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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 19:02

Le Courrier international ou Libération découvrent que Grillo ne fait plus recette en Italie. Une élection municipale partielle a suffi pour enterrer un phénomène que les mêmes ont porté au plus haut trois mois avant ! Incontestablement l’histoire ne se déroule pas comme Grillo l’avait prévue : l’union Napolitano-Berlusconi devait porter les électeurs en masse vers Grillo qui avait annoncé cette alliance d’une classe politique pourri. Des élections régionales dans le Frioul avaient déjà indiqué la tendance : des électeurs font porter sur Grillo la responsabilité de cette alliance ! A prétendre vouloir arriver à 50% pour gouverner seul, à prétendre tout diriger, Grillo découvre que le 25% des élections législatives n’était pas un premier pas vers la victoire mais le sommet d’où il allait descendre sauf à prendre des décisions « constructives ». Cependant les problèmes de l’Italie demeurent, autant que les raisons de son succès en conséquence même à 15% de parti reste bel et bien présent et Grillo a entrepris des revirements dans sa stratégie. En particulier il vient de décider que les membres du mouvement pourraient intervenir à la télévision, après une formation qui leur a été dispensé. Ce point technique est en fait une grande question politique qui va obliger le mouvement à sortir de l’écran d’internet pour entrer dans la vie. Dans cette réflexion le philosophe Paolo Flores d'Arcais a souhaité intervenir. Plutôt que mes bavardages voici le document. JPD

 

Lettre ouverte à Grillo, Casaleggio et aux parlementaires du M5S

par Paolo Flores d'Arcais | 1er juin 2013

 Chers parlementaires da M5S (et, pour des raisons évidentes, cher Grillo et Casaleggio), à quel titre je vous écris ?

 Tout d'abord, parce que vous êtes mes « représentants ». Je suis un des 9 millions de citoyens qui ont voté pour vous aux précédentes élections. Selon le lexique en vogue de Grillo vous seriez un des « dépendants » de nous que vous avons élu, mais à ce terme de « dépendants », je préfère cependant celui plus traditionnel de « représentants », car vous siégez au Parlement « à ma place » et parce que le terme de «dépendant » évoque la subordination (même avec une nuance de mépris), alors que chacun d'entre vous représente la nation et exercer ses fonctions sans contrainte de mandat « (art. 67).

Deuxièmement parce que je fais partie de ceux que Beppe Grillo dans son blog le 28 mai, a remercié publiquement parce qu’ils ont pris des risques en donnant leur vote au M5S même au premier tour des municipales. À Rome, seulement une personne sur trois de ceux qui avaient voté M5S aux législatives ont confirmé leur vote.

Il semble donc évident de converser avec vous, d’échanger des arguments, des propositions, des analyses, avec une écoute réciproque, pour que moi, à travers vous mes délégués, je puisse concourir aux décisions politiques.

En tant qu’électeur de la M5S je suis très préoccupé par la forte baisse des votes. Même si je voulais prendre pour bonne l’analyse de Grillo sur les deux Italie, l'Italie non privilégiée qui, il y a trois mois, a exprimé sa condamnation du système en votant M5S, et qui cette fois a décidé en masse (au moins un électeur sur deux, et deux sur trois à Rome) de se réfugier dans l’abstention (certains allant jusqu'à voter pour un parti traditionnel).

Dire que c'est la faute des électeurs ne signifie rien : c'est toujours « la faute des électeurs », si vous gagnez ou vous perdez, car ce sont eux qui votent. Ceux qui participent aux élections doit inversement s’interroger sur pourquoi les électeurs les ont soutenu ou puni. Il y a trois mois une mer de gens a identifiée le M5S comme étant un instrument pour un changement radical, condamnant la politique de métier, la spéculation, la corruption, les intrigues, les liens avec la criminalité (et tout le reste que nous savons) au nom de l’espérance en une politique du bien public, de la passion désintéressée, des réformes de la Justice, de la liberté, l’efficacité, le travail (et le reste de la « politique vertueuse » ce que nous savons aussi). Aujourd'hui la politique traditionnelle reste et s’accentue encore, et pourtant plus d'un ex-électeur sur deux juge que le M5S n’est plus l'instrument crédible des mêmes espoirs.

Pourquoi ?

Parce que les espoirs que citoyens accordent à une force politique s’alimente à l’action et la M5S, qui est entré en force au Parlement, n'a pas agi, bien qu'il comprenne le caractère crucial des deux questions : élection du Président de la République et inéligibilité de Berlusconi, et ils ont fait des propositions les plus cohérentes. Voter Rodotà et demander l'application de la loi 361 de 1957 c’était les sacro-saints choix compatibles avec les valeurs pour lesquelles les citoyens avaient voté massivement M5S. Mais ce fut (c’est) le lancement d'une action, qui n'a pas eu de suite et qui même est devenu inaction (avec la déception qui en découle).

Prenons la question de «l'inéligibilité de Berlusconi ». Il ne suffit pas de la proclamer comme un devoir : en face de la caste et la désinformation unifiée qui monopolisent les écrans pour empêcher même qu’on en discute (renvoyant aux calendes grecques les réunions des commissions), vous pouviez (et, plus que jamais vous pouvez) développer une campagne systématique, allié à des initiatives au Parlement et en dehors, symboliques et de masse, peut-être en étant présents à la TV uniquement sur ce thème (la présence de M5S sur la TV serait en elle-même une « nouvelle », le faire seulement sur ce thème serait une « nouvelle » à la place et en rupture avec le mur du silence sur ce thème, en sachant les 250 000 signatures recueillies sur le web par MicroMega, et les sondages sur les orientations de l'électeur (près de 100 % de la M5S mais aussi près de 90 % du Pd en faveur de la suspension) qui font que les divisions internes au Pd sur ce point assurent d’énormes marges évidentes d'action.

Mais rien de tout ça n’est advenu et au contraire toute les grandes énergies de la M5S ont porté sur le sujet «qui dit que x est exclu », « celui qui ne fait pas y

est exclu » et autres autoréférences aux "questions disciplinaires », ce qui a facilité la désinformation de l’establishment mettant en cause du leadership ne faisant plus autorité au M5S incapable d'actions positives allant au-delà de la dénonciation des lacunes des autres.

Passons au cas du vote pour Rodotà. Un bon choix, je le répète, qui n’a pas été suivi d'actions. Confrontés au scandale du seconde septennat Napolitano, avec le gouvernement Napolitano -Berlusconi qui a suivi (Alfano-Letta), la M5S aurait pu répondre par un «gouvernement de l’ombre » dirigé par Rodotà il aurait marqué (en un seul coup) les esprits de plusieurs façons : il aurait battu en brèche toute accusation « d’extrémisme », puisque le « gouvernement de l’ombre » est institution anglo-saxonne, libérale par excellence, il aurait détruit tout accusation de manque de propositions parce qu'un « cabinet fantôme » de par sa nature répond à toute proposition du gouvernement par une alternative, par des contre-propositions concrètes et il élargit les consentements au-delà du M5S pouvant démontrer une capacité hégémonique, une capacité de donner vie à un « gouvernement fantôme » qui plaira même à ceux qui n'ont pas voté et aux électeurs des autres partis. Enfin le «gouvernement fantôme» aurait eu pour le M5S un avantage-corollaire : élargir les fissures et les divisions dans les partis de centre-gauche, Pd et SEL.

Je suis convaincu que le « gouvernement fantôme » Rodotà est encore une action politique que le M5S ferait bien de prendre en compte rapidement. Et aujourd'hui il aurait une valeur supplémentaire pour contrecarrer la sortie absurde par laquelle Grillo  a traité Rodotà «d’octogénaire miraculé des médias, décongelé fraichement du mausolée où il était détenu par les siens » après avoir entonné ses louanges pendant des semaines dans chaque meeting (tout aussi absurde la volte-face sur Gabanelli, qui enlève la crédibilité à celui qui se comporte ainsi, non à celui qui la subit).

Autour du « gouvernement fantôme » dans un ensemble cohérent et articulé d’initiatives sur l'inéligibilité, je suis sûr que la M5S peut se mettre au centre de la scène politique, déterminer l’« agenda » plutôt que de le subir, imposer la question sociale du «salaire de la citoyenneté» en synergie avec la Fiom, relancer la question de la laïcité en synergie avec les comités de Bologne qui ont remporté le référendum sur l'école, ce qui en fait une question nationale (et peut-être avec le « centro Coscioni » sur la question de la fin de vie), proposer une alternative à la démagogie de Berlusconi sur la question de l'IMU  et des scandales des maisons saisies et vendues aux enchères par les banques. Mais je n'entrerai pas ici sur le bien-fondé des nombreuses autres initiatives qui pourraient être prises, face au « bavardages » du gouvernement Napolitano-Berlusconi.

[…]

Il s’agit de choisir entre autisme et action, en s’adressant aux millions et millions de citoyens par des gestes concrets et occasionnels, avec une stratégie qu’il serait absurde de prétendre quelle ne peut se discuter ensemble, vous élus et nous les citoyens qui vous avons élus.

 [1] Micro Mega est la revue de Flores D’Arcais où il a lancé la pétition pour demander l’inéligibilité de Berlusconi.

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 10:35

                                 tombe-gerda-taro.jpg

La tombe de Gera Taro au Père Lachaise, avec une colombe, oeuvre de Giacometti.

Cet article de L’Humanité, au-delà de l’événement, témoigne d’une époque.

 

L’Humanité 2 août 1937

La vaillante journaliste Gerda TARO tuée sur le front de Madrid

a eu hier d'émouvantes obsèques

 

Les obsèques de la vaillante reporter photographe de notre confrère Ce Soir, qui trouva la mort dans un malencontreux accident sur le front de Brunete, se sont déroulées hier matin.

Toute la matinée, la foule, hommes, femmes, vieux, jeunes, groupes de jeunes chrétiens de l'Y. M. C. A., est venue nombreuse, à la Maison de la Culture, 29, rue d'Anjou, s'incliner devant la dépouille mortelle de la malheureuse jeune fille, cependant que des délégations, se relayant, montaient une garde d'honneur.

A 9 h. 30 c'était la délégation de l'Humanité qui assurait cette garde ; Cependant, les couronnes des divers groupes, organisations et personnalités, affluaient. On pouvait noter celles du Syndicat des crieurs de journaux, des Produits chimiques, du Comité international d'aide à l'Espagne, des midinettes, du groupe Art et Travail, de la Fédération du bâtiment, de l'Union des jeunes filles de France, de l'association internationale des écrivains.

La couronne de l'Humanité est particulièrement remarquée, ainsi que celles de l'ambassade d'Espagne, de l'association des volontaires d'Espagne, du personnel et de l'administration de Ce Soir, des porteurs de Paris-Midi et de Paris-Soir etc.

Mais la foule se rassemblait dans la rue d'Anjou, attendant pour conduire la vaillante jeune fille à sa dernière demeure.

L'Harmonie est en tête, des porteurs de couronnes se placent ensuite, puis un char de couronnes et enfin, le char funèbre qui transportera le corps.

Plusieurs milliers de personnes sont présentes quand l'Harmonie entonne une marche funèbre, cependant que des jeunes filles portant des couronnes, se placent autour du char. Le cortège, à travers Paris, va rejoindre le cimetière du Père-Lachaise.

On reconnaît Jean-Richard Bloch et Aragon, co-directeurs de Ce soir, Léon Moussinac, Jeanne Moussinac, Paul et Henriette Nizan, Benson, administrateur de Ce soir, notre camarade Delon, qui conduit la délégation de l'Humanité, Cabrol, dessinateur à l'Humanité.

De nombreux confrères sont également présents.

Tout le long du parcours, tant sur les boulevards que dans le quartier populeux de Ménilmontant, la foule stationnant, sur les trottoirs, attendra le passage du cortège.

Au Père-Lachaise, non loin de la tombe du regretté Henri Barbusse, face au Mur des fédérés, le cortège s'arrête. C'est à cet endroit que reposera désormais Gerda Taro.

Broc, au nom des collaborateurs de Ce soir, prenant la parole, rappelle le courage de la jeune disparue. Bergamin, au nom des écrivains espagnols, apporte le témoignage de l'Espagne républicaine et ajoute : «Je m'engage ici, comme écrivain, comme Espagnol et comme croyant, à apporter un jour ce qui était sa joie, la victoire de l'Espagne républicaine.»

Puis un délégué du syndicat des photographes vient déclarer que « Gerda Taro restera comme le symbole de leur métier.»

Aragon, directeur de Ce soir, apportant ses condoléances à la famille de la victime, rappelle le courage indomptable de cette jeune femme. Il associe son nom à ceux de Guy de Traversay, Delaprée morts en Espagne, à Lina Odéna, la gloire de la jeunesse espagnole, et à tous les martyrs de la guerre civile. Puis le corps est descendu dans la tombe et la foule une dernière fois défile.

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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 14:12

                                              Taro.JPG

Au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris, une expo réunit quatre photographes autour d’un sujet, la guerre d’Espagne. Leurs négatifs ont été retrouvés après des années de recherche et depuis 2007 ils sont entre les mains de l’ICP qui, par cette expo, permet leur découverte. La valise mexicaine (titre de l’expo) présente la guerre seulement du côté républicain mais sur l’ensemble du territoire. J’ai retenu cette photo de Gerda Taro car conformément aux habitudes l’épouse a été éclipsée par son mari, en l’occurrence Robert Capa. J’espère revenir sur son cas. Je donne les biographies des quatre artistes telles qu’elles sont sur le dépliant du musée. JP Damaggio

  

GERDA TARO

Gerda Taro est une des premières femmes à être reconnues comme photojournaliste. Née Gerta Pohorylle à Stuttgart (1er août 1910 — Brunete, Espagne, 26 juillet 1937), elle s'installe à Paris en 1933. Elle rencontre rapidement «André» Friedmann qui l'initie à la photographie ; au printemps 1936, ils adoptent les noms de Robert Capa et Gerda Taro. En août 1936, ils se rendent en Espagne pour leur propre compte, afin de documenter la cause républicaine pour la presse française. La brève carrière de Taro est emplie d'images dramatiques du front de la guerre d'Espagne. Son style tend à se rapprocher de celui de Capa, mais en diffère par un intérêt plus marqué pour les compositions formelles et une intensité particulière résultant du choix de sujets morbides. Elle travaille aux côtés de Capa et tous deux collaborent étroitement. Couvrant la bataille cruciale de Brunete en juillet 1937, elle meurt après avoir été heurtée par un tank. Elle est la première femme photographe à trouver la mort lors d'un reportage sur la guerre.

 

ROBERT CAPA

Robert Capa est l'un des plus fameux photojournalistes du XXe siècle. Né Endre Ernö Friedmann (Budapest, 22 octobre 1913 — Thai­Binh, Viêt Nam, 25 mai 1954), il est contraint de quitter la Hongrie à l'âge de dix-sept ans, en raison de son engagement politique à gauche ; il s'établit à Berlin où il commence des études de journalisme à la Deutsche Hochschule fur Politik. Sans argent, sans emploi, et avec une connaissance limitée de l'allemand, il se tourne vers la photographie pour gagner sa vie. En 1933, il arrive à Paris où il se lie avec Chim, Stein et Taro. Ses clichés de la guerre d'Espagne installent sa réputation ; son travail se caractérise par une proximité viscérale avec l'action, rarement vue auparavant. Au fil des négatifs de la valise mexicaine, on peut voir Capa s'animer avec ses sujets, cherchant à comprendre et à vivre les événements au plus près de leur rythme.

 

DAVID SEYMOUR CHIM

Chim, de son vrai nom Dawid Szymin (Varsovie, 20 novembre 1911 — Suez, 10 novembre 1956), naît dans une famille d'intellectuels et d'éditeurs. En 1933, après des études d'arts graphiques à Leipzig, il s'oriente vers la photographie pour subvenir à ses besoins, tout en suivant des cours à la Sorbonne à Paris. Ses images du Front populaire lui apportent la reconnaissance; il devient un collaborateur régulier du magazine communiste Regards. Comme Capa, il couvre toute la guerre d'Espagne. Mais à la différence de ce dernier et de Taro qui cherchent à photographier le front, Chim livre ses meilleures images en s'attachant à des individus loin du champ de bataille, réalisant des portraits de personnalités, de soldats devant leur maison ou de paysans au travail dans de petites bourgades. Sensible aux conditions politiques complexes issues de la guerre, il empreint ses images d'une tonalité nuancée.

 

FRED STEIN

 

Fred Stein, né à Dresde (3 juillet 1909 — New York, 27 septembre 1967), fait des études de droit. Interdit d'exercice parce que juif, il fuit l'Allemagne pour Paris en 1933, sous le prétexte d'une lune de miel avec sa femme. Là, il travaille comme photographe, s'intéressant aux scènes de rue et réalisant des portraits d'intellectuels et d'amis tels Hannah Arendt, Willy Brandt, Arthur Koestler ou André Malraux (il poursuivit toujours son activité de portraitiste). C'est par l'intermédiaire de Taro, qui louait une chambre dans son appartement, qu'il rencontra Capa. Stein réalise des portraits d'elle à de nombreuses reprises en 1935 et 1936. Il finit par fuir la France via Marseille pour s'installer à New York.

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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 20:32

LO STRANIERO

Con questa faccia da straniero
sono soltanto un uomo vero
anche se a voi non sembrerà.
Ho gli occhi chiari come il mare
capaci solo di sognare
mentre ormai non sogno più.
Metà pirata, metà artista
un vagabondo un musicista
che ruba quasi quanto dà
con questa bocca che berrà
a ogni fontana che vedrà
e forse mai si fermerà.

Con questa faccia da straniero
ho attraversato la mia vita
senza sapere dove andar
è stato il sole dell'estate
e mille donne innamorate
a maturare la mia età.
Ho fatto male a viso aperto
e qualche volta ho anche sofferto
senza però piangere mai,
e la mia anima si sa
in purgatorio finirà
salvo un miracolo oramai.

Con questa faccia da straniero
sopra una nave abbandonata
sono arrivato fino a te
e adesso tu sei prigioniera
di questa splendida chimera
di questo amore senza età.
Sarai regina e regnerai,
le cose che tu sognerai
diventeranno realtà,
il nostro amore durerà
per una breve eternità
finché la morte non verrà.

Sarai regina e regnerai,
le cose che tu sognerai
diventeranno realtà
il nostro amore durerà
per una breve eternità
finché la morte non verrà.
Il nostro amore durerà
per una breve eternità
finché la morte non verrà.

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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 09:45

 

                                  Reydellet.jpg

 

Instit, poète et peintre voici la présentation qu’il donne de son premier recueil de poésie disponible chez Deloche à Montauban en préparation du débat du 7 juin. JPD

 

Quarantaine ?

Ni l'isolement protecteur, ni l'âge épanoui. Juste la cueillette sélective de mes fruits d'encre préférés. Cette écriture, qui accompagne souvent en rimes les minutes de ma présence au monde, attendait patiemment d'être présentable.

Le pouvoir des mots ensemence le territoire de la poésie quand il sert à dépasser les renoncements. La poussée du vers révèle des intentions dont le naturel est le partage des images. Ainsi, des illustrations, en regard des poèmes, concourent à visiter amplement la géographie de mes contrées intimes.

Le terme qu'il me plairait voir être employé à propos de mon expression artistique serait la contraction de poète et de peintre : « poeintre », mais en toute décontraction... C'est un premier prix au concours Midi-Pyrénées de la Société des Poètes et Artistes de France qui m'a convaincu, enfin, de proposer cet éventail de textes complices.

 

Je te laisse, premier ouvrage, entre de bonnes mains en souhaitant vivement atteindre la quarantaine de recueils. 

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 12:12

                                  changer-la-vie-blog.jpg

 

La Une du mensuel du PS en 1986 qui indique le soutien militant

mais n'indique pas que 98% des dirigeants nationaux du PS soutiennent JMB.  

 

En Tarn-et-Garonne toute élection se fait sous l’œil attentif de La Dépêche qui est la propriété du président du Conseil général radical (JMB). Pour 2014 le point chaud est manifestement la ville de Moissac. Pour comprendre revenons en arrière.

1981 : le PS à l’Elysée, JMB est ministre. 1982 : le PS grâce à Louis Delmas remporte la présidence du Conseil général. 1983 : la guerre commence entre radicaux et socialistes mais continue de tourner au bénéfice du PS. Malgré la primaire imposée au PS à Montauban, le PS conserve Montauban et gagne Castelsarrasin et Moissac (JPN = Jean-Paul Nunzi).

La contre-offensive de La Dépêche débute alors et va être terrible. Le maire PS de Castelsarrasin est éliminé au profit des radicaux mais l’essentiel c’est la préparation de la lutte au sommet en 1986 : élections législatives et régionales à la proportionnelle.

Sur toute la ligne, le PS local sort gagnant de l’épreuve mais au prix d’une guerre totale avec le PS national… et d’une perte de la présidence du Conseil général gagnée par JMB.

JMB et la Dépêche tiennent leur pouvoir de leur ancrage local, du lien construit pas à pas avec les élus et les citoyens du Tarn-et-Garonne, mais la nouvelle ère capitaliste lancée avec les années 80 fait que le pouvoir local n’est rien par rapport au pouvoir central, au pouvoir de la finance. La contre-offensive de JMB n’est plus locale, elle est nationale. L’avenir du 82 se jouera donc dans les couloirs du siège de La Dépêche à Toulouse et le pouvoir national dictera aussi sa loi au PS local.

Pour les municipales de 1989 Castelsarrasin tombe entre les mains d’un élu sans étiquette, le PS étant au bord de la disparition dans cette ville. Pour Moissac, le maire PS JPN a accepté de se soumettre à JMB dont il est le député suppléant. Donc les radicaux qui plus que jamais ont pris le contrôle du Conseil général marquent des points.

1992, les élections régionales : crise au sein du PS car JMB y impose sa loi aussi le secrétaire fédéral décide alors de quitter ce parti et de proposer sa propre liste.

C’est le moment crucial, c’est là que le PS local a vendu son histoire passée, sans comprendre qu’il ne se relèverait plus jamais de cette soumission. A Moissac JPN continue d’être maire mais il n’a pas su, pas pu ou pas voulu faire émerger une autre personnalité socialiste pour l’épauler. Il lui est arrivé d’occuper les fonctions de maire, conseiller régional, conseiller général et député. Conseiller général : JMB fera tout pour le faire battre jusque dans la façon de distribuer les subventions dans les deux cantons de la ville. Conseiller régional : là c’est encore plus simple vu que ce sont les partis, grâce à la proportionnelle, qui décident des candidats élus suivant la place sur les listes. Député : élimination encore plus facile car pour sauver le député PS de Montauban, il ne pouvait compter sur le soutien de son parti.

Bref, il reste le poste de maire.

Pour reprendre ce poste La Dépêche n’a rien fait d’autre qu’envoyer sur la commune de Moissac un éditorialiste du journal devenant retraité : G-M Empociello = GME.

Celui est devenu conseiller général où il va occuper des fonctions stratégiques, il va mettre en place un ami pour occuper l’autre poste de conseiller général. En 2014, c’est décidé, les radicaux reprennent la ville aussi la page Moissac de La Dépêche oblige JPN à réagir dans le journal de droite Le Petit Journal.

Ils veulent reprendre la ville au bénéfice de qui ?

Là intervient une troisième personne, la nouvelle génération car il faut observer que les radicaux ont tiré les leçons de leur défaite de 1982 : JMB dans le 82 comme ailleurs assure la promotion de la nouvelle génération. En 1982 Louis Delmas a gagné le poste de président du Conseil général au bénéfice de l’âge sauf que l’âge n’est que très temporairement un bénéfice.

La députée de la circonscription, Sylvia Pinel, est pour le moment ministre. En 2010, elle a essayé de s’implanter à Castelsarrasin dans une élection cantonale, mais elle a été battue… par un radical dissident ! S’implanter à Moissac, à un moment ou à un autre, serait alors la solution de rechange.

      Qu’on s’entende bien, je n’évoque ici en aucun cas les qualités des uns et des autres mais un processus politique, une distribution des pouvoirs et un échec de la démocratie. Ensuite ce qui est fait du pouvoir en question est un autre débat. JP Damaggio

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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 13:44

André Gros

Né et mort à Montauban à des dates inconnues, le cordonnier André Gros fut un pionnier du combat socialiste puis communiste en Tarn-et-Garonne.

 La première apparition politique d’André Gros date des élections législatives de 1919 car il est un des trois candidats de la liste socialiste. Dès ce moment là, le quotidien local radical, La Dépêche, évoque ainsi la liste socialiste :

"Elle représente la fraction la plus avancée du socialisme, la plus dangereuse, la plus nébuleuse, la plus antipathique au génie et à l’esprit français."

L’homme particulièrement visé car le plus actif est donc le cordonnier montalbanais Gros qui va partout porter la contradiction aux autres candidats. C’est l’unique moyen que nous avons pour juger de son action. Voici pour la réunion de Nègrepelisse :

« Un des candidats de la liste unifiée, M. Gros, répondant à une question de M. Pottevin, à la réunion publique de Nègrepelisse, déclara que pour lui : « Tout socialiste est bolcheviste ». Ce qui revient à dire que les candidats de la liste socialiste sont partisan non seulement de l’expropriation et de la mise en commun de tous les biens, mais encore de la tyrannie des soviets telle qu’elle est établie en Russie sous le régime de terreur instauré par Lénine et Trotsky. »

 Pour la réunion de Saint Nicolas :

« Le citoyen Gros, candidat socialiste révolutionnaire, a pris à son tour la parole et dès lors l’assemblée est devenue houleuse. Discutant avec une bonne foi douteuse et contant des « blagues » comme l’a fait ressortir M. Pottevin aux assistants mis en gaiété, parlant tantôt français, tantôt patois, il a suscité divers incidents fâcheux. Quelques-unes de ses paroles antipatriotiques ont soulevé l’indignation générale.»

 « Réunion de Verdun sur Garonne

Le citoyen Forgues, courtier, a présenté son ami Gros, candidat cordonnier-socio. Celui-ci, d’une voix tonitruante, s’est efforcé de «débourrer les crânes» par une critique incohérente et décousue de tout et de tous. Seul, dit-il, un candidat comme lui tout en défendant ses propres intérêts peut assurer le bonheur des autres. Il essaie bien un moment d’expliquer la théorie blochévico-collectiviste mais il est très aride et confus. Pour le moment sa conception collectiviste s’arrête à l’attribution des usines aux ouvriers et des terres non cultivées aux travailleurs.»

 Après les législatives vont venir les municipales et à Montauban, André Gros est un candidat en vue de la liste socialiste conduite par Pierre Terrieux. Au second tour, pour battre la droite, les radicaux l’acceptent sur la liste unitaire et il sera conseiller municipal avec sept autres socialistes : quatre passeront en 1920 au Parti communiste, dont André Gros. Comme première mesure proposée au Conseil municipal, ils demandent que Jaurès ait un nom de rue dans la ville.

 Voici le portrait que trace Gérard Roques dans son Mémoire :

« André Gros est cordonnier à Montauban. Il fait partie de ce corps de métier, il est secrétaire adjoint de la Fédération socialiste de TetG. L’originalité de ce personnage est qu’il fut moine. Il revint au civil et se consacra exclusivement à la défense de son idéal socialiste. Gros était un personnage fort intelligent. Sa voix barytonante résonnait souvent dans la Halle aux grains de Montauban. Les bourgeois montalbanais se pressaient toujours pour assister à ce « spectacle » car ils étaient convaincus que Gros jouait un double jeu et qu’il ne pensait pas un seul mot de ce qu’il lançait à la foule. En fait Gros était persuadé de ses idées. C’était un homme très pur, qui n’est pas oublié aujourd’hui puisqu’il a laissé son nom à une de cellules du PCF de Montauban. »

 

Sources :

La Dépêche du Midi décembre 1919.

Deux mémoires de maîtrise :

- Implantation de la gauche dans le Tarn et Garonne entre les deux guerres, Roques Gérard, mémoire de maitrise sous la direction de Rolande Trempé, 1974-1975

- Implantation du PCF en Tarn-et-Garonne 1920-1947, Max Lagarrigue

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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 13:42

Je viens encore de relire ce roman si spécial de Vazquez Montalban et peut-être en ai-je enfin compris la philosophie. En attendant quelques commentaires voici la présentation qui en avait été faite dans le Monde diplomatique. JPD

 

MÉMOIRES D'UN ASSASSIN

Le bilan d'un monde malade

L'ÉTRANGLEUR, de Manuel Vazquez Montalban, traduit de l'espagnol par Bernard Cohen, Le Seuil, Paris, 1996, 265 pages, 120 F.

L'ÉTRANGLEUR, nouveau roman de l'écrivain espagnol Manuel Vazquez Montalban, naît de plusieurs douleurs. « L'autobiographie » de Franco (1), son précédent ouvrage, avait remué le couteau dans une plaie historique mal cicatrisée. La maladie lui avait laissé un arrière-goût d'amertume ; les Jeux olympiques de 1992, qui ont défiguré Barcelone, avaient englouti l'imaginaire de la ville natale de l'auteur. C'est donc Boston qui accueille la nouvelle fiction. Mais une Boston qui rappelle de manière obsédante Barcelone jusque dans « l'indispensable pan con tomate [pain frotté de tomate] sans lequel nous, les Bostoniens, ne saurions comment manger ». D'une ville à l'autre, d'une mégalomanie médiocre à une schizophrénie ordinaire, d'un contentieux avec l'histoire à un règlement de comptes avec les mythes de notre société, L'Etrangleur est le seul roman contemporain de Vazquez Montalban, si l'on exclut la série des Carvalho.

Albert Cerrato est un plombier au savoir encyclopédique qui se prend pour Albert de Salvo, « 1'étrangleur de Boston », sinistre héros du film de Richard Fleisher. Du fond de la cellule de l'infirmerie pénitentiaire où il croupit, il explique en détail ses relations avec ses victimes. Tous ses meurtres sont assumés, revendiqués et fondés. Il tue sans discrimination ceux qu'il aime et ceux qu'il n'aime pas, ceux qu'il aurait voulu épargner, congeler dans sa mémoire. Ses crimes répondent à une nécessité esthétique, à « une unité harmonique et vérifiable, un acte de géométrie et non de compassion envers soi-même ou envers autrui ». Parricide, assassin de ses maîtres et de ses maîtresses, il comptabilise au total trente-sept victimes, dont ses propres enfants. « J'étais terrorisé par la cruauté atmosphérique, absolue, d'un monde dans lequel je ne pourrais rien faire pour eux. »

MENACÉ de lobotomie par ses psychiatres, Albert Cerrato recourt « à ce cerveau possibiliste social-démocrate que nous possédons tous» en acceptant, comme on le lui enjoint, de consigner le flux de ses pensées négatives. Flairant le best-seller, un éditeur lui propose la publication de ses mémoires. Albert Cerrato, autiste prolixe, se prête au jeu, confronte ses fantasmes à la réalité, ressuscite ses victimes, qui retrouvent leur train-train d'obsessions et leurs rides indélébiles. Il ira même jusqu'à rédiger à la place de son psychiatre, un Argentin lacanien à peine caricatural, le rapport sur son propre cas, montrant ainsi sa parfaite maîtrise du jargon psychiatrique et livrant du même coup certaines clés de ce roman dense.

L'Etrangleur est un livre-somme qui réunit toutes les obsessions de Manuel Vazquez Montalban : la ville dans ses décombres comme microcosme de l'univers, « Boston est une furieuse cosmogonie... et Boston est le monde, le monde actuel, un monde austro-hongrois, un empire déchu, sans but apparent, que Cerrato perçoit à travers la décomposition du « moi » bourgeois, celle-là même qui nourrit la créativité de Klimt... », l'art dans ses avant-gardes et ses « installations post-conceptuelles, en langage de plombier », la culture dans ses ironies et dérisions, l'incommunicabilité au milieu de la cacophonie interactive, la solitude de l'individu acculé à la folie, la faillite des systèmes politiques, le nouveau désordre du monde.

Aux frontières de l'analyse et de la poésie, L'Etrangleur peut être appréhendé comme un long texte sarcastique à lire à haute voix pour que retentissent mieux ses échos subversifs, ses accents poétiques et sa respiration interne et que s'estompe le pédantisme de certains de ses passages. En connivence avec ses lecteurs, l'auteur dresse le bilan impitoyable et lucide d'un monde malade, en manque de références, souffrant d'un trop-plein de réseaux et de connexions, et d'une carence totale de repères véritables.

MARIE-CLAUDE DANA.

(1) Manuel Vazquez Montalban, Moi, Franco, Le Seuil, Paris, 1994.

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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 12:25

 

C’est mon oncle qui pour noël nous offrit, en 1970, un tourne-disque et un premier trente-trois tours de chants révolutionnaires français. Dans ma famille la musique était présente seulement par la radio (pendant un temps ma mère aima chanter Piaf) et cette nouveauté nous offrit une porte nouvelle vers le choix de nos idoles. Mon premier trente-trois tours a été celui de Moustaki qui étant le seul, passa en boucle sur la machine. Je ne savais pas que ce prénom signifait un hommage à Brasses et qu'il effaçait ainsi son vrai prénom Joseph en français (Giuseppe en italien et Youcef en arabe). Par la suite cette passion de jeunesse m’a suivi en permanence, atteignant son paroxysme un soir au Théâtre de Montauban (devenu Théâtre Olympe de Gouges), au cours d’un récital Moustaki.

C’était en 1992 et Moustaki égal à lui-même n’arrivait pas à quitter la scène. Je ne sais si d’autres spectateurs se souviennent de ce moment fabuleux. Il avait trimballé sa nonchalance pendant un tour de chant parfait, et les rappels suivaient les rappels. Les musiciens étaient partis mais lui et sa guitare revenaient puis revenaient encore. Pendant au moins une heure !

Moustaki était heureux dans la ville, dans le théâtre ; il était comme un complice parfait du public.

Moustaki m’a accompagné mais je n’ai jamais cherché à devenir un fan collectionnant ses disques ou ses entretiens, si bien que c’est seulement aujourd’hui que j’apprends qu’il a eu une vie amoureuse brève et tourmentée avec Edith Piaf.

Pourquoi Moustaki plus que Claude François ? Pourquoi Moustaki plus que Johnny ? Pourquoi Moustaki plus que … ?

Qu’importe, le fait est là et ce fait va me revenir en plein figure le jour où dans une soirée, mon ami Rosendo Li, invité à chanter quelque chose se mit à chanter la version espagnole du Métèque.

Jean-Paul Damaggio

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 10:36

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 Dans cette brochure ci-dessus, que je peux envoyer gratuitement à qui m’en fait la demande, je m’étais mis dans la peau d’un autre pour écrire une intervention présentée à La Librairie Deloche voici quelques années. Je viens de la reprendre comme si je ne l’avais jamais écrite et je découvre à la fin, ce texte qui est le deuxième d’une « biographie » littéraire de l’auteur, jamais traduite en France : El escriba sentado. Ce texte est le deuxième du livre où Sartre est cité dans 19 pages, un recors (il renvoie à un autre de ce blog). Rien ne dit qu’il ait été publié quelque part en 1978.

Dans son schématisme il est le squelette de ma façon de penser le monde. JPD

 Mai 68 : Dix ans après ce mai fleuri

 A l'Odéon, les étudiants du mai révolutionnaire citaient des idoles intellectuelles d'apparition récente : Marcuse leur octroyait un rôle inespéré d'avant-garde révolutionnaire ; Che Guevara récupérait le prestige des faits de conscience qui place la volonté révolutionnaire au-dessus du calcul des probabilités et de la corrélation des forces ; Franz Fanon apportait la dimension mondiale d'un système de domination capitaliste et offrait un horizon stimulant de révolution mondiale, impulsée par les pays colonisés contre les centres de l'Empire. Il y avait un règlement de comptes implicite avec les auteurs bibliques. Peu de références directes à Marx, Engels et Lénine. L'unique classique admis était Mao et encore réduit à sa condition de dispensateur de catéchisme avec le petit livre rouge. L'explosion du marxisme vulgarisé fut mise en scène et les mêmes hérésies se produisirent que celles surgies au sein du christianisme, quand la Bible cessa d'être un texte sacré soumis aux seules interprétations des hommes d'église. Des milliers, des millions d'étudiants du monde entier avaient accédé à leur quatre sous de marxisme qu'ils risquaient sur la table de jeu. Quand ils avaient perdu leur mise, ils la remplaçaient par l'imagination.

Sartre n'était pas cité. Sa condition de grand- père n'était pas claire pour de tels petits-fils en instance de tuer le père. Sartre n'était-il pas le responsable de l'impasse paralysante qui avait conduit à la Cinquième République et à la sensation d'impuissance et d'échec de l'intelligentsia établie ? Sartre n'appartenait-il pas à cette "intelligentsia établie" qui, avec ses critiques, enlevait toute épine au système en lui laissant une peau sans aucun besoin de chirurgie esthétique ? Sartre se lança sur les barricades par nécessité, mais quel vampire faustien démontrera que cette nécessité était celle d'un besoin de sang jeune, et une perpétuelle disponibilité à assumer l'obstination des faits, face à l'installation honteuse d'idées prometteuses de réalités perpétuellement différées. La manière de Sartre d'aller vers les barricades, comme celle de Monod ou d'autres membres de la caste intellectuelle, montrait un désir de récupération du discours des faits, mais aussi une violente volonté de récupérer leur propre jeunesse. Sartre confessera dix ans plus tard :

« Le fait d'avoir perdu l'utilisation réelle de la vue, de ne pouvoir marcher plus d'un kilomètre, c'est la vieillesse. Il y a effectivement des maux qui n'existent pas, avec lesquels on peut vivre, car ils viennent quand on est au bout du chemin A présent, telle est la vérité. D'un autre côté, cependant, je ne pense pas trop à ces maux. Je me vois, je me sens, je travaille comme quelqu'un qui a quarante cinq, cinquante ans. Je n'ai pas le sentiment de la vieillesse. Mais, à 70 ans, je sais, je suis un homme vieux. Je n'aime pas les hommes de mon âge. Tous les gens que je connais sont nettement plus jeunes que moi. Avec eux, je m'entends mieux ils ont les mêmes nécessités, les mêmes ignorances, les mêmes savoirs que moi. Les gens âgés ... oh, ils sont de la merde ! »

Peu de textes résument mieux, ce que Sartre allait chercher sur les barricades étudiantes du mai français, ou dans la ferveur hypercritique de ceux qui se réunissaient à l'Odéon, où il ne manquait pas de hurleurs, jusqu'à ce qu'ils se rendent compte du fait que Sartre était un père ni frustré ni frustrant, sinon un grand-père qui demandait pardon pour avoir été père et qui, de plus, était prêt à tuer son fils pour pouvoir communiquer avec ses petits-fils.

Et même s'il cherchait des prétextes idéologiques pour justifier son " mayisme ", on remarqua toujours qu'il fuyait la rhétorique, pas parce qu'il n'était pas un rhéteur comme tout intellectuel professionnalisé, mais parce qu'il ne voulait pas mourir en réduisant son être hors de son œuvre, à la condition de pétales secs cachés entre les pages de ses propres livres.

Il présenta le mai français en disant : « Pour moi ce fut le premier mouvement social d'envergure qui n'ait jamais été réalisé momentanément, quelque chose qui ressemble à la liberté et qui, à partir de là, a tenté de concevoir ce qu'était la liberté en acte ».

C'est impressionnant de constater qu'un homme aussi lucide que Sartre ait pu tomber dans cette " maximalisation " de l'acte d'être libre, dans ce contexte de révolution éminemment mise en scène avec tout autour les tanks du Général Massu en première ligne, et la connexion avec la classe ouvrière aux niveaux de conscience historique à ses yeux indiscutablement corrompus.

Le Sartre qui fait cette analyse a cessé de croire en l'Histoire comme science et est entré dans un passionnant et inutile effort mettant face à face sa conscience et la réalité.

Sa hâte de vieux passionné et intelligent s'affronte à la parcimonie de l'histoire qui ne tient pas compte du fait que Sartre va mourir sans voir la résolution du dilemme entre socialisme et barbarie.

Sartre a choisi un chemin entre socialisme et barbarie tendant vers un socialisme libertaire mis en scène par les groupes, quelque peu théâtraux, du mai français.

A partir de là, Sartre a assumé son rôle de grand-père du socialisme libertaire. Et quand la majorité de ses petit-fils recommença à mettre la cravate, y compris la cravate de la social- démocratie gestionnaire, ou à mettre la djellaba, réduisant le problème du monde au salut des âmes, quand elle ne reprenait pas le simple rôle dirigeant de reproducteur du système en maître de la force de frappe post-gaulliste, Sartre s'auto-déclara arrière-grand-père, pas parce qu'il mythifiait la jeunesse et la vie, mais parce qu'il sentait la panique l'envahir face à sa propre mort, une mort que lui imposaient les autres, cette mort que les autres t'imposent toujours en t'offrant le miroir de leur vieillesse pour que tu contemples la tienne.

Je suis conscient de faire une lecture réductrice du pourquoi Sartre assuma le mai français. C'est vrai, apparemment, la révolte donnait aussi raison à ses critiques contre l'artériosclérose de la gauche établie. La révolte révélait la fatale contradiction entre le contenant et le contenu qui affectait le parti communiste français lui-même, dont l'orientation le poussait vers un assaut du Palais d'Hiver, et qui était exclusivement organisé pour faire pression politiquement avec ses 20% d'électeurs, aujourd'hui réduits de moitié.

Dans son discours aux étudiants de la Sorbonne, en ce 20 mai situé entre le retour de Roumanie du général de Gaulle et la généralisation des grèves qui traduisaient un spontanéisme ouvrier débordant les contrôles des partis et des syndicats, Sartre réglait ses comptes avec la gauche artériosclérosique qui passait ses journées à lire Lénine afin d'y découvrir ce qu'aurait fait Lénine dans une telle situation. Vladimir avait laissé une loi écrite terrible, une loi de plomb qui pesait sur le spontanéisme révolutionnaire comme pèsent les dalles de l'évidence. Il ne suffit pas — dit plus ou moins cette loi que je me permets de citer de mémoire car je ne crois ni dans les bibles ni dans les saints pères de l'Eglise — que la classe ouvrière soit disposée à faire la révolution, encore faut-il que les circonstances de crise globale de l'adversaire le permettent.

L'adversaire s'est senti déconcerté, pendant plusieurs semaines, jusqu'à ce qu'il voit, comment de Gaulle, la police, le général Massu, les partis de gauche et les centrales syndicales offraient la possibilité de changer cet essai de révolution, en une crise politique, certes grave, mais ni plus ni moins qu'une crise politique. Quand Mitterrand, le 28 mai, s'auto-désigne comme président de la république avec Mendès-France comme premier ministre, il offre une porte de sortie "logique" à la crise de la Cinquième république, et non une perspective révolutionnaire à la crise du capitalisme. L'adversaire avait pu se sentir déconcerté, y compris alarmé, mais à aucun moment il ne s'est senti désarmé, et preuve de cela, quelques éditeurs avisés se préparaient déjà à publier des œuvres sur ce qui était arrivé, conscients du fait qu'on ne parlerait pas d'autre chose pendant longtemps, et que l'engagement de Sartre et des autres avait été une inestimable contribution à cette œuvre, en tant que guest star de la pose. Hobsbawm, dans un article très lucide, publié un an après, le 22 mai 1969, dans le New York Review, écrivait : « Mai 68 a révélé, non que les révolutions peuvent réussir dans le monde occidental d'aujourd'hui, mais qu'elles peuvent éclater ». Et c'est ce dont Sartre avait besoin. Ni plus. Ni moins.

Vazquez Montalban

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