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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 20:10

Les grands commentateurs ayant tout dit sur le cas des grands partis portons le regard sur les résultats du Front de Gauche :

6ème de l'Hérault : - 1,33

13ème des Hauts-de-Seine  : + 1,02

1ère du Val-de-Marne  : + 0,43

 

Ces résultats sont à relier à la chute du PS qui ne bénéficie pas au FdeG et à la disparition de l’extrême-gauche qui là aussi ne se reporte pas.

L’abstention plus forte que pour les autres partis ?

C'est sûr, le phénomène majeur c'est l'abstention.

Mais bon, des partielles, ce sont des partielles… JP Damaggio

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 21:54

J’étais jeune et parmi les journalistes qui m’ont appris à lire j’ai toujours compté Michel Naudy. Il était au cœur de la presse du PCF, et avait une plume trempée dans une encre fabuleuse. Après 1981 je l’a vu passer à la télé comme Michel Cardoze, au parcours assez similaire, mais à la nature moins rebelle.

C’était le temps de la crise du PCF et du PS ce qui donna la naissance en 1988 à un nouvel hebdomadaire appelé Politis. Parce que Michel Naudy était de la partie, je me suis mobilisé comme jamais je ne l’ai fait pour un journal dont les lecteurs étaient «propriétaires ». J’ai attendu avec impatience le premier numéro (21 janvier 1988) sans imaginer que 40 numéros plus tard ça serait la douche froide. Le 9 décembre 1988, voici exactement 24 ans, j’ai lu le dernier article de Michel Naudy et la semaine suivante voici le petit mot de Bernard  Langlois :

«Une crise de direction couvait à Politis, qui a fini par éclater. Des démissions s’en sont suivies, dont certains journaux ont paré. Une mission du Conseil de surveillance a souhaité tenter une médiation et permettre certains démissionnaires de revenir sur leur décision. Nos actionnaires seront informés plus en détail sur la situation dès que cette mission aura accompli la tâche qu’elle s’est fixée. En attendant Politis continue et entend rester le journal libre et engagé qu’il a toujours été. En allant dans le sens d’une plus grande ouverture d’esprit et d’une qualité professionnelle plus grande. Les lecteurs seront juges. » B. L.

 Les lecteurs-actionnaires ne seront jamais juges car ils ne seront jamais informés. J’ai envoyé un mot à Bernard Langlois qui m’a répondu comme si j’étais un chien ! C’est seulement aujourd’hui 9 décembre 2012 que j’apprends, sous la plume de Michel Soudais, la raison de cette crise que Bernard Langlois a refusé d’expliquer.

« Cette collaboration [entre Soudais et Naudy] a duré une dizaine mois. Car, fin 1988, une vilaine crise interne est venue se greffer sur les difficultés financières que Politis affrontait comme toute entreprise de presse naissante. Pour faire simple, la querelle portait sur le positionnement du journal. Fallait-il le recentrer vers l’ensemble des courants et des cultures de gauche ? Ou renforcer son côté rebelle ? Ce dernier choix était celui de Michel Naudy. Au sein du directoire de quatre membres qui assumait la direction collégiale de Politis, et dont il faisait partie, les deux options étaient à égalité, deux contre deux. Dans la rédaction, cela se jouait à douze contre douze. Les statuts de l’entreprise avaient donné une voix prépondérante au président du directoire, Bernard Langlois, qui en usa. C’est ainsi que Michel Naudy a quitté Politis avec Rémy Galland, autre rédacteur en chef membre du directoire, suivi par dix journalistes, après une ultime AG, particulièrement houleuse. »

 Depuis j’ai appris que Michel Naudy vivait en Ariège et j’aurais aimé le rencontrer mais ça ne se fera pas. Etrangement il entrera puis quittera le Parti de Gauche dans les mêmes conditions que pour Politis : dans le silence. Je n’avais pas été attristé par la crise de Politis mais par la façon de la présenter. Il existe toujours une gauche qui demande le débat démocratique à mille occasions sauf pour parler d’elle-même réduisant ainsi un débat de fond à une querelle de personnes. De ce fait le communiqué du Parti de Gauche est un morceau d’anthologie d’un siècle que je voudrais oublier :

« Michel Naudy a mis fin à ses jours dimanche dernier. Michel a eu plusieurs vies militantes. Il a été successivement, et tout à la fois, communiste, même après être parti du PCF, et profondément républicain, d’esprit libertaire également. Il a été en réalité un résistant au sens premier du terme. Sa carrière de journaliste a d’ailleurs profondément pâti de son engagement sans fard ni calcul. Le communiqué du SNC-CGT que nous reproduisons ci-après, le dit : sa liberté de ton, ses qualités d’investigation, son indépendance vis-à-vis du pouvoir et du monde de l’argent, l’ont conduit à être mis sur la touche par France 3. Il a profondément souffert de ne plus pouvoir exercer ce métier au sein du service public, mais il a sans cesse poursuivi son travail d’enquêtes journalistiques, qu’on pouvait retrouver dans les livres, dont il a été l’auteur.

En tant que responsable du MARS (Mouvement pour une Alternative Républicaine et Sociale), Michel a également été l’un des fondateurs du Parti de Gauche. Nos chemins se sont séparés sans que nous puissions y remédier, ni parfois le comprendre vraiment. Mais l’homme était entier, avec les immenses qualités que cela suppose et le côté tranchant et définitif que cela implique parfois. Nous avons regretté de ne pas avoir poursuivi ce chemin ensemble. Surtout, Michel souffrait. Sans doute trop puisqu’il nous a quittés. Sa voix, son humour, sa culture immense, son tempérament manqueront à beaucoup de monde en Ariège, où il vivait, et ailleurs. Le Parti de Gauche lui rend hommage et adresse ses condoléances sincères et fraternelles à ses deux fils Jean-Baptiste et Martin, ainsi qu’à sa famille et ses amis. » (le gras est de moi)

 Ne pas pouvoir le comprendre ? Un habitant à l'acent rocailleux de son Ariège natale est difficile à comprendre quand Paris est aux commandes… JP Damaggio

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 18:08

Bien que passionné par les questions des Amériques, je n’ai croisé que dernièrement, Bill Hybels, fondateur de la Willow Creek Community Church. Pourtant l’homme vaut son pesant d’or si je puis m’exprimer ainsi. Inventeur d’une église construite sur la base de la demande de croyants et non sur la base des principes de la religion, il est à l’origine de cette théologie d’avenir baptisée « théologie de la prospérité ».

Sa stratégie n’est pas le fruit d’une vision venue du ciel mais d’une enquête conduite minutieusement dans son entourage afin de déterminer pourquoi les croyants s’éloignaient de l’église. Et il n’a pas eu besoin de faire appel à un sociologue pour comprendre qu’une église c’est triste, sombre, ordonné. Il a donc décidé de faire appel à la vidéo, aux musiques actuelles et de décorer son lieu de culte comme une salle des fêtes. L’expérience religieuse devient un des enfants de Disneyworld.

Comme souvent aux USA, le pragmatisme commande et c’est donc seulement après la réussite de Bill Hybels (il peut atteindre 25 000 présents à sa messe dominicale dans sa méga-église) que d’autres ont commencé à philosopher sur le phénomène. Ce qui nous conduit des années 70 de Bill, aux années 2000 de David, quand la nouvelle religiosité trouve son maître à penser : David Wells.

 D’églises productrices à églises consommatrices

La télévision deviendra le canal majeur de diffusion de la religion de l’avenir ayant pour base les lois du spectacle, c’est-à-dire ici du divertissement. La religion devenue une entreprise avec ses consommateurs, son chiffre d’affaire, son marketing et ses lois du marché aura la télé comme vecteur majeur sans pour autant s’arrêter là. C’est avec la Lakewood Church de Joël Osteen qu’on vérifiera le mieux ce phénomène. Située à Houston dans l’ancien stade de Houston Rockets la présence dominicale est passée de 6 mille en 1999 à 25 mille en 2003 pour atteindre 43 mille en 2011. Par quel miracle si je suis dire ? Après un investissement qui passa de 6 à 12 millions de dollars par an en direction des télévisions : son programme de « l’église » a pu passer d’une heure très matinale à la tranche de 8 à 10 h du matin !

Cette « église », comme des centaines du même type, s’affirme contre les religions, au nom de la culture ! Pas besoin d’être convertis, il suffit de vouloir la culture de l’Evangile, la culture du Royaume de Dieu et tout est pour le mieux ! Pour qui veut comprendre cette mutation il suffit de se rendre sur la page web de cette « église » ! (1)

Désacraliser Dieu pour sacraliser l’argent ? Pas du tout !

Lakewood Church est au Texas lieu d’une importante population latino, en conséquence un pasteur latino, Marcos Witt, s’adresse à eux pour prêcher la pensée positive. « Oui, leur dit-il, vous avez de bas salaires, vous êtes dépréciés, rejetés dans les basses classes, eh bien ! c’est un privilège car ainsi vous êtes sur la liste des personnes que Dieu va aider. Dîtes merci à ceux qui vous méprisent car ainsi Dieu va faire de vous un guerrier. »

L’église catholique fait un peu de même à chaque enterrement quand elle demande aux gens de ne pas pleurer puisque l’homme qui part va au paradis et reviendra à l’heure du jugement dernier. Mais elle ne joue que sur des cordes minimes : pour l’essentiel, elle plaide le soutien à elle-même. Les « églises » nouvelles ne veulent rien pour elles, tout revient au consommateur qui doit cependant acheter le produit qui va le sauver, et dont la base s’appelle « confiance en soi ». La campagne d’Obama « Yes we can » est la traduction la plus explicite de cette démarche qui fait de la volonté de chacun, le moyen de se sortir de la misère. En clair, si vous êtes pauvres, c’est au bout du compte que vous le voulez bien ! Ce qui n’est pas nouveau sauf quand ça devient l’objet d’un commerce religieux !

 Consommez-vous vous-mêmes !

Rien d’étonnant si la religion de l’avenir nous vient des USA. Elle correspond à la construction même du pays, à ses valeurs de référence, au « rêve » américain. « Que vous soyez pauvre ou pas, si vous vous battez vous pouvez réussir. Vous êtes un noir marginal du Bronx alors pensez aux grands joueurs de basket et autres références sportives qui vous démontrent que vous pouvez sortir du ghetto ». Tout ceci suppose une mobilité sociale phénoménale. En conséquence le succès de Lakewood Church (je prends un exemple mais c’est le fait général) tient plus au porteur du message qu’à son contenu. Joël Osteen et sa femme qui, par les hasards de la vie, s’appelle Victoria, sont la démonstration concrète que Jésus est rentable. Sortis de rien, ils sont arrivés à tout car ils croyaient en eux et ceux qui viennent l’écouter ne cherchent pas à apprendre le monde, mais à trouver le meilleur d’eux-mêmes ! Les prêcheurs conduisent donc un spectacle dont ils sont les héros exactement comme cette série de livre dont « vous êtes le héros » car vous pouvez en choisir la fin ! Vous n’êtes plus soumis à un auteur de roman (ou à toute autre autorité) car vous décidez… parmi les fins que proposent l’auteur !

La nouvelle religion est celle du narcissisme militant fortement cultivé, quand celle d’hier était celle d’une soumission militante qui devait être récompensé plus tard. Les croyants d’aujourd’hui veulent la récompense sans attendre ! Ils veulent perdre du poids, en finir avec la drogue, obtenir une promotion ou même guérir d’un cancer dans les plus brefs délais ! On leur répond qu’ils le peuvent s’ils le veulent. Le culte de la volonté se moquant de la réalité !

Les nouveaux prêtres ne sont pas ordonnés par un pape mais par la loi du marché : leur vie est la preuve de leur réussite. Jésus devient rentable pour ceux qui l’écoutent comme pour ceux qui le vendent !

 Une théologie sanctifiée par le marketing

Le marketing a pour fonction d’établir la jonction entre un client et un produit jusqu’à, si nécessaire, modifier le produit suivant les vœux du client. L’église catholique, sans le soutien du marketing, a su elle aussi, s’adapter aux religions du passé, aux peuples convertis, aux pratiques païennes. Cependant, avec la théologie de la prospérité, l’adaptation se fait religion. Hier le produit était adaptable, aujourd’hui l’adaptation fait le produit !

Donc cette adaptation devient un commerce en lui-même, dont le maître d’œuvre est la compagnie de publicité Kingdom Ventures, le prêtre des prêtres, avec la publication d’un manuel pour apprendre aux prêtres à penser comme des entrepreneurs. Quand Lakewood Church augmente le nombre de ses fidèles de 57% par an depuis des années, c’est un succès qui appelle le succès !

N’est-on pas face à un calvinisme poussé aux extrêmes ? Tous les pentecôtismes sont des enfants du protestantisme mais pourquoi sont-il capable, à présent, de vaincre l’église catholique y compris dans une de ses terres les plus cruciales, l’Amérique latine ?

 Dieu en Amérique latine

Ce n’est pas un hasard si j’ai découvert cette analyse, que je tente de résumer, dans une revue du Nicaragua, Envio : le Nicaragua, une terre bien connue de la théologie de la libération qui a apporté sa touche originale au courant sandiniste.

Toute l’Amérique latine voit se fissurer la puissante domination catholique et les observateurs en sont abasourdis. Le Brésil n’est pas en pointe pour hasard : cette théologie de la prospérité a besoin, pour un brin de crédibilité, d’une classe moyenne visible qui va en être porteuse. Quand spontanément certains crièrent en 1968 : « Rien n’est impossible », ils n’exprimaient involontairement qu’une « évidence » à venir : « Avec Dieu rien n’est impossible ! ». De même, l’idée qu’il faut être positif, est à la base de la dite religion et partout aux Amériques elle a fini par faire croire que ceux qui disent NON, sont des esprits négatifs, des emmerdeurs pour parler poliment.

La crise financière est un outil supplémentaire pour développer cet appel à Dieu, le seul capable de nous sortir de la folie de la consommation, du désir de vouloir toujours plus. La théologie de la prospérité peut très bien en appeler aux « merveilles » de l’austérité ! Ayez un coach adapté à vous-mêmes et Dieu fera le reste… Et sachez-le, le diable est celui qui vous susurre : « C’est mal de prospérer ! »

 Le marxisme et la religion

Les articles que j’évoque (2), commencent par une citation de Gramsci mais sans la référence précise : « La question fondamentale de la religion –entendue non sur le plan confessionnel mais laïque – est celle de l’unité de la foi au sein d’une conception du monde, se traduisant par une conduite à tenir. Mais pourquoi appeler cette unité de la foi, « religion » et non idéologie ou sans ambages, politique ? »

Gramsci était bien placé pour étudier, sous tous ses angles, la religion, ses rapports avec l’Etat, les liens entre France et Italie quant à l’activité de l’Action catholique etc. Mais des intellectuels d’aujourd’hui ont négligé cet apport car ils en restent à l’idée que la religion, depuis la sécularisation, n’a que des effets marginaux. D’autres quand ils traitent de l’Islam sont encore plus embarrassés car depuis longtemps ils tiennent le peuple et sa réalité à distance aussi, soit ils s’inclinent « puisque le peuple veut la charia… », soit ils pleurent « Ah ! le peuple ! que peut-on en attendre de bon… ».

Un chercheur se distingue : Michael Löwy (3) qui a publié en 1998, La Guerre des dieux, Religion et politique en Amérique latine. Ni dans son article sur Gramsci, ni dans son livre il n’évoque cette mutation religieuse. C’est dire d’une part que l’évolution est rapide et d’autre part que 30 000 fidèles dans une église du Guatemala c’est pas un point crucial de l’actualité. Les sectes attireront plus facilement l’attention.

 Or Marx nous avait prévenus : le capitalisme va, sur la base de son système économique, chambouler tous les rapports sociaux, donc il chamboule aussi la nature de la religion dont le caractère historique n’est plus à démontrer. Les efforts de la pensée méritent de sortir du face à face stérile entre évidence et dissidence afin de mieux interroger la réalité et plus particulièrement celle du peuple qui échappe en fait à l’autre face à face, l’admiration et le mépris. Jean-Paul Damaggio

 P.S. Cet article est un complément de plusieurs autres sur la religion au Mexique ou au Chili mais aussi de : la crise de l’Europe vient de loin

 

1 http://www.iglesialakewood.com/Pages/Home.aspx

2 http://www.envio.org.ni/

3 http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article3725

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 20:03

                    religion-chili.jpg

Contrairement au Mexique (1), au Pérou ou à l’Equateur, la religion au Chili ne se présente pas sous la forme d’immenses cathédrales mais davantage dans la rue, par des graffiti, des prêches sur les places, des peintures murales, des processions, des groupes divers utilisant la danse, la sono et le spectacle.

Dans un autre article (2) on y a découvert la présence de prêtres ouvriers d’un côte, et une hiérarchie soutenant Pinochet de l’autre.

La théologie de la libération n’a pas de titre de gloire chilien par contre l’Opus Dei s’est développé plus que partout ailleurs.

Mais comme partout aux Amériques, le catholicisme est en perte de vitesse pour de multiples raisons. Encore un cas de pédophilie faisait les titres des journaux en octobre 2012… L’essentiel cependant est ailleurs, c'est-à-dire du côté de la théologie de la prospérité. Il s’agit en fait de la religion made in USA !

On peut nous répéter que partout aux Amériques la gauche marque des points, le fait majeur est bien différent. Si sur le plan économique et social la domination des USA est en perte de vitesse, sur le plan spirituel une énorme mutation est engagée où on vérifie que toute la variété des pentecôtistes chère aux nord-américains est en pointe. Le Brésil, un de lieux par excellence de la théologie de la libération devient à grande vitesse le lieu de la théologie de la prospérité ce qui n’est pas surprenant car c’est un des pays le plus puissant de la zone.

 

La théologie de la prospérité est la religion de l’avenir car elle ose tout. D’abord tout croyant y est prêtre. Il n’y a plus la hiérarchie établie entre les fidèles et les clergés héritée de l’aristocratie. Même un enfant peut devenir prêcheur !

D’où la fragmentation incroyable des « boutiques » religieuses.

Ensuite dieu n’est plus là pour sauver les âmes mais pour sauver les portefeuilles surtout chez tous ceux, et ils sont nombreux, où il existe un impératif de le sauver. En conséquence le culte de Jésus devient plus fort que celui impersonnel de Dieu, non que Jésus ait prôné le succès personnel, mais parce qu’il est un « humain ».

Et le fait marquant c’est qu’elle fait spectacle. Le recueillement n’est pas de mise et les corps ne sont pas en repos. Les stars du prêche sont d’abord des stars de la télévision. Mais la religion serait bien triste si elle était seulement sur écran car le fondement de la religion s’appelle la communion, aujourd’hui plus que jamais.

 

Dans une rue de Santiago nous avons eu droit à la forme la plus spectaculaire de cette forme religieuse sur laquelle je reviendrai.

J-P Damaggio

 

 1 Mexique et religion

 

2 la mort de pierre dubois

        la-danse.jpg

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 19:55

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Ceux qui auront lu mes articles précédents sur Violeta Parra peuvent deviner que cet article me convient totalement. Oui il vaut mieux comparer Violeta à Woody Guthrie mais ce chanteir est moins commercial que Bob Dylan… Par ailleurs je découvre une belle référence à Nicanor Parra et enfin la photo très belle qui n’est pas celle de la version internet du journal.

Jean-Paul Damaggio

 

 

Libération 28 novembre 2012

Violeta Parra, la voix du Chili incarnée

Par FRANÇOIS-XAVIER GOMEZ

Protest song . Le livre publié par Angel Parra sur sa mère, légendaire chanteuse folk engagée, a inspiré le film du réalisateur Andrés Wood.

 

Plus qu’à Bob Dylan, comme le fait la publicité du film, c’est à Woody Guthrie qu’il faudrait comparer Violeta Parra. Née dans la pauvreté en 1917, elle se donne pour mission de sauvegarder les traditions populaires menacées avant de composer ses propres chansons. Elle partage avec le père du folk song américain l’engagement politique auprès du Parti communiste, et les deux artistes meurent la même année : elle en février 1967 (suicide), lui en octobre (maladie).

Le beau livre Violeta ma mère, d’Angel Parra (1), inspire Violeta, première fiction (après divers docus) sur la vie de la chanteuse. Sans chronologie, le fils remonte le cours capricieux de la mémoire pour évoquer une femme passionnée et intransigeante, à qui le maquillage faisait horreur, qui se fâchait contre les spectateurs inattentifs lors de ses concerts.

Revolver. Le film d’Andrés Wood, auteur du remarqué Mon Ami Machuca, en 2004, souffre d’une écriture parfois pesante (excès d’images récurrentes). Porté par l’interprétation de Francisca Gavilán, il restitue dans son âpreté le parcours douloureux d’une femme d’exception : la misère de ses origines, l’alcoolisme du père puis du mari, le mépris de l’ordre bourgeois (qui le lui rendait bien), son amour contrarié pour un musicien suisse, son installation dans un chapiteau qui ne fait pas recette. Et enfin le coup de revolver qui la délivre de son mal-être, quelques mois après avoir enregistré une des plus belles chansons jamais écrites : Gracias a la vida.

Comment une femme du peuple se hisse-t-elle contre vents et marées jusqu’à devenir l’un des grands noms de la chanson de langue espagnole, à l’égal de l’Argentin Atahualpa Yupanqui ? Angel Parra souligne l’influence du frère aîné, Nicanor, «qui parvient le premier à s’extraire d’un milieu très humble, part étudier les mathématiques en Angleterre et revient transformé en lord anglais. C’est lui qui incite ma mère à écrire sa vie sous forme de décimas, ces strophes de dix vers dont la forme remonte au Moyen-Age.» Nicanor Parra, père de «l’antipoésie», couronné en 2011 par le prix Cervantès, a fêté en septembre ses 98 ans.

Dans son livre, Angel Parra souligne l’expérience du cirque de Violeta. Grâce à sa sœur mariée à un artiste forain, elle sillonne le Chili avec un spectacle itinérant qui la met au contact des réalités sociales (la vie misérable des mineurs) et de la diversité du folklore. Une tradition la marque profondément : celle de la «veillée de l’ange», organisée à la mort d’un enfant. Elle décrit le rituel dans la chanson Rin del Angelito, plusieurs années avant de perdre sa fille de quelques mois.

Manuscrits. Angel Parra, né en 1943, a joué un rôle important dans la politique culturelle du président socialiste Salvador Allende. Quand le général Pinochet renverse le gouvernement démocratique, Angel est enfermé dans un camp. Il débarque en France en 1975, passe dix ans à chanter, avec sa sœur, Isabel, dans des meetings de solidarité avec le peuple chilien. Aujourd’hui, il s’est tourné vers l’écriture avec, outre les souvenirs de sa mère, quatre romans publiés. «2013 va être une année clé, affirme-t-il,avec l’ouverture du musée Violeta-Parra, en mars, à Santiago.» Il réunira les manuscrits de la chanteuse et son importante œuvre plastique (tableaux, tapisseries). «Avec le livre et le film, le musée, la publication de l’intégrale des œuvres de ma mère en 13 CD, je jugerai ma mission achevée», confie le fils dans son appartement parisien.

Au Chili, Violeta (dont le titre original est Violeta s’en fut au ciel) a réuni plus de 500 000 spectateurs. Sa sortie en 2011 a coïncidé avec la mobilisation contre la baisse des budgets de l’enseignement public. Dans un défilé, les étudiants brandissaient une pancarte :«Violeta n’est pas au ciel, elle marche avec nous.»

(1) Editions Ecriture, 2011.

VIOLETA d’ANDRÉS WOOD Avec Francisca Gavilán, Christian Quevedo, Thomas Durand… 1 h 50. En salles. 

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 16:43

                   hugo-a-Arica.jpg

Les Editions La Brochure ont publié :

Victor Hugo à la Havane de M. Vivas

Victor Hugo au Mexique de Jean-Paul Damaggio

Nous nous dispenserons du livre Victor Hugo au Chili en nous contentant d’offrir la photo de la couverture d’un des livres de la bibliothèque d’Arica.

Jean-Paul Damaggio

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 16:36

Entrevue avec Marta Harnecker« Le plus grand triomphe de la mobilisation étudiante est de changer la façons de penser la société »Jose Robredo H.Rastro

  Harnecker est retourné au Chili pour participer au deuxième séminaire « Marxismes au XXIe siècle », une réunion tenue dans la bibliothèque de Santiago et dans la Faculté des sciences humaines de l'Université de Valparaíso les 22, 23 et 24 novembre derniers. Il y a eu la participation d'éminents auteurs et chercheurs, qui ont discuté et réfléchi autour à la validité et la pertinence, qui possède aujourd'hui les œuvres de Marx dans le contexte latino-américain. Pour toutes les présentations et débats qui ont été soulevées dans la chaleur des exposés, il a été souligné la présence importante du public, en particulier les jeunes,

Dans ce contexte, la sociologue chilienne, Harnecker, auteur de plus de 80 œuvres qui comprennent « Les concepts élémentaires du matérialisme historique » et « Cahiers d’éducation populaire », a participé à la table « les mouvements sociaux et politiques en Amérique latine », soulignant que les processus qui se vivent actuellement en Amérique latine ont une relation directe avec la grande participation des citoyens. Au cours d’une brève pause entre les exposés, Marta Harnecker a bavardé avec El Rastro au sujet de son regard sur l'évolution de la pensée marxiste depuis les années de guerre froide jusqu'à nos jours et comment visualiser cette évolution au Chili.

 Comment peut-on expliquer à quelqu'un du 21e siècle ce qui provient du marxisme ?

Je pense que « le » marxisme ou la pensée de Marx a subi une évolution par rapport à ce que nous avions compris au cours des années 1960, et ce que nous voyons maintenant. Ce penseur - Karl Marx - a eu beaucoup d'interprétation, et sa grande contribution c’est de nous donner à comprendre comment fonctionne cette société et plus particulièrement le système capitaliste. Dans ma jeunesse, j'ai été un chef de file de l'Action catholique, parce que je voulais que les hommes s’aiment les uns les autres ce qui est un principe fondamental du christianisme, et le marxisme m'a fait découvrir que pour atteindre cet objectif il fallait une société qui soit organisée pour promouvoir la solidarité et qui ne soit pas structurée pour encourager la concurrence. Voilà pourquoi je suis passée du catholicisme au marxisme, parce qu’à partir de Marx tu peux t’expliquer pourquoi dans le capitalisme cette solidarité est impossible. La logique du système capitaliste te pousse vers la concurrence des uns contre les autres. Par conséquent, même si l'employeur veut mieux payer plus ses travailleurs, la « concurrence » l’en empêche et fondamentalement ça se passe ainsi parce que s’il paie plus, il perd en rentabilité, les coûts sont augmentés et finalement c’est la faillite. Il n'a d'autre alternative que cette recherche de rentabilité permettant de survivre ce qui signifie la réduction des coûts, c'est-à-dire les salaires.

 Ce fait se reflète dans l'inégalité qui existe dans le pays...

Il s'agit d'une logique invisible pour tous, elle ne se voit pas. L'employé est d'avis que s'ils l’ont embauché pour un salaire, cette rémunération est équitable, ou plutôt, qu'elle est appropriée au travail qu'il réalise. De même, pour de nombreux travailleurs c'est juste que le capitaliste soit celui qui recueille la plus grande partie du gâteau, l'excédent de production, mais il ne réalise pas que c’est lui, le travailleur qui produit la richesse et que le capitaliste gagne grâce aux travailleurs embauchés. Selon la pensée de Marx, la richesse est produite par le travail et non par le capital. Le capital est même le résultat d'une accumulation de travaux antérieurs, capturés par le propriétaire du capital, principalement en raison des relations de pouvoir asymétriques, à la suite des dominations coloniales et politiques ou de suprématie militaire. Si nous étions observateurs lucides, nous verrions que la pensée de Marx est claire sans beaucoup de difficultés pour comprendre ce que nous voyons tous les jours dans notre société.

 Maintenant pourquoi faut-il  parler des marxismes ?

Parce que Marx a eu  différentes interprétations. Il y a le marxisme mécaniste qui se limite au déterminisme et pour lequel il ne peut y avoir aucune action humaine efficace, où les changements sont le fruit d'une évolution mécanique qui se trouve dans l'histoire. Il y a ceux qui affirment que la dynamique des sociétés et personnes, ainsi que la pratique révolutionnaire, sont importants dans les processus de changement et de transformation du capitalisme, donc il peut y avoir  marches et revers, progrès et recul, révolutions et contre-révolutions, et où rien n'est assuré. Ce n'était pas imaginable ni possible quand j’étais étudiante. Aujourd'hui, il y a débat et controverse... et c'est très intéressant parce que par le passé, ceux qui avaient une pensée différente étaient assimilés à des ennemis. Maintenant, il faut s'habituer au dialogue, à construire notre pensée en discutant. C’est pour cette  raison que cet événement organisé au Chili a été si intéressant et particulièrement grâce à la présence de jeunes.

 Que diriez-vous maintenant du fait que la pensée marxiste intéresse particulièrement les nouvelles générations d'intellectuels ?

La dictature a essayé d'effacer et de déformer l'expérience de l'unité populaire (UP), arguant qu’elle a été désastreuse pour le développement du pays, et à tout point de vue. Puis arrive la chute du socialisme soviétique et de sa conversion au capitalisme. Sans parler maintenant de communisme chinois : une forme de capitalisme, organisé et promu par le parti communiste chinois. Eduardo Galeano dit: "nous avons été invités à un enterrement dont les morts ne sont pas les nôtres," parce que le socialisme que nous voulions - peut-être que les communistes avaient une autre idée en tête - a été très différent du socialisme soviétique qui est tombé sans être l'idéal du socialisme ; il avait déjà ses déformations, déjà, à l’époque, des gens de gauche ont critiqué le socialisme bureaucratique et le manque de participation des citoyens dû au manque de libertés. Il n'est pas surprenant que les jeunes intellectuels retournent pour réviser Marx, sa pensée - en particulier sa critique du capitalisme – qui reste valable, aujourd'hui plus que jamais. Son travail intellectuel n'a pas été dépassé.

 Ce qui se passe en Amérique latine (plus précisément au Venezuela, Équateur, Bolivie et d'autres) est-ce que ça a des relations avec cette renaissance ?

D’abord il y a eu des expériences concrètes qui ont tenté de sortir de la matrice néolibérale, puis la renaissance de la pensée de gauche. En fait les processus qui ont eu lieu dans ces pays n'avaient pas de parti communiste ni le marxiste militant à leur tête. Son obstétricienne était le néolibéralisme, qui rendit les inégalités telles avec ce néocapitalisme sous forme de néolibéralisme, que ces peuples, d'abord résistèrent, et puis se sont révoltés jusqu’à faire apparaître des présidents, quand ils se sont rendus compte qu’il leur fallait des dirigeants avec des plates-formes anti-néolibérales. Ces processus politiques plus la crise mondiale du capitalisme, a fait que les intellectuels de gauche ont tournés à nouveau leur regard vers la pensée de Marx pour lui donner une nouvelle lecture jusqu’à le changer en un marxisme plus authentique, plus énergique, plus proche d'une réflexion complexe qu’une pensée dogmatique, ou une recette de Conseil politique. Pour moi, aujourd'hui, à partir de la pensée de Marx nous pouvons concevoir et penser une société de complet développement pour le peuple. Dans cette société idéale que nous voulons atteindre, chacun doit nécessairement apporter sa contribution, dans la mesure de ses capacités ; ainsi, cette société idéale devrait donner à chaque membre ce dont il a besoin. L'idée est que cela réponde aux besoins de chacun, c'est-à-dire une société où la place centrale est aux besoins de la population, mais, en prenant certaines précautions à cet égard. Nous étions très égalitaires, ce qui, par la voie du collectivisme, annula la personne et sa créativité. Égalitarisme et collectivisme sont des déviations du marxisme que le socialisme réel a mis en pratique. Le logement, la santé ont été donnés, la pauvreté a été résolue, mais par de décisions de sommet, sans que le peuple ait conquis ces droits.Aujourd'hui, nous savons que la pensée de Marx est beaucoup plus complexe et riche que celle présentée par le collectivisme et l'égalitarisme. Il est toujours possible d'extraire de l’œuvre de Marx, des réflexions qui nous permettent une vue plus éclairée, diversifiée et complète, de ce qui est aujourd'hui le développement capitaliste. Il faut nécessairement en passer par Marx, si on veut surmonter le système capitaliste.

 Maintenant au Chili qui a été, et est, le résultat du néolibéralisme, comment vous pensez atteindre ce processus ?

La première chose à dire est que le Chili a été le premier pays à avoir essayé un socialisme différent du soviétique. Allende avait la vision d’un socialisme qui pouvait être construit par des moyens démocratiques, ce qui est le chemin emprunté aujourd'hui par les gouvernements de Chávez, Correa, Morales, entre autres et dans ce sens ont a été précurseurs du « socialisme du 21e siècle ». Maintenant, je pense que si le terme «socialisme » est trop discrédité au Chili et, en ce sens, je suis d'accord avec le vice-président de la Bolivie (Álvaro García Linera) qui dit que peu importe le nom du processus... pour moi j'aime le nom de "vie en plénitude » qui résume les valeurs marxistes.

 Mais au Chili la question est apparemment plus complexe.

Eh bien, c'est une très longue lutte. Marx parle de « fumier du passé » et de la culture héritée comme un gros problème. On ne peut vaincre ce fait par le biais de la prédication, mais par la lutte : le plus grand triomphe de la mobilisation étudiante est de changer nos têtes, dans la société au Chili. Je ne perds pas espoir, il y a deux ans j'ai été au Chili et n’ont ne voyait rien... je ne veux pas dire que nous sommes en pleine révolution, mais nous sommes en chemin. Nous devons nous rappeler que les forces qui ne veulent pas de changement sont puissantes, et que ces processus peuvent conduire à la fragmentation qui a été le facteur tragique dans la défaite du processus de l'unité populaire.  

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 14:43

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Philippe Cohen et Pierre Péan viennent de consacrer à Le Pen une imposante biographie. Je l’ai appris par Maurice Szafran dans Marianne qui n’ira pas par quatre chemins dès le titre de son article : « Jean-Marie Le Pen, la réhabilitation ». Ayant d’autres lectures en cours, je ne suis pas allé vérifier. Voilà que « Le Canard » n’est pas plus tendre pour le livre. Alors je m’inquiète. Peut-être quelqu’un m’enverra les réponses des auteurs ? Pour le moment je vous offre l’article du « Canard ». J P Damaggio

 La bio de Le Pen soumise à la torture

APRÈS tout, ce pourrait être une bonne nouvelle : le lieutenant Jean-Marie Le Pen n'a pas torturé en Algérie. Le rude soldat s'est « sans doute » laissé aller à « brutaliser » quelques suspects. Mais la gégène, la baignoire, jamais. Et, s'il lui est arrivé de laisser entendre qu'il avait bien mis la main à la pâte, c'était pure vantardise et rodomontade. C'est la thèse défendue par Philippe Cohen et Pierre Péan dans la copieuse biographie qu'ils viennent de publier (1). « Le Canard », qui fut le premier à mener une véritable enquête et à retrouver des témoins directs, ne demande qu'à en être convaincu. Hélas, sur ce chapitre au moins, le bouquin est truffé d'erreurs grossières et d'affirmations péremptoires, qui n'ont qu'un dénominateur commun elles dédouanent le fier para.

Question sans réponse

Il serait un peu fastidieux de reprendre les 25 pages de leur longue plaidoirie. Il suffit de relever que les auteurs eux-mêmes comptent pas moins de neuf témoins qui ont affirmé, souvent sous la foi du serment, qu'ils avaient été torturés par Le Pen. Cohen et Péan n'en sont aucunement troublés : tous des menteurs ! Tous arabes, il est vrai. Et, comme le disait Le Pen lui-même à la barre du tribunal, sans doute tous des tueurs du FLN « en service commandé ».

Un fieffé menteur, par exemple, cet Ali Rouchaï, qui, en 1984, raconte pour la première fois son histoire à un journaliste du « Canard ». Arrêté, torturé par Le Pen, il confie, vingt-deux ans après, des larmes dans les yeux : « Que Dieu me pardonne, j'ai craqué, j'ai donné des frères. » Enfermé dans un réduit, pris de remords, il tente alors de se trancher la gorge avec une bouteille. Lors de l'audience du 21 mars 1985, Le Pen se trahit sottement et confirme le récit : « Je lui ai sauvé la vie, à celui-là !» Et c'est exact. Le lieutenant Le Pen a bien transporté Rouchaï à l’hôpital. Le médecin qui l'a soigné racontera, beaucoup plus tard, les manœuvres dilatoires dont il a usé pour retarder le moment de rendre « son » blessé à Le Pen, qui insistait pour lui poser encore quelques questions. Donc tout est vrai. A un « détail » près.

Menteur, encore, l'ancien maître d'hôtel du maire d'Alger, Jacques Chevallier, dont Cohen et Péan ont oublié le témoignage. Arrêté par Le Pen, torturé, il est libéré le lendemain avec un œil en moins. Ce qui provoque une protestation officielle du maire auprès des autorités militaires. Au procès, « Le Canard » a produit la lettre de Jacques Chevallier.

Menteur, toujours, le commissaire Gilles, qui rédige, en 1962, une note sur les sévices au tout jeune Abdenour Yahiaoui. Là, le mensonge confine au paranormal. Devenu un paisible artisan, Yahiaoui est retrouvé à Alger à l'adresse exacte indiquée par le commissaire Gilles. Vingt-deux ans après, il habite toujours la maison familiale. Il n'a aucun lien avec le FLN. Au procès du « Canard », qui a lieu plusieurs mois avant celui de « Libération », il témoigne, sans le moindre ressentiment : c'est bien Le Pen qui s'est occupé de lui. Menteur !

Mais il est vrai que ni Cohen ni Péan n'ont assisté à ces moments terribles où, devant les juges de la 17e chambre, les torturés ont fait face à leur tortionnaire. Ils n'ont pas entendu le silence du prétoire. Ils n'ont pas senti le froid qui s'est abattu sur le public. Ah, ils avaient du talent, les menteurs !

« Que retenir de tout cela ? » se demandent les auteurs. Mieux vaut plutôt oublier les écrits des compères, que l'on a connus mieux inspirés. Oublier, par exemple, qu'ils expliquent doctement que, lors de son procès, « Libé «a été relaxé en première instance. En réalité, le quotidien a été condamné, tandis que « Le Canard », lui, était bel et bien relaxé à l'issue d'une première audience dont ils ne disent pas un seul mot. Un détail ?

L.-M. H.

(1) « Le Pen, une histoire française » (Robert Laffont)

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 14:37

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Ce livre est unique comme les chapeaux que créait à Montauban, Porte du Moustier Marie-Louise Garrigues-Aliès. Unique par son style, son sujet et sa portée.

 Au départ on peut penser qu’une femme qui raconte sa vie se livre à un geste banal même si les hommes sont cent fois plus nombreux à oser cet exercice. Le lecteur est cependant un peu surpris par la forme de la narration : un dialogue, un entretien, sans rien enlever à la spontanéité de la « confession ».

Elle est dans le train pendant la deuxième guerre :

« Et trois ou quatre allemands avec leur fusil comme ça s’arrêtent à chaque compartiment, popopo… et bien sûr qu’ils se sont arrêtés chez nous mais alors, là où j’ai eu peur, ils étaient à deux mètres de rentrer, un monsieur dans le compartiment sort un révolver, comme ça, hé (elle montre une arme énorme et très vite et très fort, la bascule sous ses pieds), pof, il le met sous la banquette… s’il avait pas pu faire ça… eh bien, il l’a fait… le autres n’ont pas eu l’idée de regarder sous la banquette… »

 Il arrive que Marie-Louise parle d’elle à la troisième personne, ce qui hier était une pratique populaire (j’ai connu une personne qui disait toujours « on » à la place de « je »). Avec Marie-Louise centenaire à présent, hier c’est donc bien avant 1939 et elle porte avec elle jusqu’en 2012 toute la vie de cette époque. A un moment elle regarde des photos d’elle jeune :

« - Non, ce n’est pas à moi ça

- Comment ça, ce n’est pas à vous ?

- Si, c’est moi mais ce n’est pas moi, c’est trop beau, ça, c’est pas simple. »

 Oui, la photo est un des supports les plus importants du livre. Elles sont reprises en petit format, le plus souvent en couleur et elles deviennent vivantes grâce au commentaire de Marie-Louise. Photos de famille le plus souvent, voilà pour la banalité, photos d’amour, voilà pour la beauté.

 Femme du peuple, Marie-Louise est aussi femme de l’art et ce va et vient entre l’ordinaire et la beauté, on le voit poindre dès le début grâce à un père qui était lui aussi un artisan éprit de beauté. On penserait à un menuisier, un tailleur et pourtant il s’agissait d’un briquetier. Un briquetier construisant une colonne artistique qui va accompagner Marie-Louise toute sa vie j’avoue que ça me semble rare car une brique c’est une brique.

 Tout au long d’une vie bien remplie Marie-Louise en a croisé des gens et elle présente des tonnes d’historiettes qui dégagent une morale dont elle sait très bien qu’elle n’est plus de notre époque, pourtant nous sommes les mêmes êtres humains.

 J’espère que le livre aura beaucoup de lecteurs et sans doute plus de lectrices, des personnes qui l’ont connue travaillant jusqu’en 1977 Porte du Moustier, ou aidant ensuite à la vie de la Cathédrale car à partir de 1947 tout son univers sera autour de cette place centrale de Montauban. Et puis des lecteurs curieux qui comme moi cherchent les témoignages authentiques. Je peux par exemple donner le nom du cordonnier évoqué au début quand, gamine, elle habitait du côté du Cours-Foucault. Un homme qui faisait chanter l’Internationale à ses enfants, qui était conseiller municipal de Montauban de 1919 à 1925 et qui s’appelait André Gros.

 Ajoutons que le livre auto-édité est techniquement bien fait par ICN à Orthez. 270 pages, 20 euros avec de la couleur presque partout.

On le trouve chez Deloche à Montauban.

Jean-Paul Damaggio

 

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 20:46

En 1967 Violeta Parra se suicide. Un an après un grand colloque l’honore dans une Université catholique à Lima ou Santiago, je ne sais. L’écrivain péruvien Arguedas y intervient. Lui-même va se suicider un an après. C’est en admirant Violeta qu’il tombera amoureux de sa seconde épouse, une Chilienne. En fait, quand il parle de Violeta, il parle de son propre combat aussi impossible sur le plan littéraire que celui de la grande chanteuse dont il pense cependant qu’elle a réussi. JPD

P.S. Ceux qui me connaissent savent qu'Arguedas est depuis longtemps une de mes références.


 JOSE MARIA ARGUEDAS.— Je crois que le cas de Violeta Parra est un des plus exceptionnels et intéressants qui se soit présentés dans le monde de l’art d’Amérique latine. J’ose dire cela parce que depuis de nombreuses années je ne cesse de réfléchir à ce cas chaque fois que j’ai l’opportunité de l’écouter directement.

L’art que crée les noirs, les indiens, les métis, est considéré comme un art inferieur. Cet art sert à différencier ces groupes, pour assurer leur ségrégation et même pour les déprécier. D’un autre côté, et c’est une des caractéristiques générales du folklore, tout l’art que crée ceux qui n’ont pas réussi à aller à l’école ou à l’université, qui ont maintenu une source d’inspiration dans les formes passées témoignages historiques de groupes appelés cultes ou prédominants dans leurs sociétés, c’est aussi considéré comme du folklore, et c’est aussi un élément pour les différencier et jusqu’à les rejeter. Cependant quelques grands artistes, grands créateurs, ont réussi à convertir ces éléments distinctifs en éléments unificateurs. Ils l’ont réalisé à travers le miracle de l’art. Nous avons des cas en Amérique et en Europa, assez clairs et universellement reconnus. On pourrait se référer au cas en Amérique du Nord de chanteurs comme Robertson et Marian Anderson ; en Europe au cas de compositeurs comme Bartok ou Manuel de Falla. Je crois que Violeta Parra est à ce niveau.

Je sais qu’on considère toujours comme une audace excessive, comme une hérésie, d’alterner exemples latino américains et européens mais cela fait partie du colonialisme mental de nos pays, colonialisme dont on croit s’être libéré mais qui pèse encore beaucoup y compris sur les personnes qui pensent avec la plus grande audace en Amérique latine.

 

Rien ne nous intéresse plus aujourd’hui en Amérique latine que le folklore. Il y a une inquiétude, un intérêt authentique ou snob, pour le folklore ; mais que ce soit une inquiétude nous émeuvent tous, c’est une évidence. Il existe à présent une véritable multitude de personnes qui se consacre au folklore. Ce sont des gens qui se consacrent au folklore, principalement en musique, et je vais considérer qu’il existe trois niveaux. Il y a le folkloriste authentique, porteur du folklore, comme par exemple un indien péruvien ou bolivien, ou un noir brésilien, qui interprètent la musique. Et je vais me référer de manière plus précise à la musique de façon à ce que mon propos soit plus clair (j’ai toujours peur du public et en général au fur et à mesure que je parle ma peur grandit. Pourvu que ça ne m’arrive pas).

Nous allons nous référer au cas très concret de la musique. L’Amérique est millionnaire en musique, parce qu’en Amérique nous héritons d’éléments culturels du monde entier et ces éléments culturels sont allés en se mélangeant à des degrés différents et très complexes.

Parmi les folkloristes musiciens, il y a par chance les folkloristes, porteurs authentiques, l’indien, le paysan qui par miracle arrivent à construire un univers sans s’y perdre, car il garde une pureté merveilleuse comme était celle de son propre village. Au Pérou, il existe des exemples vraiment extraordinaires de joueurs de quena, de chanteurs et même de danseurs qui n’interprétaient que des cérémonies de type magique, et qui maintenant dansent sur les scènes de Lima avec une grande pureté.

 

A un autre niveau —et je n’utilise pas le terme à des fins hiérarchiques— il y a les folkloristes que s’approchent des sources du folklore avec grande sympathie, et de plus avec une grande aptitude pour arriver à s’identifier avec la forme et le contenu de cette musique. Mais à ce niveau, fréquemment, l’aptitude à une identification totale est impossible. Alors ils atteignent des niveaux différents dans la création populaire.

 

Considérons le cas de Violeta Parra. Elle n’est pas une imitatrice, elle n’est pas celle qui s’approche du peuple, de la source créatrice du peuple, avec sympathie. Plutôt, elle symbolise le cas d’une identification totale, absolue, avec une espèce de soif insatiable, au point qu’elle arrive à se confondre de la manière la plus totale et profonde au message que contient le folklore, qu’il soit noir, métis, blanc, européen ou chilien. Elle a une aptitude géniale pour cette identification. Au moyen de cette identification, l’artiste crée des œuvres d’une originalité qui ne peut être confondue avec aucune autre. A s’identifier et créer à propos de manifestations folkloriques caractéristiques de classes sociales ou de races (que l’on considère inferieures parce qu’elles ont été marginalisé, ces races maintiennent des caractéristiques en même temps distinctes), l’artiste réalise le miracle de lancer tous ces éléments différents et ségrégatifs comme des éléments unificateurs, et universalisateurs et pas seulement sur un plan national.

Bref, Violeta Parra n’est pas seulement une artiste chilienne. Ses sources, ses racines, ne peuvent être plus chiliennes, elle est le plus chilien du plus chilien de ce que je peux sentir comme tel, cependant, au même moment elle est ce qu’il y a de plus universel que j’ai connu au Chili. En ce sens, sans doute – et excusez la véhémence avec laquelle je m’exprime parce que je ne suis pas un scientifique mais un modeste créateur — l’œuvre de Violeta Parra se transforme ainsi en une source la plus éclairante la plus féconde pour tout type de créateur. Parce que on y trouve la palpitation de gens les plus oubliés, de gens les plus discriminés, les plus victime de ségrégation qui de ce fait ont créé, face à tant de marginalisation, de souffrance, une œuvre porteuse de messages plein de forces. Je suis d’accord pour dire que l’œuvre de Violeta Parra va se transformer rapidement en un véhicule américain qui atteindra d’autres pays car en elle est contenu cet amalgame formidable qu’est le Chili.

De ce fait, moi en tant que Péruvien qui vient d’en bas, qui suis un sujet sorti du pur folklore, quand j’ai écouté Violeta Parra dans son chapiteau je me suis senti véritablement ému et en même temps éclairé. Le plus génialement individuel et en même temps le plus génialement populaire.

 

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