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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 14:31

Le numéro de Politis du 6 février 2014 consacre un entretien à Juliette

Il complète ce que j'écrivais suite au spectacle de Toulouse. JPD

 

« Sur son dernier album, Juliette emprunte â différents imaginaires, renouvelant ses engagements et son sens aigu de la dérision.

Juliette est arrivée super remontée contre la manif de l'avant-veille. Jour de colère. A commandé un allongé avant d'embrayer sur son spectacle qui entame sa tournée, insistant sur les musiciens avec qui elle travaille depuis vingt ans, sa « troupe ». Un mélange de sérieux et de malice, an peu comme sur la pochette de son dernier album. Nour, réplique solaire et binoclarde à la lunette lunaire de Georges Méliès « Finger in the nose ».

 Vous tissez des petits mots pour auditeur dans la pochette de votre disque Dont un qui invite à l'écouter au moins une fois en entier et dans l’ordre. Comment comprendre cette adresse à l'heure de l'écoute à la découpe?

 Juliette : Tous, les artistes, prêtent attention à la manière dont les morceaux s'enchainent sur un disque. On calcule même la durée des blancs entre les chansons ! Les plateformes de téléchargement proposent une approche de la musique qui m'embête un peu : elles entérinent le format court et le saucissonnage. Ce petit mot que je glisse est un clin d'œil complice, car je sais bien qu'a priori, quand on achète un disque, c'est pour l'écouter au moins une fois en entier. J'ai pris grand soin à ces petites adresses qui expliquent ma démarche, créent un lien. C'est une forme de circuit court : directement du producteur au consommateur.

 Cela marque aussi une prise de recul?

J'essaie toujours de prendre un peu de recul. Il se passe du temps entre le moment où l'on écrit une chanson et celui où sort l'album : si je ne fais pas un effort pour me souvenir pourquoi et à quel moment j'ai écrit telle chanson, j’oublie. Et puis l'émotion change. Nous avons enregistré Nour en janvier 2013, et nous venons de commencer à jouer le spectacle. J'y parle de moi un peu plus que d'habitude, mais sans trop dire « je », car il y a des manières plus élégantes de parler de soi. Je ne suis définitivement pas une hipster...

 On vous considère comme une hipster ?

Pas du tout, justement ! Les hipsters portent une grande tristesse. S'il y a un truc chez moi qui n'est pas de mon époque, c'est bien mon sens de la dérision. Les choses dramatiques, on peut en sourire, et surtout ne pas en être dupes ! Ce serait bien si les artistes riaient plus, ça n'empêche pas de prendre des positions intelligentes. On n'est pas nombreux à déconner…

Dans l'album Nour, c'est pas la déconne complète, mais, sur scène, c'est rock'n'roll ! Il ne faut pas s'attendre à voir un spectacle de chansons où l'artiste est plantée derrière son micro.

Je voudrais aussi démonter une légende : je ne fais pas de la chanson réaliste, du genre « Barbara en plus gros ». Je n'évoque ni la réalité d'aujourd'hui ni celle d'autrefois : je travaille sur des images communes, issues de livres ou du cinéma. Et il faut me pousser pour que je me mette seule au piano. C'est mon instrument et mon tortionnaire. Je l'aime, mais, sur scène, je m'y sens coincée, et je préfère quand on joue à sept. On est une troupe, on travaille ensemble depuis plus de vingt ans, pas question de considérer les autres comme des portemanteaux. Ce sont donc des personnages qui jouent un rôle : le chouchou, le fayot, la princesse...

Pour la mise en scène, je suis partie du morceau « Veuve noire », un fait divers qui renvoie au roman noir et à la police nationale. Mais sous un angle mythologique...

 Vous aimez bien, « l’autrefois » ?

Le passé est un socle pour construire, éviter de renouveler les erreurs, changer. On n'est pas une génération spontanée, on vient de quelque part, il ne faut pas faire comme s'il ne s'était rien passé. Mais je ne suis absolument pas partisane du : « c'était mieux avant » ; faut voir comment c'était, avant !  Je suis sur un fil où il serait très facile de tomber du côté « réac », car, effectivement, je défends  une certaine idée de la chanson française. Je ne la défends pas par passéisme, mais pour qu'elle vive et fasse des enfants.

 Quelle est cette « certaine idée » de la chanson française que voue détendez ?

C’est de la chanson en français, de la chanson d'artiste délivrée des impératifs et commerciaux. Pas question de se conformer au circuit aujourd'hui phagocyté par un seul genre de musique qui se chante en anglais. C'est très bien, la chanson en anglais, mais laissons-la aux anglophones ! On a subi un véritable laminage culturel : l'industrie musicale anglo-américaine et l'industrie cinématographique américaine font de la propagande, et cette propagande gagne. On a une vraie culture en France, défendons-la ! Mais pas comme les partisans du : « c'était mieux avant »…

 Vous commencez par le texte ou la musique quand vous écrivez ?

Parfois l'un, parfois l'autre. « Le Petit Musée » a été écrit par un camarade, Dominique Cravic, dont le groupe porte un nom qui illustre parfaitement mon propos : « Les Primitifs du futur ». Mon art, c'est ça : je me sers de ce qui m’a été apporté, mais je regarde devant.

 Plusieurs morceaux s’apparentent à de petits exercices de style…

Pour « Le Petit Musée », on cherchait un arrangement qui ne fasse ni trop musette ni trop jazz. Chaque musicien n'a le droit de jouer que deux notes, quand elles collent avec l'harmonie. Ça donne quelque chose d'un peu flottant qui n'a pas été évident à mixer !

Dans « Le diable dans la bouteille », on joue avec des bouteilles accordées : ré-mi-sol-si. Quel son dit mieux l'alcoolisme sinon celui d'une bouteille qui tinte ?

 Vous sous-titrez les morceaux : « Ragtime autobiographique », « Tango hypnotique ». C'est important de varier les genres ?

Ça m'amuse ! Ça me rappelle ces indications qu'on se laisse sur les partitions, comme « slow fox’ (renard lent ?) qui disent l'esprit dans lequel on va le jouer. J'aime bien emprunter des états d'esprit à plein de musiques. L’uniformisation du son joue à plein : peu de nuances, mêmes durées, même volumes sonores... La musique est devenue un bruit de fond. L’oreille s'appauvrit. Je n'aime pas une musique mais plusieurs. Et puis la musique est aussi une mise en scène de la chanson. Il faut trouver la musique qui colle avec. Et s'attacher au texte.

 Vous appelez les « chéries » à « sortir les baïonnettes ». Quelque chose s’est-il endormi ?

Les femmes peuvent travailler, ouvrir un compte en banque, conduire une voiture, s'habiller â peu près contre elles veulent, voter. Mais il n'y a eu aucun accompagnement éducatif de ces changements. Les pouvoirs publics ont pris position, comme avec La loi sur l'avortement. Et tout le monde s'est débrouillé avec ça. Résultat : on est encore très en retard en matière d'égalité.

 Vous avez des invités : le Quatuor Voce, Français Mord et… Jean-Luc Mélenchon.

François Morel s'est incrusté! On a fait une chanson bête avec des rimes en « u » et en «ec », très drôle ! Jean-Luc Mélenchon a dit un jour : « Je voudrais pouvoir moi-même éteindre la lumière. » Je m'étais, dit que cala ferait une belle phrase de chanson. Elle n'arrive qu'a la fin, la chanson parle de lumières, déroule une vie, la mienne, et je l'ai appelée par mon nom, Nour, qui signifie lumière en arabe. Mais c'est venu en cours de route. Quelqu'un m'a demandé si c’était ma façon de dire « Je suis kabyle ». Pas du tout ! Je m'appelle Nourredine, je n’ai rien d'arabe, sinon ce nom, dont je suis très fière, mais je suis 100 % française Va falloir s'y faire, les mecs !

Propos recueillis par Ingrid Merckx »

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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 14:43

halle-aux-grains.JPG

 Le public de la Halle aux Grains à Toulouse debout pour fêter Juliette.

Que dire du nouveau spectacle de la chanteuse Juliette ?

Que tout est lumière, ou plutôt qu'il s'agit de toutes les lumières ? De la loupiotte à la lanterne, de la lampe aux feux de la rampe, toutes les lumières sont là sur toutes les couleurs, mais avec une dominante : le noir. Le noir qui devient plus fort au moment où il faut éteindre la lumière sur un piano qui ressemble à un cercueil.

 Que tout est mort, ou plutôt qu'il s'agit de toutes les morts ? Parce qu'en effet, toutes les morts sont au rendez-vous sans que jamais rien ne soit morbide sauf… oui sauf peut-être l'espace d'un instant... juste un souvenir d'un spectacle précédent sur les assassins sans couteau ? Et tout le génie est là : dans cet art à faire de l'art au moyen du quotidien le plus ordinaire. Brel - je prends Brel mais je pense à d'autres - va nous arracher les tripes en peignant l'extrême, en cherchant l'exception, et sa lumière éclairera une étoile. Avec Juliette ses lumières éclairent la banalité d'un ronflement. Ironie, humour tendresse apprivoisent les morts inévitables. Mais en attendant, le ronflement d'une femme ?

 Que tout est femme, ou plutôt qu'il s'agit de toutes les femmes ? D'entrée la chanteuse prétend qu'elle va raconter sa vie et nous aurons la gamine ou la chanteuse… Mais en fait, nous aurons toutes les femmes et non pas une femme. Et toutes sont LE diable et c'est normal, elles ont l'habitude d'être au foyer. Et n'oublions pas la belle et rebelle. Belle, celle qui avait l'habitude de se mettre le doigt dans le nez ? Et qui en fait une chanson !

 Que tout est musique, ou plutôt qu'il s'agit de toutes les musiques ? Une flûte à bec rose sur du Chopin ! Tout artiste doit oser mais elle, elle n'ose rien de sidéral car tout est minéral. Le peuple court dans chaque note d'un accordéon qui fait la ponctuation. Elle ose la vie ordinaire, donc la pluralité des coeurs qui battent de multiples façons. Chacun connaît le débat entre les défenseurs d'un art qui serait dans l'interprétation et le chanteur n'a rien à dire d'autre que les paroles de ses chansons, et les défenseurs d'un art qui est aussi dans sa mise en scène. Imaginez Gilles Vigneault se faisant seulement interprète ou inversement imaginez Ferrat se lançant dans des discours autour de ses chansons ? Pour Juliette le tour de chant n'est pas seulement une succession de chansons mais d'abord une mise en perspective de ses chansons e qui n'efface pas ses talents d'interprète. Elle a l'aide de musiciens merveilleux qui se font comédiens l'espace d'un instant. Et je suis de ceux qui adorent cette façon d'être en scène sans que la scène soit seulement une raison d'être. Elle peut donc pratiquer une auto-dérision aussi plurielle que ses autres rapports à la vie : auto-dérision de la musique ou d'elle-même, la dame en noir mais une Barbara en plus grosse.

 J'ai écrit "toutes les lumières" ? Sans nul doute une exagération sous l'effet de l'enthousiasme car, même si Dieu et le diable sont au rendez-vous féminin, il manque à juste titre les lumières de la religion. Peut-être Madame Noureddine sait trop de quoi il en retourne sur ce point…

Jean-Paul Damaggio

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31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 19:27

le-diable.jpg 

D'accord, pas d'accord, Cavanna disait ce qu'il pensait, or ceux qui l'encensent aujourd'hui ne savent plus ce que penser veut dire … Le plus respectueux, c'est de lui laisser la parole. Version Cavanna 3 mars 1977 sur Charlie Hebdo. JPD

 

"Là-dessus, voilà l'écologie qui vient aggraver le quiproquo, et à fond la caisse.

Non, pas l'écologie. Les écologistes. A peu près tous. Ne s'embarrassent pas de nuances. Plus c'est gros, plus c'est con, plus ça frappe. La bombe atomique, c'est la science. Les centrales nucléaires, c'est la science. La pollution, c'est la science. Même si — rarement — ils ont fait la distinction entre le type qui explore les règles du jeu de la matière et celui qui, dans tout ça, ne voit que de nouvelles possibilités de destruction massive ou de profit vertigineux et se fout des conséquences. Ils n'ont guère insisté, et d'ailleurs sont, pour la quasi-totalité d'entre eux, mystiquement convaincus que la science est le diable. Pour le public, en tout cas, leur propagande a abouti à cela : il y a d'un côté la « nature », la verdure, les petits oiseaux, la santé, le bonheur par la limitation des appétits, de l'autre les usines, le béton, la marée noire, l'exploitation, la vie de dingue, bref : la science. J'applaudirais des deux mains à cette aspiration de plus en plus unanime à une vie plus simple, plus rustique, plus « naturelle », qui répond tellement à mes propres rêves, si elle ne s'accompagnait d'un formidable renouveau de l'obscurantisme. Monsieur Ducon a aujourd'hui les cheveux longs et la barbe prophétique. Il professe doctement que l'agriculture bio est le produit de l'instinct naturel et infaillible de l'homme des champs alors que la foire d'empoigne margoulino-industrielle est le fruit pourri et fatal de la science. Dans les esprits non cultivés, c'est à-dire imprégnés de « culture » esthético-littéraire, c'est-à-dire qui ont de grandes gueules et n'arrêtent pas de s'en servir, il est de bon ton de proclamer que la raison n'est pas tout, qu'il y a des choses « qui nous échappent et nous échapperont toujours », gningningnin.

 

Les débats, télévisés ou non, entre scientifiques rationalistes et professionnels des « sciences » dites zoccultes ou, plus dans le vent, « para-psi », sont des attrappe-nigauds. Devant ces crapules rusées ou — plus rarement — ces illuminés à crâne de piaf, l'homme de science a perdu d'avance. Quel est l'enjeu ? Plaire au public. Je dis bien « plaire », pas « convaincre ». Le public est con et fier de l’être. Il voit ça comme un combat de catch. Il lui faut un vainqueur et un vaincu. Le vainqueur sera celui qui aura le plus de culot, qui saura le faire rire aux dépens de l'autre par les moyens les plus gras, qui parlera le plus, le plus vite et le plus fort, qui coupera la parole, qui évitera de se « faire coincer » par des pirouettes, qui baisera l'adversaire par des questions sur sa vie intime, bref, le barratineur, le faux cul, le camelot, la pute. Les scientifiques sont désarmés devant de pareils marchands d'esbrouffe. Pour un scientifique, un mot a un sens et un seul, précis, dûment défini. Pour un para-psi quel qu'il soit, un même mot peut vouloir dire n'importe quoi. C'est le flou qui permet l'ergotage. Les sciences dites « humaines «, avec leur pléthore de néologismes prétentieux, presque toujours inutiles, fournissent aux marchands de vent un vocabulaire dont ils se gargarisent et subjuguent leur clientèle.

(…)

Le sérieux d'un journal se juge à la présence ou à l'absence d'un horoscope. Pas qu'à ça, bien sûr, mais si l'horoscope y est, la suspicion est sur tout le reste. Pourquoi un rédacteur en chef assez con, ou assez pute, pour publier cette saleté le serait-il moins dans les autres pages ? Pour la plupart des gens, grâce à ces fausses-couches du journalisme à la pisse, le « signe » du Zodiaque « sous lequel » on est né a une importance qu'ils ne songent pas plus à discuter que la hauteur de la taille ou la couleur des yeux. Parions que figurera bientôt sur notre carte d'identité si nous sommes « Verseau » ou « Sagittaire ». C'est pas à pleurer ?

L'Etat-sangsue, l'Etat-maquereau, l'Etat-pousse-au-crime qui est le nôtre, en attirant à grands coups de pub la population vers les jeux de hasard (tiercé, loterie, loto...) exacerbe cette tendance à placer au-dessus de nous je ne sais quelles puissances plus ou moins vagues mais capricieuses, qu'on appelle chance, fatalité, destin, pot, bol, cerise... et, conséquemment, le besoin de croire qu'on peut se les rendre propices par des rites magiques. « Vendredi 13, votre jour de chance ». N'y a-t-il vraiment pas une loi qui interdise ce genre de publicité mensongère ? N'est-ce pas là de l'escroquerie caractérisée ? Ça ne semble choquer personne. Alors, bon.

(…)

Les curés s'écrasent. On les comprend. Croire au diable ou à n'importe quoi de surnaturel, c'est déjà mieux, pour eux, que ne croire à rien. Le trou fait, peuvent toujours espérer y glisser leur bon dieu. Au point où ils en sont...

Mais que font les libres-penseurs, les athées, les rationalistes ? Combattifs quand la religion triomphait, l'indifférence générale les fait roupiller. Pourquoi n'ont-ils pas un temps de passage à la télé, le dimanche matin, entre deux singeries des curés de tous poils ?

Ils avaient bien de la chance, Voltaire et Diderot, d'avoir en face d'eux des croyants fanatiques et des jésuites de combat. Ça, c'était excitant ! Ça rendait coup pour coup, ça argumentait, et comme leur cause (aux curetons) était pourrie, ils l'avaient dans le cul à tous les coups. Les philosophes n'avaient pas prévu que le pire ennemi des « lumières » serait l'indifférence. Les têtes pleines de Dieu sont devenues des têtes pleines de merde. La religion consiste à effleurer du bout des doigts le Saint Christophe du tableau de bord avant de doubler en haut d'une côte. Hé là, eh, tu confonds religion et superstition ! C'est vrai. Mande bien pardon."

Cavanna.

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 19:17

Je ne connais pas vraiment ce romancier étasunien dont je lis le chef d’œuvre depuis plusieurs semaines : Et quelque fois j’ai comme une grande idée. Par le film, Vol au-dessus d’un nid de coucou, peut-être avez-vous approché son univers plein d’histoires. Je reprends celle ci-dessous, très courte qui me semble une parabole de l’histoire de la gauche, ce qui sans nul doute étonnerait l’auteur. La gauche pourrait être l’écureuil de l’histoire : elle ne sait pas s’adapter à la nouvelle situation imposée par le capitalisme alors qu’en tant que « gauche » elle aurait dû jouer le rôle inverse, rendre le capitalisme incapable de s’adapter à la situation créée par les progressistes ! Jean-Paul Damaggio

 

« Pour bien connaître une chose, il faut avoir confiance en tout ce que l'on sait déjà et en l'étendue de ce savoir, quels que soient les horizons vers lesquels il nous entraîne. Autrefois, j'avais un écureuil qui s'appelait Omar et qui vivait dans l'intimité cotonneuse et la pénombre moelleuse de notre vieux canapé vert ; Omar connaissait ce canapé ; il connaissait de l'intérieur ce sur quoi je me contentais de m'asseoir, et avait confiance en son savoir qui lui permettait de ne pas se faire écrabouiller par mon ignorance. Il a survécu jusqu'au jour où une couverture écossaise - que l'on avait étendue là pour camoufler l’usure - le désorienta au point qu'il perdit confiance en sa connaissance intime. Au lieu de s'évertuer à intégrer une couverture à l'organisation de son petit monde, il partit s'installer dans la gouttière à l'arrière de la maison où il mourut noyé à la première averse d'automne, sans doute en maudissant la fameuse couverture : au diable ce monde qui refuse de rester le même ! Qu'il aille au diable! »

Ken Kesey

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 20:46

les-cloches-de-bale.jpg

En 1935 dans la revue Commune, George Sadoul présente le livre d'Aragon. Ce texte témoigne d'une époque, d'un style et d'une bagarre sociale. JPD

 

LES CLOCHES DE BALE. — ARAGON. Denoel et Steele, éditeurs.

Les guides Baedeker, en décrivant les grandes villes à l'usage des touristes, indiquent les rues commerçantes et les cafés, les Bourses et les Cathédrales, les quartiers réservés et les quartiers élégants, les musées et les points de vue célèbres, en un mot l'extrême sommet de la superstructure commerciale, élégante ou artistique des forêts urbaines, sans rien dire de l'humus où elles s'enracinent, sans rien dire de ces rues sombres, de cette zone, de ces usines où vivent, travaillent et luttent les ouvriers. A suivre les Cook et les Morand, on n'aperçoit que la féerie des éclatantes enseignes nocturnes, sans savoir comment l'électricité se fabrique, où elle se fabrique, et qui la fabrique.

Il y a d'autres romanciers que ces managers des manches à gigots de l'avant-guerre et des cocktails de l'après-guerre, des romanciers qui prétendent ne décrire qu'eux-mêmes, que leur « état d'âme », et qui se mettent en scène sous des maquillages et des oripeaux divers. Ceux-ci se présentent souvent comme des Pandores surgies d'une argile inconnue, portant dans leurs mystérieuses boîtes crâniennes un monde de complexes, de manies, de sensibilité prétendue, présent mystérieux des muses, alors que ces hommes sont en fait issus, comme leurs sentiments, d'une société, d'une classe, du rapport des classes, de la vivante histoire du temps.

A ne voir de la réalité sociale qu'un seul acteur ou qu'une suite de décors, les romans se vident de tout contenu véritablement humain. On comprend le discrédit où ils tombent à lire les livres de ces madones des sleepings ou de ces dissecteurs de vague à l'âme, de ces montreurs d'un monde de pantins aussi fantastiquement ennuyeux que celui des bergers de l'Astrée.

Sur la scène française, cependant, aujourd'hui comme en 1912, ce sont des pantins semblables aux pantins de ces romans qui s'agitent en pleine lumière.

Un des desseins d'Aragon, quand il écrivit Les Cloches de Bâle, a certainement été d'ouvrir le ventre à de telles poupées, tout en nous montrant pourquoi l'inquiétude se niche dans le crâne des intellectuels.

Cliquetis d'éperons, et froufrous de jupons. Nous sommes en 1912, dans un élégant salon de la rue d'Offémont. On y connait la fameuse « douceur de vivre », celle d'avant la révolution russe. Les dieux font couler un fleuve d'argent, entre les portraits de Roll et la vaisselle d'or, dans ces lieux où règne la belle Mme Brunel, née Diane de Nettencourt. Nous savons vite que le dieu de ce paradis terrestre est le fabricant d'autos Wisner, qui couche avec Diane et subventionne son usurier de mari. Mais où donc est la source de l'argent de Wisner, qui alimente cette « douceur de vivre » ?

Pour la découvrir, il nous faut changer de guide et suivre Catherine Simonidzé qui pense, elle, que la vie est une absurdité, une véritable horreur. Après une enfance bohème, elle se contenta des maigres mandats mensuels d'un père pétrolier à Bakou, mais elle traîne avec une lassitude épouvantable une existence qu'elle juge inutile. Tout la révolte, dans la société où elle vit. Mais rien, autour d'elle, ne lui donne une raison d'être. Elle a fréquenté les cercles anarchistes de Montmartre, entrevu l'art agonisant d'un Bataille, elle ne garde de tout ce qu'elle a vécu que le vague espoir d'un messie lanceur de bombes et le souvenir de la flamme révolutionnaire véritable, entrevue par elle, en 1904, en voyant à Cluses lutter et mourir les ouvriers savoyards.

L'ennui, la tuberculose, la nouvelle de deux doubles suicides — dont celui de Paul et Laura Lafargue — conduisent Catherine, le soir du 27 novembre 1911, au parapet du pont Mirabeau. C'est ici le point critique du roman. Ce n'est plus seulement une jeune femme qu'attirent les eaux noires du suicide, mais toutes les Catherine Simonidzè de la réalité, tous les intellectuels qui ont connu dans leur vie ces moments décisifs où l'on est « dégoûté du monde», « revenu de tout », qui se penchent avec l'héroïne sur le parapet du pont Mirabeau.

On sait l'apostrophe adressée, il y a juste cinquante années, par Barbey d'Aurevilly à Huysmans qui venait de publier A Rebours: « Après un tel livre, il ne reste plus à l'auteur qu'à choisir entre la bouche d'un pistolet ou les pieds d'un crucifix. » L'auteur des Sœurs Vatard devint celui de La Cathédrale. Mais les meilleurs parmi les intellectuels reconnaissent derrière le crucifix les forces qui leur sont les plus hostiles. Ne leur reste-t-il que le pistolet?

C'est la question que pose, en 1924, Aragon avec ses amis surréalistes en demandant « Le Suicide est-il une Solution? ».

La véritable réponse d'Aragon et de ses amis d'alors ne fut donnée que l'année suivante. L'immense rumeur des masses qui se levaient contre la guerre du Maroc fut entendue dans les appartements les plus calfeutrés. Aragon, ses amis et des dizaines d'intellectuels publièrent un manifeste contre cette guerre coloniale. Les signataires de cet appel qui est une étape importante dans l'histoire des intellectuels révolutionnaires français, avaient compris que les pistolets servent à d'autres usages qu'au suicide, ils sentaient qu'ils n'étaient pas « seuls au monde » et qu'ils devaient se lier aux luttes d'une classe qui porte en elle la solution de tous les problèmes d'aujourd'hui.

C'est pareillement qu'au moment où Catherine Simonidzé enjambe le parapet du pont Mirabeau, elle est arrêtée par un homme, par un chauffeur de taxi, par un prolétaire. Ce même soir, lendemain du suicide de Lafargue, les 9.000 chauffeurs de taxi de Paris entreprennent une grève qui durera cent quarante-quatre jours, c'est cette grève, c'est la force des prolétaires en pleine lutte qui rendent véritablement à Catherine «le goût de vivre ».

La grève des taxis, épisode central des Cloches de Bâle, n'est pas seulement pour Aragon l'occasion de décrire avec une admirable précision historique cette grande lutte, elle est aussi celle de démonter du même coup le complexe mécanisme qui anime la parade mondaine des salons de Diane de Nettencourt.

Wisner n'est pas seulement l'homme qui fait rouler auto à la belle Mme Brunel, il est aussi le fabricant des auto-taxis en grève, et des autos de la police, et de l'auto grise de la Bande à Bonnot qui, à cette époque, sillonne Paris. Ce Wisner, qui a un pied à New-York et l'autre à Bakou, cet industriel qui orchestre les suicides devant les pianos à queue et les « morts au champ d'honneur » devant Fez, mène une lutte mortelle contre ses ennemis les grévistes. Il recrute des jaunes parmi les agents électoraux de Doumer, il lance les flics contre les chauffeurs, organise avec le Quai des Orfèvres une série d'«attentats anarchistes», il a enfin avec Fiancette, secrétaire du Syndicat, « un homme à qui on peut parler», des conversations par personnes interposées qui tuent mieux la grève que les balles.

Le fleuve d'argent qui procure à Diane de Nettencourt ses déshabillés de chez Liberty, a sa source dans ces marécages et dans ces boues sanglantes. Et de même, la modeste rente qui permet à Catherine, auxiliaire pour un temps des grévistes, de subsister, sort des puits Simonidzé, intéressés comme les puits Rockfeller à la défaite des chauffeurs parisiens, à cette heure où dans les coulisses des Bourses, la grande lutte des pétroliers sonne en sourdine le tocsin de la guerre.

Quinze jours de travail au comité de grève suffisent à lasser Catherine. On ne change pas de classe comme de vêtements. Les hésitations, les reculs, les faux pas, le désarroi, le découragement jalonnent le chemin des intellectuels vers la révolution. Pour une Catherine arrivée au but, combien de Catherines restent «en rade», au moins provisoirement ? Catherine, qui se soigne à Berck, tente de s'exalter aux exploits des «bandits tragiques». Mais elle sait déjà que souvent c'est la police qui met en scène ces grands spectacles. Elle ne ranime pas, même pour son propre usage, les cendres noires de l'anarchie. Expulsée, elle entrevoit à Londres les premières flammes marxistes. Lueur bien faible encore. Au moment où le livre s'achève, Catherine n'est encore unie au prolétariat que par des liens plus sentimentaux que consciemment organiques. Que deviendront ces faibles attaches quand demain Catherine se trouvera face à face avec la guerre et la révolution?

Dans l'épilogue de son roman, Aragon nous fait entrevoir la femme socialiste qui s'oppose tout à la fois à Diane la bourgeoise satisfaite et à son contraire Catherine l'intellectuelle révoltée. Tandis que carillonnent les cloches de la cathédrale de Bâle, moins pour saluer le congrès socialiste qui se tient à l'ombre de leur clocher, ce mois de novembre 1912, que pour sonner l'alarme de la guerre qui éclatera vingt mois plus tard, l'auteur évoque au travers des yeux bleus de Clara Zetkin, tous les yeux des femmes de demain. Ces yeux voient clairement la solution des problèmes qu'a posés tout le livre : Problème de la femme, problème de l'intelliguentzia, problème de l'argent, problème de la guerre…

Ce roman de près de cinq cents pages, ce roman où les personnages, comme les épisodes se comptent par dizaines, ce roman où les esprits trop critiques pourraient trouver çà et là un développement trop bref ou trop lâché à leur goût, ou quelque défaut de composition, ce roman, malgré tout aussi bien monté qu'une belle mécanique, aussi passionnant qu'un bon film, aussi vivant que la vie même, ce roman a, entre autres mérites, celui d'indiquer dans sa composition même, que le problème préconçu, si souvent posé par les écrivains d'une contradiction prétendue entre l'individuel et le social, a depuis longtemps trouvé sa solution.

Ce livre n'est pas plus la description passive de certains aspects du monde actuel, qu'il n'est une parabole qui servirait à Aragon à expliquer son «cas» et sa personnalité, mais un roman qui peint à travers les individus leurs classes, à travers l'action, la lutte de ces classes, et qui fait ainsi entrevoir, par sa peinture de la réalité d'hier, la réalité socialiste de demain.

Les Cloches de Bâlesont, dans la littérature française, l'une des premières œuvres à laquelle le terme de « réalisme socialiste » pourra s'appliquer. Et, dans ce sens, ce livre n'est pas seulement un livre décisif dans l'œuvre d'Aragon, il est aussi une date de notre histoire littéraire. GEORGES SADOUL.

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 19:07

catherine.jpg

Catherine Sintès la mère espagnole de Camus.

 

Je ne sais comment, à 16-17 ans, je suis tombé sur les Grands cimetière sous la lune de Bernanos. N’ayant aucun lien avec le monde chrétien mais beaucoup avec des réfugiés espagnols c’est peut-être ce dernier point qui m’a guidé. Je sais qu’après ce choc j’ai lu tout Bernanos ! Mais jamais Camus à cette époque là et pour longtemps ! Je découvre à présent ce texte dont j’ai souvent entendu parler mais à le lire quel autre choc ! Camus fils d’un mère espagnole parle avec sa chair et je dédie ce texte à Abdelmadjid Kaouah qui à Montauban, l’autre jour m’a poussé vers de telles lectures. Jean-Paul Damaggkio

 

25 NOVEMBRE 1948, Combat

Pourquoi l'Espagne ?

RÉPONSE À GABRIEL MARCEL

Je ne répondrai ici qu'à deux des passages de l'article que vous avez consacré à L'Etat de siège, dans Les Nouvelles littéraires. Mais je ne veux répondre en aucun cas aux critiques que vous, ou d'autres, avez pu faire à cette pièce, en tant qu'œuvre théâtrale. Quand on se laisse aller à présenter un spectacle ou à publier un livre, on se met dans le cas d'être critiqué et l'on accepte la censure de son temps. Quoi qu'on ait à dire, il faut alors se taire.

Vous avez cependant dépassé vos privilèges de critique en vous étonnant qu'une pièce sur la tyrannie totalitaire fût située en Espagne (1), alors que vous l'auriez mieux vue dans les pays de l'Est. Et vous me rendez définitivement la parole en écrivant qu'il y a là un manque de courage et d'honnêteté. II est vrai que vous êtes assez bon pour penser que je ne suis pas responsable de ce choix (traduisons c'est le méchant Barrault, déjà si noir de crimes). Le malheur est que la pièce se passe en Espagne parce que j'ai choisi, et j'ai choisi seul, après réflexion, qu'elle s'y passe, en effet. Je dois donc prendre sur moi vos accusations d'opportunisme et de malhonnêteté. Vous ne vous étonnerez pas, dans ces conditions, que je me sente forcé à vous répondre.

Il est probable d'ailleurs que je ne me défendrai même pas contre ces accusations (devant qui se justifier, aujourd'hui?) si vous n'aviez touché à un sujet aussi grave que celui de l'Espagne. Car je n'ai vraiment aucun besoin de dire que je n'ai cherché à flatter personne en écrivant L'État de siège. J'ai voulu attaquer de front un type de société politique qui s'est organisé, ou s'organise, à droite et à gauche, sur le mode totalitaire. Aucun spectateur de bonne foi ne peut douter que cette pièce prenne le parti de l'individu, de la chair dans ce qu'elle a de noble, de l'amour terrestre enfin, contre les abstractions et les terreurs de l'Etat totalitaire, qu'il soit russe, allemand ou espagnol. De graves docteurs réfléchissent tous les jours sur la décadence de notre société en y cherchant de profondes raisons. Ces raisons existent sans doute. Mais pour les plus simples d'entre nous, le mal de l'époque se définit par ses effets, non par ses causes. II s'appelle l'État, policier ou bureaucratique. Sa prolifération dans tous les pays, sous les prétextes idéologiques les plus divers, l'insultante sécurité que lui donnent les moyens mécaniques et psychologiques de la répression, en font un danger mortel pour ce qu'il y a de meilleur en chacun de nous. De ce point de vue, la société politique contemporaine, quel que soit son contenu, est méprisable. Je n'ai rien dit d'autre, et c'est pour cela que L'État de siège est un acte de rupture, qui ne veut rien épargner.

Ceci étant clairement dit, pourquoi l'Espagne ? Vous l'avouerai-je, j'ai un peu honte de poser la question à votre place. Pourquoi Guernica, Gabriel Marcel ? Pourquoi ce rendez-vous où pour la première fois, à la face d'un monde encore endormi dans son confort et clans sa misérable morale, Hitler, Mussolini et Franco ont démontré à des enfants ce qu'était la technique totalitaire. Oui, pourquoi ce rendez-vous qui nous concernait aussi ? Pour la première fois, les hommes de mon âge rencontraient l'injustice triomphante dans l'histoire. Le sang de l'innocence coulait alors au milieu d'un grand bavardage pharisien qui, justement, dure encore. Pourquoi l'Espagne ? Mais parce que nous sommes quelques-uns qui ne nous laverons pas les mains de ce sang-là. Quelles que soient les raisons d'un anticommunisme, et j'en connais de bonnes, il ne se fera pas accepter de nous s'il s'abandonne à lui-même jusqu'à oublier cette injustice, qui se perpétue avec la complicité de nos gouvernements. J'ai dit aussi haut que je l'ai pu ce que je pensais des camps de concentration russes. Mais ce n'est pas cela qui me fera oublier Dachau, Buchenwald, et l'agonie sans nom de millions d'hommes, ni l’affreuse répression qui a décimé la République espagnole. Oui, malgré la commisération de nos grands politiques, c'est tout cela ensemble qu'il faut dénoncer. Et je n'excuserai pas cette peste hideuse à l'Ouest de l'Europe parce qu'elle exerce ses ravages à l'Est. Vous écrivez que pour ceux qui sont bien informés, ce n'est pas d'Espagne que leur viennent en ce moment les nouvelles les plus propres à désespérer ceux qui ont le goût de la dignité humaine. Vous êtes mal informé, Gabriel Marcel. Hier encore, cinq opposants politiques ont été là-bas condamnés à mort. Mais vous vous prépariez à être mal informé, en cultivant l'oubli. Vous avez oublié que les premières armes de la guerre totalitaire ont été trempées dans le sang espagnol. Vous avez oublié qu'en 1936, un général rebelle a levé, au nom du Christ, une armée de Maures, pour les jeter contre le gouvernement légal de la République espagnole, a fait triompher une cause injuste après d'inexpiables massacres et commencé dès lors une atroce répression qui a duré dix années et qui n'est pas encore terminée. Oui, vraiment, pourquoi l'Espagne ? Parce qu'avec beaucoup d'autres, vous avez perdu la mémoire.

Et aussi parce qu'avec un petit nombre de Français, il m’arrive encore de n’être pas fier de mon pays. Je ne sache pas que la France ait jamais livré des opposants soviétiques au gouvernement russe. Cela viendra sans doute, nos élites sont prêtes à tout. Mais pour l'Espagne, au contraire, nous avons déjà bien fait les choses. En vertu de la clause la plus déshonorante de l'armistice, nous avons livré à Franco, sur l'ordre d'Hitler, des républicains espagnols, et parmi eux le grand Luis Companys. Et Companys a été fusillé, au milieu de cet affreux trafic. C'était Vichy, bien sûr, ce n'était pas nous. Nous, nous avions placé seulement en 1938 le poète Antonio Machado dans un camp de concentration d'où il ne sortit que pour mourir. Mais en ce jour où l'Etat français se faisait le recruteur des bourreaux totalitaires, qui a élevé la voix ? Personne. C'est sans doute, Gabriel Marcel !, que ceux qui auraient pu protester trouvaient comme vous que tout cela était peu de chose auprès de ce qu'ils détestaient le plus dans le système russe. Alors, n'est-ce pas ; un fusillé de plus ou de moins ! Mais visage de fusillé c'est une vilaine plaie et la gangrène finit par s'y mettre. La gangrène a gagné.

Où sont donc les assassins de Companys ? À Moscou ou dans notre pays ? Il faut répondre: dans notre pays, Il faut dire que nous avons fusillé Companys, que nous sommes responsables de ce qui a suivi. II faut déclarer que nous en sommes humiliés et que notre seule façon de réparer sera de maintenir le souvenir d'une Espagne qui a été libre et que nous avons trahie, comme nous l'avons pu, à notre place et à notre manière, qui étaient petites. Et il est vrai qu'il n'est pas une puissance qui ne l'aît trahie, sauf l'Allemagne et l'Italie qui, elles, fusillaient les Espagnols de face. Mais ceci ne peut être une consolation et l'Espagne libre continue, par son silence, de nous demander réparation. J’ai fait ce que j'ai pu, pour ma faible part, et c'est ce qui vous scandalise. Si j'avais eu plus de talent, la réparation eût été plus grande, voilà tout ce que je puis dire. La lâcheté et la tricherie auraient été ici de pactiser. Mais je m'arrêterai sur ce sujet et je ferai taire mes sentiments, par égard pour vous. Tout au plus pourrais-je encore vous dire qu'aucun homme sensible n'aurait dû être étonné qu'ayant à choisir de faire parler le peuple de la chair et de la fierté pour l'opposer à la honte et aux ombres de la dictature, j'aie choisi le peuple espagnol. Je ne pouvais tout de même pas choisir le public international du Reader 's Digest, ou les lecteurs de Samedi-Soir et France-Dimanche.

Mais vous êtes sans doute pressé que je m'explique pour finir sur le rôle que j'ai donné à l'Eglise. Sur ce point, je serai bref. Vous trouvez que ce rôle est odieux, alors qu'il ne l'était pas dans mon roman. Mais je devais, dans mon roman, rendre justice à ceux de mes amis chrétiens que j'ai rencontrés sous l'Occupation dans un combat qui était juste. J'avais, au contraire, dans ma pièce, à dire quel a été le rôle de l'Église d'Espagne. Et si je l'ai fait odieux, c'est qu'à la face du monde, le rôle de l'Église d'Espagne a été odieux. Si dure que cette vérité soit pour vous, vous vous consolerez en pensant que la scène qui vous gêne ne dure qu'une minute, tandis que celle qui offense encore la conscience européenne dure depuis dix ans. Et l'Église entière aurait été mêlée à cet incroyable scandale d'évêques espagnols bénissant les fusils d'exécution, si, dès les premiers jours deux grands chrétiens, dont l'un, Bernanos, est aujourd'hui mort, et l'autre, José Bergamin, exilé de son pays, n'avaient élevé la voix. Bernanos n'aurait pas écrit ce que vous avez écrit sur ce sujet. Il savait, lui, que la phrase qui conclut ma scène : « Chrétiens d'Espagne, vous êtes abandonnés », n'insulte pas à votre croyance. Il savait qu'à dire autre chose, ou à faire le silence, c'est la vérité que j'eusse alors insultée.

Si j'avais à refaire L'État de siège, c'est en Espagne que je le placerais encore, voilà ma conclusion. Et à travers l'Espagne, demain comme aujourd'hui, il serait clair pour tout le monde que la condamnation qui y est portée vise toutes les sociétés totalitaires. Mais du moins, ce n'aurait pas été au prix d'une complicité honteuse. C'est ainsi et pas autrement, jamais autrement que nous pourrons garder le droit de protester contre la terreur. Voilà pourquoi je ne puis être de votre avis lorsque vous lites que notre accord est absolu quant à l'ordre politique. Car vous acceptez de faire silence sur une terreur pour mieux en combattre une autre. Nous sommes quelques-uns qui ne voulons faire silence sur rien. C'est notre société politique entière qui nous fait lever le cœur. Et il n'y aura ainsi de salut que lorsque tous ceux qui valent encore quelque chose l'auront répudiée dans son entier, pour chercher, ailleurs que dans des contradictions insolubles, le chemin de la rénovation. D'ici là, il faut lutter. Mais en sachant que la tyrannie totalitaire ne s'édifie pas sur les vertus des totalitaires. Elle s'édifie sur les fautes des libéraux. Le mot de Talleyrand est méprisable, une faute n'est pas pire qu'un crime. Mais la faute finit par justifier le crime et lui donner son alibi. Elle désespère alors les victimes, et c'est ainsi qu'elle est coupable. C'est cela, justement, que je ne puis pardonner à la société politique contemporaine : qu'elle soit une machine à désespérer les hommes.

Vous trouverez sans doute que c'est là beaucoup de passion pour un petit prétexte. Alors, laissez-moi parler, pour une fois, en mon nom personnel. Le monde où je vis me répugne, mais je me sens solidaire des hommes qui y souffrent. Il y a des ambitions qui ne sont pas les miennes et je ne serais pas à l'aise si je devais faire mon chemin en m'appuyant sur les pauvres privilèges qu'on réserve à ceux qui s'arrangent de ce monde. Mais il me semble qu'il est une autre ambition qui devrait être celle de tous les écrivains : témoigner et crier, chaque fois qu'il est possible; dans la mesure de notre talent, pour ceux qui sont asservis comme nous. C'est cette ambition-là que vous avez mise en cause dans votre article, et je ne cesserai pas de vous en refuser le droit aussi longtemps que le meurtre d'un homme ne semblera vous indigner que dans la seule mesure où cet homme partage vos idées.

ALBERT CAMUS

 

(1) Voilà le passage de Gabriel Marcel qui révolte Camus : « Je ne trouve pas très courageux ni même honnête d'avoir situé l'action en Espagne, à Cadix, plutôt que dans quelque port dalmate ou albanais, par exemple, ou dans quelque cité subcarpathique : je ne puis m'empêcher de penser que ce fait ne doit pas être imputable à M. Camus lui-même, dont la bravoure est évidente. Toute personne impartiale et bien informée en conviendra, ce n'est nullement de la péninsule ibérique que nous viennent, depuis quelque temps, les nouvelles les plus propres à désespérer ceux qui gardent le souci de la dignité et de la liberté humaines ; il semble qu'on ait cherché un dérivatif destiné à apaiser le courroux de ceux contre qui, en 1948, je dis bien en 1948, l'œuvre, qu'on le veuille ou non est principalement dirigée. »

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 13:17

Les Nouvelles du Tarn-et-Garonne : Fracasser les mots

 

C'est un recueil de textes (1) où joue la force des mots que nous propose Germinal LE DANTEC, né en Bretagne à Concarneau. A-t-il puisé avec la sève bretonne la puissance des flots, la montée des marées, le ressac des plages caillouteuses, le fracas des gerbes d'eau contre les rochers ? Nous pouvons le penser de celui qui est descendu dans la région, sur les bords du Tarn où, à Moissac il a créé la « Radio d'Oc », et où, à Montauban, il a animé ce lieu qu'était « le Dali » avant de devenir animateur au centre de réfugiés « AMAR »... et retraité.

Et c'est alors qu'il nous propose de

« Fouiller les mots de ma tête

Les extirper de la matrice »

dans « Chaos » qui commence un cahier dont le titre est tout un programme : « Encensement de l'ensemencement », où s'exprime la fugacité du temps comme dans « Passer »

« Avant de repartir

Au-delà des lanternes du couchant »

Et le fracas des mots éructés va venir avec les cahiers suivants où virevoltent jeux de mots et aphorismes, dans toute leur concision.

En guise de contraste le quatrième cahier, « Le gai tapant » exprime forme et densité en poèmes comme « Souverain » où la peur, l'affolement, le tragique apparaissent dans un monde d'apocalypse avec chasseurs de prime, l'oppresseur, la guerre des images fortes où sont dits l'injustice, le meurtre officiel quand les « dents crissent sur les enclumes »...

Vient le monde noir de la ville et

Dans le ciel des villes

Poussent des champignons électroniques... »

avec tout un accompagnement de pollutions diverses.

La vague venue, la paix semble revenue, s'ouvre l'espoir d'un bonheur, d'un amour, le rythme de la vague cadence

« Sous le goémon de l'âge »...

Et les mots culbutent les mots, s'affrontent et font jaillir les sens, à saisir ! Dans le fracas des mots, des vagues, de la pensée... accompagnée des illustrations (dessins - photos)

Michel VEYRES

 

(1) « Bris de mots » de Germinal LE DANTEC - Préface de Christian Stalla - Ed, L'Harmattan 2013 (190 p. 22 euros)

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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 23:16

Je croyais avoir déjà publié ce texte ancien avec le livre sur Benedetto. En fait il n’en est rien. Pourquoi dans ce livre ? De Benedetto à Lubat et de Lubat à Bassas… J-P Damaggio

 Ma tire

 Sans carte. Entre Landes et Armagnac. Quelle idée !

Passer par Bassas puis s’égarer sans gare à l’horizon.

A Rochefort, pas n’importe lequel, j’ai raté la bonne direction car à suivre la route que je tenais, j’allais tout droit vers Aire-sur Adour puis Tarbes, direction opposée à celle de mes projets.

J’aime bien Tarbes mais je préfère y aller en train : dès que ma voiture voit des montagnes, elle donne des signes de faiblesse, perd sa dernière dose de nervosité, souffle de désespoir.

En conséquence, pour sortir de ce guêpier, je pris la première à gauche. Au bout de dix minutes, je ne savais même plus si je me dirigeais à bon escient ! En clair, j’étais perdu. Pas de borne sur la route, pas de village, des arbres et de la vigne.

A ce moment-là, même sans les moindres Pyrénées à l’horizon, ma voiture répondit très mal à mes appels d’accélérateur. Quant au grincement à la roue, il durait depuis quelques jours et j’aurais dû en parler au garagiste avant de partir, mais il était en vacances et j’avais cru possible d’attendre son retour.

Allait-elle me laisser en plan, ma tire ?

J’en suis certain, elle sentait ma propre angoisse. Quand j’ai fini par m’arrêter pour tenter une marche arrière, malheur !, elle se mit à tourner sur trois pattes. Des bruits impropres, elle en avait souvent fait, mais là, sur trois pattes…

Pas contrariant pour deux sous, j’optai donc pour favoriser la marche avant et nous continuâmes toujours à travers vignes et arbres, toujours sur une route étroite et triste.

Comment, après une carrière aussi exemplaire, une voiture pourrait-elle se laisser mourir en rase campagne ? La tire la plus militante du canton, le véhicule la plus poire de tous, n’avait eu que des bosses insignifiantes et jamais le moindre P.V., foi de chauffeur ridicule.

A 200.000 km au compteur pour une voiture à essence, c’est un peu comme quand on revient de la préhistoire. Il lui restait si peu à faire pour me conduire chez moi ! C’était la nuit, et je n’avais rien à espérer de l’environnement alors de grâce tenir, tenir...

Si sa conduite avait été moins exemplaire que je ne le dis, pour ne pas froisser sa modestie je l’aurais soupçonné de vouloir se suicider à côté d’un grand vignoble car tout de même l’Armagnac, ce n’est pas rien.

En essayant de ne pas la brusquer, en roulant presque au pas, elle consentit à continuer son petit bonhomme de chemin. Et victoire, nous arrivâmes jusqu’à Saint Justin.

Pour comprendre l’histoire et mesurer la juste colère de ma tire, sachez que le matin nous étions passés sans encombres, sans détours inutiles, par cette route, et donc par Saint Justin. Serions-nous enfin en bonne voie ? Que de voix j’avais dans la tête, que de musique mentale, en toile de fond car de musique réelle ma Renault 14 n’en avait pas la moindre à proposer.

Pour être sortis d’affaire, il restait seulement 150 km à tenir. Quand je vis enfin le premier panneau, Agen 72 km, je me crus chez moi, même si dans les côtes la voiture se faisait de plus en plus poussive. J’avais déjà connu ce problème avec d’autres et je savais qu’on ne pouvait rien faire, sauf à espérer en une belle descente.

Agen arriva à l’horizon. Pour faciliter ma route, je pris l’artère rapide pour rejoindre le cœur de Montauban. Là, les grincements de roue se firent plus doux, le ronronnement du moteur plus agréable. La monotonie de la situation calmait les vieilles artères d’un véhicule rassuré.

Arrivé à bon port, je pus en conclure que ce n’était pas aujourd’hui que j’en finirais avec ma tire. Elle savait que je l’accompagnerai jusqu’à son dernier kilomètre en lui proposant des exploits à la mesure de ses moyens. Elle avait accepté sa vie durant de tomber en panne d’essence juste à côté des pompes, elle avait demandé à boire seulement au bord des torrents aux eaux limpides, elle n’allait pas me faire une crise de jalousie parce qu’à présent je l’oubliais au profit de l’amusique.

 

28 août 1986 Jean-Paul Damaggio

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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 10:52

Vazquez Montalban et Eduardo Mendoza bavardent en l’an 2000 :

- Connais-tu ce phénomène, dit Manolo : à présent des clients entrent dans des librairies et demandent : avez-vous des livres qui ne sont pas préfacés par Vazquez-Montalban ?

 

- Non, je ne savais pas, mais par contre d’autres, dit Eduardo, demandent : cette semaine, quel est le livre publié par Vazquez Montalban ?

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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 21:52

Il arrive sur scène, portant bien son âge, et prêt à partager sa vie. Un fauteuil confortable d’un côté, pour aller reposer ses os avec devant une table et de quoi boire pour se réconforter et en fond un écran pour projeter quelques scènes dont il raconte les dessous.

Par exemple ce moment dans le Grand blond. Il savait qu’il y aurait Mireille Darc mais le réalisateur tardait à la lui présenter. Et Pierre Richard était assez désappointé quand, dans une scène, il est invité à pousser une porte normalement et voilà que derrière la porte, il est filmé au moment où… pour la première fois de sa vie, il rencontre Mireille Darc qui ensuite lui tourne le dos avec une robe bien échancrée. Il pouvait nous dire que sa première rencontre avec l’actrice avait été filmée !

Peut-être plus que les acteurs dramatiques, les acteurs comiques ont chacun leur registre. Louis de Funès était Louis de Funès et Pierre Richard est Pierre Richard. Il est devenu l’ami de Gérard Depardieu peut-être parce qu’il est lunaire. Dans le premier film réalisé avec lui, par G. Lautner, le courant passait mal entre les deux acteurs si différents quand à un moment, le réalisateur demanda à Depardieu s’il n’était pas sous l’effet de l’alcool et là Pierre Richard a répondu avec son air ailleurs : « Non, je ne pense pas ! ». Alors Depardieu l’entraîna par la suite dans tous les bars possibles et inimaginables !

 Mais l’homme qui est à présent sur scène pour rire de lui-même et de la vie sait aussi se faire philosophe. De toute façon, pour accepter de remonter sur scène quand on a tout prouvé, c’est pas pour recommencer. Il se fait philosophe quand il parle de la plus grande actrice jamais rencontré. Une figurante qui devait faire une seule réplique et qui s’est mise à pleurer car pour elle la scène c’était comme la vie. Et cette conclusion : « A la question, quelles sont les meilleurs années de votre vie, je réponds : les prochaines ! »

 Il raconte, jeune, avoir joué Hamlet un soir d’orage dans un festival en plein d’air. Il a peut-être découvert là, qu’il était fait pour amuser, qu’il était fait seulement pour amuser.

 Pierre Richard n’est pas sur scène pour qu’on l’aime mais parce qu’il aime le public, il aime les gens, il aime la vie. Bien sûr le drame, oui le drame mais en rire tout de même, ça soulage. Pas question de se voiler la face par le rire, mais profiter de la farce pour voir la vie.

 Il quitte la scène aussi paisible qu’au début. Il est passé voilà tout. Mais c’est sûr son passé, il le garde devant lui et c’est pour ça que le public applaudit à tout rompre ?

Merci Richard, Merci Pierre. Jean-Paul Damaggio

 http://www.pierre-richard.fr/Frameset-PR.html

 

 

 

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