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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 10:36

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le 23 Septembre 1999 L'Humanité

Polar au Vatican : César Borgia, suspect numéro un.

 Ou César ou rien raconte l'extraordinaire aventure des Borgia, à l'aube du Nouveau Monde.

  Des personnages hauts en couleur, des complots sanguinaires, des amours qui finissent mal : Manuel Vazquez Montalban nous ouvre les appartements du pape et de ses turbulents rejetons.

  Pepe Carvalho, le héros de Manuel Vazquez Montalban aurait aimé s'installer dans les pénates de la famille Borgia, les appartements papaux du Vatican, les palais romains, les châteaux espagnols. Y démêler les intrigues, les crimes, les orgies qui ont traîné l'infâme réputation des Borgia jusqu'à nos jours. Montalban a reconstitué cette extraordinaire saga, où il apparaît que les Borgia, s'ils n'étaient pas des saints, ne méritaient pas tant d'opprobre historique. Dans la famille Borgia, il y a le grand-père, Alphonse, parti de rien et devenu pape de 1455 à 1458 sous le nom de Calixte III ; le père Rodrigo, pape Alexandre VI de 1492 à 1503, à l'époque où les Espagnols découvrent le Nouveau Monde, où les rois catholiques Ferdinand et Isabelle chassent les Juifs et les Maures d'Andalousie. Dans la famille, il y a les trois fils bâtards de Rodrigo, Pere Lluis, Jofré, Joan et les deux enfants prodiges, César et Lucrèce. Les Borgia, d'origine catalane, auront pour ambition d'unifier l'Italie de la Renaissance, une Italie divisée, proie trop facile pour les grands prédateurs de l'époque, l'Espagne et la France.

  Ou César ou rien n'est pas une thèse d'histoire, c'est d'abord un roman, une intrigue digne des grandes épopées du Nouveau Monde, où les personnages sacrifient leurs ambitions personnelles à celles de la famille, donc à l'ambition d'État. César Borgia est au centre du système. Le fils du pape est le bras armé, le comploteur, le génie du clan qui s'entoure des meilleurs conseillers, des plus grands artistes de l'époque. Montalban raconte l'aventure des Borgia sous l'autorité du seigneur Nicolas Machiavel, leur contemporain. Un Machiavel digne, lui, de sa réputation, dont l'influence sur César est plusieurs fois déterminante. Le Florentin a la vue large : " Paysans et marchands, voilà les secteurs sociaux ascendants parce qu'ils ont un sens réaliste de ce qu'ils font. La défaite du féodalisme est inévitable et il faut faire en sorte de ne pas devenir un seigneur féodal comme les autres [...] . Il faut se ménager une situation privilégiée pour pouvoir rivaliser avec les rois modernes, Louis XII ou Ferdinand le Catholique. ".

  Pour les Borgia, la fin justifie souvent les moyens. César élimine les bouches inutiles, les maris encombrants de sa sour Lucrèce qui, souvent se révoltera mais jamais ne se mettra en travers des ambitions du père, le pape Rodrigo et du frère chéri. Lucrèce, l'abominable, la " pécheresse qui ouvrait son ventre à Satan " que l'histoire accuse d'inceste - " elle serait à la fois la fille, la femme et la bru de son père, si l'on en croit ce qu'on lit sur les libelles de la statue de Pasquin " - mourra après une fausse couche, parce qu'il fallait bien assurer la descendance borgienne. Oui, les Borgia abusèrent de la violence, du crime pour assumer leur destinée. Nicolas Machiavel, l'observateur du Vatican n'en est pas autrement surpris : " J'observe chacun de vos pas, César et je n'y vois que des actions logiques, si nous tenons compte de ce à quoi elles prétendent : la finalité d'une entreprise. La violence est nécessaire pour construire la société et nous sommes dans un temps de violence. La violence doit être l'apanage du pouvoir, sinon elle n'est que désordre ". Dans la Rome de la Renaissance, où les papes jouissent et engrossent, les partisans d'un retour à la pauvreté et à l'abstinence font figure de rétrogrades. Savonarole est en dehors de l'Histoire car pour Machiavel, " La corruption est plus tolérable que le fanatisme ".

  On croit connaître la fin de ce polar au Vatican. Les Borgia vaincront avant d'être vaincus. Mais ils laisseront le pouvoir romain à des politiques encore plus aguerris, plus modernes, à la violence moins ostentatoire, plus policée, tout aussi efficace. Montalb n ne réhabilite pas la famille honnie, il met en scène des destins exceptionnels qui méritaient au moins une part de lucidité sinon de vérité historique. Leur saga est contée sous la forme d'un scénario cinématographique, avec ses gros plans, ses travellings, ses flash-back. On a parfois du mal à établir les filiations dans la multitude des personnages qui se croisent, s'aiment et s'entre-tuent mais Rome en 1492 est une telle fourmilière !.  Jacques Moran.

 Ou César ou rien de Manuel Vazquez Montalban.  Éditions du Seuil, 384 pages, 140 francs. 

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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 13:24

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Personne n’imagine jusqu’à quel point nos petits outils de communication ont engendré une relance du marché des matières premières. Pour le pétrole, c’est son augmentation de prix qui a relancé les recherches car un pétrole trop cher à exploiter hier, devient « rentable » aujourd’hui.

Cette explosion en besoin de matières premières fait le bonheur et le malheur des Amériques.

Pays de tradition minière, ils ont les moyens de répondre aux besoins industriels et c’est dans ce cadre que le président d’Equateur a décidé de relancer les puits de pétrole… pour le bien de son peuple et non pour le bien des multinationales donc, que lui répondre ?

Dans un premier article j’ai présenté les différentes positions en présence. Depuis la bataille fait rage en Equateur (un sondage donne 56% de gens favorables  la décision de Correa).

Dans le camp du président Corea on affirme haut et fort que dans le monde seulement trois pays, Venezuela, Bolivie et Equateur montrent méchamment du doigt le pouvoir capitaliste. Même si le Nicaragua est dans l’ALBA je ne suis pas surpris qu’il soit oublié…

Donc ne nous trompons pas de cible : l’adversaire, c’est le système capitaliste qui l’oblige à exploiter le pétrole dans un parc national reconnu comme élément du patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.

Il existe trois modestes raffineries Esmeraldas, La Libertad, Amazonas, mais le pays doit importer pour 3 milliards de dollars annuels de carburant pour sa consommation nationale. Depuis trois jours on apprend qu’une nouvelle raffinerie devrait voir le jour grâce à une union Chine-Venezuela. Les autorités prétendent que si autrefois 80% du pétrole brut quittait le pays c’est à présent seulement 20%. J'en doute. De toute façon, pour ce pays comme pour tous les autres du continent latino (sauf le Brésil et le Mexique) la priorité devrait être donnée à la production de valeur ajoutée et non à l'extraction ! Pour le pétrole l’extraction ne crée presque pas d’emplois mais peut en effet susciter de la redistribution qui n’est rien d’autre que de l’assistanat.

Quand les Bolivariens gouvernent depuis 20 ans et qu’ils n’ont toujours pas d’agriculture digne de ce nom, car il est plus facile de vivre avec la rente pétrolière, il y a de quoi réfléchir. D’autant que le pétrole qui n’est pas extrait à présent vaudra bien plus cher demain quand il manquera encore plus ! Et dire que sans le pétrole, le pays risque de tomber dans la misère, alors que dire de tant de pays sans pétrole ?

La leçon de l’Equateur n’est pas équatorienne car le problème est partout. Dans les Andes a été inventé une bonne part de l’agriculture mondiale et souvent on a l’impression que les paysans sont sans « valeur marchande » !

 

Je n’affirme rien de sûr mais j’ai la conviction que pour ne pas aller dans le sens du système en place, il faut penser autrement l’équilibre économique d’un pays. L’URSS croyait battre les USA sur le terrain de la bataille industrielle et ce fut l’échec. Alors, que ceux qui sont aux commandes en Bolivie, Venezuela et Equateur réfléchissent. Sinon j'ai l'impression que c'est comme au Chili !

JP Damaggio

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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 13:18

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Quarante après, le Chili vit encore dans le doute. Neruda est-il mort du cancer ? Allende s’est-il suicidé ? Pour répondre à l’énigme Neruda son corps a été déterré pour analyses mais qui furent mal faites ! Pour Allende, même opération ! Dans le deux cas un livre est sorti.

Hier, celui sur Allende a été présenté au Musée de la Mémoire, un musée gratuit qui rappelle le coup d’Etat et ses conditions. Conçu architecturalement comme le musée du quai Branly à Paris, on monte en tournant par une allée, on monte vers le présent. Le Musée tout neuf a ses mérites et ses limites et aujourd’hui, dans la salle du rez-de-chaussée, face à la petite librairie, quelques dizaines de personnes ont pu écouter la journaliste Maura Brescia qui a réussi à publier son livre sur la mort d’Allende : "La verdad de su muerte. Mi carne es bronce para la historia”

Cette soirée autour du livre est historique puisqu’avec la journaliste nous trouvons ; le médecin légiste Luis Ravanal, l’avocat Matías Coll et d’autres journalistes : Juan Pablo Cárdenas, Mauricio Weibel y Ernesto Carmona. Un film est projeté : “Exhumación de Salvador Allende” du cinéaste Pablo Salas.

 Personne ne notera que cette présentation intervient après celle faite à Lima et c’est sur un journal péruvien que j’ai trouvé la photo de la dite journaliste avec article très clair sur l’assassinat du président élu. Pour les deux géants du pays, la justice veille afin de maintenir le mensonge. S’ils ont été assassiné, ils faudrait chercher les coupables peut-être encore vivants même si le coupable majeur, le général Pinochet est mort dans son lit.

 Maura Brescia n’est pas n’importe qui. Journaliste d’investigation elle a creusé la question dans tous les sens. Et pas seulement pour trouver les coupables ! Le coup d’Etat de 1973 intervient au moment où partout dans le monde le mouvement populaire marque des points. Et Pinochet laisse la place en 1988 (en vérouillant l'avenir) quand partout dans le monde, le mouvement populaire fait marche arrière. Comme si le tournant politique de ce pays était le plus bel annonce d’un triste tournant mondial. Jean-Paul Damaggio

 

P.S. Parmi les mouvements sociaux, notons les immenses manifestations paysannes en Colombie.

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 16:41

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En ce temps là, l’Humanité jouait la carte de l’ouverture. Le PCF étant au gouvernement d’un côté on découvrait d’immenses placards publicitaires pour la COGEMA, pour TOTAL ou pour inciter à acheter des actions dans les entreprises privatisées et de l’autre José Bové faisait la Une, Krivine ou Bensaïd tenaient tribune et Nikonoff était en vedette. Ici la une de l’HD du 25-26 septembre 1999.

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 16:40

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Je dédie cette Une du 3 novembre 1999 à ceux qui se préparent pour les municipales. Déjà, DSK s’efface, car il quitte alors le gouvernement accusé de tremper dans une affaire dont je ne connais pas la conclusion, l’affaire de la MNEF. A ce moment là DSK se voyait déjà en maire de Paris. Un peu avant, encore début 1999, Bruno Megret se voyait en maire de Marseille.

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 16:37

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Je rêve d’un livre rassemblant toutes les Unes de l’Huma, du lendemain de la célèbre fête du journal. Une façon de voir passer le temps. Ici celle du lundi 13 septembre 1999.

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 12:30

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Texte émouvant d’un homme désespéré. Texte encore plus émouvant avec le temps. Texte cent fois émouvant après la révolution. Taoufik Ben Brik un géant à Tunis ! Cet article du 22 décembre 2003 paru dans L’Humanité dit ce qu’il ne fallait pas dire. JPD

 L'après-Ben Ali, sous Ben Ali

Par Taoufik Ben Brik, journaliste tunisien

Elle chante une amania. Elle a l'âge d'une Shéhérazade. D'une Lolita. Elle chante, son Libyen bien en face d'elle, bien accroché, comme un antenais, par le nez. Autour, Tunis, la nuit, pas un chat. Quelques rares bagnoles avec la plaque verte des Libyens. Elle sent son regard vissé sur ses seins superbement insolents. Elle rit. Elle chante. Le Libyen aussi. Éclaté, gris. Un Libyen, des dinars. Ici, avec dix dinars, mon Libyen se prend pour Crésus.

Pour quelques dinars, on a une bonne bouffe, un flacon de parfum. Les filles et les petites filles de Ben Ali sauvent le pays avec le cul. Dégueulasse, le désespoir derrière le chant, derrière le rire enfantin, l'humiliation face au Libyen qui se sent gonflé à bloc. Pour pas cher, il s'empiffre de méchoui, de filles et de narguilé.

Tunis autour, vide, triste, en passe. Tunis, à plat sur l'asphalte, ressemble à une ancienne beauté qui attendrait son prochain gigolo. Elle chante et son Libyen trémousse sa soixantaine. Combien va-t-elle en tirer? On attend le dénoue ment. Lui a dit : «Ça ne peut plus durer et la fin n'est pas pour demain.» En attendant les Tunisois n'ont qu'un seul problème : « Foutre le camp. »

L'histoire finira, elle finira un matin où un type nous réveillera en disant : « Au nom d'Allah, nous avons chassé le mécréant ! »

Le rideau n'en finit pas de tomber, la page n'en finit pas de tourner. Cette nuit, il fait frisquet à Tunis. Venez à Tunis, et laissez exploser le Sindbad qui est en vous ! Le soleil, la mer, la boukha jusque-là! Ailleurs, personne ne vous remarque. Ici, nabab un vrai prince d'Arabie. Ici, on vous cire les pompes. Visitez Tunis. Mais vite. Les Tunisois s'en vont.

Dépêchez-vous avant qu'il n'y ait plus personne. Sauf, bien sûr, Ben Ali.

Jusqu'au bout dans son palais, à parler seul.

Le vent peut tourner. Tunis pourrit et attend le dénouement dans le dénuement. Tunis est une Cocotte-Minute prête à péter, une bombe humaine avec 10 millions de bonshommes à l'intérieur. Et, de tout son poids assis sur le couvercle, Ben Ali. De temps en temps, il y a une fuite, les rats font un trou dans la marmite et se débinent. Alors, vite, vite Ben Ali rebouche le trou. Au trou, les rats.

Pour vos prochaines vacances, c'est important qu'il reste quelques Tunisois à Tunis. Pour replier les parasols et pour servir les merguez. Tout est prévu depuis des années, mais il s'accroche, têtu, obtus. Le dernier souffle ne vient pas. Fatigués d'attendre, laissons tomber, Tunis lasse. Quelle alternative ? Quelle succession ? Coup État policier ? Virage à l'iranienne ? Avec Ben Ali ? San Ben Ali ? Mais le mystère, c'est toujours ces dix millions de Tunisiens. Il faut les rencontrer dans la démerde, dans la débrouillardise, la petite magouille. L'après Ben Ali a déjà commencé. Non pas avec Ben Ali, mais sous Ben Ali.

Une vie souterraine, un gai désespoir, dans les décombres, dans les débris. En attendant, on attend.

 

Ne demandez pas comment ça va finir. Dans le sang, en mettant les choses au pire, c'est-à-dire à la place de Ben Ali. Mais là, on rêve encore. L'histoire ne nous fera pas le cadeau d'une fin héroïque. Ce sera pire. Qu'est-ce que qui coulera sur Tunis le sang ou le béton ? Tunis attend. Où trouver une corde maintenant ? Y-a-t-il une corde à Tunis? Même pour se pendre, Tunis attend.

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 12:28

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Je ne me lasserai pas de me remémorer cette histoire entendue de la bouche même de Vazquez Montalban en 1994, une histoire que je retrouve sur le livre qu’il avait en tête à cette époque là : Un polaco en la corte del rey Juan Carlos, livre à ce jour jamais traduit en français et que je feuillette chaque fois que je sens une fatigue.

Dans ce livre de commande, l’auteur catalan part à la rencontre des personnages essentiels de l’Espagne d’alors, avec pour objectif d’arriver face au roi Juan Carlos, juste avant que la droite ne revienne au pouvoir, au cours des élections de 1996.

Et à un moment, il rencontre un camarade de prison. De toute façon, tout au long du livre, il croisera d’anciens camarades ayant gravis diverses marches, de divers pouvoirs, lui étant resté simple citoyen mais romancier de grande notoriété (d’où la possibilité d’entrer en des lieux sacrés).

Donc il rencontre page 57 Salvador Clotas, l’ancien homme fort de la politique culturelle du PSOE et qui était alors le responsable de la fondation Pablo Iglesias. « Je me souviens avoir bu avec lui un triple sec fait maison, à base d’alcool d’infirmerie pénitentiaire, de zeste d’orange et de sucre que nous distillions dans notre cellule de la prison de Lérida. »

Le cadre est déjà séduisant et on les imagine sirotant leur production en parlant littérature…

Montalban était un des quatre étudiants emprisonnés pour délit de rébellion militaire à cause d’une manifestation en faveur des grévistes des Asturies où ils avaient chanté Asturias patria querida. Manuel était doté d’une capacité originale : des quatre, il était le seul à ne pas s’évanouir devant le sang aussi, le médecin l’embaucha comme aide infirmier, après une formation accélérée pour apprendre les injections intra musculaires et bien repérer les pastilles pour ulcères à l’estomac. On l’avait nommé à ce poste « car vu le niveau culturel qu’on supposait chez un étudiant en cinquième année d’études de Romanicas, je n’étais pas supposé boire l’alcool de l’infirmerie, aussi je fus le premier à se livrer à une manipulation culturelle parce que la culture doit bien servir à quelque chose ».

Cette manipulation, vous l’avez deviné, consistait à distiller l’alcool de l’infirmerie ! Et Salvador Clotas fut un des bénéficiaires de ce breuvage excellent. En retour cet immense connaisseur en critique littéraire s’offrit pour aider Vazquez Montalban à écrire ses premiers poèmes et son étude toujours d’actualité : Informe sobre la informacion.

Après la dégustation il arrivait à Salvador de perdre ses lunettes qu’il était bien incapable de retrouver mais la solidarité carcérale aide à tout. C’est donc trente ans après que les deux hommes peuvent se raconter de tels souvenirs uniques et parler de l’actualité :

- Vous êtes-vous préparé à la défaite ?

- Pas tellement.

- Vous avez calculé ce que va signifier votre manque de chaînes de télé, d’émissions et de complices dans le monde intellectuel ?

 

 J-P Damaggio

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 12:26

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J’avais juste vingt ans et sans être savant, j’ai eu envie de lire, un livre tout petit, écrit par un géant. Je peux dire aujourd’hui qu’il a donné un temps, une forme à ma vie.

C’était des dialogues, sous forme pédagogique. C’était Michel Verret face à Verret Michel. D’étranges histoires tentaient de dénoncer la personnalité comme forme de culte.

Michel y avait cru lui qui ne croyait pas. Il chercha donc un miroir pour mieux se regarder quand l’heure est venue de la dénonciation. Staline n’était pas celui qu’on avait cru.

Quand A disait à B, science sans conscience n’est qu’illusions perdues, B pouvait répliquer qu’il reste la science quand on a tout perdu.

Petit-fils de boucher, fils de vétérinaire, le grand Michel Verret entra à l’E.N.S. La loi sociologique a fait de ses enfants de grands équilibristes. Artistes à leur façon, ils oubliaient le père pour mieux le continuer.

Pour l’ascension finale, groupons-nous et demain, un monde transversal sera le genre humain, afin d’assassiner ce qui est pyramidal.

 

- Tous nous sommes nés, d’un grand nombre de pères, affirma A.

- Dont un est souvent nié, par les idéalistes, ajouta B.

- Je ne vois pas lequel, le coupa A.

- Le père biologique, ça va toujours de soi ! conclut B.

 

- Tous nous sommes, ce que  nous devenons, proposa A.

- Et ce qui aurait pu être, et qui n’a pas été, compléta B.

- Ce qui n’a pas été, reste sans devenir, dit A pour couper court à l’échange.

 

- Est-il si difficile de pouvoir être sûr ? demanda B.

- Nous naissons incertains pour un mort certaine, déclara A, pour toute réponse.

 

- Parmi les inventeurs, lequel puis-je admirer ? questionna A.

- Qui invente pour soigner, sera aussi à tuer, glissa B.

 

- Puisqu’il n’y a pas de race, aucune n’est supérieure, propose A.

- Qu’il y ait des races ou pas, les esprits supérieurs, existent bel et bien, glisse B.

- Et pour les mettre au pas, seule l’égalité, si elle devient un droit, pourra nous éclairer, voudrait conclure A.

- A dénoncer les races, c’est donc du temps perdu ! intervient B.

- Ou du temps détourné, pour tous nous éloigner des rives de l’essentiel, chante A.

 

Jean-Paul Damaggio

 

 

P.S. En 1972, aux Editions sociales Michel Verret a publié, Dialogues pédagogiques, un texte de 1967 qu’il a écrit après un gros travail avec les intellectuels communistes pour comprendre le culte de la personnalité (le terme de stalinisme sera repris plus tard) et qui donna lieu alors à, Théorie et politique chez le même éditeur. Par la suite, Michel Verret se lancera dans l’étude de la classe ouvrière, dont le culte se révèlera bien proche de celui de la personnalité (moins tragique cependant) mais les Editions sociales cesseront de le publier, malgré un travail universitaire de la plus haute tenue. Armand Colin viendra à la rescousse mais quand il proposera l’étude de la culture ouvrière, elle sera sauvée de la nuit des manuscrits par un petit éditeur nantais, ACL.

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 14:25

Pour clôre la série sur Bouquet.

Irénée Bonnafous est né le 8 avril 1865 dans l’Aude et meurt le 16 janvier 1947 à Montauban. Dans sa bio sur Wikipédia nous lisons : « La Parfaite Union [sa loge], dont le siège était à cette époque au 31 rue Bessières (Montauban) fut mis sous scellés, par l’application de la loi du 13 août 1940 qui interdisait les associations maçonniques. Il décida, dès lors, de circonscrire au minimum son activité journalistique, en mettant un terme à la publication de « L’Indépendant ». » Or il suffit de consulter le registre des archives départementales du 82 pour savoir que L'Indépendant ne cessa pas de paraître entre 1940 et 1944. Aussi je reprends ici un article écrit à ce sujet en 1995. Parmi ses multiples actions, le livre de Pascale Froment[1] rappelle son rôle par rapport à Bousquet. Elle écrit : « Et comme si cela n'avait pas suffi [sa place à La Dépêche] il lança un hebdomadaire particulièrement influent lors des élections de 1902, L'Indépendant du Tarn et Garonne qui connut de beaux jours ». Phrase juste Par contre elle fait une approximation (relevée le soir du débat) en écrivant qu'en avril 1942 le vieil Irénée Bonnafous « avait posé sa plume en signe de protestation contre le régime (p.175) ». C'est vrai, il ne signait pas de son nom, mais L'Indépendant continua de paraître jusqu'en 1944 avec des articles signés I.B., initiales que tout lecteur du journal ne pouvait que reconnaître. Le texte paru dans L'Indépendant le 22 avril 1942 à la rubrique Montauban mérite qu'on s'y arrête car il nous permet de découvrir un Bousquet journaliste sportif.

 L’Indépendant : 22 avril 1942

« René Bousquet, secrétaire général de la police - Nous relevons avec plaisir dans la composition du nouveau cabinet le nom de notre sympathique compatriote, M. René Bousquet, qui est délégué à la lourde et délicate charge du secrétariat général de la police. M René Bousquet, fils de l'honorable notaire montalbanais M Ernest Bousquet [NDR : pourquoi cette coquille son père s'appelant Emile ?] est né dans notre ville le 11 mai 1909. Après de brillantes études au lycée Ingres, il conquit avec succès sa licence en droit et ses titres pour le doctorat à la Faculté de Toulouse. Il fit ensuite du journalisme sportif ou comme collaborateur de « Auto-Sports » et « France Olympique », il se distingua par la netteté et la vigueur de son style et la hardiesse de ses idées. Il était chef de cabinet du préfet de Tarn-et-Garonne lors des inondations de mars 1930. Sa courageuse intervention dans le sauvetage des sinistrés, aux côtés de son ami le regretté Adolphe Poult lui valurent sa promotion dans l'ordre de la Légion d'honneur et d'être appelé au ministère de l'Intérieur en qualité de chef du secrétariat particulier de M. Héraud sous-secrétaire d'Etat délégué du service des inondés du Midi. M René Bousquet conserva ses fonctions auprès de M. Marchandeau, qui succéda à M Héraud.

Notre jeune compatriote poursuivit sa brillante carrière comme directeur du cabinet Cathala au ministère de l’agriculture. Entre-temps M Bousquet avait été délégué au plan d'aménagement de la région parisienne et avait été chargé du fichier central à la Sûreté générale. Successivement M. René Bousquet fut nommé sous-préfet de Vitry-le-François, secrétaire général de la Marne, préfet de la Marne et enfin, il y a quelques mois, il était préfet régional de la Champagne à Chalons -sur-Marne. Cette rapide et brillante carrière administrative a préparé notre jeune compatriote à la lourde mission qui vient de lui être confiée. I.B. » 22 avril 1942

 Observations :

- Le rappel de la rapide intervention dans le journalisme sportif m'incite à faire remarquer qu'en 1942, passant à Montauban, René Bousquet offre de l'argent pour les sportifs de la police (voir Point Gauche ! n°16) et que pendant les années 60, quand il lisait de près La Dépêche, il n'hésitait pas à surveiller ... les articles sportifs. J'indique que France Olympique qui naît en 1932 de la fusion de Midi Olympique, Auto-Sports et Sports du Midi paraît jusqu'en 1946. Le journal reprendra son nom d'origine après 1946. Bousquet commença-t-il à écrire pour Auto-Sports avant mars 1930 ? Et jusqu'à quand prit-il la peine d'envoyer sa prose à France Olympique? Cette attention portée au sport ne me semble pas anecdotique.

- La conclusion « une lourde mission qui lui a été confiée » annonce déjà l'argument majeur de la défense de Bousquet : on lui a confié une mission qu'il assure (et ma foi, pense-t-il, il valait mieux encore que ce soit moi, sinon ça aurait été pire), car il se prétendra « simple » rouage.

- L'introduction : « Nous relevons avec plaisir... » : l'expression « avec plaisir » indique d'après moi un accord tacite de I.B.

- L'éloge : « sympathique ... brillantes études ... courageuse intervention, brillante carrière » Que pouvait-il rêver de mieux d'autant que cette glorification du personnage en rajoute quand on lit la réalité des « succès » scolaires, à travers le livre de Pascale Froment. Pour comparer j'ajoute l'article de Bonnafous dans La Dépêche au moment où Bousquet quitte Montauban en 1930, article qui sera suivi d'un autre pour présenter le départ avec vin d'honneur servi au buffet de la gare : « M. Dulaut adjoint au maire de Montauban, au nom de ses amis, a dit à M. Bousquet la sympathie qu’il laisse dans notre ville où sa famille est des plus estimées. » La mémoire populaire a retenu qu'avant de partir il n'avait pas de manteau.

 

Article de la Dépêche :21 Juin 1930

« A la Préfecture, — M. René Bousquet e jeune et très sympathique chef de cabinet du préfet de Tarn-et-Garonne, est appelé aux délicates fonctions de chef de cabinet du sous-secrétariat d'Etat à la présidence du conseil, où il sera plus spécialement chargé du service des réparations aux sinistrés de notre région. Il remplace au cabinet de l'intérieur M. A.Juillet nommé préfet de la Haute-Saône.

Les nombreux amis que compte M. René Bousquet dans notre département se réjouiront avec nous de ce brillant avancement, justifié par les qualités d'intelligente initiative, d'urbanité et de précoce maturité d'esprit dont a fait preuve le jeune chef de cabinet surtout aux heures tragiques traversées par notre pays. Nos vœux accompagnent M. R. Bousquet dans son nouveau poste.

C'est M. Augustin, ancien sous-préfet, qui remplace M. R. Bousquet comme chef de cabinet de M. le préfet de Tarn-et-Garonne. Nous lui souhaitons une cordiale bienvenue.  B. »

 

René Bousquet, Fayard, que Pascale Froment présenta à Montauban le 20 janvier 1995 d’où la référence à un débat.

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