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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 13:44

Cet article de journal peut paraître un peu long aujourd'hui.... JPD

L 'ESPRIT DES PAYSANS

« La Dépêche » du dimanche 10 novembre 1889

L'éducation politique et morale des paysans a une grande importance. Pour y réussir, il faut les aimer et les bien connaître.

Le paysan a l'esprit sérieux. Il est obligé de peiner, de calculer, de se défier. Il ne dissipe pas son intelligence en saillies et en bagatelles ; il s'en sert, non comme d'un jouet, mais comme d'un outil. Il n'est pas gouailleur et fantaisiste ; il ignore ce qu'à la ville on appelle la blague. Je parle des vrais paysans, de ceux qui sont attachés au champ, qui labourent et qui sèment, Car il y a dans nos campagnes des irréguliers qui vivent, moitié de travail, moitié de maraude, ou qui exercent des métiers variés, extrayant la pierre, creusant des puits, etc. Ceux-ci, de même qu'ils ont souvent de la fantaisie dans leur vie, en ont dans leur esprit et dans leurs paroles. Ils ont de la verve, ils ont des mots qui partent comme des fusées; ils sont facétieux. Le vrai paysan, lui, a l'esprit grave. Non qu'à l'occasion il n'aime à rire et à se divertir, niais, alors, il a recours à des chansons et à des contes qui contiennent de la joie toute faite, plutôt qu'à des fantaisies personnelles et spontanées de conversation.

En revanche, cette sobriété de l'esprit fait que la moindre plaisanterie l'amuse, On vendange, et il y a dans la vigne beaucoup de vendangeurs et de vendangeuses; du coteau qui est à l'extrémité opposée de la plaine arrivent dans l’air ensoleillé des sons de cloches Une paysanne dit, d’un air entendu : « Quelqu'un se pend» ; — c'est le sonneur de cloches qui, en effet, se pend à la corde. C'est là une plaisanterie rebattue, traditionnelle, et pourtant tous y prennent plaisir, la refont pour leur compte, y trouvent de la saveur. Voilà comment les beaux esprits du village ont dans les cercles de paysans des succès si aisés et si énormes. Ces esprits tout neufs, et au fond très sérieux, quand on les met en mouvement, s'amusent de rien.

Le paysan est volontiers sentencieux, surtout en prenant de l’âge. Il s'exprime par proverbes et maximes ; il ne peut pas se créer à lui-même des idées générales, et il les emprunte à la sagesse traditionnelle. « Le pauvre père disait » revient très souvent dans la conversation des paysans. Cette tradition est le seul livre où beaucoup d'entre eux aient lu. Or, elle se compose de formules courtes, de proverbes et de maximes. Nous nous étonnons quelquefois que, vivant en pleine nature, les paysans ne fassent pas sur les phénomènes naturels plus d'observations personnelles et neuves nous sommes dupes d'une illusion. A part quelques grands faits très simples, comme la succession des saisons, tout dans la nature est extraordinairement compliqué. La plupart des proverbes rustiques ayant trait à la vie agricole n'expriment guère que des coïncidences qui se renouvellent de loin en loin, mais comme c'est pour le paysan le seul point de repère, il y tient beaucoup, et il a beau prendre le proverbe en défaut, dix fois, vingt fois il n'y renonce pas. C'est qu'il résume pour lui un premier essai de généralisation, de science, et qu'il a, en outre, la marque vénérable de la tradition. Voyez ces paysans sentencieux dont les paysans eux-mêmes disent qu'ils ont « l'air prophète ». On sent que, quand ils citent une maxime, ils croient participer à une sagesse très haute, et qu'ils en conçoivent pour eux-mêmes une sorte de respect.

Au point de vue de la terre, le paysan est très attaché à la propriété individuelle ; au point de vue de l'esprit, il aime, au contraire, à confondre sa propre sagesse avec la sagesse, indivise de la tradition. Le prix de l'effort personnel, de la conquête personnelle dans l'ordre du savoir ne lui est pas suffisamment connu. Et c'est là une des raisons qui l'empêchent de vérifier et de corriger par son expérience propre les préjugés nombreux qui circulent.

Ce n'est pas que l'esprit d'invention et de création fasse défaut dans nos campagnes ; il y a une production poétique incessante. E. n'y a guère d'événements un peu curieux au village ou dans la contrée qui ne soient mis en chanson. Qu'il s'agisse d'un mariage comique, de la brouille d'un curé avec sa madone ou d'une élection, il y a toujours une demi-douzaine de poètes qui se cotisent et qui font une pièce de vers en collaboration. Ce n'est pas toujours très relevé, mais c'est vivant. Ce sont les jeunes gens qui font cela.

 La jeunesse est, à la campagne, presque une institution. A la ville, et surtout dans les grandes villes, les plaisirs sont tout préparés : c'est le théâtre, c'est le cirque; vieillards et jeunes gens s'y pressent confondus. Il n'y a de distractions pour les paysans que celles qu'ils organisent eux-mêmes : les fêtes votives, les bals sous les grands arbres. Mais qui donc organisera tout cela, qui s'emploiera à louer les musiciens, à orner l'emplacement, à recueillir les fonds, si ce n'est les jeunes gens ? Ce sont eux surtout qui résistent au curé quand il défend la danse ; ce sont eux qui, à la sortie de vêpres, organisent, à partir du clocher, ces courses à pied où il faut, tous les cent pas, poser un œuf à terre sans le briser; ce sont eux, quand un mariage leur déplaît, qui sèment de la paille et du foin tout le long du chemin suivi par le cortège ; ce sont eux qui introduisent dans les campagnes les refrains politiques et patriotiques venus de la ville, qui perpétuent dans nos campagnes les veillées, qui, sans eux, se perdraient ; ce sont eux, enfin, qui, à la sortie des offices ou en revenant du marché, escortent la jolie paysanne, laissant les anciens s'entretenir du cours des bestiaux. Aussi, quand à la campagne il est question de « la jeunesse », on sent qu'il s'agit d'une sorte de puissance organisée, qui n'a rien d'analogue dans les grandes villes.

De toutes les poésies qui se font ou qui se chantent à la campagne, la nature est à peu près absente : il s'agit d'amour, de fiançailles, de guerre, de départ, de retour, d'événements locaux ; mais les beautés mêmes de la campagne n'y sont jamais décrites ou même indiquées. Pourtant, le sentiment poétique ne manque pas aux paysans, mais, précisément parce qu'ils vivent dans la monotonie des beautés naturelles, ils demandent à leurs chansons de leur parler d'autre chose. Ils n'ont pas certainement la grande poésie; et comment l'auraient-ils ? Le temps est passé, où les hommes divinisaient les forces de la nature, le soleil éclatant et les grands bois mystérieux. Les paysans n'ont pas encore sur l'immensité de l'Univers, sur le mouvement ordonné des astres, sur l'évolution et le progrès de la vie, ces grandes idées qui font vibrer la pensée au contact de la nature extérieure. Ils sont habitués à agir, non à rêver ; ils ne peuvent dès lors emprunter au monde visible un aliment pour leurs rêveries.

 L'Église a durci et desséché le dogme. L'Évangile, avec son libre et poétique esprit, a été remplacé par des pratiques sèches, des formalités superstitieuses et des croyances terribles. Les doux horizons de la Palestine sont presque inconnus du paysan, et l’étoile qui guidait les bergers ne se lève pas sur lui. Il retrouve la poésie dans sa familiarité de tous les instants avec la vie des êtres et des choses. A la fin de l'hiver, quand les bestiaux, après de longs mois de réclusion, peuvent quitter l'étable, le jeune paysan accourt pour les voir sortir. Ils sont d'abord comme étonnés ; puis, grisés soudain par la lumière, le grand air, ils partent comme des fous, ils font en sautant, en mugissant, le tour de la grande prairie ; ils en reprennent possession ; puis tous, bœufs, vaches, taureaux, se précipitent et se confondent comme dans une mêlée. Ces bêtes pesantes s’enlèvent comme des chevaux légers. Elles s’arrêtent, soufflent, aspirent l’air, regardent l’horizon et, comme piquées tout à coup d'un aiguillon de folie, s'enlèvent de nouveau. Peu à peu elles se mettent à paître l'herbe courte et rare et, de temps à autre, dans le troupeau immobile qui semble cuver son ivresse, un bœuf se remet à bondir comme après l'orage une vague se dresse de loin en loin dans la mer mal apaisée. Ce sont là de puissants spectacles et le jeune paysan y assiste avec un mélange de crainte et de joie.

 Lorsque la pluie tombe enfin sur le maïs altéré et fait un bruit joyeux dans les feuilles, la paysanne dit : « Le maïs rit. » Lorsque les fèves encore jeunes viennent bien, sous un soleil doux, dans la terre bien travaillée et gonflée de suc, la paysanne, réjouie, dit : « Les fèves têtent. »

 Les paysans s'ennuient dans les lieux clos et bas. Évidemment, ils se nourrissent, à leur insu même, des grands horizons. Un soir, je causais avec un laboureur au sommet d'un coteau qui dominait une grande étendue de pays. L'air était transparent et calme; nous regardions la montagne lointaine d'un bleu sombre qui fermait l'horizon. Il nous sembla entendre un murmure très vague qui arrivait vers nous : c'était le vent du soir qui se levait au loin sur la montagne, et, dans la tranquillité merveilleuse de l'espace, le premier frisson des forêts invisibles venait vers nous. Le paysan écoutait, visiblement heureux ; il me dit en son patois «Lou tèns ès aousenc. » L'expression est intraduisible dans notre langue ; il faudrait dire : le temps est entendif. Le mot exprime cet état de l'air qui est pour le son ce que l'absolue transparence est pour la lumière. Mais de pareils mots n'indiquent-ils pas, mieux que bien des effusions, la poétique familiarité du paysan avec les choses?

 Il n'est point incapable des hautes mélancolies. J'ai connu des vieillards qui, la journée finie, couchés sur la terre sombre où ils allaient bientôt disparaître, parlaient de la mort avec une sorte d'étonnement résigné : « Tout sera bien fini, disaient-ils, et personne n'en revient. » Chose étrange et que j'ai souvent constatée : les mêmes hommes qui parlaient de la mort comme de la destruction totale, parlaient peu de temps après ou en même temps, de l'âme et de sa survivance. Évidemment, beaucoup de paysans n'accordent pas l'idée naturelle qu'ils ont de la vie et de la mort avec l'idée qu'ils tiennent de l'Église. Ils ont dans l'esprit, sans s'en douter, des idées contraires ; elles ne se heurtent point parce qu'ils n'y réfléchissent pas assez; elles sont simplement juxtaposées. D'un côté, ils croient très bien, avec l'Église, que l'homme est supérieur aux bêtes, qu'il a une âme, et que cette âme ne périra pas. D'un autre côté, comme on n'a pas développé en eux la vie de la pensée, comme toute leur existence s'use dans le labeur opiniâtre des bras, dans la lutte avec la terre, ils ne peuvent ni se figurer, ni même pressentir ce qui survivrait d'eux dans un autre ordre d'existence ; il leur semble, par ce côté, que la terre en les recouvrant les aura tout entiers.

 Dans les nuits sans lune, les astres brillent, mais ils n'éclairent pas sensiblement la terre; elle est toute noire, et les étoiles semblent resplendir pour elles-mêmes dans les hauteurs : il y a comme divorce du ciel et de la terre. De même, il y a dans l'âme du paysan divorce entre la vie machinale à laquelle il a été condamné et les espérances immortelles que l'Église a gravées à la surface de son esprit, mais qu'elle n'a point fondues dans son existence quotidienne. Elle a imposé des dogmes du dehors ; elle n'a pas éveillé la pensée intime. Le premier soin de l'Église, si elle voulait faire pénétrer vraiment l'esprit chrétien jusqu'au fond des âmes, devrait être d'aider et non de combattre ceux qui, comme nous, veulent éveiller partout la pensée ; mais l'Église ne songe qu'à sa domination. C'est à nous d'amener peu à peu la démocratie rurale à la pensée personnelle. Jean Jaurès

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 13:39

http://la-brochure.over-blog.com/article-italie-je-crois-rever-117250873.html

Nous l'avions déjà annoncé voici quelques jours, Letta est invité à former un gouvernement en Italie. Voir le lien.

Attendons de voir s'il réussit, lui et les membres de la droite du PD (dont il est le vice-président !) qui ont été achetés par Berlusconi. Avec Monti ministre des affaires étrangères. A suivre. JPD

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 14:30

En 1899 un livre d’articles de Jaurès est publié sous le titre Action socialiste ; Première série, le socialisme et l’enseignement, le socialisme et les peuplesJaurès y publie l’avant-propos suivant éclairant à plus d’un titre malgré sa brièveté. En 1899 nous sommes encore loin de la création de Parti socialiste qui s’unifie en 1905. Nous sommes donc loin de la création du journal L’Humanité. Les articles sont surtout de La Dépêche du Midi. Et Jaurès a raison, ils sont bien ceux d’un socialiste. Mais quelle différence entre un « socialiste » et un « centre-gauche » ?

Nous y reviendrons. JPD

La parole à Jaurès

De jeunes amis m'ont demandé la permission de réunir, en un ou plusieurs volumes, un choix de mes articles et discours. Un moment, j'ai hésité. Je craignais qu'on ne vît là une sorte de préoccupation littéraire peu convenable à un militant. Et puis, nous avons devant nous tant de travail, nous avons si peu fait, qu'il me paraissait dangereux de retourner vers le passé. A quoi non lier ces pauvres gerbes quand la moisson commence à peine ?

Mais ces jeunes gens m'ont dit que publier un volume de propagande, comme on publierait une brochure de propagande, c'était encore agir, et je me suis rendu de bon cœur à leur vœu.

 Ce sont eux qui ont fait tout le travail, le choix et le classement. Je ne sais même pas, en écrivant cet avant-propos, quels sont les morceaux contenus dans ce volume. Mais ce que je sais bien, c'est que, quelle qu'en soit la date, on y retrouvera la même inspiration socialiste. Dès que j'ai commencé à écrire dans les journaux et à parler à la Chambre, dès 1886, le socialisme me possédait tout entier, et j'en faisais profession. Je ne dis point cela pour combattre la légende qui fait de moi un centre-gauche converti, mais simplement parce que c'est la vérité.

Mais il est vrai aussi que j'ai adhéré à l'idée socialiste et collectiviste avant d'adhérer au parti socialiste. Je m'imaginais que tous les républicains, en poussant à bout l'idée de République, devaient venir au socialisme. Et il me paraissait plus sage de ne pas créer un groupement socialiste distinct. C'était une illusion enfantine, et ce que la vie m'a révélé, ce n’est point l’idée socialiste, c’est la nécessité du combat. Si les pages qui suivent pouvaient aider les hommes de pensée à devenir des hommes de combat, et à comprendre que la vérité, pour être toute la vérité, doit s’armer en bataille, les jeunes gens désintéressés et dévoués qui ont pris l’initiative de cette publication seraient bien payés de leur peine.

Jean Jaurès

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 14:28

Les Rustiques

 

Le rebouteur

Oui, je le vois encore en veste du dimanche,

La trogne rouge sous sa chevelure blanche,

Devant la porte assis, un bâton à la main.

Les pigeons roucoulants se disputent le grain

Qu’on vient de leur jeter, tandis que, somnolente

Et le museau posé sur ses pattes, Brillante,

Allongée au soleil regarde, l’œil mi-clos.

On accourait de loin vers le petit enclos

Dont un buis centenaire embellissait l’entrée,

Car il était fameux dans toute la contrée

Le vieux père Gaspard, un rebouteur malin,

Qui, bien qu'il n’eût jamais rabâché du latin,

N'avait pas son pareil pour guérir une entorse.

On racontait de lui maints et maints tours de force,

En fait de tibias cassés, de bras démis,

De reins endommagés qu’à neuf il avait mis.

Paris ni Montpellier n'auraient pas su mieux faire.

Tellement qu’un docteur l'appela « mon confrère »

En lui oyant remettre un genou déboîté.

C’était un merveilleux artiste, en vérité,

Avec cela pas fier, et même, il faut le dire,

Un peu trop familier, après dîner, le mire.

Mais on aimait à voir son rire bien fendu ;

Avec lui, voyez-vous, point de sang répandu,

Et c'est en coïonnant qu'il guérissait son monde

Aussi que de clients lui venaient à la ronde !

Des plaines de Gascogne aux coteaux du Quercy

Son renom s'envolait bruyant. Un seul merci

— Vous n'allez pas me croire — était tout son salaire ;

Et même, certain jour, il se mit en colère,

Contre un marchand de bœuf venu de Roquecor

Qui voulait le payer d’une piécette d’or.

Etant jeune écolier je me luxai la cuisse,

Et l’on désespérait déjà que je guérisse,

Car j’allais me trainant plus boîteux qu’un canard,

Lorsque l’on me mena chez le père Gaspard.

Nous venons, il me palpe et d’un coup sec me tire

La jambe, en me disant de son meilleur sourire :

« Des compresses d’eau fraîche, et te voilà guéri. »

Or, tout cela fut fait sans m’arracher un cri.

Ma mère en m’embrassant pleurait à chaudes larmes.

Lui, d'un air bon enfant, apaisait ces alarmes,

Et content du succès de son vieux tour de main,

Caressait doucement ma tête de gamin.

Aussi sur le passé lorsque mon front se penche,

Je le revois avec sa chevelure blanche.

Ses épaules d’hercule et ses yeux rêvasseurs,

Mon bon et vieux Gaspard, le roi des rebouteurs.

Camille Delthil

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 20:11

 

 serracchiani interna-nuova

Les résultats des élections régionales au Frioul (Italie) ne sont pas définitifs  mais le PD l’emporterait de justesse, sur le PdL sortant, et c’est sûr le M5S qui pensait gagner subit une défaite impressionnante. Grillo va-t-il démissionner pour une perte de la moitié de son électorat en deux mois !

Oui, mais quel PD a a gagné ?

Debora Serracchiani est la dirigeante du PD mais tendance de gauche, tendance Stefano Rodota, tendance affichée. Il existe toujours une autre Italie que celle qui fait la Une, que celle qui trahit les idéaux démocratiques, que celle qui veut tuer l’espoir non de la « gauche » terme perdue, mais de la vie. JPD

P.S. Ce résultat est à présent confirmé. Le camper de Grillo qui a sillonné le Frioul a été sans efficacité. L'élu PD a été aussitôt félicité par Bersani, le secrétaire général démissionnaire, mais aussi par les arrivistes de haut vol, le fameux D'Alema et le futur fameux Matteo Rinzi dont le jeune âge n'empêche en rien la longueur des dents. Tous savent que l'élu du Frioul les a fortement critiqués pour avoir refusé de soutenir Rodota mais les opportunistes ne manquent pas d'applomb.

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 14:51

Ce ne fut pas un rêve, juste un référendum, un référendum que le peuple italien a gagné contre les dirigeants de la classe politique, un référendum pour rappeler que les idéaux démocratiques faisaient le cœur de l’Italie. Parmi ceux qui se sont mis au travail il y avait le juge di Pietro dirigeant du petit parti, Italie des Valeurs. Aujourd’hui ce parti est au bord du gouffre, au bord de la disparition. Comment les temps peuvent-ils changer si vite ? Parmi les dirigeants il y avait Stefano Rodota, figure emblématique de la politique honnête, il y avait…

Parmi les dirigeants de la classe politique, il y avait la colère de Berlusconi, colère mémorable, un Berlusconi qui perdait pied, même le syndicat patronal lui préparait un cercueil, et son allié Fini pensait que son heure était venue.  Aujourd’hui le parti de Fini, président sortant de l’Assemblée nationale, est au bord du gouffre, au bord de la disparition. Comment les temps peuvent-ils changer si vite ?

Parmi les dirigeants de la classe politique, il y avait la gêne de Bersani, le dirigeant du parti démocratique. Il ne pouvait que se féliciter du résultat… auquel il avait cependant pris une modeste part. Bersani, c’est le premier dirigeant politique d’un parti élu par un appel au vote de TOUS les citoyens ! C’était en 2009. Sa victoire a surpris surtout Massimo d’Alema, l’homme qui tire les ficèles du parti, dans l’ombre, l’homme de toutes les ouvertures à droite or Bersani penchait pour les ouvertures à gauche. Aujourd’hui Bersani vient de démissionner de son poste, aujourd’hui l’homme qui, pour la première fois, a proposé que comme lui, les candidats aux législatives soient choisis par des primaires, se trouve avec une vague d’élus nouveaux, dont une bonne partie est pire que les précédents ! Les formes de la démocratie ne font pas la démocratie ! Déjà suite à un voyage en 2011 j’étais plus que pessimiste.

En 2009 Beppe Grillo voulait tenter sa chance comme candidat au poste de secrétaire général du parti démocratique et Bersani lui a dit : « crée d’abord ton propre parti et on verra ce que tu pèses ! ». Aujourd’hui, des millions d’Italiens ont vu Beppe Grillo s’exciter sur une estrade, exultant, levant le point à l’annonce de la démission de Bersani, et criant : « L’abbiamo fatto fuori. ». Oui, Bersani est au tapis et Berlusconi chante victoire ! Le cri de joie de Grillo ne trahit-il pas le fond de son projet : écraser le PD pour être seul face à Berlusconi ? Sauf que face à Berlusconi, le M5S ne suffira jamais, sauf à continuer sa politique !

Le parti démocratique paie aujourd’hui le prix lourd, très lourd, d’une dérive constante depuis vingt ans. Cette dérive n’est pas celle du parti lui-même puisque nous savons à présent que même son secrétaire général Bersani n’était qu’une marionnette ! Entre les mains de qui ? Pour Bersani, tout était possible même après les élections de février. Après avoir marqué des points pour élire le président du Sénat, il proposa un accord impossible à Berlusconi avec le candidat Marini, puis Romano Prodi allait devenir président de la République au quatrième tour, le seul tour sérieux car à la majorité simple. Sur le papier il lui manquait 8 voix… et il lui en manqua… plus de cent, comme si tout d’un coup Romano Prodi était devenu un révolutionnaire à arrêter ! Un député PD sur quatre n’a pas suivi la consigne ! (voir en note la démission de Bersani). Massimo d’Alema pensait pouvoir obtenir le poste et il a peut-être fait jouer quelques ficèles ! Non, ce n’est pas une guerre interne au parti car celui-là, comme les autres, n’est plus que le décor de la politique. Le M5S a gagné les élections sans être un parti ! Mais alors la démocratie citoyenne c’est quoi : de voter aux primaires, aux secondaires et aux tertiaires ?

Depuis 50 ans, pour la première fois un président sortant est réélu à la présidence de la république italienne, un président qui a promulgué sans broncher toutes les lois berlusconiennes, un président dont tout le monde comprend qu’il va faire de la figuration jusqu’à sa prochaine démission quand le gouvernement se sera stabilisé. Une union entre le parti de Berlusconi et une frange du PD ce n’est pas une stabilisation, c’est un rapt quand on se souvient qu’en février, tout d’un coup, 25% des votants ont mis en avant Beppe Grillo pour dire non aux combines. Aujourd’hui même, les électeurs du Frioul sont convoqués pour élire le président de la région. Le M5S espère que ça sera la première région italienne à devenir 5 étoiles. A suivre. Pendant ce temps l’Italie patauge dans la crise sociale.

Jean-Paul Damaggio

1°Sur le site du PD la démission de Bersani : « Pour moi, trop c'est trop. Je remets ma démission à l'Assemblée. Elle prendra effet une minute après l’élection du Président de la République ». C'est ce qui a été annoncé par le Secrétaire du parti démocratique, Pier Luigi Bersani, à l’assemblée des grands électeurs du PD.

"Nous avons provoqué un événement d’une gravité absolue, les mécanismes de responsabilité et de solidarité, ont été bafoués, ce fut une journée nettement pire que celle d'hier ».

« Nous avons pris une personne, Romano Prodi, fondateur de l'Olive, ancien Président du Conseil envoyé au Mali et nous l’avons mis dans de telles conditions. Je ne peux l'accepter. Je ne peux pas accepter que mon parti ait empêché cette solution. C'est trop ».

« Parmi nous, une personne sur quatre a trahi. Il existe des instincts de destruction du Pd »

« Au scrutin de demain matin pour l'élection du Président de la République, le parti démocratique votera blanc » a dévoilé Bersani.

« Après la situation qui a été créée, nous devons reprendre contacts avec d'autres forces politiques pour définir la solution pour l'élection du Président de la République ».

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 20:28

Enrico Letta, né en 1966 à Pise, est passé de la droite au parti démocratique et en 2007 il a tenté d’être le président de ce parti au cours de primaires où Bersanti a été élu, Bersanti le président d’un parti qui vient de démissionner après le coup de force de gens troubles, très troubles. Enrico Letta avait eu 11% ; j’étais en Italie à ce moment là.

Il a tout pour devenir premier ministre d’un gouvernement effarant.

Avec lui, il va y avoir, Angelino Alfano le bras droit de Berlusconi.

Et Monti sera de l’aventure !

Le Parti démocratique est suicidé et s’il y a des élections aujourd’hui, il est balayé.

Beppe Grillo peut se frotter les mains.

L’Italie a un président né en 1925 et est au bord du gouffre. Napolitano va faire un peu de figuration le temps que Berlusconi retrouve ses marques.

L’heure est grave, très grave.

Pourtant une autre Italie était là presque majoritaire avec Stefano Rodota qui était comme un président possible. Pourtant une autre Italie existe. JPD

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 11:49

                                            ameriques.jpg

Les Amériques constituent à la fois, pour les Français, une usine à stéréotypes, à rêves et à nostalgie.

Quand, en 1975, dans une bibliothèque de Louisiane, j’ai découvert un livre me révélant que la majorité des légumes cultivés par mon père maraîcher venait des indiens des Amériques, j’ai compris définitivement qu’il fallait que je révise ma carte du monde. Ce fut un choc. Et pas seulement pour les légumes. Gamin, j’ai passé des heures dans de modestes champs de tabac et le tabac aussi venait de là-bas et gagna autant l’Europe que la Chine. Comble du paradoxe, j’ai appris ensuite qu’une culture comme la pomme de terre (venant aussi des Amériques) a renforcé fortement l’Europe qui a ainsi pu d’autant mieux coloniser le monde et donc l’Amérique ! Inversement les Européens ont fait débarquer, sans le savoir, des maladies qui détruisirent des peuples peu immunisés sur ce point.

Bref, je me suis alors mis à aimer les Amériques mais pas l’Amérique qui est autre chose.

 

J’appelle usine à stéréotypes cet Ancien Monde qu’on décida d’appeler Nouveau Monde du point de vue européen, avec des Indiens, pensant être aux Indes ! Le plus grand des stéréotypes s’est appelé « le bon sauvage » et comble du paradoxe, il est arrivé qu’aux Amériques, des colons croient plus le stéréotype que la réalité qu’ils avaient sous les yeux. Ceci étant les stéréotypes ont fait des ravages dans tous les secteurs de l’opinion (et ça continue).

Charles C. Mann, journaliste scientifique, a réussi dans un premier livre à démonter les stéréotypes et dans le deuxième il reprend et continue son exploit. Aujourd’hui on appelle « mondialisation » la volonté chez les Puissants, de tuer les nations et donc l’interNATIONnalisme. Or la mondialisation fut antérieure à l’internationalisme, c’est elle qui fait que la planète entière est bouleversée à partir de 1492 car c’est au quotidien que la vie et les rêves ont changé de dimension.

 

Il arrivait à ma grand-mère de recevoir des lettres avec un dollar à l’intérieur car elle avait une cousine italienne aux Amériques, une cousine qui ne l’oubliait  pas. Les Amériques ont alimenté les rêves d’El Dorado et souvent ça continue. Ce fut la ruée vers l’or en 1600 mais aussi en 1850. Ce fut la silicon valley, la vallée du « sable » changeant nos vies comme jamais. Pourquoi tant de rêves ? Parce que la vieille Europe, malgré ses révolutions, restait la vieille Europe, alors que là-bas tout était neuf ? Mais non, tout n’était pas neuf, tout était aussi vieux ou presque qu’en Europe ! Le neuf c’est que les Européens (et pas seulement les colonisateurs) ont pu être partout dans le monde quand chacun des autres mondes restait chez lui pour l’’essentiel, sauf des Africains envoyés de force dans le cauchemar américain.

 Les Amériques, le cauchemar de l’Afrique ? Mais à ce moment là, l’Amérique n’était que la destination et non le lieu du pouvoir. C’est le seul point réel étudié à l’école : le commerce était triangulaire, et les puissances européennes s’en mettaient plein les poches. D’où aujourd’hui la nostalgie : la grandeur actuelle des Amériques, c’est le reflet de la suprématie perdue par l’Europe ! Et il n’y aura pas de découverte d’un autre « nouveau monde » pour retrouver le prestige perdu !

 La Chine serait alors l’El Dorado imprévu ?

Les premiers à rêver fortement à la Chine sont aux Amériques car ce continent est plus proche de l’Asie que l’Europe. Avec la Chine, qui a su très vite profiter de la mondialisation de 1600, l’Europe s’enfonce dans ses handicaps ! Sera-t-elle alors au cœur de la révolution sociale ? 1848 comme 1968 ont démontré que les nations européennes pouvaient contribuer à la naissance de cet autre monde devenu indispensable : la démocratie sociale, une démocratie éloignée du stéréotype cher au célèbre Tocqueville. Charles C. Mann a peu enquêté sur ce point.

JPD

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 11:48

La centenaire Evelyne Baylet vient de rencontrer la centenaire Amicale laïque de Valence d’Agen. Dans l’article présentant cet heureux événement, il y a une énorme boulette du journaliste trop jeune sans doute pour connaître l’histoire du Tarn-et-Garonne. Il tient à préciser ceci : «(Evelyne Baylet fut la première femme présidente du conseil général, un poste qu’elle occupa de 1959 à 1985, N.D.L.R.)»

Cette erreur je l’ai même lu sur le Petit Journal…

En fait de 1982 à 1985 le président du Conseil général fut l’ancien maire PS de Montauban, Louis Delmas, souvent effacé de l’histoire. JPD

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 11:46

 La boue déversée sur Chavez a deux fonctions : détruire son image et interdire toute réflexion sérieuse sur le cas vénézuélien. La première leçon de la bataille c’est de pousser plus loin l’analyse du PUM (Pouvoir universel des médias). Le 17 avril José Steinsleger tente une approche de la question dans La Jornada. « 4 ) Le chroniqueur soutient que le PUM a fait des pas de géant mais en même temps il indique que la plus grande partie des théoriciens du socialisme (avec plumes d’oie ou tweets) continue de s'exprimer avec la langue idéologique et politique de la première révolution industrielle. » Donc regardons quelques faits.

 Le 26 janvier 2013, Maduro annonce que Chavez va beaucoup mieux et qu’il a pu lui donner des indications en matière de décisions économiques. Il s’agissait ainsi de préparer une nouvelle dévaluation du bolivar qui va intervenir en pleine campagne électorale car, en fait d’aller mieux, Chavez meurt quelques semaines après.

Pourquoi cette dévaluation ?

Jean Ortiz dans L’Humanité propose cette explication :

« Le gouvernement vénézuélien vient de dévaluer la monnaie, le "bolivar", en portant son taux de change à 6,30 bolivars pour un dollar, au lieu de 4,30 précédemment (plus 31,7%). C'est la cinquième dévaluation en dix ans, et sans doute pas la dernière, pour tenter d'assainir ponctuellement une situation monétaire très fluctuante et vulnérable. Le capital financier national et international multiplie ses "attaques spéculatives" contre la monnaie et l'économie d'un pays encore  majoritairement capitaliste. »

 Je ne suis pas expert monétaire mais je sais deux choses : le bolivar est une monnaie locale sans poids sur le marché financier international donc je vois mal les attaques spéculatives ; le but est clairement d’aider les exportations et d’augmenter ainsi les rentrées de la rente pétrolière, même si le prix du pétrole a été multiplié par sept depuis dix ans. La conséquence est connue : augmentation des denrées importées.

En trois mois, un kilo de viande est passé de 30 bolivar à 85 ; un kilo de fromage de 40 à 100 ; un kilo du poisson le moins cher de 40 à 150 ; une paire de chaussures ordinaires de 300 à 800. Et les salaires à ce jour n’ont pas suivi.

 Le processus bolivarien ne peut pas être un long fleuve tranquille et le quasi succès de Capriles suppose qu’en réponse on ne dise pas: « il suffit de continuer comme avant » ; « il suffit de dénoncer l’impérialisme US » ; « il suffit de dénoncer le fascisme de l’opposition » sauf à supposer que la victoire de toute transformation sociale se ferait pas abandon de l’adversaire. L’adversaire joue toujours son rôle, donc il reste au pouvoir en place qui au Venezuela ne manque pas d’atout, de jouer le sien.

 Dans le Monde Diplomatique Maurice Lemoine grand connaisseur du sujet après avoir réaffirmé son soutien à la révolution bolivarienne indique pour l’avenir :

« Sous réserve de mettre en œuvre avec succès le « Plan Patrie 2013-2019 », dont la présentation avait permis la large victoire de Chávez, d’approfondir son projet de transformation sociale et de s’attaquer vigoureusement aux dysfonctionnements du processus en cours — inflation, insécurité, production non pétrolière insuffisante, problèmes économiques (infiniment moins préoccupants que ceux de nombre de pays européens, soit dit en passant) —, la tendance peut parfaitement s’inverser (ou non) d’ici au 10 janvier 2019, terme du mandat de M. Maduro. »

 Des dysfonctionnements ?

Je viens d’évoquer la question de l’inflation. Je suis encore plus sensible à la question de la sécurité car elle est une question internationale. Le Mexique du PAN a tenté de répondre par la répression et ce fut l’échec. Le Mexique du PRI n’arrive pas à faire mieux. Le Venezuela de Chavez a tenté de répondre par des politiques sociales et ce fut l’échec tout aussi cuisant. Il s’agit d’abord de se demander : est-ce un piège tendu par l’adversaire ou une question sociale profonde ? Est-ce un problème réel surévalué pour masquer les autres ou un problème à prendre en compte ?

Maduro a voulu le prendre en compte tout au long de sa campagne électorale, donc il y a forcément autocritique car l’augmentation de la délinquance est telle que malgré la présence d’un militaire démocrate au pouvoir le problème a empiré.

Pour moi c’est comme le droit à l’avortement : il s’agit d’un problème surtout social. Au Venezuela les femmes riches n’ont aucun souci : elles prennent l’avion et Miami est à deux pas. Pour les femmes plus pauvres rien n’a changé en quinze ans de chavisme. Pour la sécurité, les riches sont dans des lieux super protégés et les pauvres sont donc les premières victimes humaines de la criminalité (les riches victimes d’enlèvement paient et sont plutôt frappés au porte-monnaie). Ce n’est pas parce que l’adversaire de droite ou d’extrême-droite s’empare de la question qu’il ne faut pas la traiter quand on défend la révolution sociale, mais au contraire, la responsabilité du pouvoir est double. Que faire ? Sortir du « modèle extractiviste » comme ils disent aux Amériques.

 Voici un témoignage de Raul Zibechi (1) défenseur de la révolution sociale :

« En politique le modèle extractif a besoin de gestionnaires qui aliment des gains immenses (soja, mines à ciel ouvert, et monocultures diverses) qui surveillent leurs intérêts (dans les universités, les gouvernements nationaux et locaux, dans les médias et auprès des intellectuels). En exagérant à peine, l’extractivisme joue un rôle aussi désintégrateur que le narcotrafic car il détruit le tissus social, il expulse les paysans de leurs terres, il gonfle les villes jusqu’à les rendre insupportables et il tue les gens, en particulier les plus pauvres qui n’ont pas accès à un système de santé de qualité. »

 

Le Venezuela est un immense producteur de pétrole… et un grand importateur de carburant !  Au Venezuela le carburant est vendu en dessous du coût d’importation et là-bas comme partout aux Amériques le lobby des transports interdit tout développement du rail par exemple. A quand une raffinerie au Venezuela ?

Cette question d’une économie reposant sur les matières premières est relancée ces dernières années… grâce à la juste augmentation du prix des matières premières ! Si le prix du soja d’effondre (plus fragile que le prix du cuivre) l’Argentine est dans le rouge !

 Cette question n’est pas nouvelle et l’Algérie y est confrontée depuis son indépendance mais le contexte est nouveau par l’ampleur des conséquences et la recomposition du capitalisme sous-jacente.

 Le même analyste indique :

« Dans tous les pays de notre région, paradis extractifs du capital spéculatif global ou des intérêts expansionnistes des pays émergents comme la Chine, la décennie de développement de l’extractivisme a favorisé les droites. Je ne me réfère pas seulement aux partis politiques conservateurs mais à une droite diffuse sociale et culturelle qui fait la promotion de l’individualisme, du consumérisme et de comportements quasi fascistes envers les pauvres ou contre les jeunes des quartiers populaires, gens de couleur ou venant de  la campagne. »

 Donc, l’observation de Maurice Lemoine est capitale pas seulement pour le Venezuela, mais aussi pour le Pérou, l’Equateur et la Bolivie. Le cas du Brésil est tout à fait différent car la bourgeoisie de ce pays investit depuis longtemps dans la diversité industrielle mais le problème est crucial en matière de monoculture agricoles. Le Chili pays extractiviste par excellence a inversement, une agriculture plus variée et une bourgeoisie plus globale.

 Mais pour en revenir au Venezuela, en plus de l’orientation économique du pays, il y a un problème de leader car il n’est pas possible de remplacer Chavez d’un coup de baguette magique. Deux erreurs sont reprochées à Maduro, par ses amis : avoir tenté de ressembler à Chavez, et ce faisant avoir oublié de relancer le débat politique de fond (celui qui concerne justement le cœur de la politique économique). Toute la question est là : comment investir dans une autre forme économique sans porter préjudice aux politiques sociales ?

Jean-Paul Damaggio

http://www.jornada.unam.mx/2013/04/19/opinion/025a1pol

 

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