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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 15:08

La Feuille villageoise publie le 4 octobre 1888 sans signature mais c'est inévitablement Camille Delthil, ce texte sur la mort d'un jeune poète. JPD

La mort de Fernand Icres

Nous apprenons la mort de Fernand Icres qui fut un de nos jeunes amis. Nous l’avions connu professeur au Collège de Moissac, il y a quelque dix ans de cela. Il raffolait de poésie, et l’Avenir que nous rédigions alors, encouragea ses essais.

Il était Lamartinien, encore avec une pointe de satire qu’il lui était restée après la lecture des Expiations, de son compatriote ; Léon Valéry. Nous lui passâmes Beaudelaire, il s’en enticha fort, et quelques temps après il nous portait une pièce remarquable, le Mitron, qui figure dans son volume les Fauves, publié par Lemerre, quelques années plus tard.

Il partit pour Paris en qualité d’élève à l’école des Chartes, mais la littérature le tentait. Il fréquenta les Hydropathes, et lança sous le pseudonyme de Fernand Crésy, son premier volume de vers qui obtint un vrai succès. L’école des Chartes était loin. Dès lors il s’escrima dans les journaux, tout en rimant un nouveau volume, les Farouches, et en monologuant un drame, les Bouchers, que le directeur du Théâtre libre fera jouer cet hiver.

 

 

Icres venait de publier récemment un roman qui contient de belles pages, bien que trop naturaliste par certains endroits, La mort le fauche avant que la moisson soit faite. Il meurt à 32 ans à peine, emporté par une de ces cruelles maladies qui aiguisent l’intelligence en brisant le corps. Chez lui la lame a usé le fourreau.

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 14:23

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La Feuille villageoise de Moissac a été le journal le plus cladélien de France. Aussi, aujourd’hui, à chercher des textes sur le césarien Boulanger, je tombe aux Archives départemetnales sur la bio de Malon qui y a été publiée en avant première en septembre 1888. CoPincidence ! Et la note nous laisse un regret : « Extrait d’un volume de biographie que prépare actuellement Léon Cladel, et qui paraîtra l’an prochain. » Malheureusement ce livre de biographies n’a pas vu le jour !

 Peu de temps auparavant, le 18 mars le journal avait publié ce rectificatif amusant.

Rectification

Léon Cladel nous envoie la lettre suivante à plusieurs journaux à propos d’un canard d’assez belle volée.

Sèvres 11 mars 1888

Mon cher confrère

Il paraît qu’un de mes homonymes (où diable l’a-t-on cueilli) vient d’être nommé caissier ou trésorier (on emploie les deux termes dans les divers journaux qui parlent de cette nomination) à la Chambre des députés, et nombre de gens supposant que je vais aussi, moi, manier de l’argent m’adressent du Nord au Midi de chaudes félicitations. Ayez l’obligeance, cher ami, de faire savoir urbi et orbi que je n’ai rien de commun avec le comptable en question que l’on prend pour moi. Romancier suis et resterai. D’ailleurs j’ignore le calcul.

A vous de tout cœur et merci.

Léon Cladel

 

Le 21 octobre Delthil y présente Kerkadec, une oeuvre de Cladel. JPD

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 17:50

Après l'avoir mis sur le blog, René Merle m'apprend que le texte est déjà sur le sien et avec qui plus est des notes ! Malon-Cladel site René Merle

 

photo malon

UN PENSEUR SOCIALISTE : BENOIT MALON, par L. Cladel

Ces pages de biographie, qu'écrivit Léon Cladel, en 1886, étaient destinées à précéder la première édition de cet ouvrage ; la modestie de l'auteur en empêcha la publication. Nous les restituons aujourd'hui :

 Zézayant, bredouillant et grasseyant tout à la fois, une poignée de ces inutiles qui grouillent partout où se montre qui veut être vu, les uns déjà vieillis à l'âge où la virilité commence à peine ; adolescents sans pudeur ni fraîcheur, les autres, s'assirent à la brune, un soir, en ma présence, à l'une des tables extérieures du café Tortoni. « Qui diable est ça ! chantonna l'un d'entre eux, après avoir prononcé les prénom et nom inscrits ci-dessus, et pourquoi s'occupe-t-on de lui dans les gazettes? » Si je connaissais très peu celui de qui s'entretenaient à bâtons rompus et trop cavalièrement aussi cette racaille d'honnêtes gens, antiphrase des plus expressives, s'appliquant tout aussi bien aux gredins de nos contrées et de ce temps-ci, que cette autre : Euménides, aux Furies chez les Grecs, ou cette autre encore : Modérés, aux frénétiques de n'importe quand et de n'importe où, je n'ignorais pas du moins que c'était un démagogue, un frondeur, rebelle à la tyrannie d'un seul ou de tous, un Prolo de mon acabit, et je toisai de haut en bas tous ces beaux produits des classes dirigeantes, qu'on a tour à tour appelés : Incroyables, Mirliflores, Merveilleux, Gandins, Lions, Dandys, Cocodès, Gommeux, Petits Crevés, Pschuteux, Copurchics, etc., qui se permettaient de blaguer, dans l'argot usité sur l'asphalte des boulevards, hantés par toutes les larves de la noblesse et de la bourgeoisie, le manant, le vilain, le croquant en question. Il est probable, et même certain que si j'avais alors su de lui ce que j'en sais aujourd'hui, je leur eusse rabattu le caquet, tout en les renseignant à peu près en ces termes sur ce bonhomme là :

 « Messieurs, vous que j'aurais honte de traiter de citoyens, autant que vous rougiriez sans doute vous-mêmes d'être qualifiés ainsi ; messieurs, vous dont la peau s'use sur la croupe des chevaux de race et sur le poitrail des filles de roture, ouvrez, s'il vous plaît, l'oreille, ou plutôt l'œil, et regardez là-bas, au loin, tout là-bas, vers le bassin houiller de Saint-Étienne en Forez, que bordent la Loire, le Rhône et les montagnes du Vivarais et du Gévaudan. Non loin de là, sous un toit de chaume, à Prétieux, six ou sept ans avant la déconfiture de ce matois couronné, dont le petit-fils, simple et vice au superlatif, aspire à nous gouverner du haut d'un trône pavoisé de drapeaux tricolores, ayant tous au sommet de la hampe un coq aussi fulgurant que l'aigle impériale, et, sur la bande médiane d'étoffe blanche, trois chrétiennes fleurs de lys d'or, un garçon naquit, en 1841, de deux journaliers absolument ignares et tout errenés[1], selon la géniale expression de Jean-François Millet, le grand peintre de la Nature.

Au Levant ainsi qu'au Ponant, au Nord, au Midi, quels qu'ils soient, citadins oisifs, à qui je m'adresse ici., souffrez que je vous rappelle cela, si vous l'avez oublié : les rustres, qui ne sont pas autrement façonnés, d'ailleurs, que vous et moi, ne vivent que de leur labeur, et quiconque aux champs ne travaille pas, au lieu de manger et boire à son gré, se brosse la panse quand il a soif et faim. Or, dès que la tâcheronne qui l'avait conçu l'eut suffisamment allaité, le nouveau-né rampa, gémit, pleura pendant quelques mois, sur les talons de ses proches, plus souvent dehors que dedans et, sitôt qu'il se tint debout, on l'arma d’une gaule. A l'œuvre, serf ; allons, forçat de la glèbe, tu n'as d'autre ressource pour gagner ton pain quotidien que tes bras et tes jambes ! Il garda d'abord les oies, les dindons, ensuite les ouailles. A quoi songeait-il, immobile, en ces planes solitudes, sous les nues mouvantes de son ciel natal ? Uniquement à ceci, que s'il ne suffit pas à chacun de nous de se remplir le ventre matin et soir, il importe à tous de se nourrir le cœur et le cerveau. Certes, ses brebis, ses pourceaux, ses vaches et son barbet, il les aima. Mais aimer n'était pas son seul besoin ; il éprouvait aussi celui de comprendre le comment et le pourquoi des choses et des êtres qui l'entouraient : arbres et plantes, fleuves et monts, bêtes et gens. Hélas ! ses parents, ignorants tous les deux ainsi que leurs devanciers, étaient incapables de l'instruire ; trop pauvres pour l'envoyer à l'école, et d'ailleurs celle-ci se trouvait trop loin. Eût-elle été voisine de leur chaumière, qu'il n'y serait pas allé davantage. Auraient-ils pu le soutenir s'il ne les avait pas aidés à regarnir la huche vide ?... Il pousse, il se forme, il grandit à côté des siens, et le voilà contraint tout à coup à se séparer d'eux et de se louer, en qualité de valet, dans les fermes d'alentour.

Environ dix années, dix siècles, il croupit là. Roulant confusément en sa tête mille plans irréalisables, il accouple sous le joug, attelle au char et conduit au labour ses deux bœufs charolais, dont la marche lourde et rythmée berce son rêve sans consistance et sans fin. A ces labeurs si pénibles et peu lucratifs, il se surmène, il s'épuise, il s'use et, tremblant la fièvre, il cède la place à quelque autre va-nu-pieds et part. Où court-il ? En la masure de la mère, car le père est sous terre depuis longtemps ! Il n'y a pas toujours là ce qui est nécessaire à la pauvre femme, et lui rogner la portion, non, jamais ! A l'hôpital ? Il en a horreur! A la rivière ? Il n'a pas encore vingt ans, et mourir déjà... ! Son esprit inculte et son corps fourbu protestent également. Alors il se cramponne à la seule branche de salut qu'il lui reste. Un de ses frères, son frère aîné, que la destinée favorisa plus que lui, mis en pension, par suite d'arrangement de famille, et d'élève passé maître tout récemment, est instituteur en une commune assez écartée de Montbrison. Il s'y traîne, lui, le cadet, et son consanguin le reçoit à bras ouverts.

Heureux de l'accueil, il s'alite et, bientôt, convalescent, dévore des alphabets. Soudain il se relève, ayant découvert dans une brochure qu'il épelait cette formule philosophique : « II est de stricte justice que la société soit responsable de l'existence de tous les individus qui la composent et que chacun d'eux, riche ou pauvre, ait le même droit à la terre, à l'air, à la lumière, à la vie. » « Ah ! cela sera, s'écrie-t-il, ébloui par une vision prodigieuse où, commensales, fraternisent en un solennel banquet toutes les classes de la Nation, et, quelques semaines plus tard, ayant bouclé sa ceinture et le bâton de voyage à la main, il se dirige vers le septentrion. Exténué par quinze jours de marche et sans un liard en poche, en septembre 1863, il entre à Paris... A présent, nobles et bourgeois fainéants, écoutez un peu cette odyssée, cette Iliade ; on dirait d'une féerie. Homme de peine ayant connu les jours sans pain et les nuits sans abri, puis auxiliaire teinturier sur les bords de la Seine, à Puteaux, il gîte dans un taudis, se loge en une mansarde de six pieds carrés, et c'est là sur un dur grabat où ses membres endoloris se délassent à la fin de la journée, qu'à peine éclairé, la nuit, par la lueur fumeuse d'une chandelle de suif enfilée dans le goulot d'une bouteille placée celle-ci sur une planche assujettie au châlit, entre deux chaises dépaillées, il se brûle les yeux, jusqu'à l'aurore, en des lectures forcenées et qui lui profitent si bien qu'en 1865 ses camarades de travail et de misère, reconnaissant en lui le plus apte d'entre eux à défendre leur cause, le délèguent auprès des patrons et le nomment chef de grève. Il s'acquitte à merveille de ce premier mandat renouvelé en 1866, et ne tarde pas à se servir d'outils autres que ceux par lui jusque-là maniés. En 1867 et 1868, il envoie, encore inexpérimenté dans sa nouvelle profession, une série de correspondances ouvrières à la Mutualité, force articles au Courrier français et s'affilie, impatient de plus hauts combats, à l'Internationale, dont le siège n'est pas encore dans la rue de la Corderie, mais dans celle de Gravilliers.

On le dénonce. Il est empoigné, jugé, frappé, puis incarcéré. Trois mois durant, il en manipule des bouquins, il en avale sous les verrous ! A peine sorti de sa geôle, il se remet en danse, propage ses idées de telle sorte que nombre de sections sont par lui créées en un rien de temps auxquelles il amène près de deux mille adhérents. Infatigable, il fonde la Revendication de Puteaux, société de consommation encore prospère aujourd'hui, puisqu'elle compte 1800 membres, et d'autres à Suresnes, à Courbevoie, à Clichy, à Roubaix ; et, grâce à sa persévérance et son ubiquité, de nouveaux groupes internationalistes se constituent à Lille, Amboise, Vattrelos, Pontoise, Saint-Ouen l'Aumône, Saint-Etienne et Batignolles.

En butte aux rancunes patronales il change de nom à tout instant, et ne séjourne en chaque lieu que le temps nécessaire à la formation de quelque cercle, et, de plus en plus agile, court à d'autres tâches, à d'autres propagandes interrompues par des réclusions successives. A l'ombre des cachots, il médite ; en plein soleil, il agit. Toujours sur pied, et jouissant de la confiance absolue de ses recrues avides de se produire, il se concerte avec les blanquistes et participe avec eux à beaucoup de manifestations républicaines et tentatives révolutionnaires de 1867-68-69. En janvier 1870 éclate enfin la grève du Creusot. Il s'y trouve déjà comme correspondant de la Marseillaise et bientôt y dirige les mineurs. Après leur défaite, il va porter le concours du journal et celui de ses facultés d'organisateur aux grévistes de Fourchambault. On l'épie, on le harcèle, il se couvre d'une blaude rustique, il échappe aux limiers de la police impériale attachés à ses trousses, et, presque à leur barbe, ayant établi plus de vingt nouvelles sections à Chalon, Autun, Dijon, Torteron, Cosne, etc., pousse sur Paris où dès son retour, en avril 1870, on le jette à Mazas; il y reste au secret plusieurs mois. Enveloppé dans le quatrième procès de l'internationale, on lui sert un an de prison; il purgeait cette condamnation en la prison de Beauvais d'où, le lendemain du 4 septembre, il est élargi sur une dépêche de Gambetta. D'un bond il regagne la capitale déjà investie par les hordes étrangères, s'enrégimente au 91e bataillon de la garde nationale qui le choisit aussitôt pour délégué. La guerre est peu goûtée des tristes accesseurs de Trochu le généralissime, qui la conduit mollement, ne se pressant guère, ce traînard, ce fantoche, d'exécuter les plans que lui dicte Sainte-Geneviève. A bout de patience et de crédulité, tous les faubourgs, à qui l'on n'oserait parler de capitulation, descendent sur l'Hôtel de Ville, s'en emparent, et, malheureusement pour nous, ne l'occupent qu'un instant. Tout de suite après le 31 octobre, le délégué du 91e bataillon, qui s'est montré fort énergique pendant cette journée des dupes, précédemment nommé d'acclamation membre du Comité central des arrondissements, devient, en novembre, adjoint à la mairie des Batignolles. Sur- veillé par les vieilles femelles du Gouvernement qui pressentent en ce jeune mâle un indomptable meneur du populaire, il est poursuivi, sans relâche, sitôt après l'insurrection du 22 janvier, par leurs mouchards et leurs sbires. Un mandat d'amener est lancé contre lui ; mais voici l'heure des urnes.

Élu le 3 février 1871, par 118 000voix, le quinzième sur quarante-trois, le petit berger du Forez, l'homme de trait et de bât des villages, hameaux et bourgs suburbains, est député de Paris. Ah ! cette fois, les électeurs en blouse abjurant toute jalousie, ont voté pour un blousier comme chacun d'eux. S'il en avait été ainsi l'an dernier, combien de bourgeois autoritaires qui trônent au pouvoir aujourd'hui seraient aux genoux de cette plèbe, qu'après l'avoir implorée et flagornée en tant que candidats ils crossent, parvenus, avec dédain. Accompagné par quelques-uns de ses mandants, il vole à Bordeaux, le vrai représentant du peuple et le plus légitime au dire de l'auteur des Châtiments, et là, de même que les Allemands Liebknecht et Bebel repousseront plus tard, au Reichstag de Berlin, l'annexion de la Lorraine et de l'Alsace à l'Allemagne, il refuse de sanctionner le démembrement de la France vaincue, ainsi qu'il n'eût pas admis d'ailleurs l'incorporation de provinces transrhénanes à sa patrie, si, mieux commandées et plus nombreuses, nos imberbes milices urbaines et rurales l'avaient emporté sur deux millions de reîtres et de lansquenets blanchis sous le casque et la cuirasse ; il flanque — en même temps que Tridon, Razoua, Cournet, Rochefort, Delescluze et celui qui, n'ayant pas su se contenter d'être Ranc tout court, est devenu Monsieur Ranc tout au long ; après Garibaldi trop prompt à les précéder, avant Victor Hugo peut-être trop lent à leur emboîter le pas, il flanque sa démission de mandataire de la grande cité révolutionnaire au nez de tous les nonces rétrogrades de quatre-vingt-neuf départements, et s'en retourne là d'où naguère il est venu. Bientôt tous les Basile, tous les Ratapoil et tous les Rabagas qu'il a laissés sur les rives de la Gironde en décampent et s'acheminent vers Seine-et-Oise, où pêle-mêle ils s'établissent. Ah ! certes, il aurait pu s'éterniser parmi ces tourbes, ces hâbleurs, et plus tard trafiquer de son influence ainsi qu'un Olivier ou qu'un Laurier, si, comme la leur, son âme avait été vénale !

Oui, mais il n'était pas bâti comme ces industriels et l'on sut, à bref délai, de quel bois il se chauffait au mont Aventin où les nuages s'amassent. Tout à coup des éclairs et le tonnerre... Ah ! la foudre a parlé, c'est le 18 mars ! Il hésite, l'intègre démissionnaire, à se prononcer contre Versailles avant d'avoir épuisé tous les moyens de conciliation ; il a peur, ce brave, oui, peur, et pourquoi ? Parce que toute action est suivie d'une réaction. Et qui réprimera? Parbleu ! ceux-là qui, sympathiques au mouvement, seront astreints à l'arrêter. Un peuple de laboureurs se ruera sur un peuple d'artisans. Et pour quoi, pour qui ? Pour les aises, et c'est assez ! de leurs commun ennemis les privilégiés et les fortunés à qui toujours, pendant qu'ils s'empiffrent, digèrent et forniquent, est doux le carnage réciproque des gueux des sillons et des voyous des rues. Il s'interroge, il se consulte, il ne se décide pas encore, et ce n'est que le 21 mars, après le discours odieux de Jules Favre, le faussaire et le fratricide : « Ah ! j'en demande pardon à Dieu et aux hommes ! » qu'il se rallie ouvertement à la Commune où, sur ses recommandations expresses, on utilise enfin les talents militaires et la froide audace de Rossel.

Les temps sont difficiles et douloureux. Subir sinon un autre empereur ou quelque roi, du moins le principat de Thiers et les persécutions de ses complices, les sept cents législateurs orléanistes ou légitimistes, ou bonapartistes ou libéraux, ensuite la famine et le gel, et le servage, et les affres d'une interminable agonie au foyer où tout manque à la fois, et le pain et le vin, et l'air et le feu, non jamais ! Oui, mais alors c'est la guerre intestine, et le sang des pauvres coulera comme l'eau. N'importe, et quoi qu'il advienne, elle vivra même sur une pyramide de morts, la République ! Ainsi pense-t-il, et les jours de deuil succèdent aux jours de joie. Il décline toute nouvelle candidature et ne veut être que ce qu'il est déjà : maire du XVII° arrondissement. En dépit de lui-même, on le charge de nouveaux devoirs. Il les accomplira. S'il est ardent, il est sage aussi. Donc pas de dictature, et le voilà luttant à la fois contre les Jacobites de l'Assemblée et les Jacobins du Conseil. Les traîtres, les parjures sont aux aguets cependant, et la forteresse inaccessible du peuple est livrée à la soldatesque des maréchaux et des généraux de Verrhuel, qui se vengent eux-mêmes en vengeant leur maître déchu. La bataille rugit de Vaugirard à Belleville et des Ternes à Charonne. Enfin tout se tait, on n'entend plus ni les tambours ni les clairons, ni le tocsin ni le canon au milieu des flammes qui consument la huitième merveille du monde. A travers le massacre et l'incendie, jusqu'à la minute où tout croule autour de lui, le terrien de la Loire à la tête d'une poignée de Parisiens qui préfèrent n'être plus que d'être les sujets d'un monarque ou la valetaille d'une caste, il lutte sans répit et sans espoir contre les innombrables brigades que Guillaume de Prusse et Bismarck ont rendues avec empressement au Néron de Marseille afin que celui-ci ruine de fond en comble cet inexpugnable boulevard, cette citadelle de régicides, à l'assaut de laquelle eux et leurs sauvages et serviles Teutons n'ont pas eu le courage de monter. Abusés par les réacteurs à qui les suffrages de leurs pareils, les inconscients des campagnes, ont ouvert les portes de la Chambre « élue en un jour de malheur », ces paysans des Gaules, ces serfs, ces esclaves embrigadés sabrent, fusillent et mitraillent imbécilement tous ceux qui voulaient les faire libres, hélas ! leurs frères de la capitale hier décapitalisée, en cendres aujourd'hui. Tout tombe dans un chaos incandescent et sanglant de chairs et de boue. Ah ! c'est fini ! Les soldats citoyens échappés aux bourreaux de Galliffet et de Vinoy sont dispersés et, si Pyat respire, Delescluze n'est plus. S'arrachant à regret et le dernier de son poste de combat, le maire de Batignolles, membre de la Commune, rencontre les troupes fumantes qui viennent, d'égorger son héroïque ami Varlin. Elles ne le reconnaissent point, bien qu'il leur soit signalé. Calme, imperturbable, ayant fait le sacrifice de sa vie, il passe à travers leurs rangs ; il est passé, sauvé peut-être. Une femme, mère de l'un de ses compagnons d'armes, lui propose un asile qu'il accepte. Hélas ! chacun a peur de son ombre pendant cette terreur bleue et blanche, et lui, le rouge, est expulsé de sa retraite, le lendemain, et presque livré. La mort ne voulait pas de lui. Traqué, harcelé, serré de près, il est recueilli par une intrépide citoyenne qui le conduit chez elle, et là, son mari, vieillard austère et sculpteur renommé, lui parle ainsi : « Qui que vous soyez vous êtes ici le bienvenu, puisque vous êtes l'une des victimes du monstre qui triomphe aujourd'hui sur les ruines de Paris et déshonore l'humanité.» Six semaines environ le proscrit résida chez ce cœur auquel sont bien dus les hommages de tout philanthrope digne de ce nom, et, lorsqu'il quitta son refuge et la ville saccagée, le fils de son hôte l'obligea à prendre son propre passeport et sa bourse. Enfin, ayant franchi la frontière, il s'écrie :

 « Je salue et touche une terre de liberté ! » Ces mots lui sourdent de la bouche comme ils jaillirent en l'autre siècle de celle de Jean-Jacques, à peu près sur le même sol, entre deux montagnes. En paix, à Genève, il subsistera, ce banni, mais comment et de quoi ? Comme il pourra, d'une besogne manuelle quelconque. Allons, courage, exilé ! Labor omnia vincit improbus.

 

Successivement vannier, typographe, fardelier, il mange et boit, mais ne dort point. Toutes ses études forcément négligées pendant la bataille sociale l'ont sollicité derechef. Il achève alors son instruction, et, quand il possède bien l'orthographe, la syntaxe, la langue, il prône avec sa plume les idées généreuses pour lesquelles il a combattu le fusil au poing. En Suisse, en Italie, il se plonge avec amour, avec passion, dans les œuvres sinon abstruses, du moins abstraites des physiocrates et des économistes, Adam Smith, Quesnay, J.-B. Say, Malthus, Ricardo, Mac, Culloch, Dunoyer, Rossi, Filangieri, Romagnosi-Verri, Beccaria, Michel Chevalier, Bastiat, Joseph Garnier, en même temps que les sociologues Saint- Simon, Fourier, Louis Blanc, Pierre Leroux, Cabet, Desamy, Proudhon, Considérant, Pecqueur, Vidal, Karl Marx, Robert Owen, Lassalle, Tourreil, Fauvety et J.-S. Mill, son auteur de prédilection, l'initient tour à tour aux œuvres de la science, et lui révèlent tous leurs secrets, et le voilà si bien ferré désormais sur les questions qui le préoccupent et l'absorbent qu'il nous offre coup sur coup : en 1871, la Troisième Défaite du Prolétariat français ; en 1872, Exposé des Écoles socialistes françaises et l'Internationale, son histoire et ses principes ; en 1873, Spartacus ; en 1874, Socialismo, Religione, famiglia, proprieta, texte italien ; en 1876, Histoire critique de l'Économie politique, en 75-77, collaboration à la Plèbe de Milan, au Povero de Palerme, au Mirabeau de Verviers, et fondation de la revue : le Socialisme Progressif ; en 1878, Histoire du Socialisme ; en 1879, traduction de Travail et Capital de Lassalle, et de la Quintessence de socialisme de Schaeffle ; en 188o, après l'amnistie, il crée l'Émancipation. Il publie en 1881 le premier volume du Nouveau Parti, le Parti Ouvrier ; en 1882, le deuxième volume du Nouveau Parti ; en 1883, le Manuel d'Économie sociale ; en 1884-85, les cinq tomes de l'Histoire du Socialisme commencée en 1882. Enfin il fonde la Revue Socialiste, devenue l'organe central du socialisme théorique français, et collabore actuellement, après avoir écrit en une foule de journaux : le Prolétaire, l'Émancipation Sociale, le Citoyen, le Travailleur etc., à l'Intransigeant du Lanternier qui si hardiment éclaira les ténèbres fangeuses de l'Empire. Hé bien, n'est-ce pas une magie que la mirobolante aventure de ce gueux- là ; pâtre dès son enfance, charrieur et laboureur avant son tirage au sort et député de Paris avant que sa trentaine ait sonné, mais n'est-ce pas un enseignement aussi ? Jadis, quand la Révolution éclata, si l'aristocratie était pourrie jusqu'aux moelles et le Tiers déjà corrompu, la plèbe, elle, au contraire, avait toutes les vertus, stérilisées souvent, il est vrai, par son ignorance, et c'est chez elle surtout que la France, menacée par tous les potentats de l'Europe, y compris le sien propre, recruta les héros qui s'emparèrent de la Bastille, des Tuileries et guidèrent à la victoire le volontaires de la République : Hoche, Kléber, Augereau, Marceau, Soult, Lannes, Masséna, Ney, Murat, Bessières, tutti quanti. Maintenant, de nos jours où la bourgeoisie est plus dépravée et plus vaine que la noblesse en 89, n'appartient-il pas au Quatrième Etat de la remplacer, ainsi quelle-même supplanta le deuxième Ordre entièrement inepte en affaires publiques ?

Où donc demain sinon là le pays en danger puiserait-il des hommes ? Ils en sortent tous nos historiens plus vibrants, artistes et philosophes : Hugo, Rude, Millet, Pierre Dupont, Courbet, Proudhon, Michelet, et l'âpre utilitaire dont ici j'ai résumé les travaux, et des myriades en surgiront. Hier, illettré, ce paour qui m'enchante est aujourd'hui savant au point de nous dire Héraclite, Empédocle, Xénophane, Anaxagore, Pyrrhon et Zénon, comme s'il avait gardé de concert avec eux un troupeau d'herbivores ou d'omnivores et cette merveilleuse MORALE SOCIALE (1) où la forme et le fond s'entrevalent, en serions-nous redevables par hasard à l'un de ces avocats sans cause, à quelque médecin sans malades, à quelque financier sans entrailles, à quelque rentier sans cervelle, à l'un de ces bourgeois sans scrupules qui foisonnent au Luxembourg ainsi qu'au Palais-Bourbon ? Nenni. Stylés dès le lycée ou le collège par mille professeurs, et semblant prédestinés à de belles choses, ils promettaient tout, blondins, et, grisons, ils n'ont encore rien tenu, rien, abêtis qu'ils sont, ces vieux fantoches du Parlement, par la paresse, émasculés par la luxure, et c'est lui, l'enfançon hirsute et né d'un couple d'indigents des campagnes du Centre, oui, lui, très humble passereau qui n'alla jamais à L'École mutuelle et que les paons, ou plutôt les geais du Sénat et de la Chambre regardaient du haut de leur arrogante nullité quand il se campa de par la volonté du Peuple souverain au milieu d'eux ; c'est lui, de qui personne n'eût attendu tel cadeau, c'est lui qu'il faut remercier de ce livre superbe qui sera tôt ou tard l'une des Bibles, sinon la Bible des déshérités...

Ah ! si j'avais votre burin, Bracquemond; votre pinceau, Duran ; votre pointe, Rops ; votre ciseau, Rodin ; ah ! comme je graverais, comme je brosserais, comme je sculpterais l'image de cet ouvrier, de ce penseur, de ce poète, oui, de ce poète de votre caste, la basse, et dont la débauche n'a pas infirmé l'esprit, desséché le cœur, appauvri les muscles et les chairs ; il est plus beau vraiment avec sa face rougeaude et long poilue, avec ses épaules de portefaix ; il le fut, et se glorifie de l'avoir été, certes ! avec ses yeux doux et fins, son allure paysanne et faubourienne à la fois, et sa tête d'apôtre bon garçon, que tous les chlorotiques de la haute ou de la moyenne qui papillonnent autour de vous, chers amis, pour que vous daigniez les magnifier sur une feuille de papier de Hollande ou de Japon, sur quelque peu d'étoffe, sur une plaque de cuivre ou dans un bloc de marbre.

Il se soucie bien d'avoir sa statue ou son portrait sur toile ou sur vélin, lui, là-bas, en sa maisonnette de Chatou, lui qui, tandis que les politiciens de 1870, ses anciens collègues, enrichis par leurs intrigues et leurs apostasies, ne s'efforcent qu'à répandre leurs dernières gouttes de sperme dans la vulve des catins ; lui qui, loin de singer ces lazzaroni des lettres, des arts, des sciences et de la politique, songe, labourant entre sa femme et sa fille adoptive, le papier, ainsi qu'il sillonnait autrefois les marnes et les glaises, songe à ses parents disparus, à ses immuables et pures plaines natales, et parfois même à son premier camarade à quatre pattes. «Hé ! c'est que, mon cher, écrivait-il naguère à quelqu'un qui ne déteste pas plus les animaux que les gens, je les aime aussi, moi, les bêtes ; aux champs, en mon bas âge, j'ai eu des amitiés enfantines, très réelles, et plus mutualistes que ne les croiraient les aigrefins de la civilisation, avec une poule, une chatte, deux bœufs ; et mon chien Bayard, avec qui je jouais et conversais, mourut de chagrin quand, berger salarié, je dus le quitter après trois ans d'une commune vie pour entrer en qualité de bouvier dans une autre ferme. » O le brave homme ! Y en a-t-il beaucoup en France et même ailleurs de pareils à lui ? Non, hélas ! guère et pas assez...

On prétend qu'afin de se consacrer entièrement à l'étude, et pour ainsi parachever son œuvre, il a renoncé, lui, le moniteur du Struggle for life, le champion des opprimés, et le réformateur du contrat social, aux batailles du forum ; oui, c'est possible, c'est probable, mais on l'y reverra, voilà mon avis, et le sien aussi, n'est-ce pas, Benoît Malon ? n'est-ce pas, citoyen Malon ? si jamais la canaille dont il est, et suis aussi, moi, lui commande, après l'en avoir en vain prié, de la mener à la guerre de délivrance ou bien à la paix du tombeau !...

LEON CLADEL.

Sèvres, 3 octobre i 886.

(1) La Morale sociale, par B. Maton. Paris, Revue Socialiste, 10, rue Chabanais, et chez Félix Alcan. Prix: 3 fr. 5o.

 

S’agit-il d’un mot fabriqué à partir de errer ?

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 19:11

                                                photo malon

Le3 janvier vers 17 heures l’année commence sur les chapeaux de roue. Une dame me téléphone de la part d’un autre dame. Elle veut des informations sur Cladel. Elle prépare une thèse sur « Politique de la langue et représentation du midi dans la littérature française de la 2° moitie du XIXe siècle ». Elle me parle aussi de Pouvillon, Aubanel et d’autres. Je viens juste de mettre sur internet les textes de Jaurès sur les deux écrivains. Quant à Cladel, il y a plus de 150 articles sur le blog. Elle s’appelle par Francesca Celi.

En fonction de ses préoccupations je visite à nouveau mon blog en quête d’articles plus précis sur le thème qui est le sien. Et là je retombe sur le cas Cladel-Jaurès-Malon.

Après avoir fait ma sélection d’articles je me dis que je dois trouver ce lien entre Jaurès et Cladel par Benoît Malon interposé. C’est comme la dernière pièce d’un gigantesque puzzle.

Mais, j’en entends qui me disent encore : « Pourquoi se disperser, tu travailles pour le moment sur Bolivar ! »

Or de Jaurès à Bolivar il n’y a qu’un pas ! Je n’ai pas encore pris le temps de lire le texte latino-américain de Jaurès mais là n’est pas la question. Je sais que Jaurès a toujours combattu le césarisme, ce mal qui ronge la France à un point tel que la classe politique se voile la face. Jaurès contre le boulangisme, Jaurès contre … Parce que pour moi Bolivar est une forme moderne du césarisme…

Donc de Bolivar, j’ai cherché Jaurès… et cette fois le puzzle est achevé, magnifique, grandiose et cette fois vous aurez droit à ce texte de Cladel qui débouche sur l’introduction du livre de Benoît Malon, l'ami dont Cladel trace le portrait. Et en retour Benoît Malon dédicace son livre Morale et société… à Léon Cladel.

Le puzzle est là, c’est celui d’un combat éternel pour la dignité des hommes debout. Voilà comment une succession de coïncidences me permettent d’arriver à mes fins : relier à travers l’histoire ce fil invisible qui comme une cordée en montagne, nous aide à avancer.

Ceci étant, Jaurès a eu beau être obligé de lire Cladel, je doute qu’il ait été enthousiasmé par son style.

Jean-Paul Damaggio

P.S. Vous aurez bientôt les textes en question

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 20:53

Cette fête de Cladel, ça fait deux chapitres de mon livre : »Qui a tué Léon Cladel ? » Je retrouve aujourd’hui cet article qui apporte des compléments avec le discours entier de Pouvillon. Le journal de droite n’a pas aimé le texte de Clovis Hugues, une poésie où au contraire, j’avais repris de larges passages… JPD

 

L’Express du Midi 6 août 1894

Paris 5 août 1894 Madame Veuve Léon Cladel obtient un bureau de tabac

 

Au même moment sur le même journal :

 

L'Inauguration du Monument Cladel à Montauban

De nos correspondants à Montauban

 Montauban, 5 août.

Il faut bien le dire, cette fête a bien peu remué la population montalbanaise. Elle est restée froide et si ce n'étaient les quelques mâts, supportant des faisceaux de drapeaux faisant flotter au vent les oriflammes nationales qui entourent le square de la Préfecture, rien n'indique que la ville soit en fête. Disons même que les habitués du square, ne sont qu'à moitié satisfaits ; pas moyen d'y pénétrer depuis quelques jours, et aujourd'hui, seuls, les invités y pénètrent. Dieu sait en quel état ils laisseront pelouses, bordures et corbeilles !

Au-dessus de ces petites merveilles florales et horticoles, l'estrade officielle est dressée, la fontaine monumentale est arrêtée et dans son bassin on a placé des chaises; les corbeilles sont encadrées de bancs, faible barrière contre le flot envahisseur.

La grande tribune est recouverte d'une toile immense que le plus léger coup de vent peut emporter, que la première averse peut crever, changeant la tribune en cascade.

Mais, le temps est superbe, le soleil radieux, la brise fraîche et tout fait augurer d'une journée sans nuages.

Avant de parler des cérémonies officielles, auxquelles nous n'avons pas été invités, et auxquelles, par conséquent, nous ne pouvons assister, personne n'y assistant sans des cartes rigoureusement personnelles, parlons de l'œuvre de l'artiste et de l'artiste lui-même.

Le buste se dresse à droite du promeneur, entrant dans le square, par la porte du côté de la préfecture, en face de celui entrant par la porte des allées Mortarieu, à gauche de celui venant de la rue de la République.

Pour la circonstance, il a été entouré d'une gracieuse garniture de fleurs disposée par MM. Castels père et fils.

L’œuvre de Bourdelle, nous l'avons déjà dit, et tout le monde le reconnaît, est fort belle.

Cladel, la tête baissée, profondément et énergiquement pensif, cherche sa phrase, son mot, son image qu'une plume, tenue d'une main fébrile va tracer sur le papier. Figure ascétique, émaciée, longue et lourde chevelure, barbe rare, en pointe, cravate négligeaient nouée et pendante, pardessus ample et flottant sur un thorax d'autant plus étroit que les bras se croisent sur lui, tout cela donne à l'œuvre un aspect fort sévère, dans lequel les saillies et les creux jouent l'effet des clairs et des ombres avec un rare bonheur.

L'œuvre artistique est réellement belle et bien placée dans le cadre qui l'entoure et l'entourera mieux encore les arbres grandissant.

Quels progrès a fait Bourdelle depuis que nous l'avons connu, dessinant à l'école de la rue de la Fantaisie ou sculptant chez son père, allées Mortarieu, au-dessous du Cercle de l'agriculture ?

Ses qualités, son talent naissant se firent bientôt remarquer et, en 1876, étant maire, M. Isidore Delbreil, père de M. Henri Delbreil, aujourd’hui maire, le conseil municipal lui vota une somme de 600 francs à l'Ecole des beaux-arts de Toulouse.

A ce propos, un de ses biographes, M. Charles Sauvier, nous dit :

« Mais le jeune Montalbanais, avec son Idéal d'art, ses conceptions précoces, son éducation formée par l'étude des vieilles et humaines images des cathédrales et la vue de quelques moulages et dessins de maîtres, ne fut guère apprécié dans cette école provinciale où est passé, il est vrai, un grand sculpteur, Falguière, mais d'où sont sortis tant de nullités tapageuses. Il n'obtint aucune récompense dans les divers concours. »

Bourdelle alla à Paris en 1885, entra à l'Ecole des beaux-arts et resta un an chez Falguière.

Mais bientôt il se créa un idéal artistique personnel, dans lequel idéal, le genre de Rodin se fait absolument sentir, et depuis l'on a cité de lui : Marsyas, la Première victoire d'Annibal, l'Amour agonise, Femme en pierre, le buste de Marais, médaillons de Michelet et d'Arago, qui devraient décorer deux pilastres de la grande porte du lycée et qui se morfondent dans notre lycée ; le buste de Mme la marquise de Mari, un Mécène pour Bourdelle ; un buste de M. Rousset, son ancien professeur; un buste de M. Nazon, superbe ; Paros, le buste de Coquelin cadet, une série de bustes fort appréciés, des cartons de dessins, de pastels, de peintures, très personnels ; un meuble en bois sculpté, portraits pour Coquelin cadet, etc.

Enfin, l'œuvre  que l'on inaugure aujourd'hui. En 1894, Bourdelle a été nommé secrétaire du jury du Salon du Champ-de Mars. C'est la carrière ouverte devant notre compatriote : il la parcourra sûrement, brillamment et sans forfanterie, car l'artiste est resté bon, simple, sans orgueil et accueillant à tous.

Son œuvre dernier né, Cladel, est de grandeur un tiers de plus que nature. Il est placé sur un piédestal en marbre de Carrare bleu turquin, d'un goût très sévère et fort approprié à l’œuvre.

Sur la face antérieure du socle, ces deux seuls mots : LÉON CLADEL en lettres d’or.

Signalons cette particularité que le comité a supprimée, cette lettre fort significative A, qui devait précéder les mots ci dessus.

Les fêtes, ou plutôt la fête, a commencé, hier matin, à 9 heures.

Le comité Cladel : MM. Pouvillon, Capdepic, Bourdelle, Lapauze, se sont rendus, en compagnie de MM. Catulle Mendès. Clovis Hugues, Maurice Rollinat, Ferdinand Fabié, Lafagette, X. de Ricard, Albinet, au musée de la ville pour lui offrir le portrait de Cladel, par Guth. M. Montastruc, oncle de Cladel, était présent.

Les honneurs de la maison ont été faits par M. E. Forestié, directeur du Courrier et du Quercy, secrétaire de la Société archéologique ; par M. Bouis, conservateur du musée, et par M. Marre, professeur municipal de dessin.

L'œuvre de Guth est un fort joli fusain, très vivant et qui doit être ressemblant, quoique cette tête nous paraisse singulière, à côté de celle de Bourdelle.

Ces messieurs ont ensuite admiré les chefs d'œuvre de notre musée, surtout les collections d'Ingres.

L'on est ensuite allé rendre visite à Mme Cladel et à ses enfants, qui sont descendus chez  M. Lugol, le traducteur de Carducci.

Le déjeuner de midi a donné à tout le monde les forces nécessaires pour la cérémonie du soir.

A cette heure, M. Armand Silvestre était arrivé.

De tous les invités dont on avait annoncé la venue, seuls, ceux que nous venons de nommer, ont répondu à l'invitation. MM. François Coppée, E. Zola, Aicard et tant d'autres sont absents.

 

2 heures précises, heure où devait commencer la cérémonie d'inauguration, il y avait bien trois cents personnes autour du square et cinquante à l'intérieur.

A 2 heures et demie, le cortège officiel arrive, précédé de quelques minutes par Mme Léon Cladel et ses enfants.

L'accueil est des plus froids. La préfecture, le monde militaire, la municipalité ne sont en rien représentés. Le monde gouvernemental s'est abstenu sur toute la ligne. Dans le square, très peu de monde ; même ceux qui ont des cartes ne sont pas venus. La Société chorale ouvre la fête en chantant un de ses meilleurs chœurs, les Paysans de Saintis, qu'accueillent quelques applaudissements.

Le voile recouvrant l'œuvre de Bourdelle tombe aussitôt, les applaudissements sont plus maigres encore et les discours commencent. Les portes du square sont alors grand' ouvertes au public qui se précipite sur les pelouses, les corbeilles sont peu respectées. Il y a bien 500 personnes qui veulent entendre et n'y réussissent point.

M. Pouvillon ouvre le feu par le discours que voici :

« Ceux d'entre vous, messieurs, qui n'avaient connu Léon Clade qu’en ses robustes années de jeunesse et d’apprentissage, s'étonneront peut-être devant le masque tourmenté, douloureux tragique presque, du Cladel vieilli avant l’âge que leur offre notre éloquent sculpteur, Emile Bourdelle. Ils s'étonneront moins s'ils veulent bien réfléchir à ce que fut le labeur du maître écrivain montalbanais.

La vie littéraire est dure à tout le monde, on le sait, et peut être ceux-là ne doivent-ils pas espérer de vivre intacts qui osent former le souhait de ne pas mourir tout entiers. Mais combien plus âpre, plus dévorante cette bataille pour les entêtés, pour les enragés de l'Idéal, pour ceux qui refusent de jeter en route comme un bagage inutile leur probité, leurs scrupules d'artiste.

Les témoins ne manquent pas ici— et je les remercie en votre nom d'être venus entendre notre fête de famille — les témoins ne manquent pas pour vous dire avec plus d'autorité que je ne puis le faire, l'effort opiniâtre, la montée ardente vers le mieux de l’auteur jamais satisfait de ses œuvres de pierre et d'airain qui s'appellent Ompdrailles ou la Fête votive de Saint-Bartholomé Porte-Glaive. Cette rare énergie, cette obstination à vouloir, je serais presque tenté d'en faire en partie l’honneur au sol natal. Au moins les retrouvons-nous chez un autre de nos concitoyens, chez ce peintre soucieux de la perfection, chez ce dessinateur acharné à poursuivre, à serrer les formes changeantes de la vie, chez cet artiste discuté et si glorifié de son vivant et que ne troublèrent jamais ni les attaques ni les louanges — chez Ingres de Montauban.

Ingres et Cladel ! Ce rapprochement n'était pas sans intérêt à noter. Il est vrai que, s'ils eurent tous les deux la même fidélité à leur Idéal, la même verdeur un peu âpre et intransigeante à le défendre, il faut bien reconnaître que leur idéal ne fut pas le même. Champion de l'autorité, pontife d'une religion dont Raphaël était le dieu unique Ingres ne cessa pas de se contraindre et surtout de contraindre les autres aux observances de ce culte officiel. Pour Cladel, au contraire, comme pour toute la génération romantique, la personnalité de l'écrivain est tout, l'art n'a pas d'autres lois, ne connaît pas d'autres limites que la puissance d'imaginer et d'exprimer.

Personne peut-être n'a poussé aussi avant que le romancier quercinois les conquêtes de cette esthétique; personne n'a demandé plus que lui à l'expression : personne ne lui a fait rendre davantage. Entre lui et le verbe, c'est un duel, un corps à corps de tous les instants. Ses outils en main, ses dictionnaires, ses lexiques, il forge, le bon ouvrier, il lime, il cisèle; harassé, supplicié, découragé jamais. Sa vision est devant lui ; coûte que coûte, il la mettra sur pied. Mais pour y arriver, quel effort ! Ce n'est pas assez des ressources de l'imagination, celle de Cladel, toujours cabrée, toujours haletante! — il y faut encore les finesses du praticien, les formules héritées des maîtres stylistes, l'art des cadences et des rythmes.

Et quand on croit que tout est fini, tout est à recommencer. Oh ! la noble inquiétude du mot répété, le scrupule excessif peut-être de l'hiatus entre deux phrases. Et ces phrases elles-mêmes ce n'est rien qu'elles vivent, si elles ne se soudent pas l'une à l'autre dans l'unité du chapitre, du livre. Alors, les ratures pleuvent, les pages succèdent aux pages, les épreuves aux éprouves : deux ans de travail pour la Fête votive, cinq pour l'Homme-de la-Croix -aux-bœufs, dix pour Crête-Bouge.

Ne soyons pas surpris, Messieurs, si dans cette lente manipulation, l'image rurale se déforme, agrandie par l'essor de la phrase. Cela n'est peut être pas plus mal ainsi. Tant pis pour la réalité si les inventions de l'artiste ne sont pas juste à sa taille. Et pourquoi, je vous prie, le poète ne disposerait-il pas à son gré de ce monde extérieur dont la science elle-même ne perçoit à prendre que de contestables apparences ?

Les paysages, l'homme, tout est héroïque, tout est épique chez Léon Cladel ; en bien comme en mal, ses paysans sont plus grands que nature, et sa nature elle-même est taillée à la mesure de ses songes.

Soit ! Prenons-le donc et goûter-le pour ce qu'il est. On peut sourire de l'histoire anecdotique et sentimentale accommodée à la façon des Trois Mousquetaires ; qui penserait à chicaner la géographie de la Légende des Siècles ?

Pour moi, Messieurs, je sais gré à Léon Cladel de m'avoir donné une image a ce point transformée de notre Quercy. C'est comme une seconde et plus grandiose patrie qu'il a littéralement ajoutée à la première, un endroit de rêves pour les âmes d'échapper aux réalités immédiates.

Idéaliste, notre concitoyen ne le fût pas seulement en littérature. Le révolté (illisible) dans une vision écarlate. Il eût vis-à-vis de la société les mêmes exigences, le même souhait de perfection qu'il avait avec ses phrases, il raturait, il biffait aussi impitoyablement que ses manuscrits, les consultations, les codes, les décalogues.

La matière seulement était plus résistante.

Vous n'attendez pas de moi, messieurs — nous ne sommes pas ici pour cela — que j'expose devant vous, pour les discuter ou les louer, les théories politiques et sociales de Léon Cladel. Théories d'ailleurs ne serait pas le vrai mot, aspirations plutôt, affirmations si vous aimez mieux ; de système arrêté, déterminé, je n'en vois pas trace dans l'œuvre de notre concitoyen. L'action d'ailleurs lui répugnait, trop inférieure à la pensée ; le silence des bois accompagnait mieux ses méditations que les discordances de la vie.

Ni tribun, ni Journaliste, Léon Cladel fût plutôt, en sa solitude de Sèvres, comme une sorte d'ermite de la Révolution, et, si la cloche de son ermitage sonna quelquefois le tocsin, au moins le sang des guerres civiles ne mouilla-t-il jamais les mains de l'ermite. Sa politique fut plutôt un mouvement de son cœur, qu'un calcul de son esprit.

Hélas ! Messieurs, la misère et la plainte de la race humaine sont l'une autant que l'autre éternelles. De siècle en siècle les littératures et les bibles se renvoient les échos de cette souffrance et de cette pitié, Léon Cladel fut un de ces échos les plus émus, les plus sonores.

Ce dur forgeron de vocables, ce sonneur à pleins poumons des agressives fanfares, s'attendrissait devant un chien battu, pleurait devant une enfance à l'abandon.

Et n'est-ce pas une déshéritée, encore une opprimée, celle qu'il a célébrée, qu'il a magnifiée en de si belles pages — les plus belles peut-être de son œuvre, cette patrie quercinoise, à laquelle il garda toute sa vie un si tendre attachement ?

Provincial de cœur, après trente ans d'exil, barbare mal apprivoisé, toujours défiant des coquetteries de la gloire parisienne, notre concitoyen ne cessa pas de protester contre la tyrannique suprématie de la Grande Ville, de la Villasse comme il l'appelait, parfois, en ses boutades ; il ne cessa pas de réclamer contre elle l'affranchissement, l'autonomie de la Province... »

 

MM. François Fabié, Delthil, Paul Estieu félibre, Clovis Hugues, Catulle Mendès, Lafagette, Quercy, de Ricard et Armand Silvestre lui succèdent.

Le temps et l'espace nous manquent pour rendre compte de ces œuvres oratoires, mais, MM. Clovis Hugues dans la fin de sa poésie, Xavier de Ricard dans toute son œuvre oratoire ont fait autre chose que travail littéraire.

Nous reviendrons sur ces prétendues manifestations littéraires.

A quatre heures moins le quart tout était fini, la foule s'écoule un peu désappointée.

On regarde très curieusement MM. A. Silvestre, Catulle, Mendès, Clovis Hugues. Avec leur tête de bons bourgeois, MM. Rollinat et Fabié passent plus inaperçus. Le public n'étudie pas assez la finesse du regard, miroir de l'intelligence, et se laisse griser par l'extérieur.

Et voilà la cérémonie terminée, plus rien, sauf le banquet. On doit paraît- il être chez soi a cette fête, tout aussi littéraire que celle de la journée.

Pendant que les cent dégusteront la fine cuisine de M. Rouquayrol, tout Montauban sera au Cours écoutant l'excellente musique du 20e. Cela vaudra sans doute autant.

(pas de signature)

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 21:51

La Petite Gironde comme son nom l’indique est plus un journal de Bordeaux que de Toulouse donc je n’ai jamais eu l’occasion de le consulter (sauf peut-être aux archives d’Agen). En achetant onze exemplaires sur le vide-grenier d’Angeville je suis tombé sur celui du 12 juin 1935 avec en Une Mussolini et en page Montauban, une référence à Cladel. En fait, sans doute sans le savoir, le rédacteur montalbanais parle comme Mussolini ! Il célèbre des valeurs qui sont celles de fascistes sous prétexte d’un hommage au révolutionnaire Cladel ! Les Compagnons, témoins d’une vieille France en perdition depuis longtemps, sont, sous la plume de Cladel, tout autre chose que la présentation de cet article, à la gloire certes d’une belle tradition, mais comment en écarter le politique ? Léon Cladel était un compagnon-écrivain mais qui visait une république démocratique et sociale. Cet article comme celui de Mussolini fossilise le passé comme pour arrêter le temps or le temps par définition ne s’arrête pas. JPD

 La Petite Gironde mercredi 12 juin 1935

CHEZ LES COMPAGNONS

Le centenaire de Léon Cladel

Dimanche prochain 16 juin, les Compagnons montalbanais du Tour de France sortiront de leur réserve habituelle. Pour fêter dignement Léon Cladel, fils du compagnon «Montauban-tu-ne-le-sauras-pas», petit-fils d'un autre compagnon, «Quercy-la-Clef-des-Cœurs», ils feront une démonstration publique, d'autant plus intéressante qu'elle sera exceptionnelle.

On pourra les voir, au cours des diverses manifestations de la journée. Ils porteront, sans ostentation, mais avec légitime fierté, les couleurs et insignes qui, depuis les temps les plus reculés, sont des emblèmes distinctifs de leurs corporations.

Ils représenteront l'Union Compagnonique du Tour de France, vaste groupement national, dont les buts ne sont pas assez connus du grand public.

Sans vouloir dévoiler le secret de ses rites, sans vouloir expliquer des mots comme : Devoirs, Mère, Salomon, Maître Jacques, Père Soubise, etc., si expressifs pour les initiés, il est permis de dire que l'Union Compagnonique du Tour de France est une vaste association philanthropique, formée par des conditions d'affiliation traditionnelles, mais de caractère absolument corporatif, sans préoccupations politiques ou religieuses.

L'admission d'un aspirant est toujours précédée d'une enquête approfondie sur sa vie et ses antécédents. En même temps qu'un casier judiciaire vierge, il doit produire le «Chef-d'œuvre» garantissant la solidité des connaissances professionnelles acquises pendant son Tour de France. On nous assure même qu'il doit prêter serment d'honnêteté, de probité et d'entraide, et que tout parjure est impitoyablement rejeté.

Une section locale, comme celle de Montauban, est une Société de secours mutuels dans le sens le plus large. Elle reçoit les compagnons qui «roulent» pour leur Tour, et qui doivent se présenter à elle dans la tenue la plus décente. Elle leur procure gîte, couvert, emploi et assistance, comme elle le ferait pour ses membres locaux, allant jusqu'à prendre à sa charge l'éducation des orphelins.

A Montauban, ce sont les Compagnons qui, de leurs propres ressources, fondèrent l'Ecole des apprentis, subventionnée plus tard par la municipalité et devenue aujourd'hui l'Ecole officielle d'enseignement technique.

Les Compagnons sont, pour la plupart, des artisans. Ils ont l'amour de leur métier et le connaissent bien. En dépit des mœurs du jour, ils conservent les meilleures traditions de conscience professionnelle, et leur titre, acquis par le mérite, est une référence qui ne saurait tromper.

Les nombreux spectateurs qui, dimanche prochain, seront intéressés par les Compagnons en tenue d'apparat, pourront se dire qu'ils ont vu ce qu'on appelle simplement des hommes.

 

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 19:56

1857 -Régicide[1]

 QUEL était donc ce paralytique en cheveux blancs ? Il m'avait toujours tiré l’œil, lorsque, troisième clerc de Me Gaulier, avoué, rue du Mont-Thabor, et dont l'étude ou plutôt la maison était contiguë à celle où le puîné des Musset achevait d'agoniser en ce temps-là, j'avais, revenant du Palais de Justice, à traverser le jardin des Tuileries au long des allées duquel luisaient et grinçaient les roues du frêle tricycle où, lui, l'invalide, tout engourdi, tassé sur soi-même et soutenu sous les aisselles par un ou deux serviteurs, qui poussaient tour à tour sa chaise roulante, sommeillait très souvent.

- Tu ne le connais point, toi, cet antique ? me demanda par une après-midi de printemps un de mes compatriotes, sexagénaire au moins, avec qui je me promenais autour du bassin central ; il est pourtant de notre pays, et m'a parfois sermonné quand, encore tout gamin et fort débraillé, je courais sur les remparts de ma ville natale aux environs de laquelle il est né lui-même et qu'il a longtemps habitée ; attends un peu, mon garçon, et je te parie un franc contre un sou que s'il m'aperçoit, il m'appellera...

Nous manœuvrâmes tous les deux ensemble de façon à nous trouver en face de l'imposant vieillard en qui ne vivaient plus que la tête et le cœur. Assez éveillé ce jour-là, contrairement à ses habitudes, il vit bientôt mon compagnon et, l’ayant reconnu, le salua d'un hochement de tête. Or, celui-ci s'étant approché fort respectueusement de celui-là, renversé dans son petit char à trois roues, ils s'entretinrent avec beaucoup d’animation pendant quelques instants au milieu de la foule très nombreuse à qui toutes les gazettes de Paris avaient tapageusement annoncé le matin même que le marronnier du 2o mars, arbre sacro-saint à cette époque, et d'ailleurs toujours précoce, était déjà fleuri.

- Des gaillards de cette trempe, il n'y en a plus, ou guère, aujourd'hui, murmura mon grave ami, dès qu'il m'eut rejoint tout pensif, et j'ignore si la France en produira jamais de pareils.

- Aurait-il par hasard accompli des miracles, ce vieux monsieur ?

- Il était de la Convention.

- Un conventionnel, lui ! vous plaisantez sans doute ?

- Aucunement.

- En 1857, il en existerait encore de ces gens-là ?

- Plusieurs.

- Allons donc !

- En voici du moins un ; et, tiens, il y a trois ans à peine que je dînai sur la rive gauche de la Seine avec certain personnage dont tu dois avoir probablement entendu parler[2].

- Orateur, écrivain ?

- A la fois l’un et l’autre ! ... Originaire de Poitiers, celui-là fut successivement procureur syndic sous la Royauté, député de la Constituante, président de la Convention nationale et des Cinq-Cents où l'avaient envoyé trente-deux départements, préfet de la Gironde en 1800, conseiller d'Etat en 1801, encore préfet, et cette fois des Bouches-du-Rhône, en 1803, sans fonction sous la première Restauration, commissaire extraordinaire dans la Côte D’Or et pair de France pendant les Cent-Jours, exilé sous Louis XVIII et Charles X, et je ne sais plus trop quoi sous Louis-Philippe et les Nicodèmes de 48 qui se gardèrent bien de se priver des services de ce courtisan de tous les régimes ; enfin, naguère, il est mort sénateur de Napoléon III.

- Sénateur de Napoléon III, après avoir été président du Conseil des Cinq-Cents et de la Convention nationale ?

- Hélas ! oui.

- Quel âge, mais quel âge avait-il donc quand il décéda ?

- Pas tout à fait un siècle.

- Et quel était, s'il vous plaît, le nom de ce renégat ?

- Thibaudeau[3].

Je fus saisi comme je l'avais été dans mon enfance, un soir que mon père, au retour d’un voyage aux Pyrénées, nous dit en se mettant à table : « Hier, j'ai causé sur la montagne avec un conseiller général de Tarbes qui peut se vanter d'en avoir vu de toutes les couleurs ; il est très vert quoique fort ancien, et s'appelle Barère de Vieuzac[4] ! » comme je le suis encore quand je rencontre sur ma route ce vétéran qui fut nommé lieutenant d'infanterie à Austerlitz, capitaine au siège de Dantzig, chef de bataillon, après Essling et Wagram, en se rendant en Espagne, colonel à Moskova, puis après Litzen, brigadier à Pirna, le général Schramm[5], qui, né le 1er décembre 1789, verra dans cinq ans, et je le lui souhaite de grand cœur à ce vrai chevalier, le centenaire de la Révolution...

- Oh ! reprit mon interlocuteur, il est d’un autre acabit que le Thermidorien dont je t'ai touché deux mots, cet ex-Montagnard de la République à qui je viens de présenter mes hommages ; et je t'assure qu'aux Etats-Généraux il fut non moins remarqué qu’à la Législative et dans les autres assemblées. Et quand on jugea publiquement le mari de l'Autrichienne, on l'entendit au-dessus comme au-dessous de la tribune, où chacun de ses collègues montait tour à tour pour motiver son vote : « Hésiter, déclara-t-il, à se débarrasser de l’un de ces rois qui jamais n’hésitent, eux, à sacrifier à leurs caprices les peuples qu’ils gouvernent au nom d’un prétendu droit de naissance ou de conquête, serait un crime dont je ne me rendrai jamais complice, et c'est pourquoi je vote ici la mort de notre ennemi-né, Louis Capet, et sans sursis ! » Si, plus tard, il affronta les terroristes en soutenant contre eux Danton qui personnifiait à ses yeux la force unie à la justice et qu'il considérait, «comme le seul nautonier capable de conduire au port le vaisseau de l'Etat à travers le déchaînement des flots populaires» il applaudit ardemment à Saint-Just, qui, tout couvert encore de la poudre des champs de bataille du Hainaut, s'élançait à la barre vers Couthon et Robespierre décrétés d'accusation, et le seul qui eut assez d’audace et de vertu pour serrer la main à l'Incorruptible étendu tout sanglant et la mâchoire fracassée sur une table de marbre dans la salle d'attente de la Convention.

En Prairial, il s'insurgea contre les rédacteurs de Thermidor, et faillit périr avec Soubrany, Romme et leurs adhérents. Sûr de Carnot, très compromis cependant avec les royalistes, en Fructidor, il ne sut prendre parti ni pour ni contre le Directoire ou les Conseils et garda la neutralité. Mais en Brumaire, quand Bonaparte, revenu d’Egypte, eut l'audace de franchir le seuil des Cinq-Cents, il marcha résolument, un poignard à la main sur le Dictateur[6] à qui ses grenadiers sauvèrent la vie en désarmant celui qui, pressentant en leur chef un nouveau César, avait cru de son devoir d'agir envers celui-là comme Brutus envers l'autre. Après l’attentat de Saint-Cloud, il se retira loin de Paris et vécut isolé parmi d'épais et veules provinciaux du Midi dont il avait été l'oracle pendant cette période décennale, et qui, courbés dès lors sous la botte d’un soldat jaloux de restaurer à son bénéfice le trône écroulé des Bourbons, s'écartèrent de lui comme d'un pestiféré, le redoutant toujours et l'admirant aussi, car ils n'avaient pas oublié que lorsque les armées étrangères foulaient le sol de la patrie et se rapprochaient chaque jour davantage du siège de ses représentants, lui, n'ayant, en aucun cas, jamais désespéré d'elle, avait, pour en assurer le salut et l'indépendance, voté la mort du criminel allié des souverains de l'Europe, le Roy !

Tandis qu'on me narrait les actions de ce preux d'une autre ère et que la mort, beaucoup plus prompte, d'ordinaire, à jouer de sa faux, avait si longtemps respecté, je l'étudiais, moi, ce héros ! Son costume suranné composé de culottes en nankin, de souliers, à boucles d'acier et d'une cravate claire à bouts flottants tombant sur les revers d'un habit bleu tel que celui de cérémonie adopté par les patriotes de l'an II, s'harmonisait à merveille avec la fière physionomie et les traits sévères de son visage rasé, encadrés de longs cheveux noués sur la nuque d'un ruban de soie brune, et je retrouvais en ce type effacé, qui me remémorait certaines effigies gravées sur des médailles romaines, toute une génération aujourd'hui disparue. Et, soudain, ce bronze s'anima. Nombre de gens en blouses trop blanches pour qu'elles appartinssent à des tâcherons, se pressant autour du fût légendaire, avaient fini par découvrir à l’extrémité de l'une de ses branches quelques bourgeons épanouis, et voilà qu'ils se précipitaient tous ensemble vers le monument de Philibert Delorme[7] en gesticulant et proférant à tue-tête ce cri qui, dans le public, n'eut pas d'écho :

- Vive l'Empereur !

Alors le perclus se souleva tout pâle sur ses jambes mortes et pendant trois ou quatre minutes ses prunelles dardèrent des flammes sur la figure verdâtre et sombre aux moustaches en crocs qui tâchait en vain de sourire, du balcon du pavillon de l'Horloge, à la tourbe de policiers braillards, travestis en prolétaires ; et l’on ouït ceci :

- Plus d'esclavage ni de servage, à bas les tyrans !

Une nuée de sergents de ville et d'agents secrets de la rue de Jérusalem eurent bientôt enveloppé le factieux qui s'était permis de protester de la sorte, en face de l’élu de toutes les brutes à figure humaine qui peuplaient la France des décembriseurs et, pêle-mêle, ils se ruèrent sur lui qui, retombé sur les coussins de son véhicule, leur rit au nez en haussant les épaules. Un vieux ! un infirme ! un moribond ! Ils rougirent de honte, ces sbires, et reculèrent devant la foule compacte qui les bravait, en les huant.

- Tel il était, tel il est. Un qui n'a pas changé, c'est lui ! murmura tout bas à mon oreille la voix concentrée de mon compatriote, et le neveu de l’oncle que tu sais vient ici d'entendre à peu près ce que l'oncle de ce neveu perçut ailleurs, il y a plus d'un demi-siècle.

- Ho, racontez-moi ça ?

- Volontiers ! Seulement reposons-nous un peu, d'abord, au pied de ce marbre, qui représente un nègre, ce me semble?

- Oui, l'esclave noir de l'Amérique du Sud rompant ses chaînes.

Et nous étant assis côte à côte sur un banc de pierre, nous nous adossâmes en silence l'un et l'autre au piédestal de ce Spartacus rappelant par son attitude et son geste celui de Denis Foyatier.

- Hé, reprit enfin mon aîné, parlant très lentement, il m'en souvient comme d'hier et cependant, à cette époque, enfanteau, je ne m'intéressais guère à ces choses-là. C'était à la fin d'un hiver assez rigoureux pour que toutes les rivières de notre chaude région eussent gelé. Depuis environ six ans l'ex-lieutenant au régiment d'artillerie de Grenoble avait ceint la couronne impériale de Charlemagne et tout tremblait devant lui. Son empire, parvenu dès lors à sa plus grande extension, avec ses cent trente départements territoriaux, ses vingt-quatre du royaume d'Italie et ses sept provinces illyriennes, pesait de tout son poids sur l’Europe épouvantée. A Berlin, Frédéric-Guillaume de Prusse obéissait aux ordres émanant de Paris, ainsi qu’un simple préfet des Gaules ; à Vienne, François II d'Autriche se résignait à céder Marie-Louise, sa fille, à celui qui l'avait humilié si souvent ; à Moscou, le Tzar s'efforçait en frémissant à reformer ses hordes écrasées sous Eylau, presque anéanties à Friedland ; aidée des Anglais de Wellington, qui n’était encore qu'Arthur Colley de Wellesley, l'Espagne se refusait au joug et la fortune ne trahissait pas toujours l’héroïsme de cette nation ; un instant même, elle l’emporta et contraignit Dupont à capituler à l'heure où Junot fléchissait en Portugal. Il lui suffit de paraître en la Péninsule, lui, le faiseur et le défaiseur de rois, pour que la victoire lui demandât pardon d'avoir été parfois infidèle à notre drapeau. La prise de Saragosse, les triomphes de Burgos, d'Espinoza, de Tudela, de Somo-Sierra rendent Madrid à Joseph, et c'est après l'avoir réintégré dans l'Escurial où dort à jamais Charles-Quint, que son frère et maître, déjà possesseur de l’épée du grand Frédéric, songe à regagner Paris, afin d'y préparer l'invasion de la Russie où règne le successeur de ce Pierre 1er qui nargua les menaces de Louis XIV.

En janvier 18o9, le souverain arbitre du monde repassait les Pyrénées, et certain dimanche, on apprit en mon humble cité qu'elle aurait l'honneur de recevoir bientôt le potentat des potentats. II y arriva par un soir de mars[8] au coucher du soleil. La population urbaine et rurale était tout entière aux abords du magnifique pont de pierre construit sur la Garonne alors qu'Henri IV ne gouvernait encore que la Navarre. Une salve de vingt et un coups de canon accueille cet illustre voyageur, qui descend de sa berline et marche escorté de grenadiers à cheval et suivi de quelques maréchaux et de divers dignitaires vers le préfet du département et le maire de la ville qui l'attendent de l'autre côté du fleuve, à l’entrée des faubourgs. « Sire, lui dirent-ils entre autres choses, ardents à se courber autant que leur échine le leur permettait, tout l'univers vous admire, et ce pays que nous avons l'honneur d'administrer et de représenter en ce jour fortuné, vous offre avec joie et sérénité par notre intermédiaire le dévouement illimité de tous ses enfants qui sont la fleur de vos sujets. » Aussitôt que cette plate harangue officielle eut été débitée avec force génuflexions, Sa Majesté daigna honorer ces valets d'une de ces réponses à effet calculé qui lui étaient familières et dont voici les derniers mots : « Il  nous plaît de vous assurer qu'en cette conjoncture nous nous félicitons surtout du patriotisme à toute épreuve de la Gascogne, cette perle de nos Etats, où nul ne conteste que jamais la France ne fut aussi glorieuse qu'elle l’est de nos jours ! ...»

- Si ! quelqu’un le conteste ; elle était plus grande et plus pure, naguère, au temps où celle-ci que l’on assassina vivait !

Tous les regards se fixèrent sur le groupe d'où cette dénégation sanglante avait jailli. Soudain la foule stupéfaite s'ouvrit d'elle-même et l’on en vit sortir un homme inflexible comme une statue qui s'avançait sans sourciller vers le Corse en train de se mordre les lèvres. Il était vêtu, ce plébéien ainsi que les tribuns sublimes de 93 qui jetaient en défi aux rois une tête de roi, et montrait de l’œil, ne pouvant le faire autrement, car, ayant plongé naguère dans les eaux glaciales d'un étang afin d'en ôter une femme, qui sans lui s'y fut noyée avec deux de ses enfants en bas âge, il resta dès lors paralysé des bras, une sculpture ornant la corniche de la porte cintrée du pont d'où sans doute on avait oublié de l'enlever après le Sénatus-consulte de 1804, et qui figurait la Marianne coiffée de son bonnet phrygien et levant au ciel le triangle égalitaire. Aussi surpris qu'irrité de tant de hardiesse, l'Empereur toisa de pied en cap le téméraire et le reconnut tout à coup quoiqu'il ne portât plus la pourpre soyeuse des membres du Conseil des Cinq-Cents, et qu'il n'étreignit plus de poignard entre ses doigts. Souvent, très souvent, avant la chute des Jacobins, ils s'étaient rencontrés, se tutoyant alors, chez le futur maréchal Brune, qui n'était encore que journaliste et l'un des fondateurs du club des Cordeliers, et même chez Robespierre le jeune à qui, pour lui plaire et gagner ses faveurs, on n’avait qu'à se montrer bon sans-culotte ; un peu plus tard, ils s’étaient vus chez un sincère patriote, le magique acteur Talma, qui se disposait à créer le rôle de Charles IX, dans le drame de Marie-Joseph Chénier ; et maintenant, pour la première fois depuis dix ans, à la dernière heure du Directoire, après tant de luttes fratricides où les meilleurs avaient péri dans les rues avec les sectionnaires ou sur l'échafaud avec les braves et les purs, après tant de changements dont, seuls, avaient profité les fourbes et les lâches, ils se retrouvaient tous les deux face à face, l'intègre conventionnel et le liberticide couronné. Tragediante comediante, Napoléon baissa les yeux et dit avec cette fausse bonhomie dont s'extasiaient tant les naïfs : «  Ah ! c'est donc ici, terrible frondeur, que vous vous êtes retiré ? Je suis charmé de notre rencontre et j'en remercie le hasard qui ne m'a jamais mieux favorisé. Touchez là, mon cher, et croyez-moi votre ami. » L'inébranlable amant de la liberté secoua dédaigneusement la tête, et pendant que le parricide de la Révolution, hagard et livide devant ce spectre du passé, remontait, dévorant son affront, précipitamment en voiture, on entendit tomber une à une de la bouche du puritain qui n'avait jamais menti ni plié, ces paroles fières, pompeuses, hautaines, solennelles, un peu théâtrales, imitées du langage des Grecs et des Romains, et tout empreintes du sentimentalisme académique de Jean-Jacques Rousseau: « Citoyen Bonaparte, en présence de tous, ici, je bénis l'Etre suprême de m'avoir récemment privé de l’usage de mes mains ; s'il m'était encore permis de m’en servir à mon gré, je pourrais, séduit par ta gloire, absoudre ton forfait et me couvrir d'opprobre en serrant les tiennes, ou peut-être aussi, ne voyant en toi que le fléau du genre humain, immortaliser mon nom et mériter, en même temps que ceux de mes contemporains et de la postérité, les applaudissements de ma conscience, en immolant ici devant tous un nouveau tyran au salut de la République et de la Nation ! » Janvier1884 Léon Cladel



[1] Il vota la mort du roi Louis XVI.

[2] La scène se passe en 1854 l’année du décès du Conventionnel en question dont les informations qui suivent sont toutes exactes.

[3] Thibaudeau vécut de 1765 à 1854.

[4] Barère vécut de 1755 à 1841.

[5] Schramm vécut de 1789 à 1884 et ses exploits militaires font oublier à Cladel que, comme Thibaudeau, il devint sénateur du Second Empire, en 1852.

[6] Est-ce que cette scène, largement contestée par les historiens, bénéficient ici, d’un témoignage à prendre en compte ?

[7] Il s’agit d’un architecte qui vécut de 1514 à 1570.

[8] Ici une contradiction. Oui, en janvier 1809 Napoléon passe les Pyrénées (le 19 janvier il est à Tartas et arrive à Paris le 24). Que vient donc faire la date de mars 1809 ? Que vient faire le pont sur la Garonne ? En Janvier Napoléon passe les Pyrénées sur l’Adour et non sur la Garonne. Qui était ce conventionnel ? Le mystère reste entier et devient plus épais avec la référence à la Gascogne.

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 18:21

Reprendre ce poème c’est d’abord penser à Fourès et à l’amic André Lagarde.

C’est saisir cette amitié permanente entre Cladel et Fourès. C’est constater que Judtih Jeanne est née sous des auspices poétiques ; Elle avait un an au moment de ce poème.

Et enfin, je peux rappeler que je ne célèbre pas la langue d’oc pour ce qu’elle est mais pour ce qu’elle dit. Ce texte est issu du Feu follet, revue de Tulle et pour l’année 1883. Une belle revue de province. JPD

 

La droulleto d’en Leon Cladel

SOUNET

Milhou qu'uno auberjo maduro,

Sencero, ambe soun fresc velous

E sènse cap de macaduro,

Ta gauto es un frut miraclous ;

 

Tous lanisses, ta parladuro,

Ta boucarelo et toun uelh blous

An de la maire besiaduro,

Poutestat del paire àrdelous.

 

Saras toutjoun, ô Judit-Jano !

Coumo la roso judeano

Que per fino e mannado v'es,

 

Sens debremba d'esse amistouso,

En creissent dreito e verturouso

Tant pla qu'un garric quercines.

AUGUSTE FOURÈS.

Traduction de la revue

Paris, Janvier 1877.

A LA FILLETTE DE LEON CLADEL

SONNET

Mieux qu'une pêche-alberge mûre — Saine, avec sa fleur vive — et sans aucune meurtrissure —ta joue est un fruit merveilleux. Tes cheveux frisés, ton parler, --- ta bouchette et ton œil pur —ont de la mère délicatesse,—puissance du père ardent.

Tu seras toujours, ô Judith-Jeanne ! — comme la rose judéenne — qui pour fine et charmante l'est,

Sans oublier d'être amicale, —-en croissant droite et vigoureuse — aussi bien qu'un chêne quercynois.

Paris, janvier 1877.

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 17:39

image-rollinat.jpg

Etrangement Verlaine constate que Le Figaro a fabriqué Rollinat mais il tombe lui aussi sous l’effet de cette fabrication, car la vie de Rollinat démontre qu’il était autre chose que l’invention que la presse a faite de lui. Ce texte peu amical pour le poète confirme involontairement le texte de Judith Cladel qui ;

-          Ne méconnaît pas l’erreur de Rollinat se laissant charmer par les louanges artificiels

-          Ne méconnaît pas l’autre Rollinat celui qui a écrit Paysages et Paysans après avoir quitté Paris et les effets de mode pour retrouver la Creuse

-          Et reste sous le charme du musicien que Verlaine expédie d’une phrase alors que des observateurs multiples ont admiré le talent de Rollinat mettant en musique des poèmes de Baudelaire.

Ce personnage témoigne de souterrains jamais explorés. Là où règne le sous-réalisme. JP D

 

Maurice Rollinat vu par Verlaine

 

Maurice Rollinat, auteur des Névroses, né à Châteauroux, en 1846, d'un père avocat, lequel fut représentant du peuple en 1848 et l'ami intime de G. Sand, présente un cas de presse bien intéressant et qui vaut la peine qu'on insiste dessus.

On se souvient sans doute qu'il y a quelques années le Figaro, par l'organe de son principal et de son plus ancien rédacteur, mena campagne pour, paraissait-il, le roi des livres de vers. Jamais on n'avait vu rien de pareil ; quelque chose de plus grand que   était né, le Poète-par-excellence, muni de toutes les huiles régales et autres, de la sacro-sainte réclame, se voyait investi des immunités attachées à son rang, un véritable poet laureate, n'en déplût au grand Tennyson, quant à la valeur intrinsèque des titres respectifs.

En même temps, Mme Sarah Bernhardt prenait les intérêts du chef-d'œuvre avec sa furia coutumière, et son salon fut le temple où le nouveau dieu rendit quelque temps des oracles.

M. Maurice Rollinat était inventé.

Les autres journaux parlèrent à leur tour du triomphateur, mais beaucoup, particulièrement ceux où travaillaient les camarades, non sans quelque fumisme dans l’exagération de l’éloge.

Et un silence de mort s’ensuivit, dès quelques éditions des Névroses épuisées.

Là pourrait se borner la biographie littéraire de M. Maurice Rollinat, car de ses deux autres ouvrages : Dans les brandes (1877), l'Abîme (1886), dans l'intervalle de la publication desquels parurent ces Névroses (1883) de fameuse mémoire, le premier, recueil de choses paysannes, avait sombré dans le plus noir insuccès, et l'autre tentative très vaguement philosophique, vient à son tour de connaître les affres du non retentissement total et final.

 Le soliloque d’un menuisier

Encore un clou ! plus qu'un, et ma besogne est faite.

Je m'en doutais ; c'est drôle et sans être prophète,

Je m'étais toujours dit : « Ce riche mourra tôt. »

Je n'ai pas épargné les bons coups de marteau.

Et je puis me vanter que sa bière est parfaite !

J'ai vu sa face : Elle est horrible et stupéfaite !

Il sera mort sans doute au milieu dune fête.

Bah ! cousons fortement son affreux paletot.

Encore un clou !

C'est le sort, chacun meurt : en bas, et sur le faîte.

Tous les vainqueurs du monde ont chez moi leur défaite.

Hélas ! j'aurai mon tour ! Un confrère bientôt

Peut s'écrier, penché sur mon dernier manteau :

Sa bière, dans vingt ans, ne sera pas défaite.

Encore un clou !

 

Mais la tâche d’un biographe consciencieux est sévère, et s’il n’a pas grand’chose à dire, il doit du moins approfondir son sujet, le creuser, en dégager de son mieux la morale, s’il y a lieu.

Un examen sommaire de l’unique Livre de M. Maurice Rollinat s'impose avant quelque jugement que ce soit à exprimer dans l'espèce.

Les Névroses sont un fort volume compact, mais imprimé en ces caractères un peu lourds, bien visibles en revanche, dont la maison Georges Charpentier a l'incontestable spécialité. Cet abord plaît de prime--saut et les pages lues succèdent aux pages lues, sans fatigue ni douleur pour le client. Même une sensation de tiède repos, de douce demi-sieste, vous induit jusqu'en le point-c'est-tout du confortable bouquin. Et pour peu que vous vouliez bien — seul sûr critère -- vous mettre à la place des gens, vous allez avec moi vous rendre bien compte de l'agréable phénomène que je viens de signaler à votre compétence.

Baudelaire avait « créé dans le ciel de l'art un frisson nouveau », suivant une parole qui fut d'évangile dans une bouche trop souvent peu orthodoxe ; aussi, subissant le sort de tous les créateurs, passa-t-il inconnu presque et méconnu tout à fait en son temps, pour, il est vrai, ressusciter avec gloire parmi notre génération littéraire qui aura eu du moins cet énorme mérite entre mille gros torts.

 

Mais cette résurrection, je viens de le dire implicitement, n’eut lieu en réalité, qu’aux yeux d’une élite restreinte. Le gros public, lui, entendit bien parler de ce miracle-là, mais à la façon des juifs incrédules. Et parmi ceux d’entre lui qui risquèrent leur curiosité dans Les Fleurs du mal, la plupart clamèrent le durus est sermo iste. Cette hydre, la foule en voulait après la mort de Celui qui avait ouï (1)

 Donner un sens trop pur aux mots de la tribu

 Comme dit magnifiquement Stéphane Mallarmé parlant d’Edgar Poë.

Enfin, Rollinat vint, qui le premier en France po-pu-la-ri-sa le Satanisme. (C'est par ce mot que la masse des lecteurs en est encore à croire désigner le haut et douloureux spiritualisme, l’exquisément amère sensualité du plus grand poète français de ce siècle, avec Lamartine.)

Le malheur est que d'abord ladite sensualité, non plus que le  spiritualisme en question, n’existait en aucune façon dans le travail massif, osons dire mastoc du vulgarisateur ? Et puis, ô quel style !

Toutefois je veux être juste dans les limites du permis en pareille matière. Manque de grammaire et d’art et d’à-peu-près tout à part, les Névroses non seulement forment, ainsi qu’il a été avoué plus haut, un ensemble gentiment assoupissant, mais encore elles n’exhalent que très peu d’ennui. Même il y a là dedans de divertissants endroits sinon bien, du moins qui tentent honorablement de l’être.

 La Buveuse d'absinthe,

Elle était toujours enceinte;

Pauvre buveuse d'absinthe !

 la Dame en cire et la si juste peur bleue de la voir entrer chez lui qu'a l'auteur ; les Ventouses, polissonnerie peut-être par trop insuffisante ; la Vache au taureau, encore un élan vers le cru point trop mal raté, d'autres morceaux en petit nombre encore, témoignent d'un esprit puérilement ingénieux et d'efforts ingénieusement puérils.

Et s'il faut pousser mon parti pris de bienveillance jusqu'aux confins de l'abus, j'ajouterai que je trouve M. Maurice Rollinat foncièrement original. Il a, en fait, instauré dans les environs de la Littérature, la Cocasserie froide, et, ce qui magnifie à mes yeux ce mérite bien sain, naïve sans pair. Autrement je l'eusse proclamé disciple de M. Amédée Pommier qui fut un roué, lui, du diabolisme d'Épinal, un roublard du vers maladroitement tourdeforcesque, en un mot un « maître expert-juré » sur le mirliton, dont M. Maurice Rollinat n’est, il faut bien l’admettre, qu’un virtuose tâtonnant.

Je n’ai pas entendu dire que M. Maurice Rollinat ait écrit en prose. Il serait désirable qu’il le fît vers la fin de sa carrière mortelle que je souhaite de tout mon, cœur heureuse et longue, sous la forme de mémoires ou de confessions, puis ces mots redeviennent à la mode. Que cet adieu sur le tard à l’écriture puisse ou doive être la merveille que je voudrais, franchement je n’en puis rien prévoir, mais comme tout porte à croire qu'il aurait des chances d'être sincère, on y récolterait pour sûr de précieux aveux, des mea culpa trop autorisés, hélas ! sur l'erreur d'un âge déjà mûr, un instant égaré par les brèves caresses du journalisme influent et la voix d'or d'une sirène proverbialement capricieuse, l'expression, je m'en doute, touchante du remords d'avoir, ne se sentant ni les reins, ni l’esprit, ni l’âme du poète, compromis la vocation, donné à sourire de la glorieusement tragique vocation de ces êtres sublimes et faibles, quand ils ne sont pas Shakespeare et Goethe, pour trop de fierté vibrante ou sourde, les Poètes !

Les amis de M. Maurice Rollinat lui attribuent un réel talent de déclamateur au piano qui n’aurait pas nui au débit de ses vers.

Au physique, M. Maurice Rollinat, que je n’ai jamais eu l’avantage de voir et d’entretenir un instant que le soir de cette bizarre première représentation du Nouveau monde, m’a paru un brin moustachu, à l’air bon garçon, pas vampire du tout, avec des fourrures autour.

Paul Verlaine

 1 Car il faut lire : Eux, comme un vil sursaut d’hydre oyant jadis l’ange « et non ayant » ainsi qu’une faute typographique me l’a fait mettre dans la première série de mes ¨Poètes maudits.

 

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 22:17

Dans un très beau livre intitulé simplement Maurice Rollinat Judith Cladel nous présente ce poète paysan original, cet inconditionnel du Béry, cette splendide figure du XIX éme siècle. Voici le récit de leur rencontre, Judith étant encore un enfant : elle avait 16 ans à la mort de son père et on peut penser qu’elle en avait alors seulement 10. JP D

 

 

 

« Mon père habitait alors à Sèvres une villa rustique. Il y travaillait invariablement tous les jours et le dimanche il y recevait amis et disciples. Il ne la quittait guère que pour aller traiter à Paris des affaires d'édition ou de collaboration aux journaux. Un soir d'automne, ma mère et moi nous l'attendions, un peu inquiètes de son retard, tressaillant aux longs cris stridents des locomotives qui entraînaient leurs wagons à travers les campagnes endormies, par les coteaux boisés de Clamart, de Bellevue et de Viroflay jusqu'à Versailles.

Tout à coup, aux approches de minuit, au fond de notre long jardin montueux et sombre, nous surprimes un bruit de voix, nous courûmes à la porte et, vers la lumière de la lampe que ma mère levait, nous vîmes arriver mon père, suivi d'un personnage de taille moyenne, bien découplé, qui dévalait agilement les marches des terrasses :

— Je vous amène Rollinat!

Tous deux s'assirent devant un frugal médianoche et ma curiosité se livra en silence à une copieuse fête. L'hôte nocturne était d'extérieur frappant, non point par quelque excentricité voulue, par affectation cabotine de barbe et de chevelure, niais par l'attrait d'un beau visage plein de caractère; jeune encore, (il avait environ trente-cinq ans) il était vraiment beau, d'une beauté mâle, incisive, sans mollesse et sans artifice. Pris entre les chaudes clartés de la lampe et du foyer, il montrait un masque étroit, d'une vivante pâleur, où y avait à la fois du paysan et du procureur judiciaire, je ne sais quel mélange de haute race française et de singularité américaine, spiritualisé par ce qu'on nomme l'air artiste, par ce que les traits empruntent de distinctions à la vitalité de l'intelligence. De plus, la nature qui l'avait fait beau, l'avait, du même coup, fait étrange. Il y avait de l'étrange dans la clarté des yeux, d'une extraordinaire et froide limpidité, passant du gris-vert de la mer au bleu cristal des glaciers ; de l'étrange en sa forte crinière brune d'où s'échappait une mèche rebelle toujours battante sur un front haut et droit... de l'étrange dans la saillie des pommettes modelées à la Donatello ; dans le dessin des lèvres minces sous la courte moustache fauve, des lèvres tendues par une sorte de demi-sourire nerveux, de fin rictus qui ne gagnait jamais le regard ; de l'étrange en sa voix timbrée, tranchante, intaillant les mots sur la plaque du souvenir ; de l'étrange dans le geste saccadé par lequel il renvoyait sans cesse en arrière, comme d'un coup de griffe, la mèche frémissante sur son sourcil.... et de l'étrangé surtout dans sa causerie.

Car il causait, il causait passionnément de tout ce qui attaquait au profond d'elle-même sa sensibilité d'être à la fois agreste et raffiné. Il décrivait sa province, le Berry, ses brandes et ses ravins, ses rivières et ses arbres, ses paysans et ses animaux, en termes pittoresques, railleusement tendres, en brefs croquis parlés en néologismes d'une drôlerie qui ne s'oubliait plus ; mais les multiples apparences de la nature prenaient, en passant par le filtre de ce cerveau, des nuances de fantastique farouche et puéril. Il disait les angoisses de la solitude dans la campagne, les nuits sans lune, les sortilèges de l'ombre condensée en formes effrayantes, les plaintes de la faune et de la flore plongées dans les ténèbres, la crainte des apparitions possibles à l'insidieuse clarté des astres et tous les mirages de l'âme dévoyée par le délire de la peur ; il disait le trouble mauvais que glisse en la conscience le regard satanique de certains paysans qui ne sont peut-être, que le diable déguisé... Il disait, enfin et surtout, l'horreur de la mort pour lui sans cesse présente, comme on la voit dans les tableaux anciens, grand squelette qui ricane des menaces derrière le dos des vivants ; il la guettait sans cesse et partout, il la redoutait en ses imprévus, sa lenteur ou ses brutalités, coup de couteau de l'assassin, ou coup de soleil des étés torrides ; morsure du serpent ou des bêtes hydrophobes ; piqûre du charbon, poison des plantes vénéneuses et toutes les traîtrises des longues maladies : Paralysie, Ataxie, Amnésie, aux doux noms de Muses, à la dent féroce. Bref, il se révélait le chantre de la Peur et de la Mort. Et il possédait un tel talent de conteur, il savait si prodigieusement communiquer la brûlure de sa fièvre, la glace de ses transes par le pouvoir des mots, de l'accent, du geste, que depuis lors, j'ai vu, plus d'une fois, une réunion d'hommes faits, gens positifs et sceptiques en particulier, palpiter et frémir lors des évocations où ce poète-sorcier paraissait savourer également sa peur et le reflet de sa peur dans le cœur d'autrui.

 Ce soir-là, mon père souriait des jeux de cette imagination dont le tour funèbre n'excluait pas une sorte de grinçante jovialité ; moi, je pensais entendre un grand frère très éloquent révéler les affres inavouées qui me travaillaient de frissons quand je traversais les chambres obscures, à probabilités de fantômes et de larves, quand l'orage ébranlait la maison, ou que les hurlements des chiens, la complainte plus insolite encore des chats, troublaient le sommeil des choses ; aussi bien la traduction de ces terreurs me causait un soulagement infini et ma reconnaissance allait, immense et muette, vers celui qui m'en délivrait un peu par la confession.

Quittant la table, Rollinat se mit au piano et préluda... Ses longs doigts noueux, tels des sarments, tourmentèrent les touches d'un jeu saccadé qu'on eût dit autant de passes magnétiques pratiquées sur l'âme de l'instrument et s'accompagnant des mouvements rythmiques de tout son corps et des expressions tourmentées de sa belle figure livrée à des contractions que l'art seul sauvait de la grimace, remué d'une longue ondulation, depuis les pieds et les jambes enroulés aux montants de la chaise, jusqu'à la mèche de cheveux toujours flottante et voltigeante ainsi qu'une flamme noire, il chanta...

Il chanta, et c'est alors qu'opérait le charme. »

 

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