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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 20:54

                                           couv 101 femmes

Sur ce blog nous avons souvent évoqué Judith Cladel. Voici la présentation sur notre livre 101 femmes.

Judith Cladel

France, Paris, 1873-1958, France

  Admirateur depuis longtemps de Léon Cladel, je ne pouvais que me plonger dans tes écrits d’autant que gamine tu as eu droit à un livre fabuleux, un livre seulement conçu pour toi par une dizaine d’écrivains. Dès tes premiers pas, tu as nagé dans la lecture et dans l’écriture et, à jamais, tu es restée dans l’univers de ton père. Par Rodin, dont tu es devenue la secrétaire. Par l’ami belge Edmond Picard, dont tu es devenue l’amante.

Parmi tes travaux dont j’aimerais suivre les pas, je pense au jury du Prix Femina que tu as assuré pendant quarante-deux ans ! Un prix né pour faire mentir le Goncourt seulement au service des hommes ! Connais-tu la première femme à obtenir le Goncourt ? Elsa Triolet en 1944 pour Le premier accroc coûte 200 francs, puis Simone de Beauvoir en 1954 pour Les fruits de l’hiver ; tandis qu’au Femina dès 1904 Myriam Harry l’obtient pour la Conquête de Jérusalem. Quand, en 1952, Dominique Rolin est lauréate pour Le Souffle, l’as-tu appuyée, toi qui est sa tante ?

            En attendant cette étude sur le prix fémina, ce petit chef d’œuvre d’une gamine de 8 ans ! Par un entrefilet du 20 février 1881 dans L’Evénement nous apprenons ceci :

« On sait combien notre grand Victor Hugo aime les enfants. Qu’il sache donc que ceux-ci le lui rendent bien. Une des filles de M. Léon Cladel, qui a bien hui ou neuf ans et qui est particulièrement l’objet de l’affection du poète, compose en ce moment, avec grand mystère, une Nouvelle, à l’occasion des fêtes qu’on prépare en l’honneur de l’anniversaire de Victor Hugo.

Elle veille presque tous les soirs jusqu’à onze heures pour achever son œuvre, et les parents font semblant de ne rien savoir, bien entendu. « C’est pour son grand ami » dit-elle. N’est-ce pas vraiment charmant ? Ce ne sera certainement pas là le moindre hommage aux yeux du poète. »

 L’Express publiera la nouvelle en question que nous donnons avec l’orthographe de l’auteur.

« Nous avons le plaisir de présenter aux lecteurs de l’Express un nouveau collaborateur âgé de sept ans, Melle Judith-Jeanne Cladel, qui pour débuter dédie à l’auteur de l’Art d’être grand-père les lignes qui suivent :

 Mon Grand ami

Ce grand ami est né à Besançon. Quand il eut trois ans, il courait après les papillons, leur donnait à manger et ne leurs faisait jamais mal, et quand ils avaient fini de manger, il les renvoyait dans les champs. Tout les matins, il ne manquait pas daller chercher un ou deux papillons pour leur offrire la plus splendide rose qu’il pouvait trouver et cette rose fesait le ravissement des papillons. Il y à une petite de mes amies qui a bien moins bon cœur que le grand ami ; elle tue les pauvres petites bêtes et elle les collectionne sur du papier blanc ; Quand il eut fini de soigner les papillons, il s’occupa des oiseaux, des petits chats, des petits chiens, et il aima les hommes. Parce que quand on est petit, on aime les petites choses et quand on est grand, on aime les grandes choses. Etant jeune, il a du beaucoup travailler pour faire les beaux livres qu’il fait maintenant. Maman ne me permet pas de toucher aux beaux livres ; mais quand j’ai bien travaillé, ma grande récompense est quand il m’est permis de les lire. Alors le soir je me mets près du feu verte de sommeil, mais lisant tout de  même avec plaisir et je me dis tout bas : je trouve que le grand ami à un superbe tallent, il doit aussi connaître beaucoup de choses puisqu’il à voyagé en Espagne. Je travaillerai beaucoup pour tâcher d’en savoir autant que lui et je voyagerai tout les six ou sept ans pour écrire des livres la dessu. J’ai lu des vers qui m’ont toucher beaucoup. LE CRAPAUD, APRES LA BATAILLE, et LES PAUVRES GENS, et je trouve ces vers la bien beau. Je me rappelle bien la belle soirée que le grand ami a fait et moi j’ai voulu crier aussi vive l’Amnistie, mais j’ai crier vive l’Amistique. A ces mots, le grand ami ouvrit la fenêtre et la cage ou étaient enfermer les moineaux qui attendaient depuis une heure et tout d’un coup les petits pierrots s’en allère à tire d’aille. Un jour qui viendra bientôt le Grand Ami crira en nous délivrant tous des Rois, des empereurs et des Guillaumes : Vive la République, Vive la liberté.

La petite amie du grand Victor Hugo, Judith-Jeanne Cladel, Sèvres, 24 février 1881.

Voici quelques liens :

 Cladel Rollinat

 Bourdelle vue par Judith Cladel

 Judith Cladel 8 ans, pour Hugo

 Judith Cladel éléments d’un parcours

 Judith Cladel et Rollinat

 Judith Cladel face à la misère sociale

 Fourès présente Judith Cladel

 Marguerite Durand et Judith Cladel

 Judith Cladel face à Rodin

 

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 18:38

 

Ceux qui voudront écrire un biographie de Razoua trouveront pas mal d’éléments sur ce blog. Pour le moment nous avons publié juste une modeste brochure car un communard, ça intéresse qui en 2013 ? JPD

Tous les parlementaires ont leur biographie facilement accessible sur internet. Dans cette de Razoua je compte une petite erreur. Il est mort en 1878 et non en 1877. JPD

 

Eugène RAZOUA    Né le 16/07/1830 à BEAUMONT-DE-LOMAGNE (TARN-ET-GARONNE - FRANCE) Décédé le 29/06/1879 à GENÈVE (SUISSE) 

  

 Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

   08/02/1871 - 07/03/1876 : Seine - Extrême-gauche

  BIOGRAPHIE

 Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (A.Robert et G.Cougny)

 

Représentant en 1871, né à Beaumont-de-Lomagne (Tarn-et-Garonne) le 16 juillet 1830, mort à Genève (Suisse) le 29 juin 1877, servit d'abord dans les spahis, puis vint à Paris, et s'essaya à la littérature, en publiant un piquant volume sous ce titre : Les Souvenirs d'un spahi. Il donna quelques articles de fantaisie à la Vie parisienne, puis, étant entré en relations avec plusieurs des chefs du parti républicain avancé, dans les dernières années de l'Empire, et notamment avec Delescluze, il contribua à la fondation du Réveil (1868), où il se chargea spécialement de la chronique militaire. La vivacité de ses polémiques le signala bientôt aux rigueurs du pouvoir. Impliqué dans l'affaire du complot qui précéda de quelques jours le plébiscite de 1870, M. Razoua fut arrêté, et, après quatre mois de détention préventive, comparut, le 18 juillet, devant la haute cour de Blois, qui dut l'acquitter, le ministère public n'ayant pu relever aucune charge contre lui. Il prit part à la révolution du 4 septembre, fut élu chef du 61e bataillon de la garde nationale, et se montra hostile au gouvernement de la Défense nationale à la suite des événements du 31 octobre auxquels il avait été mêlé, il fut révoqué de son commandement. Le 8 février 1871, M. Razoua fut élu représentant de la Seine à l'Assemblée nationale, le 39e sur 43, par 74,415 voix (328,970 votants, 547,858 inscrits). Il alla siéger à Bordeaux sur les bancs de l'extrême-gauche, et vota, le 1er mars, contre les préliminaires de paix. Lors du mouvement insurrectionnel du 18 mars, il se trouvait à Paris : il reprit le commandement de son bataillon, et donna sa démission de représentant par une lettre ainsi conçue : « Citoyen président, représentant du peuple de Paris, j'avais reçu de lui le mandat impératif d'affirmer à l'Assemblée nationale : 1° La République au-dessus du suffrage universel; 2° la guerre à outrance pour défendre son indivisibilité; 3° la mise en accusation des hommes du 4 septembre. Mon mandat est rempli. Au 31 octobre comme au 22 janvier, j'ai affirmé en face du gouvernement de l'Hôtel de Ville la Commune de Paris. C'est vous dire, citoyen président, qu'adhérant à la révolution du 18 mars, je donne ma démission de représentant du peuple à l'Assemblée de Versailles. » A la tête de son bataillon, M. Razoua prit une part active à la lutte de la Commune contre Versailles, fut nommé commandant de l'Ecole militaire, et siégea parmi les juges de la cour martiale. Lors de l'entrée des troupes à Paris (21 mai), il s'échappa et gagna la Suisse. Arrêté à Genève en août 1871, sur une demande d'extradition du gouvernement français, il fut remis en liberté peu après, assista au meeting de l'Internationale qui fut tenu à Carrouge, fonda à Genève un journal révolutionnaire intitulé la Revanche, que le gouvernement helvétique supprima, et fut condamné par contumace le 31 août 1872, par le 3e conseil de guerre de Versailles, à la peine de mort. Il mourut à Genève, avant l'amnistie.

 

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 18:22

 

Encore un article pour compléter notre modeste brochure sur Razoua. *

Au moment de la mort de Razoua Vera Zassoulitch était en Suisse (voir bio à la fin). Cet article peut tourner en dérision l’anarchiste russe, la Russie connaîtra finalement la révolution… JPD

  Le Gaulois 9 juillet 1878

"Mlle Vera Zassoulitch doit regretter d'avoir assisté à l'enterrement de Razoua. Le gouvernement suisse vient de l'inviter à quitter le territoire de la Confédération où sa présence pouvait créer des difficultés. Cette Vera Zassoulitch est-elle bien la vraie, l'authentique ? Le correspondant parisien de la Gironde assure que les communards de Genève ont été grossièrement joués dans cette circonstance par une fausse Vera, qui a exploité à son profit les honneurs qu'on réservait à la véritable.

 Le Gaulois 10 juillet 1878

LA RÉDEMTRICE RUSSE

L'histoire de cette Vera Zassoulitch, dont on nous parle ces jours-ci jusqu'à satiété, est vraiment une pitoyable histoire. II y a quelque temps, un correspondant russe nous apprit, un beau matin, que le préfet de police de Saint-Pétersbourg venait d'être la victime d'une tentative d'assassinat, accomplie par une femme. Deux balles de revolver l'avaient blessé à la tête, et si grièvement qu'on désespérait de le sauver. La coupable n'était autre que cette Vera, profondément inconnue alors, aujourd'hui célèbre.

Arrêtée immédiatement, elle déclara qu'elle avait voulu venger l'honneur d'un peuple opprimé par le pouvoir, et qu'elle n'avait pu supporter l'injure faite à un de ses compatriotes, décoiffé d'un coup de canne par le préfet de police, et durement battu de verges après. Cela fit tapage dans toute l'Europe. On laissa bien entendre que l'homme battu de verges était son amant, ce qui réduisait aux proportions d'un drame bourgeois ce prétendu fait de revendication sociale. Mais on n'y prit garde. D'ailleurs, qu'en savait-on ? La légende s'empara du nom de Vera Zassoulitch, et ce fut en héroïne qu'elle entra dans l'imagination publique.

Il faut bien convenir que les circonstances se prêtaient singulièrement à ce grandissement subit. On sait que la Russie est travaillée profondément par le socialisme, déchirée intérieurement par un nombre presque incroyable de sectes fanatiques et, d'autre part, gouvernée par un empereur absolu, dont les fonctionnaires supérieurs sont les représentants et qui est, à la fois, le chef politique et le chef religieux de son peuple. Il se pourrait que dans ce foyer d'exaltation révolutionnaire une Charlotte Corday se fût levée et n'eût attendu que son heure.

Rien ne s'opposait à ce qu'on l'imaginât pure de mœurs et belle de visage. Une héroïne doit être toujours ainsi. Un doute, il est vrai, venait à l'esprit : pourquoi avait-elle choisi, pour le frapper, le préfet de police et non le czar ? Mais la Russie est si loin, nous ne savons pas au juste les conditions dans lesquelles vit le vulgaire en face du souverain. Et puis ce nom de Vera Zassoulitch était si beau ; il sonnait de si étrange façon aux oreilles des Occidentaux, qu'ils se plurent à voir dans la femme une figure nouvelle du génie de la Révolution.

Son procès eut lieu. L'éloignement aidant, les débats restèrent pour nous enveloppés de mystère. Nous apprîmes un jour que l'accusée venait d'être acquittée ; peu après, un télégramme nous faisait savoir que le procès allait recommencer ; seulement, Vera était en fuite. On parvint à l'arrêter elle s'évada. Qu'était-ce donc que cette femme, qui se jouait ainsi du péril, qui traversait les cours criminelles impunément, qu'aucun verrou n'emprisonnait ? La légende montait jusqu'à l'épopée. Charlotte Corday était bien au-dessous de cette insaisissable Zassoulitch.

Or, tandis que les langues vont leur train, elle traverse l'Europe. Razoua meurt à Genève, les réfugiés de la Commune se réunissent pour manifester derrière son cadavre. Une femme est parmi eux qu'on nomme tout bas et qu'on entoure de respect. Et voilà que le télégraphe nous informe soudainement que c'est l'évadée de Pétersbourg, Vera Zassoulitch en personne.

A l’instant même, on organise un banquet en son honneur. Un citoyen Tony Loup la salue du titre de rédemptrice russe et l'assure que la France tressaille à ses efforts. D'autres discours du même genre sont prononcés. On célèbre l'assassinat politique sur les modes les plus lyriques. Vera demeure muette à toutes ces protestations, on la juge d'abord timide et l'on s'écrie « Si ce n'était pas elle ! »

Et, de leur côté, ceux qui secrètement lui trouvaient de la grandeur, s'étonnent. Il n'est pas possible qu'une telle femme se ravale jusqu'à prendre rang dans une auberge au milieu des sinistres coquins qui ont tué lâchement les otages et brûlé la moitié de Paris. Vera n'est plus une héroïne, c'est une pure et simple drôlesse, avide de faire parler d'elle, et qui exploite sa situation.

En vérité, l'incident est d'une curiosité peu commune. Mais; au fond, le cas n'est pas très compliqué, et, que la Vera de Genève soit ou non la vraie Vera, je ne vois pas trop en quoi peut différer le jugement à porter sur elle. 

Fourgaud

 

Véra Zassoulitch

Née dans une famille de la noblesse, elle fréquente pendant ses études à Saint-Pétersbourg les milieux révolutionnaires estudiantins et est arrêtée en mai 1869 du fait de correspondances échangées avec le nihiliste Serge Netchaïev. Elle est emprisonnée puis libérée en mars 1871.  Elle s'établit alors à Kharkov, intègre le groupe « Les émeutiers du Sud » qui organise des attentats contre le régime tsariste.  Revenue à Saint-Pétersbourg, elle tire, le 24 janvier 1878, avec un revolver sur le général Trepov, préfet de police qui avait fait frapper de verges le révolutionnaire Bogolioubov. Trepov est blessé, et Vera passe en jugement le 31 mars 1878. De façon inattendue, elle est acquittée. La police tente en vain de l'arrêter à la sortie du tribunal. Elle se cache quelque temps chez Anna Philosophova.

 Elle se réfugie en Suisse, puis retourne en Russie où elle milite dans l'organisation Terre et Liberté, mais après la scission de ce mouvement en août 1879, elle participe à la fondation de l'organisation Tcherny Peredel « Partage noir » à Saint-Pétersbourg avec Plekhanov, Axelrod, Lev Deutsch, Ossip Aptekman et Élisabeth Kovalskaïa.

 Elle traduit en russe des ouvrages marxistes et notamment le Manifeste du Parti communiste, édité à Genève en 1882. En 1881 a lieu un échange de lettres entre Vera Zassoulitch et Karl Marx et elle prend ses distances avec l'anarchisme pour adhérer au mouvement marxiste à partir de 1883.

 Avec Plekhanov, elle fonde le groupe « Libération du Travail », première organisation marxiste russe, fait partie de l'équipe de rédaction de l'Iskra et prend part au deuxième congrès du POSDR à Bruxelles et Londres en juillet-août 1903. Membre du courant menchevik, elle s'oppose avec virulence aux thèses de Lénine.

 Elle meurt le 8 mai 1919, peu de temps après la Révolution russe. Elle est enterrée au cimetière Volkovo.

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 17:59

                                                            razoua-photo.gif

Nous avons publié une brochure sur Razoua que nous complétons ici par cet article. JPD

 

LE GAULOIS, SAMEDI 7 AOUT 1880 PROFILS COMMUNARDS EUGENIE RAZOUA

Colonel commandant l'Ecole militaire

Razoua, par sa mère, appartenait aux maisons aristocratiques des Raousset- Boulbon et des Cambyse. Sans grande fortune, son père le destinait à la prêtrise ; il entra avec son frère au séminaire, pendant que sa sœur se faisait religieuse. Le frère continua ses études pour devenir plus tard curé ; Razoua, ne se sentant pas une vocation suffisante, quitta le séminaire pour entrer dans la marine marchande comme pilotin ; en cette qualité, il doubla deux fois le cap Horn. Passé de la marine dans un régiment de cavalerie, qui l'envoie à Saumur, il en est expulsé à cause de ses opinions politiques ; déjà, à cette époque, il était affilié à la Marianne, ce qui ne le désignait pas précisément à l'avancement.

Ses relations de famille le firent admettre dans un régiment de spahis. Après deux congés passés en Afrique, il revient en France avec plusieurs blessures et la médaille militaire.

Arrivé à Paris pour trouver un emploi, par l'entremise d'un ancien camarade de Saumur caserné quai d'Orsay, il fait la connaissance de Tony Révillon, qui se prend pour lui d'une grande amitié. Comme tous les vieux soldats, Razoua narrait volontiers ses campagnes; ces récits plurent beaucoup à Révillon, qui l'engagea à les écrire, et c'est ainsi que la Vie parisienne publia une série de nouvelles parmi lesquelles quelques-unes Il Chaouch, Le capitaine Pied-de- Vigne, etc., sont de véritables chefs-d'œuvre de poésie et de couleur locale. Faure les a édités sous ce titre les Souvenirs, d'un spahis.

Mais la politique, que Razoua n'a pas abandonnée, le fait traiter les questions militaires au Réveil, de Delescluze ; compromis, avec son ami Cournet, au procès de Blois, il est acquitté.

Comme homme privé, il avait conservé de son long séjour en Afrique les attitudes et le mutisme musulmans ; sous cette rude écorce de vieux soldat se cachait un cœur naïf.

Un amour unique a traversé sa vie parisienne, et il y est demeuré fidèle jusqu'à sa mort ; amour désintéressé du reste, car la rieuse Rosa raillait doucement les sentiments passionnés du bon camarade qu'elle menait par le bout de la moustache.

Razoua lui faisait parfois des vers, qui étaient acceptés comme un pur encens. L'ancien spahis devenait poète à ses heures le lecteur pourra en juger par le sonnet suivant

 

Entre mes mains, Rosette, est une fleur brisée ;

Un jour, de votre robe elle fit l'ornement ;

Puis le soir je la vis, de fatigue épuisée,

Sous les pieds de chacun dépérir tristement.

 

Tout ému, je la pris après l'avoir baisée ;

Mes pleurs sur ses débris coulèrent tristement

La fleur crut que c'était la goutte de rosée,

Et, se sentant revivre, elle dit doucement :

 

« Ainsi que ton amour, ma corolle était pure,

Doux était mon parfum, fraîche était mon allure,

Et tout était fini quand le soir est venu. »

 

Arrête, demandai-je; oh l'amour qui m'enivre

N'aurait donc qu'un matin pour éclore et pour vivre ?

Hélas la pauvre fleur ne m'a pas répondu.

 

Au commencement du siège, Razoua est nommé chef du 61e bataillon; il prend une part très active à l'affaire du 31 Octobre ; le gouvernement lui enlève son grade. Cette révocation, les articles du Réveil, le procès de Blois, ont éveillé l'attention des masses ; aux élections de février 1871, il est nommé député de la Seine ; porté d'ailleurs sur les listes de différentes nuances, il passe trente-sixième sur quarante-trois.

A Bordeaux, il suit l'exemple de son ami Delescluze et donne sa démission de député. Quoi qu'on en ait dit, son rôle pendant la Commune a été peu important. Président de la cour martiale à sa fondation, le Comité de salut public a dû le remplacer par Rossel, trois jours après son entrée en fonctions ; il acquittait indistinctement et sans exception tous les inculpés, quelles que fussent d'ailleurs leurs opinions et la nature de l'accusation portée contre eux.

Relevé de ses fonctions, il se confina dans son commandement de l'Ecole militaire, où il n'avait, du reste, rien à faire. Lorsque sonnait l'heure réglementaire de l'absinthe, on voyait le colonel Razoua arriver soit au café de Madrid, soit au café du Rat-Mort, ses endroits de prédilection.

Un seul incident a marqué pendant son existence si tranquille de la Commune.

Ancien élève de Saumur, maréchal des logis de spahis, c'était un beau cavalier. Un jour, pendant la semaine qui a précédé la rentrée à Paris, il descendait de cheval devant le Rat-Mort. Son sabre, dont les belières étaient détachées, se ficha entre deux pavés et resta debout ; Razoua, en cavalier accompli, leva la jambe avec grâce, volta le pied dans l'étrier, et s'assit brutalement sur la poignée de son sabre ; heureusement que c'était la poignée, car, si c'eût été le fourreau, il était empalé.

Le choc néanmoins fut douloureux, et il était encore malade lorsque les obus des Versaillais vinrent éclater dans la cour de l'Ecole militaire. Il fallait déguerpir : un ami demeurant rue Rochechouart le recueillit. Le lendemain, il était installé en toute sécurité chez un ancien compagnon d'armes, M. le baron E.Le 24 juin, M. E. muni d'un passeport diplornatique, partait pour Genève en compagnie de son secrétaire don Estaban Marquez. Ce dernier, âgé d'environ quarante ans, complètement rasé, portait le costume semi-ecclésiastique des licenciés en théologie de l'Espagne. Une large cicatrice provenant d'un coup de feu marquait une des joues.  A la station-frontière de Bellegarde, le commissaire de police s'approcha du wagon dans le coupé duquel étaient installés E. et son secrétaire.

– Vos passeports ?

– Donnez les passeports, dit en espagnol E. à son compagnon.

– Don Estaban ne bougea pas.

– Les passeports, cria E. avec un geste expressif.

Le secrétaire tressaillit et, ouvrant sa gibecière, tendit le papier.

Bien, messieurs ! vous êtes en règle.

Quelques minutes après, le train entrait en Suisse.

Le commissaire de police Dubuc n'avait pas reconnu, sous le costume clérical, son ancien collaborateur à la Marseillaise, le citoyen Razoua.

Le soir même, Razoua dînait à l'hôtel de la Métropole, à Genève, avec l'oncle de son ami E. chambellan de la reine Isabelle. Après le dîner, comme tous les trois sortaient pour faire une promenade, ils furent croisés dans la cour par la Reine, qui, trompée par le costume de Razoua, faillit lui demander sa bénédiction.

A Genève, il mena une vie assez casanière, il venait cependant tous les jours savourer sa chère absinthe et fumer sa bonne pipe au café du Nord. C'est là qu'il fut arrêté sur une demande en extradition pour crimes de droit commun.  Grâce aux efforts de M Amberny, avocat, qui sut le laver des accusations portées contre lui, il fut relâché. Sa détention avait duré deux mois.

En Suisse, il a vécu avec de l'argent que lui envoyait sa famille, et de correspondances qu'il adressait à différents journaux, entre autres L’Emancipation de M. Duportal. La Marseillaise lui a publié un roman ; nous pouvons en parler sans crainte de passer pour un délateur, l'homme, le journal n'existant plus. Dans les derniers temps, sa mère était morte, laissant une petite fortune. Razoua n'avait pu hériter, à cause de sa condamnation mais son frère lui réserva religieusement sa part.

Il est mort, à Genève, d'un épanchement sérieux qui l'a surpris au Café du Nord. Atteint de la nostalgie du boulevard, il regrettait trop le café de Madrid et le Rat-Mort, et peut-être aussi sa chère Rosette, l'ingrate enfant du sonnet.

M. BECQUET 

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 12:08

Notre maison d’édition est née en 2007 en publiant un discours fondamen-tal du président Chavez (l’annonce de la création du PSUV) car nous avions vérifié que c’est moins la réalité du chavisme qui faisait débat que sa légende. A la mort du mythe la légende continue et tente désespérément d’en faire un dictateur. Nous avons pu vérifier qu’y compris les admirateurs de Chavez préféraient s’en tenir à une autre légende. Le Venezuela entre dans une autre phase de son histoire dont les conséquences sont imprévisibles. JPD

  

Article de La Jornada mexicaine

 6 mars 2013 Deuil au Venezuela Nicolas Maduro, Président par intérim■ Le Président est décédé à 16:25 heures, victime du cancer■ le gouvernement décréta sept jours de deuil national■ Dans les 30 jours, le Vice Président convoquera des élections■ Caracas s'est effondré ; des milliers de partisans de Chavez pleurent leur chef

NOTIMEX, PL, AFP, REUTERS ET DPA

 Caracas, le 5 mars."Nous recevons la plus difficile et tragique information à transmettre à notre peuple ». A 16:25 aujourd'hui, le 5 mars, est décédé notre commandant le Président Hugo Chavez Frias après une dure bataille contre le cancer, a annoncé dans le pays, le Vice président Nicolas Maduro, sur le point de pleurer. Le gouvernement a déclaré sept jours de deuil national.

« C'est une douleur énorme et un drame qui touche aujourd'hui ce pays. Nous demandons à tous les compatriotes, les hommes et les femmes de tous âges, à être vigilants pour le maintien  de la paix, du respect, de l'amour, et de la tranquillité de cette patrie. Commandant, où que vous soyez vous : Merci, mille fois merci de la part de ce peuple qui vous avez protégé, que jamais vous n’avez oublié ", a déclaré Maduro, qui, comme l'a annoncé le chancelier Elías Jaua, sera le Président par intérim et convoquera des élections dans les 30 prochains jours, comme « est le mandat du commandant de la Présidente ».

« Maintenant il y a eu un vide absolu, le vice-président assume le pouvoir comme président et demande des élections dans les 30 prochains jours. C'est le mandat donné par le commandant Hugo Chávez. » a dit Jaua à la station de télévision multi-États Telesur.

La Constitution stipule que "lorsqu'il y a vide absolu de l'élu ou du Président élu avant de prendre possession, il y aura une nouvelle élection, universelle, directe et secrète, dans les 30 jours consécutifs. En attendant le nouveau président le vice président, sera en charge de la présidence de la République ».

La capitale s'est effondrée immédiatement et dans beaucoup de points, est devenue une mer de larmes des partisans de Chavez. Beaucoup d'entre eux se sont rapprochés de l'hôpital militaire de Caracas, dans lequel le Président au cours des seize derniers jours après sa surprise de retour de Cuba, le 18 février,  a subi la quatrième intervention chirurgicale pour le cancer dont il a souffert dans la région pelvienne, ce qui l'affectait depuis la mi-2001.Des milliers de fans ont rempli ce soir les places des grandes villes du pays pour pleurer la mort de leur chef. En revanche, dans certains quartiers de Caracas où l'opposition domine des claxonazos ont été entendus. Des célébrations similaires ont été observées dans les zones de la ville américaine de Miami, comme à Doral, où cette ville vénézuélienne d'anti-Chávez une grande tension était apparue après l'annonce hier soir, par le ministre de la communication, Ernesto Villegas, que la situation avait empiré pour Chavez.

Le Vice-président, ancien syndicaliste du Métro de Caracas, a ajouté : "ces événements nous poussent à grandir et à être les dignes héritiers, de ce géant que fut et que restera le commandant Hugo Chávez. Honneur et gloire à Hugo Chávez ! Longue vie à Hugo Chávez!"

Il a fait remarquer qu’il a décidé un déploiement des organes de sécurité et des forces armées nationale bolivarienne, dans le but de garantir la paix et le respect pour le peuple du Venezuela.

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 21:11

 

hommage-razoua-blog.jpg

Brochure de 50 pages, 5 euros.

Voici Razoua vu par un anti-communard

Le pilori des communeux Henry Morel 1871

 RAZOUA

Tony Révillon, flânant au café de Madrid, découvrit un jour dans un coin de la petite salle réservée au « monde littéraire » ... un homme caché par l'abondante fumée produite par la pipe, qu'il fumait lentement.

Ce personnage mystérieux était de taille moyenne. On devinait à ses brusques façons qu'il avait été militaire ; son teint bruni, ses cheveux en brosse, sa longue barbe, indiquaient aux regards de l'observateur qu'il avait servi dans les régiments d'Afrique.

C'était Eugène Razoua.

Révillon causa quelques instants avec ce soldat. Les mots de révolution, socialisme, république, dont celui-ci émaillait ses discours, lui valurent l'amitié du chroniqueur de la Petite Presse.

Le journalisme est une chose contagieuse. La fréquentation continuelle des gens de lettres dont Tony-Révillon était entouré donnèrent au spahi retraité, la pensée de prendre la plume pour livrer à la publicité ses impressions et souvenirs (1).

C'est alors qu'il publia à la librairie Achille Faure un superbe volume, à couverture rouge, sous le titre de Souvenirs d'un spahi.

Ce volume, tiré à quinze cents exemplaires, quatorze cent vingt de trop, disait l'éditeur, éleva Razoua au rang des habitués du café de Madrid, son domicile régulier.

Chaque jour, de quatre à sept heures, l'auteur des Souvenirs d'un spahi venait s'asseoir dans la petite salle réservée, faisant de la politique avec Delescluze, Ranc, Révillon, etc, etc., s'interrompant de cinq minutes en cinq minutes pour absorber lentement une gorgée d'absinthe savamment préparée.

En 1867, Razoua publia dans le Pilori de Victor .Noir quelques articles violents, parmi lesquels nous citerons l'Homme aux quatre femmes.

Puis Delescluze le prit avec lui au Réveil, où il affirma ses opinions révolutionnaires.

Au mois de février enfin, l'élève surpassant le maître, Eugène Razoua fut élu membre de l'Assemblée nationale par les électeurs de Paris, qui n'accordèrent à Réveillon qu'un nombre de voix insuffisant.

Après avoir siégé, sans bruit, aux séances de Bordeaux, Razoua donna sa démission de député pour accepter, à l'instar de son ami Delescluze, le mandat de conseiller communal.

Le rôle de Razoua sous la Commune est presque un rôle de comparse.

Nommé gouverneur de l'Ecole-Militaire, il invita ses amis à déjeûner et à dîner à l'hôtel du Champ-de-Mars, où il leur fit servir les mets les plus exquis par des valets en habit noir, gants et cravate blanche.

C'est là ce qu'il fit de plus marquant, je crois.

Toutefois, les hautes fonctions que remplit l'ex-spahi ne lui firent pas rompre ses vieilles habitudes avec le café de Madrid.

Il y vint chaque jour, comme à son ordinaire ; seulement il y vint à cheval et suivi d'une ordonnance qui, pendant une, deux, quelque fois trois heures, gardait sa monture. Malheureuse ordonnance !

 

(1) Note JPD. Dès 1863 La Petite revue publie :

UN SPAHIS. — Tour à tour marin et spahis, après avoir fait le tour du monde et séjourné dix ans en Afrique, Ernest Razoua est venu planter sa tente à Paris, jeune encore. Il a publié sous ce pseudonyme, et sous son nom au Jockey, une série d articles militaires très-originale et fort remarquée. (Dans le numéro suivant la revue rectifiera : Eugène Razoua)

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 21:09

Je rends hommage à Eugène Razoua. Son frère Joseph (1821-1890) mérite aussi notre attention. Curé de Puylaroque toute sa vie (1853-1890) il a écrit en 1883 un livre présenté ainsi dans le Bulletin de la Société archéologique de Tarn et Garonne. JPD

 BIBLIOGRAPHIE.

Notes et Documents pour servir à l'histoire civile et religieuse de Puylaroque (Tarn-et-Garonne), par M. l’abbé RAZOUA, curé de Puylaroque, membre de la Société. .)

Parmi les questions dont s'est toujours occupée l'humanité, celle qui paraît fixer le plus vivement son attention, est sans contredit la connaissance, de l'homme et des faits multiples qui ont signalé son passage depuis son apparition sur la terre. Aussi, principalement dans ces dernières années, s'est-on livré avec ardeur aux recherches -historiques et a-t-on recueilli avec des détails infinis les débris de tous les âges.

Après l'histoire générale des états et des provinces, on a entrepris les monographies des villes et des bourgs. L'intérêt de ces dernières semble circonscrit dans un cercle restreint ; elles n'en possèdent pas moins leur utilité pratique.

Ce sont là autant de matériaux préparés pour ces infatigables travailleurs dont le zèle et la science reconstituent l'existence fugitive des générations qui se succèdent et s'accumulent de plus en plus. Ce sont là des preuves corroborées de pièces écrites, qui éclairent d'un jour nouveau l'histoire, si souvent dénaturée par des esprits fourvoyés ou des plumes infidèles.

A ce double point de vue, l'ouvrage publié par M. l'abbé Razoua est intéressant à lire et précieux, à consulter. Son titre modeste de Notes et Documents pour servir à l'histoire civile et religieuse de Puylaroque, tient beaucoup plus qu'il ne paraît promettre.

Entrepris tout d'abord avec le seul désir de répondre au questionnaire envoyé par l'autorité épiscopale dans le but de reconstituer les archives de l'Évêché et de faciliter les études historiques sur le diocèse, ce travail s'est enrichi, peu à peu, de nombreux documents découverts dans la localité. Les minutes des notaires, les registres de l'église, quelques pièces détachées ont fourni un ample aliment aux patientes et fructueuses investigations de M. le curé de Puylaroque. Ces renseignements réunis en un beau volume, imprimé avec soin sur papier teinté et orné de planches lithographiques ont reçu les approbations des évêques d'Auch et de Montauban, prélats qui encouragent si vivement dans leurs diocèses les recherches du passé.

M. Razoua, sans faire l'historique de la cité, rappelle les diverses traces de l'occupation romaine, découvertes à Puylaroque, telles qu'inscriptions, monnaies, voies publiques. Les ruines plus récentes laissées par la féodalité, les monuments existant encore sont ensuite rapidement décrits.

Le premier des documents dont il est fait mention est emprunté aux plus sombres dates de notre histoire méridionale. En 1209 la croisade contre les Albigeois était menée avec la plus grande vigueur par les lieutenants de Simon de Montfort, au nombre desquels se trouvait l'évêque de Cahors, Gr. de Cardailhac. Le bourg de Puylaroque, appartenant au comte de Toulouse, fut détruit de fond en comble.

En 1366 la chapellenie de Notre-Dame de Grâce fut fondée par Bernard de Carit, chanoine de Paris, plus tard évêque d'Evreux et originaire de Puylaroque. En 1369 les consuls reconnurent l'autorité du roi de France. Pour récompenser leur fidélité et les services des habitants, le roi, par lettres-patentes, les exempta de tous impôts durant 10 ans.

Malgré les efforts de Jacques Desprès de Montpezat pour maintenir la foi catholique dans ses terres, la Réforme s'introduisit dans le Quercy. En 1580 les Calvinistes s'emparèrent de Puylaroque ; ils en furent chassés en 1589. Pendant la seconde moitié du XVIe siècle, les consuls font bonne garde et donnent l'éveil aux villes voisines pour éviter les surprises des armées belligérantes. En 1591 la ville fut encore assiégée plusieurs fois et avec des fortunes diverses par les troupes de la Ligue.

La seigneurie de Puylaroque fut vendue le 12 janvier 1595 par le marquis de Villars et Henri de Montpezat, son frère, au sire de La Bastide, Arnaud de Vignes. Un siècle plus tard cette seigneurie fut élevée au titre de marquisat, en raison des services rendus par la famille de Vignes en pays d'Albigeois et de Quercy.

Les nombreux documents fournis par les dernières années du XVIIIe siècle montrent l'agitation qui s'était emparée de la province à cette époque. Le cahier des doléances de la communauté de Puylaroque renferme un vœu qui, dans son laconisme, indique suffisamment là misère et la gêne de l'agriculture en 1789. «Que les impôts, y est-il dit, frappent surtout les objets de luxe ; que le laboureur, l'artisan soient ménagés et jouissent à peu de frais des objets de première nécessité.»

Les notes relatives à la commanderie de Saint-Hugues, de l'ordre de Malte, dans la juridiction de Puylaroque, contiennent Un extrait de la charte et bail à cens du territoire de Mouilhac (année 1476), dans laquelle se retrouvent, â côté des droits et réserves du cessionnaire, de nombreuses garanties en faveur des emphythéotes.

Sous l'année 1571, M. Razoua a placé la biographie d'un noble enfant de Puylaroque, le célèbre jurisconsulte Béranger Fernand. Elle a été empruntée, en grande partie, à la notice déjà publiée dans la Biographie de Tam-et-Garonne.

Mentionnons, rapidement les procès-verbaux de visites de l'évêque de Cahors, et les nombreuses ventes, donations, les baux à ferme, qui intéressent plus particulièrement certaines familles du Quercy, dont les noms se trouvent consignés dans ces actes publics.

La lecture de la plupart des testaments nous inspire cependant la réflexion suivante : Les testateurs débutent par une pensée philosophique, sur l'incertitude de la mort et des invocations à Dieu et à ses saints. Ils réclament les prières de l'Eglise et des pauvres, par la fondation d'un obit et des legs aux malheureux. Ces actes témoignent ainsi, au milieu des troubles créés par les guerres de Religion et dans un temps où l'impiété gagnait les hautes classes de la société, de l'esprit sincèrement religieux de la bourgeoisie.

L'instruction publique était moins négligée sous l'ancien régime qu'on a coutume de le dire. Un travail récent de M. l'abbé Galabert nous a fait connaître le brillant état des études au XVe siècle, dans une localité voisine de Puylaroque. Les relevés statistiques dressés par M. Razoua viennent confirmer cette opinion. Au moment de la Révolution, nous remarquons les dépenses suivantes dans l'état des charges locales de la municipalité : pour l'honoraire du régent, 150 livres ; de la régente, 100 livres ; du régent latiniste, 300 livres. Il est permis de conclure qu'un assez grand nombre d'enfants suivaient les écoles et apprenaient le latin dans cette petite ville, puisque les consuls et le syndic croient devoir insérer à un budget déjà surchargé, « une somme de 300 livres pour honoraires du régent latiniste, ledit régent s'acquittant, à la satisfaction de tous, de son devoir et étant de l'intérêt de cette communauté de le retenir. »

L'étude sur Puylaroque contient encore la liste des chapelains de Notre-Dame de Grâce, et celle des curés et vicaires des diverses paroisses, les tableaux généalogiques des familles de Carit de Labarthe, de Laburgade de Belmont, de Lavalette-Parizot, de Lavalette-Cornusson et de Vignes de Puylaroque.

Un article spécial est consacré à la relique conservée depuis un temps immémorial dans l'église principale et vénérée sous le nom de Voile de la passion.

M. Razoua donne en terminant une relation de la consécration de l'église paroissiale le 3 septembre 1878, et la description des ornements, tableaux, objets d'art et principales pièces du mobilier de sacristie, appartenant à la fabriqué de Puylaroque.

On peut comprendre, par cette analyse sommaire, l'intérêt multiple qui s'attache à la lecture de cet ouvragé. En réunissant les matériaux épars et en se bornant aux détails purement locaux, M. Razoua a apporté sa pierre au grand édifice de l'histoire nationale. Son travail, fruit de longues recherches, ne sera pas perdu.

Mais nous voudrions encore voir son exemple suivi par le plus grand nombre de ses confrères. Dans toutes les petites villes, dans toutes les paroisses, les débris du passé devraient être recueillis avec le plus grand soin. Que de précieux documents perdus trop souvent par négligence. Il n'est pas nécessaire d'écrire une monographie complète (les moins timides pourraient être effrayés), mais de fournir à l'histoire des éléments, fussent-ils difformes, non encore dégrossis et jetés au hasard, ainsi que les moellons dont on se sert un jour pour élever les plus splendides édifices. Puisse donc la louable initiative de M. Razoua rencontrer de nombreux imitateurs dans notre département.

A. BUSCON.

* Imprimerie et lithographie Forestié, 1883

 [2]L'instruction dans la seconde moitié du XV siècle à Caylus, par M. L'abbé Galabert. (Bulletin archéologique, t. "X, p. 148)

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 16:50

J’ai croisé Paolo Flores d’Arcais du temps où Libération jouait un rôle d’information et ça remonte à loin. « Wojtyla versus Kant » est un extrait de sa revue Micro Mega que j’ai toujours conservé en bonne place dans mes archives. Nous étions au début de la guerre du golfe et les déclarations du Pape contre les USA faisaient la joie des démocrates français, y compris de communistes qui pardonnaient à Wojtyla son rôle polonais. Flores d’Arcais m’a confirmé de belle manière que le manichéisme servait seulement à cacher la réalité… Loin d’être un « démocrate » car anti-impérialiste Jean-Paul II était un intégriste : « Jamais l’intégrisme n’était allé aussi loin dans le triomphalisme depuis l’époque du Syllabus. Du reste, pour le pape, les vices du communisme et ceux des sociétés occidentales proviennent de la même racine : la pensée critique, les Lumières, le rationalisme, l’athéisme. » Et pourtant c’est ce pape que Castro a invité à La Havane suscitant le livre magnifique de Vazquez Montalban : Et Dieu entra à la Havane. Croisant dans un débat Ignacio Ramonet je lui avait demandé ce qu’il en pensait mais il préféra botter en touche en me rappelant seulement qu’en France nous ne savons pas voir les côtés positifs de Jean-Paul II. Je ne cite pas par hasard l’écrivain catalan qui termine ainsi son Aperçus de la planète des singes :

« Pour échapper à la pernicieuse poursuite d’une vérité unique, Flores d’Arcais a préconisé en son temps une éthique sans foi : la formule me parait excellente pour qui considère l’espoir comme une nécessité humaine et non pas théologique et reprend à son compte la critique de l’aliénation militante proposée, en toute connaissance de cause, par Adam Schaff. »

 L’enfant de 68 aujourd’hui

Paolo Flores d’Arcais est un enfant de 68 qui a vieilli sans tomber dans le système. Voilà sans doute pourquoi il n’a pas la notoriété qu’il mériterait. Permanent défenseur de la démocratie qui comme l’espoir ne doit pas être théologique, il vient de faire une proposition en réaction à celles du puissant Eugenio Scalfari, l’ami du président Napolitano. Comme l’a démontré son journal Repubblica son adversaire majeur est le Mouvement 5 étoiles en conséquence il propose de sortir de la crise par une alliance : PD, Monti, PdL ! Plutôt Bersani-Berlusconi qu’un accord Bersani-Grillo ! Pourquoi ? Au nom de la stabilité ! Il sait très bien que dans cette hypothèse Bersani ne serait pas l’homme de la situation mais ils sont nombreux à prendre la relève dans le PD pour une telle dérive.

La réponse du philosophe n’est pas théorique mais pratique. Il pense que la première chose à faire c’est d’appliquer la loi de 1957 qui interdit en fait à Berlusconi d’être élu, loi dont le PD n’a pas osé demander l’application par crainte de la réaction de Berlusconi. Aujourd’hui avec les élus 5 étoiles, aujourd’hui avec la vague de fond dans l’opinion, Berlusconi a pu rassembler un électorat important mais il ne pourrait pas vraiment réagir. Et la mise en accusation de Berlusconi c’est l’effondrement de sa coalition.

Indirectement il s’agirait d’une alliance PD-Grillo sauf que Grillo qui aspire au pouvoir pour lui tout seul ne veut pas entendre parler d’alliance nationale avec le PD (même si localement elles existent déjà).

La réponse du philosophe est pratique car Grillo autant que le PD est dans ce cas de figure au pied du mur. Il a la possibilité de faire vivre la légalité contre l’illégalité si chère à Berlusconi, légalité sans laquelle il n’existe pas de démocratie, en conséquence, refuser, c’est envoyer un bien mauvais signal à l’opinion. C’est dire finalement : « Je n’existe que par la guerre que me fait Berlusconi qui est un allié objectif. » Grillo a gagné car il a su utiliser la télévision… contre la télévision ! Grillo est donc pour une part l’enfant des télés berlusconniennes : c’est parce que Berlusconi a fait des Italiens des accrocs de la télé que Grillo en disant « je refuse » la télé est finalement passé plus que d’autres… à la télé !

 En finir avec Berlusconi

La mort politique du leader ne serait pas la fin de la bataille contre son idéologie… surtout si Grillo vient le remplacer, même si pour le moment il se réfère aux mouvements sans leaders comme les indignés : « Le mot leader est un gros mot » dit-il.

Donc Flores d’Arcais pousse plus loin son sens pratique : il lance avec sa revue un appel citoyen à signer pour demander l’application de la loi de 1957. Parce qu’il croit depuis toujours que la lutte pour la démocratie est la seule porte de sortie à la crise du capitalisme, il a trouvé la porte concrète par laquelle la vague 5 étoiles pourrait se transformer en événement politique heureux pour le peuple italien. Dans un débat entre Casaleggio, Grillo et Dario Fo il y a eu cet échange avant les résultats :

« Grillo: Je crois que si le président du Sénat Schifani a laisser échapper qu’il y avait besoin de faire une nouvelle loi électorale pour arrêter les 5 étoiles sinon il va vers le 80%, ça veut dire vraiment qu’ils ont peur de nous. Tout peu arriver comme quelque chose d’incroyable que serait l’entrée au parlement de 80-100 de nos représentants.

Fo : Mais la gauche ne peut s’allier avec la droite contre vous, ça serait obscène.

Casaleggio: Excuse-moi, mais je pense que parmi les partis traditionnels les voltefaces de ce genre sont possibles. Tu veux mes prévisions ? Si le M5S a une forte représentation, Pd, Pdl, Sel, Udc, et même Ingroia, ils donneront vie à une grande coalition comme s’est arrivé avec le soutien à Monti. Rien ne changera.

Fo: Mais pourquoi la gauche devrait faire une grande coalition ?

Casaleggio: Pour la simple raison qu’ils ne seront pas assez nombreux pour gouverner seuls !

(da Il Fatto Quotidiano del 27 janvier 2013)

 Le lecteur comprend mieux la position originale de Paolo Flores d’Arcais, celle qui doit avoir tout notre soutien. Voir http://temi.repubblica.it/micromega-online/Jean-Paul Damaggio

 

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 22:56

Aujourd’hui je commence par ces trois noms : Grillo, Dario Fo et Saint François d’Assise, et cette phrase : “Noi abbiamo scelto appositamente la data di San Francescoper la creazione del MoVimento.”

Dans un riche article en italien d’avant les élections, où Grillo et Casaleggio (son éminence grise) répondent à des questions de Dario Fo, que chacun peut lire en cliquant sur le nom du saint, c’est le jeune Casaleggio qui déclare : “Nous n’avons pas choisi par hasard la date de Saint François d’Assise pour la création  du Mouvement.”

Je connaissais la symbolique des cinq étoiles symbolisant : l'eau publique, les transports "durables", le développement, la connectivité et l'environnement mais pas celle de la date de naissance. Saint François d’Assise est décédé le 3 octobre 1226 et le Mouvement est né le 3 octobre 2009.

Dans ce rapport à l’argent, des esprits simplistes considèrent qu’en fait Grillo est aussi riche que Berlusconi grâce aux recettes publicitaires de son blog qui est désigné comme le blog individuel le plus consulté au monde. A se déplacer avec un camping-car il ne ferait que jouer une comédie facile.

 Même s’il joue la comédie (c’est son métier), notons que si les électeurs et les électrices, en faisant des 5 étoiles le premier parti d’Italie, montrent qu’ils souhaitent non l’austérité mais la sobriété. Il est donc possible avant de dénoncer la tartufferie éventuelle de se féliciter d’un retour à cette valeur anti-berlusconienne. D’autant que toute la stratégie de Grillo s’appuie sur les valeurs de cette sobriété ce qui enchante le Français Serge Latouche, très connu en Italie en tant qu’apôtre de la décroissance mais comme pour tout le reste, après avoir pris connaissance des données réelles comme juger les données structurelles ?

 Saint François d’Assise

En faisant référence à ce saint devant Dario Fo, Casaleggio sait parfaitement que le Prix Nobel de littérature a écrit une pièce à sa gloire. En France le premier à se lancer dans cette célébration a été André Suarès en 1911 un homme dont le positionnement politique me fait penser à celui de Grillo (un positionnement libertaire qui balance entre la gauche à la droite). Mais pour rester côté italien, il faut surtout penser à l’inoubliable Rossellini dans Les Onze Fioretti de François d'Assise. Pour finir, comment ne pas penser à UCCELLACCI E UCCELLINI le film de Pier Paolo PASOLINI en 1966. Bref, le lecteur comprend que le Mouvement de Pepe Grillo s’appuie sur une quête italienne originale et n’est pas seulement le coup de tête d’un homme seulement en quête de pouvoir.

 De l’intention aux actes

A présent les élus de Pepe Grillo sont face à des impératifs législatifs et là, des discours ils vont devoir échapper aux mots.

Depuis que le Mouvement existe les deux dirigeants annoncent la création d’outils de consultation de la base, par internet, pour lui donner le pouvoir, mais sans traduction pratique. Un des élus s’est considéré exclu car il n’a pas eu le droit, sur décision de Grillo, d’utiliser le logo du parti car en effet le parti est seulement un logo. Il va donc falloir juger sur le long terme.

 J’avais écrit cet article quand j’ai lu celui très proche de l’ami Merle.

J-P Damaggio

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 14:08

date

Tableau du nombre de femmes et d'hommes participant à l'émission C dans l'air en janvier 2013.                                                   Sujets:

Femmes

Hommes

1

Les bonnes résolutions pour 2013

1

4

2

Mauvaise année et meilleurs vœux

0

5

3

La délinquance par temps de crise

0

5

4

Crise : la voyance se porte bien

2

3

7

75% : mauvais chiffre pour Hollande

1

4

8

Mariage gay : l'épreuve de force

1

4

9

Que se passe-t-il au Front National ?

2

3

10

Le mystère des trois femmes assassinées

1

4

11

Emploi : l'improbable accord

1

4

14

Mali : "La France ira jusqu'au bout"

1

4

15

Les trois combats de Hollande

1

4

16

Médicaments dangereux : la pilule amère

2

3

17

Le djihad des sables

0

5

18

Mali-Algérie : où est passée l'Europe ?

0

5

21

Mali : "c'est une guerre"

0

5

22

Obama : danse avec l'Amérique

2

4

23

L'Europe craque

1

4

24

Le retour de notre "otage" du Mexique

0

5

25

Vendée-globe : les aventuriers des mers

1

4

28

Automobile française : carrefour dangereux

0

5

29

Le modèle social français en faillite ?

1

4

30

Les politiques peuvent-ils gérer seuls un pays ?

2

3

31

La France des fonctionnaires

1

4

Bilan

nombre total de femmes, d'hommes

21 F

95 H

pourcentage de femmes, d'hommes

18%

82%

 

RAPPEL JANVIER 2012

   

Bilan

nombre total de femmes, d'hommes

6 F

104 H

pourcentage de femmes, d'hommes

5%

95%

 Voicvi le tableau réalisé par Marie-France Durand avec les commentaires ci-dessous :

En un an, il y a une nette progression du pourcentage de  femmes qui passe de 5% à 18%.

Pour arriver à 50%, ET EN CONTINUANT AVEC CETTE PROGRESSION, il faudrait encore environ 2 ans et demi ! Cependant, dans encore 7 émissions sur 23, c'est-à-dire plus de 30% des émissions, il y a … 0 (zéro) femme.

Encore un effort Monsieur C dans l’air !!! 

 

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