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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 18:33

Personne, pas même moi, ne pourra vous dire qui lança cette idée mais la mission ayant été confiée à Candide elle ne pouvait que réussir !

Dès le 14 juillet, sur son vélo blanc tout terrain, le mythe voltairien par excellence s’en alla à travers les rues pour inviter les mythes et légendes du théâtre à devenir spectateurs ou spectatrices, dans la Cour d’Honneur du Palais des papes d’Avignon, d’un spectacle imprévu, le 21 juillet. Le mythe qu’il croisa en premier, ce fut peut-être sa chance, n’était autre que l’Avare qui, rassuré quand il apprit que l’entrée était gratuite se chargea de relayer le projet. Le bouche à oreille fonctionna si bien qu’il arriva un moment où Candide, un noir doté d’une petite barbe, commença à enregistrer des réclamations qu’il n’avait pas prévu de gérer ! La plus sérieuse lui est venue d’un petit homme barbu prétendant que certains étaient plus une légende par leur vie que par leur œuvre et qu’à ce titre, ils devaient pouvoir entrer au même titre que le Misanthrope ou Scapin. Dans un lieu aux 2000 places, les mythes et légendes pouvaient s’entendre au sens large, donc Jaurès ou Louise Michel seraient aussi bien acceptés que la Mégère apprivoisée ou Marie Tudor.

D’autres revendications surgirent dont celle d’Olympe de Gouges qui voulait savoir si en fait de Mégère, l’invitée était plutôt celle à apprivoiser ou celle apprivoisée ? Candide, prenant de plus en plus sa mission au sérieux répondit sans hésiter :

- Bien sûr, le Mégère à apprivoiser car les légendes et mythes ne pouvaient se déplacer qu’en leur naissance non en leur finition ! Comment le cadavre de Dorian Gray irait-il jusqu’à la Cour d’Honneur ?

Olympe en fut rassurée tout autant que Simone de Beauvoir, les deux présentant de la même manière, un autre cas de figure : une légende par la vie autant que par l’œuvre !

Le 21 juillet arriva vite et la foule attendue commença à monter les marches du Palais des papes sous l’immense affiche très colorée annonçant une exposition sur les… Papesses !

 Personne, pas même moi, ne pourra vous dire qui décida d’organiser cette foule, non suivant les travées comme d’habitude, mais suivant les fonctions des mythes et légendes.

Les spectateurs groupés sur la place du Palais des Papes purent ainsi observer mythes et légendes montant paisiblement de la Place de l’Horloge.

 Tout commença par la musique, compagne inévitable de tout spectacle. Beethoven aux côtés de Jean-Sébastien s’élancèrent les premiers avec dans leurs pas Pablo Cazals. Dans un coin certains suivaient l’événement avec de petites jumelles et tentaient de lire sur les lèvres ce qui faisait les conversations de personnages ayant peu d’occasions de se rencontrer en de telles circonstances solennelles. Pau Cazals semblait plaider en faveur de la mélodie, en faveur de la provocation qui soit une continuation de la mélodie. Tous étant artistes ou mythes créés par la vie ou les artistes, ils gravissaient les marches et partaient s’installer sur les fauteuils, avec la même inquiétude : n’allaient-ils pas assister à une provocation pour la provocation qui a toujours été l’assassinat de l’art par l’art ? ou inversement n’allaient-ils pas assister à la normalité pour la normalité, qui a toujours été la conformation de l’art par l’art ? Ils avaient fait confiance à un Candide noir sur un vélo blanc mais entre le meilleur des mondes philosophiques et les malheurs du monde réel, qui fondra en émotions nouvelles ?

 Quelqu’un s’exclama : Même Benedetto est là ? Conformément aux dires de Candide il s’agissait d’un Benedetto tout jeune, doté de l’inévitable guitare des années 60. A ses côtés, Robespierre mais pas Marx qui cette année n’était pas en Avignon, pas plus d’ailleurs que l’immense Pirandello ! Dans un autre coin, des applaudissements jaillirent à l’arrivée des femmes qui se serraient les coudes car parmi les mythes elles avaient peu de place, plus souvent destinées aux enfers qu’au paradis. Juliette était là sans son Roméo, et la Belle sans sa bête ! Marie Tudor avait une magnifique robe rouge et les Précieuses semblaient d’un ridicule à toute épreuve. Plusieurs sorcières du voyage ne se sentaient pas méprisées.

 

Le plus fou se produit quand ce public de choc découvre sur scène de la Cour d’Honneur, un grand lit appelé king size, anglais oblige. Les plus documentés comprennent aussitôt qu’on leur offre l’Opéra-Théâtre de Christoph Marthaler au succès tel que le public a exprimé sa joie par une ovation debout, pour une pas dire une standing ovation !

 Tout d’abord, le metteur en scène apparaît sur la scène et précise dans six langues en finissant par le japonais, qu’il est recommandé de laisser son téléphone portable allumé, de froisser le papier de ses bonbons et de tousser sur tous les tons. Le ton de la provocation est là. La plaisanterie dure dix bonnes minutes, une éternité pour un spectateur peu familier avec le culte de l’ennui cher à Marthaler ! Mais contrairement aux prévisions, les 2000 mythes et légendes présents sur les gradins décident alors de faire sonner, en appuyant sur la touche répète, leurs portables, et donc, dans une cacophonie sans nom, chacun se met à regarder sans intérêt une femme allant et venant sur la scène, jusqu’à ce que Eva Peron, la Eva Peron chère à Copi, ne s’écrie en s’installant sur la scène, dans une pose impériale : « Cette femme avec le cabas, c’est un clin d’œil à la femme assise de Copi ! »

 Alors l’homme endormi dans le lit king size se lève, prend sa douche, puis s’habille. Il s’avère être le pianiste mais contrairement aux attentes de Marthaler le délire ne s’empare pas de la scène musicale qu’il a eu tant de mal à mettre au point, mais bien de la salle, sous la conduite d’un Pablo Cazals fou de rage et de douleur. Bach face à Tout, tout pour ma chérie de Michel Polnareff ? Pour le burlesque, le loufoque ? Pour le massacre, hurle Pablo, pour le massacre de tout message, de tout émotion, et pour produire un rire ni jaune ni franc mais de complaisance. Halte à la complaisance envers le non sens !

Dans les travées, les hurlements s’enchaînent ni au nom de la tradition, ni au nom de la provocation, mais au nom de la joie de vivre, malgré tout ! Tout l’art de combat est dans ce « malgré tout ».

 Bien sûr, les acteurs de Marthaler qui découvrent leur scène occupée pacifiquement, n’en continuent pas moins leur culte de l’ennui et l’absurde. Qu’est-ce qui pourrait les déranger ?

Marthaler n’a rien à dire et il le fait très bien, aussi il sort de son bonnet une citation de Pasolini, extraite du Manifeste pour un nouveau théâtre :

« Le théâtre facile est objectivement bourgeois ;

Le théâtre difficile est fait pour les élites bourgeoises cultivées ;

Le théâtre très difficile est le seul théâtre démocratique. »

On se pose comme on peut…

  

Pas à pas la Cour d’Honneur se vide. Candide n’est pas là pour enregistrer les réactions. Il a compris : on l’a pris pour un candide et c’est sûr, ça ne se reproduira pas ! Quant à Marthaler il finira un jour par inventer le fil à couper le beurre et en fera enfin le chef d’œuvre tant attendu !

 

Jean-Paul Damaggio

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 14:49

 

Au Marathon des mots, nous avons entendu Alicia Dujovne Ortiz aussi je reprends cette chronique ancienne… en attendant mieux. JPD

 

 

Michèle Gazier, Télérama N° 2551- 2 décembre 1998

Le tango pour pays

Au départ, une célèbre toile de Toulouse-Lautrec : « Au salon de la rue des Moulins » Des filles y attendent les clients. L'une d'elle, rousse, ronde, nez mutin et longs bas verts, occupe le centre de la toile. C'est la favorite du peintre. Elle s'appelle Mireille. Comme lui, elle est originaire d'Albi. Un jour, Mireille partira pour Buenos Aires, où les Françaises couleur de lait et de miel attirent les Argentins au regard triste. Là disparaît sa trace. Ici commence sa légende...

L'écrivain argentin Julio Cortazar, que fascinaient Lautrec et sa femme rousse au corps lascif, a écrit un court texte — Un gotan pour Lautrec —, dans lequel il raconte en quelques mots l'histoire de Mireille, qu'on retrouve, dit-il, des années plus tard, sous les traits de la « blonde Mireya », héroïne du célèbre tango Tiempos viejos (« Temps anciens »), signé de Romero et Canaro.

C'est ici qu'intervient Alicia Dujovne Ortiz, compatriote de Cortazar, ayant comme lui choisi la France. Paris, bien sûr, mais aussi ce Sud, entre Toulouse et Albi, dont est issu Lautrec, son modèle, et aussi la figure mythique du tango argentin Carlos Gardel. Fidèle au précepte de Cortazar selon lequel « toute bonne invention est la vérité même », Alicia Dujovne invente le réel avec gourmandise. Elle pénètre dans le tableau de Lautrec, elle s'insinue dans la vie, dans le corps voluptueux de Mireille, qui aime « rayonner » sous celui des hommes de passage. Elle part avec elle pour l'Argentine, sur ces bateaux qui transportaient pêle-mêle des immigrés de l'Europe pauvre, des filles à vendre, des marchands de viande de retour en Argentine après d'ébouriffantes virées dans le Paris canaille. Elle nous fait ensuite découvrir les bas-fonds de Buenos Aires, leur violence sourde, leur respiration chaloupée : les maisons où attendent les filles ; les hommes aux cheveux bleu nuit, aux yeux d'encre et de charbon, qui fuient les solitudes de la pampa pour ces bals mal famés où parlent la musique, la danse et le couteau.

Bien plus qu'une biographie imaginaire, qu'un roman d'aventures avortées et d'amours impossibles. Femme couleur tango est un livre sur l'Argentine, sur l'immigration et sur cette quête désespérée d'identité qu'expriment entre douleur et plaisir les figures hésitantes et tragiques du tango.

L'Argentine de Mireille revisitée par Alicia Dujovne Ortiz est celle des rêves de fortune, des illusions déçues, des racines qu'on croit pouvoir oublier en s'arrachant à sa terre et dont on s'aperçoit qu'elles étaient une part de soi. « Devenir Argentin, c'était toujours trahir un ancêtre», écrit la romancière, qui porte dans son nom même — Dujovne Ortiz — l'histoire d'aïeux venus de ghettos de l'Europe centrale et des provinces levantines d'Espagne. Histoire qu'elle a racontée dans un précédent roman L'Arbre de la gitane (1)...

Dans ce pays étrange où l'on entend toujours une autre langue, un dialecte, derrière l'espagnol chantant qui est langue nationale, est née une danse qui, nous dit Alicia Dujovne, est une exploration du sol, une manière à la fois prudente et brutale de prendre pied sur une terre inconnue. un « comme si oui, comme si non » d'immigrés pas tout à fait d'ici, plus tout à fait d'ailleurs. Le tango, c'est le territoire de ceux qui n'ont pas de territoire, le passeport de ces paumés qui n'ont pris qu'un aller simple direction l'inconnu, objectif le salut. Le tango, c'est l'art d'effacer du bout du pied les faux rêves du départ, les cauchemars de l'arrivée, la misère, la solitude, la discrimination, la hiérarchie des couleurs de peau.

La figure enfantine de Carlos Gardel, avec « ses dents pour sourire » et non pour mordre ni pour manger, comme le décrit avec humour et tendresse Alicia Dujovne, est en ce sens exemplaire. Né (en France) dans la pauvreté et l'humiliation, il devient par le seul charme de sa voix le symbole d'un peuple composite qui cherche des dieux à son image. Dans le phrasé voluptueux du chant de Gardel qui traverse l'âme, le corps, le temps et l'espace, l'Argentine se reconnaît, pleure et danse. Ni jaune d'Asie, ni noire d'Afrique, ni rouge indienne, ni blanche d'Europe, elle a choisi, comme Mireille, d'être... couleur tango •

(1) Ed. Gallimard.

 

Femme couleur tango, d'Alicia Dujovne Ortiz. Traduit de l'espagnol (Argentine) par Françoise Rosset. Ed. Grasset, 322 p., 135 F.

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 15:01

www lemarathondesmots.com

 

Faut-il que l’envie de changer le monde soit telle, pour que la Marathon des mots se penche sur la question ? Pas d’hésitation, l’entrée de la politique dans cette considérable opération culturelle (surtout littéraire), se fait sous le titre : Révolutions et nous lisons :

« Animé par Olivier Poivre d’Arvor, directeur de France Culture et président du Marathon des mots, ce premier Marathon des idées sera l’occasion de cinq tables rondes autour de la thématque : « Un autre monde est-il possible ? », en présence de Gilles Kepel, Jack Lang, Hernan Lombari (ministre de la culture de Buenos Aires), Damian Tabarovsky (écrivain-éditeur), Martin Hirsch, Gilles Bertault et du philosophe Raphaël Enthoven. »

Autant de gens respectables qui cependant ont globalement la même réponse à la question.

Peut-être cependant une précision sur le cas de Lombari qui a un titre ronflant, comme si l’adjoint à la culture de Paris devenait ministre. Il est en fait un ordonnateur des basses œuvres du maire très droite de Buenos Aires Mauricio Macri et son dernier exploit culturel a consisté à virer du Centro Cultural San Martín des jeunes qui autogéraient le lieu depuis des années, en les traitant de criminels. Tabarovsky auteur d’un pamphlet en 2004 sur les littératures de gauche risque de ne répondre que par le verbe et non sur le fond.

 Mais penchons-nous sur le programme qui a mis à l’honneur l’Argentine et donc Jorge Louis Borges, grand écrivain qui fait effectivement, pour ce pays, l’essentiel de ma bibliothèque littéraire.

Parce qu’il est plus difficile d’accéder à d’autres.

Cortazar ? Il sera évoqué (j’ai beaucoup de mal à le lire) comme Sylvia Ocampo.

Une note particulière pour Alicia Dujovne-Ortiz qui a un pied à Toulouse et l’autre à Buenos Aires.

Un point à observer (parmi des centaines) : la présence de Elsa Osorio (voir article).

Et finalement Roberto Arlt sera lu par Pierre Santini le 29 juin à 18 heures. Arlt est le contraire de Borges. Ce qui n’enlève ni ajoute aucun mérite de plus à l’un ou l’autre.

Des films aussi à l’ABC comme El Chino, plus tendre que le cinéma argentin habituel, Carnets de voyage sur le Che, et ce film qu’il m’est arrivé de présenter à Montauban, Dans les yeux (plusieurs références sur ce blog)

 

Surprise, Marie-Christine Barrault va lire Journal amoureux de la petite fille de Léon Cladel, Dominique Rollin (vendredi 11 h 30) et surprise encore, les lettres occitanes seront un peu du voyage : aux Jacobins Mesguich lit Emigrants et Claude Marti sera là aussi pour lire la bataille de Muret. JPD

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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 10:45

 

                                  Reydellet.jpg

 

Instit, poète et peintre voici la présentation qu’il donne de son premier recueil de poésie disponible chez Deloche à Montauban en préparation du débat du 7 juin. JPD

 

Quarantaine ?

Ni l'isolement protecteur, ni l'âge épanoui. Juste la cueillette sélective de mes fruits d'encre préférés. Cette écriture, qui accompagne souvent en rimes les minutes de ma présence au monde, attendait patiemment d'être présentable.

Le pouvoir des mots ensemence le territoire de la poésie quand il sert à dépasser les renoncements. La poussée du vers révèle des intentions dont le naturel est le partage des images. Ainsi, des illustrations, en regard des poèmes, concourent à visiter amplement la géographie de mes contrées intimes.

Le terme qu'il me plairait voir être employé à propos de mon expression artistique serait la contraction de poète et de peintre : « poeintre », mais en toute décontraction... C'est un premier prix au concours Midi-Pyrénées de la Société des Poètes et Artistes de France qui m'a convaincu, enfin, de proposer cet éventail de textes complices.

 

Je te laisse, premier ouvrage, entre de bonnes mains en souhaitant vivement atteindre la quarantaine de recueils. 

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 14:24

Ils sont cinq sur la scène du Théâtre Olympe de Gouges à Montauban, pour jouer et chanter Leprest.

Vieux débat en France (ou peut-être ailleurs aussi) que celui de savoir si on peut, ou pas, faire mieux que l’interprète premier d’une chanson. Une chanson de Leprest dans la bouche d’Yves Jamait, est-ce possible ?

Avec Yves Jamait nous avions aussi Romain Didier et Jean Guidoni et à la fin le public s’est levé spontanément pour applaudir. Les chansons de Carlos Gardel peuvent-elle sortir de la bouche de quelqu’un d’autre ? Bien sûr, pour la postérité du tango ! La mort d’un interprète ne peut pas être la mort d’une chanson ! Ce qui ne signifie pas que tout le répertoire de l’interprète puisse passer l’épreuve. Tout dépend de la chanson et de celui qui la chante et les trois interprètes du jour étaient artistes avec dans la bouche des paroles d’Allain Leprest. Et j'ose l'écrire, ils firent toujours autrement qu'Allain Leprest, mais parfois mieux que lui !

Depuis combien de temps n’avais-je pas entendu Jean Guidoni ? Romain Didier est plus présent sur ma route. Mais les deux étaient, sur la scène montalbanaise, bien différents de d’habitude. Même Yves Jamait avait abandonné son immanquable casquette et le style qui va avec.

Pour l’hommage à Allain Leprest.

D’un tel spectacle il est difficile de retenir une émotion parmi d’autres mais allons-y pour une chanson que je donne à la fin.

C’est peut-être… et jamais on le saura !

Mozart, Colette, Le Grand Jacques, Van Gogh, Cerdan et Jésus unis dans une chanson comme des possibles ratés pour certains enfants, c’est la musique, la littérature, la chanson, la peinture, le sport et un certain sens de la religion (Leprest a écrit une chanson à la gloire de l’athéisme) qui ne sont pas mis à la portée de toutes les intelligences. Parmi les noms j’y aurai mis Zavata mais bon…

Tout simplement parce qu’en septembre 1972, pour mes premiers trois mois devant des enfants, j’ai découvert en classe de CP un gamin qui était un clown né. Je ne sais ce qu’il est devenu mais en entendant Jean Guidoni lancer « C’est peut-être Mozart le gosse qui tambourine… » j’ai pensé à ce gamin, un génie comme je n’en ai plus jamais croisé. Il pouvait transformer n’importe quelle « récitation » comme on disait alors, pour faire rire toute la classe ! Je n’étais pas dérangé par ce talent mais je savais parfaitement qu’il n’avait pas d’avenir. Pas parce qu’il faut adopter le ton d’une poésie à la poésie mais parce que dans la vie le rire est un mauvais conseiller.

J’ai pensé à lui parce que le spectacle était marqué par des voix d’enfants racontant la vie de Leprest. Ce n’était pas joué d’avance, de telles coupures, et pourtant elles auraient manqué.

Bravo les artistes. Jean-Paul Damaggio

 

C’est peut-être d’Allain Leprest

 C´est peut-être Mozart le gosse qui tambourine

Des deux poings sur l´bazar des batteries de cuisine

Jamais on le saura, l´autocar du collège

Passe pas par Opéra, râpé pour le solfège.

 

C´est peut-être Colette la gamine penchée

Qui recompte en cachette le fruit de ses péchés

Jamais on le saura, elle aura avant l´heure

Un torchon dans les bras pour se torcher le coeur

 

C´est peut-être Grand Jacques le petit au rire bête

Qui pousse dans la flaque sa boîte d´allumettes

Jamais on le saura, on le fera maçon

Râpé Bora Bora, un mur sur l´horizon

 

C´est peut-être Van Gogh le p´tit qui grave des ailes

Sur la porte des gogues avec son opinel

Jamais on le saura, râpé les tubes de bleu

Il fera ses choux gras dans l´épicerie d´ses vieux

 

C´est peut-être Cerdan le môme devant l´école

Qui recolle ses dents à coup de Limpidol

Jamais on le saura, KO pour ses vingt piges

Dans le ring de ses draps en serrant son vertige

 

C´est peut-être Jésus le gosse de la tour neuf

Qu´a volé au Prisu un gros œuf et un bœuf

On le saura jamais pauvre flocon de neige

Pour un bon Dieu qui naît, cent millions font cortège

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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 12:33

                                               aragon.jpg

Pour la fête à Ferré, Cali a décidé de reprendre un poème d’Aragon très largement chanté, très largement connu et c’était là une audace risqué car pouvait-il faire mieux, pouvait-il chanter avec son talent dans les pas des autres ?

Ce poème et moi, c’est une histoire particulière, et avec Cali j'ai pu en revivre les moindres nuances.

« Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes… » C’est à la page 227 du recueil Le roman inachevé, dans la partie Strophe pour se souvenir, et avec cette date 1955. Un peu avant, un autre poème a pour date 1945 : Le prix du printemps. Les deux seules dates.

J’avais vingt ans, je connaissais un peu Desnos, Tzara, Benjamin Perret et je me suis proposé de passer les vacances d’été avec Aragon. J’ai choisi Le roman inachevé qui n’est ni un roman et qui n’est pas inachevé sauf à penser que toute œuvre est inachevée. Mes étés ont toujours consisté en travaux des champs avec une semaine de vraies vacances à la fin. Le temps de lecture c’était pendant la sieste de mes parents. Et petit à petit j’ai dégusté l’Aragon de 1956 avec d’ailleurs une belle préface d’Etiemble de 1966.

Jeunes gens le temps est devant vous comme un cheval échappé dit le poète qui sent déjà que le temps est trop derrière lui et quel temps ? Je change ici de mètre pour dissiper en moi l’amertume, amertume a dit le poète ? Il ne reste à ma lèvre enfin que cette injure L’âge et la sécheresse à parler d’autrefois, parler d’autrefois, craint donc le poète ? Un autre fois fait de quoi ? Les beaux habits du soir un à un que l’on quitte Tombent indolemment sur l’aube des planchers On dirait que notre fantôme les habite.

 Aragon est à un tournant de sa vie, un tournant que l’on sent douloureux, une douleur qu’il veut faire partager et pour ne pas être plus long ici, j’en viens aux Vingt et trois étrangers et nos frère pourtant.

En lisant ce poème en 1971 je ne connaissais rien de l’histoire de l’Affiche rouge, de la Résistance des étrangers, je n’aimais ce poème que pour lui-même. J’étais intrigué par cette date : 1955. Pourquoi l’écrire puisque le poème renvoie lui-même onze ans en arrière ?

Ce poème m’a suivi, les chanteurs m’ont obligé à le suivre et petit à petit j’ai appris l’histoire du PCF, de la Résistance et j’ai eu la confirmation que cette date n’était pas là par hasard pas plus que le poème suivant du recueil ne porte sans conséquence le titre de La nuit de Moscou.

 Aragon le poète de la Diane française, je veux dire el poète de la Résistance, a donc attendu dix ans avant de célébrer parmi les Résistants ces noms si difficiles à prononcer !

Onze ans déjà que cela passe vite onze ans, Vous vous étiez servi simplement de vos armes La mort n’éblouis pas les yeux des Partisans, quel acte glorieux de la Résistance ?

 Pour moi, un poème est le lieu même où pas un mot n’est inutile, tous tendant vers ce vers final que Cali a fortement appuyé : Vingt et trois qui criaient la France……. En s’abattant.

Ils ne sont pas abattus car ce sont eux qui ont pris en toute conscience le risque d’aller à la mort. Les soldats qui appuient sur la gâchette sont des irresponsables.

 Mais vraiment criaient-ils la France ? Si oui, quelle France ?

Le vers n’aurait-il pas pu être : Vingt et trois qui criaient Révolte …. En s’abattant.

Je sais, pour beaucoup encore à l’époque dire la France c’était dire Révolution…

Bref, merci à Cali, à Ferré, à Aragon et à tant d’autres qui font vivre l’art et d’ailleurs Melismell chanta une ode aux artistes. Jean-Paul Damaggio

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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 12:25

                                        51-leo-ferre-blog.jpg

Dessin de Rosendo Li

Le Festival de Montauban Alors Chante vient de renouer avec une ancienne tradition : faire la fête à un artiste. L’invité d’honneur composait une programmation et à la fin les artistes invités chantaient avec lui en une soirée inédite.

En 1992 ce fut la fête à Ferré. Vingt ans après la mort de l’artiste les organisateurs ont réussi un pari très difficile : mettre ensemble une bonne dizaine d’artistes très différents qui d’abord ont chanté une de leurs chansons puis une chanson de Ferré. Nilda Fernandez a cependant opté pour une chanson de Ferré dans les deux cas sauf que la première chantée à cappella « que sont nos amis devenus… » appartient à tous. Pour celle de Ferré il proposa une interprétation magnifique de La solitude.

Parmi les autres artistes il y avait ceux que je connaissais : Bruno Ruiz, Yves Jamait, Les Grandes Bouches (en plus de Nilda Fernandez, un habitué de Montauban), mais surtout d’autres que je ne connaissais pas comme Cali, Alexis HK, Melismell, Catherine Boulanger et Camelia Jordana.

Pour la musique nous avions l’orchestre du Conservatoire de Montauban et chaque artiste chantant seulement une chanson il a fallu un respect mutuel entre tous et une organisation minutieuse qui a dû demander un travail colossal.

 C’est extra et Jolie Môme furent les choix d’Yves Jamait qui montra, avec son talent habituel, une face de Léo Ferré en s’appuyant… sur l’accordéon.

Alexis HK chanta les anarchistes et, découvrir un jeune s’emparant de cette chanson aujourd’hui, ça fait plaisir, d’autant que sa voix magnifique a pu appuyer des paroles historiques. Martin Malvy présent dans la salle pouvait applaudir avec joie… car l’art dépasse la politique.

Catherine Boulanger aurait voulu être une chanson de Ferré et les Grandes Bouches ne pouvait rater la révolution ça dérange. Une soirée pleine de révolution et d’amour comme ‘observera à la fin l’organisateur du Festival, Jo Masure à qui Ferré dédia un beau poème lu par Alexis HK. Camelia Jordana en choisissant La petite trouva aussi dans le répertoire une chanson lui tenant à cœur.

Bruno Ruiz opta pour C’est ton style mais même si je suis depuis longtemps un admirateur de son immense talent poétique, j’ai été peu convaincu par le poème qu’il offrit en entrée, un poème à la gloire d’un lieu commun appelé « poètes maudits », poème qu’il voulait poème de combat car « avec la poésie on n’apprend pas, on se bat » a-t-il lancé en conclusion. Comme si se battre ne commençait pas par apprendre ! Comme si apprendre un poème n’était pas une discipline sur soi qui se perd trop au nom de l’urgence. J’ai envie de dire que la poésie c’est aussi trouver la force de s’arrêter pour apprendre un poème…

Inversement Melismell, que je n’avais jamais entendu ou vu, a repris avec un immense talent un très long texte poétique de Ferré sur la poésie, performance sans doute unique à tout point de vue.

Celui que je garde pour la fin, Cali, va faire l’objet d’un autre article. JP Damaggio

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 16:58

 

Après le Festival de cinéma latino, l’Amérique du Sud s’installera à Toulouse en juin pour le Marathon des mots. L’Argentine sera à l’honneur et on retrouvera avec plaisir Alberto Manguel si souvent présent à Montauban.

Voici la présentation :

« Pour la première fois depuis sa création, le Marathon des mots passe l’Atlantique et s’aventure en terres sud américaines. On le sait, de Carlos Gardel à l’Aéropostale : les liens réels ou fantasmés qui unissent Toulouse et l’Argentine sont légion. Cette 9e édition du Marathon des mots sera l’occasion d’y revenir, de rendre hommage aux grands classiques de la littérature d’Argentine (Borges, Cortazar, Bioy Casarès, Sabato, Puig), de saluer l'œuvre de Saint-Exupéry (Courrier Sud), d’accueillir les Argentins de Paris (Martial di Fonzo Bo, Alfredo Arias, hommage à l’Académicien Hector Bianciotti) – et surtout d’inviter en Midi-Pyrénées les figures contemporaines de la littérature et de la culture argentines, celles qui font aujourd’hui de l’Argentine un pays d’une très grande vitalité culturelle. »

 

J’ai la confirmation que Roberto Arlt (celui que je préfère ça va de soi) n’est pas un classique argentin. J’espère tout de même qu’il aura droit à quelques honneurs. JP Damaggio

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 18:29

bousquet.jpg

En 1994 dans un document toujours d’actualité (spécial Pont Gauche ! consacré à René Bousquet) Marie-José Annenkov (alors Colet) avait en trois pages rappelé le talent de cette écrivaine oubliée. L’anniversaire actuel vient de donner lieu à une biographie et je suis d’accord avec l’auteur de l’article ci-dessous paru dans Marianne de cette semaine : sa condition de femme est la cause de ce silence. Je reprends la fin de l’article de Point Gauche en indiquant que depuis, Marie-José, a publié cette autofiction La femme en retard, aux éditions La Brochure, un livre qui prolonge la conclusion de son article. JPD

 Charlotte Delbo : si c'est une femme

Cent ans après sa naissance, Charlotte Delbo (1913-1985), communiste et résistante, déportée à Auschwitz puis à Ravensbrück, mais aussi remarquable femme de lettres, demeure une quasi-inconnue dans son pays. Une réalité inexplicable lorsque l'on sait que cette femme singulière, dont l'intégrité fut remarquée par Louis Jouvet, faisant d'elle son assistante et sa confidente, et qui mit vingt ans avant de publier son premier récit sur sa captivité, Aucun de nous ne reviendra (Minuit) est tout à fait comparable à Primo Levi, Robert Antelme, Elie Wiesel, Imre Kertész ou Jorge Semprun.

Violaine Gelly et Paul Gradvohl se sont attelés, dans une biographie passionnée, à percer ce mystère et à réparer cette anomalie. Le récit de leur quête, jusqu'aux quelques zones d'ombre entretenues par l'historiographie communiste, est édifiant. Leur seule explication à l'anonymat de cette grande dame, reconnue par ses pairs et sans cesse engagée dans les causes de son siècle, est précisément sa condition de femme. Rendons donc vie à Charlotte Delbo, qui a déjà survécu à l'exécution de son mari et compagnon de Résistance Georges Dudach, à l'âge de 28 ans, et à vingt-sept mois dans les camps nazis.

ANNE DASTAKIAN

Charlotte Delbo, de Violaine Gelly et Paul Gradvohl, Fayard, 323 p., 19€.

 Extraits de Mesure des jours Charlotte Delbo, Editions de minuit (213 pages)

« Les seuls âtres qui pouvaient m'aider étaient hors de portée. »

« Dans le wagon, je ne connaissais personne. Je n’étais à Drancy que depuis trois jours quand le départ a eu lieu. »

« Depuis Auschwitz, je ne pleure plus aux enterrements. »

« Tous les ans, elle a une espèce de fièvre. C'est son anniversaire de Typhus. »

« Je vis en somnambule, que rien ne réveillera. Refaire ma vie quelle expression… »

« Je ne sais pas si vous pouvez faire encore quelque chose de moi Si vous avez le courage d'essayer.. »

 Maman, tu n'as pu refaire ta vie après Drancy et pourtant tu as vécu très fort, et pourtant tu as aimé encore plus fort. Paradoxe de la mort à laquelle tu as échappé et qui pourtant ne t'as pas lâchée... Ils ont arrêté ta mère, mais toi, à temps tu t'es cachée, à temps tu ne te l'es pas pardonné. Tu as vécu coupable, en coupable. Ils t'ont volé ta mère, ils t'ont volé ta conscience, ils nous ont volé à nous tes filles, notre mère. Je les hais et je hais cette guerre mondiale et seconde. Je hais les collaborateurs. Collaborateur rime avec malheur. Collaborateur rime avec menteur. Collaborateur rime avec voleur. Voleur de vie.

Voleur d'enfance.

Nous, ma sœur et moi, petites filles de Drancy, nous avons tenté dans le vrai des jours, dans un relatif toujours, de remettre à flot le navire de ta vie. Aujourd'hui, tu as 75 ans. Tu nous as transmis les livres et la lutte. Tu nous as transmis le non aux fascistes. Aujourd'hui, les barbares sont si nombreux, partout, qu'on ne sait plus où donner de la lutte. Pire que la mauvaise herbe. On arrache et ça repousse de plus belle ... Et par ce passé qui fut le tien, par ce présent qui est le nôtre, par ce monde de meilleur et de pire, par ces vallées de larmes et de rires que sont nos vies, je te promets de ne jamais ranger ce livre et si, un jour malgré tout, un jour d'orange, je devais le faire pour cause de vie à continuer ce serait à la lettre E d'écriture. Ecrire un livre.

"Ce serait un livre aussi long que las Mille et Une nuits peut-être mais tout autre. Mais était-il encore temps pour moi ? N'était-il pas trop tard ?" (Marcel Proust).

Marie-José Annenkov.

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 16:44

Maximilien Reynès-Dupleix a des archives bien rangées si bien qu'après la référence au Bordeaux-Vintimille publiée sur ce blog, il a pu nous communiquer un de ses poèmes de l'époque, il y a 30 ans. JPD

 

Un train

Roule, roule, roule, dans la nuit

L’insulte suffisante

Des nervis, des barbares

Roule, roule, roule, dans la nuit

Et les coups, et l’indifférence

Roule, roule, coule, le sang

Le racisme dans la nuit

Roule, roule, coule, ton sang.

Un train

Que monte notre colère

Le cauchemar de l’innocence

L’infecte emprise de la force

Coule, coule, rouge et sang

Le crime, la haine

Pour ta couleur, toi, Habib

Bordeaux-Vintimille

L’horreur brise le rêve.

Coule, roule ton sang

ton corps sur le talus

coule, roule ton âme

et ta vie…Brisée.

Maximilien Reynès-Dupleix

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