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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 12:39

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Ils étaient à Golfech, ils seront à Gaillac, à Toulouse…

Ils, ce sont les acteurs de la pièce de théâtre, L’impossible procès.

Le texte de la pièce se trouve sur le site : leliencommun.org.

Ils étaient à Golfech dans le cadre d’une riche journée anti-nucléaire.

Une façon de rassembler tous les éléments du débat sur le nucléaire en donnant autant la parole à la défense qu’à l’accusation.

Peut-être un ensemble un peu long et qui risque malheureusement de s’adresser surtout à des personnes convaincues.

Il fallait tenter cette opération qui va évoluer pour renouveler l’action anti-nucléaire. Les acteurs y ont du talent même celui qui défend EDF…

Un moment sympathique… sur un sujet qui reste d’actualité.

JP Damaggio

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 17:58

Vázquez Montalbán ne cessera de répéter ce qu’il met dans la bouche d’un de ses doubles dans le roman Le Prix, Sánchez Bolín, qui discute ici avec Pepe Carvalho. Mais pourquoi cette conclusion ? JPD (je mets trois versions pour rappeler la parenté entre les trois langues).

 

Version française :

— Vous qui avez imaginé tant de romans policiers...

— Ce n'est pas exactement mon genre, mais cela s'en approche.

— Bien. Vu tout ce qui a été imaginé, murmuré, élucidé dans ce salon, quelles conclusions tirer ? Qui pourrait être l'assassin ?

— J'ai beaucoup de mal à trouver les assassins dans la vie réelle. Dans les romans, je sais toujours qui est l'assassin, d'ailleurs je sais que c'est toujours le même.

 — Qui ?

— L'auteur.

 

Version espagnole, donc d’origine :

—Usted que ha fabulado tantas novelas policíacas...

—No es exactamente mi género pero se acerca.

—Bien. De todo lo que se ha especulado, rumoreado, de todo lo que ustedes ya habrán dilucidado en el salón, ¿ qué conclusiones se derivan? ¿Quién podría ser el asesino ?

—Me cuesta mucho encontrar a los asesinos en la vida real. En las novelas siempre sé quién es et asesino, como sé también que siempre es el mismo.

¿ Quién ?

— El autor.

 

Version italienne :

"Lei che ha affabulto tinti romanzi polizieschi..."

"Non è esattamente il mio genere ma gli si avvicina."

"Bene. Da tutto quello su cui si è congetturato, su cui sono corse voci, di tutto quello che voi avete già chiarito in sala, a che conclusioni si arriba ? Chi potrebbe essere l'assassino ?"

"Mi costa molto trovare gli assassini nella vita reale. Nei romanzi so sempre chi è l'assassino, come so anche che l'assassino è sempre lo stesso."

"Chi?"

"L'autore."

 

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 12:41

 

Ils étaient quelques-uns dans la galerie n°4 de la prison Modelo qui portait bien son nom. Au début du XXe siècle, à Barcelone comme ailleurs, l’humanisme marquait des points, aussi l’idée que la prison était seulement le lieu où la société se vengeait de quelques coupables était remplacée par celle d’une prison lieu de réinsertion. Pas loin de la gare Sants, on a donc inauguré en 1904 une prison modèle qui achève sa vie en cette année 2013 pour un autre modèle importé directement du pragmatisme des USA. Il n’y a plus de coupables, il n’y a que des malades.

Réinsertion, mais comment ? Elle se mesure par la place accordée à l’éducation, le facteur basique de l’humanisme en question. D’ailleurs le bâtiment pourrait se reconvertir à des fins éducatives !

C’était en juin 1962 et ils étaient quelques-uns dans la galerie n°4 de la prison Modelo. Pour avoir crié « Ma patrie, c’est les Asturies » ou « La grève reprend dans les Asturies ». Ce jour-là un des politiques balayait le couloir où la cellule de Pepe Carvalho était ouverte car un des trois codétenus avait cru intelligent de chier dans les toilettes. Et en juin, avec la chaleur l’odeur devenait terrible. Le politique en question, tordant la bouche pour ne pas être entendu des gardiens lui glissa le mot secret : « Asturies ».  Et Carvalho pensa : « Pourvu que l’histoire soit celle que nous méritons. »

 Mais quelle histoire nous méritons, quelle histoire méritent ceux qui se battent pour la démocratie sociale ? La réponse est connue : dans les prisons, la télévision a remplacé l’éducation.

 L’histoire n’avance pas comme prévu et dans la réflexion de Carvalho tout tient au : « Pourvu ». Déjà en 1962, l’homme avait un doute quant à l’optimisme ambiant qui voyait Franco éliminé du pouvoir, à la prochaine rentrée. Ceux qui se battent peuvent-ils envisager l’échec ? Est-ce qu’envisager l’échec c’est aller à l’échec ?

Carvalho n’avait aucun doute sur un point et il a eu raison : la classe dominante absorbe sans hésitation même ses adversaires les plus vindicatifs ! Pas tous, mais l’essentiel, car ainsi elle gagne deux fois : elle se renforce de l’affaiblissement de l’adversaire. Quand un révolutionnaire passe dans le camp opposé il entraîne plusieurs réactions :

- ceux qui continuent de le soutenir et se tirent ainsi une balle dans le pied

- ceux qui enragent tellement qu’ils perdent de vue la réalité

- ceux qui sont dégoûtés et deviennent une part triste de la réalité.

 « Pourvu que l’histoire ne soit pas la décadence de la révolution », c’est une phrase trop courte pour aller du présent au futur radieux. « Pourvu que nous sachions mériter les défaites qui vont tomber sur l’histoire. » c’est peut-être le dernier espoir du prisonnier.

JP Damaggio

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 12:33

                             deloche-2.jpg

Le 27 avril Le Monde publie un article sur les librairies où La Librairie Deloche est citée en conclusion. JPD

"Toutes les librairies ne vont pas aussi mal que celles du réseau Chapitre ou Virgin. Les 450 qui fêtaient, samedi 27 avril, la Fête de la librairie, à l’occasion de la journée mondiale du livre et du droit d’auteur, sont animés d’un véritable esprit de résistance. « Des commerces de détail, la librairie est celui qui baisse le moins », constate Guillaume Husson, délégué général du Syndicat d la librairie française (SLF).

A l’image de Danielle Deloche, à Montauban. La Librairie Deloche, qui existe depuis 1929, est une institution locale. « Récemment, nous sommes passés de 13 à 9 salariés mais je n’ai pas eu à licencier. » dit-elle soulagée avant d’ajouter : « Si nous avons réduit le personnel, nous n’avons pas réduit les références » [au nombre de 40 000]. Dans l’exercice de son métier, Mme Deloche soigne avant tout la qualité de l’accueil. Malgré la crise, elle a ainsi gardé un rayon « poésie » conséquent, qui est un peu sa marque de fabrique. » Alain Beuve-Méry"

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 17:47

Aujourd’hui les experts en graphologie du Corps National de la Police d'Espagne annoncent qu’ils sont convaincus que les lettres trouvées dans la comptabilité secrète du PP sont celles de l’ex-trésorier du PP Luis Bárcenas. Bárcenas a tenu une comptabilité parallèle entre 1990 y 1993 et de 1997 à 2008. C’est le même Bárcenas qui fait la conclusion de l’article suivant qui date lui du Jeudi 24 janvier 2013.

  

Juancho Dumall

 Directeur adjoint du Périodico de Catalogne,

Que Pepe Carvalho revienne !

 Après le succès inattendu de Avec de l'eau jusqu'au cou, Petros Márkaris a publié La liquidation définitive (Tusquets Editeurs), deuxième roman d'une trilogie que l’auteur enracine dans la crise grecque. Encore une fois le commissaire Kostas Jaritos doit faire face à un tueur en série qui met en échec le gouvernement d'Athènes. Et encore une fois le drame d'un pays démoralisé, qui sombre dans la récession, qui est accablé de nouvelles de suicides de personnes désespérées, victimes de la corruption politique, devient l'élément essentiel de l'intrigue. Cependant, ce qui est surprenant dans cette intrigue c’est la crudité avec laquelle Markaris présente la décomposition de l'État démocratique grec et la désaffection croissante de certaines classes moyennes qui se sont effondrés et n'ont plus aucunes illusions.

 Que le criminel, un collecteur autoproclamé de fonds nationaux, finisse par devenir un héros de nombreux manifestants de la place Sintagma, vu que leurs victimes sont des fraudeurs, c’est une métaphore de la situation de ce malheureux pays.

« L'Etat grec est la seule mafia qui a fait faillite. Toutes les autres travaillent et prospèrent », dit l'un des personnages de l’œuvre. Une affirmation qui n’a besoin d'aucun commentaire.

Le message de Markaris

Le roman noir, des nord-américains et des européens, est traditionnellement un territoire de critique politique féroce. Dans le cas de Márkaris, le message est clair : si l'État ne se régénère pas et n’impose une vraie justice sociale, peuvent survenir des groupes qui tenteront de prendre la loi entre leurs mains en recourant à la violence.

Pensons maintenant à l’Espagne. Si, comme en Grèce, une sensation se répand que les partis sont incapables de lutter contre la corruption et, en plus, appuient des lois pour aider leurs amis en toute impunité (amnistie fiscale et autres, privatisations), ne soyons pas surpris ensuite si apparaissent des phénomènes populistes ou des délinquants avec la rhétorique de Robin des bois. Quels grands récits aurait construit Vázquez Montalbán en ces temps si boueux ! Pouvez-vous imaginer un Pepe Carvalho flairant dans les enveloppes de Bárcenas ?

 

Commentaire Jean-Paul Damaggio

Par définition Carvalho ne pourrait pas revenir car il aurait environ 75 ans et serait à la retraite, mais la référence est utile car elle témoigne d’un combat mené qui reste à faire… A l’occasion je lirais peut-être Markaris pour voir où nous en sommes de sujets cachés par nos médias. Nous avons Cahuzac et les autres en ont autant. L'actualité n'est plus l'anecdote mais la règle !

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 15:56

Parmi les raisons d’être des Editions La Brochure il y a  la célébration de la mémoire de Vazquez Montalban.

En octobre 2013, pour le dixième anniversaire de la disparition de l’auteur catalan, nous souhaitons en conséquence le faire vivre parmi nous par des expositions, lectures, débats et conférences. Et tout cela sans moyens bien sûr !

Tous ceux qui pensent pouvoir apporter leur pierre seront donc les bienvenus.

 

Pourquoi Vazquez Montalban ?

Pour la démocratie, la littérature, le peuple debout, le polar, la poésie.

Pour le communisme écolo, les langues en bataille, l’amour de la vie.

Pour la Catalogne, l’Espagne, la Cuba authentique et la courtoisie.

Pour Marcos, Valverde, Sacristan, Camus, Galindez, et l’hérésie.

Pour le sabotage olympique, le petit frère, et contre l’amnésie.

Pour Chrétien de Troyes, Ramon, et aussi notre cher Gramsci.

Pour Hobsbawm, Paco, Enrico et le grand Fausto Coppi.

Pour Boston, Prague qui sont de Barcelone, une allégorie.

Pour le foot, Indurain, la communion des saints et l’ironie.

Pour la résistance, dans la rue, dans la prison, partout, comme une survie.

Pour la communication, le journal, la chronique et pour les librairies.

Pour la mémoire, pour l’histoire et ses coupables, pour l’Ibérie.

Pour le désir, pour le sens, pour le sens du désir, pour la frénésie.

Pour partager, chercher, lutter et à la fin pour la gastronomie.

 

Jean-Paul Damaggio

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 15:44

 

                            unlivreunerose--1-.jpg

 

Grâce à la Librairie Deloche, que de salive dépensée… à propos de lectures.

Croiser les clients de passage ou venus exprès. Retrouver des amis perdus de vue.

Faire se rencontrer ceux qui ne se sont jamais croisés.

La librairie jouant son rôle comme lieu de vie de la quête de savoirs, d’émotions…

Un grand moment pour préparer d’autres aventures : des émissions radios, de nouveaux débats, des lectures imprévues.

Passer de Jaurès à Grousset, du Tarn-et-Garonne à l’univers entier.

De tels moments sont indispensables pour mesurer l’état d’une société en plein bouleversement. Pour être pleinement dans cette société tout en cherchant les marges.

Un film vient de sortir à partir de l’écume des jours, de Boris Vian. Alors on va chez le libraire.

J'ai même eu droit à un livre en espagnol publié au Pérou par un auteur vivant en Tarn-et-Garonne : Tres cosas hay en la vida.

A suivre donc. J-P Damaggio

P.S. Ce petit mot complète les articles déja publiés au sujet des débats :

 

 L’immédiat des médias

 Jaurès en débat

 L’école de la bonne gouvernance

 

 

 

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 12:39

Le jeudi 25 avril, le Premier ministre de Tunisie, Ali Laarayedh a été entendu par le juge d'instruction du treizième bureau auprès du Tribunal de Première instance de Tunis au Palais du Gouvernement. Ministre de l’Intérieur, lorsque Chokri Belaid a été assassiné le 6 février dernier, Ali Laarayedh a refusé par deux fois d’être entendu. L’audition jette un certain trouble si l’on se base sur ce que rapporte le journal Achourouk, qui affirme détenir les propos du Chef du gouvernement tels qu’ils ont été déclarés au juge et où il dénonce une responsabilité de Moncef Marzouki. De toute façon quand un ministre de l’intérieur accède au poste de premier ministre suite à un assassinat politique aussi considérable et qu'il aurait dû éviter, c’est plus que louche !

 Au même moment un journaliste tunisien note : « Le pays est en pleine crise politique, la tension est élevée, la conjoncture économique est morose et le président tunisien trouve quand même le temps pour rédiger un livre [L'invention d'une démocratie : les leçons de l'expérience tunisienne, éd. de La Découverte], publier de longues tribunes d'opinion, voyager, boire un thé avec des princesses, présider des conférences littéraires. »

 Belle occasion de se poser la question sur la démocratie selon Marzouki.

 La tendance aux reculs de la démocratie sociale

Réfléchir à la démocratie suppose d’analyser les tendances mondiales de la lutte des classes. Tendances qui ne sont pas propres à l’économie dont on nous rabat les oreilles. Analyser ne signifiant pas se plier aux dites tendances !

Pour la période actuelle je considère que globalement de 1945 à 1980 la tendance était aux avancées de la démocratie (je vais dire avancées tout simplement) mais que depuis et jusqu’à ce jour, on est dans une tendance inverse. Le coup d’Etat au Chili organisé par les USA et Pinochet en 1973, ou l’arrivée des ministres communistes en France en 1981 sont, comme d’autres événements, en décalage avec les dites tendances, et prouvent qu’il existe une marge d’action possible dans chaque pays. En France c’est avec les années 90 que « la société vire à droite » d’après le PCF qui prend l’effet pour la cause. Ce n’est pas une société qui vire à droite qui fait reculer la démocratie sociale, mais l’incapacité du PCF à convaincre, qui laisse place à ses adversaires !

 Pourquoi ce basculement en 1980 ? Il se joue en Iran alors que les forces militaires de l’URSS ont envahi le pays voisin, l’Afghanistan. Il n’est possible que par une conjonction contradictoire de situations. Et le cas de l’Iran n’a pas d’équivalent dans le siècle : les forces armées des USA et de son valet étant chassées du pays, cette révolution continue à merveille les avancées de la démocratie sauf que l’illusion sera de courte durée (deux ou trois ans suivant les observateurs). Les religieux vont s’appuyer sur une gauche à la tradition puissante qui, dès 1984, est totalement balayée par l’instauration d’une théocratie promouvant l’espoir en une religion politique. Le phénomène devient totalement sans précédent quand l’adversaire battu, les USA, peuvent enfin s’appuyer sur ce « recul » pour lancer la contre-offensive néolibérale, un néo-libéralisme qui sur le plan économique ne dérange en rien la théocratie victorieuse à Téhéran. Je rappelle que Jimmy Carter a été élu président des USA dans une triangulaire, car Reagan s’est présenté aux élections contre l’avis de son parti, mais gagnant cependant la majorité de ce même parti républicain pour l’élection suivante !

 L’heure des fausses révolutions

Dans ce contexte, après quelques autres « révolutions » comme la révolution dans la révolution en URSS, ou la révolution bolivarienne, se produisent les révolutions arabes dont la Tunisie devient le merveilleux symbole. Est-ce l’annonce d’un nouveau basculement rêvé déjà par les altermondialistes à Porto-Alegre ? Peu après le fameux 14 janvier de Tunis, à  une émission « ce soir au jamais » un Tunisien se distingue sur le petit écran français : Albert Memmi ne cache ni sa joie quant au départ de Ben Ali… ni son scepticisme quand on parle du mot révolution. Il a un argument simple et pourtant personne ne veut l’entendre : les questions économiques vont continuer comme auparavant alors qu’une des raisons des révoltes étaient économiques. Aucune force n’est en place pour développer une logique différente. TOUS les invités s’insurgent devant un tel pessimisme : ceux qui ne veulent pas « décourager Billancourt » comme ceux qui sont bien contents quand on évacue la question de la démocratie sociale.

Albert Memmi voulait-il minimiser l’exploit de son peuple ? Tout au contraire : il proposait une analyse sereine (et non sentimentale) qui, en donnant à cette révolution sa juste dimension, permettait de comprendre clairement le reste du chemin à accomplir.

 La démocratie selon Marzouki

Il y a donc eu des élections démocratiques dans le pays et l’évènement fut considérable. Des résultats, Moncef Marzouki en a déduit qu’il devait accepter le rôle de président provisoire d’un gouvernement islamiste, répétant ainsi dans des conditions totalement différentes le cas de l’Iran. D’autres préfèrent parler du modèle turc mais alors, depuis les élections, nous aurions une constitution dans ce pays car la constitution turque, que les islamistes de ce pays subissent, est claire sur la laïcité, un des points qui achoppent dans les négociations entre laïques et religieux. Marzouki a accepté de mettre au service des islamistes ses mérites d’avocat de gauche pensant limiter ainsi les tendances à la théocratie. Il s’agit d’une stratégie bien connue et dite du moindre mal, or, sans chercher à donner des leçons, il pouvait faire autrement : devenir le leader d’une gauche certes battue mais capable de se construire comme alternative au pouvoir minoritaire des islamistes (car ils n’ont pas la majorité à eux seuls), une tâche plus difficile et moins glorieuse que celle de chef de l’Etat ! Jusqu’à quand va durer le provisoire, M. Marzouki ? Cette autre perspective s’appelle l’acception de la démocratie !

La tendance mondiale étant ce qu’elle est, les difficultés de la gauche tunisienne ne lui sont pas propres et reconnaissons qu’unir cette pluralité démocratique est nettement plus compliqué que de bâtir avec des moyens financiers énormes un pouvoir articulé sur le religieux ! Nous venons de le voir même en Italie où une partie de la prétendue gauche, contre la décision électorale, décide de s’unir avec son adversaire monumental qui la croque à petit feu depuis des années !

Quand on s’est battu avec courage contre le régime de Ben Ali, poursuivre la lutte contre les  islamistes demeure possible. Croire qu’au poste honorifique de président on peut contenir leur avancée c’est abandonner le combat en rase campagne. En Tunisie comme dans les autres pays arabes le combat pour la démocratie sociale suppose un autre type d’engagement. Etrangement nous retrouvons les USA dans le paysage, mais cette fois les USA de l’Arabie Saoudite, dictature qui n’est pas une « république » comme en Iran, mais qui est encore pire !

Depuis les années 1980 nous savons que la défaite des forces de la réaction conforte le plus souvent les dires forces dans leur domination : sortir d’une dictature n’empêche pas d’entrer dans une autre !

Pour la Tunisie le tournant qui aurait dû entrainer la démission de Marzouki, c’est l’assassinat du Jaurès tunisien, Chokri Belaid. Malheureusement nous savons à présent que cet assassinat a fait le bonheur « objectif » des diverses forces gouvernementales : les islamistes qui se doivent d’empêcher toute naissance sérieuse d’alternative et Marzouki qui voyait poindre un adversaire potentiel. Voilà pourquoi je parle de Jaurès tunisien, la mort de Jaurès ayant fait aussi quelques bonheurs dans son propre parti surtout quand on découvrira Jules Guesde devenant ministre.

      Moncef Marzouki, comme avant lui Khomeiny, cherche en France un label «démocratique», basé sur les incontestables mérites de ses combats passés, et c’est dans ce contexte qu’est lancée l’opération de vente de son livre. Un président ne se juge pas à ses discours même quand ils font pleurer le Parlement européen, mais à ses actes… qui tous jusqu’à présent font les délices de ses amis islamistes qui l’useront jusqu’à la corde. L’assassinat de Chokri, qui a fait trembler le gouvernement avec la démission du premier ministre, a permis… un virage toujours plus à droite du nouveau gouvernement avec le même président !

Raison de plus pour rester en place et servir de barrage à la montée des salafistes ? La théocratie ne se combat pas avec des théocrates et un avocat talentueux comme Marzouki le sait très bien. Il s’accroche au pouvoir et l’histoire jugera. Bien des indices montrent que le peuple tunisien le digère de moins en moins : ceux de gauche car il a trahi son passé, ceux de droite qui n’aiment pas les marionnettes pour construire leur propre avenir.

Jean-Paul Damaggio

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 20:05

Enrico Letta 12 juin 2012 :

« Je préfère que les votes aillent au PdL plutôt que de se disperser vers Grillo. »*

Enrico Letta 18 septembre 2005 :« Cela semblera absurde mais pour ceux qui ne l’auraient pas compris je suis un grand fan de Berlusconi… »

(les citations où Letta annonce qu'il ne gouvernera jamais avec Berlusconi sont aussi très claires..)

 

En cet anniversaire de la Libération de l’Italie, pouvait-il y avoir pire situation que cette complicité affichée au sein de la classe politique, complicité qui horripile tellement l’électorat qu’il a été conduit à voter à 25% pour Belle Grillo ?

 Dans son blog du 24 avril Jacopo Fo emploie le mot : « Il governo inciucissimo farà le riforme (un minimo di riforme, tanto da diventare un paese europeo) perché lo vogliono i poteri forti, lo vuole confindustria, gli americani e la triade cinese. ». Bling, le traducteur de Microsoft ne le peut que dire : « L'inciucissimo gouvernement fera des réformes (un minimum de réformes, afin de devenir un pays européen) parce qu'ils veulent ses pouvoirs forts, la confindustria les veut, comme les américains et la triade chinoise. »

Heureusement nous avons René Merle qui dans son blog nous explique ce mot : incuiso. « Inciucio, ce mot venu du dialecte napolitain (onomatopée semblable à notre "chut chut), et que vous pouvez toujours chercher dans les dictionnaires, est la désignation relativement récente (on le fait remonter à une rencontre discrète entre D'Alema (PD) et Berlusconi en 1995) du mal qui a rongé la politique italienne : l'entente occulte entre hommes politiques soi-disant opposés, le compromis sous la table, pour continuer à se partager le gâteau... »

 Jacopo, le fils de Dario Fo avait pensé qu’il existait 80% de chances pour qu’on n’ait pas une entente gouvernementale Pdl-PD. Il a perdu et il le reconnaît ! Il n’avait pas osé imaginer que le neveu de Berlusconi qui est devenu le n°2 du PD pourrait, avec l’aide de 101 députés de son parti, trahir les décisions claires de ce même parti.

Berlusconi a perdu le pouvoir car trahi par le siens (Fini surtout, puis Bossi un peu et le syndicat des patrons beaucoup). En conséquence, pour les candidatures aux dernières élections législatives il a fait le ménage.

Inversement du côté du PD, malgré quelques truands dans la place, les candidatures se sont faites sans vérification politique.

Je ne défends pas Bersani, mais les électeurs du PD qui, c’est certain, ne voulaient pas d’une telle alliance, sinon le PD en aurait fait un argument de campagne électorale.

Je ne défends pas Bersani qui connaît bien son parti et qui savait parfaitement qu’il était pris en tenaille pour préparer sa chute. On peut même imaginer que pendant la campagne électorale son aile droite a dû tout tenter pour le faire perdre. L’homme qui joua cette carte s’appelle Renzi, maire de Florence, auteur d’une rencontre personnelle avec Berlusconi. Bersani a tenté une alliance avec des éléments du M5S pour former un gouvernement mais sans succès. Comment ne pas voir venir le mauvais coup de Letta, choisi par Berlusconi pour diriger le pays ? (pour mieux préparer une autre alternative avec Renzi, il vient de mettre un véto à sa présence lui donnant ainsi une image acceptable pour diriger le PD… et trahir plus tard !).

 Mais laissons les combinaisons politiciennes pour aller au plus près de la réalité.

Jacopo rappelle que depuis 50 ans l’Italie a une part de ressources financières qui lui vient de sa fonction de plaque centrale des mafias du monde :

«L’Italie a vu passer le commerce contre nature entre la Russie et les Usa, entre Israël et les pays arabes, entre l'Afrique du Sud et l'Angleterre. L'argent des mafias du monde, les caisses noires, grises et brunes dans les banques du Vatican et de Saint-Marin. Notre système judiciaire ne fonctionne pas. L’Italie, l’entrée des paradis fiscaux, la porte arrière de la Suisse. Nous en avons beaucoup profité. Tellement que les Italiens sont au monde, les personnes qui vivent plus longtemps ! (théoriquement comme les Japonais, mais ils vivent très mal, donc il n'y a pas de comparaison.) »

 Puis tout ce réseau s’est diversifié, s’est asséché et le pays manque de finances. Alors il faut préparer la méthode forte… Bien sûr, il existe aussi la crise économique globale du système mais je pense avec Jacopo que chaque pays (car les pays existent aussi) en supporte les effets de manière particulière. En plus du crime organisé, il est fait mention de la bureaucratie dont on croit que la France est la championne mais qui est très largement battu par l’Italie.

 Que va faire  le nouveau gouvernement ? La catastrophe organisée… JP Damaggio

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 14:31

Grousset le communard évadé du bagne de Cayenne, vivra longtemps son exil à Londres et il connait donc les Anglais. Ici il dénonce une manœuvre pour retarder la colonisation de l’Indochine par la France.

Le 29 juin 1893 les troupes françaises occupent l’île de Samit et la France  exige le règlement de tous les différends avec la Thaïlande. Trois colonnes partent de Saïgon… le chef Gros meurt lors d’un accrochage… Les Siamois font le blocus du Chao Praya… la France envoie le 13 juillet 1893 l’aviso l’Inconstant, le J. B. Say et le Comète qui forcent le blocus.

Le 20 juillet Pavie remet un ultimatum en 6 articles, avec réponse imposée dans les quatre jours et menace de son départ sur le navire « Forfait », en cas de refus. La réponse du Prince est jugée insuffisante. Pavie monte sur le « Forfait ». Le roi Rama V accepte alors sans réserve les conditions de l’ultimatum le 29 juillet 1893. La France a imposé son ordre dans cette région.

 

 

Moissac, 29 juillet 1893

Edito de la Feuille Villageoise

Cousu de fil blanc

La presse anglaise continue à pousser des cris de vieille femme au sujet des affaires de Siam.

Elle écume, elle se tord en convulsions. Chaque détail nouveau du drame qui se déroule à l’embouchure du Meinam lui est  un sujet nouveau d’articles épileptiformes.

S’il faut en croire ses organes les plus volumineux et les plus autorisés, nous avons tort sur tous les points. Tort de ne pas admettre qu’on enlève et qu’on assassine nos officiers sur le Haut-Mékong. Tort de ne pas approuver qu’on tire sur nos marins. Tort d’appuyer nos réclamations de la présence de deux canonnières devant Bangkok. Tort d’exiger des garanties et des indemnités d’un peuple qui a le droit de tout oser parce qu’il est faible. Tort d’émettre des exigences « inacceptables ».

En un mot, nous sommes de brigands de grand chemin, et de par le jugement de la chaste Albion, nous voici transformées en nation de proie.

L’Angleterre seule est grande, noble, désintéressée. Seule elle sait garder dans les circonstances critiques, le calme et la majesté suprême qui appartient aux vieilles races ; car il paraît qu’elle est « vieille » l’Angleterre, beaucoup plus vieille que nous…

Admettons pour un instant très court, que la presse de Londres soit de bonne foi en cette grande colère, et s’estime sincèrement lésée par notre action au Siam. Croit-elle de bonne foi que le moyen de  limiter cette action soit de se montrer aussi nerveuse qu’elle le fait ?

Les cris d’orfraie qu’elle pousse avec une remarquable unanimité ne peuvent avoir d’autre effet que d’entretenir à la « cour » de Bangkok des espérances chimériques.

De même que les agents commerciaux ou politique de la Grande Bretagne, par la seule force de leur tempérament vaniteux et encombrant, furent cause à l’origine des sottes entreprises du Siam sur nos territoires annamites, et par suite des mesures de rigueur sur nous avons dû prendre : de même les grossiers encouragements de nouveaux griefs à notre dossier et par la suite des exigences plus grandes de la part de nos représentants diplomatiques.

Si bien qu’au lieu de nous tenir aux rectifications de frontières jugées nécessaires, nous pouvons très bien nous trouver condamnés à occuper Bangkok et à réorganiser de toutes pièces l’administration du Siam.

Que fera alors John Bull ? Partira-t-il en guerre contre nous sur cette même affaire ? … Tout le monde sait que non et que pas un contribuable anglais ne pardonnerait une telle folie à son gouvernement.

Dès lors, à quoi riment ces articles furibonds et ces injures dénuées de sanction ?

La réponse n’’st pas malaisée à trouver, précisément dans l’unanimité de la presse anglaise, unanimité si exceptionnelle et si rare.

Cette presse obéit tout simplement à un mot d’ordre que le Daily News est presque seul à n’avoir pas observé ; et le mot d’ordre c’est lord Rosseberry qui le donne.

Il s’agit de détourner notre attention de l’Egypte. Il s’agit surtout de créer au Foreing-Office des griefs plus ou moins sérieux à mettre en balance de ses prétentions grotestes à Terre neuve et Madagascar. Ou, si l’on veut il s’agit de hausser au produit de l’Angleterre la moyenne du règlement sur les affaires pendantes entre elle et nous… En vraie nation de boutiquiers qu’elle n’a jamais cessé d’être, elle «majore » tout uniment sur les comptes de fantaisie qu’elle peut avoir avec la France.

Il faudrait à nos bureaux du quai d’Orsay une naïveté véritablement surnaturelle pour se méprendre sur des artifices aussi manifestement cousis de fil blanc. Mais on peut attendre de son anglomanie chronique et, selon toutes apparences, le noble marquis de Differin et Ava (celui qui a sur M. Decrais et autres croquants l’inappréciable avantage d’être ), a déjà reçu, en ce qui touche au Siam, les explications les plus copieuses. Au fond, il n’y en aurait qu’une à lui donner : ce serait de mettre, de propos délibéré, la conversation sur l’Egypte toutes les fois qu’il parlera de Bangkok et de lui demander la date précise de l’évacuation d’Alexandrie, toutes les fois qu’il fera mine de mentionnr le « 18° degré de latitude ».

Encore une jolie fumisterie diplomatique ce 18° degré ! … Est-il seulement à l’ombre ?

(Germinal) Paschal Grousset.

PS de JPD : J'ai essayé de voir si Jaurès s'était exprimé sur la question mais en fait il n'arrivera aux questions internationales que plus tard dans sa vie.

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