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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 14:58

Les métallos italiens dans la grève

 

Bien sûr, tout comme en France où nous avons perdu la mythique entreprise Renault, la Fiat n’est plus à Turin ce qu’elle était, pour le combat social. La métallurgie s’est diversifié, déplacée, transformée, ceci étant les luttes sociales sont restées et en ce mois d’octobre 2009, des événements importants viennent de se produire qu’il serait regrettable de négliger.

Une nouvelle convention collective étant en négociation, les travailleurs de plusieurs usines étaient en grève, avec de nombreuses manifestations à l’appui, pour lui conserver le contenu le plus progressiste possible (sur les salaires en particulier). Pour comprendre, citons cette manifestation devant la RAI à Rome où ils étaient 35 000 à rappeler leur existence à des caméras absentes ! (ce vendredi 10 octobre ils étaient 250 000 manifestants à travers l’Italie).

Voilà que pour la première fois, un coup de théâtre s’est produit auquel la France est habituée : deux organisations syndicales minoritaires ont signé et ainsi validé l’accord avec le patronat ! Ce n’est pas là un fait de la tradition syndicale italienne, ce qui explique le désarroi des militants en lutte quand d’autres syndicats ridiculisent leur combat !

La CGIL très liée au Parti démocratique est l’organisation syndicale la plus puissante du pays. Elle intervient régulièrement dans tous les débats sociaux (de l’anti-racisme au débat sur l’écologie), elle propose un supplément hebdomadaire d’information dans le quotidien L’Unita, mais à travers sa filière métallo la FIOM, elle est au pied du mur. Dans le supplément en question, les dirigeants dénoncent clairement l’accord signé par la FIM et la UILM mais elle n’a qu’une riposte à proposer : que l’accord soit mis au vote parmi tous les travailleurs. L’UILM se prépare à faire voter… seulement ses propres membres pour montrer à sa base qu’elle en conserve le soutien. Une opération qui n’empêchera pas des métallos des deux organisations de rendre leur carte syndicale. Mais l’expérience de la France le démontre, des organisations préfèrent la collusion avec le patronat, à la solidarité avec les militants les plus actifs. Gianni Rinaldini, le secrétaire général de la FIOM tout en déclarant l’accord illégitime est obligé de faire l’état du rapport des forces qu’il induit : des grèves vont se poursuivre à la Mirafiori de Turin, à la Siemens de Gênes, à l’Alstom de Lombardie, dans des usines de Parme, Bologne, à la Continental de Pise, à la Whirpool de Naples et dans d’autres usines mais comment tenir quand d’autres nuages s’ajoutent chaque jour aux nuages en cours ? quand les médias organisent un silence général ou de la désinformation sur le sujet, y compris un quotidien comme La Reppublica ?

La classe ouvrière italienne est toujours bien vivante mais à un tournant. Va-t-on vers des actions plus dures ? La grève  générale suscitée par les COBAS (comités de base) le vendredi 23 octobre peut-elle indiquer une voie nouvelle ? A suivre.

25-10-2009 Jean-Paul Damaggio

 

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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 14:51

Contre des déchets toxiques et radioactifs en Calabre

 

Dès 9 heures du matin, d’abord quelques dizaines de personnes se regroupent sur l’avenue du bord de mer à Amatea, Calabre, Italie, en ce samedi 24 octobre plutôt pluvieux. A l’appel de multiples organisations (200), une manifestation nationale est organisée au pied de ce beau village, où sur le sommet de la colline proche une tour sarrazine du vieux centre historique fait toujours le gué. Pourquoi dès 10h, sont-ils des milliers venus en bus de toute la région ? Les réalistes disent plutôt 20 000, quand d’autres vont jusqu’au chiffre de 35 000. Dans un petit village pour un trajet d’un kilomètre et demi allant du bord de mer à la place centrale !

Les bateaux voyous                                                                          

Tout a commencé à la mi-septembre quand un repenti a avoué avoir coulé dans la mer un bateau contenant des déchets toxiques jusqu’à être éventuellement radioactifs. Un paradoxe pour l’Italie où les écologistes, voici des années ont obtenu par référendum l’arrêt des centrales nucléaires afin de ne pas en supporter les effets dont celui des déchets ! Un repenti c’est un membre de la mafia qui décide de parler en échange de quelques allègements de peine. En Calabre l’économie souterraine occupe toujours une place importante, et les révélations n’ont surpris qu’à moitié. Pour le moment les vérifications indiquent bien que le bateau et son chargement immonde dorment dans la mer par 480 mètres de fond. Sauf que le drame ne s’arrête pas là : d’autres affaires refont « surface » qui indiquent que ce bateau est l’un d’une liste qui en contient d’autres (Cunsky, Rigel, Rosso, Michigan).

Quelques kilomètres au-dessus de Amantea, à Praia a Mare, les inquiétudes montent d’un cran tous les jours. Dans une fabrique de textile (Marlane) on découvre même des victimes masculines du cancer du sein. Avec la pollution de la mer, celle des rivières, comme le fiume Oliva, tout l’environnement est touché : jusqu’à une construction de digue à Galatro Terme qui aurait servi à se débarrasser des déchets encombrants !.

L’Etat se propose de tout vérifier, les enquêteurs de tout enquêter et les manifestants d’aujourd’hui à Amatea avertissent qu’il ne s’agit pas seulement du rendez-vous d’un jour. EXASPERE. En Calabre où la peur règne le plus souvent, cette manifestation, par son ampleur, est le signe d’une révolte profonde, longtemps contenue mais qui déborde à présent. Une révolte d’EXASPERES. Comment, ici à Amatea, et dans les villes environnantes aussi, a-t-on pu fabriquer une des pires poubelles connues de la Méditerranée ?

Natale de Grazie

Un nom revient dans la mémoire des habitants, celui d’un jeune capitaine de corvette du port de Reggio Calabria mort étrangement… en 1995 après des années d’enquête sur le cas du Jolly Rosso ! Aujourd’hui, l’avenue du front de mer prend son nom et vous ne m’en voudrez pas si c’est le premier nom que vous lisez dans cet article. Les noms des voyous sont souvent à la Une des journaux (y compris pour les dénoncer) mais pas les noms des lutteurs populaires, même quand leur lutte leur coûte la vie. Vous le constatez l’histoire remonte à longtemps, mais parfois la mémoire ne craint pas les jours qui passent ! En décembre 1990 un bateau louche, la Jolly Rosso (nom aussi louche que la cargaison car l’armateur le trafiqua), s’est enlisé dans les sables à Amatea. Des bidons ont commencé à faire parler d’eux et un groupe d’écolos s’est constitué. En 2004 la lutte a repris pour dénoncer une présence étrange de mercure, de dioxine dans le secteur. Un première manifestation considérable eut lieu en décembre 2004. Très vite la justice a enterré l’affaire et la lutte s’est essoufflée. Mais des personnes qui n’avaient rien dit à l’époque, n’imaginant pas un instant qu’il puisse exister un trafic d’ordures toxiques, s’interrogent à présent dans le nouveau contexte. Une femme a décidé de témoigner à visage découvert, Teresa Bruno (sur le site du journal l’Expresso), d’autres confirment ses dires sur des bidons trop rapidement enterrés dont on lui expliqua à l’époque qu’ils agissait de goudron pour les routes.

Un des moments les plus émouvants de la manifestation se produit quand la veuve de Natale de Grazie dévoile la plaque en l’honneur de son mari. Il pleut trop pour savoir si elle en pleure. Elle réussira à dire quelques mots : « Vous avez donné un sens au sacrifice de mon mari et cette plaque vaut plus qu’une médaille d’or parce que c’est une reconnaissance qui vient du peuple. Je me souviens qu’en 1991-1992, il a insisté pour revenir en Calabre, afin de faire quelque chose pour sa terre.»

Des enquêtes en tout sens

Des juges, une commission parlementaire, des organisations sociales, une série d’enquêtes sont en cours relayées surtout par deux journaux Il Manifesto et L’Unita. Un bateau Mare Oceano doit repêcher des déchets pour les analyser. Alfonso Lorelli, avocat devenu prof, un des principaux organisateurs de la manif d’Amatea prévient : « il ne peut s’agir de mesurer seulement les effets (la multiplication des cancers) mais de repêcher toutes les ordures envoyées au fond de la mer pour en savoir la nature précise ». La question ne concerne pas seulement la Calabre mais la défense globale du bien commun de notre société, la mer. Faut-il se résigner à une Méditerranéenne poubelle de la planète ? Le coût connu du retraitement des déchets radioactifs est-il, seulement dans ce cas, réduit à rien par des opérations mafieuses ?

D’autres intervenants diront quelques mots mais ce qui frappe les esprits devant cette immense manif c’est la créativité des participants à travers les mot d’ordre sur les banderoles, ou la création de beaux bateaux en carton qui souffraient sous la pluie.

Des révoltés décidés

Le Comité civique Natale De Grazie qui regroupe aussi bien des syndicalistes que des écologistes, a surtout réussi à être une organisation populaire capable de transformer l’indignation des pêcheurs, des agriculteurs et des habitants en mouvement de solidarité générale ancré dans l’histoire locale. La manifestation minutieusement préparée fait chaud au cœur de tous ceux qui jusqu’à présent luttaient dans l’ombre. La parole semble libérée et les opérations de colmatage que le pouvoir veut organiser autour de l’affaire vont échouer. Y compris l’éventuelle tentative de récupération politique de l’opposition ! Un seul homme politique italien de premier plan était dans le cortège : Antonio Di Pietro. Ils comptent cependant sur le Commissaire à l’environnement de l’Union européenne qui a envoyé une lettre sans réponse au président du conseil italien, dont j’ai oublié le nom. Ce commissaire peut mesurer un risque global sans craindre d’en être porté responsable. Car toute la question de la manifestation c’est de pouvoir mettre à jour les responsables !

Des responsables à l’abri ?

Tous les responsables maritimes ne cessent de le répéter, un bateau ne peut pas disparaître facilement et c’est pour ça qu’ils doutaient jusqu’à présent des accusations portées par des écolos. Mais les révélations du repenti et la découverte d’un bateau, laissent craindre que les responsabilités soient telles que l’événement ait pu se répéter plusieurs fois ! Un premier lien entre tous les bateaux disparus apparaît : ils sont partis du port de Massa Carrare. Traquer les responsables, ce n’est pas seulement pour éviter que ça recommence, mais c’est pour mettre à jour ce fameux fonctionnement souterrain d’une part de l’économie italienne et mondiale dont je crains que les effets soient pires que les émanations de CO2.

La manif se termine

Sur le parcours de la manif tous ces points et bien d’autres ont été débattus puis pour conclure la journée en beauté quoi de mieux que quelques belles canzone ? Demain à Cetraro et ailleurs les pêcheurs, les agriculteurs, les hôteliers, en plus des problèmes de santé vont affronter de graves problèmes économiques. J’imagine à présent qu’un tel moment de vie fasse une minute au journal télévisé… mais alors nous serions en révolution ! (après vérification sauf RAItre qui a fait une émission visible sur internet, les autres chaînes n’eurent pas un mot pour ce problème).

25-10-2009 Jean-Paul Damaggio

 

P.S. : Ceci est un des sept témoignages que je ramène de l’Italie qui lutte. Les autres se trouveront d’ici  une semaine, sur le site de la maison d’édition que j’anime : les Editions la Brochure. http://la-brochure.over-blog.com

 

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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 22:27

Enzo Barnaba à Montauban

Photo reprise du blog de l'écrivain

(Suite à cet article j'ai reçu le petit mot d'Enzo que je joins ici :

Cher Jean-Paul,

Merci pour la page que tu as bien voulu consacrer à ma soirée au Scribe. Oui, Alessandro Natta était bien le secrétaire général du PCI ("un intellettuale prestato alla politica"). Pour ce qui est de la mafia, dommage qu'on ne m'ait pas posé la question. Voici un doc. qu'on pourra trouver dans mon site: http://www.enzobarnaba.it/Veleggiata.doc . Ciao,Enzo www.enzobarnaba.it)


avec ce complément apporté pa René Merle
http://www.rene-merle.com/article.php3?id_article=570

Invité par la librairie Le Scribe, Enzo Barnaba, écrivain sicilien, se lance dans l’explication d’un livre italien non traduit ! C’est que l’histoire est liée à l’histoire de France et elle lui tient beaucoup à cœur. Lui, arrivant assistant à Nîmes au Lycée Daudet, pense qu’il va trouver aisément quelqu’un pour lui raconter des événements qu’il apprit en son pays, l’Italie, et qui se déroulèrent en 1893, à Aigues-Mortes. Stupéfaction : les érudits locaux lui dirent ne rien connaître du sujet !
Dès qu’il le put, il partit pour Aigues-Mortes et là il eut de la chance, il tomba sur une personne liée à cette histoire macabre : un massacre d’ouvriers italiens les 16 et 17 août 1893, dans une France encore marquée par le Boulangisme (« même si Boulanger était mort » précise Enzo très au fait de l’histoire de France), dans une France raciste, dans une France revancharde. Enzo est un écrivain mais en fait, il est un conteur et nous verrons plus loin pourquoi. Il parle à partir des photos et des dessins de l’époque, il fait vivre la marche vers la mort, il est au procès, il pense aux témoins… ; sur tous les fronts, Enzo a son mot à dire. Il est debout, il essaie de s’asseoir, il se lève… le tout est, qu’il n’est pas optimiste !
Cette histoire douloureuse, il ne la conte pas pour les beaux yeux d’une princesse, il la conte car aujourd’hui des ministres italiens, des maires italiens disent ouvertement leur racisme et quand on les invite à observer qu’autrefois aussi les Italiens furent des immigrés, ils répondent avec superbe : « Oui mais des immigrés qui portaient avec eux 2000 ans de civilisation ! » En fait, les réponses des sommités ne sont pas celles qui le heurtent le plus. Il y a aussi ces anciens immigrés italiens qui, parce qu’ils sont justes sortis d’affaire, regardent avec mépris les Arabes et autres, suivant le principe qu’on veut toujours écraser celui qui est en dessous.
Pour dire que l’actualité lui tient à cœur, il fit quelques efforts pour qu’en 1993, cent ans après, la mairie d’Aigues-Mortes trouve le moyen d’honorer les victimes d’hier, par une plaque, par un geste, par un colloque. Mais non, rien de rien ! Il ne faut pas heurter les commerçants qui vivent du tourisme italien !
Un ami m’avait averti : « tu vas t’y retrouver dans ce qu’il raconte ! » Et je me retrouve aussi dans son sérieux : « combien de morts à Aigues-Mortes ?» lui demande-t-on. On croit que la réponse tient dans un nombre mais non, Enzo fait tout un panorama de la presse et de son fonctionnement : entre le côté italien qui gonfla les chiffres et le côté français qui les évita les réponses vont de 500 à 0 ! Lui, après étude des archives penche pour dix morts et des centaines de blessés. Le livre s’appelle : Morte agli Italiani ! Il Massacro Di Aigues-Mortes 1893, édité par Infinito avec une introduction d’Alessandro Natta qui fut un temps si je me souviens bien, secrétaire du Parti Communiste Italien et une préface du journaliste Gian Antonio Stella.

En fait, je pensais qu’il commencerait par évoquer son roman traduit en français, Le ventre du python paru aux Editions de L’Aube. Comme tout écrivain, l’homme ne fait qu’un tout, et à bien l’écouter, une histoire était dans l’autre. J’exagère ? Vu qu’il s’agit de l’histoire d’une femme née en Afrique, il semble que nous soyons loin d’Aigues-Mortes ! «L’Afrique pousse vers le plaisir de raconter » dit Enzo, et ce plaisir déborde de ses mots à chaque moment, à chaque question, à chaque lueur. Puis il précise que parmi les prénoms bizarre de l’héroïne, « il y a Cunégonde, un clin d’œil à Voltaire ». Voilà, j’étais venu pour ça, pour le clin d’œil à Voltaire où déjà nous retrouvons la France, la France qu’Enzo croisa à Nîmes mais indirectement aussi en Côte d’Ivoire, au Sénégal, bref dans cette Afrique qui est le point de départ de son roman. Quand on se souvient que Sciascia a carrément écrit sa version de Candide, comment établir le rapport entre la Sicile et Voltaire ? « Il s’agit d’un rapport plus global entre la France et la Sicile » dit-il, la France des lumières, la France de la raison, la France comme aide concrète pour changer le monde. Mais voilà, à présent il croit moins à cette histoire, il n’est pas optimiste comme la raison nous y invitait. Son passage par l’Afrique dont il est tombé amoureux, lui a-t-elle ouvert d’autres univers ? D’autant que les promesses de la raison nous conduisent parfois à la déraison. Avec la France cartésienne qui reste ses bases culturelles, il y ajoute les bons génies enfermés à tort dans le ventre du python. La raison a conduit à l’enchaînement de la nature alors qu’en Afrique cette dernière se déchaîne toujours et avec par exemple le génie du fleuve pour symboliser la force du fleuve. De l’histoire peut-on tirer des leçons comme le pensait Machiavel ? L’histoire est-elle au contraire cette vague de la mer toujours recommencée et pourtant toujours différente quand on l'étudie de près ? Ma voisine au débat eut un regret : pas un mot sur la mafia n’a été dit de la soirée ! 10-03-2009 Jean-Paul Damaggio

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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 10:42

Cinéma italien :

il divo à Montauban

 

 

Grâce à une association dynamique, La Dante Alighieri, douze films italiens viennent d’être projetés à Montauban et pour cette chronique je n’en mentionne qu’un : il divo, un film de Paolo Sorrentino qui nous plonge dans le courant politique… de Giulio Andreotti (il divo fut un de ses multiples surnoms dans un pays où leur usage reste fréquent).

Nous sommes dans la Rome de 1990 (exactement de 1991 à 1993) et revivre la grande époque des tangente c’est comme plonger dans la préhistoire de notre univers actuel. Pourtant, 1990, ce n’est pas si loin !

Après l’ignoble assassinat de Giovani Falcone, donc bien après celui d’Aldo Moro, les juges italiens et en premier lieu ceux de Milan, décident de poursuivre les truands de la politique jusqu’au boues. Ils signent ainsi la mort politique du grand Giulio Andreotti qui a été au cœur de la vie politique du pays depuis des années avec comme arme de combat : la Démocratie Chrétienne (DC). Le film commence par son ultime succès : son dernier poste de président du conseil. Mais le réalisateur a choisi comme angle d’attaque de montrer l’Italie sombre, l’Italie mafieuse, l’Italie des complots sous forme d’un drame presque comique avec un bande son très varié. La justice ayant fini par acquitter le personnage clef, le film est à charge contre lui mais en laissant toute sa place au mystère ce qui rejoint celui de l’équivalent français : Mitterrand. Bien sûr l’équivalence doit s’entendre à partir des différences entre les deux pays qui sont depuis longtemps comme frère et sœur.

Le film aurait pu choisir l’autre personnage clef de l’édifice, le socialiste Bettino Craxi qui décida de fuir les juges en allant vivre ses ultimes jours chez son ami de l’Internationale socialiste, le Tunisien Ben Ali. Avec Andreotti cependant, tout devient plus palpitant : il reste face à ses juges, il reste face aux défaites. La plus cuisante fut son échec à la course à la présidence où il fut battu par Oscar Luigi Scalfaro le 26 mai 1992 (l’homme est depuis 2007 membre du Parti démocratique). Le film rend parfaitement bien ce tournant de l’histoire italienne.

Le spectateur se prend à penser : tout ce nettoyage, toute cette bagarre, cette disparition de la Démocratie chrétienne pour en arriver à Silvio Berlusconi qui était déjà là, en embuscade en 1990, quelle tristesse ! Qui était au bout du compte le vrai chef de la Loge P2, Andreotti ou Berlusconi ?

Parmi les voyages à l’étranger d’Andreotti, le réalisateur du film retient le voyage au Kremlin. Comme pour le reste des événements, pas question de montrer l’homme de la rue ou l’adversaire politique, non, on reste parmi les sommités. Gorbatchev est au pouvoir et on imagine qu’Andreotti est à Moscou pour en savoir plus sur la décision du PCI de se lancer dans une mutation suite aux effondrements à l’Est de 1989. L’Italie des années 90 est en effet un triple laboratoire : la mort de la classe dirigeante DC, la naissance d’une opposition d’un type nouveau (les communistes reconvertis à la social-démocratie) et surtout le cas de la Ligue Nord d’Umberto Bossi qui a Milan travaille à la reconstruction d’une classe dominante à mi chemin entre le fascisme et le populisme, entre l’anti-étatisme et le dictatorial.

En bout de route, Gorbatchev tombera, Andreotti aussi, et aujourd’hui ils sont comme des fantômes qui rôdent encore quelque part, tous les deux étant vivants, en quête peut-être d’un rêve impossible.

Le film par ses choix esthétiques ne cherchent pas à apporter des réponses. Il témoigne seulement d’une époque. Quel accueil a-t-il reçu en Italie ? Toni Servillo qui joue le personnage clef, souvent filmé en gros plan comme sur photo, accomplit un miracle pour se couler en un personnage globalement exagéré et même temps si humain ! Son entretien avec Eugenio Scalfari, le responsable de La Repubblica est une scène marquante.

Pour le premier intéressé qui a vu le film en séance privée, il s’agit « d’un mauvais travail, une saloperie de plus qui retourne la situation et montre un personnage qu’il n’a jamais connu ». Fair play, il ne portera pas plainte car « pour une homme politique, il vaut mieux être critiqué qu’ignoré ». Un sens de l’humour du personnage qui marque tout le film en commençant par la phrase de départ : « Sauf les guerres puniques, on m’aura accusé de tous les maux de l’Italie ». Faut-il le plaindre à la fin ? C’est plutôt cette autre question qui court pendant la projection : que restera-t-il de son œuvre ?

3-03-2009 Jean-Paul Damaggio

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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 11:10

Editer des livres, c’est d’abord et avant tout rencontrer des hommes, des femmes et leurs histoires souvent grandioses. J’en offre une ici d’un homme chaleureux, qui a écrit plusieurs livres, pour, ainsi, rendre hommage à mon grand-père également maçon italien arrivé sur les bords de l’Aveyron afin d’échapper à la misère et au fascisme de Duce.

 

Le maçon italien

 

En 1935, il avait six-sept ans mais se souvient très bien de l’arrivée de l’Italien dans sa famille. Son père avait besoin d’une grange et embaucha un imposant Calabrais pour accomplir cette tâche en lui donnant pour outil un cheval et une remorque. Cette famille très catholique préféra dans un premier temps tenir à distance ce travailleur connu comme anti-fasciste. Mais nous étions à Laguépie, en Tarn-et-Garonne, une rare commune de France où il y avait la faucille et le marteau sur le Monument aux Morts, et où il était facile de vérifier que le maire communiste n’avait pas le couteau entre les dents. Donc, rapidement, le Calabrais fut admis comme membre à part entière de la famille où il aimait prendre sur ses genoux la petite sœur de l’homme qui me raconte cette histoire.

 

La construction de la grange fut un chef d’œuvre construit pas à pas, au pas du cheval et au pas de l’homme, un chef d’œuvre où l’Italien fit preuve de son immense science. Il fit tout tout seul, jusqu’à la poudre indispensable pour briser les blocs de pierre et qu’il confectionnait en allant chercher le salpètre sous un pont. Vous comprenez ce que ça signifie :TOUT se faire ? Les murs, la charpente, le toit et tout ce qui va avec les murs, la charpente et le toit !

 

Sa famille était en Italie mais il ne disait rien, il travaillait contre le temps et avec méthode. Cependant le bâtiment ne fut pas sa seule œuvre.

 

Son humanité marqua profondément toute la famille si bien qu’à l’achèvement des travaux en plus du salaire mérité le père de famille décida d’offrir un vélo en cadeau, un cadeau pas facile à faire vu les moyens financiers disponibles qui excluaient le fils d’un tel moyen de déplacement si envié, mais un cadeau fait de bon cœur. Et cette humanité eut deux dernières conséquences.

 

La première c’est qu’il décida, avec son vélo, de partir pour l’Italie afin de rejoindre sa famille. Pour revenir en France ensuite ? Personne ne le saura. Grands et petits de cette ferme de Laguépie attendirent en vain des nouvelles qui ne sont jamais venu du Calabrais auquel ils s’étaient tant attachés.

La deuxième conséquence est une simple hypothèse de l’homme qui me raconte l’histoire : son père très catholique, très conservateur est devenu naturellement pétainiste mais jamais il ne tomba dans la collaboration, et cette retenue, qui évita sans doute des drames possibles, c’est au souvenir laissé par l’Italien disparu qu’il l’attribue.

6-12-2008 Jean-Paul Damaggio

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