa plume dès les années 30 à Barcelone sous la II°République espagnole.

Le dessinateur connaît l'exil en France avec l'arrivée de Franco, puis la déportation à Mathausen et les colonnes de l'Humanité dès la Libération puis le journal Vaillant jusqu'à Pif Gadget. Ceux qui se souviennent du premier de ces gadgets hebdomadaires, les pois sauteurs du Mexique, apprécieront.

 

Présentation de l’éditeur

José Cabrero Arnal

DE LA RÉPUBLIQUE ESPAGNOLE AUX PAGES DE VAILLANT, LA VIE DU CRÉATEUR DE PIF LE CHIEN

 

Les artistes se cachent souvent derrière leurs créations ; José Cabrero Arnal n’a pas échappé à la règle. Pourtant, le créateur de Pif le chien et de son ancêtre en Espagne Top el Perro, de Roudoudou, de Placid et Muzo et de bien d’autres encore, qui signait simplement «C.Arnal», eut une vie en dehors des cases et des bulles.
Passionné dès son jeune âge par l’art du dessin, par la caricature aussi, il n’a de cesse de vivre de son crayon. Durant les années 1930, celles de la IIe République espagnole, il exerce à Barcelone la Catalane. Il participe à de nombreuses revues destinées à la jeunesse avant de s’engager dans le combat pour la défense de la République. Jusqu’à la Retirada. C’est le temps de l’exil en France, où la guerre, bientôt déclarée, l’emporte de nouveau vers l’inconnu, d’abord dans les commandos de travailleurs étrangers puis en déportation.

À Mauthausen, où son talent de dessinateur et la solidarité des «Rote Spanier» l’aideront à survivre.

À la Libération, il s’installe en France et collabore à L’Humanité puis à Vaillant. L’élégance de son trait et la fraîcheur de caractère de ses personnages lui valent la reconnaissance du milieu des artistes de la bande dessinée et feront les délices de deux générations d’enfants, de l’après-guerre jusque dans les années 1970.

 

auteur : Philippe Guillen

relié  – 21,5 x 29 cm – 176 pages – quadrichromie – août 2011 – 32 euros –
ISBN 978-2-86266-659-4

 

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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 16:30

Voici le premier poème du livre de Marie-José Saintigny que nous avons publié Oh ! Grenier des maux (9 euros franco de port). Il donne le ton du recueil. JPD

 

L’écriture

 

L’écriture est le cri du silence

Qui vient tout droit du cœur

Et nettoie les rancœurs.

 

Une maitresse idéale :

Elle se couche en silence,

Sur un lit de feuilles blanches

Et déshabille le cœur de ses épines tranchantes.

 

Le met à nu et le soulage

Avec douceur, avec tendresse,

avec passion, avec ferveur

Le caresse lentement,

L’étreint avec passion

Le presse pour mieux le prendre

 

Lui fait l’amour avec des mots

Donne le plaisir qui apaise

Dans la puissance de leur étreinte

Coulent des flots,

Des flots de rage et d’espérance.

 

L’écriture est un cri

D’une puissance aimante

Qui tranche le cerveau

Pour en puiser l’essence….

 

En silence.

 

Marie José Saintigny

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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 11:47

  passé recomposé

Après avoir lu les neuf tomes des Mémoires de Jacques Duclos, son ami l’historien communiste Jean Bruhat lui demanda pourquoi seul le premier tome, l’histoire de son enfance, apprend quelque chose au lecteur, Duclos répondit :

« Que veux-tu, il fut un temps où j’étais Jacques Duclos et un autre, le plus long, où j’avais des responsabilités politiques. Alors ! » Pour Duclos, avoir des responsabilités politiques ça signifiait par exemple, effacer de sa mémoire des noms comme celui de Renaud Jean, sur la tombe de qui il alla pourtant se recueillir.

Raconter son enfance, c’est la tâche à laquelle a décidé de s’atteler Roger Cherrier dans un texte, Passé recomposé, où jaillissent comme des flashs des tranches de souvenirs. Le mérite du livre, c’est qu’il est écrit de l’intérieur de l’homme : ce n’est pas une autobiographie de quelqu’un qui regarde sa vie passée, mais le texte d’un vieux personnage qui revit au présent sa jeunesse, de 1928 à 1945, dans les milieux populaires et militants de Bourges, au cœur de toute une famille communiste et résistante. Il a eu la chance de pouvoir l’écrire lui-même avec le style adéquat et grâce à une mémoire stupéfiante, aussi le livre se lit d’un trait et témoigne avec sincérité d’une époque cruciale dans l’histoire de France. « Nous vivons tous les trois comme si chacun était seul » dit-il quand la guerre a fait qu’il se retrouve seul avec sa grand-mère et son frère. Le texte est au présent, et cette solitude même à trois, c’est peut-être le moment qui impose au gamin de puiser en lui toutes les ressources possibles pour survivre, d’où sa plongée dans la lecture.

René Merle a rédigé une préface émouvante à ce livre publié par l’Ours blanc, 15 euros, 140 pages. 25-07-2011 JP Damaggio

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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 13:56

Nous avons le plaisir de faire suivre cette information. JPD

 

Andrée Rolland Garcia - 10 allée Pierre Cot - 38550 Le Péage de Roussillon – tél 04 74 86 09 81

andree.rolland.garcia@orange.fr

 

Madame, Monsieur,

               

Je vous présente mes livres ci-dessous. N’ayant pas eu la chance de les faire éditer, ils sont  auto édités, ce qui signifie que tout est à ma charge, aussi bien les dépenses que la vente

Pour m’aider à les faire connaître voici un extrait de la lettre de Marcel Berthouard, maire communiste de Roussillon et de Daniel Rigaud, conseiller général communiste du canton de Roussillon : Si Andrée noircit les pages, elle ne salit jamais les âmes : l’humanité est sa famille. L’injustice, le racisme la révoltent. Les valeurs de la Résistance l’accompagnent depuis son enfance. Mais à la sensibilité, elle marie aussi l’humour… Le talent et la passion ne suffisent pas aujourd’hui pour s’attirer les bonnes grâces des éditeurs. C’est donc à ses frais que Mamie Doudou, ainsi que nous l’appelons affectueusement, publie ses œuvres. Acheter quelques-uns de ses livres, c’est partager avec cette grand-mère au grand cœur des moments de complicité qui nous font aimer la vie. Merci.

FEND LA BISE AU CŒUR TENDRE : 316 pages - 16 euros  (réédité en 2007 avec quelques modifications) Histoire vraie d’une famille dauphinoise avec l’épopée de la Résistance.

Voilà ce qu’en ont pensé :

Clément Bon, instituteur, syndicaliste, écrivain : En  racontant avec tendresse et avec sa merveilleuse sensibilité l’histoire vraie d’une famille dauphinoise attachante avec un don de notation juste et de la suggestion qui fait rêver, son ouvrage se dévore comme un roman.

Claude Pujade Renaud, écrivaine : Histoire d’une famille qui se bat avec un courage tenace contre les difficultés quotidiennes et contre l’oppression. La solidarité, la tendresse et surtout l’humour transparaissent dans chaque chapitre. Le plus remarquable est cette façon d’user de l’humour dans les moments les plus durs. Belle œuvre de mémoire et de fidélité. De ces livres que l’édition officielle refoule et qui méritent d’être connus et diffusés largement.

Pierre Durand, journaliste, historien, écrivain, Résistant déporté :  Livre plein de chaleur et d’émotion écrit de main de maître avec l’extraordinaire traversée de la Résistance. Cette œuvre d’amour, d’humour, de simple vérité et d’inaltérable confiance est un témoignage qui mérite d’être connu.

CORALIE AU ROYAUME CURIE : petit conte en couleur - 4,50 euros 

 Merveilleuse façon de décrire une situation dramatique, celle d’enfants hospitalisés traités par chimiothérapie.

Humour et joie de vivre se dégagent de ce petit conte.

ENTRE MINUIT ET LES COUVERTURES : 6 euros 

Correspondance entre un enfant en colonie de vacances et ses parents. Adorables mots d’enfant, réponses poèmes.

MOHA  - roman -  320 pages -  18 euros

Histoire bouleversante d’un adolescent confronté au racisme, à la drogue, à la prison. Ecrit avec humour, tendresse, émotion, ce roman tient en haleine jusqu’au bout, bouleverse souvent et parfois fait rire. Il a été étudié dans un lycée de la banlieue de Chambéry.

L’AURORE N’ETAIT QU’EN EUX : 63 pages -  6,50 euros

Annexe au roman Moha concernant de jeunes Résistants fusillés à Châteaubriant, à Nantes, au Mont Valérien et à Besançon.  Il n’avait pas vingt ans ou vingt ans à peine celui qui croyait au Ciel, celui qui n’y croyait pas. Un même combat, un même courage, un même sacrifice pour notre liberté.

( réduction du prix consentie pour commande à partir de 5 exemplaires, par exemple  pour récompenser des jeunes participant au concours national de la Résistance)

LA RIBAMBELLE : roman - 72 pages -  10,50 euros

Après avoir vécu une merveilleuse histoire d’amour, chacun de leur côté, Léa et Franck s’enfermaient dans leur deuil respectif. Heureusement la vie appelle la vie. Un jour, ils se rencontrèrent et ce fut : 1 + 2 + 3 = 6 en 3 fois. À vous de comprendre !

LE MYSTERE DE LA PETITE REINE : 123 pages - 15 euros

Treize petites histoires vraies ou de fiction, tendres, drôles parfois ironiques. La plus longue est policière et donne son titre au livre. Comme dans tous mes écrits, l’humour est au rendez-vous.

LA RÉSISTANCE AUX PORTES DE GRENOBLE - LE 3ème BATAILLON FTPF-FFI DE CHARTREUSE : Document illustré - 18 euros

L’auteur Alfred Rolland ( mon frère) a seize ans lorsqu’il entre dans la Résistance. Il retrace magistralement l’histoire de ce bataillon. Ce travail d’historien, grâce entre autres aux archives de ce Bataillon, est un document précieux à faire connaître aux nouvelles générations.

 

Voilà ce que pensent de mes livres :

Alex  Boudarel, bibliothécaire : C’est sur la qualité d’écriture que je voudrais insister. Il n’est pas si courant de rencontrer une écriture nette et qui donne envie de lui emboîter le pas dès les premières lignes. Les dialogues, les descriptions, les mises en situation semblent aller de soi alors qu’il s’agit d’un travail d’écriture très élaboré.  Au fil de ses ouvrages Andrée Rolland Garcia se révèle un écrivain dans l’âme. Et faut-il qu’elle le soit pour auto éditer ! Elle sait avec une apparente simplicité parler à chaque lecteur de choses, de sentiments qui lui sont proches, et l’on sent, derrière les mots, une immense générosité qu’elle nous fait partager, à laquelle on ne peut qu’adhérer.

Jean-Pierre Guy - Président de l’Institut C.G.T d’Histoire Sociale de l’Isère rhodanienne : Andrée Rolland Garcia possède non seulement les qualités d’un écrivain mais aussi les qualités de cœur qui lui permettent de faire vivre à ses lecteurs des problèmes importants du monde d’aujourd’hui. Tout ceci avec des personnages simples et bien ciblés, celles et ceux que nous pouvons rencontrer dans la vie de tous les jours. . Soutenue par aucun montage financier, mais avec la conviction du rôle militant de ses écrits, Andrée Rolland Garcia mérite qu’on l’aide à faire connaître ses livres et à les diffuser et plus particulièrement dans nos bibliothèques de Comités d’entreprises puisqu’elle est éminemment un « produit » de la Culture populaire.

Michel Étiévent, écrivain : Grosses amitiés, Andrée. O écrivaine, ciseleuse de mots !

 

                J’espère que vous avez eu la patience de lire cette longue présentation et j’espère surtout vous avoir convaincu. Mes livres n’étant pas en librairie, je vous remercie de bien vouloir les faire connaître auprès des associations de Résistance,  des mairies, des bibliothèques, des lycées et collèges.

 Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, mes sincères salutations.

Andrée Rolland Garcia

Bon de commande :

 

 

 

Nom et prénom :

Mairie :

Bibliothèque :

Adresse :

Prix franco de port. Pour une commande de trente euros un petit livre sera offert. Commande à adresser à  Andrée Rolland Garcia -10 allée Pierre Cot - 38550 Le Péage de Roussillon. Joindre un chèque libellé à son nom ou paiement par mandat administratif. C.C.P. Grenoble 2 417-85 T

 Andrée Rolland Garcia - 10 allée Pierre Cot - 38550 Le Péage de Roussillon

Téléphone : 04 74 86 09 81 - andree.rolland.garcia@orange.fr

Titre

Prix

Nombre

Montant

Pour enfants :

 

 

 

Mamie Doudou

(épuisé)

 

 

Coralie au royaume Curie

4,50 €

 

 

Entre minuit et les couvertures

6,00 €

 

 

Pour adolescents et adultes :

 

 

 

Fend la bise au cœur tendre

16,00 €

 

 

Moha

18,00 €

 

 

L’aurore n’était qu’en eux

6,50 €

 

 

La Ribambelle

10,50 €

 

 

Le mystère de la petite reine

15,00 €

 

 

La Résistance aux portes de Grenoble

18,00 €

 

 

Total de la commande

 

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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 18:22

Khaled-Al-Khamissi-2.jpg

Le Marathon des mots a commencé dans une bibliothèque de quartier archi pleine pour un débat audacieux avec Khaled Al-Khamissi l’Egyptien qui a vibré au rythme de la révolution dans son pays. J’ai totalement été passionné par son témoignage sincère, précis, global et historique sur des événements qu’il lui tardait de rejoindre, car il sait très bien que la contre-révolution est en marche («c’est une guerre de chaque seconde »). A l’intervenante, qui lui a fait remarquer qu’il était également important de témoigner dans le monde, il a répondu que c’était une réflexion de quelqu’un ici en France, car on n’imagine pas l’ampleur de la lutte au quotidien dans son pays.

Khaled Al-Khamissi a nettement expliqué que la révolution a été l’œuvre d’une partie de la classe moyenne à laquelle il appartient, dans une société où les classes sont très nettement marquées, où les fossés se creusent. Il a fait ses études au lycée français (il y passe le bac en 1980), il a été forcé à lire tout jeune jusqu’à ce qu’il finisse par aimer cette activité qui lui a permis, autour de 12 ans, de se plonger dans les grands auteurs européens. Il a continué ses études à La Sorbonne. Scénariste de plusieurs films pour sa compagnie cinématographique (d’où son propos précis sur le cinéma – voir plus loin), il en est venu dernièrement à l’écriture dont il vit à présent grâce au succès phénoménal de son premier récit (j’écris récit pour ne pas dire roman mais le texte est inclassable).

 

En bas de l’échelle sociale, il chiffre les vagabonds au nombre de 300 000 à 500 000, des vagabonds choyés par la contre-révolution par de nombreux dons financiers pour qu’ils propagent la peur. L’Arabie saoudite a l’œil sur l’Egypte comme jamais !

Juste au-dessus, ceux qui se tuent au travail avec trois « jobs » par jour !

Il précise très bien comment le pays a basculé petit à petit dans l’obscurantisme, avec les années 70. A l’écouter je vérifie ce que m’a toujours répété un ami tunisien : les pays arabes comme les autres appartiennent à présent à l’histoire mondiale. Ils ont connu comme partout au cœur des années 60 des luttes pour l’indépendance, pour l’éducation, pour la culture puis avec les années 80 les régressions néolibérales, la fascination pour le modèle US de la part des riches avec l’éducation marginalisée. Pour la classe moyenne favorable au régime de Moubarak l’éducation tenait en trois piliers : business, management, marketing.

Parmi les dites régressions il fait le tableau de l’évolution du cinéma qui, en Egypte, a été très puissant, pour passer ensuite sous tutelle de l’Arabie saoudite et le contrôle des barbus. Sensible aux caméras il rappelle son étonnement sur la place Tahrir quand il a vu qu’un caméraman français préférait filmer deux barbus que des femmes sans voile qu’il avait sous les yeux…

 

Et Israël ? lui demande une israélienne présente.

Il fait une double réponse que je rends de mémoire : la classe politique pèse le pour et le contre mais dans la conscience populaire il est évident qu’Israël disparaîtra un jour, ce pays tombé du ciel par parachute n’a pas sa place dans ce territoire. Ceci étant cela ne suscite pas d’animosité contre cet ennemi : il disparaîtra de toute façon, il suffit d’attendre…

 

L’écrivain

Il a été connu avec un livre à partir de récits de chauffeurs de taxi et qui s’appelle Taxi. L’homme est habité par l’humour et rappelle qu’il existe un couple inévitable entre les dictatures et les blagues. Il livre dès ce moment là un témoignage du mécontentement des Égyptiens à travers les récits des chauffeurs (2009, Actes Sud) dans un style nouveau qui est à la frontière de la sociologie, de la politique et où le peuple peut se voir dans un beau miroir. «L’Arche de Noé», est une allégorie à paraîtra en septembre que Magyd Cherfi nous a fait découvrir (d’où sa présence sur la photo avec l’écrivain en chemise blanche) en un style pas tout à fait professionnel mais d’autant plus vivant, contenant parfois avec peine son envie de rire. Comme avec Kamel Ben Hameda nous avons eu droit à des portraits de femmes mais dans des circonstances différentes.  

Cette révolution a redonné la fierté d’être arabe à beaucoup de personnes y compris dans les pays voisins.  28-06-2011 J-P Damaggio

 

Voir aussi sur le site WODKA un article avec commentaire de l’écrivain.

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