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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 14:32

 

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Depuis longtemps, je reporte de jour en jour, la présentation de cette image sur le blog. Il s’agit de la Une d’un journal italien publié le 28 février 1994, qui indique que la P2 était inscrite chez Berlusconi. C’était à un moment où les médias se demandaient si Silvio Berlusconi était inscrit à la loge P2. Depuis quatorze ans on sait que Cuore avait raison : le moteur de la mutation italienne ce n’était pas loge P2 mais Berlusconi lui-même.

Sur un papier d’un vert étrange, cet hebdomadaire satirique eut son heure de gloire en Italie. Financé en partie par l’Unita du PCI, il est né au moment de la mutation de ce parti, en 1989, en tant que lieu de soulagement des rages les plus diverses. Je ne sais exactement la date de sa mort mais sans doute peu après 1994. Michelle Sera qu’on trouve à présent sur Repubblica en était le pilier. Toute la gauche est passée par Cuore y compris l’actuelle vedette Nichi Vendola.

Je voulais offrir cette image à tous ceux qui, depuis 1994, luttent sans relâche contre Berlusconi, par des films, des romans, des documentaires, des journaux, de la poésie, des pièces de théâtre, des défilés nombreux, variés et très suivis… et qui ont pu constater malheureusement que tant de luttes se firent en vain !

Leur échec mériterait un immense débat européen, non pas un débat d’un jour, mais d’un an, pour éclairer ce que nous avons à faire en vue de la construction d’une autre stratégie contre l’avancée du fascisme féodal mondial.

L’histoire risque de ne retenir que la montée inexorable de Berlusconi (jusqu’à croire que sa mort signera la fin de son système, comme la mort de Franco en a fini avec le franquisme) or cette montée a eu en face des combattants inventifs, tenaces, savants, populaires (je pense au prix Nobel Dario Fo), qui, s’ils n’ont pas gagnés, peuvent tirer avec nous tous, les leçons de la situation. Mais je rêve, la barbarie qui avance suscite deux types de lâchetés : celles des actuelles et futures complicités, et celles des peurs inévitables. Tout ça me rappelle quelque chose… qui va me laisser sans voix pendant plusieurs jours.

Mais dès que je suis en état, je vais revenir sur ce sujet qui, j’insiste, est mondial. A travers les dernières décennies les barbares ont pris quelques fausses couleurs : c’était l’Est pour les défenseurs de l’Ouest, le Sud pour les défenseurs du Nord, les Jaunes pour les défenseurs des blancs. Mlaheureusement les fantasmes ont laissé la place aux FAITS qui sont tous noirs, à l’Ets, à l’Ouest, au Sud, au Nord…

2-11-2010 Jean-Paul Damaggio

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 20:37

Depuis tant et tant d'années je suis un fana d'Atlan alors ce petit clin d'oeil. JPD

http://espresso.repubblica.it/altan/2132002

 

traduction : Je me suis fait lire les lignes de la main. Il y avait écrit "futur actuellement non disponible"

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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 20:58

Voici un article de Roberto Silvestri du Manifesto sur le dernier film de Tornatore 

 

 

De Venise, nous avions écrit de ce 1900 sicilien : conte épique, ou tragi-comique, entre délire semi-Fellinien et divertissement à la Drive in. Depuis lors, nous avons lu que D'Alema [Responsable du Parti démocratique] s’est ému de la scène du père de l'acteur en train de mourir, quand il murmure que «la politique est belle ! ». Peut-être aussi, dans la même scène, des larmes de son ennemi public n ° 1 ? Et les nouvelles d'hier : la Lav (Loi antivivisection des animaux) a accusé la Méduse [le réalisateur] d’avoir tourné l’effarante scène d'un abattage de bovins, sans effets spéciaux (nous ne sommes pas à Hollywood) en Tunisie, parce que là-bas la loi est plus permissive et les figurants n’abandonnent pas (nous irions jusqu’à copier Ben-Ali Craxi [Craxi ancien socialiste est mort en Tunisie chez son ami Ben Ali] même dans ce domaine ? Y’aura-t-il des plaintes ? ). Cette croisière dans l'imagination de Tornatore – séduira ou déplaira - est pleine de monstres de l’histoire et de scketches efficaces (comme celui publié par Nino Frassica) qui «sautent aux yeux », comme un spot dans un téléfilm, comme si Kant était pratiquement un format simple. Monstres inspirés de Grimm, avec près de 200 leaders paysans siciliens assassinés immédiatement après la Seconde Guerre mondiale parce que le Parti communiste gagnait les élections et que ceci était un déclic pour la démocratie ; mais aussi démons inspirés de l'histoire du cinéma (Lattuada) ou de la Chaîne 5 (nombre de prêts à TELESTAR et son rythme). Peppino, le héros, est un éleveur analphabète en manque de vaches qui rêve de voler, et, poussé par l'injustice suprême, lutte, fait de la politique, prend de l’importance, répudie Staline, devient sage et volera. En emprisonnant à la maison, celle qu’il aime, qu’il épouse à l’église et qu’il relègue à faire (beaucoup) d’enfants, éduqués avec modération (pas seulement dans les mini-jupes), en modérant Ginger Rogers avec Marx. Il fait carrière politique dans le Parti communiste. Il enseigne que si vous vous tapez la tête contre le mur c'est la tête qui se casse, alors il vaut mieux être réformiste, pas têtu. Notre héros vit dans la Bagheria des monstres de pierres baroques, champs de bataille entre les propriétaires et le "modernisme" féodal, qui ont pour but, non pas le populaire Risorgimento national, mais « l’immobilisme» militairement protecteur. Seul échappatoire l’émigration, la solitude, la folie ou la télécomédie déguisée de Kolossal. Compte tenu que les Italiens, dans les salles obscures ne veulent pas être dérangés ou critiqués, voici le succès de la comédie superbe à l’italienne où il n'y a ni critique, ni costume, mais des masques superbes. Et on donne le coup d'envoi à 100 feux d'artifice pour 100 autocollants parmi des « poupées » dansantes (« celui qui ne comprend pas la danse ne comprend pas le socialisme », et Bertolucci, implique Peppino) en chorégraphies bâtardes et contaminés, bruyantes et aux notes fausses, d’une pompeuse férocité et d’une poésie timide, comme dans l'acte d'un Orlando perdu parmi les marionnettes "modernes"

Le Manifeste 25 Septembre 2009  (traduction Monique Pettiti)

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 09:23

A revenir sur Pasolini voici une traduction (Monique Pettiti) de l’article publié par Rossana Rossanda au moment de sa mort. Une façon de rappeler que l’Italie du Manifesto est rarement venu jusqu’en France et qu’en 1995 j’aurai aimé traduire Appuntamenti di fine secolo où la célèbre intellectuelle italienne discute avec Pietro Ingrao dans un très beau livre. Mon italien reste insuffisant. JPD

Pier Paolo Pasolini, La vita, In morte di Pasolini, di Rossana Rossanda dal "manifesto" del 4 novembre 1975

C'est avec une émotion unanime, à droite comme à gauche, que la presse italienne pleure Pier Paolo Pasolini, l'intellectuel le plus controversé que nous ayons eu ces dernières années. Il était même devenu très gênant. Personne n'aimait ce qu'il écrivait ces derniers temps. Il ne nous plaisait pas, à nous la gauche, parce qu'il se battait contre 1968, les féministes, l'avortement et la désobéissance. Il ne plaisait pas à la droite parce que ses déclarations s'accompagnaient d'une argumentation déconcertante, inutilisable par elle, suspecte. Il n'était pas aimé en particulier des intellectuels, parce qu'ils étaient à l'opposé de ce qu'ils sont habituellement, de prudents distillateurs de mots et de positions, les utilisateurs pacifiques de la séparation entre «littérature» et «vie», même ceux qui en 1968 avaient une mauvaise conscience. Seul parmi eux, Sanguinetti a eu hier, le courage d'écrire "Enfin, il nous l'ont enlevé des pieds, ce confusionniste, résidu des années cinquante ». C'est à dire les années de la déchirure, apocalyptiques, tragiques. Enfin, pour la gauche intellectuelle, dépassées. Cette unanimité presque totale est certainement la seconde lourde voiture qui passe sur le corps de Pasolini. Comme de la première voiture, celui qui a bonne conscience peut dire: «il se l'est cherché." Pour qui n'a pas ces certitudes, il est au contraire le dernier signe de contradiction de cette créature contradictoire : une véritable contradiction, non recomposable dans quelque artifice dialectique. Car si une chose est certaine, c'est que maintenant qu'il est mort, cette soudaine reconnaissance par tous de sa façon de penser, et par la manière que ça arrive, est vraiment le dernier « pied de nez » que lui rend ce monde mal-aimé. Il ne s'agit pas, en effet, du traditionnel hommage à l'illustre défunt, ni l'absolution habituelle pour le mort détesté de son vivant. Si tout le monde écrit sur le même registre (l'Unità, en italique déplacé, ébauche jusqu'à une autocritique, alors que le Parti radical l'écrit post-mortem) c'est parce que chacun, à partir des réflexions de Pasolini, pense maintenant être en mesure d'en tirer profit. N'a-t-il pas dit que les jeunes sont, désormais, comme une mousse laissée par une tempête qui a détruit les anciennes valeurs? Qu'une société doit se donner un ordre, un système de coexistence, un modèle? Sur cela tout le monde est d'accord, sauf que chacun donne à cet ordre, le signe qui lui convient le mieux. Pasolini, l'intellectuel le plus outsider de notre société culturelle, avec sa mort inconvenante, fournit la preuve irréfutable qu'ainsi on ne peut pas aller de l’avant. Tellement bien que tout le reste est pardonné.

Je pense que sur cette ferveur et ses conséquences, Pasolini aurait – s'il est permis d'imaginer ce geste d'un homme très humble de nature - craché dessus. S'il en était ressorti vivant, il serait aujourd'hui aux côtés du jeune homme de 17 ans qui l'a frappé à mort. Le maudissant, mais avec lui. Et comme cela jusqu'à l'inévitable, peut-être attendue et redoutée, une autre occasion de mort. Mais avec lui, parce qu'il était le monde, ces créatures de sa vie réelle («Je les connais, ces jeunes gens font vraiment partie de moi, de ma vie directe, privé") dans lesquelles il recherchait, avec entêtement, une lumière. Avec eux, non pas dans le monde de l'ordre, que ne sont pas seulement les postes de police.

Il en revenait là parce que dans sa vision du monde, il n'y avait pas d'autres routes. Sa critique sur le «développement», les valeurs de la consommation, le profit, le nivellement qu'il en découle dans une société pré-industrielle où les relations personnelles non vendues, non accueillies passivement pouvaient encore l'emporter, était - comme c'est généralement le cas dans ce courant, qui a des dirigeants illustres, catholiques et laïques – unidimensionnelle comme la société qu'il critiquait ; elle était vécue comme la fin de l'histoire, la barbarie, face à laquelle on ne pouvait que battre en retraite. Battre en retraite jusqu'au refus de ce type de «développement» - et qui peut s'y opposer si ce n'est le marginal, ou un pays du tiers monde qui n'a pas encore atteint ce seuil ? - Elle n'aurait pas offert une bouée de sauvetage. Ailleurs, il ne voyait pas de salut, c'est pourquoi Pasolini revenait, obstinément, dans la périphérie et plus elle lui échappait, plus il y revenait tourmenté. D'autant plus que quel qu’en soit le sens, elle représentait une frustration, une contradiction. Il cherchait une relation authentique et ne tissait-il pas, au contraire une relation marchandée ? Il cherchait un rapport libre et ne répétait-il pas lui-même  - l'intellectuel riche qui arrive avec l'Alfa et paye le garçon devant lui, à la fois personnellement et socialement plus vulnérable - une relation entre oppresseur et opprimé? Ni l'humiliation qu'il devait recevoir en retour (Combien d'essais, moins tragiquement terminés, de cette mort doit-il avoir vécu ; la dérision du compagnon de circonstance, le refus, la résistance de celui qui se fait utiliser, mais se sent utilisé, puis se rebelle) ne pouvait l'acquitter du fait qu'il entrait lui-même dans ce mécanisme aliénant. Dans lequel l'interlocuteur devenait toujours plus insaisissable, plus «objet». C'était différent du temps où le garçon le suivait, paraissant consentant, pas esclave, comme Thomas dans Une vie violente. Aujourd'hui, ce n'était plus le cas : le gars qui l'a tué a peu en commun avec le garçon d'antan. Il devrait être relâché demain, selon les valeurs qui régissent cette société (en plus de l'humanité de base) parce qu'il n'y a pas à douter du témoignage de son quartier, à savoir qu'il n'avait pas grand désir de travailler - et qui l'a - mais il était prêt à revenir sous l'autorité parentale, seul provisoirement et vénalement violé. Rien dans cette histoire ne concorde vraiment à ce qu'il en paraît. Pas le riche vicieux qui cherche des amours cachés parmi les marginalisés, puisque personne comme Pasolini ne vivait aussi simplement son inclination homosexuelle et il pouvait la satisfaire dans une société désormais plus permissive sans le moindre risque. Pas le jeune vicieux, qu'il n'est pas : ni comme vicieux, ni comme criminel, et même comme volontairement déviant, rebelle à la norme.

Décès accidentel à la poursuite d'un fantôme, pourrait-on dire. Avec satisfaction pour les plus nombreux, avec amertume pour ceux respectaient et estimaient Pasolini. Et maintenant les funérailles, avec l'absolution dans la gloire, de la part de qui, ce fantôme a d'abord été construit puis exorcisé. Si Pasolini est aujourd'hui tant vanté, si probablement tant se reconnaissent de bonne foi dans la moitié du discours qu'il faisait, c'est parce que l'autre moitié, pour lui essentielle, dans lequel il plaçait son espoir, n'avait aucun fondement. Que de  discussions, les rares fois où je l'ai rencontré, et toujours les mêmes, qu'il répétait régulièrement avec Moravia. C'est vrai que le capital nous a déshumanisés. C'est vrai. C'est vrai que le conformisme à son modèle monstrueux. C'est vrai que celui-ci est tellement puissant, que l'on doit tous y réfléchir jusqu'à ceux qui le nie ; en 1968, quand il a écrit le célèbre poème sur les affrontements de Valle Giulia, Pasolini voyait dans l'étudiant le produit d'une classe sociale qui peut même «s'essayer» à la révolution, ce qui au petit policier, au fils d'ouvrier du Sud, n'est pas autorisé, et ceci avait une part de vérité. Il est vrai qu’aujourd'hui, pas hier, nous pouvons parler de l'avortement, et pas seulement parce que le mouvement féministe a mûri, mais la société des hommes pense à «se sauver». Il est vrai que l'école obligatoire et la télévision sont des organismes du consensus. Il est vrai que le fascisme n'est pas si différent de la démocratie dans ses modèles culturels, comme il a été en 1922. Tout est vrai, et tout est partiel parce que chaque fois que Pasolini touchait du doigt ces vérités gênantes, l'ambiguïté du présent, il s'en suivait un saut en arrière, vers l'humanité sans ambiguïté d'"avant", au lieu de prendre, dans l'étudiant, dans le féminisme dans l'éducation, dans le même conformisme, le principe d'une certaine épure, mais sortie vitale vers l'avant. L'idée que cet itinéraire doive s'accomplir du début jusqu'à la fin, et de là retrouver le fil d'un monde restitué à l'humanité, était en lui toujours plus lointaine. Il aurait pu être un sceptique, il devenait, dans le sens classique du terme, « un réactionnaire ».

Et ceci aujourd'hui est exploité, c'est la deuxième voiture qui passe sur son corps. Puisque de la valeur explosive, violente de sa « réaction" il ne reste rien dans l'élégie des premières, deuxièmes et troisièmes pages qui lui sont dédiées. Il aura un enterrement civil, et dans quelque temps la municipalité de Rome lui consacrera une rue. Ses vrais ennemis le tueront bien mieux que ce garçon de l'autre soir. Dans lequel, avant de périr, il doit avoir vu seulement l'impasse où il avait chassé, la dimension de son erreur. Et dire qu'il cherchait l'ange de la Passion selon saint Matthieu.

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 20:57

À propos de l’actuelle situation italienne :

LOMBARDIE, 1991 - 2010

 

De 1990 à 1992, nous avons, Jean Paul Damaggio et moi, initié et animé un bulletin destiné à l’échange de points de vue et à la réflexion dans la nébuleuse occitaniste : Tr’òc. Au lendemain des élections italiennes, il peut être intéressant de retrouver un article consacré à la Lombardie de 1991, accompagné de nos commentaires croisés au présent (ces commentaires sont en italique). L’article original était en occitan :

http://www.rene-merle.com/article.php3?id_article=116

On en trouvera ici la traduction.

 

Tr’òc n°9, septembre 1991

 

Lombardie

 

Les écoliers sont plus qu’étonnés devant les cartes américaines ou chinoises : Paris n’est plus au centre du monde, mais New-York ou Pékin. Ainsi, pour les doux rêveurs provençaux et languedociens d’une Europe des régions, l’Occitanie est au centre, sinon du monde, mais du moins de la C.E.E. Tant pis pour les Occitans qui se croient plus voisins du Pays Basque, de l’Océan, de Poitiers, de Paris ou de Lyon : l’Occitanie sera, à mi-chemin du grand axe Milan-Barcelone, ou elle ne sera pas.

 

[C’était l’époque où nombre d’occitanistes vilipendaient l’État-Nation, plaçaient leurs espérances dans l’Europe des régions et nous traitaient d’« hexagonaux », quitte à placer un nouveau drapeau sur une nouvelle patrie, née d’une histoire revisitée. Et pour cela cherchaient un nouvel amarrage transfrontalier : Catalogne, Italie du Nord. On peut mesurer aujourd’hui combien ce point de vue, qui pouvait alors apparaître celui d’une secte, non seulement a gagné de larges secteurs de l’opinion, par exemple des pans entiers de la social-démocratie et de l’éventail écologiste, mais encore est devenu doctrine quasi officielle des grands barons féodaux qui dirigent nos régions. R.M]

 

Mais si la réussite linguistique catalane fascine les occitanistes, la totalité de la situation catalane n’est guère évoquée dans les journaux occitanistes (nous attendons les avis des lecteurs de Tr’òc), et il ne semble pas, en dehors de la référence affective aux vallées occitanes, qu’existe un intérêt occitaniste pour le Levant de l’axe, où se produisit, dans les années 1950-1960, le « miracle » qui fit de l’Italie le cinquième Grand économique, ce Nord de l’Italie qui dans sa réussite économique se veut européen, et plus encore « Mittel-Europa ».

 

[Tant il est évident qu’aujourd’hui encore l’opinion française, conditionnée par les grands médias, au-delà des stéréotypes, ignore à peu près totalement ce qui se passe en Espagne et en Italie. R.M]

 

Nous parlerons une autre fois de « l’arc alpin » et de ses confins, vallées occitanes, val d’Aoste francoprovençal (où l’identité est une arme pour des communautés économiquement, démographiquement, culturellement menacées par l’appétit de Turin et de Milan), Sud Tyrol de langue allemande, qui regarde au Nord, Frioul (rhéto-romanche), bouleversé par la « modernité » italienne, Turin et Piémont surtout, à propos desquels quelques lecteurs pourraient en dire plus que moi. Un mot seulement ici sur les réponses à la crise italienne que génèrent Milan et la prospère Lombardie.

 

[sur le statut des langues minoritaires en Italie, cf. :

http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/Europe/italiedecret1991.htm]

 

L’Italie se cherche

 

Car à nouveau l’Italie se cherche : derrière son gouvernement sans envergure, socialiste et démocrate chrétien, et son président gesticulateur et provocateur [Francesco Cossiga], pointent deux ombres : celle d’un De Gaulle (et non pas un « Duce », car le MSI néo-fasciste n’a jamais été aussi bas) qui assurerait le passage de la Première à la Seconde République ; celle des inquiétantes forces occultes, économico-politiques, qui en fait gouvernent vraiment l’Italie, et qui ont su, y compris avec Gladio, la Loge P2, les attentats, les meurtres, empêcher des alternatives dont ne voulaient pas plus les États Unis et l’Allemagne que le Pape et la Mafia. Tout ceci s’avalait pour conjurer le péril communiste : « Turatevi il naso e votate DC ! », « Bouchez vous le nez, et votez démocratie chrétienne ! ».

Ainsi les Italiens acceptaient de payer le boom économique et la société de consommation par l’incapacité (ou la volonté) politique à régler les maux chroniques : partitocratie, défaillance des services publics et de la justice, généralisation d’une criminalité organisée déjà dominatrice dans le Sud, etc. La vie culturelle, une des plus ouvertes d’Europe, des moins encloses dans un nombrilisme à la française, se heurtait à une contradiction majeure : l’intelligentsia n’acceptait la modernisation que dans la distance prise avec le personnel politique qui l’assumait, celui de « l’Italietta » et avec les secteurs archaïques du pays.

Maintenant, avec la mutation du P.C.I en P.D.S réformiste, il n’est guère possible de parler de péril communiste. Le roi est né, et la D.C également. Du coup, les réponses à la crise, qui ne viennent pas d’un niveau national inefficace, mûrissent aux niveaux communal et régional, constitutionnellement déjà importants.

 

[Il est significatif que la dérive du P.C.I, aujourd’hui achevée par sa transformation en un parti vaguement centre gauche, le P.D., loin de le renforcer, l’a entraîné sur une pente de déclin qui apparaît irréversible. R.M]

 

Le rôle de la Lombardie

 

Dans ce cadre, Milan et la Lombardie ont une très grande place. Ils ont donné au personnel politique des noms majeurs, au pouvoir économique et aux médias des « décideurs » essentiels. Mais la vie politique lombarde engendre des phénomènes nouveaux qui méritent attention : c’est ici que sont nés des épisodes décisifs de l’histoire italienne, à côté du Piémont (matrice du Risorgimento, du mouvement ouvrier révolutionnaire, du fascisme, et du réformisme socialiste…).

Milan et la Lombardie sont d’autant plus caisse de résonance des problèmes nationaux que certains, comme la « malavita », le poids de la mafia, viennent du dehors, et du Sud, et trouvent ici de quoi se développer d’une façon « moderne » et « européenne », cependant que d’autres, comme la xénophobie et le racisme qui empoisonnent l’Italie entière avec l’arrivée des extra-comunautaires, des Nord Africains et des Africains noirs, libèrent au Nord la haine, jusqu’ici plus ou moins intériorisée, contre les « Terroni » (« bouseux ») (méridionaux) qui ont tant donné leur force de travail pour la croissance économique du Nord. Cette vague anti « étrangers » emporte même des fidèles traditionnels du mouvement syndical.

 

Les types de réponse

 

Trois types de réponses se développent, ouvertes ou fermées :

Sera peut-être réponse ouverte la proposition récente de quelques responsables PDS (ex PCI) de former un groupe unique des réformateurs (PSI, PSDI, PDS), à la commune de Milan, pour une « seconde reconstruction » de la cité (la première étant celle du boom économique des années 1950-1960). Si nous voulons l’unité des réformistes, où commencer, sinon à Milan, écrit U.Borghini, protagoniste de l’initiative. Il est clair que Milan serait ainsi laboratoire national d’une fusion à venir de l’ex PCI et des socialistes. Et qu’il serait aussi lieu de résistance, à valeur nationale, de ceux qui refusent la social-démocratisation du mouvement ouvrier.

 

[Ce processus n’a pas été tenté. C’est la fusion avec les éléments les plus présentables de la Démocratie Chrétienne qui a prévalu, avec le succès que l’on sait. Avis aux enthousiastes de l’unité avec Bayrou. R.M]

 

Réponse fermée : dans un contexte d’inefficacité relative des administrations socialistes et DC, et d’abord celle de la commune de Milan, il est banal d’entendre opposer à la crise urbaine, à l’insécurité, à la criminalité, au laisser-aller civique, au chômage, etc., qui seraient le fait des immigrants du dedans et du dehors, une apologie quasi officielle des vertus des institutions et de la population pour de bon milanaise et lombarde, civilisée et européenne. « Dôme connection » des humoristes, où tout marcherait très bien, à l’allemande si… Aux « Lumbard » de prendre encore plus les responsabilités.

Réponse, plus fermée encore : la Ligue lombarde au drapeau blanc à la croix lombarde rouge, recueille 20 % des voix. Les sondages lui donnent entre 25 et 30% pour les élections de 1992. Ligue autonomiste enracinée par son nom dans l’histoire et le souvenir de la Ligue lombarde médiévale (union des cités lombardes guelfes, avec le Pape, contre l’Empereur).

Sur un tempo de mazurca, « Lombardia », l’hymne officiel de la Ligue, commence ainsi : « La sorgiss sui bricch de cristall / L’acqua ciara che scorr in di vall »...

 

[Chaque année, Bossi et ses « chemises vertes » vont recueillier au pied de ces sommets enneigés l’eau claire du Pô naissant, et vont descendre la vallée, de ville en ville, jusqu’au delta, en consacrant à chaque étape l’eau sacrée de la « Padanie » ! . R.M »

 

Les occitanophones trouveront à ces parlers nord italiques un air de famille. Mais pour l’heure, la promotion du « Lumbard » n’est guère la visée de la Ligue. Ce n’est pas dans le dialecte, vivant encore et même en ville, que veut s’enraciner la Ligue. La diglossie est forte, et depuis que Manzoni, en balance entre italien et milanais pour écrire ses « Promessi sposi », choisit l’italien, le dialecte, sentimentalement accueilli, n’a jamais été vraiment revendiqué en Langue.

Une enquête sociologique récente montre que dans les électeurs de la Ligue, nombreux sont ceux qui votent pour la première fois, ils sont « tifosi » (supporteurs) du football, télédépendants, peu scolarisés. Mais la Ligue touche aussi artisans et patrons, et a des soutiens forts dans la bourgeoisie. Les ambitions de ce courant national-populiste de droite, qui bien sûr se dit apolitique, est de rassembler les déçus de la D.C et de la Gauche, prolétaires et bourgeois, paysans et urbains, dans un « qualunquisme » (poujadisme à l’italienne) revivifié par le sentiment « national »lombard.

Le sénateur Bossi, chef historique de la Ligue, appelle au refus de l’impôt par les Lombards : « Noi Lumbard, cosi ricchi, cosi sfruttati » (« Nous Lombards, si riches, et si exploités »…). Unie dans la Ligue Nord avec les Ligues sœurs de Piémont et de Vénétie, la Ligue lombarde prépare la république du Nord, dont la capitale sera Mantoue, la cité la plus riche d’Italie pour le revenu par tête.

Ainsi le Nord riche et productif sera séparé du Sud assisté et mafieux. La Ligue Nord prépare sa banque, avec des milliers d’actionnaires espérés dans les milieux de l’industrie et de l’artisanat : institut de crédit géré selon des critères autonomistes « per la gente che è stufa du Roma ». Avec le soutien de secteurs troubles (télé, presse populaire, porno), la Ligue a sa radio, prépare sa télé.

 

[Il y a presque 20 ans, nous attirions l’attention sur ce phénomène que bien des observateurs français rangeaient seulement au rayon des mouvements régionalistes poussiéreux et folkloriques. Il est évident aujourd’hui que, à la différence du « bouffon » Berlusconi qui surfe sur une opinion dépolitisée et gavée de télé aux ordres, Bossi et la Ligue ont réalisé une vraie percée politique, avec une analyse et un projet dont ils n’ont pas déviés. Leur enracinement interclassiste vient récemment de faire basculer une bonne partie du vote ouvrier du Nord de leur côté. Ainsi Berlusconi est flanqué de deux Droites bien différentes : d’un côté les ex-néo fascistes, reconvertis dans une droite classique et respectable, de l’autre ce très inquiétant phénomène politique sans véritable équivalent en Europe. R.M]

 

Une affaire à suivre pour les tenants de l’axe Barcelone-Milan.

 

René MERLE

 

[Cet article m’avait marqué par l’articulation histoire/actualité, culture/politique et cette démarche, qui avait pu éclairer avant d’autres le tournant de l’Italie de 1990, continue d’être féconde, pour réfléchir aux deux histoires de la France et de l’Italie. Oui, Bossi a su jouer en fin politique entre le possible et le souhaitable. Il a su tenir ses positions malgré ses compromis avec Berlusconi et il a su convaincre moins par les médias chers au grand Silvio, que par l’action à la base. Et l’article a su également articuler le vide que laissait le PCI – un vide devenu précipice – et les réponses négatives qui germèrent sur ce néant. La phrase est connue : la politique a horreur du vide, en conséquence la responsabilité de chaque organisation est à la fois une responsabilité vis-à-vis d’elle-même, et vis-à-vis de l’histoire globale. Ainsi l’Italie qui lutte – et elle est toujours là – se retrouve politiquement sans appui. Pour une théorie de l’alternative le va et vient Paris-Rome, Marseille-Milan, Turin-Lyon me semble plus formateur que jamais. J-P. D.]

 

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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 20:59

 

Les résultats des élections italiennes furent éclipsés par les bombes dans le métro de Moscou. Heureusement Denis Collin a eu l’utile idée de nous en donner un aperçu avec ses riches commentaires (voir site La Sociale). Pour ma part je voudrais revenir sur des aspects plutôt marginaux et en premier sur la question des Verts. J’étais en Italie au moment du dernier congrès de ce parti où contre toute attente le modèle « Cohn-Bendit » renversa la majorité. Malheureusement pour les Verts l’effet électoral fut totalement désastreux ! Une grande partie de l’aile gauche battue quitta les Verts et décida de continuer son rapprochement avec Socialisme Ecologie et Liberté (SEL) de Nichi Ventola qui a conservé la présidence de sa région des Pouilles (un militant qui vient de l’extrême-gauche). Le SEL récupère les maigres forces des Verts italiens soit 18 sièges (2%) tandis que la Fédération des Verts en perd 14 et n’a plus, dans toute l’Italie, que deux élus (0,5%) ! Dans la région de Marche le SEL a fait alliance avec Rifondazione communista où ils ont obtenus 7 % (sans doute ont-ils été rejeté par la gauche qui y reste triomphante)

Alors que le combat écologiste semble international par excellence, nous vérifions aisément que le phénomène Europe Ecologie est un phénomène franco-français, or c’est un courant qui pour l’essentiel rejette la question nationale ! En conséquence il faut chercher au sein de notre pays les raisons qui ont fait se rencontrer un électorat et l’appel à « sauver la planète ». Cohn-Bendit l’a bien compris il s’agit seulement sous l’habit écolo de réussir ce que Bayrou a raté.

Il y a un phénomène italo-italien : c’est le mouvement du juge Di Pietro, L’Italie des valeurs (IDV), qui avec un gain de 39 sièges obtient le meilleur gain de tous les partis (juste devant la Ligue du Nord qui gagne 32 sièges surtout dans le Nord mais qui a 12,5% alors que l’IDV arrive à 7%).

En Italie on vote à la fois pour une coalition et ensuite pour des partis à l’intérieur des coalitions ce qui permet d’analyser le rapport de force général entre les deux courants dominants mais aussi les évolutions internes à ces courants. Donc on constate que face aux trente sièges de perdus pour le Parti Démocratique (PD), les 39 sièges gagnés par l’IDV sont le signe d’une recomposition à gauche d’autant que l’extrême gauche en perdant 38 sièges se retrouve avec seulement 10 élus et continue en conséquence son auto-destruction. Di Pietro, ancien juge de l’opération Mains propres des années 90, est parfois considéré comme le populiste de gauche quand Bossi de la Ligue du Nord serait celui de la droite, et leur succès pourrait être mis sur le dos d’une évolution générale du pays vers toujours plus de populisme. Je ne partage pas exactement cette analyse. Le succès de son mouvement, né de rien, correspond davantage au vide que laisse le PD et son discours toujours plus sage, conventionnel et ordinaire. L’Italie qui lutte, et elle existe cent fois plus qu’on ne l’imagine, ne peut se retrouver dans une stratégie toujours plus centriste du PD (il avait pourtant organisé des primaires pour choisir son dirigeant et devait en tirer un dynamisme tout neuf) et l’IDV devient alors un vote refuge. Dans la plupart des régions il a fait alliance avec la gauche mais pas en Calabre.

Si le cas Di Pietro est un phénomène italo-italien, il n’en demeure pas moins que son combat met le doigt sur un point global qui reste un point aveugle de la gauche : comment penser politiquement les mafias ? Et cette question vaut celle sur « sauver la planète » !

8-04-2010 Jean-Paul Damaggio

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 15:43

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Voici un compte-rendu d’un livre qui vient de paraître et qui propose un panorama le plus vaste possible des féminismes italiens. Manifestement, le sort que Berlusconi réserve aux femmes incite le mouvement féministe à une sorte de bilan. L’auteur, Miriam Mafai est une féministe.

Article de Repubblica – 10 mars 2010 page 56 section : CULTURE (traduction Monique Pettiti)

Enfin une femme, qui, contrairement à ce qui nous est normalement proposé, ne nous offre pas l’habituel panorama alliant grotesques et lamentables faits d’italiennes aux éternelles défaites, humiliées au travail et en famille, maltraitées et mal payées, victimes de violence à la maison et à l’extérieur, et, si elles sont jeunes, aspirantes “vélines”[1]. Enfin . Et c’est une femme, Luisa Muraro, une des plus influentes représentantes de la pensée féministe parmi les fondatrices de la communauté philosophique Diotima, qui interviewée par Anaïs Ginori, n’hésite pas à faire une inhabituelle, voire une courageuse profession d’optimisme : “la société italienne” dit-elle, “est un extraordinaire laboratoire de la liberté féminine. Les rapports avec les hommes changent, entre femmes, avec le travail, la sexualité. Deviennent-elles instrumentalisées par les partis ? Peut-être. Elles sont trop timides face aux médias de la télévision ? Peut-être. De toute façon, en tout cela s’exprime le tourment d’une société qui change et fait de la place aux femmes”. Luisa Muraro a raison. Notre société traverse une profonde mutation. Le changement a pris les formes de mouvements de l’affirmation constitutionnelle de l’égalité des droits, il s’est nourri d’une série de batailles populaires et de nouvelles lois, avec le mouvement féministe se développant de la fin des années soixante jusqu’à nos jours. Une “extraordinaire marée”, dit Luisa Muraro. Qui n’a pas été réabsorbée. Les femmes ont changé. Et elles changeront encore : en mettant en discussion les modèles traditionnels et en modifiant les rapports entre hommes et femmes, dans le travail, dans la société, en famille. Anaïs Ginori nous offrent un portrait de beaucoup de ces femmes (Penser l’impossible, femmes qui ne se rendent pas, avec la préface de Concité de Gregorio, Fandango, pagg.155, euros 14). Entendons-nous bien : il ne s’agit pas d’un livre édifiant ou consolateur. C’est tout autre chose, parce que Ginori ne nous épargne pas des histoires d’humiliations et d’échecs, et n’hésite pas à nous raconter les difficultés et les pièges que toutes ont rencontrés sur leur chemin. Et elle n’hésite pas à nous raconter aussi, parfois, leurs défaites. Par exemple, on lit l’histoire de Valentina Maran et de son spot pour un gel intime, avec un personnage principal qui exhibe un cul marmoréen en premier plan, et une inexplicable joie existentielle, en s’éclaboussant d’eau dans un bidet froid avant de sortir. “Ce spot pour un gel intime qui tourne encore sur toutes les chaînes est de ma faute”, raconte Valentine. “Mais seul Dieu sait si je n’ai pas essayé de faire quelque chose de vrai”. La publicité, avec la tv, reste surtout le lieu privilégié, non de l’exaltation mais de l’humiliation du corps féminin (et, peut-être aussi, du désir masculin). Lorella Zanardo est la première femme (master en Business Administration, manager Univeler, consultante de l’UE) qui, à un certain moment, a décidé de mettre entre parenthèse son travail pour s’occuper de tétés et de couches. Elle a examiné quatre cents heures de programme Rai Médiaset pour un documentaire intitulé le corps des femmes qui se conclut avec l’image d’une fille pendue à un crochet et marquée sur les fesses comme un jambon. Le documentaire, depuis de nombreux mois sur son blog, a provoqué un grand mouvement de protestations qui a été remis également sur la table du président de la commission de Vigilance de la Rai. Dans une telle recherche, intitulée aux “femmes qui ne se rendent pas”, il ne pouvait pas manquer un colloque avec Emma Bonino, actuelle candidate à la présidence de la Région Lazio [élections le 28 mars pour la région de Rome], actrice de la bataille pour la loi sur le divorce et celle pour la loi 194 : ni une rencontre avec Sofia Ventura, la philosophe et politologue qui avant de créer “Futuro”, revue à droite sur les ondes, a tiré à blanc contre le phénomène des “vélines” choisies par Berlusconi comme candidates aux Européennes, ni une rencontre avec Danièla Del Boca, qui étudie les problèmes du travail et de la famille, qui dénonce la rhétorique du “family day” et la réalité d’un pays comme le nôtre, qui distribue aux familles des ressources publiques qui sont la moitié de celles des autres pays européens. Femmes qui ne se rendent pas, comme les étudiantes romaines qui se définissent “les maléfiques” et qui il y a deux mois ont organisé à Rome une manifestation avec le mot d’ordre “Réappropions-nous la nuit”. Peut-être qu’elles ne savent pas qu’à la fin de 1976 des milliers de femmes se donnèrent rendez-vous à Rome pour une manifestation avec le même mot d’ordre. Peut-être, donc, Luisa Muraro a raison : le mouvement féministe n’a pas disparu, il est seulement submergé. Peut-être qu’il est sur le point de reémerger. Ce serait un bien pour tout le monde. Miriam Mafai



[1] Nous reprenons le mot italien dans l’attente d’une traduction qui puisse nous satisfaire.

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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 20:51
Le film "'Agora" a lancé l'intérêt pour Hypathie. Voici une traduction de la préface du livre qui a permis le film que nous devons à Monique Pettiti que nous remerçions beaucoup.

Hypathie, l'histoire de la première diplômée scientifique victime du fondamentalisme religieux

 

Grâce à l'aimable concession de l'éditeur, nous publions la préface de Marguerite Hack au livre « IPAZIA, vie et rêves d'une scientifique du 4ème siècle après Jésus Christ » d'Antonio Colavito et Adriano Petta (La Lepre Edizioni) en librairie depuis le 20 octobre.

 

« Dans ce roman historique est reconstitué l'environnement et l'époque dans laquelle a vécu la première femme diplômée en sciences dont la vie et l'œuvre nous ont été transmis par de nombreux témoignages. Les auteurs ont eu recours à une très riche bibliographie qui permet de faire émerger depuis une époque lointaine de 16 siècles cette figure de jeune femme dans tous ses aspects humains, privés et publics, sa vie quotidienne, ses dialogues avec les gens simples, avec ses élèves, avec les scientifiques.

Hypathie était née à Alexandrie en Egypte aux alentours de 370 après Jésus Christ, fille du mathématicien Teone. Elle fut sauvagement assassinée en mars de l'an 415, victime du fondamentalisme religieux qui voyait en elle une ennemie du christianisme, peut-être à cause de son amitié avec le préfet romain Oreste qui était l'ennemi politique de Cirillo, évêque d'Alexandrie.

Malgré son amitié avec Sinesio, évêque de Tolemaide, qui suivait ses leçons, les fondamentalistes craignaient que sa philosophie néo platonicienne et sa liberté de pensée aient une influence païenne sur la communauté chrétienne d'Alexandrie.

L'assassinat d'Hypathie a été un épisode atroce de ce reniement de la culture et de la science qui avait causé, bien avant sa naissance, dans le courant du 3ème siècle après Jésus Christ, la destruction de l'extraordinaire bibliothèque d'Alexandrie, qui, dit-on, contenait comme 500 000 volumes brûlés par les soldats romains et puis, successivement, le saccage de la bibliothèque de Sérapide. De ses écrits il n'en est rien resté ; par contre, sont restées les lettres de Sinesio qui la consultait à propos de la construction d'un astrolabe et d'un hydroscope.

Après sa mort, beaucoup de ses étudiants quittèrent Alexandrie et commença le déclin de cette cité devenue un célèbre, centre de la culture antique dont la grandiose bibliothèque était le symbole. Le portrait qui nous a été transmis est celui d'une personne d'une rare modestie et beauté, d'une grande éloquence, chef reconnu de l'école néo platonicienne d'Alexandrie.

Hypathie représente le symbole de l'amour pour la vérité, pour la raison, pour la science qui avait fait grande la civilisation hellénique. Avec son sacrifice, commence cette longue période obscure durant laquelle le fondamentalisme religieux tente d'étouffer la raison. Tant d'autres martyrs ont été horriblement torturés et tués. Le 17 février 1600, Giordano Bruno fut envoyé au bûcher pour hérésie, lui qui écrivait : « Il existe d'innombrables soleils, d'innombrables terres tournent autour d'eux, comme les sept planètes qui tournent autour de notre Soleil. Ces mondes sont habités par des êtres vivants ». Galilée, partisan convaincu de la théorie de Copernic, indirectement prouvée par sa découverte des quatre plus grands satellites de Jupiter, fut contraint d'abjurer.

Le fondamentalisme n'est pas mort. Encore aujourd'hui, on tue et on y fait tuer au nom de la religion. Même dans nos pays civilisés et matérialistes, ont lieu d'absurdes manifestations d'obscurantisme, comme dans quelques états de la très civilisée Amérique dans laquelle on interdit d'enseigner, dans les écoles, la théorie de l'évolution de Darwin et on impose l'enseignement de la création. Sur ce chemin du retour au moyen âge, s'y est mise même notre ministre de l'instruction (ou bien nous devrions dire de la destruction ?) en tentant d'effacer la théorie de Darwin à l'école élémentaire et au collège. Pourquoi ? Par ignorance ? Pour faire plaisir à une Église catholique qui ne me semble plus engager ces batailles perdues d'avance.

Cette histoire romancée, mais vraie d'Hypathie, nous enseigne aujourd'hui combien peut être opiniâtre la haine pour la raison, le mépris pour la science. C'est une leçon à ne pas oublier, c'est un livre que tous devraient lire. »

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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 10:46

 

Avec Enzo Barnaba nous avions évoqué cette question d’Italiens victimes d’une « ratonnade » en 1893 à Aigues-Mortes qui vient de faire l’objet d’un livre d’un historien français bien connu : Gérard Noiriel : Le massacre des Italiens, Aigues-Mortes, 17 août 1893, Editions Fayard 294 pages, vint euros.

A ce jour nous n’avons pas lu ce livre mais nous n’y manquerons pas afin de confronter les deux démarches et de mieux articuler, ce que cherche à faire le livre de Noiriel : devoir d’histoire et devoir de mémoire. J-P D.

Le dessin est paru sur Le Monde Illustré de 1893 et rappelle qu’à l’époque le fait fut très médiatisé.aigues-mortes.jpg

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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 22:51

Le film Agora qui présente Hypathie renvoie, même si ce n’est dit par personne, au travail savant de l’italien Adriano Petta dont nous vous donnons la traduction d’un article dans Il Manifesto au sujet d’un autre des livres de sa trilogie. Merci à la traductrice Monique Petitti.

 

Est-ce encore le temps de « l'hérésie » ?

De Massimo De Feo – le Manifeste – 27.02.2006

 

Nous avons rencontré ADRIANO PETTA à la librairie Odradek à la fin de la présentation de la nouvelle édition de son premier roman historique « Hérésie pure ».

(Stampa Alternativa – Collana « Eretica speciale » 318 pages € 13 – ISBN 88-7226-904-0)

 

Adriano, pourquoi une nouvelle édition de ton essai-roman-historique ?

 

Sous la conduite virulente , mais lumineuse d’Anna Saleppichi de la Stampa Alternativa, j’ai limité le roman…en lui enlevant quelques aspérités et quelques prédictions de trop. J’ai réinséré, par contre, quelques morceaux présents dans l’édition originale, quand il a été publié, pour la première fois par les Éditions EDIS en 1996 avec le titre La voie du soleil… mon titre. Une iconographie, qui illustre les lieux et les personnages de l’histoire en question, clôture le livre.

 

 

Tu l’as écrit, il y a presque vingt ans : les thèmes de cette œuvre sont-ils encore d’actualité ?

 

Toujours plus… malheureusement. Le thème fondamental de l’Hérésie pure est la lutte d’un homme pour la liberté de pensée, la bataille d’un scientifique médiéval pour diffuser les clés du savoir (l’art de l’imprimerie, les numéros indo-arabes, le système astronomique héliocentrique), la Connaissance comme instrument d’émancipation, de liberté. Et pour ces motifs, on était alors brûlé vif. Aujourd’hui, qu’il est pratiquement impossible de garder caché le Savoir aux peuples… on crée un moyen plus facile que la diffusion et la consommation du livre : la télévision, on la manipule, on l’assouplit, on la domestique… et en faisant ainsi, on domestique les gens, leur anxiété de vérité. Ce n’est pas un hasard si en Europe, le peuple qui possède une justice sociale la plus connue est le peuple français… Il est le premier à lire des livres et le dernier à regarder la TV, exactement en antithèse du nôtre : nous sommes les derniers à lire des livres et les premiers à regarder la TV. Et ce n’est pas un hasard que la transmission télévisée la plus suivie en France dans les 25 dernières années ait été Apostrophes (une transmission sur des livres !)… pendant que dans les 25 dernières en Italie, ait été le Procès du Lundi de Biscardi… toutes sortes d'infamie sur le football.

 

Adriano, crois-tu vraiment que les livres comme « Hérésie pure » puissent, en quelque sorte, contrarier l’opération d'aliénation d’une certaine TV ?

 

Pour des gens comme nous, je crois qu’ils représentent une fragile espérance, fragile oui…mais vitale pour des auteurs comme moi-même et surtout pour des éditeurs courageux comme Marcello Baraghini de Stampa Alternativa qui publient des livres de poids (de poids : qui ne sont pas faciles, qui dérangent, qui traitent de la liberté de pensée, du mensonge ou au moins de la relativité de l’histoire, la nature et la vie du pouvoir, la justice…et non la solidarité ou la charité !), livres à utiliser comme une hache pour la mer de glace qui est à l’intérieur de nous…et qui doivent fouetter les gens pour se réapproprier du bien le plus grand que Mère Nature nous ait fourni : l’usage de la Raison. Mon éditeur a publié Hérésie pure justement dans la colonne « Hérétique spéciale »… créée « contre le sens commun de la pudeur, contre la morale codifiée, contrecourante et qui veut abattre les murs éditoriaux qui, encore, séparent et cachent ceux qui n’ont pas de voix : soit les murs d’une cellule de prison ou ceux, encore plus invincibles et résistants, ceux de la honte et du conformisme ».

 

Quand a jailli l’étincelle de « Hérésie pure » ?

 

Un jour je visitais le musée de Gutenberg à Mainz, en Allemagne, et je découvris que l’art de l’imprimerie –au lieu de l'an 1450- avait été inventé 300 ans avant JC, en Corée. Je compris que quelqu’un –aux peuples de toute la Terre- avait volé 1800 ans de chemin, de progrès, de nouvelles espérances. Je me promis que je découvrirais qui, comment et où…

 

Le « pourquoi » était-il d’empêcher que l’homme se nourrisse de Savoir et de Connaissance…pour pouvoir facilement dominer ?

 

C’est exactement cela. Au début du livre, j’ai cité une pensée d’Erich Fromm qui resta gravée dans mon esprit… et que j’espère restera marqué au fer rouge dans celui de mes lecteurs : tous les martyrs de la foi religieuse, de la liberté et de la science ont dû désobéir à leur propre conscience, aux lois de l’humanité et de la raison. « L’être humain capable seulement d’obéir et non de désobéir est un esclave ».

 

A moi, par contre, une pensée de ton Giordano Nemorario m’est restée imprimée : « Alors que mon esprit explore et apprend, j’ai vaincu l’esclavage ». Adriano, pour conclure : ne crois-tu pas que des concepts tels que la liberté qui grandit avec la connaissance… sonne un peu vieillot dans ce monde globalisé, internetisé et massifié ?

 

J’ai puisé cette histoire dans la poussière lumineuse des bibliothèques de la moitié de l’Europe, j’ai raclé le sang caillé sur les tombes d’innocents massacrés à cause de leur croyance, j’ai creusé dans les cendres des bûchers des philosophes et de scientifiques qui se sont immolés pour ne pas renier le souffle de leur Raison. Et j’ai choisi d’écrire la biographie de Giordano Nemorario au moyen d’un roman, en premier lieu, non seulement parce que cela me convient… mais aussi parce que le feu de mon encrier éclate dans le sang des gens simples. Je crois que –aujourd’hui plus que jamais- l’homme a surtout besoin de justice : quand il l’aura conquis, tout ce qu’il y a en lui de religieux et de force, de bonheur et de génie, exultera au soleil…

 

Massimo De Feo – Le Manifeste 27.02.2006

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