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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 21:16

                                Noel-par-Cladel.jpg

Ernest Noël (Paris 1847 - Paris 1930)

Maire radical socialiste de Noyon (1888-1925), membre du conseil général de l'Oise (1886-1929) qu'il présida à partir de 1904, député (1893-1906) puis sénateur de l'Oise (1906-1929), l'industriel Ernest Noël se fait remarquer par sa conduite exemplaire durant la Grande Guerre. Refusant de se soumettre à l'autorité ennemie, il est arrêté comme otage (1915), déporté en Allemagne puis échangé (1916). Principal artisan de la reconstruction de Noyon, il présidera à l'élaboration du nouveau schéma urbain de la ville.

 

Son buste, œuvre du sculpteur Marius Cladel située dans le square de l'hôtel de ville, est inauguré le 11 septembre 1938.

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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 21:14

Cladel publie dans La Revue de Paris en novembre 1864 quelques petits textes qui deviendront un livre des années plus tard qu'il appelle Eaux-Fortes. Il s'agit d'un exercice de style. Donc pas de surprise s'il prend Delacroix pour évoquer un Algérien. Pour Goya il prend l'exemple d'un forgeron qui se pend dans son atelier. Il devait être alors sous l'effet de l'Orientalisme ambiant. Il écrit :

 "Nos Eaux-fortes détermineraient-elles chez le lecteur quelques sensations analogues à celles qu'il subit en présence des toiles des divers maîtres dont nous avons voulu divulguer le caractère et la touche le seul but serait atteint auquel nous avons visé dans cet artistique opuscule. L. C.

 L'ÉMIR ADD-EL-ZIMAR PRÊCHANT LA GUERRE SAINTE.

D'après Delacroix.

 

« Allah ! Allah ! Allah est Allah et Mahomet est son prophète! Mahomet est le prophète d'Allah et Abd-el-Zimar est l'envoyé d'Allah et le fils de Mahomet ! » Ainsi disaient les tribus rassemblées au col de Mouckrem pour y recevoir la volonté d'Allah et la parole de Mahomet que Abd-el-Zimar allait leur transmettre. Un nuage de poussière s'éleva du côté de l'Orient et bientôt apparut l'Émir avec ses guerriers qui agitaient les étendards chevelus de l'Islam et de longs fusils dont les damasquinures miroitaient au soleil. Monté sur une cavale à la queue teinte de sang occidental, plus blanche que les burnous sans tache, qui proférait des flammes par les yeux et des colonnes de fumée par les naseaux et dont le poitrail avait enfoncé bataillons et murailles, l'Émir arriva bruyant comme le Simounn. Les trompettes envoyèrent jusqu'aux cieux des chants métalliques. Brandissant son fusil infaillible, l'Émir cria trois fois : Allah! devant les tribus prosternées qui répondirent Allah ! Allah ! Allah ! Abd-el-Zimar avait le front ceint de cordelettes en poil de chameau sous le haik qui le couronnait, son visage ascétique, fin, correct, brûlé du soleil, paraissait noir comme la nuit. Il n'avait pas trente ans, l'Émir ! sa barbe était douce et rare comme les cheveux des nouveau-nés, et ses membres musculeux jouaient comme des ressorts d'acier ; implacables, bruns et polis comme le jais, directs, ses yeux interrogèrent longuement les tribus qui réclamaient la bataille. Après avoir donné l'ordre d'avancer à deux Berbères nus, têtes rases, qui se tenaient à quelques pas en arrière, assis sur des chameaux, il leva solennellement la main droite et il regarda le ciel ; ses lèvres bourdonnèrent ; il avait l'air de lire dans les profondeurs du dôme : « Allah veut la guerre, dit-il, pâle, hagard, épouvanté, prophétique, il veut la guerre et il veut la victoire. Allah m'a parlé ! Allah me parle : je l'entends ! Allah nous regarde : je le vois ! Nous sommes ses enfants, et nous sommes nombreux comme les étoiles, et nous sommes rapides comme les gazelles, et nous sommes forts comme les lions de notre Atlas, et nous sommes rudes comme les chameaux de notre désert. Allah veut la bataille. Allah veut la victoire. Allah veut la vengeance ! Il m'a dit : « Lève-toi ! Marche aux giaours avec ta tribu, et va trouver ensuite tes frères de toutes mes tribus, et tu leur montreras les trophées du premier combat ; ils reconnaîtront en les voyant qu'Allah t'inspire et t'envoie vers eux. » Frères, je suis venu, écoutez ! Allah est Allah, et Mahomet est son prophète ! Mahomet est le prophète d'Allah et Abd-el-Zimar est le fils de Mahomet et l'envoyé d'Allah ! Voyez !» Les Berbères, dressés de toute leur hauteur sur la selle de leurs chameaux, tenaient par les cheveux chacun deux têtes fraîchement coupées, jeunes, belles, dégoutantes de sang, têtes de chrétiens, têtes d'oppresseurs, tètes de Roumis ! Debout sur les étriers, le front ceint d'un nimbe éclatant, naïf et pompeux comme un patriarche, l'Émir avait les mains tendues vers les têtes sanglantes. Secouées d'un délire sacré, les tribus s'écrièrent « Allah est Allah, et Mahomet est son prophète ! Mahomet est le prophète d'Allah, et Abd-el-Zimar est le fils de Mahomet et l'envoyé d'Allah !» »

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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 20:39

Voilà que je suis poussé vers Hector France, un ami de Cladel que je ne connaissais pas vraiment. Un ancien militaire en Algérie aux côtés de Razoua, qui dédie un de ses livres sur l'Algérie à... Camille Delthil. Un admirateur du peuple algérien. La revue Le Matricule des anges a rendu compte de la réédition de Sous le burnous. JPD.

Le matricule des anges, Un mâle auteur, Hector France, par Eric Dussert

 Tous nos égarés oubliés

 Homme de guerre aux pays des sables, communard, sportif avant l'heure et écrivain varié, Hector France fut essentiellement un franc personnage.

 N'étaient quelques titres encourageants, voire scabreux, on ne serait peut-être pas allé voir du côté d'Hector France. D'abord parce qu'il eut un successeur éminent, ensuite parce qu'à un France près, on n'en était pas. Cependant, des titres ambitieux tel que Les Mystères du monde, faisant suite à Sue, ou troubles comme L'Homme qui tue ne pouvaient que nous attirer plus profond. Et la suite ne peut que donner raison à un fouineur tel que René Fayt qui, il n'y pas si longtemps, s'intéressa à juste titre aux tours et détours de cet écrivain polymorphe, engagé, pour ne pas dire rebelle, habitué aux rigueurs de la caserne et aux libations et privautés de la maison Carrington, spécialisée, si l'on s'en souvient, dans le grivois, sous le manteau, pas présentable, licencieux. Le Péché de Sœur Cunégonde, ou le Beau Vicaire (H. Oriol et Lavy, 1883) et Marie Queue de Vache (Librairie du Progrès, 1883), romans de mœurs cléricales aux " coloris parfois excessifs " (dixit Larousse à l'époque) auraient pu le faire classer parmi les infréquentables. Ce serait trop simple, vous l'imaginez bien.

 Militaire et fils de militaire, Hector France fut avant tout une forte tête. Né à Mirecourt (Vosges), le 5 juillet 1840, d'un chef d'escadron de la gendarmerie coloniale, à une époque où ça ne rigolait pas là-bas, petit-fils d'un officier supérieur d'état-major, il fit comme de juste ses études militaires au Prytanée militaire de La Flèche où, singularité suprême, il obtint les premiers prix de littérature. Il faut dire, à notre grande honte, qu'en ses temps diluviens les lettres importaient à tous, c'est-à-dire à tous mais aussi à ceux qui allaient se faire trouer le cuir. Nous n'en sommes plus là. Lui non plus, du reste, qui, après avoir guerroyé dix ans en Tunisie, en Kabylie et autres territoires insurgés, quitta le service, dégoûté d'avoir été bridé, tancé et mis au rencart pour son franc-parler dans L'Homme qui tue (Kistemaekers, 1878), il exposait tout haut les atrocités commises par les troupes coloniales... Il réintégra tout de même le service lors de l'accès guerrier de 1870, et, après avoir mérité la légion d'honneur, trouva l'occasion de ne la jamais recevoir en réfutant dans la presse le dogme insatisfaisant de la retraite à tout prix. Viril et combatif, il protesta encore contre la paix mal venue avec le Prussien et s'engagea dans les rangs de la Commune. Son républicanisme lui valut cette fois un exil londonien prolongé durant lequel, reconverti homme de lettre, il s'attaque à des fresques documentaires passionnantes sur Les Va-nu-pieds de Londres (1884) ou Les Nuits de Londres (1885), qui, jointes à son étude sur Les Dessous de la pudibonderie anglaise (Librairie des Bibliophiles, 1900), lui valurent le statut d'expert ès-mœurs anglaises.

Entré tardivement dans la carrière dès lettres à l'âge de trente-cinq ans Hector France se trouva être, on ne s'en étonnera pas, un ami de Léon Cladel, qui lui consacra une mémorable préface. Romans de mœurs, articles de presse, chroniques sociales, tout a été ausculté par l'excellent René Fayt qui, fouinant dans les recoins de la bibliographie de l'éditeur belge Kistemaeckers trouva de quoi nourrir l'exégèse. Hector France n'est plus n'importe qui. Le seul énoncé de L'amour au Pays Bleu (A. Martin et V. Huber, 1885), du somptueux Sous le burnous, scènes de mœurs militaires algériennes (dont la traduction anglaise dit un peu plus : Musc, Haschisch and blood), ou même du Beau Nègre, roman de mœurs sud-américaines (C. Carrington, 1902) apportent assez d'information à qui sait lire entre les lignes. On devine que l'injustice n'était pas le fort d'Hector France, les rigueurs morales et les bondieuseries non plus. En revanche, il fit de la marche (nom ancien du trekking) transfrontalière une activité régulière. Revigorante, convenons-en.

L'une de ses cibles favorites fut évidemment le clergé, et parmi celui-ci, la basse engeance des curés et des nonnettes. Indéfectible mécréant, républicain ardent voire anarchiste, il produisit même également un Dictionnaire de la langue verte : archaïsmes, néologismes, locutions (Librairie du Progrès, 1907) qui reste délectable. Et puis, parce qu'il faut bien vivre, il commit avec amusement sans doute une série d'opus flagellants de la plus belle espèce, anonymement ou sous le pseudonyme du Bibliophile de Mirecourt, ou celui de Jean de Villiot qu'il partageait avec plusieurs personnes, dont Hughes Rebell qui œuvraient au profit de l'éditeur Charles Carrington, scabreux bibliopole français réfugié à Bruxelles. Ainsi, Hector France le sabreur commit en partie l'Etude sur la flagellation relevée par Pascal Pia, et quelques autres polissonneries. Et c'est ainsi que l'étude des mœurs, souvent, conduit. Installé à Rueil, villa Welcome, le guerrier lettré s'est éteint en 1908.

 Eric Dussert

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 10:49

L'Humanité du 19 mars 1908 a publié dans la rubrique actualité ce souvenir d'Hector France. Dans les faits il s'agissait d'une actualité des années 1860... Par la suite, Hector France, ami de Razoua et de Léon Cladel participa à la Commune de Paris. JPD

 

ACTUALITÉ*, Le premier meurtre Par Hector FRANCE i

Je me rappellerai toute ma vie le premier que je tuai et, peut-être, à l'heure où la mort frappera à ma porte, viendra-t-il pencher sur mon chevet sa figure sinistre !

Un grand vieillard, à l'œil cave et perçant, un de ceux venus nous demander justice, et je puis dire, comme le personnage du drame de Dumas, que « bien souvent je l'ai revu dans mes rêves ».

Il n'eut pas le temps de rejoindre les liens, et, surpris par la charge, faisait volte-face, campé sur ses jambes sèches, il attendait immobile et farouche. Certes, je ne le cherchais pas je n'aurais pas voulu tuer ce vieux. Si même j'avais pu l'éviter, j'aurais laissé ce remords à d'autres. Razoua passa sans le toucher, Flamberge aussi, mais la fatalité le jeta devant mon cheval et il me tira un coup de pistolet. Il se hâta, visa mal, sa vieille main tremblait, il ne brûla que mon burnous mais la peur qu'il me fit me rendit féroce. Je lui portai un coup qu'il évita en se jetant en arrière, brandissant un long poignard, prévoyant sans doute ce qui allait arriver, ce vieux avait, caché sur lui tout un arsenal. Comme il levait le bras, d'un brusque dégagement je le pointai entre les côtes au-dessous de l'aisselle. Il tomba sur le côté en poussant un cri rauque. C'était fini.

Mais je ne lâchai pas assez rapidement mon arme et je faillis me fouler le poignet.

Alors, désormais, je visais au creux de l'estomac et surtout au ventre. C'est la bonne place et sous le galop du cheval, la lame entrait réellement comme dans du beurre.

Nous en tuâmes beaucoup et des femmes dans le nombre.

Que voulez-vous ? Le capitaine Richard avait beau crier « Ménagez les femmes, nom de Dieu » cette recommandation isolée se perdait dans le tumulte. Elles défendaient leur vie, du reste, et quand le sang ruisselle et que les balles sifflent autour de votre têtes, le sabre fouille un peu au hasard.

- Et, d'ailleurs, dit le colonel, qui admirait, toutes les nobles actions, c'étaient des vaillantes vendant chèrement leur vie et dignes de mourir en soldat. Quelle toile pour le prochain Salon !

Une demi-douzaine de toutes vieilles et de toutes jeunes, portaient des blessures sur la nuque ou le derrière des épaules, ayant été sabrées dans leur fuite mais on voyait aux sanglantes mamelles des autres qu'elles avaient fait face à l'ennemi.

- Des femmes au cœur viril, celles là ; nous ne pouvions nous empêcher de le dire en détachant de leurs mains raidies les grands pistolets ornementés d'argent et les poignards damasquinés rougis du sang des nôtres, des héroïnes taillées sur le patron antique, au physique comme au moral.

- Oui, m'écriai-je, c'est vrai, notre civilisation décrépite et caduque n'en avait plus de cette trempe.

- Bah me dit le grand Flamberge en passant deux magnifiques pistolets dans sa ceinture de laine, c'est de la camelote, ça rate à tout coup, mais les juifs de Constantine en donnent encore un bon prix. En voici deux qui représentent un certain nombre de verres d'absinthe. Regarde, camarade, ajouta- t-il en me montrant au loin un nuage de poussière, si je ne m'abuse, voilà le « goum » qui rabat les troupeaux. Je crois que nous aurons gagné notre journée.

 

Maintenant que de longues années ont passé sur ces drames, que seul dans le silence de la nuit, je fouille dans mes souvenirs, je vois des fantômes tout sanglants se dresser devant moi. Je mets mon front dans mes mains et je me demande si ces souvenirs ne sont pas de mauvais rêves, si c'est bien moi et les miens qui avons troué ces ventres d'épouses et de mères, taillé à coups de sabres ces seins qui allaitaient et ces blanches gorges de jeunes filles que nous aurions baisées à genoux.

Ah c'était l'ordre ! c'était l'ordre ! la dure loi de la guerre. Nous n'avons été que les instruments. Oui, c'est là ce que j'essaye de me dire.

Mais une autre voix crie plus haut et sonne stridente et furieuse à mon oreille

 

- Ah ah ! tu as beau fermer ton habit et le boutonner jusqu'au menton, tu n'étoufferas pas le bruit sinistre de ta conscience. Elle t'attend dans l'ombre, la solitude et le silence, et, frappe à coups cadencés comme un marteau de forge, enfonçant, toujours le terrible clou du remords. Presse ta poitrine et mets sur ta face le masque impassible, ton cœur bourrelé te dénonce et sonne sous ta mamelle, le lugubre carillon. Hector FRANCE.

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 10:09

A quelques jours d’intervalles le journal Le Temps publie quelques lignes sur Marius et Léon Cladel, soit le fils et le père.

Le 10 novembre 1935 nous apprenons que le sculpteur Marius Cladel voit son buste de Viviani inauguré au Ministère du Travail. Y est-il toujours ?

 Dans un autre registre Le Temps 16 novembre 1935 écrit :

La phrase la plus longue. A la suite de notre écho sur la plus longue phrase anglaise, demandant à quel auteur français une palme semblable pouvait être attribuée, plusieurs de nos lecteurs nous ont écrit.

M. Michel Renault nous signale une phrase de 335 mots d'Arthur Chuquet : Dugommier, pp. 217-218. M. Numa Raflin a trouvé dans les Misérables, quatrième partie, chapitre III (Louis-Philippe) une phrase de 748 mots, élisions comprises. Notre correspondant estime que seul Léon Cladel a pu en écrire une plus longue.

 

 

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 10:07

Le Temps 14 septembre 1935

A la recherche d’un marbre disparu

Comment un marbre peut-il s'égarer? Il a été déposé, le 18 décembre 1905, par les soins de Rodin lui-même au musée du Luxembourg. C'est une œuvre, admirable entre toutes, de Camille Claudel, dont le nom a été récemment remis en lumière par l'exposition rétrospective du Salon des femmes artistes.

 A la suite du mémorable banquet donné, en janvier 1896, en l'honneur de Puvis de Chavannes, où sept cents écrivains et artistes rendirent un solennel hommage à, l'illustre peintre, et où, rappelons-le ici, deux des plus jeunes ministres, Raymond Poincaré et Louis Barthou, représentaient le gouvernement, il était resté quelques fonds disponibles entre les mains des organisateurs de cette manifestation, qui fut un des événements de cette époque lointaine. Ces fonds - environ onze cents francs – furent déposés à la caisse du Temps, Rodin y ajouta mille francs. D'accord avec Octave Mirbeau, Gustave Geffroy, Eugène Carrière et quelques autres artistes et critiques qui composaient le comité d'initiative, et avec Puvis de Chavannes lui-même, on décida que cette somme serait consacrée à l'acquisition d'une œuvre d'art qu'on offrirait au musée du Luxembourg en souvenir du noble peintre de la Sorbonne, et du Panthéon. On demanda à Camille Claudel d'exécuter, en marbre, la « Klotho » qu'elle achevait de modeler.

Il ne pouvait s'agir d'une faveur spéciale. La jeune artiste était alors au seuil de la notoriété.

Peu connue encore du grand public, il est vrai, on se plaisait, du moins dans le monde des arts, et des amateurs, à la reconnaître comme l'un des mieux doués parmi les sculpteurs du temps. Ses Causeuses, le groupe de la Danse, la Vague et le buste de Rodin avaient révélé sa dramatique puissance d'évocation. Romantique et passionnée, elle aimait les contrastes violents de l'ombre et de la lumière. Aujourd'hui ses œuvres occupent une place particulièrement honorable dans les musées de Lille, de Toulon, d'Avignon et de Châteauroux.

Mlle Camille Claudel se plut à fouiller avec un soin extraordinairement attentif et patient le marbre de sa « Klotho ». Elle nous montrait la vieille Parque, debout, accablée sous le poids de l'écheveau compliqué des destinées humaines, qui recouvrait sa tête et ses épaules et qui tombait comme un rideau déchiré jusque sur le sol. C'est à travers cet inextricable réseau que l'opiniâtre artiste était parvenue à modeler, avec un réalisme saisissant, la silhouette décharnée de la « Klotho ».

Longtemps, elle travailla à perfectionner cette œuvre d'une si singulière beauté. En 1905, enfin, nous la faisions transporter dans l'atelier de Rodin, au dépôt des marbres, 182, rue de l'Université. Et le 11 décembre nous rappelions à M. Léonce Benedite l'intention du comité d'initiative du banquet Puvis de Chavannes de l'offrir au musée du Luxembourg, dont il était le directeur. Quelques jours plus tard, il nous répondait en ces termes :

MUSÉE NATIONAL DU LUXEMBOURG 15 décembre 1905.

Cher monsieur,

Je n'ai pas oublié votre ancienne proposition au sujet du petit marbre de Mlle Claudel, artiste si intéressante à tous les points de vue. J'en ai entretenu ces jours derniers M. Rodin, qui m'avait, de son côté, rappelé que ce marbre restait chez lui et qu'il était disposé à me le faire porter au Luxembourg. Mais j'ai besoin d'en faire part à M. Dujardin-Beaumetz, ne sachant s'il acceptera d'accueillir cette offre sans passer par le conseil des musées, ou s'il croit devoir la soumettre au conseil.

Dans ce cas, je ne crains pas de dire que je suis assuré du résultat. L'histoire toute récente de Toulouse-Lautrec m'a suffisamment renseigné.

On peut, dans tous les cas, faire porter provisoirement le marbre au Luxembourg, où il pourra être vu s'il est nécessaire.

Veuillez agréer, etc..,

LÉONCE BÉNÉDITE .

 

C'est le 18 décembre 1905, comme nous le disons plus haut, que Rodin fit transporter la « Klotho » de Camille Claudel au musée du Luxembourg. Il nous en avisa par une lettre qui est datée, du lendemain même. ! Faut-il l'avouer ? Nous avons négligé de nous assurer que la «Klotho » était régulièrement admise dans les salles du musée. Aussi bien, des relations étroites s'étaient établies entre Rodin et Léonce Bénédite. Sans doute, la question, pensions-nous, a été réglée entre eux. Rodin est mort en 1917, et Léonce Bénédite en 1925. Il n'est plus possible de savoir quelles sont les dispositions qu'ils ont prises. Ce qui est certain, c'est qu'au mois de juin dernier Mlle Judith Cladel, la fidèle et dévouée historiographe de Rodin, à l'occasion d'un nouveau livre qu'elle prépare sur le grand statuaire, a été mise inopinément sur la voie de ces tractations. Elle a appris, avec le tâtonnement qu'on devine, que la « Klotho » de Camille Claudel non seulement n'est pas au musée du Luxembourg, mais encore a disparu si complètement qu'on ne parvient pas à en retrouver les traces nulle part.

Il va de soi que ce beau marbre ne s'est pas volatilisé. Où a-t-il été relégué ? Les recherches que ces lignes vont provoquer ne tarderont pas à nous le révéler. M.M.

 

En fait, si j'ai bien compris la référence ci-dessous la statue en tant que marbre n'a pas été retrouvée. L'article en question mentionne le rôle majeur de Judith Cladel pour l'expo Camille Claudel évoquée ici.

Voir http://www.camilleclaudel.asso.fr/pageweb/clotho.html

 

 

 

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 18:38

 

Ceux qui voudront écrire un biographie de Razoua trouveront pas mal d’éléments sur ce blog. Pour le moment nous avons publié juste une modeste brochure car un communard, ça intéresse qui en 2013 ? JPD

Tous les parlementaires ont leur biographie facilement accessible sur internet. Dans cette de Razoua je compte une petite erreur. Il est mort en 1878 et non en 1877. JPD

 

Eugène RAZOUA    Né le 16/07/1830 à BEAUMONT-DE-LOMAGNE (TARN-ET-GARONNE - FRANCE) Décédé le 29/06/1879 à GENÈVE (SUISSE) 

  

 Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

   08/02/1871 - 07/03/1876 : Seine - Extrême-gauche

  BIOGRAPHIE

 Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (A.Robert et G.Cougny)

 

Représentant en 1871, né à Beaumont-de-Lomagne (Tarn-et-Garonne) le 16 juillet 1830, mort à Genève (Suisse) le 29 juin 1877, servit d'abord dans les spahis, puis vint à Paris, et s'essaya à la littérature, en publiant un piquant volume sous ce titre : Les Souvenirs d'un spahi. Il donna quelques articles de fantaisie à la Vie parisienne, puis, étant entré en relations avec plusieurs des chefs du parti républicain avancé, dans les dernières années de l'Empire, et notamment avec Delescluze, il contribua à la fondation du Réveil (1868), où il se chargea spécialement de la chronique militaire. La vivacité de ses polémiques le signala bientôt aux rigueurs du pouvoir. Impliqué dans l'affaire du complot qui précéda de quelques jours le plébiscite de 1870, M. Razoua fut arrêté, et, après quatre mois de détention préventive, comparut, le 18 juillet, devant la haute cour de Blois, qui dut l'acquitter, le ministère public n'ayant pu relever aucune charge contre lui. Il prit part à la révolution du 4 septembre, fut élu chef du 61e bataillon de la garde nationale, et se montra hostile au gouvernement de la Défense nationale à la suite des événements du 31 octobre auxquels il avait été mêlé, il fut révoqué de son commandement. Le 8 février 1871, M. Razoua fut élu représentant de la Seine à l'Assemblée nationale, le 39e sur 43, par 74,415 voix (328,970 votants, 547,858 inscrits). Il alla siéger à Bordeaux sur les bancs de l'extrême-gauche, et vota, le 1er mars, contre les préliminaires de paix. Lors du mouvement insurrectionnel du 18 mars, il se trouvait à Paris : il reprit le commandement de son bataillon, et donna sa démission de représentant par une lettre ainsi conçue : « Citoyen président, représentant du peuple de Paris, j'avais reçu de lui le mandat impératif d'affirmer à l'Assemblée nationale : 1° La République au-dessus du suffrage universel; 2° la guerre à outrance pour défendre son indivisibilité; 3° la mise en accusation des hommes du 4 septembre. Mon mandat est rempli. Au 31 octobre comme au 22 janvier, j'ai affirmé en face du gouvernement de l'Hôtel de Ville la Commune de Paris. C'est vous dire, citoyen président, qu'adhérant à la révolution du 18 mars, je donne ma démission de représentant du peuple à l'Assemblée de Versailles. » A la tête de son bataillon, M. Razoua prit une part active à la lutte de la Commune contre Versailles, fut nommé commandant de l'Ecole militaire, et siégea parmi les juges de la cour martiale. Lors de l'entrée des troupes à Paris (21 mai), il s'échappa et gagna la Suisse. Arrêté à Genève en août 1871, sur une demande d'extradition du gouvernement français, il fut remis en liberté peu après, assista au meeting de l'Internationale qui fut tenu à Carrouge, fonda à Genève un journal révolutionnaire intitulé la Revanche, que le gouvernement helvétique supprima, et fut condamné par contumace le 31 août 1872, par le 3e conseil de guerre de Versailles, à la peine de mort. Il mourut à Genève, avant l'amnistie.

 

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 18:22

 

Encore un article pour compléter notre modeste brochure sur Razoua. *

Au moment de la mort de Razoua Vera Zassoulitch était en Suisse (voir bio à la fin). Cet article peut tourner en dérision l’anarchiste russe, la Russie connaîtra finalement la révolution… JPD

  Le Gaulois 9 juillet 1878

"Mlle Vera Zassoulitch doit regretter d'avoir assisté à l'enterrement de Razoua. Le gouvernement suisse vient de l'inviter à quitter le territoire de la Confédération où sa présence pouvait créer des difficultés. Cette Vera Zassoulitch est-elle bien la vraie, l'authentique ? Le correspondant parisien de la Gironde assure que les communards de Genève ont été grossièrement joués dans cette circonstance par une fausse Vera, qui a exploité à son profit les honneurs qu'on réservait à la véritable.

 Le Gaulois 10 juillet 1878

LA RÉDEMTRICE RUSSE

L'histoire de cette Vera Zassoulitch, dont on nous parle ces jours-ci jusqu'à satiété, est vraiment une pitoyable histoire. II y a quelque temps, un correspondant russe nous apprit, un beau matin, que le préfet de police de Saint-Pétersbourg venait d'être la victime d'une tentative d'assassinat, accomplie par une femme. Deux balles de revolver l'avaient blessé à la tête, et si grièvement qu'on désespérait de le sauver. La coupable n'était autre que cette Vera, profondément inconnue alors, aujourd'hui célèbre.

Arrêtée immédiatement, elle déclara qu'elle avait voulu venger l'honneur d'un peuple opprimé par le pouvoir, et qu'elle n'avait pu supporter l'injure faite à un de ses compatriotes, décoiffé d'un coup de canne par le préfet de police, et durement battu de verges après. Cela fit tapage dans toute l'Europe. On laissa bien entendre que l'homme battu de verges était son amant, ce qui réduisait aux proportions d'un drame bourgeois ce prétendu fait de revendication sociale. Mais on n'y prit garde. D'ailleurs, qu'en savait-on ? La légende s'empara du nom de Vera Zassoulitch, et ce fut en héroïne qu'elle entra dans l'imagination publique.

Il faut bien convenir que les circonstances se prêtaient singulièrement à ce grandissement subit. On sait que la Russie est travaillée profondément par le socialisme, déchirée intérieurement par un nombre presque incroyable de sectes fanatiques et, d'autre part, gouvernée par un empereur absolu, dont les fonctionnaires supérieurs sont les représentants et qui est, à la fois, le chef politique et le chef religieux de son peuple. Il se pourrait que dans ce foyer d'exaltation révolutionnaire une Charlotte Corday se fût levée et n'eût attendu que son heure.

Rien ne s'opposait à ce qu'on l'imaginât pure de mœurs et belle de visage. Une héroïne doit être toujours ainsi. Un doute, il est vrai, venait à l'esprit : pourquoi avait-elle choisi, pour le frapper, le préfet de police et non le czar ? Mais la Russie est si loin, nous ne savons pas au juste les conditions dans lesquelles vit le vulgaire en face du souverain. Et puis ce nom de Vera Zassoulitch était si beau ; il sonnait de si étrange façon aux oreilles des Occidentaux, qu'ils se plurent à voir dans la femme une figure nouvelle du génie de la Révolution.

Son procès eut lieu. L'éloignement aidant, les débats restèrent pour nous enveloppés de mystère. Nous apprîmes un jour que l'accusée venait d'être acquittée ; peu après, un télégramme nous faisait savoir que le procès allait recommencer ; seulement, Vera était en fuite. On parvint à l'arrêter elle s'évada. Qu'était-ce donc que cette femme, qui se jouait ainsi du péril, qui traversait les cours criminelles impunément, qu'aucun verrou n'emprisonnait ? La légende montait jusqu'à l'épopée. Charlotte Corday était bien au-dessous de cette insaisissable Zassoulitch.

Or, tandis que les langues vont leur train, elle traverse l'Europe. Razoua meurt à Genève, les réfugiés de la Commune se réunissent pour manifester derrière son cadavre. Une femme est parmi eux qu'on nomme tout bas et qu'on entoure de respect. Et voilà que le télégraphe nous informe soudainement que c'est l'évadée de Pétersbourg, Vera Zassoulitch en personne.

A l’instant même, on organise un banquet en son honneur. Un citoyen Tony Loup la salue du titre de rédemptrice russe et l'assure que la France tressaille à ses efforts. D'autres discours du même genre sont prononcés. On célèbre l'assassinat politique sur les modes les plus lyriques. Vera demeure muette à toutes ces protestations, on la juge d'abord timide et l'on s'écrie « Si ce n'était pas elle ! »

Et, de leur côté, ceux qui secrètement lui trouvaient de la grandeur, s'étonnent. Il n'est pas possible qu'une telle femme se ravale jusqu'à prendre rang dans une auberge au milieu des sinistres coquins qui ont tué lâchement les otages et brûlé la moitié de Paris. Vera n'est plus une héroïne, c'est une pure et simple drôlesse, avide de faire parler d'elle, et qui exploite sa situation.

En vérité, l'incident est d'une curiosité peu commune. Mais; au fond, le cas n'est pas très compliqué, et, que la Vera de Genève soit ou non la vraie Vera, je ne vois pas trop en quoi peut différer le jugement à porter sur elle. 

Fourgaud

 

Véra Zassoulitch

Née dans une famille de la noblesse, elle fréquente pendant ses études à Saint-Pétersbourg les milieux révolutionnaires estudiantins et est arrêtée en mai 1869 du fait de correspondances échangées avec le nihiliste Serge Netchaïev. Elle est emprisonnée puis libérée en mars 1871.  Elle s'établit alors à Kharkov, intègre le groupe « Les émeutiers du Sud » qui organise des attentats contre le régime tsariste.  Revenue à Saint-Pétersbourg, elle tire, le 24 janvier 1878, avec un revolver sur le général Trepov, préfet de police qui avait fait frapper de verges le révolutionnaire Bogolioubov. Trepov est blessé, et Vera passe en jugement le 31 mars 1878. De façon inattendue, elle est acquittée. La police tente en vain de l'arrêter à la sortie du tribunal. Elle se cache quelque temps chez Anna Philosophova.

 Elle se réfugie en Suisse, puis retourne en Russie où elle milite dans l'organisation Terre et Liberté, mais après la scission de ce mouvement en août 1879, elle participe à la fondation de l'organisation Tcherny Peredel « Partage noir » à Saint-Pétersbourg avec Plekhanov, Axelrod, Lev Deutsch, Ossip Aptekman et Élisabeth Kovalskaïa.

 Elle traduit en russe des ouvrages marxistes et notamment le Manifeste du Parti communiste, édité à Genève en 1882. En 1881 a lieu un échange de lettres entre Vera Zassoulitch et Karl Marx et elle prend ses distances avec l'anarchisme pour adhérer au mouvement marxiste à partir de 1883.

 Avec Plekhanov, elle fonde le groupe « Libération du Travail », première organisation marxiste russe, fait partie de l'équipe de rédaction de l'Iskra et prend part au deuxième congrès du POSDR à Bruxelles et Londres en juillet-août 1903. Membre du courant menchevik, elle s'oppose avec virulence aux thèses de Lénine.

 Elle meurt le 8 mai 1919, peu de temps après la Révolution russe. Elle est enterrée au cimetière Volkovo.

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 18:57

SILHOUETTES LÉON CLADEL (revue Scapin 1886)

Par les midis de soleil doux, quand il pleut des aménités chaudes, il joue avec sa nichée de fillettes dans le grand jardin de la Villa D’Aigremont à Sèvres. Les branches des coudriers et des néfliers s’emmêlent dans sa chevelure clodionesque, aux rires joyeux de l'escouade blonde. C’est un patriarche. Ce fut et c'est encore un fier lutteur. Barbey d'Aurevilly, dans un article demeuré célèbre, le dénomma  « un rural écarlate », et, certes, l'homme porte bien le surnom.

Rural et écarlate, Cladel l'a toujours été dans sa vie comme dans ses livres. C'est un simple et un brave, resté, par le cœur et par les costumes, un paysan de son Quercy, un de ceux qu'il a si bien chantés dans ses magnifiques épopées rustiques. Haut de stature, semblable aux gravures qui représentent l’Abraham biblique ou les aëdes antique, il réalise le type rêvé des poètes légendaires et des penseurs à qui, l’histoire fait paître le troupeau humain.

Malgré les luttes et les veilles, Léon Cladel, bâti comme un chêne de son pays, robuste et fort, a de nombreux midis de soleils doux, à couler en jouant à cache-cache dans les coudriers et les néfliers de son jardin, et beaucoup de grandes et belles œuvres à écrire là-haut dans son immense atelier de travail, car ce Rubens des lettres a un atelier pour confectionner ses livres, qui sont des tableaux immenses et parfaits comme ceux de son voisin de Meudon, qui avait nom Rabelais.

Léo D’Orfer

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 13:51

La Feuille villageoise du 15 avril 1888 : Pelletan est un radical socialiste et il s'adresse à cet ancien ami Rochefort avec qui il a défendu La Commune et dénoncé Gambetta. Quels arguments pour dissuader un homme de gauche de passer à droite ? JPD

M. Camille Pelletan s’adresse à M. Henri Rochefort et lui parle eu ces termes :

 La haine du césarisme vous a fait ce que vous êtes. Vous lui avez jadis porté de coups terribles. Vous étiez resté jusqu'ici l'homme de la Lanterne. Quand un homme, jusque là un des nôtres et le plus illustre de tous ; quand celui qui avait le plus énergiquement défendu la patrie française eu 1870 et 1871, et avec qui vous aviez eu des liens personnels, comme tous quand Gambetta, avec l’éclat de ses services passés, parut prendre, parut chercher, dans la démocratie, une place dangereuse pour les libertés publiques, vous n'avez pas hésité à vous retourner contre lui, sans égard pour des relations privées qu'on vous rappela à tort (et je ne fus pas des derniers à blâmer cette campagne des petits papiers).

Je reconnais dans ce souvenir l'horreur que vous aviez, que tout républicain a toujours eue, pour ce que Michelet décrivait si bien sous le nom de « Messianisme », pour l'incarnation du pays dans un seul être de chair et d'os, pour cet instinct mortel qui, à certaines heures, précipite les foules aux pieds d’un homme. […]

On veut vous faire servir d'enseigne à, une entreprise innommée, précisément pour accomplir la mauvaise action contre laquelle vous avez combattu jusque là et vous prêtez à cette entreprise votre nom et votre figure.

Sur l'entreprise elle-même, vous ne pouvez plus avoir, vous n'avez plus une illusion de plus que nous mêmes. C'est la pure tradition du bonapartisme ; c'est la dictature poursuivie dans ce qu'elle a de plus rebutant, Tout le parti napoléonien y est, O miracle ! Jérôme et Victor, le père et le fils (maigre leur haine exaspérée, comme sont toutes les haines de famille), se rencontrent sur ce seul point. Ils sont Boulangistes tous les deux ! La doctrine est la même vous ne l'ignorez pas. Aucun programme ; une indication socialiste ; une indication « conservatrice » ; quelques tirades contre le « bavardage » des Chambres ; la pensée vague d'un changement à coups de sabre ; pour le reste, une énigme ; un soldat qui dit de son programme véritable : « C'est mon secret... » La dernière des insolences qu'on puisse adresser à un peuple encore libre. Et, alors, les bonapartistes accoururent en foule. Dans la Dordogne, dans l'Aisne, dans l'Aude, la majeure partie des voix réunies est notoirement bonapartiste. Dans le Nord, on fait appel aux suffrages de même couleur.

Cela vous afflige t-il ? Je veux le croire. En tout cas, il n'y paraît guère. Dans les manifestes du général, je cherche en vain une trace des idées républicaines, Et les feuilles du 2 Décembre en triomphent. Voyons, vous Rochefort, ami du général Boulanger, vous êtes donc bien délaissé, bien impuissant auprès de lui ? Ses manifestes ont l'air d'être rédigés par M. Robert Mitchell.

Mais, supposez une minute qu'une équivoque cesse de tromper le pays, M. Boulanger serait réduit aux voix bonapartistes ; ce serait l'effondrement. Il a besoin d'un leurre qui ajoute à sa minorité bonapartiste les plus naïfs parmi les républicains. C'est à cela que vous servez, jusqu'ici.

C'est vous qu'on montre aux radicaux qu'on veut tromper. On vous affiche dans le Nord sur tous les murs. Vous êtes utilisé pour masquer le bonapartisme. Qui aurait des soupçons ? L’auteur de la Lanterne ?

Voilà un profil connu : les sourcils lancés vers le ciel et le panache de cheveux gris, O Rochefort ! Vous avez lu les Châtiments ; vous les savez même par cœur. Vous aussi comme dans l’Expiation vous servez d’enseigne…

L’on t’a : l’on te harnache…

Et la différence, c’est que vous êtes vivant. Et vivant, vous vous laissez faire.

Cela est triste. Qu’est devenu le Rochefort que nous avons connu naguère ? Si vous avez de ses nouvelles, donnez m’en je vous prie.

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