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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 13:20

Ce qui est insupportable dans nos journaux télévisés c’est la façon insidieuse qu’ils ont de tuer l’histoire, au nom des évidences du présent. Une élection devient alors la photographie d’un instant sans référence, même brève, à quelques éléments du passé. Tout devient une étoile filante avec chaque fois un homme qui brille dans le firmament : hier Berlusconi, aujourd’hui Grillo.

En conséquence les liens en bleus font références à des articles de ce blog, sur les quelques événements italiens depuis 2008.

L’élection anticipée de février 2013 (généralement les élections sont au printemps) est en effet la suite naturelle de quelques autres, et en premier lieu de trois référendums de juin 2011 où le peuple italien a désarçonné la classe politique. Il est d’ailleurs frappant de constater la capacité de certains à oublier de tels choix populaires !

Sans entrer ici dans le détail, rappelons donc que les petits partis réussirent un double exploit : mobiliser pour accéder au droit d’organiser les référendums en question, et mobiliser enfin pour les gagner. Depuis vingt ans et la loi qui oblige à une participation de 50% pour valider de tels référendums d’initiative populaire, les forces sociales avaient délaissé cet outil car l’adversaire réussissait à gagner par l’abstention.

En 2011 nous avons donc un changement de décor issu en fait des réactions à la réélection de Berlusconi en 2008 qui ne doit jamais faire oublier l’autre Italie. Le Parti Démocratique décida alors de changer de direction en faisant élire son responsable national par tous les Italiens désireux de voter à de telles primaires. Le gagnant fut Bersani positionné plutôt à la gauche de son parti contre les caciques D’Alema et Veltroni obsédés par l’alliance au centre. Grillo avait souhaité participer à cette élection mais il fut rejeté avec un argument qu’il a entendu : « crée ton parti et on verra la suite » !

Au sein de l’échec de la gauche de 2008, était né un mouvement nouveau l’Italie des Valeurs (IdV) conduit par le juge Di Pietro et ce mouvement avait décidé de faire de ce référendum un test majeur de son ancrage militant.

Enfin, au moment même où Bersani obtient son titre de secrétaire national du PD, une nouvelle formation voit le jour, le SEL (Socialisme Ecologie Liberté), sous la direction de Nicki Vendola venu de l’extrême-gauche, un autre petit parti qui a conduit avec énergie la bataille du référendum.

Bilan d’étape : face au peuple attaché aux basques de Berlusconi, un autre peuple a pu se manifester avec les référendums, le peuple de gauche qui a demandé que l’eau soit en gestion publique et il a gagné !

Ce référendum a été un tournant dans l’histoire actuelle de l’Italie, et il s’est produit au moment même où le Mouvement 5 étoiles (M5S) entrait dans l’action.

 D’un côté, des partis politiques dominants, peu désireux de faire avancer la démocratie, et de l’autre un mouvement social gagnant enfin en visibilité politique.

C’est cette contradiction qui a émergé en cet hiver 2013, après que des élections partielles de 2012 en aient déjà annoncé la nature par les scores surprises du M5S.

 Tout indique en conséquence, à prendre du recul, que sous une forme ou sous une autre, une partie importante des citoyens refuse d’être prise pour des pigeons. Et la classe politique ne peut plus user des combinaisons classiques !

La droite du PD soucieuse d’entente au centre découvre que le centre est balayé ! Si elle avait eu la direction de son parti, son échec aurait été encore plus énorme.

Pour Berlusconi qui, jusqu’à présent, avait dû composer avec Fini et la Ligue, il vient de démontrer qu’avec un discours plus à droite que jamais, il peut mieux rassembler ses fidèles. Sauf que sans lui (et il est vieux) la droite est au bord de l’atomisation en mille chapelles (bien pire qu’en France sans Sarkozy).

 A lire le programme du M5S, à prendre en compte les résultats du référendum, tout indique que son électorat est plutôt marqué à gauche (les sondages disent qu'il est autant marqué à droite mais la partie droite doit être moins active pour le moment). Dans une situation floue comme celle d’aujourd’hui, les dérives sont aisément possibles, surtout si le PD n’assume pas ses responsabilités : construire enfin une politique de gauche.

 L’Italie est bloquée. Le PD s’est divisé entre ceux qui veulent négocier avec Grillo pour accéder au modèle sicilien (dans cette région le centre-gauche gouverne avec l’appui tacite du M5S) et ceux qui préfèrent unir les partis en place pour une grande coalition, ce que souhaite Grillo pour montrer qu’il est bien seul contre tous. Sa coalition est donc fragile : la droite du parti veut se saisir de l’occasion pour éliminer Bersani.

L’avenir est très sombre, non pas seulement à cause de la crise économique, mais aussi à cause de la crise politique, les deux pouvant s’alimenter.

Certains en appellent au Gramsci prémonitoire de 1921 dans un beau texte que j'ai traduit mais que je ne retrouve pas... JPD

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 13:09

 

il-fatto.jpg

Depuis 1992 je suis un admirateur de la presse italienne. A ce moment là j’ai découvert chez mon marchand de journaux montalbanais La Stampa publiant un feuilleton de Vazquez Montalban. Puis je me suis abonné à L’Espresso qui témoigne d’un autre univers. Au cos de mes voyages j’ai pu parcourir Il Manifesto, L’Unita, Liberazione. A Montauban Repubblica a supplanté La Stampa. Une richesse, une diversité à nulle autre pareille du moins, bien sûr, à ma connaissance. Les quatre quotidiens nationaux français n’arrivent pas, en contenu, à la cheville des huit quotidiens italiens.

Puis est venu internet qui permet d’accéder directement, chez soi, à cette presse. Malheureusement les versions internet sont très loin des versions papiers. Il Manifesto a changé souvent de stratégie entre accès gratuit et payant (comme d’autres d’ailleurs).

Aussi, au cours de mon dernier voyage, j’ai pu revenir au concret du papier avec plaisir et dans le contexte nouveau de l’Italie de Grillo. Dans la rue, les kiosques romains n’ont plus la forte présence des kiosques parisiens. J’écris « non plus » alors que c’est mon premier voyage dans la ville, car ils vendent souvent tout autre chose, alors que l’inscription dit bien qu’auparavant leur fonction était exclusivement la presse.

D’Internet au papier ? Internet ne vous dire presque jamais le nombre de pages du journal que vous consultez car les articles qui s’affichent peuvent être du jour d’avant, car on y trouve des vidéos (Repubblica internet a sa propre télévision et présente surtout des vidéos). L’exemple est frappant avec Il Manifesto papier (avec toujours l’inscription : quotidien communiste) qui est devenu squelettique et les animateurs me diront que c’est déjà pas mal vu la crise traversée. Il reste moins de 5000 abonnés et le journal semble en fin de vie. L’Unita garde l’inscription, journal fondé par Gramsci (comme L’Humanité garde journal fondé par Jaurès) et reste le journal d’une tendance du Parti démocratique. A peine plus solide que Il Manifesto sa présentation est agréable mais le journal reste totalement orienté comme si le fait d’avoir été l’organe d’un parti lui collait toujours à la peau.

En fait, j’ai eu droit à une surprise, l’existence d’un nouveau quotidien qui existe depuis 5 ans. J’ai repensé aussitôt au très courageux El Publico qui en Espagne a eu le même courage. Lancer un nouveau quotidien en 2008, à l’heure de la crise de la presse c’est presque de la folie surtout quand nous lisons en sous-titre : « Il ne reçoit aucun financement public ». Il Fatto Quotidiano est aussi sur internet avec une présentation agréable. La version papier me semble une réussite. Comment font-ils ?

Comme le titre l’indique, le journal tente de privilégier les faits, non pas les faits contre les idées par exemple, mais les faits contre la propagande. Repubblica a saisi l’importance de ce concurrent avec qui il est un peu en guerre (me semble-t-il). En effet Repubblica-L’Espresso, puissant groupe de presse de la gauche intellectuelle est devenu un journal de propagande dont l’âme est le journaliste Eugenio Scalfari. Je n’en conteste pas quelques qualités mais je préfère La Stampa (du groupe Fiat à Turin) parlant de Grillo, que Repubblica. Scalfari se veut à présent faiseur de rois comme la version du Monde chère à Plenel. Depuis que Napolitano est président de la république il a ses entrées au plus sommet de l’Etat. Il y a bien sûr une guerre entre Scalfari et Berlusconi mais c’est clair : Scalfari préfère encore Berlusconi à Grillo !

Il Fatto quotidiano peut à la fois proposer des écrits clairement favorables à Grillo et d’autres tout aussi clairement opposés au phénomène. C’est le fait qui est privilégié. On y sent un esprit de liberté qui incite le lecteur à se faire sa propre opinion plutôt que la proposition d’une opinion toute faite par avance. Un peu comme si Le Monde donnait à égalité la parole aux défenseurs de l’UMP, du PS et du Front de gauche. J’en conviens cependant, mon analyse est sommaire car elle ne repose par sur une étude globale. J’ai mis Il Fatto Quotidiano dans les favoris de mon ordinateur. J’ai commandé le seul livre critique sur le fond, de Grillo, rédigé par un jeune journaliste qui a travaillé avec ce quotidien. Il ressort en effet du journal une forte présence des jeunes. Sur la version internet les commentaires sont nombreux et à ce sujet j’ai découvert les argumentations expéditives de défenseurs de Grillo quand ils répondent aux arguments qui critiquent leur chef. Il y a sans doute là une autre Italie en gestation. JPD

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 21:57

La maire de Montauban, ayant pendant dix ans assumé aussi les fonctions de député, elle « oublie » à présent d’inviter la nouvelle députée socialiste lors des inaugurations ou réunions diverses. Je suis d’accord avec le sénateur Jean Michel Baylet, président du Conseil général, quand il dénonce avec son aplomb habituel, ce manque de bienséance. Le problème c’est que lui aussi s’évertue d’effacer une personnalité du département, son ancien ami Yvon Collin dont il fit, il y a longtemps un sénateur. Ce dernier lui a envoyé la lettre ci-dessous, qui a aussi été offerte aux maires et nous en avons goûté le style à la fine ironie.

Ainsi va la politique… Comme des enfants ! De cette lettre nous retenons un mot superbe mais devinez lequel !

JP Damaggio

 

A Jean-Michel Baylet

Président du Conseil général du Tarn et Garonne

  Montauban le 4 septembre 2012

  Monsieur le président

 Depuis quelques mois de nombreuses personnalités élues du département me font part de leur étonnement de mon absence à certaines manifestations placées sous votre haute présidence.

Ils évoquent notamment les vœux de fin d’année, la fête des sports et plus récemment le rendez-vous de la rentrée des maires de Tarn-et-Garonne.

 Leur étonnement est d’autant plus grand que chacun d’eux a pu remarquer la présence de la nouvelle député Valérie Rabault aux deux dernières manifestations.

Chacun d’entre nous connaît votre attachement aux principes de tolérance et votre référence récurrente à la laïcité, valeur que vous aimez rappeler régulièrement dans tous vos discours.

Puis-je me permettre de vous rappeler que ce dernier principe invite à la neutralité dans nos institutions ?

En l’espèce, les collectivités locales sont au service de tous les Tarn-et-Garonnais et Tarn-et-Garonnaises et ne sont la propriété d’aucun d’entre nous.

C’est pourquoi, sachant que vous œuvrez toujours dans un esprit républicain et s’agissant des rendez-vous engageant les deniers publics, c’est-à-dire notre bien commun, je vous serais reconnaissant de bien vouloir me faire connaître les raisons pour lesquelles je suis systématiquement exclu de ces rendez-vous ?

 De plus je vous informe que j’ai saisi officiellement, par mails à plusieurs reprises, Monsieur Serge Berrier, directeur de cabinet au Conseil général pour lui faire part de cette situation.

Je n’ai à ce jour reçu aucune réponse à ces messages réitérés.

Dans l’attente de votre réponse, je vous prie de croire, Monsieur le président, à l’assurance de mes salutations distinguées.

Yvon Collin

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 15:23

On en parle moins mais elles étaient cependant significatives.

Inutile de rappeler le rôle important de La Lombardie. On y apprend la victoire de la droite conduite par le nouveau responsable de la Ligue : Roberto Maroni (42,8%) (48 sièges) avec 16,7% pour le PdL et 13% pour la Ligue du Nord.

Le centre-gauche fait seulement 38% (21 élus) avec le PD réalisation à lui seul 25% et le SEL 7%. Dans cette région l’alliance avec Rivoluzione civile a été réalisée mais IdV de Di Pietro ne fait que 0,64% ce qui confirme l’échec cuisant de ce parti qui avait créé la surprise en 2008.

Pour le Mouvement 5 étoiles on est avec des résultats beaucoup plus modestes qu’à l’échelle nationale : 14% (9 élus)

 Pour Rome les résultats sont inversés :

Le centre gauche gagne avec 40,6% (28 sièges) dont 29 pour le seul PD et le SEL fait seulement 3,6% (1 élu)

Le centre droit perd avec 29,3% (13 élus) le PdL faisant 21%. Cette liste regroupait 12 partis !

Le mouvement 5 étoiles fait un score proche de celui de Milan 16,6% (7 sièges)

 Dans la petite région de Molise le centre-gauche l’emporte avec 44% soit 12 sièges. Le PD ne fait que 14,8% car dans cette région IdV obtient un bon score, 7% et même le petit Pdci (le parti des communistes) obtient un élu ainsi que le SEL.

Le Mouvement 5 étoiles fait 12% et la droite 25%.

 

De ces trois élections locales il ressort que le M5S a des résultats moins exceptionnels que nationalement, ce qui indique bien une fragilité de son électorat. Entre droite et centre-gauche, on a la vérification que la bataille reste serrée. JP Damaggio

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 15:18

Aujourd’hui, je sors des questions techniques concernant la LGV, questions qui peuvent devenir un piège car elles nous entraînent sur le seul terrain des « compétences ». En fait l’argument majeur n’est pas le gain de temps mais une logique connue et imparable : la façon de vivre des riches constitue le moteur du développement social. Aux premiers pas de la télévision, ce furent les riches qui ont été servis puis les pauvres s’y sont mis, vu que la diffusion du produit entraîna la diminution de son prix. La télévision en couleur a connu la même évolution et aujourd’hui inutile de chercher autre chose que l’écran plat. Et je pourrais multiplier inutilement les exemples, avec le téléphone, la voiture etc.

Bref pour le train à grande vitesse c’est pareil ! Et ceux qui s’opposent à cette évolution sont des retardataires qui sont aussi inévitables que les modernistes. Bref, nous serions dans une histoire classique…

 Une histoire classique ?

Parlons du lave-linge. Il s’est imposé d’abord dans les couches sociales élevées ? Pas du tout car dans ces couches là, payer une employée de maison était un acte naturel, et que l’employée de maison fasse la lessive à la main ou à la machine, qu’importe ! Le lave-linge s’est imposé chez les femmes qui travaillaient, et ce fait n’avait rien d’automatique, comme l’obtention du permis de conduire pour une femme. Le progrès social n’est pas le seul fruit d’une évolution technique inéluctable. Il est aussi en lien avec les volontés démocratiques qui ont permis à l’ordinateur de passer d’instrument lié aux grandes entreprises, à celui de la micro-informatique.

 Le train comme outil de l’avenir ?

Je l’ai déjà écrit : le tramway a été ridiculisé au nom de la « grandeur » de la voiture, puis finalement il a été rétabli à partir de luttes sociales. A présent chaque grande ville cherche à installer son tramway. Combien de « vieilleries » sont revenues des placards ? Où sont passés les meubles en formica ? Et pourquoi « le terroir » est un argument de vente pour le pain de campagne ? Et le chauffage au bois ?

Le train est incontestablement un outil de l’avenir, à une époque où les transports se développent car le mari ne peut travailler au même endroit que sa compagne, car la fille ou le fils ne vit plus près de ses parents, car le besoin de tourisme est légitime. Mais ce besoin de transports ne signifie pas n’importe quels transports et ne signifie pas qu’il faille s’y conformer. La vidéo-conférence permet l’échange sans déplacement.

 Donc, quel avenir ?

Ici intervient la remise en cause du modèle social de la classe dominante. Avant la révolution française, les Bourgeois cherchaient la reconnaissance en copiant les Nobles. Puis il est apparu qu’un autre modèle social était possible, fait de créativité offerte à tous, de valorisation du travail, de vastes échanges culturels etc. Aujourd’hui, nos sociétés ont globalement les moyens d’assurer une vie matérielle convenable à chacun, en conséquence se pose la question des choix entre, le toujours plus et le toujours mieux. Aller toujours plus vite ou se déplacer toujours mieux ? Le peuple, s’il a la parole, répondra toujours qu’il préfère le mieux au plus ! C’est un paradoxe, mais ce sont ceux qui ont le plus, qui veulent toujours plus ! On voudrait nous faire croire que le recyclage des produits est une valeur des sociétés riches, or tout le monde sait très bien qu’il n’y a pas de plus grands recyclages que dans les sociétés pauvres où, c’est clair, il est une nécessité. Mais qui nous fait perdre le sens de cette nécessité, quand on est dans une société « d’abondance » ? Les classes dominantes maîtres en gaspillage, qui viennent nous faire la leçon, en disant qu’il faut fermer le robinet d’eau quand on se lave les dents, alors qu’elles gaspillent à n’en plus finir !

En refusant l’investissement COLOSSAL dans une LGV, il est question d’imposer une autre morale sociale. Si la France n’était pas riche d’un réseau ferré historique, la construction de lignes de chemins de fer serait un impératif moderne mais voilà, nous ne sommes pas dans ce cas, donc, qui peut comprendre qu’on construise des lignes nouvelles pendant qu’on en ferme d’autres plus anciennes ? Parce que, viendront nous répondre les techniciens, c’est la vitesse qui rend le train rentable ! Je l’écris sans hésiter : si une voie ferrée ne transporte plus personne, je suis pour sa fermeture, mais je sais en même temps par quels systèmes les autorités procèdent pour créer les conditions d’inutilisation d’une voie ferrée. Dans mon petit village, une école a failli fermer au début des années 1980, car en effet la fréquentation était très réduite. Un regroupement a été mis en place, l’école a été sauvée et trente ans après, elle assure un service irremplaçable à la population. Bravo aux élus qui se sont mobilisés pour ne pas suivre la pente « naturelle » imposée par l’institution. Des Français le démontrent chaque jour : ils ne veulent pas que l’avenir soit seulement la métropolisation, l’avenir sous-tendu par le système LGV. D’ailleurs la lutte à laquelle je participe, contre une LGV inutile, nous prouve chaque jour qu’il est normal de ne pas se contenter de voir passer des trains !

Jean-Paul Damaggio

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 13:50

espresso-grillo.jpg

 

L’hebdo de la gauche intellectuelle, L’Espresso, a hésité pour choisir la Une de l’exemplaire d’avant les élections. Ils avaient pensé à « Forza Italia (ma non quelle di Silvio) » sur une photo de l’Italie manifestante, puis finalement la tête de Grillo a été retenue. L’hebdo se retrouve en phase avec la vague 5 étoiles (M5S) ? Sauf que le contenu du journal est sans rapport avec la couverture…

On y trouve par exemple un excellent article de Roberto Saviano sur l’achat des votes, une pratique ancienne et nouvelle qui démontre, si c’était nécessaire, les limites du droit de vote. Sauf que, s’il y a un parti qui n’a pu acheter aucun vote, c’est sans aucun doute le M5S, un des partis les plus pauvres du monde parmi ceux qui font 25% de l’électorat ! L’article finalement s’attaque à celui qui fait de l’illégalité, des pots de vin, des trafics d’influence et autres multiples délits, la normalité. Et le discours de Silvio décrétant que les magistrats sont pires que la mafia a marché, sauf que la nouveauté vient aussi d’une explosion inverse, de celui qui n’a rien et pour tout siège de parti, un blog !

L’Italie de Beppe Grillo serait-elle la preuve qu’il existe toujours un Italie honnête ? Ou la référence à l’honnêteté serait-elle seulement une manœuvre de plus ?

Dans le numéro de l’Espresso vous ne trouverez aucune analyse explicative du phénomène Grillo, ce journal comme La Repubblica étant un adversaire déclaré de Grillo, qui le leur rend bien en dénonçant cette suprématie médiatique. En conséquence, dans l’hebdo, Grillo apparaît ainsi dans le propos de Bersani : « Où va nous conduire Grillo ? Hors de l’Europe ! Hors de la démocratie. » Puis Bersani se fera plus modéré face à Grillo : « Il vaut mieux 100 députés de Grillo que 10 de la Ligue ».

Ce numéro de L’Espresso nous apporte des informations que la France ne cherche pas : Où en est la Slovénie qui grâce à l’Europe devait devenir l’Autriche ? Elle se retrouve au fond du gouffre. Où en est le financement des églises en Allemagne ? Phénoménal ! Et ce n’est pas parce que les églises sont pleines mais parce que les presque 2 millions d'employés qui dans les écoles ou les hôpitaux travaillent pour les églises n’ont aucun droits syndicaux, la Constitution reconnaissant que de telles institutions doivent se régler suivant les lois des églises. En conséquence une enseignante qui divorce ne peut qu’y admettre son licenciement…

 Mais Grillo alors ? La gauche intellectuelle aurait-elle oublié le peuple ? Les laissés pour compte ne compteraient plus ? Et quand le peuple se trouve heureux de rire des maux du pays, la guillotine du « populisme » lui tombe sur la figure !

 Grillo renvoie parfaitement à une grande masse des Italiens (bien plus que le 25% électoral) l’image qu’ils veulent avoir d’eux-mêmes. Et que les sociologues, la télécratie, les experts, les produits made in Europe aillent se faire enculer suivant le slogan consacré. Nous sommes arrivés à un point de l’histoire où la démocratie n’est plus la parole donnée au peuple, mais la parole volée au peuple ! Et si Grillo a trouvé la forme et le contenu pour rendre visible ce phénomène, il serait malhonnête de le limiter au cas du peuple italien.

 Partout, la gauche qui avait hérité de l’histoire, la fonction de tribune du peuple, a tourné ses regards vers la classe moyenne, sa classe propre politique en devenant un des éléments classiques. Observez l’évolution sociologique des députés PS et PCF : les jeunes sont souvent des permanents de la boutique politique et l’instit, le paysan, l’ouvrier ont été remplacés par le professeur, l’avocat ou le professionnel qui, à force de circuler dans les couloirs feutrés des institutions, se sentent porteur d’un rôle qui n’est plus celui d’hier. Un ami paysan de la Confédération paysanne me disait avoir observé le même phénomène chez des dirigeants syndicaux de son syndicat.

Faut-il alors ressortir le schéma erroné de l’opposition peuple/élites ? Beaucoup espèrent que les députés de Grillo, à circuler dans les dits couloirs feutrés, prendront les plis de l’idéologie dominante, et après avoir minimisé le phénomène, ils annoncent déjà sa fin ! D’ailleurs sans Grillo, le phénomène n’existerait pas ! Ce qui est faux évidemment. Grillo comme d’autres hommes politiques est le révélateur d’un problème profond, et que le problème soit rendu visible par une élection ou pas, il est là, prêt à ronger les bases du système.

 Mais ayant déjà été accusé d’accorder trop d’importance à un phénomène passager, il est temps de conclure : Grillo n’est pas la révolution mais la révolution d’aujourd’hui est rendue visible par Grillo. Jean-Paul Damaggio

P.S. La participation a été de 75% soit 5% de moins qu'en 2008.

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 11:58

L'écart considérable entre les estimations sortie des urnes et résultats finaux me semble également un élément de la réalité à analyser. A suivre. JPD

 

Résultats italiens définitifs en pourcentage et en sièges :

A la Chambre :

Pd-Sel :29,5%, 340 sièges (292 Pd, 37 SEL, 6 centristes, 5 parti du Tyrol)

Pdl-Lega : 29,1%, 124 sièges (97 PdL, 18 Ligue, 9 Fratelli d'Italia)

Grillo : 25,5%, 108 sièges.

Monti : 10,5%, 45 sièges (37 Monti, 8 UDC)

Ingroia : 2,2% - 0 sièges (Les élus de IDV sont donc exclus du parlement)

(Majorité 309)

 

Au Sénat :

Bersani : 28,1%, 120 sièges

Berlusconi : 29,6%, 117 sièges

Monti : 7,5%, 18 sièges

Grillo : 28,4%, 54 sièges

(Majorité 158)

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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 22:51

Grillo premier parti d’Italie car les autres sont des coalitions et le PD comme le PDL font moins que Grillo qui est un seul parti.

 

Résultats quasi réels :

Sénat

PDL/Ligue 29,6% 123 sièges

Grillo 28,3% 57 sièges

PD-SEL 28,1%  104 sièges

Monti 7,6% 17 sièges

 (Pout le Sénat la prime majoritaire pour le gagnant est donné par région d'où la différence entre Grillo et PD-SEL qui ont le même résultat en voix et pourtant en siège il y a une grosse différence)

Chambre :

PDL/Ligue 28,9%

Grillo 25,5%

PD-SEL 29,7%  

Monti 10,6%

 Pour la Chambre le gagnant a 50% des sièges au niveau de toutr l'Italie donc PD-SEL sont majoritaires mais pas au Sénat sauf entente avec des élus Grillo.

Donc contrairement aux sondages sorties des urnes le pays est ingouvernable.

Mais il reste quelques bureaux...

Dans tous les cas quand Grillo appella sa campagne le Tsunami tour il prouve qu'il avait raison. Et il annonce "la victoire de l'honnêteté". A suivre. JPD

 

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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 18:54

C’est en 2005 dans le numéro 78 de Point Gauche ! que j’ai proposé mon premier article sur le communard natif de Beaumont de Lomagne (82) et mort en exil à Genève, Eugène Razoua. Par la suite, surtout en 2011 j’ai proposé sur ce blog, quelques éléments pour le faire connaître. J’ai annoncé la réédition de son livre émouvant de la première à la dernière page : Les Grands jours de la République. Cette fois promesse sera tenue d’ici la fin du mois d’avril 2013. En attendant revisitait les articles disponibles.

J-P Damaggio

 

11 février 2009 Razoua présenté par Cladel

http://la-brochure.over-blog.com/article-27800162.html

 

2 juin 2011 : un texte d’Edmond Campagnac

http://la-brochure.over-blog.com/article-cladel-le-communard-avec-kinceler-et-razoua-75535619.html

 

4 juin 2011

http://la-brochure.over-blog.com/article-razoua-a-la-commune-de-toulouse-75683026.html

 

7 juin 2011

http://la-brochure.over-blog.com/article-razoua-et-le-monde-arabe-75921466.html

 

8 juin 2011

http://la-brochure.over-blog.com/article-razoua-les-grands-jours-de-la-republique-76121074.html

 

10 juin 2011

http://la-brochure.over-blog.com/article-cladel-razoua-grousset-kinceler-76319976.html

 

10 juin 2011

http://la-brochure.over-blog.com/article-la-commune-a-debute-le-6-mars-1871-76246093.html

 

10 juin 2011

http://la-brochure.over-blog.com/article-guerre-en-algerie-en-1855-76319585.html

 

15 juin 2011

http://la-brochure.over-blog.com/article-la-mort-de-dussoubs-vue-par-razoua-76794635.html

 

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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 17:28

 

Mélenchon interrogé par le journal algérien El Watan.

propos recueillis par Samir Ghezlaoui - El Watan

Jean-Luc Mélenchon est le leader du Front de gauche en France qui regroupe 9 partis politiques de la gauche radicale. Lors de l’élection présidentielle française de 2012, il termine quatrième derrière Hollande, Sarkozy et sa première rivale politique Marine Le Pen, en totalisant 11,10% des voix. Né à Tanger en 1951, de parents originaires d’Oran et de Staouéli, ce philosophe de formation fait entendre la voix de la gauche radicale dans ses combats contre l’austérité en Europe. Au plan politique, sa philosophie est de privilégier les relations bilatérales franco-maghrébines. Ce qu’il nous explique dans ce long entretien, à la veille de la tournée maghrébine qu’il va entamer en Tunisie aujourd’hui, le 11 février, et qui le conduira au Maroc le 15 février. Demain (aujourd'hui lundi) il sera à Alger pour animer une conférence à l’Institut français. Avec une grande diplomatie et son franc-parler habituel, il défend ses positions politiques et appelle la gauche radicale algérienne et maghrébine à s’unifier autour d’un idéal commun.

  - Le peuple algérien, notamment sa communauté établie en France, a découvert et admiré vos positions politiques lors de la présidentielle 2012. Plus de six mois après, quels enseignements tirez-vous de cette élection ?

 La campagne présidentielle du Front de gauche a fait émerger une nouvelle grande force politique en France, éduquée, autonome, disciplinée et conquérante. Pour la première fois depuis 30 ans, en rassemblant 4 millions de voix, une deuxième force politique de gauche a réalisé un score à deux chiffres. Au-delà de ce résultat électoral, notre campagne a lancé un processus d’implication populaire qui se prolonge et s’élargit aujourd’hui dans la résistance aux politiques d’austérité. Nous incarnons une alternative concrète aux politiques libérales qui détruisent le pays et appauvrissent le peuple. Cette alternative s’appuie sur une nouvelle synthèse politique que nous nommons éco-socialisme. Et sur la méthode de la révolution citoyenne qui veut que le peuple reprenne le pouvoir pour imposer l’intérêt général partout où règnent aujourd’hui les intérêts marchands et financiers. Notre programme sera au pouvoir en France avant dix ans.

  - Vous avez déclaré que vous vous sentiez, humainement et socialement, plus proche des Maghrébins que de certains Européens. Et que l’Algérie serait le premier pays où vous vous rendriez en tant que président de la République française. Pouvez-vous nous expliquer le fondement intellectuel de ce positionnement en faveur de relations et de partenariat exceptionnels entre la France et l’Algérie ?

 Je veux donner un signal humain fort qui percute les routines. Nous constituons par bien des aspects une seule famille humaine, sociale et culturelle des deux côtés de la Méditerranée. Aucun autre pays européen n’est humainement aussi lié que la France aux peuples du Maghreb. Combien d’enfants, de parentèles en commun ? Des dizaines de milliers ! On ne peut en dire autant ni des Lettons ni des Croates pourtant membres de l’Union européenne ! De plus, nos sociétés sont confrontées à de nombreux défis communs, comme l’appauvrissement des travailleurs lié aux politiques libérales ou la précarité rencontrée par une jeunesse de plus en plus éduquée. En partageant la mer Méditerranée, nous affrontons aussi les mêmes défis écologiques vitaux pour nos peuples puisque plus de la moitié des habitants de nos pays vivent au bord de la mer. Les solutions éco-socialistes que je défends offrent des perspectives de politiques communes pour résoudre des problèmes aussi concrets que le développement des énergies de la mer ou la lutte contre les pollutions qui menacent la biodiversité sur laquelle repose notre écosystème commun. Il n’y a pas d’avenir utile sans que nos peuples s’imbriquent davantage.

 - Comptez-vous faire de votre visite en Algérie une occasion pour expliquer votre vision des relations bilatérales franco-algériennes ?

 Je me rends en Algérie, ce 12 février, pour proposer au débat de la gauche, avec l’éco-socialisme, un nouveau chemin partagé de progrès humain entre nos peuples. Nous avons d’immenses chantiers à traiter en commun, en pleine égalité, en s’appuyant sur la souveraineté et l’énergie de nos peuples.

 - Lors de sa visite en Algérie, François Hollande a complètement ignoré le combat quotidien de l’opposition démocratique en Algérie, des syndicats autonomes et des défenseurs des droits de l’homme. Que pensez-vous de cette attitude ?

 C’est très curieux, car la tradition veut que le chef de l’Etat français, en déplacement à l’étranger, rencontre naturellement les représentants du pouvoir légitime en place, mais aussi ceux de l’opposition. Je pense que c’est une mauvaise appréciation, faite par le président de la République. Et, franchement, je ne pense pas que les autorités algériennes lui ont demandé ça. Pourquoi l’auraient-elles fait ?

 - En ce qui vous concerne, allez-vous donc rencontrer tous ces acteurs de la lutte démocratique en Algérie ?

  Ma visite est très limitée par le temps. Ce sera dans le cadre d’une seule conférence organisée à l’Institut français d’Alger. Mon objectif est de partager mes réflexions politiques et de sensibiliser la jeunesse maghrébine aux nouveaux enjeux de ce que j’appelle l’éco-socialisme. Je n’ai pas l’intention de m’impliquer dans les questions politiques des pays qui me reçoivent. D’abord ce n’est pas mon rôle. Puis, je ne veux pas paraître arrogant ou imbu de paternalisme politique. Je viens pour faire état de ma pensée politique laquelle, je sais, est estimée et peut contribuer aux débats de la gauche maghrébine.

 - En parlant plutôt de la gauche algérienne, la jeunesse militante de plusieurs partis politiques, comme le FFS, le PST, le PT et le RCD, se retrouve dans l’esprit de revendications communes de la gauche radicale et démocratique. En revanche, ces formations préfèrent faire cavalier seul. Avec votre expérience au sein du Front de gauche, que pensez-vous de cette division qui perdure dans les rangs de la gauche radicale algérienne ?

 Je ne suis pas en mesure de donner des leçons. Je fais confiance à l’intelligence de l’élite politique de la gauche algérienne. Ce que je peux recommander modestement à tous nos camarades algériens, sans exception, c’est de mesurer l’importance et l’intérêt qu’il y a, à savoir se regrouper. Non seulement du point de vue de l’efficacité électorale mais pour déclencher des dynamiques refondatrices pour chaque partenaire. Regardez, c’est comme ça que nous, fronts de gauche radicale, sommes devenus, en tout cas dans les enquêtes d’opinion, la première force politique en Grèce. C’est comme ça qu’en France, nous sommes ressortis des catacombes. C’est comme ça que nos camarades en Espagne ont franchi la barre des 10% des voix et actuellement dans les enquêtes sont entre 14 et 16%. En Tunisie, la constitution du Front Populaire a créé une alarme chez les adversaires de la gauche tunisienne. Ce front représente dorénavant une alternative crédible à la disposition du peuple tunisien.

 - Mais en Algérie, chacun de ces partis campe sur ses positions et refuse d’aller vers les autres…

  Il faut que nos camarades algériens regardent comment nous fonctionnons au Front de gauche français. Aucun de nous n’a renoncé à ce qu’il est. Les 9 partis qui constituent notre union ne sont pas, pour autant, dissous. Ils agissent toujours, chacun de son côté. En Grèce, il y a 16 partis qui ont unifié leurs efforts pour la défense et la promotion des idées de notre gauche. En revanche, cette union ne doit pas être seulement un cartel électoral. Elle doit partir d’un programme partagé qui soit constructif. Il ne faut pas s’enfermer dans l’espoir vain d’une convergence doctrinale. Cette politique de fronts est une stratégie de gauche qui a prouvé son efficacité. En Amérique latine, nous n’avons perdu aucune élection depuis 13 ans ! Aucune au Venezuela, en Equateur, en Argentine, en Uruguay, au Brésil, etc. Je ne veux pas présenter cela comme un modèle. L’idée du modèle est dépassée. Par contre, ces expériences peuvent être des sources d’inspiration efficaces, puisque la recette fonctionne malgré la diversité des situations de ces pays. L’opinion populaire juge positivement les efforts d’entente au profit de l’intérêt général. Je crois que la gauche radicale algérienne pourrait être plus facilement une proposition crédible, raisonnée et raisonnable aux yeux du peuple algérien, si elle parvenait comme nous l’avons fait à s’accorder. Nous au Front de gauche, nous ne sommes mis aucune limite à gauche pour nous rassembler. Il ne faut jamais se dire qu’il y a quelqu’un de trop. Dans ce genre de combats, nous avons besoin de tout le monde, de toutes les intelligences, de toutes les énergies et de toutes les capacités de réseaux dans la société. Notre méthode est rassemblement et radicalité concrète.

 - Après la reconnaissance des massacres du 17 Octobre 1961, François Hollande a reconnu les souffrances infligées au peuple algérien par la colonisation, lors de sa visite à Alger, sans présenter réellement des excuses. Ne pensez-vous pas que la réconciliation entre les deux pays passe forcément par une vraie repentance de la France officielle pour ses crimes, commis tout au long de 132 ans d’occupation violente de la terre algérienne ?

 Non. Pas du tout. Ce serait produire une confusion de plus ! Le peuple français n’a pas décidé l’invasion de 1830. C’est la monarchie qui l’a fait. Quand il a été consulté démocratiquement, le peuple français a toujours opté pour la solution la plus avancée. Le peuple français n’est pas davantage responsable de la colonisation que de l’esclavage ou de la déportation des juifs ! Allons au bout du devoir de mémoire, car, à ceux qui ont souffert, à ceux qui ont perdu, à ceux qui sont morts, à ceux qui ont été blessés, à tous ceux qui aiment l’Algérie, nous ne devons pas que de bonnes paroles ; nous leur devons la vérité, la vérité qui est politique et qui permet à la nation, épreuve après épreuve, de renforcer son expérience et de savoir ce qu’elle doit, pour l’avenir, éviter à jamais. J’ai dit devant le Sénat français que nos armes ont combattu pour un ordre injuste, celui de la colonisation et qu’il était juste qu’elles perdent ce combat. Le peuple algérien et l’Algérie se sont constitués dans la guerre d’indépendance. Cette guerre il l’a gagnée. Quel genre de vainqueur a besoin des excuses du vaincu ? En avons-nous jamais demandé, après les avoir vaincus, aux Allemands qui nous ont envahis trois fois en un siècle ? Maintenant La guerre est finie. Nous vivons ensemble. Offrons sans barguigner à nos enfants communs, à nos familles communes les bienfaits de la paix et de l’effort commun sans regarder sans cesse par-dessus nos épaules.

 - Vos rivaux politiques directs — le Front National dont le fondateur a «du sang jusqu’aux coudes, le sang d’un tortureur pendant la guerre d’Algérie», selon votre propre expression, ainsi que plusieurs cadres de l’UMP comme Gérard Longuet et, plus récemment, Michèle Tabarot qui, entre autres, refuse de condamner le terrorisme de l’OAS cofondée par son père et ses acolytes — persistent dans la défense des bienfaits de la colonisation et maintiennent leurs discours hostiles vis-à-vis de l’Algérie indépendante. Quel objectif politique stratégique à élucider se cacherait derrière cette position troublante de l’extrême droite et d’une grande partie de la droite?

 Dans ce cas, l’Algérie est un prétexte ! C’est une autre façon de formuler un projet politique pour la France. Marine Le Pen et ses relais à l’UMP veulent justifier la violence la plus abjecte pour défendre un ordre injuste. La figure du musulman occupe la place de celle du juif avant-guerre pour cette droite. Il s’agit de faire croire que les musulmans ne peuvent pas être nos compatriotes et que les Français peuvent être inégaux en droits du fait de leur prétendues racines. Ce déni justifie l’usage de tous les moyens politiques de discrimination et de ségrégation sociale. Et j’affirme haut et fort que cela suffit pour exiger des immigrés et des citoyens français issus de l’immigration de se justifier ou de rendre des comptes. Qu’on leur permette de vivre tranquilles. Moi je veux faire France de tout bois !

 - Puisque vous évoquez la question de l’islam, des récentes études d’opinion montrent qu’une grande partie des Français adhère aux idées du Front National et une quasi-majorité d’entre-eux, 74% selon Ipsos, pense que l’islam est incompatible avec les lois de la République. Quelle analyse faites-vous sur ce sujet ?

 Ces études sont totalement biaisées ! Elles illustrent bien ce harcèlement médiatique qui vise en fait à produire ce qu’il fait mine de dénoncer. Je veux rappeler que l’islam n’est pas un fait lié seulement à l’immigration. De nombreux Français sont musulmans. L’islam est la deuxième religion pratiquée en France. N’oubliez jamais le nombre considérable des binationaux magrébins. Telle est la France contemporaine ! C’est là un point de départ de ma pensée sur la construction de l’identité dans mon pays. Le camp auquel j’appartiens pense que la France est en train de se reformuler à travers ce mélange qui succède à bien d’autres dans l’histoire. L’autre camp voit cela comme une opportunité politicienne. La xénophobie ne tombe pas du ciel ; elle résulte de stratégies politiques, de moyens et d’un terrain favorable. Il y a, en France, un courant qui a fait de l’immigration un prétexte pour créer une division dans le monde du travail et entre les citoyens français pour des fins électoralistes et sociales. Voyez comment cela s’est passé durant la présidentielle, par exemple ! Est arrivé le texte sur la stabilité financière en Europe qui oblige la France à une austérité sans fin, mais les médias n’ont pas trouvé mieux que de mettre en avant les délires de Marine Le Pen pour imposer un débat sur la viande halal et la manière dont les bêtes sont abattues dans les abattoirs. Ce sujet a occupé l’espace public des scènes médiatiques pendant plusieurs jours à la place des vraies questions d’intérêt public. Quel honte ! Quel abaissement ! Finalement, on nous crée des faux débats pour éviter les vrais. - Que faire alors pour lutter contre cette islamophobie qui se banalise et menace la cohésion sociale en France ? C’est vrai que ce genre de campagne menace la cohésion républicaine et sociale. Comprenons qu’il s’agit de manipulations et non de faits objectifs. Luttons pour la défense du fondement politique universaliste de la France depuis les Lumières et la Révolution française. Il faut mener la lutte idéologique tous azimuts. La religion musulmane, pas plus que la catholique ou la judaïque, n’ont de droits dans le champ politique. Notre République a été fondée sur la séparation entre les églises et l’Etat. J’assume cette laïcité ; elle protège notre liberté de conscience et notre liberté de pratiquer ou non notre religion. Il ne faut pas confondre cela avec la laïcité-prétexte de Mme Le Pen qui s’est emparée du thème pour s’en prendre aux musulmans et, en même temps, met en avant dans ses discours les prétendues racines chrétiennes de la nation française. Moi je le réaffirme, il n’y a aucune incompatibilité entre l’islam et la République. D’ailleurs, selon ce que je crois savoir, il est ordonné dans le Coran de se conformer aux lois des pays où l’on se trouve. Par conséquent, ici c’est la loi laïque qui n’interdit, je le rappelle, aucun aspect de la pratique religieuse. L’interdiction des prières de rues s’adresse à toutes les religions comme problème de circulation et d’appropriation de l’espace public. De même, le voile intégral est interdit car considéré par notre société comme une maltraitance faite aux femmes et une privation du droit de dévisager. Cela n’a rien à voir avec une appréciation sur la religion. Mais il est vrai qu’il y a une minorité d’extrémistes qui abusent. Ils tombent sous le coup de la loi. Ce n’est pas spécifique aux musulmans. Je rappelle quand même que le seul bâtiment public occupé de force par une religion est l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet et que c’est l’œuvre d’intégristes catholiques. La République n’est pas un régime neutre. C’est un régime de liberté de conscience et d’égalité humaine. Sur cette base, on peut gérer pacifiquement une vie commune harmonieuse et contenir le sectarisme et l’intolérance.

 - Toujours sur la question de l’immigration, vous vous démarquez complètement du reste de la classe politique française en appelant à la régularisation de tous les sans-papiers. Cette démarche est-elle réaliste vu les conséquences qu’elle pourrait engendrer ?

 Ceux qui refusent la régularisation des sans-papiers qui vivent et travaillent sur notre territoire sont soit des hypocrites soit des menteurs. Les travailleurs et les familles de sans-papiers participent à la vie de notre pays. Leur traque est un gigantesque gâchis et leur expulsion globale est concrètement impraticable. L’appel d’air que provoqueraient les régularisations est un fantasme. Cela méconnaît complètement les causes de l’immigration des sans-papiers. La misère ne vous fait pas quitter votre pays de bon cœur. C’est un arrachement violent. Les pays du Nord et en particulier l’Union européenne en sont directement responsables en raison des politiques d’ouverture forcée des marchés qu’ils imposent aux pays du Sud. Entre l’Europe et l’Afrique, nous devons passer du règne actuel de la libre-concurrence et de la compétition à la coopération et la protection sociale et écologique de nos économies. Là se trouve la clé des défis migratoires.

 - Les visas de circulation et la loi régissant les titres de séjour des immigrés algériens restent des points sensibles à régler entre les deux pays. A titre d’exemple, les étudiants algériens souffrent le martyre en France pour trouver du travail ou des stages pratiques. Quelles sont les bonnes formules, à votre avis, pour résoudre les problèmes des expatriés des deux pays et instaurer une réciprocité ?

 Il faut partir de l’intérêt commun à agir. Dans le cadre des projets communs éco-socialistes que je propose pour nos deux pays, des programmes communs d’enseignement professionnel et d’enseignement supérieur devraient être mis en chantier pour affronter avec des savoir-faire communs, les défis écologiques auxquels nous sommes pareillement confrontés dans la Méditerranée. En tirant le meilleur parti de la science et de la technologie, nous donnerions ainsi à un nombre croissant de jeunes des deux rives la possibilité d’acquérir une qualification dans un autre pays. C’est un besoin urgent pour résoudre ensemble les défis de la transition écologique qu’il faut conduire.

 - Sur un autre registre, malgré tout ce qu’on dit sur les relations économiques entre les deux pays, la réalité des chiffres et des statistiques prouve que l’Algérie ne représente pour la France qu’un marché juteux. Selon vous, quel est le meilleur partenariat économique gagnant-gagnant qui pourrait exister entre Alger et Paris ?

 D’abord je vous rappelle que l’Algérie est maître de ses choix, non ? Commencez par balayer devant votre porte, ensuite cessez d’appeler «la France» les capitalistes de mon pays ! C’est un cliché très pénible ! Je suis aussi la France, nos enfants communs sont la France. Nous ne pillons pas l’Algérie et nous ne sommes pas d’accord pour qu’elle le soit. Est-ce que je dis, moi, «l’Algérie» pour parler des Algériens qui s’entendent avec les capitalistes de mon pays ? Ces sortes de confort de langage permettent trop souvent de ne pas identifier l’adversaire réel ce qui est une autre façon de le protéger ! Et ils nous empêchent de fraterniser quand il le faudrait ! Pour reconstruire un partenariat économique sur des bases égalitaires, nous devons d’abord tourner le dos aux politiques d’ouverture forcée des marchés et de libéralisation des échanges. Ces politiques ont conduit à une économie de jungle et de pillage qui ne profite ni aux travailleurs français ni aux travailleurs algériens. En rompant avec ce modèle libéral périmé, nous pourrions travailler ensemble à de grands projets de développement commun, au service de l’intérêt général humain que la crise écologique fait apparaître. Nos deux pays ayant une tradition forte d’intervention économique de l’Etat, des axes communs de planification écologique pourraient nous permettre de réorienter nos systèmes productifs et de consommation au service des besoins réels des populations et de l’emploi, dans le respect des écosystèmes. Voilà le point de vue qui fait d’un Français un Algérien comme un autre. 

 - La lutte anti-terroriste est l’une des priorités suprêmes de la coopération algéro-française. Ceci s’est traduit récemment par l’ouverture de l’espace aérien algérien aux avions français menant une guerre au Mali. Comme la quasi-totalité de l’opinion publique algérienne, vous avez exprimé des réserves sur l’utilité de l’intervention française et émis des doutes sur ses vrais objectifs. Pourquoi pensez-vous que la solution militaire n’est pas la bonne au Mali ?

  J’ai réagi en citoyen d’un pays démocratique. En démocratie, le respect du droit international, la clarté des buts de guerre, la soutenabilité d’une stratégie militaire sont des questions préalables au recours à la force. L’argument de l’urgence est une imposture. La guerre a un concept ; le terrorisme est une sottise. Je trouve désolant que l’on n’ait tiré aucune leçon des interventions militaires successives en Afghanistan, en Irak et en Libye. Toutes ont prétendu apporter une solution militaire au terrorisme. Toutes se sont soldées par un désastre, à tel point qu’elles ont même fait fructifier le terrorisme qu’elles étaient censées combattre. Ainsi, la déstabilisation du Mali est en partie une conséquence de l’intervention militaire en Libye. Quant aux autres problèmes profonds du Mali que cache la question du terrorisme, à commencer par l’insurrection touareg, la solution militaire ne peut que les envenimer au détriment de la paix civile et de la reconstruction de ce pays.

 - Que proposez-vous comme alternative afin d’éradiquer le terrorisme international ?

 Le terrorisme international est un concept fourre-tout, sans signification géopolitique ni militaire. Les interventions militaires impériales et la bienveillante cécité à l’égard de bailleurs de fonds aggravent le mal qu’elles prétendent combattre. Ensuite, elles évitent de s’attaquer à ses causes qui n’ont souvent rien de vraiment religieux ou culturel. Les guerres d’Etats ont tendance à suivre les pipelines ! Les guerres privées que mènent les bandes armées terroristes sont surtout une des modalités, parmi les plus rentables, des trafics dont la mondialisation libérale de l’économie a permis l’explosion. L’affaiblissement des Etats et l’appauvrissement des populations engendrés par les politiques du FMI et de l’OMC sont le terreau profond du «terrorisme» contemporain. Le djihadisme n’est ainsi bien souvent que l’emballage médiatique d’un banditisme qui prospère dans les sociétés désertées par l’Etat. Les mêmes phénomènes s’observent sous d’autres emballages jusqu’au cœur de l’empire nord-américain. C’est en permettant aux économies des pays du Sud de se protéger socialement et écologiquement et en s’appuyant sur la souveraineté populaire des peuples pour reconstruire des Etats forts et légitimes que l’on fera reculer le retour des «guerres privées».

 - Cela nous amène à évoquer le Printemps arabe. Que pensez-vous des conséquences engendrées par ces évènements ?

 Déjà, je suis méfiant vis-à-vis de cette appellation de Printemps «arabe». Veut-on sous-entendre qu’il est enfermé d’avance dans un cadre ethnique, voire religieux ? Je n’ai vu dans l’exemple de la révolution tunisienne que des revendications universalistes. On y réclamait la paix, la démocratie et le respect des droits de l’homme. Cette révolution reste un prototype d’un extrême intérêt universel. Le peuple tunisien est héritier des avancées considérables de ses droits civiques, comme l’égalité des sexes, grâce à un cumul de luttes dans le temps. La révolution tunisienne est notre enfant chéri à tous. C’est une révolution sociale. Et, en tant que telle, elle défend les questions sur lesquelles est constituée la modernité. Aussi, c’est une révolution pacifique malgré certains épisodes violents. Son intérêt est de poursuivre sur ce chemin pacifique. Car si les armes s’en mêlent, le dernier mot reviendra au mieux armé et cela n’est pas une garantie de démocratie pour le futur. Voilà pourquoi je pense que les révolutions libyenne et syrienne sont mal parties à causes des violences qui les ont défigurées. Je sais que la révolution tunisienne va s’arc-bouter pour ne pas basculer dans le chaos de la violence après l’infâme assassinat de Chokri Belaïd.

 - A ce propos, qu’est-ce que vous inspire le combat de cette grande figure de la gauche radicale tunisienne ?

 La foule grandiose qui a accompagné la dépouille du défunt à sa dernière demeure prouve que l’émotion a dépassé les rangs partisans qu’il a influencés. Il y a une perception nationale commune du rôle important qu’il jouait dans le processus démocratique en Tunisie du fait de sa participation au Front populaire auquel appartient son parti. Je ne partage pas seulement la cravate rouge avec ce grand monsieur, mais aussi une compréhension commune du rôle tribunicien. Il était un grand tribun, le tribun des pauvres, des ouvriers et des femmes. Il nous a donné une leçon de courage. Il n’a provoqué personne, il a juste dit ce qu’il y avait à dire. Il l’a dit haut et fort. Je suis persuadé qu’au Maghreb, il y a beaucoup de femmes et d’hommes qui ont cette même conscience politique exigeante. Ils ne sont pas seulement utiles à leurs idées, mais à leur peuple tout entier. 

 

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