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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 17:32

Aujourd'hui j'ai préparé l'émission de CFM sur Judith Cladel ce qui m'a conduit à revisiter superficiellement le féminisme ordinaire. J'offre en conséquence ce texte d'un grand admirateur de Léon Cladel, d'un anticolonialiste de la première heure, d'un homme d'extrême-gauche qui de manière… anecdotique parle des femmes et de la politique. Retenons au minimum que le combat féministe ne date pas d'aujourd'hui et qu'il suffit qu'il baisse un peu, pour que toute la société recule dans ses droits es plus élémentaires. Ce texte date de 1904 dans Les Hommes du jour.                jpd

  

Sur la Politique et l'Amour

A propos des suffragettes anglaises.

 

Je résume ici, en quatre lignes, une lettre un peu longuette et par trop flatteuse d'une lectrice des Hommes du Jour qui signe : Une suffragette hésitante :

« Tout le monde, et par là j'entends tous ceux qui s'occupent de la femme et de son avenir, parlent et écrivent sur le féminisme et commentent les exploits des suffragettes anglaises.

Pourquoi ne diriez-vous pas votre mot ?»

Trop juste, chère madame; le voici :

Il n'y a pas de cela très longtemps, dans une des dernières maisons où l'on cause bien et où l'on mange encore mieux — il paraît qu'il n'yen a plus — se trouvait un de nos plus spirituels chroniqueurs. Le dîner fini et les invités dispersés dans les salons, notre confrère avait eu soin de mettre une distance respectueuse entre lui et le piano qui ne tarderait pas à faire rage, étant donné ce qu'il savait du programme de la soirée.

Pour cela, il s'était réfugié en un très lointain fumoir où les plus tumultueux échos ne lui arrivaient qu'à demi étouffés par de confortables portières, et perdu dans ses rêves, il humait un exquis havane en digérant.

Or, voici qu'au plein de cet indicible béatitude survient, sans crier gare, un quidam vêtu d'un frac impeccable, les pectoraux ornés d'un resplendissant plastron, et qu'à sa figure glabre notre chroniqueur prit d'abord pour un larbin.

Sans quitter sa pose un tantinet orientale, il allait lui demander le renouvellement de son kummel, lorsqu'il s'aperçut, à temps heureusement, de son erreur et reconnut dans le fâcheux un de nos plus notoires bas-bleu, doublé d'une féministe militante et atrocement distinguée.

— Cher maître, que pensez-vous du féminisme intégral en général et de nos revendications politiques en particulier ? lui cracha-t-elle à brûle-pourpoint.

L'homme, ahuri par ce coup si imprévu, sentit sa digestion s'arrêter et le champagne qu'il avait bu se refrapper au fond de son estomac.

Il balbutia :

— Moi… Ma… da… ou plutôt chère con…sœur, j'en… j'en... pense ce que vous-même en pensez.

— A la bonne heure, maître, je savais bien que vous étiez des nôtres, quoi qu'en disent certains de nos ennemis qui sont aussi ceux du féminisme intégral.

Et ayant allumé un havane encore plus imposant que celui du chroniqueur, elle s'assit sans façon près de lui et commença, sur le susdit féminisme intégral, une conférence en trois points, apprise par cœur et que la veille même elle avait récitée à la salle des Capucines devant une demi-douzaine de vieilles filles et un quarteron de chaussettes azurées.

Notre confrère, dont la soirée était ainsi abominablement gâchée et la digestion compromise, eut pourtant assez d'énergie pour rester courtois et tout en vouant aux pires supplices chinois et marocains, comme ceux de la cangue et du sel, l'intarissable bavarde, il simula fort bien le Monsieur qui écoute attentivement.

Enfin, elle se leva et, avec une bouffée de son cigare, elle lança le dernier mot de son éloquente péroraison, annonçant pour un avenir très prochain le triomphe du féminisme intégral.

— Intégral ! Intégral ! croyez-vous, chère Mada… pardon ! chère consœur, qu'il le sera tant que ça ? s'écria le supplicié en dirigeant très ostensiblement son regard vers cette partie du travesti de la dame que le bon Rabelais dénommait braguette et que ce sacré Pantagruel oubliait de boutonner.

— Mon Dieu !... cher maître. balbutia le bas-bleu, visiblement démonté !

Alors, pour mettre fin à son embarras :

 — Et maintenant, lâcha notre homme impitoyable, si on allait… en pisser un ?

 

 

En racontant cette anecdote, notre confrère, ne disait pas si la zélatrice du féminisme intégral l'accompagna ; mais ce qu'il y a d'incontestable, c'est qu'aujourd'hui on serait mal venu de prendre, comme lui, à la rigolade, le mouvement féministe qui nous emporte vers un avenir rempli d'imprévu. Le côté égrillard du sujet est devenu bien désuet, et devant les résultats obtenus et les victoires remportées de haute lutte, dans le domaine politique surtout, il ne convient plus de plaisanter, et les plus réfractaires, eux-mêmes, sont tenus à discuter sérieusement.

Voici, en effet, que les suffragettes anglaises, remplissent le monde entier de leurs exploits. Il y a peu de temps encore, elles se contentaient de malmener les hommes d'Etat anglais, les plus illustres, de les conspuer et de leur interdire la parole dans les réunions publiques en période d'élections, mais aujourd'hui elles s'en prennent à leurs immeubles qu'elles font sauter à la dynamite, traitent les gardes du Royaume-Uni comme Ravachol traitait les maisons cossues de nos riches bourgeois parisiens; elles supportent avec un courage admirable toutes les conséquences pénales de leur terrible propagande, vont jusqu'à faire, avec une indomptable énergie, la grève de la faim, dans les prisons où on les jette impitoyablement ; bref troublant profondément la vie publique d'un grand pays elles sont à la veille de la terroriser dans le sens absolu du mot.

Et puis il y a les résultats déjà obtenus. Nul n'ignore qu'en Finlande elles ont conquis le pouvoir législatif et que les Finlandaises font des « députées » aussi sortables que les nôtres et ont, sur eux, le mérite de coûter moins cher.

Là ne s'arrêtera pas le mouvement. Encouragées par leur succès, les suffragettes des deux mondes vont se ruer de plus belle à la conquête des droits politiques, part importante du "féminisme intégral".

Cela est si vrai qu'un grand journal américain préoccupé de ce mouvement publiait dernièrement, sur son évolution présente et future, une série de longs articles très documentés, et, comme conclusion à cette sorte d'enquête, ouvrait, entre ses abonnés et ses lecteurs, un grand concours. Il s'agissait de répondre à la question, très délicate que voici :

« L'amour, au sens physique et spiritualiste du mot, est-il compatible, chez la femme, avec la politique militante et l'exécution des mandats divers qui en sont le résultat? »

Oui, certes, la question est délicate ; même, à mon humble avis, son intérêt est tel qu'elle mériterait d'être posée par un grand organe de France à son public.

Une fois sériées et collationnées, les réponses féminines et masculines constitueraient une donnée précieuse de documentation dont l'utilité serait reconnue autant par les sociologues pratiques que par les coupeurs de cheveux en quatre, autrement dit les psychologues plus ou moins subtils.

On aurait ainsi, par exemple, des éléments suffisants pour pouvoir d'ores et déjà se figurer ce que serait, dans un avenir assez rapproché, Madame la députée, Madame la ministresse, Madame la sénatrice, Madame la mairesse, etc., etc. De même, on pourrait peut-être se faire une idée de ce que seront la famille et la société, aux mains de ces nouvelles classes dirigeantes, dans quarante ou cinquante ans.

Mais ce qu'il y aurait à mon sens de plus intéressant encore dans cette enquête, ce serait de demander ce que pensent de l'effort endiablé des suffragettes vers la politique et ses droits les passionnées de l'Amour, les véritables amoureuses, toutes celles, en un mot, « qui sentent un vrai cœur de femme battre sous leur téton gauche ».

Puissent ces lignes inspirer à quelques-unes d'entre celles- ci l'idée de me faire à ce sujet, et ne serait-ce qu'en deux mots, une furtive confidence dont profiteraient lecteurs et lectrices des Hommes du Jour.

P. VIGNE D'OCTON.

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 20:16

Emotions autobiographiques est un livre qui regroupe des nouvelles de Léon Cladel où il parle de sa famille. Vous pouvez le lire en cliquant sur le nom.

 Il s'agissait de faire connaître un autre Cladel que le romancier régionaliste.

 Pour moi, tout Cladel est dans ces quelques pages extrêmement émouvantes.

 Celle où il est avec son grand-père qui lui fait quitter l'école par-dessus le mur d'enceinte, celle où il retrouve en 1884 la maison de son enfance, celle où un chien lui sauve la vie…

 Et chaque page est une page politique…. Jean-Paul Damaggio

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 20:15

 

L'article de la revue belge

 

PAUL VIGNE D'OCTON né le 7 septembre 1859 à Montpellier, mort le 20 novembre 1943 à Octon, est un homme politique et écrivain français.

Il apporte un témoignage exceptionnel sur son ami Léon Cladel dans la Revue belge de 1924.

Vous pouvez lire l'article encliquant sur le lien.

Après l'ami Raouza, après l'ami Hector France voici un autre anticolonialiste mais côté médecin et un militaire, qui admire Léon Cladel et réciproquement. Cladel a fait une préface à un livre de Vigné d'Octon mais je ne sais lequel. Vigné d'Octon l'ami de Jules Guesde mérite lui aussi d'être mieux connu. Je viens de notre que Bouteflika a préfacé un de ses livres !

 

J-P Damaggio

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 13:35

Plusieurs tentent de s'emparer d'un morceau de Camus pour le conduire devant leur porte. La seule chose que je sais c'est que, comme tout un chacun, Albert Camus était habité par quelques contradictions, avec chez lui la sensation que la vie passait avant les arts, que la politique n'était pas une posture et que tout le combat était au présent. Inutile donc d'interpréter la référence ici à l'Espagne politique (j'apprécie bien sûr ceux qui font référence à l'Espagne culturelle chez Camus) comme l'expression d'une volonté particulière. Peut-être s'agit-il de combler une ignorance personnelle ?

 J-P Damaggio

  

Éditorial paru dans Combat, le 7 septembre 1944.

Cette guerre européenne qui commença en Espagne, il y a huit ans, ne pourra se terminer sans l'Espagne. Déjà la péninsule bouge. On annonce un remaniement ministériel à Lisbonne. Et de nouveau la voix des républicains espagnols se fait entendre sur les ondes. C'est, le moment peut-être de revenir à ce peuple sans égal, si grand par le cœur et la fierté et qui n'a jamais démérité à la face du monde depuis l'heure désespérée de sa défaite.

Car c'est le peuple espagnol qui a été choisi au début de cette guerre pour donner à l'Europe l'exemple des vertus qui devaient finir par le sauver. Mais à vrai dire c'est nous et nos alliés qui l'avions choisi pour cela.

C'est pourquoi beaucoup d'entre nous depuis 1938 n'ont plus jamais pensé à ce pays fraternel sans une secrète honte. Et nous avions honte deux fois. Car nous l'avons d'abord laissé mourir seul. Et lors qu'ensuite, nos frères vaincus par les mêmes armes qui devaient nous écraser, sont venus vers nous, nous leur avons donné des gendarmes pour les garder à distance. Ceux que nous appelions alors nos gouvernants avaient inventé des noms pour

cette démission, ils la nommaient, selon les jours, non intervention, ou réalisme politique. Que pouvait peser devant des termes si impérieux le pauvre mot d'honneur ?

Mais ce peuple qui trouve si naturellement le langage de la grandeur s'éveille à peine de six années de silence, dans la misère et l'oppression qu'il avait compris que désormais c'était lui à lui de nous tendre la main, le voilà tout entier dans sa générosité sans peine aucune pour trouver ce qu'il fallait dire.

Hier à la radio de Londres, ses représentants, ont dit que le peuple français et le peuple espagnol avaient en commun les mêmes souffrances, que des républicains français avaient été victimes par des phalangistes espagnols comme les républicains espagnols l'avaient été des fascistes français et qui unis dans la même douleur ces deux pays devaient l'être demain dans les joies de la liberté.

Qui d'entre nous pourrait rester insensible à cela ? Et comment ne dirions-nous pas ici, aussi haut qu'il est possible, que nous ne devons pas recommencer les mêmes erreurs et qu'il

nous faut reconnaître nos frères et les libérer à leur tour ? L'Espagne a déjà payé le prix de la liberté.

Personne ne peut douter que ce peuple farouche est prêt à recommencer. Mais c'est aux Alliés de lui économiser ce sang dont il est si prodigue et dont l'Europe devrait se montrer si avare

en donnant à nos camarades espagnols la République pour laquelle ils se sont tant battus.

Ce peuple a droit à la parole.

Qu'on la lui donne une seule minute et il n'aura qu'une seule voix pour crier son mépris du régime franquiste et sa passion pour la liberté. Si l'honneur, la fidélité, si le malheur et la noblesse d'un grand peuple sont les raisons de notre lutte, reconnaissons qu'elle dépasse nos frontières et qu'elle ne serai jamais victorieuse chez nous tant qu'elle sera écrasée dans la douloureuse Espagne.

Albert Camus

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 21:32

Cet article du Petit Journal m'avait échappé. C'était du temps où les élus discutaient entre eux (allez voir la photo en cliquant sur le lien) sans proposer un débat public qui n'interviendra que deux mois après… à la demande du commissaire enquêteur. J'y vérifie l'étrange attitude de La Dépêche ! A suivre. JPD

 

30/10/2013 Montech ne veut pas être une Commune pilote de traitement de déchets

Usine de méthanisation

Le Petit Journal | Tarn-et-Garonne | Locale | un exposé a sens unique !

(un exposé a sens unique ! )-+

Jeudi soir à la Mairie de Montech une réunion publique aminée par la Société Ferterris (promoteur de la future usine de méthanisation) a eu lieu. M. le Maire de Montech et la société Ferterris avaient grandement omis d’avertir les Montechois par le biais de la presse locale de cette information (le correspondant de la Dépêche à la demande des riverains de l’usine n’a pas voulu diffuser l’info, par contre le correspondant du Petit Journal l’ayant appris par une lettre d’information du Maire de Finhan , a diffusé cette réunion le jour même ; aucune information non plus sur le panneau lumineux d’information de la municipalité de Montech. Plus de soixante dix personnes se sont présentées et entassées dans la salle des mariages et dans le couloir de l’Hôtel de Ville afin d’écouter M. Delacourt (mandaté par la Société Ferterris ,) pour nous vendre que du bonheur !!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Après nous avoir loué toutes les caractéristiques de cette plate forme de traitement de boues, de déchets industriels, de déchets verts de déchets ménagers pour un total de 25.000 tonnes par an, ce monsieur ne nous a jamais indiqué les risques d’une telle unité sur notre commune, a surtout éludé les différents risques notamment : l’explosion du méthane, les émanations de gaz toxiques ( CO2 , les risques d’émanation de toxine botulique, les risques pour les abeilles et les apiculteurs , la prolifération d’animaux nuisibles ( rats, mouches) les risques sanitaires, l’impact du trafic routier sur nos routes pour l’alimentation de cette usine. Puis ca sera l’épandage des boues sur les 19 communes impactées des alentours qui verront leurs voies communales empruntées par des semi remorques ou des épandeurs agricoles toute l’année etc. etc….. Bref, vraiment une réunion de promotion pour la Société voulant construire cette usine avec le consentement du Maire de Montech . A ce propos notre premier magistrat de la ville, bien que recevant dans une salle de la mairie s’est bien gardé de souhaiter la bienvenue aux participants ni d’intervenir dans la discussion. Il est resté bien sage et muet au fond de la salle pendant la réunion, se dérobant même avant la clôture de celle-ci, certainement pour ne pas affronter les questions des mécontents ! ; de même pour Mme Sardeing Rodriguez la conseillère générale du canton qui, elle, se tenait très discrètement dans une encoignure de porte ; Mais pourquoi donc autant de discrétion en cette période sur un sujet aussi sensible et comme l’a soulevé un participant « il est vrai qu’il n’est pas souvent à Montech Monsieur le Maire ! »

En 2009 la population locale de Verlhac-Tescou puis de Monclar de Quercy (avec le soutien du conseiller général PRG Astoul ! ) ont fait annuler le projet d’implantation d’une usine de méthanisation . Montech doit se mobiliser pour refuser cette usine. Venez nombreux vous exprimer lors de L’Enquête Publique à la Mairie de Montech le 28 octobre, 23 novembre, de 9 Heures à 12 Heures et le 6 novembre et 29 novembre de 14 heures à 17 heures.

Pour la commune de FINHAN l’Enquêteur sera à la Mairie de cette commune le samedi 16 novembre 2013 de 9 heures à 12 heures.

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 19:07

catherine.jpg

Catherine Sintès la mère espagnole de Camus.

 

Je ne sais comment, à 16-17 ans, je suis tombé sur les Grands cimetière sous la lune de Bernanos. N’ayant aucun lien avec le monde chrétien mais beaucoup avec des réfugiés espagnols c’est peut-être ce dernier point qui m’a guidé. Je sais qu’après ce choc j’ai lu tout Bernanos ! Mais jamais Camus à cette époque là et pour longtemps ! Je découvre à présent ce texte dont j’ai souvent entendu parler mais à le lire quel autre choc ! Camus fils d’un mère espagnole parle avec sa chair et je dédie ce texte à Abdelmadjid Kaouah qui à Montauban, l’autre jour m’a poussé vers de telles lectures. Jean-Paul Damaggkio

 

25 NOVEMBRE 1948, Combat

Pourquoi l'Espagne ?

RÉPONSE À GABRIEL MARCEL

Je ne répondrai ici qu'à deux des passages de l'article que vous avez consacré à L'Etat de siège, dans Les Nouvelles littéraires. Mais je ne veux répondre en aucun cas aux critiques que vous, ou d'autres, avez pu faire à cette pièce, en tant qu'œuvre théâtrale. Quand on se laisse aller à présenter un spectacle ou à publier un livre, on se met dans le cas d'être critiqué et l'on accepte la censure de son temps. Quoi qu'on ait à dire, il faut alors se taire.

Vous avez cependant dépassé vos privilèges de critique en vous étonnant qu'une pièce sur la tyrannie totalitaire fût située en Espagne (1), alors que vous l'auriez mieux vue dans les pays de l'Est. Et vous me rendez définitivement la parole en écrivant qu'il y a là un manque de courage et d'honnêteté. II est vrai que vous êtes assez bon pour penser que je ne suis pas responsable de ce choix (traduisons c'est le méchant Barrault, déjà si noir de crimes). Le malheur est que la pièce se passe en Espagne parce que j'ai choisi, et j'ai choisi seul, après réflexion, qu'elle s'y passe, en effet. Je dois donc prendre sur moi vos accusations d'opportunisme et de malhonnêteté. Vous ne vous étonnerez pas, dans ces conditions, que je me sente forcé à vous répondre.

Il est probable d'ailleurs que je ne me défendrai même pas contre ces accusations (devant qui se justifier, aujourd'hui?) si vous n'aviez touché à un sujet aussi grave que celui de l'Espagne. Car je n'ai vraiment aucun besoin de dire que je n'ai cherché à flatter personne en écrivant L'État de siège. J'ai voulu attaquer de front un type de société politique qui s'est organisé, ou s'organise, à droite et à gauche, sur le mode totalitaire. Aucun spectateur de bonne foi ne peut douter que cette pièce prenne le parti de l'individu, de la chair dans ce qu'elle a de noble, de l'amour terrestre enfin, contre les abstractions et les terreurs de l'Etat totalitaire, qu'il soit russe, allemand ou espagnol. De graves docteurs réfléchissent tous les jours sur la décadence de notre société en y cherchant de profondes raisons. Ces raisons existent sans doute. Mais pour les plus simples d'entre nous, le mal de l'époque se définit par ses effets, non par ses causes. II s'appelle l'État, policier ou bureaucratique. Sa prolifération dans tous les pays, sous les prétextes idéologiques les plus divers, l'insultante sécurité que lui donnent les moyens mécaniques et psychologiques de la répression, en font un danger mortel pour ce qu'il y a de meilleur en chacun de nous. De ce point de vue, la société politique contemporaine, quel que soit son contenu, est méprisable. Je n'ai rien dit d'autre, et c'est pour cela que L'État de siège est un acte de rupture, qui ne veut rien épargner.

Ceci étant clairement dit, pourquoi l'Espagne ? Vous l'avouerai-je, j'ai un peu honte de poser la question à votre place. Pourquoi Guernica, Gabriel Marcel ? Pourquoi ce rendez-vous où pour la première fois, à la face d'un monde encore endormi dans son confort et clans sa misérable morale, Hitler, Mussolini et Franco ont démontré à des enfants ce qu'était la technique totalitaire. Oui, pourquoi ce rendez-vous qui nous concernait aussi ? Pour la première fois, les hommes de mon âge rencontraient l'injustice triomphante dans l'histoire. Le sang de l'innocence coulait alors au milieu d'un grand bavardage pharisien qui, justement, dure encore. Pourquoi l'Espagne ? Mais parce que nous sommes quelques-uns qui ne nous laverons pas les mains de ce sang-là. Quelles que soient les raisons d'un anticommunisme, et j'en connais de bonnes, il ne se fera pas accepter de nous s'il s'abandonne à lui-même jusqu'à oublier cette injustice, qui se perpétue avec la complicité de nos gouvernements. J'ai dit aussi haut que je l'ai pu ce que je pensais des camps de concentration russes. Mais ce n'est pas cela qui me fera oublier Dachau, Buchenwald, et l'agonie sans nom de millions d'hommes, ni l’affreuse répression qui a décimé la République espagnole. Oui, malgré la commisération de nos grands politiques, c'est tout cela ensemble qu'il faut dénoncer. Et je n'excuserai pas cette peste hideuse à l'Ouest de l'Europe parce qu'elle exerce ses ravages à l'Est. Vous écrivez que pour ceux qui sont bien informés, ce n'est pas d'Espagne que leur viennent en ce moment les nouvelles les plus propres à désespérer ceux qui ont le goût de la dignité humaine. Vous êtes mal informé, Gabriel Marcel. Hier encore, cinq opposants politiques ont été là-bas condamnés à mort. Mais vous vous prépariez à être mal informé, en cultivant l'oubli. Vous avez oublié que les premières armes de la guerre totalitaire ont été trempées dans le sang espagnol. Vous avez oublié qu'en 1936, un général rebelle a levé, au nom du Christ, une armée de Maures, pour les jeter contre le gouvernement légal de la République espagnole, a fait triompher une cause injuste après d'inexpiables massacres et commencé dès lors une atroce répression qui a duré dix années et qui n'est pas encore terminée. Oui, vraiment, pourquoi l'Espagne ? Parce qu'avec beaucoup d'autres, vous avez perdu la mémoire.

Et aussi parce qu'avec un petit nombre de Français, il m’arrive encore de n’être pas fier de mon pays. Je ne sache pas que la France ait jamais livré des opposants soviétiques au gouvernement russe. Cela viendra sans doute, nos élites sont prêtes à tout. Mais pour l'Espagne, au contraire, nous avons déjà bien fait les choses. En vertu de la clause la plus déshonorante de l'armistice, nous avons livré à Franco, sur l'ordre d'Hitler, des républicains espagnols, et parmi eux le grand Luis Companys. Et Companys a été fusillé, au milieu de cet affreux trafic. C'était Vichy, bien sûr, ce n'était pas nous. Nous, nous avions placé seulement en 1938 le poète Antonio Machado dans un camp de concentration d'où il ne sortit que pour mourir. Mais en ce jour où l'Etat français se faisait le recruteur des bourreaux totalitaires, qui a élevé la voix ? Personne. C'est sans doute, Gabriel Marcel !, que ceux qui auraient pu protester trouvaient comme vous que tout cela était peu de chose auprès de ce qu'ils détestaient le plus dans le système russe. Alors, n'est-ce pas ; un fusillé de plus ou de moins ! Mais visage de fusillé c'est une vilaine plaie et la gangrène finit par s'y mettre. La gangrène a gagné.

Où sont donc les assassins de Companys ? À Moscou ou dans notre pays ? Il faut répondre: dans notre pays, Il faut dire que nous avons fusillé Companys, que nous sommes responsables de ce qui a suivi. II faut déclarer que nous en sommes humiliés et que notre seule façon de réparer sera de maintenir le souvenir d'une Espagne qui a été libre et que nous avons trahie, comme nous l'avons pu, à notre place et à notre manière, qui étaient petites. Et il est vrai qu'il n'est pas une puissance qui ne l'aît trahie, sauf l'Allemagne et l'Italie qui, elles, fusillaient les Espagnols de face. Mais ceci ne peut être une consolation et l'Espagne libre continue, par son silence, de nous demander réparation. J’ai fait ce que j'ai pu, pour ma faible part, et c'est ce qui vous scandalise. Si j'avais eu plus de talent, la réparation eût été plus grande, voilà tout ce que je puis dire. La lâcheté et la tricherie auraient été ici de pactiser. Mais je m'arrêterai sur ce sujet et je ferai taire mes sentiments, par égard pour vous. Tout au plus pourrais-je encore vous dire qu'aucun homme sensible n'aurait dû être étonné qu'ayant à choisir de faire parler le peuple de la chair et de la fierté pour l'opposer à la honte et aux ombres de la dictature, j'aie choisi le peuple espagnol. Je ne pouvais tout de même pas choisir le public international du Reader 's Digest, ou les lecteurs de Samedi-Soir et France-Dimanche.

Mais vous êtes sans doute pressé que je m'explique pour finir sur le rôle que j'ai donné à l'Eglise. Sur ce point, je serai bref. Vous trouvez que ce rôle est odieux, alors qu'il ne l'était pas dans mon roman. Mais je devais, dans mon roman, rendre justice à ceux de mes amis chrétiens que j'ai rencontrés sous l'Occupation dans un combat qui était juste. J'avais, au contraire, dans ma pièce, à dire quel a été le rôle de l'Église d'Espagne. Et si je l'ai fait odieux, c'est qu'à la face du monde, le rôle de l'Église d'Espagne a été odieux. Si dure que cette vérité soit pour vous, vous vous consolerez en pensant que la scène qui vous gêne ne dure qu'une minute, tandis que celle qui offense encore la conscience européenne dure depuis dix ans. Et l'Église entière aurait été mêlée à cet incroyable scandale d'évêques espagnols bénissant les fusils d'exécution, si, dès les premiers jours deux grands chrétiens, dont l'un, Bernanos, est aujourd'hui mort, et l'autre, José Bergamin, exilé de son pays, n'avaient élevé la voix. Bernanos n'aurait pas écrit ce que vous avez écrit sur ce sujet. Il savait, lui, que la phrase qui conclut ma scène : « Chrétiens d'Espagne, vous êtes abandonnés », n'insulte pas à votre croyance. Il savait qu'à dire autre chose, ou à faire le silence, c'est la vérité que j'eusse alors insultée.

Si j'avais à refaire L'État de siège, c'est en Espagne que je le placerais encore, voilà ma conclusion. Et à travers l'Espagne, demain comme aujourd'hui, il serait clair pour tout le monde que la condamnation qui y est portée vise toutes les sociétés totalitaires. Mais du moins, ce n'aurait pas été au prix d'une complicité honteuse. C'est ainsi et pas autrement, jamais autrement que nous pourrons garder le droit de protester contre la terreur. Voilà pourquoi je ne puis être de votre avis lorsque vous lites que notre accord est absolu quant à l'ordre politique. Car vous acceptez de faire silence sur une terreur pour mieux en combattre une autre. Nous sommes quelques-uns qui ne voulons faire silence sur rien. C'est notre société politique entière qui nous fait lever le cœur. Et il n'y aura ainsi de salut que lorsque tous ceux qui valent encore quelque chose l'auront répudiée dans son entier, pour chercher, ailleurs que dans des contradictions insolubles, le chemin de la rénovation. D'ici là, il faut lutter. Mais en sachant que la tyrannie totalitaire ne s'édifie pas sur les vertus des totalitaires. Elle s'édifie sur les fautes des libéraux. Le mot de Talleyrand est méprisable, une faute n'est pas pire qu'un crime. Mais la faute finit par justifier le crime et lui donner son alibi. Elle désespère alors les victimes, et c'est ainsi qu'elle est coupable. C'est cela, justement, que je ne puis pardonner à la société politique contemporaine : qu'elle soit une machine à désespérer les hommes.

Vous trouverez sans doute que c'est là beaucoup de passion pour un petit prétexte. Alors, laissez-moi parler, pour une fois, en mon nom personnel. Le monde où je vis me répugne, mais je me sens solidaire des hommes qui y souffrent. Il y a des ambitions qui ne sont pas les miennes et je ne serais pas à l'aise si je devais faire mon chemin en m'appuyant sur les pauvres privilèges qu'on réserve à ceux qui s'arrangent de ce monde. Mais il me semble qu'il est une autre ambition qui devrait être celle de tous les écrivains : témoigner et crier, chaque fois qu'il est possible; dans la mesure de notre talent, pour ceux qui sont asservis comme nous. C'est cette ambition-là que vous avez mise en cause dans votre article, et je ne cesserai pas de vous en refuser le droit aussi longtemps que le meurtre d'un homme ne semblera vous indigner que dans la seule mesure où cet homme partage vos idées.

ALBERT CAMUS

 

(1) Voilà le passage de Gabriel Marcel qui révolte Camus : « Je ne trouve pas très courageux ni même honnête d'avoir situé l'action en Espagne, à Cadix, plutôt que dans quelque port dalmate ou albanais, par exemple, ou dans quelque cité subcarpathique : je ne puis m'empêcher de penser que ce fait ne doit pas être imputable à M. Camus lui-même, dont la bravoure est évidente. Toute personne impartiale et bien informée en conviendra, ce n'est nullement de la péninsule ibérique que nous viennent, depuis quelque temps, les nouvelles les plus propres à désespérer ceux qui gardent le souci de la dignité et de la liberté humaines ; il semble qu'on ait cherché un dérivatif destiné à apaiser le courroux de ceux contre qui, en 1948, je dis bien en 1948, l'œuvre, qu'on le veuille ou non est principalement dirigée. »

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 19:04

Cette année, dans ma serre, la mâche a poussé toute seule. Au printemps j’avais laissé quelques pieds monter en graine et la nature a fait le reste.

J’ai ainsi repensé à la mâche de mon enfance que j’allais cueillir dans un champ près de l’Aveyron, mâche sauvage dont j’ai perdu le goût pendant des années puisqu’elle n’existait pas dans le commerce.

Grâce à des petits malins du secteur de Nantes, on est passé de la mâche sauvage à la mâche cultivée présente sur les rayons des supermarchés et donc dans mon assiette.

Avec cette mâche sauvage née en 2013, je reviens donc cinquante ans en arrière et le droit à la nostalgie ne signifiant pas le droit au regret, je pense au monde qui a tant changé. Il m’est arrivé, dans des champs d’Angeville de récupérer la dite mâche mais à présent les cultures succédant si vite aux cultures, les champs laissés en repos son rares.

 Cueillir gamin la dite mâche, c’était se payer le luxe d’un rôle social à part entière car les parents n’avaient pas le temps de se livrer à cette acticité. Le plat en était donc meilleur ! Et le rêve, jamais oublié, que des gamins pourraient très tôt avoir un rôle social authentique, me tien à cœur, mais de cette époque qui change j’en retiens surtout la stratégie qui nous infantilise tous et toujours plus.

 Oui, ils m’amusent ceux qui craignent le risque d’une mort toujours prématurée de l’enfance chez les enfants ! « Laissez-les donc vivre leur l’enfance ! » Epoque sans doute de l’insouciance ? De la croyance en ce père noël de saison ? Noël, c’était pour moi de ramener de la mâche sur la table de la cuisine !

 Les enfants ont besoin de parents comme souvent les parents ont besoin des enfants mais tous sont des personnes à part entière. La caractéristique de l’infantilisme ambiant c’est l’appel permanent à ce sauveur suprême qui va nous dispenser de la fatigue de vivre !

 Si chacun osait faire par lui-même ce qu’il a les capacités de faire, alors nous serions en révolution ! Jean-Paul Damaggio

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 14:35

Une bonne affaire pour Jean-Luc Mélenchon et José Bové, le PRG a finalement obtenu la tête de liste aux Européennes. La Dépêche ne vous dira rien du sujet mais l'article ci-dessous de Sud-Ouest est précis. Personnellement je n'ai pas douté un seul instant que J-M Baylet obtiendrait satisfaction. En homme généreux il lâche l'hypothèse d'une liste PRG à Montauban qui aurait eu des résultats minables ! Dominique Salomon aura un lot de consolation. Bel exemple du pouvoir des médias : la position de La Dépêche vaut plus que le vote de 40 000 militants ! A suivre. J-P Damaggio

 

 

Publié le 04/12/2013 à 20h11 Par Jefferson Desport, SudOuest.fr

 Élections européennes : dans le Sud-Ouest,

le PS doit céder la place aux Radicaux en tête de liste

Ce mercredi soir, le PS a confirmé le PRG en tête de liste dans le Sud-Ouest. Résultat de ce bras de fer, cette liste sera la seule à ne pas être votée par les militants socialistes

 Conscient du malaise dans les fédérations, Harlem Désir veut calmer le jeu avec les militants socialistes de la région

Entre la colère d'une poignée de fédérations et le risque de froisser durablement l'allié PRG, Harlem Désir et la direction du PS ont tranché : pas question de revenir sur l'accord passé avec les radicaux de gauche pour les élections européennes.

En clair, dans le grand Sud-Ouest, cette circonscription qui comprend l'Aquitaine, le Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées, les militants socialistes seront donc priés de soutenir – avec envie et détermination... – une tête de liste... PRG.

Leur premier camarade, en l'occurrence Éric Andrieu, l'actuel député européen sortant de l'Aude, devant se contenter, lui, de la deuxième position. Certes éligible mais autrement moins médiatique.

Précisément le scénario dont ne voulaient pas entendre parler la quasi totalité des premiers secrétaires fédéraux, de Mont-de-Marsan à Toulouse en passant par Montauban. Lesquels, après avoir refusé de valider, le 21 novembre, une telle configuration ont ouvertement tenté de récupérer la tête de liste et de replacer le PRG en deuxième position. En vain donc.

• Une tête de liste mystère

Résultat, voilà les fédérations frondeuses revenues pratiquement au point de départ. Pour la simple et bonne raison, que si elles vont devoir s'accommoder d'une tête de liste PRG, elles ne connaissent toujours pas le nom de la candidate que choisiront les radicaux de gauche. Une situation plus que cocasse qui avait d'ailleurs largement contribué à mettre le feu aux poudres...

Conséquence de cette situation pas banale, la liste du grand Sud-Ouest sera la seule du Parti socialiste à ne pas être votée par les militants.  Elle sera directement ratifiée par la convention nationale du parti. Ce qui permettra non seulement d'éviter un nouveau camouflet mais en plus d'être dans les temps dans la mesure où cette convention se tiendra samedi à Paris.

Un rendez-vous que la fédération des Landes a d'ores et déjà décidé de boycotter. "La première rénovation d'un parti politique, c'est de respecter le vote des militants", assène Renaud Lagrave, le premier fédéral des Landes. Tout comme lui, son homologue de Dordogne Benoit Secrestat ne fera pas le déplacement à Paris sameid : "Je ne ferai pas de chantage à la mobilisation, mais je ne m'y rendrai pas. La convention nationale va ratifier une liste qui n'aura même pas été votée par les militants. On vient juste de passer sous silence le vote de 30 000 à 40 000 militants. Ce n'est pas acceptable."

• Des concessions du PRG

Reste que, si la pilule est amère, les socialistes du Grand Sud-Ouest n'auraient pas tout perdu dans l'affaire. En effet, ils auraient obtenu du PRG qu'il renonce à présenter en tête de liste Béatrice Patrie, l'actuelle conseillère municipale de Bergerac, exclue du PS en 2012 et désormais membre des radicaux de gauche. "Oui, elle ne devrait pas être candidate, reconnaît Benoit Secrestat, mais il n'y a rien d'écrit sur ce point. Et pour moi, tant que ce ne sera pas écrit noir sur blanc, j'aurai un doute." Un doute d'autant plus légitime que, selon un cadre du PS, Jean-Michel Baylet n'apprécierait pas vraiment de ne pas avoir les coudées franches pour désigner sa tête de liste...

Par ailleurs, au chapitre des concessions, le PRG se serait aussi engagé à ne pas présenter de listes au premier tour des municipales dans certaines villes du Grand Sud-Ouest notamment dans le Tarn-et-Garonne.

Conscient du malaise dans les fédérations, Harlem Désir, le patron du PS, devrait adresser aux militants du Grand Sud-Ouest une lettre leur rappelant les termes de cet accord avec le PRG.

À noter que dans ces négociations, la fédération de Gironde a sauvé la troisième place de Laurence Harribey, l'actuelle maire de Noillan, qui précédera donc le candidat socialiste de l'Aude, Eric Andrieu. Lequel, du haut de sa deuxième place et de son statut de député européen sortant, a obtenu en lot de consolation d'être... le porte-parole de la campagne.

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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 18:22

FN-Villeneuve.jpg

 Dans un article bien fait mes amis du journal  La Feuille s’étonne que le FN ait pu, à Villeneuve sur Lot, balancer la militante locale, pour permettre la promotion du petit jeune qui est venu y briller, avec fiches à l’appui de ses commanditaires, au cours de la dernière élection législative partielle. «Reste à savoir si les électeurs apprécieront cette cuisine électorale. Sans compter que le FN se prive ainsi des réseaux de Martin (la tête de liste écartée) et démontre que ses méthodes copient celle des partis qu’il critique ! Mais seul compte le résultat, pas les gens. Exit donc Martin, place au jeûnot ! »

L’article part du principe que le FN veut accéder à la gestion municipale, or tout démontre depuis qu’il a des élus, que c’est le dernier de ses soucis ! Que fait Marine Le Pen au Parlement européen ? Et les deux députés à l’Assemblée nationale ? Que font les conseillers régionaux ? Et les rares maires élus furent vite écartés ! Je ne sais s’il existe une étude sur le turn-over chez les élus FN mais mes observations locales sont claires : même un ténor comme Bernard Antony a été renvoyé dans les roses !

Où est le problème pour le FN ? Il est double :

- un élu détient un pouvoir du peuple or tout militant ne doit détenir son pouvoir que des chefs !

- la gestion, c’est peine perdue pour lui, car en fait le FN ne veut pas gérer, il veut seulement saccager.

 Le PCF a longtemps considéré que par ses élus il allait prouver que sa capacité de gestion était un laboratoire porteur d’hégémonie dans la société, car comme tous les partis de cette génération, il fallait se construire par en bas même dans un parti centralisé.

A l’ère où les médias font de la politique une marchandise, un passage à la télé vaut cent fois plus qu’un porte à porte épuisant et le FN trouve là une cohérence avec sa propre démarche.

Les municipales sont donc des élections condamnées pour lui, surtout que juste après, il y a les Européennes où par contre, le FN est destiné à briller le plus ! A Villeneuve le petit jeune Bousquet-Cassagne prépare indirectement les Européennes où il devrait être en bonne place.

 Ce que par contre le journaliste de La Feuille pointe très bien c’est que ce parti a besoin de militants faciles à manipuler et c’est en effet le cas du produit Bousquet-Cassagne que Marine Le Pen et ses amis utiliseront le temps nécessaire avant de le jeter pour le remplacer par un autre qui frappe à la porte.

 Quant au débat récurrent sur l’alliance droite-FN et qui est né dès 1983, il se produira de manière marginale mais il concerne peu l’UMP et plus le FN car pour s’unir il faut être deux et le FN est et reste… ailleurs. Je crains cependant qu’après Villeneuve sur Lot ce soit Moissac qui défraie la chronique en 2014 avec un homme issu de la droite, conseiller sortant, qui a le soutien du FN dans une ville où ce dernier faisait 21,4% au premier tour des législatives avec une candidate totalement inconnu. La candidate PRG avec soutien PS avait fait 37% (union qui nous vaut une guerre totale pour les municipales) et le candidat de droite 19 % plus 7 % du côté de la droite dissidente. Il y aura au minimum une triangulaire faisant le jeu de ce conglomérat extrémiste qui peut gagner. N’étant pas favorable à l’union sacrée contre le FN, c’est dès à présent qu’il faut chercher à isoler cette opération.

J-P Damaggio

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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 18:20

alger-etudiant.jpg

Quel plaisir que de trouver ce journal sur Gallica (même si j'aurais préféré y trouver Alger Républicain). Un journal qui rappelle la riche vie culturelle dans le pays. Un journal qui montre comment dès 20 ans Caus est sur tous les fronts. Critique musical, théâtral, littéraire.

Voici donc l'article du numéro dont la couverture est en image. JPD

 Alger Etudiant 25 janvier 1934

A propos du Salon des Orientalistes

Le soir — une. longue pièce humide, un feu véhément, deux fauteuils auprès. Une gouttière s'écoule monotone. Au mur, des Despiau, Dompon, Maillol, où le reflet des flammes suscite une vie sardonique. Dans un coin, une tête se dessine à peine sous des pansements humides qui la font douloureuse. Nous sommes dans l'atelier de Louis Bénisti. Personne ne parle : à quoi bon ?

De cet asile un peu chagrin, solitaire, sont parties des œuvres nourries dans le silence, jetées maintenant en pleine foule, dans un salon trop éclairé. C'est qu'un sculpteur n'expose pas aussi facilement qu'un peintre. On attend un Salon. On ne donne alors qu'un peu de soi au public pour qu'il ne le voie, point. Ces portraits de Bénisti, on les rencontre au détour de la foule. On sort de l'assistance, «.élégante et choisie » comme il se doit, et on arrive sur des visages humbles, un peu perdus, gênés par leur pureté. Ils sont très mal placés, pour certains très mal éclairés, et cela leur va très bien.

Trois envois seulement. C'est que Louis Bénisti est un des rares artistes jeunes qui aient compris qu'une œuvre doit être longtemps portée en soi. Son art est à ses débuts, ses conceptions sont presque mûres. Il a compris qu'on ne crée pas avec des interrogations et des inquiétudes, mais qu'une œuvre est une réponse. S'il aime à dire que son métier est celui de tout le monde, c'est qu'il échappe au facile préjugé de l'inspiration et sait qu'en art, rien de grand ne s'acquiert sans peine.

Et pour avoir appris de Maillol l'importance des volumes et des rapports architecturaux en sculpture, pour avoir subi avec émotion l'incisive sensibilité de Despiau, c'est cependant en lui qu'il a trouvé cette grande vérité qu'une œuvre se construit comme une poterie se façonne.

On peut voir, à ce Salon des Orientalistes, le portrait, reçu au Salon d'Automne, du peintre Clot. Le métier et la conscience scrupuleuse de Bénisti ont fait surgir de la glaise une figure un peu douloureuse, émouvante, mais qui nous séduit sans raffinement. Quelque chose manque à cet envoi, qu'on peut trouver dans les deux autres portraits, qui lui sont postérieurs. Ici, l'art est plus épuré, et c'est heureusement que se concilient inspiration et expression. Le premier, un portrait d'enfant, s'étonne au milieu du Salon. L'ironie des lèvres se dissimule, le menton s'amollit et l'impertinente correction du nez mène aux yeux, lointains, dont le regard ne voit point. Et tout cela se joint pour susciter la pureté de l'inexpérience, la seule véritable peut-être chez l'enfant. Mais c'est au troisième portrait qu'il faut s'arrêter. La matière, par endroits, semble se liquéfier, transparente, tandis qu'ailleurs la lumière dort en rond sur des surfaces plus denses. Un visage apparaît comme un pays avec ses plaines et ses monts, et sa nostalgie très particulière.

Ici, le pays est très doux, à peine mélancolique, et si discrètement. Sans doute est-ce là du classicisme s'il est vrai que ce dernier se définit un faisceau de vertus morales dont la première est la modestie.

D'une façon générale, cet art plaît par sa soucieuse retenue et son sérieux. Pour débuter, il n'en satisfait pas moins. Il n'est fatal, ni résigné. Et lorsqu'il sourit, c'est avec des lèvres de. chair. Il est médité dans le silence et se donne pour ce qu'il est : l'œuvre d'un homme. Ici la main achève ce que l'esprit commence. Ce sont là de suffisantes raisons pour que cet art puisse espérer compter. Une réserve cependant : quand l'atmosphère de la peinture me semble faite de silences et d'éclats de rire, une sculpture me paraît souvent une impérieuse affirmation. Et certains qui préfèrent la peinture, ont besoin de la sculpture. Jusqu'ici, et pour être émouvantes cependant, les affirmations de Louis Bénisti restent timides. Manque une œuvre forte qu'il peut et doit créer. Peut- être faut-il encore à son art ce tranchant, catégorique qui fait les grandes œuvres. Pour rendre une création définitive, il faut y apporter, et en dernier lieu, un peu de volontaire inintelligence. Au demeurant, la modestie peut être en certains cas un coupable renoncement: Elle n'est encore ici que la sympathique attente d'un homme qui aime son métier, pense son œuvre et dont l'art humble, patient et si souvent classique méritait d'être mieux connu.

Albert CAMUS.

L'abondance des matières nous oblige à renvoyer à notre prochain numéro une étude plus générale sur le Salon des Orientalistes.

 

 

Louis Bénisti (Wikipédia) Né dans une famille établie en Algérie depuis plusieurs générations, Louis Bénisti fait de 1914 à 1920 ses études secondaires au lycée d'Alger puis, de 1920 à 1928 est artisan en joaillerie1. En 1928 il abandonne la bijouterie et fréquente l'académie d'art d'Alfred Figueras, peintre catalan ami de Picasso et réfugié politique à Alger. Il s'y lie avec Jean de Maisonseul qui le présente à Albert Camus. Il devient l'un de ses intimes, à l'occasion d'une soirée organisée par Max-Pol Fouchet. En 1931 il se tourne vers la sculpture. Camus est le premier à commenter, en 1934, les œuvres qu'il expose et s'inspire de lui pour le personnage de Noël dans La Mort heureuse.

Louis Bénisti est en 1934 pensionnaire du gouvernement général de l'Algérie à la Casa Velasquez. En 1935 il devient enseignant en dessin au lycée de Maison Carrée. Il participe simultanément, réalisant des masques et des costumes, à la scénographie des spectacles du «Théâtre du Travail » puis du « Théâtre de l'Équipe » qu'anime Camus qui confiera plus tard à Maisonseul : « Je passe ma vie à voir des gens que je méprise ou qui m'ennuient, alors que je sais que je ne rencontrerai jamais personne comme Bénisti ».

En 1934 Louis Bénisti expose à la librairie-galerie algéroise Les Vraies Richesses d'Edmond Charlot et participe régulièrement au Salon d'automne à Paris. Il part en 1938 étudier à Paris dans diverses académies. De retour à Alger en 1941 il se marie en 1942. Il expose par la suite régulièrement à Alger, Oran (à la galerie « Colline » de Robert Martin) comme à Paris. À partir de 1943 il se consacre entièrement à la peinture. Il fait en 1947 la connaissance du poète Jean Sénac qui lui consacre la même année un article dans « Oran-Républicain ». En accord avec les proches de Camus, il fait ériger en 1961 à Tipasa une stèle à la mémoire de l'écrivain. Il participe en 1964 à l'exposition Peintres algériens présentée au musée des arts décoratifs de Paris.

Louis Bénisti enseigne le dessin dans des établissements scolaires de 1948 à sa retraite en 1972. Installé ensuite à Aix-en-Provence il continue de peindre, « sensible aux enfants jouant sur les marches des escaliers de l'HLM qu'il habite » et « retrouve les mêmes attitudes d'enfants et d'adolescents qu'il avait observées dans la Casbah d'Alger ». Il réalise alors des dessins et monotypes sur les thèmes de l'enfance et de la danse, recomposant à l'aide d'anciens dessins « une Casbah perdue, les femmes et les enfants des rues de sa jeunesse algéroise, au-delà de toute anecdote ».

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