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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 16:00

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Comme l’indique la Une, ce numéro du Forum annonce une nouvelle de Léon Cladel (Jules Héreau). Le Forum comme le sous-titre l’indique se présente par l’alliance de deux mots : « République et Patrie ». L’édito sous le titre explique un engagement qui n’est pas férocement boulangiste mais qui postule cette logique : Les Allemands n’aiment pas Boulanger or comme les Allemands sont des adversaires nous avons tout intérêt à soutenir Boulanger. Le 23 octobre 1887 nous sommes au début d’un phénomène qui va entrainer dans son sillage pas mal d’anciens communards. JPD 

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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 21:39

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Léon Cladel avait annoncé la sortie de son prochain livre : Paris en travail. Malheureusement l’écrivain n’a pas eu le temps de finir ce projet et nulle part n’est apparu le manuscrit. Ce fragment publié par l'Ermitage en mars 1893 (un an après le décès de l'auteur) me paraît une page du fameux roman. JPD

 

FRAGMENT D'UN ROMAN INÉDIT

 

………………………………………………. 

 

Paris, sans qu’il s’en doutât, était à la veille de sa mort et, dérision ! en cette lumineuse saison où la nature éternellement victorieuse des brumes et des frimas entr’ouvre son linceul de boues et reparaît aussi radieuse qu’une aurore et joyeuse de sa nouvelle vie. Il faisait beau, ce jour-là, si beau qu’en la ville on se s’inquiétait plus de rien, ni des grondements continus des canons, ni des brèches qu’il avait ouvertes et qu’il agrandissait à tous les instants. S’il était très exact que sur bien des points, les remparts émiettés par les boulets et les obus ne tinssent guère et fussent presque abandonnés par leurs défenseurs, surtout à la Muette dont le château était percé à jour comme un crible et au viaduc d'Auteuil chancelant sous le choc des projectiles, lancés par les batteries de Billancourt, et sous le poids des locomotives blindées, s'écroulant sur les canonnières embossées là dont plusieurs avaient coulé bas, la veille, il n'en était moins vrai que la sève circulait sous la croûte terrestre et dans le creux des arbres, et que chacun éprouvait le besoin de respirer du soleil. Il y en avait partout ce dimanche-là, sur les boulevards où l’on s'attable devant les cafés et les brasseries, sur le parvis de l’église Saint-Laurent où l'on visite les squelettes récemment découverts en des sépulcres occultes, autour de la Bibliothèque nationale où s'entassent des lecteurs et des bibliophiles, au Palais-Royal où jouent les musiques délicieuses, au Musée du Louvre où, par ce ciel inondé de clartés, les tableaux des Maitres semblent plus brillants et plus purs, en toute la rue de Rivoli sillonnée par des groupes allègres se rendant les uns à la foire au pain d'épice, place de la Bastille, où l'on se flanque des bosses de rire aux boniments des pitres, où l'on s'extasie sur la carrure des hercules qui jonglent avec des quintaux, et les autres, auprès des Halles, à Saint-Eustache, où l'on ne prêche ni le carême ni l’avent, mais l’union fraternelle du genre humain en face des grands christs d’ivoire drapés non pas dans l’oriflamme des rois, mais dans celle du peuple. En chaque avenue des flâneurs qui hument les parfums du printemps et des orateurs qui commentent au coin des rues un discours affiché naguère et qui n’est autre que celui-là même où papa Bécon s’adressant, en 48, aux partisans du Juste-Milieu magnifiait ainsi les prouesses du roi Bomba : « Vous savez, messieurs, ce qui se passe à Palerme, et vous avez tous tressailli d’horreur en apprenant que pendant quarante-huit heures une grande ville a été bombardée, par qui ? Etait-ce par un ennemi exerçant les droits de la guerre ? Non, messieurs par son propre gouvernement. Et pourquoi ? Parce que cette ville infortunée demandait des droits. Eh bien, pour la demande de ces droits, il y a eu quarante-huit heures de bombardement ! «  Ah ! ce polisson, ah ! ce charlatan, ah ! ce salaud de Foutriquet avait débagoulé ça, voilà vingt-deux ans, lui qui maintenant mitraille notre ville depuis quarante jours. Si jamais elle te pince, animal, la vile multitude, sois tranquille, elle te montrera comment elle caresse les drôles de ta trempe ! » Et tout en daubant sur cette espèce de polichinelle sans bosses, on roulait tumultuairement vers les futaies des Tuileries où chacun avait à verser son obole aux commissaires des veuves et des orphelins de la Commune au bénéfice de qui l’on donnait un concert extraordinaire où figuraient Michot et les meilleurs sujets de l’Opéra, chantant les chœurs de Guillaume Tell et de la Muette de Portici, puis où l’on entendrait aussi Melle Agar, de la Comédie-Française, déclamer de sa voix d’airain et de velours des vers tragiques de Corneille et de Shakespeare ainsi que des poèmes épiques et lyriques de Barbier et de Victor Hugo. Quelle journée et comme on se promit, en se séparant, d’en passer une autre aussi splendide que celle- là, le dimanche suivant, sous les ombrages du jardin, ou bien au Palais, en la salle des Maréchaux, si par hasard le temps s’était gâté ! Pauvres gens. A cette minute-là, si la porte de Saint-Cloud ne s’était pas abattue sous le feu des batteries d’alentour, ainsi que l’homoncule eut le front de télégraphier à ses factotums des départements, elle avait été du moins silencieusement et lentement franchie par une brigade d’infanterie à qui, non pas un des ces affidés de Versailles qui tramaient des complots à Paris, mais un de ces espions volontaires, un de ces Judas spontanés comme il en pousse toujours entre les pavés des cités en proie à la guerre civile, un nommé Ducatel, ah ! qu’il jouisse à tout jamais de sa triste immortalité comme de la croix d’honneur qui lui fut octroyée en récompense de sa noble conduite, avait crié du haut des courtines désertes en y arborant un mouchoir blanc : « Entrez sans crainte, il n’y a personne. » Il était l’heure où les Parisiens, pleins de sécurité comme la veille, assiégeaient les guichets des théâtres et des cirques où l’on glorifiait chaque soir par des hymnes et de odes les saintes révoltes des nations rompant leurs fers et s’affranchissant de la tyrannie des empereurs et des rois, lorsque un membre du Comité de Salut public, Billioray, lut à ses collègues du Conseil une dépêche de Dombrowski qui produisit sur eux tous en train de juger Cluseret l’effet d’un glas funèbre.

…………………………..

Léon Cladel

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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 20:59

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Le 28 février 1906 dans le Journal-Roman paraît en entier, comme le veut le principe de ce journal, le roman de Léon Cladel : Kerkadec garde-barrière, avec ce dessin de présentation où on voit, une fois de plus, un homme sauvant une femme.

Cette postérité de l’œuvre de Cladel continue de démontrer que le public visé, c’est le peuple. JPD

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 21:47

Dans le Figaro du 18 septembre 1869 à la chronique Feuilles Volantes Léon Cladel publie cet étrange texte :

Un monsieur comme il y en a trop

(Chanson à rimer)

 

Il faut avoir plusieurs cordes à son arc et ne jamais être honnête que lorsqu’on y est forcé.

C’est mon système à moi.

Je l’ai toujours mis en pratique et m’en suis bien trouvé.

 

Que manque-t-il ?

Examinons.

Ma poche est pleine d’or et bourrée de billets de banque, mes chevaux sont les rois du turf et mes odalisques les impératrices de la rampe.

 

A mes débuts, j’étais aussi pauvre que Job.

Et maintenant je traite Rothschild chez moi.

Soyez souple et vous arriverez à tout.

Et quand vous serez au pinacle, soyez plus arrogant encore afin de conserver.

 

Or, quiconque en ce monde voudra faire son chemin n’a qu’à prendre exemple sur moi.

Dévot à vingt ans, bigot à trente, cagot à quarante. Oh ! mon dieu, la chose est facile à tous et ne coûte qu’une grimace un peu suivie.

Il ne s’agit que de vouloir ou plutôt d’oser vouloir.

 

Rien, ma foi, rien, de plus commode et de moins fatiguant.

Tout le secret du succès pour qui cherche fortune est de se montrer docile en tout et pour tout.

On obéit d’abord ac batulus ac cadaver.

Ensuite on commande et l’on est écouté comme un amiral sur son vaisseau.

Ma recette, la voilà !

 

Tel est le résultat de cette méthode excellente entre toute et que je recommande aux bohèmes d’aujourd’hui, moi bohème d’hier.

Il sied de ne reculer devant rien pour tout obtenir et de rien lâcher de ce qu’on a conquis sur les imbéciles qui sont nos banquiers naturels.

Et quand on est devenu quelqu’un, on le reste.

 

Oui, ramper pour parvenir, et dès qu’on est parvenu, planer, ce fut ma règle de conduite, et voyez où j’en suis à présent.

Tout le monde me recherche et nul ne me connaît.

Ouverte aux positifs et fermée aux idéologues ma maison est le rendez-vous des ceux qui ont du crédit ou du poids et j’y suis le maître !

 

A Frohsdorff, on m’estime, on me reçoit à Chantilly ; le Président de la République m’invite à l’Elysée, et je hante les héritiers de l’Empire.

Advienne que pourra, je suis gardé à carreau…

Que les Lys refleurissent, que le Coq reparaisse, qu’il y ait un autre vol de l’Aigle ou que Marianne persiste ; mon siège est fait, et nul ne m’abaissera ni me dédaignera, car ayant de solides rentes et la conscience élastique, il me serait aisé d’être dangereux.

 

En attendant les événements, je suis on ne peut mieux en cour, c’est-à-dire avec tout ce qui gouverne, ministres, sénateurs, députés, etc., etc.

L’on me salue très bas à la ville ; au théâtre, je fais sensation et l’on murmure : « c’est lui ! » quand je parais au Bois.

Si par hasard je parle, on me trouve éloquent.

Et si je me tais : sublime !

 

Avec un peu de front, on a des flatteurs ; avec beaucoup d’échines, on flatte.

On ne peut que se casser les dents et griffes contre quiconque a des protecteurs et des courtisans.

Et le comble du triomphe, à mon avis, est de se créer un peu partout dans le commun un flot d’ennemis qui vous servent à leur insu par leurs indignations réelles ou feintes.

 

Si je suis charmé de m’entendre appeler honorable ou illustre par le high-life, je ne suis pas moins ravi quand la vile multitude me nomme habile, lâche ou faquin !

Oui, si la bassesse de ceux qui m’encensent me recrée abondamment, elle m’est toutefois une source de voluptés bien faible, si je la compare aux torrents de joie que me procure la haine de ceux qui m’étant hostiles ne peuvent rien contre moi.

 

Vraiment, aux yeux de la foule, - cette bonne majesté ! - je passe pour avoir beaucoup de talent et même quelque génie.

On ajoute et d’aucuns croient que je suis d’une probité antique.

En somme, on a raison de dire ou d’écrire que je suis la crème des hommes, puisque, depuis quarante-cinq ans que j’existe, je n’ai jamais aimé que moi.

 

Bref, j’ai le sac, tous les rubans possibles et je me moque du tiers comme du quart.

A moi le pouvoir de faire ou de défaire bien des choses et bien des êtres.

Il m’importe peu d’être bénit ou maudit, pourvu que ça marche toujours de la sorte.

 

Et si de l’homme public nous passons à l’homme privé, voici :

Mes enfants sont nombreux, je suis sûr de les avoir faits et je trouve que déjà ils me ressemblent.

Au reste, ma femme est vertueuse ; évidemment c’est son droit et son devoir.

Et, quant à ma maîtresse, elle est adorable ; et je la garderai jusqu’à ce qu’elle m’ennuie.

 

Au surplus, qu’y a-t-il encore et que pourrais-je bien désirer que je n’aie pas ?

En vérité, je me le demande en vain et ne suis pas à même de vous renseigner à cet égard. D’ailleurs, je me porte admirablement bien et mange comme quatre.

Enfin, je dors tant qu’il me plaît sur mes deux oreilles, et je digère comme l’autruche.

Or, voilà l’essentiel !

Léon Cladel

 

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 21:05

 

Sur l’Indépendance Parisienne 24 Novembre 1867

 

ESQUISSE A L’ENCRE : BOCAGE ET FRÉDÉRICK

 

          Un vieux romantique me disait un jour : « Oui, de mon temps, nous préférions Bocage à Frédérick, mais nous préférions aussi Frédérick à Bocage. » Cette déclaration si nettement amphibologique me fit dresser la tête. J’insistai. Je demandai une autre explication. Je n’obtins que cette réponse : « Ce que je vous ai dit ne peut pas s’expliquer, ça se sent. » Ce ne fut que plus tard, après avoir vu Frédérick et Bocage dans un drame où chacun d’eux s’épuisa à surpasser l’autre que je parvins à pénétrer l’apparente obscurité de mon vieil ami, l’homme de lettres.

         Il s’agit de la Tour de Nesle. Essayons de dépeindre les deux Buridan.

         Pour reproduire Frédérick dans ses transports, un peintre, — Delacroix lui-même — trouverait terne sa palette ;

         Pour immobiliser et reproduire les attitudes de Bocage il faudrait le ciseau d’un statuaire. Le premier éblouit de couleurs ; le second impose le respect par sa grandeur sculpturale.

         Celui-là est un lion qui rugit, œil injecté, crinière aux vents déchirant, labourant de ses ongles le sable. Celui-là un lion Sphinx ramassé dans sa force, formidable dans l’immobilité. On a toujours peur qu’il ne rugisse. S’il rugissait ? S’il se précipitait ? La mort dans sa griffe. Qu’on ne l’éveille pas ! Frédérick, lui, a des cris de colère qui s’insinuent dans les entrailles et y roulent, des gestes flamboyant comme des éclairs d’épée, des ironies et des sarcasmes à remplir de courage la poitrine des lâches ; Bocage a des restrictions de langage qui donnent la chair de poule : — Qui mourra donc tout à l’heure ? Il lève le doigt sur qui va tomber la massue.

         L’œil de l’un lance des flammes, l’œil de l’autre des ténèbres.

         Frédérick ne marche pas ; il rampe, se ramasse, et bondit et déchire. Bocage remue un pied, un bras, ou fuit ; il est seul. Chancelle-t-il ? On se tient à distance ; dans sa chute, ce géant anguleux ouvrirait un corps jusqu’à l’âme.

         Les larmes coulent : Frédérick a sangloté.

Les faces sont livides : Bocage vient d’essuyer ses yeux.

         Buridan est vaincu ; la pièce est finie.

         Les applaudissements éclatent : « Frédérick ! Frédérick ! »

         Si c’est Bocage : on attend ; on n’ose pas.

         La toile est baissée ; on regarde et l’on voit encore Buridan cherchant avec sa bouche l’haleine, avec ses mains le cœur de Gaultier d’Aulnay.

         Il y a des hommes, des artistes tragiques dont le jeu excite chez le spectateur une erreur qui convulsionne, d’autres une terreur qui paralyse.

         Arriver à une certitude que les discours, le geste, l’attitude, en un mot, le jeu de Bocage a été conquis ; qu’il a arraché à la vérité les expressions de la nature humaine, à force de volonté, à force d’art, à force de travail, cela exige une opération d’esprit des plus compliquées. Il faut, pour se faire une conviction à cet égard, avoir vu l’artiste vingt fois au moins, et dans le même rôle. Au contraire, on est persuadé, dès qu’on l’a entrevu, que la fougue de Frédérick est factice, que sous le tumulte de ses mouvements se cachent les glorieux calculs de l’étude.

         On se trompe quand on dit que l’art emmaillote la passion et la décolore ; l’art ne sert qu’à délimiter les bornes où elle doit s’arrêter, qu’à illuminer les sommets que seule elle ne saurait jamais escalader, les profondeurs où sans lui, vainement, elle s’efforcerait à descendre. Chez Bocage, comme chez Frédérick, l’art a-t-il infirmé la nature, émoussé les saillants, châtré la virilité ! Interprètent-ils un rôle mathématiquement, selon une grimace invariable ? Obéissent-ils aveuglément à des conventions qui voudraient ici un sourire, là une cabriole ; plus loin, un grand écart ? Mais s’il en était ainsi, si l’art avait pour but d’organiser les hommes comme on organise les orgues de Barbarie, hommes et orgues chanteraient toujours la même romance sur un même air.

         A ceux qui sont opposés à ma manière de voir, je dirai : Comment se fait-il qu’avec des tempéraments si divers, avec une constitution bien différente, comment se fait-il que les deux artistes dont je parle aient traduit si contradictoirement le même personnage, et que, cependant, tous les deux se soient montrés également forts, également vrais ?

         Juger :

         Frédérick oublie presque ce qu’il a été avant d’être capitaine d’aventures ; Bocage se souvient partout, toujours, qu’il a été et qu’il est encore Lyonnet de Beurnonville. Ici, le gentilhomme se dérobe sous la casaque du routier ; là, dans le justaucorps du malandrin, on reconnaît sans cesse la carcasse fatiguée, mais toujours hautaine du messire. « Dix manants contre un gentilhomme, c’est cinq de trop ; arrière, manants ! » Le Buridan de Bocage a soulevé le couvercle d’un sarcophage ; il s’est dressé et il a marché, l’épée à la poignée cruciale au côté, grand et naïf comme la légende. Celui de Frédérick a encore son squelette chargé de fer, dans la citerne d’une donjon ; il a pillé, il aimé, il a aimé des reines et il les a raillées ; il a raillé la mort et ceux qui la distribuent au nom du peuple ou bien au nom des dieux, fantastique et bon diable comme le roman.

         Eh bien, en quoi les deux Buridan se ressemblent-ils ? En rien. Ont-ils même peau ? Non, cela saute aux yeux. Et lequel les deux vous paraît plus grand et plus vrai ?... Sauriez-vous le dire ?

 

         — De mon temps, nous préférions Bocage à Frédérick ; mais nous préférions Frédérick à Bocage.

 

         Saisissez-vous à présent la pensée du vieux romantique ?

         Hélas ! de ces deux hommes, de ces deux lions, l’un n’est plus, et l’autre va chaque jour perdant les derniers poils de sa crinière. Disparu, qui nous restera ? M. Mélingue. Oui, M. Mélingue est un gladiateur exaspéré qui tournailles pompeusement dans le cirque ; il excelle à choisir la place où s’étendre et expirer avec emphase, sachant d’ailleurs qu’il ressuscitera bien portant après le baisser du rideau. Sans doute, M. Mélingue est quelqu’un, mais ce n’est pas assez de M. Mélingue, ce n’est pas assez pour l’art.

         Encore si nous avions ce pauvre grand Rouvière expiré trop tôt pour sa gloire et pour l’honneur du public ?

         Il est mort, hélas ! pauvre et méconnu. Habens sua fata homines ? Et toujours ainsi ! Qui dira donc au destin : « Imbécile ! » et le tuera.

Léon Cladel

 

PS : Fabrice Michaux qui m’a aidé à recopier ce texte, a, en plus, eu l’amabilité d’y apporter des précisions : Frédérick Lemaître et Pierre-Martinien Tousez, dit Bocage, sont deux acteurs que Cladel suivait de près comme toute la vie théâtrale et il a commencé par se faire connaître (très modestement il est vrai) par de petites études théâtrales (tout d'abord sur l'acteur Tommaso Salvini évoqué dans Léon Cladel et sa kyrielle de chiens où plusieurs pages sont consacrées au théâtre. Il cite à la fin Philibert Rouvière qu'il appréciait particulièrement.

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 20:45

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Après 1880 la presse française se développe de façon incroyable grâce aux nouvelles lois. Ici la surprise c’est de voir la publicité pour les œuvres de Léon Cladel dans Le Drapeau Rouge juste au-dessus d’une publicité pour Le Capital de Marx qui, me semble-t-il venait d’être traduit. Ajoutons la coïncidence des travaux de Maurice Lachâtre, auteur d'un dictionnaire engagé avec lequel Cladel a appris à lire. JPD

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 23:18

Vendémiaire 12 juin 1935

Deux lettres inédites de Bourdelle à Léon Cladel

 

C’était le 15 mars le centenaire de la naissance de Léon Cladel. Ce sera le 18 juin la célébration de cette grande date à Montauban où une plaque sera apposée sur la maison natale de l’auteur de « Montauban-Tu-Ne-Le-Sauras. »

Partagé entre l’avant-printemps et l’avant-été (Dieu que ces mots sont désagréables à l’oreille !) l’occasion est belle de sortir des cartons de Melle Judith Cladel, présidente du jury du prix « Femina » pour 1935, deux lettres inédites de Bourdelle.

Ce faisant nous croyons servir la mémoire et de l’auteur d’Ompdrailles et du sculpteur. Léon Cladel avait dans la personne de Bourdelle un compatriote. Et un admirateur. Témoin cette lettre en date de novembre 1886, rédigée à Paris par Bourdelle :*

« Au cher compatriote Léon Cladel, grand cœur et grand artiste,

Saisi du plus profond respect je me découvre devant « le bouscassié » que vous m’avez fait connaître ; j’ai pleuré avec le pauvre Inot naïvement sublime. Mon cœur a battu au battement de son cœur et de celui de Janille.

Je suis fier qu’il m’ait été donné, à moi indigne, de voir s’apitoyer l’âme ardente du grand Cladel au souvenir des tortures subies par ces deux méconnus, l’incomparable Baudelaire et Jean-François Millet, le malheureux, l’héroïque, le génial peintre paysan.

Car c’est avec des cris et des sanglots dans la voix que vous m’avez conté leur long martyre et si Millet est vengé un jour, il le sera par vous, je le pressens, car celui qui a écrit « l’Angélus » ne peut être complètement senti que par celui qui a peint « le bouscassié ».

« Les Va-nu-pieds » et « le Bouscassié », je les veux savoir par cœur ; ces deux œuvres auraient travaillé Michel-Ange, Decamps, Millet, Daubigny, Delacroix et Longus et qui seraient devenues vivantes sous le souffle puissant de votre âme : »

Votre jeune serviteur

Emile Bourdelle »

 

Il n’est point besoin, pensons-nous, d’insister sur la beauté de la lettre qu’on vient de lire. Elle respire la manière propre au génie de l’artiste : noble dans l’inspiration, évocatrice par la forme. On aura remarqué le passage où Emile Bourdelle, les confond dans une égale ferveur, dit du peintre qu’il a « écrit » « l’Angélus » et de l’écrivain qu’il a peint « Le bouscassié ».

Le nom de Delacroix, plus loin, voisine avec le nom de Longus. Précisément Melle Judith Cladel habite rue de Furstenberg dans le 6éme arrondissement, la maison où Delacroix avait son atelier – depuis quelque temps accessible au public. Au demeurant le voisinage des artistes est familier à Melle Judith Cladel qui a vécu dans la vénération de Rodin, à qui elle va consacrer un maître-livre ; qui a pour frère M. Marius Cladel, l’auteur du monument Léon Cladel que connaissent tous les habitués du jardin du Luxembourg.

 

L’autre lettre d’Emile Bourdelle n’est pas datée. Aussi la donnons-nous en second. Mais sans doute fut-elle écrite antérieurement. Elle intéresse moins l’œuvre de Léon Cladel que l’art de Bourdelle. On notera le passage : « … dans ce pauvre siècle il ne faut pas montrer que l’on souffre », qui se passe de date. La souffrance est de tous les temps chez les artistes. Voici cette lettre :

« Monsieur Léon Cladel,

Veuillez m’excuser si je n’ai pu venir terminer votre portrait ; je suis tenu par un portrait d’enfant en pied, et de plus mes parents sont arrivés ces jours-ci de Montauban, ils vont habiter Paris, avec moi. Nous nous en trouverons tous mieux, je le crois.

M. Edinger a depuis quelques jours votre frontispice et son associé M. Didier m’a dit que vous en étiez assez satisfait.

Mais j’avais dit à M. Lampre de m’envoyer un exemplaire de « Par devant notaire » et je n’ai pas encore de ses nouvelles. Il me semble pourtant que ces dessins étaient assez pressés. J’aimerais mieux en tout cas lire, un peu avant, votre œuvre afin de ne pas traduire en dessin certains passages trop hâtivement, et en n’employant que du métier : avec vous inutile d’insister, en matière d’art, vous en comprenez.

Avez-vous vu le salon ? je serais heureux d’avoir votre avis sur mon buste de Marais. Quant à ma statue de « l’Amour agonise » elle meurt bien : la pauvrette a été placée dans un vrai cimetière, il faut bien connaître les aitres pour trouver sa tombe.

Elle est bien moins mauvaise que celle que j’avais l’année passée, mais le sujet ne plait pas aux jolies dames et aux jolis messieurs : dans ce pauvre siècle, il ne faut pas montrer que l’on souffre, il faut du gai et toujours du gai, du rococo, du jolie.

Je ne partirais au pays que dans trois ou quatre lois. D’ici là je puis faire les dessins de « Par-devant notaire » à la condition de n’être pas trop retardé.

Veuillez donc, je vous prie, mon bon et illustre compatriote, présenter mes plus respectueux hommages à Madame Cladel et me croire votre dévoué.

Emile Bourdelle 16, impasse du Maine.

 

Lors des fêtes régionales de Montauban, le 16 juin est-ce qu’il ne serait pas opportun de donner lecture, devant le buste de Léon Cladel, œuvre de Bourdelle, qui orne le jardin de la préfecture, de l’une au moins des deux lettres que « Vendémiraire » doit à l’obligeance de Melle Judith Cladel de publier aujourd’hui ?

Avis au comité d’organisation.

Gaston Picard

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 20:58

Dans une lettre à Gill, de mi-juin 1872, Jules Vallès donne son opinion sur La Fête vôtive de Saint Barthomée porte-glaive, le roman de Cladel qui vient de paraître. Vallès après avoir incendié Gill, il incendie Cladel. Je traite avec précaution les lettres mais si je publie celle-ci c’est qu’ayant été, des années durant, à l’association de Amis de Vallès j’ai demandé sans succès une confrontation des deux démarches. Je comprends pourquoi à présent, ils préfèrent ignorer Cladel. JPD

 

Mon cher ami,

Je pensais avoir des nouvelles de vous par Le Peuple souverain dont vous m'aviez promis les numéros illustrés. Je n'ai pas reçu de journal : je ne vois que par hasard, de loin en loin, une caricature de vous. Est-ce que l'abonnement au Peuple souverain est bien cher ? Mais pourquoi parler « abonnement » quand je tiens simplement aux dessins que vous signez ! Envoyez-les moi — Envoyez aussi ceux de L'Éclipse. Ce n'est pas le diable et ce sera pour moi un grand plaisir de vous suivre.

J'ai sur ma table votre pièce en vers. Je trouve cela indigne ! indigne de vous, de nous ! Ce n'est pas de Gill, ce n'est point d'un homme, ce n'est de personne ! et il y aura peut-être succès. J'en serai désespéré ! désespéré ! parce que je vous aime beaucoup ; je sais ce que vous pouvez rendre et, fichtre, je tiendrais à ne pas vous voir ciseler ces crottes odorantes ! Mais, mon cher, c'est du Coppée ou du Mendès, ce n'est pas à vous de tomber dans cette pommade — c'est de la pommade : quoique vous y versiez du vermillon pour faire croire que c'est du sang. Voilà mon opinion sur L'Étoile[i], et j'ai essayé d'être modéré. Une comédie de vous, avec un rire long comme un sabre !

Je vais vous dire maintenant ce que je pense du livre de Cladel. Je ne le connais pas et ne l'aime point assez familièrement pour lui faire savoir à lui-même, en toute conscience, l'impression que son bouquin m'a produite. Mais je suis sorti de cette lecture avec une envie de rire qui dure encore. Quoi, il a passé peut-être trois semaines, peut-être trois mois, peut-être trois ans à essayer d'imiter Rabelais, Barbey d'Aurevilly, etc, etc, etc, etc, etc. ; à imiter sans le savoir Bernardin de Saint-Pierre, Madamee de Genlis, etc, etc, etc, etc., c'est le sentimentalisme solennio-pleurnichard de la fin du 18e siècle, l'invocation hypocrite et glacée du Jean Jacques, — vernis froid, mosaïque pâle — et l'ostentation de l'énergie ! et les nom de Dieu par-ci, et les coïone par-là ; et patati et patata ! C'est rapporté, plaqué, collé, cloué ; la bondieuserie d'un réalisme sans conviction, tout le vague et le pathos d'un romantisme sans verdeur, c'est l'œuvre d'un émasculé qui veut essayer de se refaire des couilles et qui prend pour cela la peau des autres, et il sacre et il jure en recousant cette foutue peau ! Il finit par se figurer qu'il a des bourses à lui entre les jambes : c'est l'argent des autres ! Qu’est-ce que cela nous ferait, un mauvais bouquin de plus ou de moins ? mais c'est le spectacle donné par l'auteur, le couseur — qui vous fait souffrir pour lui, et on pleurerait de sa peine si on ne riait de sa naïveté ! Quelle torture ! A-t-il dû s'embêter! Au lieu d'aller tranquillement manger des omelettes, et boire du petit vin, et d'écrire, un jour de belle humeur ou d'émotion dure, sans se démener ni se crisper, ni regarder Hugo, Quasimodo, L'Église, la Bataille, d'écrire une page franche. Il veut avoir du TALENT ! !

Aie donc des sensations, malheureux !

N'allez pas dire à Cladel ce que j'écris là. Ce serait une douleur pour lui, et il ne se convertirait pas ! Puis mon opinion n'est qu'à moi seul, et vous trouverez peut-être que celui qui a si mal jugé L'Etoile est aussi incapable de juger bien Bartholomée ! En tout cas, voilà comme je vois — N'en parlons plus ! Si ! Parlons-en ! Est-ce que vous n'êtes pas de mon avis ? Il y a quelques lignes, dix ou quinze qui ne sont pas de la singerie ; ou plutôt qui n'ont pas l'air de sortir du même moule creux, faux, verni, fêlé ; ce sont les lignes que cite Veuillot ! Mais c'est, à rebours, du La Bruyère parlé par un perroquet partout, même dans l'acceptable, absence criminelle et cornique de personnalité! Bartholomée-porte-glaive pue l'élève et le pédant. C'est une composition de collège, le livre d'un professeur de rhétorique de province. J'en sais de meilleurs qui n'ont été que médiocrement goûtés (pour parler la langue que Cladel parle sans s'en douter) oui, que médiocrement goûtés par les plus malins de la localité. Je suis en veine de causer comme lui, et j'y vais. Eh bien ! ce sont des gens qui croient qu'ils aiment la campagne et se figurent nous le faire croire en s'attachant avec des ficelles une motte de terre au trou du cul. Ils [la] détachent quelquefois pour la baiser comme une hostie, et ils crient — Oh ! les champs ! Mes paysans ! —Sainte Nature ! — Le père d'Aristide Froissart[ii] parlait aussi de la nature. Ils sont plus bêtes que lui !

J'ai lu quarante lignes de Richepin sur le cimetière des fusillés qui sont bien, très bien, aussi bien que quarante lignes d'un nommé Gill, éparses de-ci, de-là, comme des fleurs qui ont une odeur navrante. Quel malheur que deux misérables aient emprunté les noms de Gill et de Richepin pour donner goût de laurier à une piéciculette qui s'appelle L'Étoile !

Vous êtes dans le faux, mon cher; vous dépenserez à embaumer des riens, à enguirlander du vent, à ficeler des soupirs, du temps et du talent. Venez sur votre terrain, la vie vraie, en prose, la vie saignante pour tout de bon, avec l'ironie héroïque pour femelle et pour muse !

 



[i] Acte en vers écrit par Richepin et Gill

[ii] Roman de Léon Gozlan, paru en 1844 et régulièrement réédité tout au long du XIXè siècle

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 21:04

 Je ne sais plus comment j’ai connu Pierre Mercier. Je me souviens seulement de son intervention à la tribune de l’Ancien collège à Montauban et j’avais été fasciné par sa passion cladélienne. Il n’est sans doute pas étranger à ma décision de prendre la plume et à la forme prise par mes deux premières publications. En conséquence je lui ai envoyé la première, le « Cri-Cladel » et le manuscrit de la deuxième : « Qui a tué Léon Cladel ? ». Il avait répondu en m’envoyant quelques documents datant de 1979 quand dans une revue de Sèvres il avait présenté Cladel : « Léon Cladel, nomarque des lettres » et il expliquait aussitôt : nomarque c'est dans l’ancienne Egypte, chef d’une province. Il m’a même envoyé le recensement de 1886 de Sèvres pour le n°9 de la rue Brongniart :

Cladel Léon Alphonse – 50 ans – français – homme de lettres

Cladel/Mullem Julia – 40 ans – française – épouse – musicienne

Cladel Judith – 13 ans – écolière – fille

Cladel Rachel Louise – 7 ans – écolière – fille

Cladel Esther Pierrine – 5 ans – écolière – fille

Cladel Marius Jean-Pierre – 3 ans – écolier – fils

Caujol Marie – 47 ans – domestique/servante

 

Il me donnait aussi la date et lieu de décès de Marius : le 8 janvier 1948 à Paris 1er arrondissement.

Pour Eve Rose elle serait décédée dans les Yvelines en 1946 mais en même temps une inscription sur l’Etat civil indique Moissac le 11 mai 1964 ! Et enfin voici les témoins au mariage de Cladel : Jules Claretie – Armand Silvestre – Paul Arène – Arthur d’Echerac / Adrien Hébard – Alphonse Lemerre – Etienne Carjat – Louis Mullen. Adrien Hébrard est le sénateur du Tarn et Garonne, qui, une nuit de 1880, proposa un amendement à une loi qui permit l’amnistie des Communards.

 

Bref, il était temps que je rende hommage à cet ami que j’aurai dû rencontrer aux Cabannes lieu que j’ai connu quand j’étais en colonie de vacances au château tout proche, le château de Gudanes. Je dormais à côté d’un copain que j’aimais bien et le soir on bavardait un peu, jusqu’au jour oùn le surveillant s’avançant sans qu’on l’entende, il nous envoie une paire de claques surprise. 5-05-2011 Jean-Paul Damaggio

 

 

M. Pierre MERCIER

09310 LES CABANNES

 

13 août 1990

 

à M. Jean-Paul DAMAGGIO

Ecole maternelle de Pomponne

82000 MONTAUBAN

 

Cher Monsieur,

 

Merci, un grand merci pour votre charmant envoi. J'y suis sensible, plus que vous ne pouvez le croire : non seulement parce que tout ce qui concerne Cladel m'intéresse, mais que votre lettre me prouve que vous ne m'avez pas oublié ! Après tout, rien ne vous obligeait à m'écrire !

Assez bavardé, seulement pour vous dire que vos photocopies m'apprennent l'existence de lettres de (ou à) Cladel : mais je savais que j'étais loin de connaître tout.

Votre brochure, "Le Cri-Cladel" est originale et curieuse. Son titre m'a d'abord intrigué. Et puis, votre "Avertissement" est très spirituel. Si un jour j'écris "quelque chose", je serais tenté de reprendre votre formule : ce livre est une erreur, mais si on ne le lit pas, c'est une faute!!! Non, pas de plaggiat!!!

En tout cas, mettre une histoire du temps présent sur les pages paires, et une histoire du temps passé sur les pages impaires (ou vice versa), c'est encore une trouvaille.

Si vous publiez quoi que ce soit sur Cladel, prévenez-moi.

Cladel étant mort à Sèvres, j'ai demandé à la municipalité de cette ville d'envisager de faire en 1992 (pour le centenaire) une exposition sur Cladel.

Pour le moment, je n'ai pas de réponse officielle. Mais je sais que la bibliothèque de Sèvres (qui dépend de la ville) y est favorable. Une confidence, ou plutôt un avis personnel : Cladel peut être classé parmi les écrivains d'avant-garde, presque libertaire, socialisant (Le PS l'a commémoré avant la guerre). Et la municipalité de Sèvres (que je ne critique pas) est de centre droit...

Enfin, nous verrons. Il est possible que la Bibliothèque Nationale fasse une Exposition??? J'ai travaillé à la BN en tant que documentaliste et j'ai gardé des contacts. Enfin, nous verrons.

Cher Monsieur, croyez en mes sentiments amicaux.

Pierre MERCIER

 

 

à M. Jean-Paul DAMAGGIO

 

 

Jeudi 30 août 1990

 

Cher Cladelien,

 

J'ai bien reçu en son temps votre livre, mais je n'ai pu le lire que ces jours-ci : c'est formidable, cela m'a enthousiasmé à un point que vous ne pouvez deviner. Contrairement à ce que vous supposez, je ne connais guère l’œuvre de Cladel. Maintenant, grâce à vous, je sens que je vais m'y plonger.

Votre titre est "accrocheur". Et vous écrivez rudement bien. J'espère vous rencontrer un jour, mais si vous passez sur la RN 20, ma femme et moi nous vous recevrons avec plaisir : nous sommes juste à l'entrée des Cabannes, tout près de la route, derrière les Pompiers.

Je me demande s'il ne serait pas possible de trouver un éditeur pour votre projet. Je sais que cela est dur, mais votre texte est si intéressant que je me demande s'il ne faut pas le proposer à plusieurs éditeurs : ceux, par exemple, qui ont édité ces dernières années des romans de Cladel ???

Donc, je n'ai rien trouvé d'anormal ou d'erroné sur les renseignements concernant la vie ou l'œuvre de Léon Cladel.

Pages 55-56, vous donnez des chiffres sur la souscription. Pour mémoire (mais ne rajoutez rien pour ne pas démolir la mise en pages), je vous signale que le conseil municipal de Sèvres, le 15 mai 1893, dès la première séance où un nouveau maire est élu, vote 100 F pour « souscription de la ville pour l'érection d'un monument à Léon Clade!, à Montauban, sa ville natale ».

Ne m'en voulez pas j'ai été correcteur à l'Imprimerie Nationale : je n'ai pu m'empêcher de corriger AU CRAYON les coquilles relevées : un certain nombre peuvent être laissées (refaire le texte, entraîne des remaniements et de nouvelles coquilles). Pour d'autres, voyez vous-même s'il convient bien de rectifier.

J'ai essayé hier mercredi et surtout avant-hier mardi de vous téléphoner mais vous étiez absent.

En attendant le plaisir de vous acheter votre livre lors de sa parution, croyez à toute ma sympathie.

 

MERCIER

 

P.S. Le conseil municipal de Sèvres a donné le 19/2/1911 le nom de Cladel à l’ancienne rue des Charbonniers.

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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 16:16

 Il n’y a pas de nouvelle de Cladel plus autobiographique que celle-ci. Saint Carnus de l’Ursinade n’est autre que le village de Lunel où son père est enterré. Cette nouvelle a été publiée par la Brochure, dès 2007, dans le recueil : Emotions autobiographiques. JPD.

 

     Geignant sur son essieu, le char à bancs mis à ma disposition par un bibliophile de Moissac roulait tant bien que mal le long de la grande route poudreuse autrefois sillonnée en tous sens par les messageries et les malles-poste, à peu près déserte aujourd'hui que les trains circulent sur les lignes de chemins de fer du sud-ouest, et mes yeux examinaient, tantôt à gauche, tantôt a droite, les vieux saules évidés qui bordent cette chaussée recouvrant une ancienne voie romaine ; ils n'avaient presque pas changé, ces arbres séculaires qu'enfant encore j'avais connus et que je retrouvais aussi verts, aussi frais, aussi jeunes qu'au temps passé, moi quasi vieillard déjà.

- Saint-Carnus ! s'écria tout à coup le condisciple qui m'accompagnait ; Saint-Carnus de l'Ursinade !

Aussitôt, je descendis de la carriole qui s'était arrêtée ; un terrien entre deux âges assis sur un tas de graviers en face de l'église du hameau me reconnut en dépit de ma figure trop ravagée par les ans et, s'étant levé, m'accosta :

- Qu'il y a de jours, monsieur, qu'on ne vous avait vu par ici ! Vous y êtes venu sans doute à l'occasion des fêtes de Cahors et de Montauban ?

- Non, oh ! certes non ! Elles m'importent peu ; mais, naguère, là-bas, à Paris, j'éprouvai le besoin de saluer quelqu'un qui reste à deux pas de nous en ce coin, et me voici !

- Rien de plus naturel, exclama le paysan, qui cherchait en vain à me comprendre ; on part, on revient, on s'en retourne, et quand on est las de voyager, on finit par rentrer là d'où l'on est sorti ; c’est clair, pardienne ! on conçoit aisément tout ça.

Je lui serrai rapidement les mains et me dirigeai vers un clos raboteux, sorte de friche dont les ronces et les herbes moutonnaient pêle-mêle, agitées par la brise, au-dessus d'une foule de tertres de cinq à six pieds de long sur trois de large environ.

- Ne cours pas si vite ; il y a des fondrières !...

Sourd à la voix de mon ami, je marchai droit au grillage de fer rouillé qui défendait l’asile où dormait celui qui pendant sa vie n'avait pas goûté de repos. Envahie par les chardons et les orties, cette armature disparaissait presque entièrement sous des broussailles, et c'est à peine si parmi cette végétation parasitaire je parvins à découvrir une parcelle de ce sol glabre et rouge où quelques semaines avant notre éternelle séparation Montauban-Tu-Ne-Le-Sauras-Pas m'avait dit en le frappant de son bâton de houx : « Si tu n'obtiens pas l'autorisation de m'enterrer au milieu de notre prairie, entre les deux amandiers que j'y plantai, tu t'arrangeras pour qu'on me mette là ! ... Belle exposition au Midi ! chaque matin, à son lever, le soleil m'y frappera d'aplomb et ses rais m'y réchaufferont les os. » Il gisait à la place qu'il s'était choisie et de laquelle il ne sera point exhumé, ce sévère Compagnon du Devoir, car respectueux de sa suprême volonté, je ne prendrai jamais sur moi de réunir ses cendres à celles de ma mère et de ceux de mes enfants qui sommeillent avec elle sur les cimes du Père Lachaise, au fond du même tombeau. Debout et chapeau bas devant la fosse où se consume ce brave qui mourut sans peur et sans reproches, si je ne murmurai pas en ce lieu des prières quelconques, ni ne m'agenouillai point sur la terre en implorant le ciel non plus sensible qu'elle-même, au moins je laissai mon cœur saigner à son gré...

1806 - 1869

Et m'abîmant en je ne sais quelle obscure et cruelle rêverie, je parcourus de mes doigts ces deux dates presque invisibles dans le métal oxydé, marquant l’une le commencement et l'autre la fin de l’homme qui m'avait créé.

- Lui, soupirai-je à bout de forces et comme hypnotisé par le cher fantôme enfin apparu, c’est lui-même !

On m'entraîna. Je remontai sur-le-champ en voiture en priant le cocher de me conduire au-delà du coteau qui nous barrait l'horizon.

- A la Lande ?

- Oui !

Dix minutes ne s'étaient pas écoulées que nous avions atteint le sommet d’une pente très déclive, d'où mes prunelles ravies contemplèrent un panorama qui m'avait été familier ; et les battements irréguliers de mes artères répondirent bientôt au rythmique tic-tac de ce riant moulin où j'avais savouré de si douces heures entre mes proches. Enseveli sous des bouleaux et des charmes, il était toujours là, paisible, à califourchon sur les eaux candides du bief, où se réfléchissait tout l'azur, et juste au milieu de ce cirque de verdure où s'ajustent, d'une part, après avoir franchi le Tarn et l'Aveyron conjugués, les plaines fécondes du Languedoc, et s'échelonnent, de l'autre, les mamelons ligneux du Quercy, scindés par de profondes gorges au-delà desquelles se déroulent des perspectives sans fin. Ayant mis pied à terre et foulé le pont du Lemboux, je m'engageai dans cette étroite et longue allée domestique jadis les gars de Saint-Bartholomée Porte Glaive et de Saint-Guillaume le Tambourineur étaient venus m'offrir un bouquet de fleurs artificielles, composé de tulipes bleues d'outre-mer, de lis sang de bœuf et d'épis de sarrasin tricolores. Sous le rouvre qui trône à l'autre bord du ru, béait la grotte où le hasard m'avait souvent rendu témoin des amours primitives d'Inot et de Janille, aujourd'hui mariés et bien portants aussi, «grâces a Dieu ! ». Je considérais en marchant l'arbre et la crypte, lorsqu'une pastoure bise et chenue qui filait sa quenouille en paissant une truie et des biques, m'arrêta :

- Qu'y a-t-il pour votre service et qui demandez-vous ici ?

Cette brutale apostrophe me souffleta. Quel dur rappel à la réalité ! Je n'étais plus chez moi ; des étrangers possédaient le toit les miens et moi, côte à côte, nous avions vécu.

- La permission, répliqua mon ami, de visiter cette demeure ?

- Hé bien, suivez-moi tous les deux, dit après quelques minutes d'hésitation la méfiante gardienne, et, s'il vous plait, n'abîmez rien !

Nous nous introduisîmes silencieux, et comme en un sanctuaire, sous le hangar de la bâtisse les huis clos des étables étaient encore estampillés à l'encre de Chine des équerres et des compas symboliques de Maître Jacques, que le précédent propriétaire avait tant honoré. Dès que nous eûmes parcouru le rez-de-chaussée de l'usine les meules ronflaient en vironnant entourées d'un nuage tourbillonnant de farine, nous montâmes au premier étage, dans les quatre petites pièces duquel s'était usée la vie de ma laborieuse et solitaire famille. Attiré d'abord vers la chambre carrée, à l’un des angles de laquelle je couchais en une sorte de niche séparée par un paravent qui touchait au plafond de l'alcôve de ma mère, car la simple et digne femme ne voyant encore en moi, malgré la farouche barbe d’ermite dont ma figure était déjà couverte à vingt ans, que le marmot qu'elle avait conçu, nourri, torché, ne permettait pas, tant que je séjournais auprès d'elle, que je fusse un instant hors de la portée de ses mains secourables, j'en poussai la porte entrebâillée avec une émotion extraordinaire et qui s'accrut au point de me paralyser les jambes au moment où j'y pénétrai.

- Regardez, criai-je hors de moi, regardez ça !

- Quoi donc ?

- Ce blé, ce blé ! ...

Fille et sœur de campagnards presque indigents, épouse d'un maigre ouvrier de ville, elle avait toujours eu, la noble créature qui me berça dans son giron, ainsi qu'eux-mêmes et comme tous ceux qui gagnent leur pain à la sueur de leur front, une vénération instinctive pour cet aliment, à peu près le seul des humbles de sa race, et tremblait sans cesse d’en manquer.

Aussi, m'en souvient-il, avec quelle ferveur exhalait-elle chaque soir avant de se dévêtir ces paroles latines du PATER : Hodie da nobis panem quotidianum ! Et maintenant à l'endroit même je l'avais si souvent vue prier avec tant d'ardeur et de pitié Celui qu'elle tenait pour le souverain Arbitre et le Dispensateur universel «de lui fournir la pâture ainsi qu'il le fait aux petits oiseaux », s'élevait un monceau de grains assez abondant pour subvenir aux besoins de toute une tribu pendant au moins une année ; et moi, grison, non moins émerveillé qu'attendri, les orteils rivés au carreau, je ne savais que répéter encore et toujours encore le premier mot que, bambin, emmailloté de langes, j'avais balbutié :

- Maman ! oh ! maman !

Apres m'avoir arraché tout vibrant de ce parquet où mes talons s'étaient soudés, on essaya de m'emmener dehors ; mais, avant de descendre, je voulus revoir aussi la mansarde en laquelle le patron, tout hâlé, fruste comme un Romain et sobre comme un Spartiate, déjeunait seul d'une gousse d’ail et d'une fouace arrosées de quelques gouttes de piquette, en interrogeant par une lucarne le soleil qui se mirait dans les ondes soyeuses et limpides du ruisseau frôlant les plantains de ses deux berges inégales, et se délassait, ne dormant jamais que d'un œil, entre des draps écrus, sur un méchant châlit en fonte où, voici déjà, quinze ans, il s'éteignit entre mes bras, un soir d'automne, à la tombée de la nuit.

- Tâche d'ouvrir, toi, si cela t’est possible, dis-je étrangement intimidé sur le seuil du réduit, à mon camarade, que mes saintes angoisses avaient tout remué, je ne puis, moi !

J'entendis grincer un loquet, et sitôt après un grand bruit d’ailes... Enigmatique et magique spectacle dont je fus confondu ! Dans ce misérable galetas que l'agonie du chef de la maison avait splendifié, nuls meubles à présent, pas un : ni la table en bois blanc où jadis il s'asseyait pour «tuer le ver », ni le coffre vermoulu chargé de ferrures où soigneusement il serrait ses registres et son numéraire, ni ce trophée à nul autre pareil et formé de plusieurs cannes enrubannées de compagnonnage et d'armes : sabres, fusils et piques de mes aïeux, ceux-ci soldats de la République et de l'Empire, ceux-là révolutionnaires ainsi que leur successeur, ouvriers ambulants comme lui ; ni le grabat au chevet duquel je l'avais veillé pendant que son âme se déracinait de sa chair ; mais il y avait là plus de cent pigeons, et de toutes les espèces : des communs, des pattus, des huppés ; des ramiers, des colombes et des tourterelles qui s'abattaient sur moi, me couvrant le corps de pied en cap. Or, dès son berceau, le rude plébéien qui m'engendra s’était montré tendre à ces volatiles, et depuis ma première enfance, il en avait toujours eu. Ç’avait été son unique faiblesse ; il se la reprochait parfois en se traitant de sacré nigaud. Du froment, ici, chez celle qui n'avait guère songé qu'à s'en prémunir ; et chez celui qui ne s'était jamais apitoyé sur la condition des animaux, une foule de ceux-là seuls qu'il eût jamais choyés ! Et tandis que, me dévorant de caresses, ils m'étreignaient tous de leurs ailes et me baisaient de leurs becs, il me sembla que j'étais enveloppé de mystères et je frissonnais, en butte à je ne sais quelles transes religieuses, ébloui par ces vertigineuses métempsycoses ; enfin, ma poitrine, grosse de larmes, creva : je sanglotai.

- Qu'est-ce ? questionna la rustaude qui nous surveillait, il pleure, votre ami, pourquoi ?

- Chut, taisez-vous, ne bougez point, murmura mon compagnon de route ; son père mourut là.

- Té, celui-ci, s'écria-t-elle en me désignant, est donc le fils de cet ancien qui labourait autrefois les entours du trictrac, un monsieur devenu paysan, coiffé d'un chapeau de citadin et vêtu d'un frac à queue d'hirondelle, avec un tablier de basane autour des flancs ?

- Oui, répliquai-je en mon trouble persistant, et je suis un laboureur aussi, moi...

Puis, soutenu, comme poussé par des mains invisibles, je passai dans une salle voisine assez spacieuse, nous dînions tous ensemble autrefois, et là, c’estqu'aux lueurs parcimonieuses d'une lampette à pétrole, tandis qu'à la veillée, maman, noire comme une taupe, me tricotait des bas ou me ravaudait du linge, et que papa, roux comme les blés, se rappelant son vieux métier de bourrelier, raccommodait la barde de quelque mule ou la trézègue d'un joug à bœufs, moi, moi, leur fruit unique et bicolore, j'écrivis avec l'enthousiasme de la jeunesse et certaine confiance en moi que tous mes revers n'ont pas abattue ni même ébranlée, cette tragi-comédie : La Fête votive, et cette églogue : Le Bouscassié.

- Miens, chers miens, ô pauvres âmes, adieu ! ...

Les feux du couchant rasaient les myrtes d'alentour ; à ce moment une buandière qui fredonnait en s'accompagnant de son battoir, enfla sa voix qui retentit sous les fenêtres :

Sur la terre, en l’air et dans l'eau

Rien ne meurt, tout se renouvelle ;

Que mon amant devienne oiseau,

Je me muerai vite en oiselle ;

Et, si je renais plante ou fleur,

Moucheron, il boira mon cœur

De rose

Blanche ou rose,

Lui, lui,

M’ami !

 

Vieil orphelin en deuil je m’en allai, l'esprit hanté de radieuses images mystiques où, parmi tout un essaim de très belles petites têtes brunes, châtaines et blondes, semblables à celles si chères à mon cœur de père, revivaient, transfigurés, ceux que j'aime encore et toujours d'un amour filial.

Avril 1884 .Léon Cladel

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