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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 22:06

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Le 17 avril 1934 Paris Match se définit comme le plus grand hebdomadaire sportif et il consacre un bel article à Mussolini. Je vous l’offre pour vous aider à digérer les futures festivités. Oui, j’aime le sport mais il y a sport et sport. Des J.O on retient souvent le cas de 1936 à Berlin. Alors il faut reconnaître le cas de l’échec des J O alternatifs de Barcelone. Il n’y a pas d’alternatives aux J.O. même quand on aime le sport. Vous saisissez ?

1934, après dix ans de fascisme, le régime italien est le « système politique, éthique et social » qui fait un beau modèle. Tout est faux dans cet article : c’est du dopage garanti ! Je l’affirme clairement : le fascisme d’aujourd’hui se cache beaucoup plus dans les J.O. (dans certains aspects des J.O.) que dans les discours de Marine Le Pen.

Je vais attendre la fin des J.O. avant de reprendre mes activités de blogueur.

JP Damaggio

 

 

"Giovanezza Giovanezza, Primavera di bellizza ! »

(Jeunesse, jeunesse ! Printemps de beauté.)

TEL est le refrain de l'hymne enthousiaste qui retentit à toute occasion dans tous les coins de l'Italie nouvelle, refrain que des foules ivres d'orgueil et de reconnaissance viennent clamer sous les fenêtres du Palais de Venise quand elles souhaitent y voir apparaître leur Duce, car elles savent bien que ce chant est celui que Mussolini préfère, celui qui synthétise un système politique, éthique et social, par lequel il façonne à son gré, au triple point de vue physique, viril et moral, sa jeunesse, sa relève de demain, jeunesse qu'il aime et qu'il- surveille avec un intérêt passionné.

*

Mussolini sportif ? Oui, certes, car rien de ce qui touche à l'éducation physique et sportive ne le laisse indifférent : Balillas, oeuvre grandiose qu'animent près de quatre millions d'adolescents disciplinés et ardents ; Dopolavoro, pour les loisirs des travailleurs ; Sociétés variées de gymnastique et de sport : Palestres, Campi Sportivi, Colonies de vacances, etc., le Duce ne cesse de stimuler et d'encourager de mille manières ces créations diverses, mais il fait mieux encore : il paie d'exemple. Ah ! sans doute, n'a-t-il pas la prétention d'être un champion, mais qu'importe ? il pratique. Comment, en effet, oser prôner les bienfaits du grand air, de la vie musculaire, de la sobriété, lorsque l'on est soi-même un sédentaire endurci, un inactif, un intempérant ? Faites à ce propos votre mea culpa, « dirigeants » de notre pays, et ne vous étonnez pas d'être parfois si peu ou si mal suivis, vous qui méconnaissez trop souvent cette vertu souveraine : l'exemple. Fils d'un humble forgeron de la Romagne, Mussolini a-t-il dans le sang un amour atavique pour les rudes métiers manuels ?

On peut le croire, en le voyant souvent, au cours de ses inspections de «capo del governo », et avec une joie qui n'est point ostentatoire, battre encore l'enclume ou saisir le manche de la charrue. Mais Mussolini éprouve aussi le besoin d'équilibrer, de compenser son immense labeur cérébral par une salutaire dépense d'énergie physique.

*

Quels sont ses sports de prédilection ? Tous et aucun. Cela dépend des circonstances, de l'humeur du moment. Il est parfaitement éclectique : l'été, la natation ; l'hiver, le ski ; souvent aussi de rapides marches en extension le long de quelque grève balayée par les vents du large ; parfois encore, ce sont de grandes bolées d'oxygène, aspirées à toute vitesse, dans une randonnée faite à motocyclette..: D'instinct et très justement, Mussolini devine que pour un homme ayant dépassé, comme lui, la cinquantaine, ce qui importe avant tout, en matière d'entretien physique, c'est de « produire du travail » — au sens mécanique du terme — en utilisant des activités dérivant autant que possible d'exercices naturels de déplacement.

Dans le cours ordinaire de son existence, levé dès six heures quotidiennement, dans les jardins de la villa Torlonia, son habitation romaine, le Duce se livre de bonne heure à quelque pratique gymnique. Très fréquemment, il monte à cheval. Vigoureux cavalier, il aborde hardiment les gros obstacles.

Puis, il se rend au Palais de Venise qu'il ne quitte plus guère jusqu'au soir, et je n'ai pas besoin de vous dire qu'il y est fort occupé.

On m'affirmait récemment, en Italie, que Mussolini avait une habitude parfaitement hygiénique, rentrant dans le cadre de la vie; physique : il déjeune à midi, dans son bureau même, de quelques fruits seulement, et il s'accorde alors une heure de repos et de complet isolement. Vie intense, mais vie simple et bien rythmée. Vie féconde.

D. Strohl.

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 17:03

L’été laisse parfois le temps de mettre un peu d’ordre dans sa vie. Quelques coïncidences viennent de me permettre de ranger correctement ces quatre italiens aux multiples points communs. Le premier tient-il à leur jeunesse passée au Parti socialistes italien ? Et le deuxième à la même fin, l’assassinat ?

Ils auraient pu être dans l’ordre chronologique si le fondateur du parti fasciste, en 1921, n’avait pas contribué directement ou indirectement à la mort des trois autres.

Giacomo Matteotti, né en 1885 meurt à l’âge de 34 ans.

Antonio Gramsci, né en 1891 meurt à l’âge de 46 ans.

Carlo Rosselli, né e 1899 meurt à l’âge de 38 ans.

Benito Mussolini né en 1883, meurt à l’âge de 62 ans.

Quatre hommes pour l’Italie et pour une grande histoire et d’immenses trajectoires. Le drame, d’où le succès mondial en littérature, du roman, c’est quand on arrête le temps. Pour aucun de ces quatre le temps ne s’est posé, disons plutôt qu’il les a emportés et que donc, il ne peuvent être jugés ni, sur une photo, une date ou un écrit. Ils sont la trajectoire à laquelle nous n’échappons pas.

 

Parlons comme la droite ?

Oui, Mussolini que je retrouve dans le roman Canal Mussolini, venait du socialisme et ajoutons même du socialisme de gauche. Arrivant au pouvoir, il fait assassiner un homme exclu comme lui du Parti socialiste italien, mais pour être un socialiste de droite ! Giacomo Matteotti est obligé de créer un nouveau parti en 1922, le Parti socialiste unifié (PSU), parti que rejoindra ensuite, et un temps bref, le socialiste atypique que sera Carlo Rosselli. Pour sa part Gramsci quittera le PSI en 1921 pour créer le Parti communiste. Au départ les antifascistes ont cru que le phénomène fasciste était en relation avec les caractéristiques de l’Italie puis est arrivé Hitler. Alors la réflexion a dû s’élargir.

 

Parlons comme la mort ?

Gramsci que je retrouve dans le livre Guerre de mouvement et guerre de position est enseigné dans les universités du monde entier mais peu en France. Marxiste bien connu, il a été obligé d’être marxiste face au fascisme. Alors il a continué le Marx du 18 Brumaire et est passé du césarisme au fascisme à travers le bonapartisme. Le césarisme serait alors un équilibre aux deux faces (la réactionnaire et la progressiste) entre pouvoirs opposés incapables de gagner. L’un, Napoléon 1er pouvant pencher vers les soutiens à la révolution et l’autre Napoléon III pouvant pencher vers les soutiens à la contre-révolution. Et le fascisme dans tout ça ? Il met à l’ordre du jour cette question : et la liberté camarade ? Et la liberté y compris en URSS ?

 

Parlons comme la vie ?

Rosselli, je le trouve dans le livre Socialisme libéral et autant que son compatriote Gramsci il est oublié en France. Sa critique très radicale du marxisme, à partir de l’analyse du marxisme, évoluera entre 1930 et 1937 comme évoluera la position des partis communistes qui le traitèrent de valet du capitalisme avant de le compter parmi les meilleurs antifascistes. Tous doivent beaucoup… à Mussolini qui a obligé à revoir les hiérarchies établies !

 

Parlons comme l’Italie ?

Le fascisme est-il né en Italie ? Ou l’Italie a-t-il seulement été le pays capable de donner un nom à ce phénomène inhérent à la vie sociale dans un univers en quête de démocratie ? Pour moi, le fascisme est né politiquement avec le coup d’Etat du futur Napoléon III en 1851. Le fascisme n’est possible que quand la démocratie est à l’ordre du jour, car il en est la face noire. Mussolini a célébré la victoire de Lénine, comme Lénine vieillissant a célébré la victoire de Mussolini en 1922. Le fascisme n’est porté par aucun parti : il est de tous les partis ! Croire comme au départ, qu’il est transitoire, passager, c’est croire que la démocratie elle-même est passagère ! Or, il n’y a de démocratie possible que par la lutte en faveur de la démocratie (toute démocratie figée est perdue d’avance) donc le fascisme trouve là (dans cette lutte pour la démocratie) l’aliment de sa perpétuation.

 

Parlons comme le monde ?

Les quatre italiens que je mets dans l’ordre, représentent tous les cas de figure de l’intelligence politique avec Machiavel en toile de fond. Entre tous, les ponts ne manquent pas. Rosselli et Gramsci ? Tout les oppose, pourtant un homme les tient ensemble : Pierro Sraffa, et la guerre d’Espagne, où Rosselli retrouve l’expérience de l’Ordine nuovo cher au Gramsci de 1920. Le plus grand ami de Rosselli était un Sarde comme Gramsci. Matteotti et Mussolini ? Tout les oppose pourtant ils ont rêvé l’Italie nouvelle et nous dirons que la conjoncture a favorisé l’une plus que l’autre. Matteotti et Rosselli ? Alors il faut aller voir du côté de Mazzini cet autre Italien européen que j’ai découvert la première fois en lisant Mary-Lafon.

 

Le fascisme n’est pas aussi simple que l’extrême-droite !

Au moment même où je découvrais que les assassins d’extrême-droite (la Gagoule) de Rosselli s’étaient divisés sous l’Occupation, les uns se donnant cœurs et âmes aux Nazis, et les autres entrant dans la Résistance par esprit anti-allemand, René Merle faisant l’inventaire de lectures autour de l’an 1940 observait également que des membres de l’extrême-droite (rare c’est vrai) avaient pu rejoindre les maquis. En 2012 en France, je sens un fascisme rampant là où on l’attend le moins, autant que là où on l’attend le plus. Lire les trois livres que je viens de mentionner me permet de mieux comprendre que les classifications politiques établies ne sont plus que l’ombre de lumières perdues. Jean-Paul Damaggio

Livres :

Antonio Gramsci, Guerre de mouvement et guerre de position, Textes choisis et présentés par Razmig Keucheyan, La Fabrique, 2011

Carlo Rosselli, Socialisme libéral, traduction et présentation de Serge Audier, Au Bord de l’eau, 2009

Antonio Pennacchi, Canal Mussolini, roman, Liana Levi, 2010

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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 15:38

Les critiques du spectacle de Stéphane Braunschweig à Avignon au sujet de Six personnages en quête d'auteur  portent souvent sur l’intrusion du réel d’aujourd’hui, sur la scène. Le titre du Monde est clair : Six personnages englués dans le réel, comme la conclusion : « Les interrogations sur les allers-retours entre le théâtre et la vie, le réel et la fiction n'y prennent pas vraiment corps, parce qu'il y a justement trop de réel, de quotidien, sur le plateau, et pas assez de théâtre. »

Trop de réel ?

Libération en rajoute avec cette autre conclusion :

« Ces gens parlent sans cesse de «désir», de spectacle «plus réel, plus frontal, plus radical», de Facebook et de reality show, de la critique qui les attend au tournant. Petites scènes jargonnantes du narcissisme théâtral : de la discussion de bistrot entre intermédiaires culturels jusqu’au débat de publicité sociologique sur France Culture. Ça se veut distancié, ironique ; ça ne marche pas. Le metteur en scène a commis une faute, il s’est pris pour l’auteur. Si bien que, dans la dernière scène, quand le décor s’écroule et qu’apparaît un Pirandello ridicule, masqué, armé, tuant pour de faux le metteur en scène de la pièce, c’est Braunschweig, se dit-on, qui, pour de vrai, s’est tiré une balle dans le pied. »

Jack Dion de Marianne est plus enthousiaste mais tout de même, il note :

« Reste que l’on se retrouve avec des allusions un peu lourdes à l’univers de Facebook et à la dérive télévisuelle qui donne aux gens l’illusion de ne commencer à exister qu’à partir du moment où ils passent sur le petit écran, devenu la norme suprême de l’existence sociale. On n’est pas sûr que ces considérations constituent un véritable enrichissement d’un texte qui se suffit à lui-même. »

Et même le plus enthousiaste, Le Figaro, ne peut s’empêcher de noter, toujours en conclusion :

« Si l'on fait abstraction de quelques éléments censés moderniser le texte - smartphone et Facebook -, on a affaire à un spectacle audacieux, intelligent, souvent drôle, qui ne peut laisser indifférent et suscite forcément la réflexion. »

 

N’est-il pas étrange ce reproche unanime bien qu’involontaire et divers ? Facebook serait donc devenu un mot grossier sur une telle scène à partir du moment où l’auteur en montre l’aspect dérisoire ? Imaginons une pièce de théâtre sur la commercialisation de l’amitié et déduisons-en qu’elle soulèverait un tollé ! Facebook, phénomène de société (la preuve cette compagny est en Bourse) serait si mal venu dans une pièce qui se veut une critique du spectacle ? Observons que la présence d’un autre mot aurait pu susciter la même désapprobation, mais on a préfèré l’oublier : Sofitel.

 

Dans la pièce, la référence à Facebook s’inscrit dans une logique globale qu’il est sans doute plus difficile de questionner, que de dénoncer.

 

Pirandello, sa vie durant, a été obsédé par ce rapport entre la vie et le réel, entre l’auteur et le personnage, entre Un, personne et cent mille. S’il lui est arrivé de présenter au début de sa vie des personnages en quête d’un auteur, il a fini aussi par présenter un auteur en quête d’un personnage dans Quand on est quelqu’un (1933).

Qui cherche-t-on quand on se précipite sur le miroir Facebook, sur cette collection d’amis à bon marché ?

 

Pirandello savait Mussolini avant l’arrivée de Mussolini aussi, il le savait encore mieux pendant ses spectacles où nous avions des millions de personnages en quête d’un maître.

Le texte qui m’a rendu pirandellien est un discours de Luigi le 3 décembre 1931 à l’Académie royale d’Italie pour célébrer Giovanni Verga. Devant l’officialité fasciste rassemblée il a dénoncé la rhétorique portée par D’Annunzio, au profit du « réalisme » cher à Verga. Encore la Sicile contre l’Italie du nord ? Tout n’est que fiction mais attention, la fiction n’est pas tout ! « Le style des mots » contre le « style des choses » ! Et ce face à face explicitement présenté, chacun pouvait se souvenir que l’Italie était depuis toujours double, chacun ayant un camp à occuper. Pirandello étant du côté du style des choses. Il est explicite : « Dante et Pétrarque ; Machiavel et Guichardin ; L’Arioste et Le Tasse ; Manzoni et Monti ; Verga et D’Annunzio. »

Ce qui n’empêche pas Pirandello d’être subtil. Le jeune Verga était lui aussi du côté du style des mots.

Et ce style des choses a une conséquence en matière d’usage de la langue : « Chez les uns, c’est la langue comme on la compose, la langue écrite : « littéraire ». Chez tous les autres règne une saveur idiotique, dialectale, à commencer par Dante qui dans les dialectes justement, mais non dans celui-ci plutôt que celui-là, voyait le fondement de la langue vulgaire. »

 

Ai-je oublié la référence à Facebook dans la pièce de Stéphane Braunschweig ?

Facebook, ce n’est pas pour moderniser le texte, c’est pour, volontairement ou i volontairement dénoncer encore et encore, le style des mots… à prix bradés !

Jean-Paul Damaggio

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 14:25

pirandello.jpg

 

L’homme, assis à la table de ce restaurant où il consulte le menu, c’est l’acteur qui arrive en retard à « la répétition », dans la pièce qui se joue juste à côté, au cloître des Carmes. Je sais à présent pourquoi il arrive en retard… Avec quelques autres ils hésitent à jouer la pièce prévue quand tout à coup six personnages en quête d’auteur font leur entrée au milieu de leur « répétition ». L’homme, assis à la table de ce restaurant, deviendra même dans la pièce, un auteur potentiel de la pièce… Mais où sommes-nous donc ?

 

En 1990 mon été était paisible et j’ai pu me payer le luxe de me lancer dans l’étude de la langue italienne en compagnie d’un des écrivains qui m’a marqué le plus : Sciascia qui venait de mourir en novembre 1989. Par ce Sicilien j’ai découvert l’autre Sicilien, Pirandello, dont les éditions Folio venaient en mars d’éditer : Ecrits sur le théâtre et la littérature (livre qui contient une préface de Six personnages en quête d’auteur). La publication en édition bilingue de Nouvelles pour une année m’enfonça définitivement dans le pirandellisme. J’ai poussé la folie jusqu’à acheter les 1500 pages de lettres de Pirandello à son amour, Marta Abba. Pirandello a été Prix Nobel de littérature en 1934, du temps du fascisme. N’ayant pas eu à quitter l’Italie de Mussolini était-il devenu un écrivain du régime ?

 

Avec Marie-France nous avions déjà vu à Avignon, Six personnages en quête d’un auteur, or voilà que le Théâtre de la Colline en proposait une version sur une scène du In. Une semaine avant le début du Festival toutes les places étaient déjà prises mais finalement, à l’ultime minute, après avoir insisté, Marie-France a obtenu les deux billets.

 

A un journaliste de France Bleu recueillant à la sortie des impressions de spectateurs j’ai répondu : « Pirandello vivant ! » et ce fut en effet magnifique. J’avais quelques craintes après avoir lu les présentations dont un entretien avec le metteur en scène Stéphane Braunschweig où il expliquait : « Pour rester fidèle à Pirandello, il fallait le trahir. » De quelle fidélité et trahison s’agissait-il ? « Sa pièce écrite en 1921, porte une charge satirique contre le théâtre bourgeois en vogue à cette époque-là, qui désormais nous apparaît complètement désuet, avec sa hiérarchie des rôles, ses intrigues, ses coquetteries. »

 

L’entrée de l’actualité ne risquait-elle pas de briser l’équilibre de la pièce ? Ce ne fut pas le cas car grâce à la mise en scène il ressort exactement le contraire du spectacle : l’actualité appuie l’équilibre du texte, Pirandello est encore plus présent par quelques allègements de répliques, pour quelques utilisations d’outils technologiques et par ce souci majeur au théâtre : le coup de théâtre qui n’a pas besoin d’être l’apparition d’une femme ou d’un homme nu, ou la vue du sang qui coule réellement !

 

Mais restons-en sur un point précis : le rapport entre l’intimité de l’auteur et l’universalité de ses personnages. Parmi les six personnages, il en est un qui refuse la quête de l’auteur dramatique, ce fils, qui effet, entre scène sans qu'on le voit et dont on s’étonne à chaque fois qu’il soit là. Je crains fortement que le critique de Libération (1) qui, le lendemain de la première, descendra en flèche le metteur en scène, agrémentant son propos d’une citation inutile de Pirandello pour montrer sans doute sa science, n’ait pas lu le passage ci-dessous de l’auteur sicilien. Mais je reviendrais plus précisément sur cette question car à titre personnel ce n’est pas avec discrétion que je combats l’esthétique romantique même quand elle prend les couleurs les plus grandiloquentes du romantisme révolutionnaire. Ce qui m’incite à passer à une double présence québécoise sur le festival (voir article à suivre sur Tremblay et Wajdi Mouawad). J-P Damaggio

(1) C'est une constante : j'apprécie les spectacles dénigrés par Libération

 

 

La parole à Pirandello

“Si quelqu’un m’affirme maintenant que cette œuvre ne possède pas toutes les qualités qu’elle devrait avoir pour la raison, que, mal composée, chaotique, elle pèche par excès de romantisme, je ne pourrai que sourire. Cette remarque, je la comprends. En effet la représentation du drame dans le tourbillon duquel sont entraînés les six personnages apparaît tumultueuse et sans progression ordonnée : il n'y a aucun développement logique, aucun enchaînement dans la suite des événements. Ceci est vrai. L'aurais-je cherché à la lueur d'un lumignon que je n'aurais pu trouver une manière plus désordonnée, plus bizarre, plus arbitraire et compliquée, c'est-à-dire plus romantique, de représenter « ce drame dans le tourbillon duquel sont entraînés les six personnages ». C'est l'exacte vérité. Mais ce drame, je ne l'ai pas représenté : j'en ai représenté un autre — je ne répéterai pas lequel ! — où, entre autres plaisants éléments que chacun peut y découvrir selon ses goûts, figure justement une discrète satire de l'esthétique romantique : dans mes personnages mêmes si obstinés à vouloir l'emporter l'un sur l'autre en tenant le rôle que chacun d'eux joue dans un certain drame, alors que moi, je les présente comme des héros, d'une comédie différente qu'ils ne connaissent ni ne soupçonnent, de telle sorte que leur agitation passionnée, on ne peut plus d'esthétique romantique, et non sans humour placée et fondée sur le vide. Et représenté non de la façon dont il se serait organisé dans mon imagination si je l'y avais accueilli, mais comme tragédie refusée, ce drame, des personnages ne pouvait être, dans mon ouvrage, qu'une « situation appelée à un certain développement, ne pouvait se manifester que par des indices, tumultueusement et sans ordre, en violents raccourcis, d'une manière chaotique perpétuellement interrompu, dévié, contredit et même nié par l'un des personnages, même non vécu par deux autres.

Il existe en effet quelqu’un — celui qui « nie » le drame faisant de lui un personnage : le Fils — qui tire toute sa valeur et son relief de se trouver être personnage non de la « comédie à faire » — en tant que tel, il n'apparaît presque pas — mais de la représentation que j'ai donnée de la chose. Il est somme toute le seul qui ne vive que comme « personnage en quête d'auteur », à ceci près que l'auteur qu'il cherche n'est pas un auteur dramatique [il cherche son père : note JPD]. Il n'en pouvait être autrement autant l'attitude de ce personnage est en rapport organique avec ma conception du spectacle, autant il est logique qu'il détermine au sein de la situation un regain de confusion, de désordre, une nouvelle occasion de contraste romantique. »

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 14:21

Est-ce parce qu’il était le fils d’un grand bourgeois (1) que Carlo Rosselli s’est offert le luxe d’un projet irréalisable ? En souhaitant unir le meilleur des traditions anarchistes, communistes et socialistes, il pensait battre le fascisme. Comme pour sa fille, c’est la conjoncture qui a décidé de la forme d’action ou d’art.

Pour Rosselli la victoire du fascisme est en même temps la défaite des progressistes, et il ne suffit pas, pour sortir du drame, de dénoncer l’une, en oubliant l’autre. Optimisme oblige, il pensait lui aussi que le fascisme en était à son heure ultime, comme les opposant à Franco qui pendant les années 1950 et 1960 croyaient que le prochain mois de septembre signerait la fin du régime. Le fascisme n’était pas seulement une dictature : il avait gagné des consciences et des appuis solides au sein du peuple. Alors l’union dans l’action chère à Rosselli pouvait-elle changer la face de son pays ? Ou pouvait-elle seulement le conduire à la mort ?

Il est frappant de constater comment - à travers le temps, et jusqu’à aujourd’hui - penser le fascisme est si difficile pour les démocrates. La gauche pècherait-elle par angélisme ? Parce qu’on croit que l’homme est bon, on en déduit qu’il ne peut confier son sort à des autocrates ? Et fallait-il que Rosselli pensent l’homme bon pour imaginer une action commune, anarchistes, communistes et socialistes ! Il prenait bien sûr exemple sur la guerre d’Espagne où il avait vu une telle solidarité à l’œuvre, mais peut-être en se voilant la face pour ne pas pointer la montée des guerres internes.

 

Son livre fondamental, Le socialisme libéral, est un titre trompeur aujourd’hui. Un gros éditeur qui a l’habitude de prendre ses aises avec la traduction des titres, aurait plutôt traduit : un socialisme par la liberté. L’origine sociale de Carlo intervenait peut-être à ce niveau : la liberté comme lumière majeure du futur. Pour un misérable, si un dictateur lui donne du travail, soit il oublie que c’est un dictateur, soit il se dit qu’à tout prendre c’est mieux ainsi. Le rapport à la liberté me semble profondément lié à l’état social. D’où bien sûr, le besoin de socialisme si cher à Carlo Rosselli. Mais un socialisme qui ne soit pas un socialisme de caserne mais un socialisme dans la liberté.

 

Et disons une fois de plus : chez Carlo Rosselli l’action commande la pensée et non l’inverse. C’est en ce sens qu’il me passionne. La liberté n’est pas le droit, de dire oui ou non, d’avoir une presse dynamique ou de manifester. La liberté c’est la condition de base de toute condition sociale. Et cette condition de base doit permettre à des anarchistes, communistes et socialistes de travailler ensemble. Bien sûr, des anarchistes refuseront, tout comme des communistes ou des socialistes, car ils penseront que leur système est meilleur que l’autre. Mais ce système émancipateur ne peut être que le fruit de l’action et non le fruit d’une pensée au-dessus des hommes. Personne n’a un système meilleur que l’autre ! C’est à l’action de trouver la voie possible !

Le fascisme ne s’alimente-t-il pas aux pratiques socialistes, communistes, anarchistes, tout en servant les intérêts des plus puissants ? Un anarchiste de droite dira, comme le Parti Pirate, supprimons les impôts et d’Etat, tout est à tout le monde. Et je ne compte pas les grands dirigeants socialistes ou communistes qui en tout pays, ont apporté leur aide aux fascistes. Des fascistes qui gagnent, de par la division de ses adversaires les plus résolus !

Le fascisme inauguré en Italie a été combattif car il lui fallait gagner. Aujourd’hui le fascisme n’est plus l’œuvre de tel ou tel parti et il n’a pas une seule forme (du crime organisé, à la religion politique, en passant par la dictature des marchés). Il est rampant dans la société, par la soumission aux médias, aux jeux, aux ordres. Il est donc plus difficilement repérable. Fondamentalement, je pense qu’un des fascismes actuel, c’est quand des autorités veulent notre bien sans demander notre avis.

Dans ce contexte, Rosselli témoigne de deux choses :

- s’il a fallu l’abattre pour l’arrêter, aujourd’hui le fascisme veut réussir à l’arrêter sans l’abattre

- c’est d’abord par l’action (pas l’activisme) qu’en faisant vivre la liberté nous arrêterons le drame.

Jean-Paul Damaggio

(1) Cet article est schématique : il faudrait aussi évoquer une famille très politisée en tant qu'intime du grand Mazzini.

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 14:08

J’ai repris cet article car il y a une mention du livre de Nello Rosselli sur Bakounine, la critique portant seulement sur l’autre livre, un roman. JPD

 

 

Humanité 30 mai 1928

 

Littératures étrangères : un roman italien sur Bakounine

 

Les cinq dernières années, qui marquèrent la période du régime fasciste au pouvoir, sont dans l'histoire de la littérature italienne, les années les plus pauvres au point de vue de la production littéraire. On ne peut, en effet, attribuer aucune valeur artistique ou scientifique aux nombreuses œuvres apologétiques écrites en faveur du régime fasciste, parues dans ce laps de temps. C'est pourquoi il faut relever avec double intérêt deux œuvres. L'une : Mazzini et Bakounine, 12 ans de mouvement ouvrier en Italie (1860-1872) de Nello Rosselli (Torino, 1927, Fratelli Bocca), l'autre Le Diable de Portaluniga, roman historique de Riccardo Bachelli (Milan Coschina, éditeur 1927)., qui sortent du cadre officiel de la littérature fasciste et traitent sous deux formes absolument différentes, le même sujet, c'est-à-dire la naissance du mouvement ouvrier en Italie.

Nello Rosselli, dans son livre qui traite les douze ans du mouvement ouvrier italien, du début de la réalisation de l'unité nationale italienne à 1872, année de la mort de Mazzini après l'achèvement définitif de l'unité, a fait le premier une œuvre d'analyse et de synthèse du milieu social et politique des premières années du mouvement ouvrier italien, et s'est efforcé de décrire objectivement la lutte entre les deux tendances qui, se disputaient la direction du prolétariat : la tendance républicaine mazzinienne et celle, révolutionnaire, de Bakounine.

Riccardo Bacchelli, lui nous met sous les yeux ce qu'il appelle « le personnel errant de la Révolution, défait, proscrit et qui se reconnaissait et se retrouvait d'un bout à l'autre des continents». En tête, Bakounine, et autour de lui divers types de révolutionnaires romantiques pris un peu dans tous les pays.

L'auteur met ses personnages dans le cadre de Locarno en Suisse où Bakounine, grâce au don magnifique du révolutionnaire italien Cafiero était devenu propriétaire de la belle villa, passée dans l'histoire sous le nom de la Baronata.

Là, les proscrits révolutionnaires venaient chercher refuge, et ils y trouvaient la nourriture, le logis. C'est à la Baronata que Bakounine projette son insurrection armée en Italie. Et le deuxième volume nous transporte en Italie, à Bologne, où la tactique insurrectionnelle bakouniste devait être mise l'épreuve dans la fameuse tentative de 1874 qui se termina par un échec pitoyable.

La formation du nouveau royaume d'Italie, dont beaucoup avaient espéré bonheur et bien-être, avait été, au contraire la déception la plus cruelle pour la grande masse de la population italienne. Une grande crise économique sévissait dans le pays, et le gouvernement pour se refaire, des fortes dépenses de la guerre et de celles nécessaires, à son nouvel appareil bureaucratique, avait décrété des taxes et des impôts si forts que les paysans et les ouvriers se trouvaient littéralement écrasée sous leur poids. Dans les campagnes, les paysans pauvres en révolte se livraient au brigandage mais ne tardaient pas à être écrasés par la nouvelle force armée de la monarchie. Dans les villes, la taxe sur le pain, ainsi que la nouvelle loi militaire rendaient toujours plus aigu le mécontentement des ouvriers. Les petits paysans eux-mêmes commençaient à regarder vers le passé comme vers un temps de bien-être perdu. La classe ouvrière, créée par la nouvelle industrie italienne s'agitait et cette agitation trouvait son expression la plus caractéristique dans la grande vague des grèves, qui suivit la Constitution de l’unité italienne.

C'est le moment aussi où l'Internationale jouit d'un tel prestige que Cafiero dans son enthousiasme de néophyte révolutionnaire écrit à Engels : « L'Internationale s'est emparée de toute l'Italie, des Alpes à l'extrême rocher de Sicile ; à Turin, comme à Catane, flotte notre glorieux drapeau ! »Le prolétariat en naissant avait conscience de sa mission, mais il se berçait de la douce illusion que la victoire serait très proche.

Le premier mouvement insurrectionnel italien fut organisé en août 1874 par Bakounine lui-même. Le centre de ce mouvement devait être Bologne - d'où l'insurrection devait s'étendre en Romagne et en Toscane. Des paysans venant de Romagne devaient occuper l'Arsenal et les fabriques d'armes et de munition de Bologne. En .effet, un groupe de 150 paysans révolutionnaires se mit en route pour Bologne mais il fut arrêté en chemin par les carabiniers. Bakounine qui, à Bologne attendait en vain l'arrivée des révolutionnaires, eut vent de la chose, et de sa cachette réussit après l'insuccès à se réfugier en Suisse.

Tel est le cadre historique dans lequel se meut le roman de Riccardo Bacchelli. Il faut dire tout de suite que l'auteur a su rendre cet épisode très intéressant, tant au point de vue historique - il a en effet en grande partie tenu compte de la vérité historique - qu'au point de vue purement littéraire.

Les types de révolutionnaires romantiques internationaux, qui forment les personnages qui se meuvent autour de Bakounine à Locarno sont dessinés à grands traits, en tenant bien compte cependant des détails, à l'image des portraits de Velasquez. Ce n'est pas seulement Bakounine en chair et en os qu'il fait revivre, mais aussi un des internationalistes italiens les plus dévoués à la cause prolétarienne, Carlo Gafiero, cet ex-diplomate, fils des nobles, qui se convertit au socialisme sous l'influence de Marx et d'Engels à Londres, et qui abandonne ensuite sa carrière, pour mettre toute sa fortune au service de ce qu'il croyait être la révolution alors qu'en réalité il ne se mettait qu'au service de Bakounine. Il supporte la prison avec stoïcisme, et, par amour de la cause, se privait de nourriture et de tabac. C'est lui qui, en Italie, donna une première version du Capital de Marx et qui fonda la première section italienne de la première Internationale, celle de Naples.

Non moins intéressants sont les autres : le Hollandais Nieuwenhuis, Gaston Barbassou, marchand d'huîtres de Cannes, un Anglais John Willcox que l'auteur appelle un ouvrier des Trade-Unions (!), mais surtout le Polonais 025 qui ne voulait être appelé que par une lettre et un chiffre, pour déjouer la haine de la réaction ! Ross, le Lithuanien, l'ami inséparable et taciturne de Bakounine. Mais c'est Salzana et Aristippe Marotteau, ex communard, directeur du journal le Salut Public, que Bacchelli a réussi à mettre en vie dans ce groupe. Salzana, un aventurier italien, avait voyagé par le monde et parlait une langue de vagabond et d'émigrant, il avait participé à tous les mouvements insurrectionnels de son époque et finit par s'échapper du bagne avec Marotteau. Marotteau, aux yeux de Bacchelli, est un fanatique, une âme de calviniste, robespierrien, possédant une vertu despotique qui lui aliénait l'amitié de tous - mourant, il abandonne l'asile de la Baronata parce que Bakounine est en désaccord avec lui sur le rôle delà Commune.

*

Dans ce groupe de révolutionnaires, un chapitre est destiné aux femmes. C’est d'abord Antonia, femme de Bakounine, silencieuse, peu encombrante et excellente ménagère qui administre aussi bien qu'elle le peut les affaires de Bakounine et de Caliero - et qui cède à Olirnpia, femme de Cafiero, l'administration de la Baronata. Vera Karpof, Russe, elle aussi, et qui jouera une part plus importante dans le j deuxième volume, est entrevue ici à Locarno - impatiente de rejoindre son amant, Andréa Costa, dont elle est le courrier secret. Enfin, Bacchelli fait apparaitre Anna Kuliscioff, cette autre Russe qui devait plus tard jouer un si grand rôle dans le mouvement ouvrier italien en devenant la femme et la collaboratrice d'Andréa Costa d'abord et de Filippo Turati ensuite. Cette beauté légendaire de la Kuliscioff, ayant alors vingt ans, de splendides et longues tresses de cheveux blonds enroulées autour de la tête, une forme élancée, des yeux blonds et une attitude de vierge slave, tout cela avait impressionné au plus haut point les premiers révolutionnaires italiens.

Quand la mauvaise administration de la villa « Baronata» à Locarno et l’asile que Bakounine offrait aux réfugiés politiques de tous les pays, eut engouffré toute où presque toute la fortune de Cafiero, « les chauds rayons de mai firent refleurir les espoirs révolutionnaires en Italie », et Bakounine se rend à Bologne pour établir un avant-poste de la Révolution sociale - et il annonce à tous «d'être prêt à l'étendre sur le reste du monde ».

Cafiero maintenant disparaît et à côté de Bakounine paraît Andrea Costa. - L'auteur, R. Bacchelli, qu'on dit natif de la province de Romagne, comme l'est Mussolini et l'a été aussi Andrea Costa, a dû entendre de la bouche même de ces vieux révolutionnaires romagnols le récit dont il fait la description. Il faut avouer que s'il a cherché à conserver une certaine objectivité vis-à-vis de Bakounine et de Cafiero, il est plutôt méchant envers Andréa Costa. Car Costa est l'homme le plus représentatif du socialisme italien.

La description de Bologne et de la campagne avoisinante, bien connue de l'auteur, le récit de la préparation à l'émeute qui semble fantastique mais est pourtant vrai, les tableaux des individus et des faits, des aventures de Bakounine, conspirateur tout cela est très attrayant, l'intérêt naît du fait que les événements décrits correspondent à la vérité, et que la plume simple de l'auteur a su faire revivre un épisode qui, dans cette même région où le fascisme a aujourd'hui semé le sang et la terreur semble d’autant plus saisissant. E. P.

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 14:34

A Aulnay–Sous-Bois il y a l’entreprise L’Oréal. Celle-ci fut fondée par Eugène Schueller qui finança la Cagoule et accepta de la soutenir. Après la guerre, l’un des assassins de Rosselli, Jean Filhol, travailla dans le groupe L’Oréal en Espagne. Parmi les autres complices il y avait Jean-Marie Bouvier, tellement ami de Mitterrand…

J’apprends qu’un citoyen d’Aulnay demande à rebaptiser la rue Schueller. L’adjoint PCF Miguel Hernandez en charge de ces questions répond « qu’on n’a pas souhaité débaptiser les rues, comme la droite l’avait fait en prenant la ville en 1983. ». Schueller tout de même ! Inversement, là où les frères Rosselli ont été assassinés, il y a un très beau monument. JPD

 

Ci-dessous, sa lettre ouverte sur le sujet :

«  JUIN 1937,  Il y a 75 ans, à Bagnoles-de-l’Orne les frères Rosselli sont exécutés par les tueurs de la Cagoule : Jean Filliol en tête qui sera protégé par L’Oréal (fondé par Eugène Schueller) après la guerre en intégrant la filiale espagnole avec Jacques Corrèze.

« Ami intime d’Eugène Deloncle, fondateur de la société l’Oréal, met ses moyens personnels à disposition de la Cagoule qui organise des réunions dans son propre bureau du siège de la société. En outre il aida financièrement l’organisation (ref. Alternatives Economiques 297, page 78). »

Depuis près de 10 ans je tente de débaptiser l’avenue Eugène Schueller à Aulnay-sous-Bois. J’avais écrit au maire Gérard Gaudron à ce sujet en 2005 puis à Gérard Segura en 2008.

Oralement on regrette mais on n’y peut rien. J’ai fourni un dossier à Philippe Gente en charge la commission à sa demande avec un double à Christophe Lopez, j’ai informé les membres du bureau municipal en vain. Je n’ai pas obtenu de réponse écrite à ce sujet.

Disons que s’attaquer au fondateur de L’Oréal, le père de Mme Bettencourt cela fait sans doute peur à nos élus. Pour ma part ce combat est important. Je n’imagine pas que l’assassin de Jaurès soit honoré par un nom de rue en France. Carlo Rosselli est un des plus grands « socialiste » du XX siècle en Europe.

Il y a des guerres et des assassinats qui se perpétuent. Il faut y mettre fin. J’avais toujours refusé de proposer un autre nom à la rue Eugène Schueller. Les élus aiment trop cela…

Or récemment j’ai découvert un élément bouleversant sur l’assassinat des frères Rosselli. La fille de Carlo Rosselli, Amelia était présente (elle avait sept ans) au moment du crime horrible de Filliol et de sa bande. Elle a souffert de ce spectacle d’horreur, qui l’a poursuivi toute sa vie.

Cosmopolite : « Est cosmopolite qui choisit de l’être. Nous n’étions pas cosmopolites, nous étions des réfugiés ». Plurilingue, elle est considérée aujourd’hui comme une des plus grandes poétesses d’Italie et d’Europe. Elle s’est suicidée en 1996.

Aussi je pense que la rue Eugène Schueller devrait s’appeler rue Amelia Rosselli. Oublions un peu Eugène Schueller et honorons Amelia Rosselli.

Et je propose que la ville de Settimo Torinese en Italie fasse de même : en Italie aussi la rue de l’usine de la filiale de L’Oréal s’appelle du nom de l’assassin de « Jaurès »…

Sur la plaque de rue j’imagine ce poème :

Le temps peut s’arrêter en bien

ou en mal ; il frissonne impertinent

de toute sa large bouche obscure, ou s’arrête

et hurle qu’il en a assez : de

cette belligérance.  »

Lettre d’André Cuzon : cliquer ici

 

(Il est doux de savoir qu'ici ou à des hommes se battent. JPD)

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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 22:41

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Un débat au Sénéchal de Toulouse.

L’Italie était-elle au rendez-vous des deux spécialistes que sont Marc Lazar et Jean-Dominique Durand ? Question provocatrice ? Pourtant j’aurais dû être content, le nom de Berlusconi fut traité de manière marginale…

 

Plus que de « laboratoire » Marc Lazar préfère parler de sismographe quand il parle de l’Italie, sismographe quant à la transformation de la politique en politique spectacle par exemple. Je veux bien reprendre ce terme, comme je veux bien entendre son cri d’alerte quand il parle du fossé qui se creuse toujours plus entre Italie du nord et Italie du sud. Mais le consensus, le renvoi d’ascenseur entre lui et l’autre interlocuteur, m’a donné la sensation que l’Italie réelle disparaissait sous les considérations de l’Italie de la gérontocratie. Il ne suffit pas de pointer cette Italie… quand au bout du compte on ne parle que d’elle !

 

Pourtant Jean-Dominique Durand (l’autre intervenant), spécialiste da la démocratie chrétienne, a rappelé à juste titre que le peuple italien était encore largement pratiquant sauf que ce peuple est dans sa bouche, anecdotique. Oui, j’ai vu moi aussi la vénération populaire envers le Padre Pio mais alors que Marc Lazar note que, même la gauche a été frileuse pour proposer le PACS, j’avais envie de rappeler que le peuple consulté par référendum, contre la classe politique, avait obtenu autrefois le droit au divorce, que le Vatican ne cessait de refuser.

 

Jean-Dominique Durand nous révèle, en tant qu’ami du confesseur de Oscar Luigi Scalfaro que ce dernier avait, avant de mourir, sur sa table de chevet, la bible et la Constitution italienne. Il était président et un président italien n’a rien d’autre à faire que de surveiller la Constitution alors je ne vois pas où est l’originalité ! Quant à la bible …

L’originalité serait dans une Eglise prête à considérer que l’identité italienne n’est plus dans son passé chrétien (à l’heure où l’Islam et les Orthodoxes marquent des points) mais dans son attachement à la Constitution. La Ligue du nord étant en déclin, le partage de l’Italie n’est plus politiquement dans le débat mais les réalités économiques sont plus fortes que la politique ! Et les réalités arrivent au détour d’une phrase sur l’inventivité du peuple italien chère à Marc Lazar. Mais jamais un mot sur les grèves, les manifestations, les luttes sociales. Ce spécialiste mentionne bien, à juste titre, les trois groupes en galère : la jeunesse, les femmes, les immigrés, mais même là je ne sens pas l’Italie réelle.

 

Symptomatique : quand on demande à Jean-Dominique Durand d’expliquer la guerre interne actuelle au Vatican, il nous enverra nous noyer dans des considérations générales sur la fameuse gérontocratie, et observera que le Vatican est très mauvais en matière de communication ! Ce Vatican présent à Cuba, au Mexique est mauvais en communication ? Je rigole… Nous apprenons qu’avec la mort du relais « démocratie chrétienne » le Vatican est devenu plus interventionniste dans les affaires de l’Etat italien. Et là aussi je confirme : il est évident qu’il n’est pas étranger à « l’invention » du phénomène Monti ! Il est évident que la renaissance d’une force de centre droit sous sa coupe serait géniale. Mais pratiquant ou pas, le peuple italien me semble loin échapper aux considérations du cercle étatique.

 

Revenons cependant à la politique spectacle. Ce serait une des raisons qui aurait poussé la gauche à déserter le travail à la base, puisque tout passe par la télé, travail à la base que l’Eglise, elle, continue de faire. Berlusconi est sur la touche mais le système reste le même… à moins que ce ne soit pire puisque Monti a réussi à faire voter des lois antisociales que Berlusconi avait laissé en attente ! JPD

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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 22:36

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Le Marathon des mots est un marathon pour les spectateurs mais aussi pour les auteurs qui vont d’un bout à l’autre de la ville et là, Pennacchi, rue du Taur, se sent fatigué. Il a l’esprit dans l’écriture d’un livre de science fiction qui occupe étrangement ses heures, et il a les jambes qui flanchent. Alors il s’assoit sur un plot de la rue, pour une pause, pour se dire qu’il compte les jours. Il croise un Français qui le salue d’un buongiorno et qui le prend en photo ! La notoriété ? Un costume, une cravate, une cigarette à la main, il est encore la classe ouvrière qu’il vénère, une classe pour laquelle il parle car on a trop souvent parlé à sa place ! Il est encore la classe ouvrière car je le sais, elle a toujours aimé, en quittant le bleu de travail, mettre la cravate, sur une belle chemise et avec un costume. Le petit-bourgeois que je suis a toujours dédaigné cette conformité pourtant elle fait sens.

Et avec une casquette aux couleurs de l’ensemble ! Pas la casquette à la mode nord-américaine. Non, la vraie casquette. Pennacchi est encore là. JPD

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 22:30

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Une très belle librairie de Colomiers. La foule des grands jours. Ils sont deux écrivains italiens à évoquer leurs horizons pour débuter le nouveau Marathon des mots : Carlo Lucarelli et Antonio Pennachi. Aujourd’hui je m’en tiens au deuxième dont Marie-France vient d’achever le roman : Canal Mussolini.

La trajectoire d’Antonio Pennachi n’est pas ordinaire. Né à Latina en 1950 et depuis : marié, père de deux enfants, grand-père. Jusqu'à récemment, il fut travailleur de nuit dans une usine de cables.

Très jeune, il s'inscrit au MSI (parti néofasciste), avant d'en être expulsé et de rejoindre les troupes marxistes-léninistes par le biais du mouvement Servire il popolo. Il rejoint par la suite le Parti Communiste italien ainsi que de nombreux syndicats et mouvements comme le PSI, la CGIL, la UIL... En 1982, son expulsion de la CGIL marque une rupture avec la politique. Il a alors plus de quarante ans, fréquente pour la première fois les bancs de la fac, et se met à écrire des romans.

 

Pour comprendre, relatons le moment où Antonio s’enflamme. Vous connaissez le film 1900 de Bertolucci, cette histoire d’une grosse ferme en Toscane où le peuple se révolte contre les exploiteurs. Ce n’est pas l’art version Pennachi. Pour lui, il n’y a pas les bons d’un côté et les méchants de l’autre, pour lui, le conformisme c’est conforter les autres dans leurs schémas. L’homme est ainsi fait que par soumission il suit la foule, mais par hédonisme aussi ! Pour se sentir bien l’homme a besoin d’une communauté.

 

Serions-nous dans le relativisme ordinaire ?

 

Pennacchi ne se pose pas cette question. Pennacchi dit l’histoire de sa famille. Il est né pour raconter cette histoire. Ce sont ses tripes qui écrivent, pas son cerveau.

 

Pour suivre voici une vérité : Antonio a écrit d’abord Canal Mussolini dans la langue de sa mère, dans le dialecte de sa vénétie et en italien, il en est resté beaucoup de cette langue, surtout dans les dialogues, la traductrice réussissant l’exploit de faire percevoir la nuance.

 

La présentatrice avait cru utile de faire une belle introduction sur littérature et vérité en citant Platon et Orwell. Pennacchi n’aime ni Platon, ni Orwell….

 

Mais pourquoi le titre du précédent roman de cet écrivain a-t-il été traduit par Mon frère est fils unique ? Il s’agit en fait du fasciste-communiste !

Jean-Paul Damaggio

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